Chapitre 19 : Fugue
Eté 1976.
Il pleuvait encore et encore, depuis une semaine le mauvais temps semblait s'être installé sur toute la grande Bretagne.
Une semaine qu'il avait quitté Poudlard et ses amis.
Une semaine de torture dans cette maison d'aliéné.
Il n'en pouvait plus, son corps n'était que douleur. Son esprit était embrumé comme déconnecté de la réalité. Sa mère lui faisait payer sa fugue du dernier noël, il le savait. Elle lui infligeait tous les sévices possibles et imaginables, chaque jour, sans arrêt. Elle allait le rendre fou, le faire craquer, le faire devenir comme eux.
Combien de temps allait-il encore résister ?
Il essayait de se raccrocher à l'idée de Poudlard, des Maraudeurs, de Fauve mais ça devenait de plus en plus difficile. Alors, il comptait les minutes, les heures, les jours et les semaines. Une semaine, seulement une semaine, à cette simple pensée, un sanglot traversa sa bouche gercée et sèche par le manque d'eau et de nourriture avalée.
Elle allait le tuer ou bien le rendre fou ?
Peut-être était-ce son but ? Peut-être souhaitait-elle s'en débarrasser ou bien avoir la main mise sur lui pour en faire ce qu'elle voulait ? Un futur Mangemort. Sirius le savait, c'est ce qu'elle attendait de lui, qu'il en devienne un, pour ainsi faire sa rédemption et revenir dans la famille Black.
Jamais.
Il ne plierait jamais, il ne deviendrait jamais un Mangemort.
Plutôt mourir.
Recroquevillé sur le sol dur et froid de sa chambre, il serra fortement les poings quand il essaya de se relever, sentant chacun de ses muscles se crisper de souffrance. Dans un râle, il réussit enfin à se mettre en position assise contre son lit, le regard posé sur l'unique fenêtre qui composait la pièce dans laquelle il était enfermé.
Sordide.
Ses yeux gris se posèrent sur sa main droite, dépourvu de la bague que Fauve avait pu lui offrir à Noël. Elle lui avait tout pris sa baguette, sa valise et même ça. Elle devait réellement craindre qu'il ne récidive sa fuite. Il devait trouver une solution, retrouver sa baguette puis s'enfuir d'ici, pour toujours. C'était sa seule chance de survie.
Il ferma les yeux, soupirant profondément, il donnerait n'importe quoi pour avoir un peu de chaleur et de réconfort. Il se mit alors à penser à Fauve, celle-ci devait être dans son appartement, heureuse d'avoir enfin un chez soi. Il ne pouvait même pas la contacter via le miroir.
Peut-être l'avait-elle fait de son côté ?
Si oui, peut-être se ferait-elle du souci pour lui face à son silence ?
Peut-être, préviendrait-elle James ? Peut-être que ses amis viendraient en son aide ?
Peut-être que…
Sirius ne put continuer le fil de ses pensées en entendant le loquet de sa porte se déverrouiller, aux aguets, tel un chien de garde. Tous ses sens et son corps étaient en alerte, quand son visage exprima une telle surprise, qu'il ne put la masquer face à Regulus.
Que faisait-il aussi ? Était-il venu se moquer de lui ? Le narguer ?
Debout, face à lui, il referma la porte de chambre non sans jeter un dernier coup d'œil dans le couloir, avant de déposer la baguette de Sirius sur la table de chevet, puis sa valise qu'il avait momentanément rétrécit dans sa poche. L'aîné regarda son cadet, ahurit, ne comprenant pas si cela était une farce ou sérieux.
« Pourquoi ? demanda Sirius en ne lâchant pas des yeux son cadet.
- En souvenir du passé, pour toutes les fois où tu m'as aidé, répondit simplement Regulus en le fixant.
- Mère sera folle quand elle apprendra que tu m'as aidé à fuir, confia le concerné en fronçant des sourcils.
- Elle ne le saura pas, elle ne saura rien, certifia Regulus avec une assurance que Sirius ne lui connaissait pas.
- Viens avec moi, proposa Sirius en se relevant avec difficulté.
- Non, répondit Regulus en secouant la tête, l'un de nous doit rester, il faut préserver la famille.
- Ils ne valent pas la peine que tu te sacrifies pour eux, réfuta Sirius en colère.
- Je ne me sacrifie pas Sirius, rétorqua son cadet en plissant des yeux.
- Alors quoi ? Toi aussi, tu rejoins leurs idées barbares ? Toi aussi, tu veux lécher les bottes du Seigneur des Ténèbres ? Cracha furieux Sirius pour mieux cacher sa tristesse que Regulus refuse encore une fois sa main tendue.
- Tu ne comprends donc pas Sirius, souffla-t-il en passant une main dans ses cheveux. Si je fais cela, c'est pour… »
Regulus s'arrêta brusquement dans sa phrase en entendant du bruit et la voix de sa mère résonner dans le couloir. Il n'avait pas le temps d'expliquer ses raisons à son frère aîné. Un autre jour, une autre fois si l'occasion venait à se présenter.
« Tu dois partir, maintenant ! Lui conseilla-t-il inquiet en appelant Kreattur qui apparut soudainement sous leurs yeux. Emmène-le à la demeure des Potter, lui ordonna le cadet.
- Bien maître, il sera fait comme le désire maître Regulus, approuva l'elfe de maison en baissant la tête.
- Pardon, pardonne-moi, s'excusa Sirius en déglutissant.
- Pardon, de quoi Sirius ? répéta Regulus avec un léger sourire. Il me semble, que tu as fait tes choix, personnellement, je ne te les ais jamais reproché, confia t-il tandis que Kreattur emmena son aîné loin de la maison familiale, surprit par les confidences de son frère. Bonne chance, murmura Regulus en refermant la porte de la chambre derrière lui. »
Quelques heures plus tard, Walburga hurla dans la maison en s'apercevant de la disparition soudaine de Sirius. Il ne lui fallut que quelques minutes de plus pour se rendre dans la pièce où l'arbre généalogique de la famille Black trônait sur le mur centrale. Quelques secondes supplémentaire pour y brûler le nom de son fils aîné, le reniant définitivement, sous les yeux déterminés et emplit de mélancolie de Regulus.
C'était son choix.
Il avait décidé de rester, de suivre les principes de la famille pour mieux sauvegarder Sirius.
S'il faisait tout cela, à l'heure actuelle, c'était pour son frère, celui-là même qui l'avait continuellement protégé, fait rire et consolé.
S'il avait bien compris une chose, c'est que rien n'était blanc ou noir.
Oui, il participerait à cette guerre en tant que Mangemort pour la famille.
Oui, il avait décidé d'aller à Serpentard, croyant que sa mère laisserait Sirius en paix.
Oui, il avait cru que son frère comprendrait cela, son choix.
Lui, ne l'ayant jamais infligé d'avoir été à Gryffondor.
Lui, ne l'ayant jamais raillé pour s'être trouvé un ami fidèle dans la famille Potter.
Malheureusement, il avait omis que Sirius avait été blessé par le rejet de sa famille.
Il avait omis que Sirius était une personne qui n'admettait aucune nuance.
A ses yeux, tout était blanc ou noir.
Il était intègre et fidèle, jusqu'à la mort. Sirius était juste admirable.
Peut-être qu'un jour son frère comprendrait ses choix ?
Peut-être qu'un jour, après cette guerre, s'ils survivaient, il pourrait prendre le temps de s'expliquer ?
En attendant, il le surveillerait de loin et protégerait la famille, quoi qu'il arrive…
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Deux jours plus tard.
Deux jours que James et ses parents avaient retrouvé Sirius évanouit dans leur hall d'entrée tandis qu'un elfe de maison se confondait en excuse tout en baragouinant que c'était le jeune maître qui avait ordonné de ramener Sirius, ici. Ils n'eurent même pas le temps de lui demander de plus amples informations qu'il avait disparu dans un pop sonore.
Il fut aussitôt transporter dans une chambre à l'étage tandis que la mère de James s'était affairée à le soigner avec diverses potions et sortilèges pendant que son père et lui-même regardaient l'étendu des dégâts sur le corps de son meilleur ami.
Il n'avait jamais imaginé les souffrances que Padfoot avait pu endurer tout au long de ces années.
Parce que c'était juste inimaginable.
Bien entendu Remus lui avait parlé de la fugue lors des vacances de Noël et de sa blessure à la main avec une plume ensorcelée. Cependant le voir, là aujourd'hui, étendu dans le lit, pâle comme un linge, les traits crispés par la douleur, ça rendait tout cela plus réel et plus terrifiant.
Assis à califourchon sur une chaise, les bras et la tête reposant sur le dossier de la chaise tout en regardant son ami qui dormait profondément, James se fit la promesse intérieure que plus jamais il n'aurait à subir ça.
De toute façon, ses parents avaient décrété qu'il pouvait rester autant de temps qu'il le souhaitait chez eux. Sa mère avait été très affectée de le voir dans cet état et son père littéralement furieux après la famille Black.
James ne lui avait jamais vu cet air auparavant.
A l'époque où il dirigeait son entreprise, son père devait être un patron effrayant.
C'est alors que James fut sortit de ses pensées en apercevant la main de Sirius bouger ainsi que ses paupières pour finalement les ouvrir. Black regarda quelques secondes autour de lui, apeuré jusqu'à ce qu'il puisse voir son meilleur ami assit à côté de lui, sentant l'angoisse s'envoler.
Il était en sécurité, ce n'était pas un rêve.
Regulus l'avait réellement sauvé de cette maison de fou.
Regulus, son frère cadet, son seul frère de sang, il l'avait mis en sécurité, loin de sa folle dingue de mère.
Il ferma douloureusement les yeux, ne sachant pas quoi penser de cette information qui ne le quittait plus Il entendit alors la voix grave de James qui s'était approché pour lui tendre un verre d'eau qu'il entreprit de boire avant de déclarer :
« Combien de jours ?
- Deux, répondit James en le fixant. J'ai bien cru qu'on allait te perdre, avoua-t-il la gorge serré.
- Moi aussi, j'ai bien cru que mère allait finir par me tuer, souffla Sirius en refermant ses poings sur les draps.
- Comment ? Comment as-tu réussi à t'échapper ? Un elfe de maison à baragouiner quelque chose du genre que le jeune maître lui avait ordonné de te déposer chez nous et…
- Regulus, murmura le concerné en coupant James qui fut surprit.
- Ton frère ? C'est lui ?
- Oui, admit Sirius en hochant de la tête. Ne me demande pas pourquoi, je n'en sais pas plus que toi, décréta Padfoot en riant cyniquement. Petit imbécile, il m'aura surprit jusqu'au bout, jusqu'au bout, marmonna-t-il en posant une main sur ses yeux pour y cacher ses larmes.
- Sirius, ta famille, tu…
- Je n'ai plus de famille James, révéla l'Animagus en reniflant. A l'instant où l'on se parle, j'ai déjà dû être renié par ma mère, effacé de l'arbre généalogique, je n'ai plus rien, déclara t-il sombrement en séchant ses larmes d'un revers de main.
- Tu nous as nous, précisa James en le regardant droit dans les yeux. Mes parents t'accueilleront, sois en sûr, tenta de rassurer son ami.
- Je ne peux pas abuser de l'hospitalité de tes parents, je vais me trouver un…
- Tu ne vas pas faire comme Fauve, gronda James en le réprimandant.
- Fauve, souffla Sirius inquiet en repensant à sa mère furibonde d'apprendre son amitié avec elle, lui ayant valu les sévices de la plume ensorcelée. Est-ce qu'elle va bien ? Est-elle à son…
- Ne t'inquiète pas, elle est avec Remus et sa mère, assura le jeune Potter en posant une main sur l'épaule de son meilleur ami pour le forcer à ne pas bouger de son lit. Que se passe t-il ? Pourquoi t'avoir infligé ça ?
- Elle n'aime pas particulièrement que je m'évanouisse dans les airs alors qu'elle m'avait prévu tout un petit programme sympathique pour les vacances de Noël, répondit Sirius en essayant de faire de l'humour, en vain.
- Elle s'est vengée de ta fugue, s'horrifia James en déglutissant difficilement.
- Oui, en partie, avoua amèrement Black en détournant les yeux. Elle n'apprécie pas les relations que je peux entretenir avec vous, ajouta t-il.
- Ce n'est pas nouveau, nous sommes amis depuis la première année de Poudlard, alors pourquoi maintenant ? Qu'y a-t-il de différent comparé à… »
Prong s'arrêta momentanément dans sa phrase, faisant le rapprochement entre la panique de savoir Fauve en sécurité et le fait que Walburga Black n'apprécie pas ces relations.
« Grey, marmonna James en s'attirant toute l'attention de Sirius. Je veux tout savoir, plus de mensonges Padfoot ! Cela à assez duré, voit ou cela t'a emmené, décréta Potter avec fermeté dans la voix. »
Sirius fut surprit par le ton employé de James. Il ne l'avait jamais vu aussi sérieux qu'aujourd'hui, ou peut-être que si, au moment où il avait découvert le secret de Remus. Dans ces instants là, son ami paraissait beaucoup plus mature. Black n'avait jamais réellement ressenti le besoin de se confier à James, sauf peut-être après l'attaque de Pré-au-Lard, mais cela restait relativement exceptionnel. Ils se comprenaient tous les deux sans même se parler.
« Elle sait, répondit Black en soutenant son regard dans celui de son ami. Elle sait que Fauve est une enfant illégitime, elle sait que je la fréquente, elle…
- Comment est-ce possible ? Nous sommes les seuls à le savoir, hormis sa…Eileen, conclut Prong.
- Oui, approuva Padfoot, elle-même. La demi-sœur de Fauve à convenu des fiançailles avec le fils de la famille Rosier Evan Rosier, l'informa t-il la mine grave. Tu sais ce que cela signifie ?
- Qu'elle va se marier avec une famille de Mangemort, dit James horrifié. Comment la famille Rosier peut vouloir s'associer avec la famille Grey ? Je ne comprends pas, certes, Eileen est née de parents sorciers, elle est de Sang-Pur, mais quel intérêt ?
- Je ne sais pas, l'argent peut-être, peu importe, balaya Black. Cette fille a parlé de Fauve à la famille Rosier, qui en a parlé à ma mère. Dès qu'elle a sut que j'étais amis avec, elle m'a fait graver notre devise dans ma chair, je voulais, je voulais juste la protéger James, je ne veux pas qu'elle sache que son amitié peut me causer du tord, je m'en moque, je…je…
- Je sais, tu l'aimes, révéla son meilleur ami en étonnant Sirius qui ne sut pas quoi dire. Je te l'ai dis, plus de mensonges entre nous, lui rappela Prong, sérieux. Je résume, ta mère est furieuse de l'amitié que tu as avec Fauve…
- Une bâtarde, comme elle se fait plaisir à l'appeler, cracha Sirius avec virulence.
- Je vois, en conséquence, elle t'a puni lors des vacances de Noël et ta fuite n'a pas arrangé vos affaires vu l'état dans lequel ont t'a récupéré, est-ce qu'elle sait pour tes sentiments vis-à-vis de Grey ? Se renseigna soucieux James.
- Je ne crois pas, pas encore tout du moins, mais si elle vient à l'apprendre, je connais la famille Black…
- Moi-aussi, prévint le jeune Potter.
- Non, pas autant que tu puisses le croire, certifia le concerné. Je peux t'assurer que cette famille est la noirceur personnifiée, elle va se venger, prévint Sirius en croisant le regard noisette de James. Andromèda, ma cousine et sœur de Bellatrix puis de Narcissa, a fugué avec un Moldu pour finalement se marier avec lui, annonça Padfoot. Elle a été reniée puis, ils ont cherché pendant un long moment à vouloir les éliminés tous les deux, ne supportant pas l'idée d'avoir une lignée corrompu dans l'arbre généalogique. Je t'assure James, les Black sont prêts à tout, pour rester pur.
- Je te crois, mais Eileen Grey a déjà entamé sa vengeance et elle est sans doute plus dangereuse que ta famille, garantit Prong. Cette fille veut se débarrasser de sa cadette, par tous les moyens.
- Elle ne doit pas le savoir, elle commence tout juste à reprendre pied, à Poudlard, elle ne craindra rien, essaya de se rassurer Sirius.
- Poudlard ne sera pas éternel, une guerre nous attend dehors, nota Potter la mine sombre. Eileen Grey sera dans le camp de l'ennemi, une femme de Mangemort. Elle pourra très bien demander à son futur mari d'assassiner sa cadette quand l'occasion se présentera et plus de tâche sur le tableau de famille. »
Sirius ne le savait que trop bien, il y avait pensé encore et encore, retournant la situation dans tous les sens possible. Il en était même venu à penser qu'il fallait tuer cette garce, mais il ne vaudrait pas mieux que sa famille. Alors que pouvait-il faire d'autre ?
Il se sentait impuissant.
Encore une fois, unproche, une personne qu'il aimait plus que tout, était menacée et il ne pouvait rien faire, à part…
« Protège là, murmura James en s'apercevant que son meilleur ami se prenait la tête. Protège là en restant à ces côtés, reprit-il devant l'air inquisiteur de Sirius. Ne fait pas la même erreur que Remus, ne croit pas qu'en t'éloignant d'elle, le danger sera écarté, bien au contraire… »
Sirius voulut émettre quelque chose, mais aucun son ne sortit de sa bouche, parce que Prong avait touché juste.
Il avait vu son hésitation.
Il avait vu sa résolution à rompre ce lien entre elle et lui.
Mais à quoi bon ? James avait raison, il était trop tard, ce n'était pas seulement son amitié et son amour qui la mettrait en péril.
Oui, sa famille serait furieuse, une fois de plus, cependant, il s'en moquait éperdument, grand bien leur fasse.
Non, cette fois-ci le réel danger venait d'Eileen Grey.
Il restait une année avant que celle-ci ne parte de Poudlard. Une année où tout pouvait se produire…
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Un mois était passé depuis la fugue définitive de Sirius de chez sa famille.
Au bout de deux semaines, il avait enfin pu quitter le lit sans devoir grimacer de douleur à chacun de ses pas. Il avait même reçu une lettre de l'oncle Alphard qui le soutenait dans sa rébellion au point de le nommer son seul et unique héritier. Dire qu'il avait été touché, aurait été un euphémisme.
Sa mère allait définitivement faire un arrêt cardiaque, à cette simple pensée, Sirius explosa de rire, heureux. Il était content d'être soutenu, content de mettre encore des battons dans les pieds de Walburga. Au final, il ne regrettait pas de s'être enfuit, il ne regrettait pas d'avoir accepté l'aide de son cadet pour sortir de cet enfer. Il se sentait enfin libre.
Libre de pouvoir faire ce qu'il désirait sans craindre les représailles de la famille.
« Sirius ? L'interpella Fauve curieuse de le voir sourire sans aucune raison. Est-ce que ça va ? »
Le concerné tourna la tête vers la jeune fille, ils étaient tous les quatre installés à une terrasse pour y manger une glace, Peter étant une nouvelle fois en vacances avec ses parents.
Dans le petit village de Godric's Hollow, tout était bien calme, il faisait bon d'y vivre et aujourd'hui ne dérogeait pas à la règle. D'autant plus que le soleil était au beau fixe depuis plusieurs jours, la chaleur s'installant peu à peu.
Fauve et Remus étaient venus le voir peu de temps après son réveil et sa discussion avec James. Il avait gardé secret les informations au sujet d'Eileen auprès de la principale intéressée, réussissant à en toucher deux mots à Moony quand celle-ci fût occupée par la mère de James. Néanmoins, concernant sur ce qu'il avait enduré au Square, il n'avait pu le cacher à Fauve, impossible, cela était bien trop visible et surtout, face à son inquiétude il n'avait pu lui mentir.
Elle était alors venue le voir tous les jours, aidant Euphémia Potter à le soigner. Non pas que cela lui ait déplu, bien au contraire, mais il devait bien avouer qu'être chouchouté ainsi n'était pas dans ses habitudes.
Il avait particulièrement apprécié le fait de la voir rougir quand il fut à moitié nu devant elle.
Quelque part, il était satisfait de lui faire de l'effet, il ne lui était pas indifférent.
Son regard posé sur lui, semblant attendre une réponse, elle pencha légèrement la tête sur le côté, ses cheveux libres suivant le mouvement de sa tête. Quand il vit une légère trace de glace sur le bout de son nez, il ne put s'empêcher d'y porter sa main et de l'essuyer de son pouce.
« Je vais très bien, répondit-il en laissant sa main un peu plus longtemps que nécessaire sur son visage. Je vais finir par croire que je suis le centre de tes pensées à force de t'inquiéter ainsi pour moi, remarqua t-il d'un ton taquin.
- Pas du tout, se défendit-elle en essayant de cacher son trouble. J'ai trouvé étrange que tu ries sans raison précise, se justifia-t-elle en détournant la tête.
- Ne t'inquiète pas, il n'y a rien d'étrange à cela, murmura James en ce goinfrant de sa glace. On sait tous que Sirius est à moitié cinglé, ajouta-t-il en s'attirant le regard noir du concerné. Eh ! J'ai seulement dit à moitié ! précisa Prong en faisant rire ses amis sauf Sirius qui soupira.
- Je te ferais remarqué que le plus cinglé de nous deux c'est toi, ici présent, avec le culte que tu voues à Evans ! Tu as dû lui envoyer au moins deux lettres par jour ! dévoila Black avec un petit sourire en coin tandis que James s'étouffa avec son morceau de glace.
- Espèce de vil mécréant ! riposta Prong. Je lui ai juste envoyé une lettre par jour !
- Cela s'appelle du harcèlement, nota Sirius en croisant les bras.
- Evidemment, toi tu ne risques pas d'avoir ce genre de problème, sous entendit James en regardant Fauve tandis que Sirius crut défaillir devant l'insinuation de son meilleur ami. »
Black vit alors Fauve hausser un sourcil interrogateur à leur encontre, semblant réfléchir aux paroles du jeune Potter. Il allait le tuer ! Espèce de sale traître. Il en avait fait exprès, sa vengeance serait terrible !
« Pourquoi est-ce que Sirius n'aurait pas le besoin d'harceler une fille contrairement à toi James ? prononça Grey en alternant son regard entre les deux adolescents puis vers Remus qui paraissait amusé.
- Peut-être parce qu'il a la moitié des filles de Poudlard à ces pieds ? proposa Lupin d'un ton malicieux. »
Sirius cru qu'il allait embrasser Moony devant sa réponse audacieuse et clairvoyante. Il allait devoir le remercier prochainement en lui offrant une plaquette de chocolat…
« Oh, mais James a aussi du succès, observa Fauve en plissant les traits de son front, légèrement suspicieuse. »
Ou pas, finalement la plaquette de chocolat attendrait.
« Oui, mais James a déclaré haut et fort son amour à Evans, tu penses bien que les filles ont reporté leur dévolu ailleurs, déclara Sirius en passant une main moite dans ses cheveux.
- Certain ferait bien d'en prendre l'exemple, annonça fièrement James avec un petit sourire narquois.
- Je crois que tu es visé Sirius, l'informa Fauve en se tournant vers Black qui se sentait de plus en plus acculé.
- Bien sûr que non, il parle pour Moony, mentit Padfoot tandis que toutes les têtes se tournèrent vers le pauvre Remus qui n'avait rien demandé.
- Remus ! Tu es amoureux ? s'écrièrent en chœur James qui était tombé dans le panneau ainsi que Fauve ahurit. »
Sirius était fier de lui, les diversions, ça le connaissait. Il n'était pas un Maraudeur pour rien. Néanmoins, il ne vit pas venir la réponse de Lupin qui lui coupa l'herbe sous le pied.
« Moi ? Absolument pas ! confia Lupin le plus serein du monde. Padfoot vous a fait une brillante démonstration de détournement de sujet, peut-être parce qu'il a réellement des choses à cacher ?
- Je ne cache rien, réfuta le concerné en faisant la moue. »
Il croisa alors le regard de Fauve et se sentit embarrassé, parce qu'il lui mentait.
Cependant, il le savait, c'était encore trop tôt. Il ne pouvait pas se déclarer maintenant.
Certes, elle lui avait offert des chocolats à la Saint Valentin, mais c'était juste en tant qu'amis. Enfin, c'est ce qu'il croyait parce que Remus restait persuadé qu'elle éprouvait bien plus pour lui, qu'elle ne le laissait sous entendre.
Sirius aimerait réellement y croire.
Malheureusement Fauve était difficile à cerner comme fille. Il ne la pensait pas timide, non du peu qu'il avait vu de son caractère, elle était du genre à bien savoir remettre les gens à leur place. Elle disait toujours ces quatre vérités, que cela plaise ou pas.
Il était même convaincu que c'était le genre de fille qui pouvait être entreprenante si elle ne manquait pas autant de confiance en elle.
Et, c'était ça le problème majeur chez elle son manque de confiance.
Il le savait, elle devait se trouver moche, voir grosse au vu de son régime alimentaire en dent de scie, pas assez bien et pas seulement pour lui.
Peut-être pensait-elle rester seule durant toute sa vie ?
Peut-être était-ce pour cela qu'il la surprenait à lire beaucoup de roman d'amour ?
Peut-être qu'elle se miroitait dans les livres pour mieux fuir la réalité ?
Si c'était le cas, comment lui faire admettre qu'elle pouvait être aimée à sa juste valeur ?
Remus lui avait proposé de faire le premier pas, mais il avait peur.
Il avait peur de se heurter à un mur, de lui faire du mal, de la briser .
Il avait peur qu'elle vienne à penser qu'il se moque d'elle, parce qu'il l'en savait capable.
« Tu sais, ceux qui en n'ont le plus à cacher, se sont ceux qui ne disent rien, remarqua James d'un air malicieux en sortant Sirius de ses pensées. N'est-ce pas Fauve ?
- Moi ? Répéta-t-elle surprise en sentant tous les yeux braqués sur elle. Je…Je ne cache rien, mentit-elle en baissant la tête sur sa coupe de glace pratiquement finit.
- Ah bon ? S'étonna le concerné. Allez avoue, tu dois bien avoir le béguin pour un charmant jeune homme ? Interrogea Potter avide d'en savoir plus tout en jetant un coup d'œil à Padfoot qui semblait toute ouïe.
- Je…bien sûr que non, avoua-t-elle faiblement en serrant la cuillère dans sa main droite.
- Vraiment ? S'étonna Prong en replaçant ses lunettes. A moins que cela ne soit moi, et je comprendrais en effet que tu sois gênée vis-à-vis de Sirius qui ne s'en remettrait pas que son sex-appeal soit remis, une fois de plus, en question, taquina le brun à lunettes en riant.
- Eh ! Qu'est-ce que tu insinues ? S'insurgea Black tandis que Fauve l'observa du coin de l'œil.
- Moi, feignit James d'un ton qui se voulait innocent, absolument rien. Je constate seulement, qu'encore une fois, à la Saint Valentin c'est moi qui ait reçu le plus de chocolat, le nargua Potter.
- Peut-être, admit Sirius d'un ton narquois, mais ta chère Evans t'a bien coiffé au poteau, ajouta-t-il non mécontent du regard outré que son meilleur ami venait de lui lancer.
- C'est déloyal, souffla Prong en croisant les bras sous le rire de Fauve qui se fit interpellé par le concerné. Ne crois pas que je t'ai oublié, cela ne répond toujours pas à ma question, alors ? Insista-t-il.
- Il n'y a aucune réponse à donner, dit tout simplement Fauve en haussant des épaules.
- Tu dois forcément avoir un type de garçon ? Toutes les filles rêvent du prince charmant et aux contes de fées, nota James en lui faisant un clin d'œil.
- Et dans les contes de fées, les filles sont belles et intelligentes, dans la réalité c'est tout autre, déclara Fauve un peu plus durement qu'elle ne l'aurait voulu.
- Fauve, murmura Remus en la fixant avec émotion.
- C'est la vérité Remus, trancha la concernée en lâchant sa cuillère dans sa coupe à glace qui résonna, pourquoi se voiler la face ? Tu penses la même chose que moi, déclara-t-elle âprement en faisant référence au fait que Lupin éloignait de lui toute personne de sexe féminin en raison de sa condition. »
Elle vit alors James perdre son sourire malicieux, Remus baisser la tête d'un air gêné tandis que Sirius se passait une main dans le cou comme pour vouloir se masser, masquant son embarras de la situation qui tournait court.
Encore une fois, par sa faute, elle plombait l'ambiance.
Pourquoi ne pouvait-elle pas s'empêcher de dire tout haut ce qu'elle pensait tout bas ?
Pourquoi devait-elle toujours être sur la défensive ?
Après tout, James ne lui souhaitait rien de mal, juste faire la conversation. Seulement, c'était plus fort qu'elle, elle s'était sentit attaquée parce que Sirius était là.
Parce qu'elle l'aimait.
Parce que cela lui faisait mal de le savoir aussi proche d'elle et aussi loin.
Parce qu'elle savait que c'était inutile d'espérer quoi que se soit.
Parce qu'ils y avaient des filles plus belles, plus intelligentes, plus mince qu'elle.
Parce que la vie n'était pas une stupide romance de bouquin à l'eau de rose.
Parce qu'elle se haïssait et qu'elle ne pouvait même pas s'imaginer que quelqu'un puisse l'aimer.
L'aimer pour quoi ? Qu'avait-elle chez elle qui puisse être appréciée ?
En plus de son physique, elle avait un sale caractère, à moitié associable, renfermée.
Elle n'avait rien pour elle. C'était tout, fin de l'histoire.
« Fauve, murmura Black. »
Non, pas lui, ce n'était absolument pas le moment.
Elle n'avait pas envie de lui parler.
Elle ne voulait pas l'entendre lui parler avec tendresse alors qu'elle ne le méritait pas.
Elle était juste odieuse avec eux.
« Regarde-moi, lui demanda t-il avec douceur et fermeté. »
Fauve déglutit passablement et fit l'effort surhumain de relever la tête pour croiser ses yeux gris. Il exerçait à chaque fois sur elle comme une sorte de fascination. Son regard pénétrant avait cette faculté de la détendre et de l'apaiser dans la tourmente de ses émotions.
Pourquoi ? Pourquoi lui ?
Pourquoi avait-il fallu qu'elle tombe amoureuse de Black ? De son ancien chat noir ?
Celui qui l'avait le plus malmené mais aussi le plus aidé ces derniers mois ?
Pourquoi ?
Malheureusement, elle aurait beau chercher à comprendre, elle savait pertinemment qu'il n'y avait aucune raison, aucune signification à cela. L'amour était sans doute le sentiment le plus difficile à cerner, mais aussi le plus douloureux soit-il. Il pouvait rendre heureux comme faire souffrir, et c'était sans doute cela qui faisait le plus peur à Fauve.
Elle ne voulait plus souffrir.
Elle ne voulait plus espérer être aimée pour ensuite être déçue.
Elle ne voulait plus ressentir ce vide abyssal dans son cœur.
Elle ne le voulait plus.
Elle ne le supporterait pas une nouvelle fois, pas de lui.
Alors elle préférait garder sous silence ses sentiments, les masquer, ce qu'elle faisait de mieux à l'heure actuelle. La seule chose pour laquelle elle était douée.
Cela en était risible et pathétique.
Elle sentit alors le pouce de Sirius essuyer une larme qui sillonnait silencieusement sa joue.
« Ne pleure pas, on arrête là, d'accord ? Je t'offre une glace, dit-il avec un sourire encourageant.»
Pour seule réponse, elle hocha de la tête, avalant difficilement sa salive, essayant de sourire à nouveau, prenant sur elle, comme avait pu lui apprendre tant de fois ses parents quand ils s'agaçaient de la voir pleurer.
Elle put toute suite s'apercevoir que James et Remus en furent rassurés mais loin d'être dupe, surtout Lupin qui ne cessait de l'observer. Un dicton disait de se méfier de l'eau qui dormait, il s'appliquait réellement pour Fauve. Encore une fois, elle les avait surpris telle une vague qui les submergeait, montrant sa fragilité. Les dégâts causés par sa famille et par leur malveillance étaient sans aucun doute irréparables.
Désormais, il s'en rendait compte.
Il avait toujours espéré que ces blessures puissent guérir par leur unique présence, mais il avait été prétentieux d'y croire.
Certaines blessures étaient inguérissables, celles de Fauve l'étaient.
Néanmoins, il avait aussi vu ces yeux se poser sur Sirius, il avait vu ces yeux emplit d'amour et de douleur et il avait compris son dilemme.
Sirius avait tort d'attendre après Fauve, elle ne serait jamais prête, elle ne ferait jamais le premier pas, elle ne lui montrerait jamais rien de ces sentiments explicitement, parce qu'elle avait peur.
Elle avait la même crainte que lui ; celle d'être rejetée.
Il l'avait compris au moment même où elle lui avait confié qu'il pensait la même chose. Elle était comme lui, pour des raisons différentes des siennes, mais les conséquences étaient identiques.
Sirius allait devoir la mettre au pied du mur et la persuader.
On disait que l'amour était une bataille, eh bien Sirius allait en avoir l'expérience avec Fauve. Il allait devoir se battre pour la faire fléchir parce que son cœur, lui, était déjà pris…
Et voilà, notre Sirius a fugué de chez sa famille et rejoins la famille Potter, est-ce que cela vous a plus la façon dont j'ai interprété ce moment ? Regulus qui aide son frère à s'enfuir, sans doute un dernier moment entre les deux frères dans cette fanfiction.
Avez vous aimé l'esprit et le raisonnement de Regulus ? J'aime beaucoup ce personnage, très mystérieux, car au final on ne sait pas grand chose de lui alors qu'il a quand même détruit un Horcruxe en se retournant contre Voldemort.
Petit moment entre les Maraudeurs et Fauve, Sirius va t-il réussir à mettre Fauve au pied du mur ?
Si oui, comment cela va se passer ? Vont-ils enfin finir ensemble ? Tout cela au prochain chapitre que vous attendez tous avec impatience...
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