Chapitre 24 : Ultime Voyage
Il était tard, une nouvelle fois elle avait trop traînée à la bibliothèque et le repas n'allait pas tarder à commencer. La porte claqua derrière elle, résonnant dans le couloir désertique. Elle réajusta sa besace sur son épaule, tout en soupirant, fatiguée de sa journée. Elle avait hâte de retrouver Sirius qui lui avait promis une petite balade sous le ciel étoilé de Pré-au-Lard.
Deux semaines étaient passées depuis sa discussion avec celui-ci concernant leur comportement au sujet de Peter. Quelques jours plus tard, elle fut heureuse de les revoir réunis tous les quatre à table en train de parler joyeusement de Quidditch.
Cependant, elle ne pouvait s'empêcher d'être tracassée, quelque chose la chiffonnait et la mettait mal à l'aise depuis lors. Une sorte de mauvais pressentiment. Elle les avait observé longuement, comme à son accoutumée, malheureusement, elle avait croisé le regard de Peter qui avait dû se sentir épié. Un regard qu'elle ne pourrait pas oublier. Un regard qui n'avait plus rien avoir au garçon qu'elle avait connu avant. Un regard qui l'avait fait frissonner.
Pourquoi ?
Que s'était-il passé pour l'avoir fait changer ainsi ? Elle le sentait, Peter n'avait plus rien d'un enfant. Est-ce que les paroles de ses amis l'avaient fait mûrir ? Ou bien était-ce autre chose ? Si oui ? Quoi ? Est-ce que les autres s'en étaient aussi fait la remarque ? Peut-être se trompait-elle ? Peut-être que…
Fauve s'arrêta dans le fil de ses pensées, en entendant à nouveau des bruits de pas. Elle s'arrêta momentanément, jetant un coup d'œil par-dessus son épaule, mais ne vit absolument rien. Il faisait bien trop sombre. Le cœur battant, elle déglutit passablement tandis qu'elle glissa sa main dans la poche de sa cape pour y trouver sa baguette.
On la suivait, et ce, depuis plusieurs jours et semaines.
Néanmoins, à chaque fois rien ne se produisait. Voulait-on la faire passer pour une folle ? Elle n'avait pas osé en parler à Sirius et encore moins à Remus. Elle ne souhaitait pas les inquiéter plus que nécessaire, même si dans le fond, elle devait bien avouer que cette petite mascarade commençait sérieusement à lui faire peur.
Elle reprit sa marche, oubliant Peter et son étrange regard, oubliant ses soucis de la journée et ses devoirs à finir. Elle était aux aguets, comme à chaque fois, prête à riposter si l'on venait à l'attaquer. C'est alors que la lanière de son sac céda subitement, tombant au sol et déversant son contenu sur le sol. Grey ne put s'empêcher de soupirer d'exaspération tandis qu'elle rangea sa baguette dans la poche de sa cape après avoir lancé un « Reparo » sur la lanière. Elle s'agenouilla pour y ramasser ses affaires et les ranger à nouveau dans son sac quand soudain une voix retentit dans son dos, la faisant se retourner brusquement.
« Tout bonnement pitoyable, souffla Rosier avec un sourire sournois, la baguette dans sa main droite.
- C'est toi, murmura Fauve en reculant d'un pas tout en cherchant sa baguette qu'elle retrouva rapidement entre ses doigts.
- Ta sœur m'avait averti que tu étais loin d'être une idiote, j'avoue que j'ai dû me montrer patient, entre Lupin qui semble te surveiller, Black toujours à te tourner autour, et toi, particulièrement attentive et soupçonneuse, déclara Rosier en l'observant de toute sa hauteur tandis qu'elle était toujours agenouillée au sol.
- L'attaque de l'année dernière ne vous a donc pas suffit ! cracha Grey avec virulence.
- A vrai dire, non, répondit naturellement et calmement Evan. Au final, cela s'est retournée contre Eileen, vous avez osé humilier ma future femme, on n'humilie pas une Rosier sans représailles ! s'exclama –t-il les traits de son visage déformés par la colère et la haine.
- Elle a tenté de m'assassiner par empoisonnement ! rétorqua abruptement Fauve outrée.
- Et je l'en félicite, dévoila-t-il en glaçant le sang de Grey. C'était au-delà de mes espérances, je n'aurais jamais cru qu'elle passerait réellement à l'action, mais j'avoue l'avoir un peu poussée à bout. Ma famille a ainsi pu juger de sa valeur et de son esprit, elle est digne d'être ma fiancée, décréta le Serpentard en lui souriant de manière perfide.
- Tu l'as manipulé, s'horrifia Fauve en déglutissant sans peine.
- Bien entendu et je la manipule encore en lui faisant croire que c'est elle qui à l'ascendant sur moi, jusqu'au mariage, après, cela en sera tout autre, avoua Rosier en tournant autour d'elle tel un vautour autour de sa proie. Mais laissons-là vivre son rêve d'intégrer une noble famille de sang-pur, sa dote et son héritage nous permettra de renflouer nos coffres, ensuite son rôle sera purement et simplement de nous donner un héritier mâle, mais pour cela, je dois tout d'abord donner une certaine crédibilité à ses yeux… »
Fauve plissa des yeux, crispant ses doigts autour de sa baguette, en comprenant parfaitement les paroles de Rosier.
« Tu ne peux pas me tuer ici ! Nous sommes à Poudlard, ton crime sera découvert et….
- Qui parle de te tuer ? Tout de suite les grands mots, un accident est vite arrivée en ces lieux, un Impérium suffira, j'aurais juste à t'ordonner de te jeter par la tour d'astronomie après l'écriture d'une lettre d'adieu et le tour sera joué, qui doutera, quand on sait que tu as déjà attenté à ta vie ?
- Co-comment ? Non, ce n'est pas possible, personne, personne…
- Personne quoi ? reprit Rosier satisfait de son effet. N'est sensé connaître ce sombre secret que tu caches ? Eh bien sache qu'entre ces murs, tout finit par ce savoir, les élèves et les fantômes peuvent avoir la langue bien pendue, ricana-t-il en levant sa baguette, prêt à lui lancer un sortilège. »
Seulement, s'il pensait l'avoir suffisamment déstabilisée pour la soumettre à son autorité, il se mettait le doigt dans l'œil. Fauve réagit au quart de tour en roulant sur le côté pour éviter « « l'impero » qui lui était destinée alors qu'elle lui lança à son tour un « Experliarmus » qu'il évita grâce au déploiement d'un bouclier.
Un combat s'engagea littéralement entre les deux sorciers, à la plus grande surprise d'Evan qui ne s'était pas attendu à ce qu'elle se défende aussi bien. Cette petite garce allait finir par lui échapper si ce combat continuait à trop s'éterniser. Ce n'était pas ce qu'il avait prévu. Cela ne devait pas se passer ainsi. Furieux et agacé, il commença à commettre des erreurs dont Fauve profita pour riposter jusqu'à lui lancer un « Repulso » qui l'expulsa violemment contre le mur. A moitié sonné, elle alla en finir avec lui quand des pas retentirent dans le couloir et deux voix les interpeller fortement. La jeune Gryffondor se retourna pour voir :
« James, Lily, souffla Fauve en reportant son regard sur Rosier qui s'était relevé, essoufflé.
- On se retrouvera Grey, la prochaine fois, tu n'auras pas autant de chance, lui dit-il avant de prendre la fuite sous ses yeux et ceux des deux préfets en chefs qui n'eurent pas le temps de voir son visage. »
Le corps tremblant, la respiration saccadée, elle porta une main fébrile au-devant de sa bouche, à moitié abasourdit par ce qu'il venait de se produire et d'entendre, quand elle sentit une main sur son épaule la sortir de sa léthargie.
« Fauve ? L'appela James inquiet. »
La concernée se retourna vers lui, totalement déboussolée. Quelqu'un les espionnait. Quelqu'un donnait des infos sur eux. Quelqu'un de leur entourage avait révélé sa tentative de suicide à Rosier et peut-être à d'autres Serpentard. Elle avala difficilement sa salive en croisant le regard interrogateur de James et soucieux de Lily. Les seules personnes à même de connaître son secret étaient les Maraudeurs.
« Fauve, l'appela à son tour Lily en tendant une main vers son visage qui devenait blême au fur et à mesure que les questions s'accumulaient dans son esprit en ébullition. »
Soudainement, elle se recula d'eux en réalisant l'ampleur de ses pensées. Non, non, aucun d'entre eux n'avaient pu faire ça, Sirius sortait avec elle et ne souhaitait que son bonheur, il n'aurait jamais été voir un Serpentard, encore moins Remus, son ami de toujours. Quant à James, il était bien trop Gryffondor, trop courageux, trop honnête pour faire une telle chose.
Dans ce cas précis, il ne restait que Peter.
Peter et son regard étrange.
Impossible. Pourquoi aurait-il fait une telle chose ? Pourquoi ? Il n'avait rien à y gagner ! Rosier avait parlé des fantômes, est-ce que Mimi Geignarde aurait parlé ? Oui mais pour quelles raisons se serait-il adressé au fantôme ? Il avait dû avoir un indice quelconque avant cela ? Elle n'y comprenait plus rien et doutait fortement. Pouvait-elle en parler à James ? Lily ? Sirius ? Ou Remus ? La croiraient-ils ?
« Désolée, je, je me suis prise la tête avec un élève et ça a quelque peu dégénéré, je, je vais bien, mentit Fauve en prenant la décision de se taire.
- Vraiment ? Qui était-ce ? On a entendu des bruits de sortilèges et…
- Ça va aller, la coupa Grey en reprenant sa besace sous les yeux sceptiques de Lily qui échangea un rapide regard avec James.
- Fauve, si c'était un Serpentard, tu nous le dirais, n'est-ce pas ? insista James en fronçant des sourcils. Parce que Sirius nous…
- Ce n'était pas un Serpentard, juste un Serdaigle un peu trop entêté, assura vivement Grey. Aucun besoin d'en informer Sirius, je suis une grande fille, je sais encore me défendre, trancha-t-elle d'un ton un peu plus sec qu'elle ne l'aurait voulu en surprenant James. Vous faites une ronde avant d'aller manger ? leur demanda-t-elle en changeant habilement de conversation.
- Oui, parce que ce soir nous avons une réunion après le repas concernant la prochaine sortie à Pré-au-Lard, l'informa Lily.
- Ah oui, elle est pour dans deux semaines, fit Grey avec un grand sourire, vous serez alors amené à y aller ensemble ? »
James et Lily se regardèrent simultanément en rougissant l'un comme l'autre par l'allusion de Fauve. Ils n'y avaient pas pensé une seule seconde, et cela n'était pas pour déplaire à James de se retrouver seul avec Lily lors de cette sortie à Pré-au-Lard, même si cela incluait leur fonction de Préfet-en-Chef.
« Eh bien, oui, je suppose, répondit la jeune Evans en remettant une mèche de cheveux derrière son oreille d'un air embarrassée. »
Fauve ne put s'empêcher de sourire tendrement face au comportement de Lily qui en disait plus long que tous les mots réunis. Plus les semaines et les mois passaient, plus ils se rapprochaient sous les regards de tous. Plus aucune dispute ne venait troubler les déjeuner de la grande salle. Elle le savait, elle le sentait, prochainement ils formeraient un couple, sans doute le plus beau couple de tout Poudlard. Cela ferait le bonheur de certains et le malheur de d'autres comme Severus. Cependant, chacun faisait ses choix, son propre chemin, bons comme mauvais, ainsi était la vie et au vu de cette soirée étrange, elle pressentait que leur avenir ne serait pas de tout repos…
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Janvier 1978.
Il faisait froid, la neige était tombée durant toute la nuit, recouvrant le parc de Poudlard d'un épais manteau neigeux. Les mains dans les poches de sa cape, Severus avait longuement attendu cet instant de pouvoir enfin se retrouver seul avec Lily. Il l'avait épié puis s'apercevant qu'elle s'était enfin éloignée de Potter et sa bande pour se diriger vers la volière, il l'avait suivi, discrètement mais assurément.
Il avait ce besoin d'aller lui parler, encore une fois.
Il avait ce besoin de savoir, de comprendre, pourquoi lui ?
Pourquoi avoir choisit Potter après tant d'années ?
La mâchoire crispée, il avançait dans la neige, laissant ses traces de pas derrière lui, tandis que ses yeux noirs onyx vrillaient son amie d'enfance qui s'en allait en toute hâte vers la volière avec une lettre dans la main. Il pouvait voir ses longs cheveux flamboyant valser au grès de sa course frénétique et des flocons de neige se dissiper dans sa chevelure qu'il aimait tant.
Il ne lui fallut que quelques minutes supplémentaires pour la rejoindre dans le bâtiment ou l'on pouvait entendre les hiboux voler et hululer. Il ouvrit doucement le battant de la porte, apercevant la jeune Evans en train de donner sa lettre à hibou noir qui s'envola aussitôt pour sa destination.
Satisfaite, elle se retourna et tomba alors nez à nez avec Severus qui la fixait avec intensité et nervosité. Ils ne s'étaient pas reparlés depuis leur cinquième année et il fallait avouer que cela avait laissé des traces en eux. Il ne savait plus comment l'aborder, les mots, les phrases se perdaient dans le tumulte de ses pensées et de se souvenir épineux Potter entrain d'embrasser Lily. La seule chose qu'il réussit à dire fut alors un :
« Pourquoi ? »
C'était la seule question qui lui venait en tête et surtout la seule interrogation qui tournait en boucle dans son esprit tel un disque qu'on aurait oublié d'arrêter. Il la vit froncer des sourcils et plisser des yeux et prononça :
« Pourquoi, quoi Severus ?
- Pourquoi avoir choisit Potter ? réitéra –t-il calmement, sombrement. »
« Pourquoi avoir choisit Potter plutôt que moi » aurait-il voulu dire, mais il savait que toutes ses chances, avec elle, s'étaient évanouis dès lors qu'il avait eu prononcé les mots fatales « Sang-de-Bourbe ». Il avait perdu son amitié et bien plus encore, sa confiance et son amour.
Cependant, il aurait préféré la voir sortir avec n'importe quel sorcier plutôt que ce Potter. Son pire ennemi, celui-là même qui l'avait tant discrédité auprès de sa chère et tendre Lily. Celui-là même qui l'avait humilié devant elle. Que lui avait-elle trouvé après toutes ces années ? Après l'avoir repoussé, critiqué, pourquoi ce revirement ?
« Pourquoi pas, répondit-elle avec une assurance non feinte. James est…
- James, reprit Severus d'une voix étranglée en serrant les poings. Tu détestais Potter !
- Je ne le détestais pas, rétorqua-t-elle d'une voix sifflante. Nous avions juste des opinions différentes sur le règlement, la maturité et…
- En quoi est-ce différent maintenant, la coupa-t-il. Il n'a pas changé, il est toujours aussi immature, arrogant, se croyant supérieur aux autres et…
- Toi aussi Severus, répliqua-t-elle agacée en claquant sa langue contre le palais. Depuis ton plus jeune âge, tu es immature par ton comportement à toujours vouloir les dénigrer, à leur chercher des problèmes plutôt que de les ignorer, tu n'as jamais écouté mes conseils, jamais ! Cracha-t-elle avec virulence. Tu es arrogant et tu te crois supérieur à nous, pauvre sang-de-bourbe que nous sommes, en quoi es-tu différent de Potter dans ce cas ? Qui es-tu pour critiquer ?
- Ils m'ont piégé l'année dernière ! Lupin ! Sais-tu ce qu'il est ce monstre ? Te l'ont-ils dit ? Black m'a envoyé sous le saule cogneur, délibérément pendant que son copain se transformait en Loup-garou, révéla Severus à en perdre le souffle. Voilà ce qu'ils sont !
- Et comment es-tu encore ici dans ce cas présent ? demanda habilement Lily en croisant les bras, le regard remplit de dédain.
- Tu le sais, murmura-t-il en reculant d'un pas.
- Bien entendu que je le sais, James m'a tout raconté, stipula-t-elle. Il t'a sauvé la vie ! lui rappela-t-elle durement. Je conçois que Sirius a fait une énorme bêtise, mais Remus n'y est en aucun cas pour rien et James est venu te sauver la vie, il a mis ses préjugés de côtés contrairement à toi !
- Uniquement pour sauver la mise à ces copains ! se défendit-il en se sentant accablé de toute part.
- Quand bien même, il l'a fait pour ces amis, toi, ta seule et unique amie, tu n'as même pas été capable de la soutenir, de prendre son partie, tu penses comme Mulciber, Avery et tous les autres, souffla-t-elle plus douloureusement. Je te faisais confiance Severus, dit-elle en s'avançant vers lui. N'accable pas les autres pour des erreurs que tu as commises, ajouta Lily en posant sa main froide sur la joue de Rogue qui l'observait.
- Je me suis excusé, tant de fois, je, tout cela, c'est pour, pour…
- Pour quelles raisons ? le coupa-t-elle en penchant la tête sur le côté. »
Il voulait lui dire, que tout cela, c'était pour elle. Il souhaitait juste la protéger, obtenir une position suffisamment forte pour la protéger de cette guerre sordide parce qu'il l'aimait, plus que tout, plus que sa propre vie. Seulement, les mots restaient coincés dans sa gorge et son regard plongé dans le sien, ne faisait que le déstabiliser.
« James a changé, il a mûri, j'ai découvert en lui des qualités que j'apprécie, dévoila Lily d'une voix plus douce. Je me leurrais dans mes mensonges depuis le début, je souhaitais seulement voir ce dont je désirais, pour toi, parce que je te soutenais, confia-t-elle en lui caressant sa joue. Je suis désolée Severus, les choses changent parce que nous grandissons et que nous faisons des choix, tu as fait les tiens, clôtura-t-elle en laissant sa main glisser de sa joue, pour venir tomber le long de son corps. »
Il la vit alors passer à côté de lui, pouvant sentir son effluve qu'il aimait tant. Il se retourna brusquement vers elle et lui lança :
« Lily, es-tu heureuse ? »
La concernée s'arrêta momentanément et tourna son visage vers lui, irradié d'un grand sourire, ses yeux pétillants de bonheur et cela eut pour raison d'achever tout espoir en lui. Elle n'avait pas besoin de lui répondre. Oui, elle était heureuse avec James Potter.
« Je vois, murmura-t-il en ne laissant pas Lily ajouter quoi ce soit d'autre. »
La jeune Evans soupira, elle ouvrit la bouche, voulant ajouter une parole, mais à quoi bon ? Tout était finit entre eux, le chemin qu'ils avaient parcouru ensemble, s'arrêtait ici même. Elle n'avait pas voulu se montrer aussi dur avec lui, mais les choses étaient devenues beaucoup trop compliquées entre eux deux. Il n'y avait plus de place pour de la compassion ou de l'amour. Non, désormais, elle laissait cela derrière elle, désormais, quelque chose de nouveau l'attendait avec James, Remus, Sirius, Fauve et Peter. Peu importe ce que l'avenir pouvait lui réserver, elle ne regretterait jamais rien…
Jamais.
Comme pour clôturer cette dernière pensée, elle ferma la porte dans un bruit sourd, laissant son ami d'enfance dans le noir et le froid glacial de la volière, n'ayant pu voir les larmes silencieuses qui ravageaient son visage émacié…
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10 Mars 1978.
C'était l'anniversaire de Remus, il venait à son tour d'avoir ses dix-sept ans, le rendant majeur, lui aussi, dans le monde des sorciers. La fête battait son plein dans la salle commune des Gryffondor, entre les boissons, la nourriture et la musique. Les rires résonnaient dans la pièce ainsi qu'un brouhaha sans pareil qui avait le don d'assourdir les oreilles de Fauve. Assise dans un fauteuil, elle regardait Sirius et James en train de faire les idiots sous les regards admiratifs de leur camarade.
Comme depuis ce jour, elle jeta à nouveau un coup d'œil furtif à Peter qui se trouvait non loin d'eux. Depuis l'attaque de Rosier, elle n'arrivait plus à se conduire normalement avec lui. Elle se sentait méfiante et n'avait qu'une seule envie éviter sa présence. Elle doutait, encore et toujours, retournant en boucle les paroles de Rosier dans son esprit.
Elle n'en avait parlé à personne et à vrai dire, elle n'oserait jamais le faire. Elle ne voulait pas causer un trouble et une distorsion dans leur groupe par sa seule faute. Elle n'en faisait pas réellement partit et peut-être se trompait-elle ? Peut-être n'était-ce pas Peter ? Peut-être n'était-ce que le hasard des choses ? Peut-être que Mimi Geignarde avait eu la langue trop pendue sans s'en rendre compte, même si le fantôme lui avait certifié le contraire. Elle ne savait plus. Elle était perdue.
Tout cela lui faisait peur.
Elle vit alors une main se profiler sous son regard qui fixait inlassablement son roman ouvert à la même page depuis plusieurs minutes. Elle releva la tête et vit Remus en train de lui offrir un grand sourire, à sa plus grande surprise.
« Tu sembles bien trop pensive à mon goût pour une journée qui se veut festive et joyeuse, dit Lupin à son encontre.
- Oh, pardon, s'excusa-t-elle en refermant son livre qu'elle posa sur son fauteuil quand elle vint à se lever. Je vais manger une part de gâteau au… »
Elle sentit alors la main de Remus se refermer autour de son poignet qu'il retint fermement tout en la faisant se retourner vers lui. Il plongea son regard ambré dans le sien et souffla :
« Et si on dansait ?
- Là, maintenant, paniqua Grey en ouvrant grand ses yeux.
- Eh bien, oui, je suppose, s'amusa-t-il les yeux rieurs. Attends, lui intima-t-il en cherchant du regard son ami Sirius qui venait de s'enfiler une pinte de bierreaubeurre. Sirius ! s'écria-t-il à son encontre, s'attirant ainsi son attention. Tu me confies Fauve le temps d'une danse ? »
Le concerné haussa son pouce en l'air tout en lui faisant un clin d'œil pour ensuite retourner à la bataille qui l'opposait à James celui qui engloutirait le plus de bierreaubeurre sans vomir. Pari idiot, stupide, mais qui animait suffisamment la soirée pour que tout le monde concentre leur attention sur eux, plutôt que sur Remus et Fauve qui se dirigeaient dans un coin de la pièce où la musique se faisait mieux entendre.
Son cœur manqua un battement en reconnaissant la musique sur laquelle son ami l'entraînait, « O'Children », la ramenant quelques mois en arrière et la faisant rougir sous le regard curieux de Lupin qui n'en comprenait pas la raison. Elle sentit les mains de Moony se poser délicatement et timidement sur sa taille tandis qu'elle fit de même de son côté.
Ils tournaient doucement sur eux-mêmes, se balançant au grès du rythme de la musique. C'était maladroit et presque enfantin, mais cela eut le don de faire sourire Fauve qui remonta ses mains dans la nuque de Remus. Elle posa son front contre le menton de celui-ci, lui rappelant, une nouvelle fois, à quel point ils avaient grandis tandis qu'elle se laissa emporter par les pas du Maraudeur.
« Fauve ? L'appela-t-il.
- Hum, fit la concernée en relevant la tête pour croiser le regard de son meilleur ami.
- Tu sais que tu peux tout me dire, je vois bien que quelque chose te tracasse, lui confia Remus. Je l'ai vu, lui dit-il soudainement en s'attirant le regard effrayé de Grey. »
Il l'avait vu ? Rosier ? Impossible, elle était bien seule avec lui ce soir là et si James lui en avait parlé, elle en aurait déjà entendu des échos par Sirius. De quoi parlait-il ? Elle ne comprenait pas.
« La lettre, précisa-t-il en apercevant son regard effrayé et à la fois interrogateur.
- La lettre, répéta-t-elle en sentant son cœur battre sourdement. Co-comment ?
- Je, je te voyais soucieuse et je sais que tu caches régulièrement des choses importantes dans tes livres et…je, je suis tombé dessus, un soir, sur ton roman que tu avais oublié de ranger…
- Tu en as parlé à Sirius ? lui demanda Fauve inquiète.
- Non, je n'en ais parlé à personne, certifia Remus.
- Personne ne doit savoir, personne Remus, dit-elle en paniquant, elle ne voulait surtout pas que cela remonte aux oreilles de Peter, sait-on jamais.
- Je te le promets, personne ne le sait et personne ne le saura, assura à nouveau Moony en la serrant un peu plus fortement contre lui. C'est dangereux, je, ce n'est pas le meilleur moment pour entrer au ministère…
- Je le sais bien Remus, mais, j'ai été acceptée, ma candidature a été retenue et c'est une chose que je voulais faire, vraiment, lui révéla-t-elle. Je serais prudente, je ferais attention…
- Je sais, tu n'es plus une enfant, compléta-t-il avec un doux sourire à son attention. Tu ne le diras pas à Sirius ?
- Non, dit-elle d'un ton catégorique.
- Tu vas lui mentir ? Que lui diras-tu ?
- Que je travaille au ministère, un métier ordinaire et passe partout, dit-elle en haussant des épaules.
- Pourquoi ? Ne lui fais-tu pas confiance ? s'enquit Remus en fronçant des sourcils. »
Ce n'était pas en Sirius qu'elle n'avait pas confiance, c'était juste un ensemble de choses, d'événements successifs qui la faisaient douter, craindre le futur qui se profilait à l'horizon. D'une certaine façon, elle protégeait Sirius et les autres en taisant son secret, peut-être serait-elle amener à fuir les Mangemort ? Peut-être que son travail et ses découvertes la mettraient en péril au point de devoir disparaître un certain temps ? Pour toutes ses raisons, elle préférait les mettre dans l'ignorance la plus totale.
Elle était résolue. Quoi qu'il lui en coûte.
Cependant, quelque part, le fait de savoir que Remus était tombé sur la lettre, la soulageait. Elle savait que si un jour, il lui arrivait quelque chose, quelqu'un serait capable de comprendre et de l'expliquer à Sirius.
« Ce n'est pas une question de confiance, je veux juste protéger ceux que j'aime, lui répondit-elle en déposant un baiser sur sa joue. »
Et elle le ferait, pour le meilleur et pour le pire.
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Juin 1978.
Il faisait beau et chaud, un mois de Juin comme ils n'en avaient jamais connu auparavant. Les examens venaient enfin de se finir pour leur plus grand plaisir. Il ne restait plus qu'à attendre les résultats durant les vacances d'été pour ensuite décider quoi faire sur les prochains mois.
Assise dans l'herbe sous l'ombre d'un arbre non loin du lac, elle ne cessait de repenser à tout ce qui avait pu se produire au cours de ses sept dernières années. Il ne faisait aucun doute que sans Remus, à l'heure actuelle, elle ne sera plus là. Son amitié avait été un pilier important dans sa vie, tout comme l'amour que lui portait désormais Sirius. Elle ne pouvait plus se passer d'eux.
Ils étaient devenus sa famille à part entière, chacun d'eux avaient une place particulière dans son cœur. Aujourd'hui, elle pouvait dire qu'elle était heureuse. Elle était entourée comme jamais alors qu'il y avait quatre ans, sous ce même arbre, elle se sentait seule et perdue. Son regard se pencha alors sur l'avant de ses poignets cicatrisés depuis déjà quatre ans. Sans eux, elle ne serait plus là, sans eux, elle…
« Qu'est-ce que tu regardes ainsi ? »
La concernée sursauta légèrement, embarrassée d'avoir été prise sur le fait par la même personne lors de ce mois Juin durant sa troisième année. Elle le sentit alors s'installer à ses côtés puis prendre ces mains dans les siennes.
« Je me disais juste que, que j'avais de la chance de vous avoir, souffla-t-elle en plongeant ses yeux dans ceux de Sirius.
- Nous aussi, quoi que j'aie pu dire avant cela, c'est bien la seule chose que je regrette. C'est ici même que nous avons enterré la hache de guerre, déclara –t-il.
- Je crois que c'est ici même que je suis tombée amoureuse de toi, tu m'avais troublé et touché, lui avoua-t-elle gênée en lui arrachant un sourire.
- C'est ici même que nous avons débuté notre amitié si précaire, souffla Sirius en l'allongeant sous lui. »
Leur visage n'était qu'à quelques centimètres de l'un et de l'autre, poitrine contre poitrine, il maintenait toujours ses mains au-dessus de sa tête. Elle pouvait sentir son souffle contre ses lèvres alors que ses yeux gris ne semblaient pas vouloir se détacher d'elle. Le vent souffla dans une légère brise faisant voltiger les cheveux de Sirius. Hypnotisée, elle se détacha alors de sa poigne pour lever sa main droite à son encontre, caressant une de ses mèches folles.
« J'ai souvenir, que ce jour-là, j'avais eu profondément envie de le faire, chuchota-t-elle.
- J'ai souvenir, que ce jour-là, je t'avais trouvé belle, comme aujourd'hui, comme demain, ainsi qu'après demain, et ce, jusqu'à notre mort, révéla Black la voix enroué.
- Sirius, murmura-t-elle presque ostensiblement en posant une main sur sa joue. Est-ce que…
- J'ai trouvé une petite maison dans la banlieue de Londres, viens vivre avec moi, lui dit-il brusquement en surprenant la jeune fille.
- Ensemble, répéta-t-elle la voix tremblante d'émotion.
- Oui, ensemble, rend ton appartement et viens avec moi, assure-t-il d'un air sérieux. Sauf si tu… »
Il sentit alors les lèvres de Fauve se déposer sur les siennes afin de le faire taire de la meilleure des façons possibles et il devait bien avouer qu'il ne s'en plaignait pas. Il se sentait juste euphorique et remplit d'un bonheur débordant. Il était heureux. Ils roulèrent ensemble dans l'herbe avant de s'arrêter, éclatant de rire et de joie.
« Ensemble, souffla-t-elle contre ses lèvres qu'elle aimait tant dévorer. »
Au même moment, ils entendirent James arriver à grande enjambées, criant, hurlant sa joie dans le parc. « Elle a dit oui ! » ne cessait –t-il de répéter dans une litanie sans fin sous les visages souriant de Remus et Peter qui les rejoignaient à leur tour. Il ne fallut que quelques secondes supplémentaires pour que Sirius se relève et aille rejoindre son meilleur ami, le félicitant chaleureusement tandis qu'il annonçait de son côté leur futur installation.
Elle vit alors Remus lui tendre une main pour l'aider à se relever, à nouveau, sans hésitation elle enveloppa ses doigts autour des siens se sentant tirer en avant tandis qu'elle tomba dans ses bras. Elle plongea son regard dans celui de son meilleur ami qui semblait nostalgique et mélancolique.
Elle ne le comprenait que trop.
Demain serait un autre jour, demain serait leur dernier et ultime voyage dans le Poudlard Express qui les ramènerait chez eux, loin de la chaleur et du confort du château.
Demain, serait la fin d'une enfance et d'une adolescence insouciante.
Demain le train les emmènerait vers le monde des adultes, les plongeant indéniablement dans la guerre et des soucis quotidiens.
Demain, serait le commencement de tout…
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Me voilà devant Poudlard, il est encore vide de tous ses élèves et j'en profite pour y explorer, à nouveau, le parc où tant de souvenirs y regorgent. J'ai encore l'impression de pouvoir entendre nos rires et celui de Fauve quand James était venu nous voir pour nous annoncer qu'il allait se marier avec Lily et vivre avec elle.
Je me souviens de ce jour où j'ai demandé à Fauve de venir vivre avec moi. Quelques jours après notre retour de Poudlard, nous avons rendu l'appartement aux parents de James puis nous nous sommes installés ensemble.
J'avais trouvé une petite maison avec un garage, parce qu'en parcourant les rues environnantes pour trouver notre foyer, j'avais craqué devant une moto Moldu. Une magnifique moto side-car bleue, que je comptais bien trafiquer magiquement pour la faire voler et y emmener Fauve, à mes côtés.
Oui, à cette époque, l'avenir nous tendait les bras, nous avions pleins de projets en tête ; comme celui de me marier avec elle. Chose qui ne s'est jamais faite, je n'ai même pas pu lui acheter une bague de fiançailles, elle avait disparu soudainement, bien avant que j'en ai eu le temps.
La guerre nous avait séparés.
J'avais tenté de connaître ce qu'elle me cachait, mais elle n'avait rien avoué, me prétextant que je fabulais. Et pourtant, en y repensant aujourd'hui, j'ai toujours trouvé son comportement étrange, surtout peu de temps avant sa disparition. Elle n'avait cessé de me répéter que je devais avoir foi en Remus, que ce n'était pas lui le traître, mais moi, dans ma jalousie excessive, je ne l'avais pas cru.
Non, comme un imbécile, je l'avais accusé de tous les maux possible et inimaginable. Oui, je me rappelle encore très bien lui avoir craché à la figure qu'elle me trompait peut-être avec Remus. Peu de temps après, elle avait alors disparu, sans un mot, sans une lettre.
Encore aujourd'hui, cette pensée m'obsède, je m'en veux de l'avoir torturé ainsi, d'avoir manqué de confiance en elle. Elle avait essayé de me dire quelque chose, de me faire passer un message en me stipulant de croire en Remus plutôt qu'en Peter.
Pourquoi ?
Qu'avait-elle bien pu savoir ou même voir ? Pourquoi ne m'en avait-elle pas parlé ?
Pourquoi ?
De quoi avait-elle eu peur ? Peter ? Les Mangemort ? Ou bien ma propre réaction ?
Je devais savoir, connaître cette fichue vérité qui me hantait jour et nuit.
Je devais retrouver Peter, le faire parler, m'excuser auprès de Remus pour l'avoir cru être le traître et tenter de savoir, de comprendre la fugue de Fauve. Oui, je devais faire tous cela, tout en ayant les Détraqueurs à ma poursuite et le ministère avec ses Aurors.
J'étais seul sous cet arbre ou j'avais donné mon amitié à Fauve, où je lui avais promis un avenir serein. Seul, perdu, trempée de la tête au pied par la pluie qui ne cessait de tomber. Je ne pouvais que compter sur moi-même pour rétablir la vérité.
Que sur moi-même…
Voilà pour ce dernier chapitre de leur septième année, certaines choses ont été mis en place, comme la trahison futur de Peter...Pensez-vous que Peter à parlé de Fauve et de ses amis auprès des Serpentards ?
Comme vous pouvez le voir, j'ai commencé à disséminée les doutes, les secrets de chacun tout au long de ce chapitre, comme le fait que Fauve en dise le moins possible à son entourage sur son futur métier pour les protéger, parce qu'elle a peur...Avez vous apprécié que Remus soit dans la confidence ? Même si cela donnera des Quiprocos par la suite mais vous verrez cela dans le prochain chapitre, et Peter n'est pas innocent ...
Un dernier ultime moment entre Lily et Severus, j'avoue avoir aimé l'écrire, tout comme le dernier moment entre Remus et Fauve...
La dernière scène entre Sirius et Fauve fait volontairement écho à la scène du chapitre 10...
Dernière et ultime partie des pensées de Sirius en mode JE, désormais, nous reprendrons le fil de ses aventures à la troisième personne...
Prochain chapitre sera écrit tel des souvenirs visionnés dans une pensine qui se passeront de leur sortie d'école jusqu'à l'emprisonnement de Sirius, mort des Potter et disparition de Fauve...Cela vous permettra d'appréhender certains détails, ensuite nous atteindrons le début de la troisième année de Harry Potter...
Bref, j'en dis pas plus, la suite, très bientôt, si vous êtes sage, dans une semaine !
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