2016, POTSDAM, ALLEMAGNE

- Treize m'a appelée après Berlin. Raconta-t-elle.

La jeune femme s'installa dans le fauteuil disposé en face du canapé trois places dans lequel les trois hommes étaient entassés, leurs épaules se touchant sans même qu'ils ne bougent, leurs coudes s'entrechoquant à chaque mouvement. Elle avait posé sur la table basse trois tasses de café ainsi que des sandwichs qu'elle avait préparé tandis que Steve justifiait tant bien que mal leur présence chez elle.

- Sharon ? Interrogea Rogers.

- Vous en êtes au stade des prénoms ? S'étonna-t-elle. Tu m'épates, Rogers.

- Je crois qu'ils en sont même un peu plus loin. Marmonna Sam en buvant une gorgée de café.

Ce commentaire sembla toutefois attirer l'attention de Kate, son regard quitta Steve pour se poser sur lui, elle plissa les yeux et pencha légèrement la tête sur le côté.

- Et ils en sont à quel stade, exactement ? Interrogea-t-elle.

- Katherine. Soupira Steve.

- Steven ?

Sam pouffa à l'entente du prénom complet de Captain America et lança un regard amusé à Kate avant de se tourner vers Steve pour jauger sa réaction.

- Alors ? Interrogea-t-elle Sam.

- Sharon et moi on est amis. Justifia Steve.

- Ils étaient à deux doigts de devenir un peu plus à Londres. Rétorqua Sam.

- À Londres ? S'écria-t-elle brusquement en vrillant ses pupilles océan sur Steve.

- Il ne s'est rien passé à Londres.

- Presque rien. Rajouta Sam.

Mais le regard de Kate ne bougea pas d'un poil, ses yeux restèrent plantés dans ceux de Steve tandis que Steve lui retournait un regard de la même intensité. Ils ne parlèrent pas, ils se contentèrent de se regarder. La jeune femme arqua un sourcil, Steve secoua presque imperceptiblement la tête. Bucky fut étonné de voir son ami, dans ses souvenirs si peu à l'aise avec les femmes, garder aussi longtemps le contact visuel avec elle. Et puis finalement, il vit ses joues se teinter, très légèrement, de rose et il détourna les yeux.

- Tu m'épateras toujours, Steve. Sourit-elle.

Steve lança un regard emplit de reproche à Sam puis leva les yeux au ciel.

- Tu trouves le temps de sortir avec quelqu'un alors que je ne trouve même pas le temps de lire un livre en entier. Gloussa-t-elle. Ça doit être un truc de super soldat.

- Tu as terminé ?

- De te cuisiner sur Treize ou bien de te mettre mal à l'aise en face de tes amis ? Interrogea-t-elle.

- Les deux.

- Tu me connais, Steve. Je ne suis pas du genre à remuer le couteau dans la plaie.

- Tu es exactement du genre à remuer le couteau dans la plaie.

- C'est vrai. Concéda-t-elle. Mais pas pendant trop longtemps.

- On peut revenir à l'essentiel ?

- Treize et toi ou la bombe à Vienne ?

- Ce n'était pas moi. Assura Barnes.

- C'était pas lui. Renchérit Sam.

- Elle le sait. Assura Steve.

Il se tourna brièvement vers son ami avant d'en revenir à la jeune femme qui lui lançait un regard dubitatif.

- Je crois que c'est le moment de tout me raconter. Annonça-t-elle en se calant dans le fond de son fauteuil.

- Qu'est-ce que tu veux savoir ? Interrogea Steve.

- Je suis en train de griller la couverture que je me suis fabriquée pendant deux ans, alors je crois que j'ai le droit de tout savoir.

- On ne peut pas faire ça. Intervint Bucky.

- Bucky a raison, c'est trop dangereux.

- De mon point de vue, je suis la seule personne sur qui vous pouvez compter. Contra Kate. La seule personne qui ne vous dénoncera pas.

- Ça, on n'en sait rien. Rétorqua Sam.

- Je suis pas une balance. Siffla-t-elle. Si ça avait été le cas j'aurais dit à Treize que vous étiez chez moi et j'aurais négocié une immunité. Au lieu de ça, je vous offre un toit et des sandwiches.

- Et on te remercie. Assura Steve.

- Parlez-moi de Berlin. Ordonna-t-elle en croisant les bras sur sa poitrine.

- Le psychiatre était censé faire une évaluation psychiatrique. Rien de plus. Expliqua Steve. Au lieu de ça, il a tout fait pour se retrouver seul avec Bucky.

- C'est-à-dire ?

- Il s'est arrangé pour qu'on ait plus de visuel sur eux.

- HYDRA ? Interrogea-t-elle en lançant un regard à Barnes.

Bucky jeta un regard interrogateur à Steve, lui demandant silencieusement s'il pouvait lui dire tout ce qu'il savait, tout ce que cet homme avait voulu savoir. Lentement Steve hocha la tête.

- Il voulait que je lui parle de la Sibérie. Avoua-t-il.

- Le QG d'HYDRA ?

- Pendant un temps. Approuva Barnes.

- Est-ce que tu l'as reconnu comme étant un membre d'HYDRA ? Ou quelqu'un qui gravitait autour d'HYDRA ? Un agent sous couverture, un médecin, un membre haut placé ?

- Non.

- Tu en es sûr ?

- Il a demandé des informations sur un QG, ça me parait clair qu'il faisait pas partie d'HYDRA. Intervint Sam.

- Pas si l'agent a été recruté il y a peu et qu'il essaie de retrouver d'autres membres.

- HYDRA a été détruit. Contra Steve.

- Oui, c'est aussi ce que je pensais après t'avoir vu faire exploser, au sens propre comme figuré, le SHIELD, enfin HYDRA. Pourtant il y a un an vous avez trouvé les jumeaux Maximoff dans une base sokovienne.

- Comment t'es au courant de tout ça, toi ? Interrogea-t-il.

- J'ai toujours des contacts, Steve.

- Pourquoi j'ai l'impression que tu en sais plus que nous ? Interrogea Sam.

- J'ai quitté le pays parce que je n'y étais plus exactement la bienvenue. Mais ça ne m'a pas empêchée de garder un œil sur vous. Et une oreille attentive.

- Qui a parlé ? Interrogea Steve.

- Natasha a appelé une fois ou deux. Wanda a l'air gentille.

- C'est elle qui te l'a dit ?

- Natasha ne qualifie jamais personne de « gentil ». Je me suis renseignée un peu sur les jumeaux.

- En faisant appel à tes contacts ?

- Je l'ai fait toute seule, comme une grande. J'ai gardé un œil sur toi, Rogers. Étant donné ton aptitude à t'attirer des ennuis, j'ai bien fait de me tenir au parfum.

- C'était toi. Murmura Steve.

- Moi ? Rétorqua-t-elle innocemment.

Steve fronça les sourcils et pinça les lèvres avant de serrer les poings, la jeune femme ne cilla pas, elle arqua un sourcil dans sa direction et décroisa les bras pour poser les paumes sur les accoudoirs du fauteuil.

- C'était toi, et n'essaie pas de me mentir. Reprit-il.

- Je ne sais même pas de quoi tu parles. On parlait de la Sokovie et des jumeaux Maximoff, j'ai déjà confessé m'être renseignée sur eux. Rétorqua la jeune femme en levant les yeux au ciel.

- À chaque fois que j'ai l'impression de pouvoir te faire confiance, tu me prouves le contraire.

Depuis qu'ils étaient arrivés chez elle, tout ce que Steve lui avait dit avait été pris avec amusement, ses yeux brillants d'une lueur malicieuse mais lorsqu'elle entendit ces mots, sa moue se renfrogna, la lueur dans ses yeux se mua lentement et un éclair de tristesse naquit brièvement dans son regard.

- Tu es injuste, Steve. Marmonna-t-elle.

- Tu m'as menti.

- Non ! S'offusqua-t-elle en se redressant. Je ne t'ai pas menti. Jamais. Assura Kate.

- Alors dis-moi que ce n'est pas toi qui a donné à la CIA cette piste sur Bucky.

La blonde ouvrit la bouche, prête à se défendre, avant de finalement la refermer. Son regard quitta celui de Steve pour se poser sur le soldat. Lui aussi lui lançait un regard noir, tellement emplit de colère et d'accusations qu'elle fut forcée de détourner les yeux. Et Steve prit ce simple geste comme un aveu. Il se leva brusquement du canapé, bientôt imité par Kate qui bondit de son fauteuil comme un diable hors de sa boite.

- J'en étais sûr. Siffla-t-il.

- Il fallait que tu le retrouves avant les autorités. Se justifia-t-elle. Je pensais que tu arriverais à le sortir de là avant eux.

- Qui est-ce que tu as prévenu de notre présence ici ?

- Personne.

- Qui ? S'écria-t-il brusquement.

- Personne ! Je ne l'ai dit à personne.

- Jure-le.

- Je te le jure.

- Et ça te suffit ? Intervint Sam en fronçant les sourcils.

- Toi, reste en dehors de ça. Siffla-t-elle en pointant son index dans sa direction.

- Pourquoi tu as fait ça, Kate ?

Lentement, la jeune femme s'approcha de lui et attrapa sa main dans la sienne.

- J'ai une dette. Souffla-t-elle. Je sais que jamais je ne pourrais m'en acquitter mais je t'ai promis de surveiller tes arrières. Et j'ai tenu cette promesse.

2013, Omsk, Russie

Elle avait arrêté de compter les jours, elle y avait été obligée après qu'on l'ait changé de cellule. Quelques temps auparavant, elle était retenue dans une cellule tout ce qu'il y a de plus ordinaire, avec une couchette et une couverture, qui avait connu des jours meilleurs, et une fine fenêtre, pas assez grande pour qu'elle puisse y passer mais assez grande pour qu'elle puisse voir les rayons du soleil et le rayonnement de la lune. Elle avait compté dix-neuf lever de soleil, elle n'avait pas vu la lune se lever ce soir-là, des militaires étaient entrés dans sa cellule et lui avaient enfilés un sac sur la tête avant de la menotter sans ménagement.

C'est après dix-neuf jours qu'elle avait été placée dans cette cellule, sans fenêtre, sans couchette et sans couverture. Elle avait compris dès le début que c'est comme ça que se déroulerait la suite des évènements, elle connaissait bien les méthodes russes, elle était rodée. Au début, le pire était cette cellule, éternellement sombre et tellement exigüe que lorsqu'elle se mettait debout au centre de la pièce et qu'elle tendait les deux bras, elle parvenait à toucher les deux murs. Mais l'étroitesse de l'endroit n'était rien à côté de ce qui allait suivre. D'abord elle avait été incommodée par l'absence quasi-totale d'hygiène et ensuite était venue la faim. Et ça, ça avait été le plus difficile à supporter, le bruit de gargouillis résonnant sourdement dans son ventre vide, la salive qui envahissait sa bouche à chaque fois qu'on lui donnait du pain rassit ou un bouillon pratiquement imbuvable.

Elle savait qu'ils n'allaient pas la tuer, ils voulaient d'abord qu'elle parle. Et aussi dure sa volonté soit-elle, elle se doutait qu'un jour, ils parviendraient à lui faire cracher quelques informations. Ils suivaient le schéma habituel, celui auquel elle avait été entraînée à résister aussi longtemps que possible. Plus d'accès à la lumière du jour, peu de nourriture, peu d'eau, questionnement intempestif et finalement séance d'interrogatoire musclée. Au bout d'un temps, elle s'était retrouvée incapable de marcher, le manque de nourriture et la douleur omniprésente dans l'ensemble de son corps la rendait faible, horriblement faible. Elle détestait être faible.

La jeune femme posa la tête contre le mur froid, ses vêtements déchirés laissait glisser sur sa peau un courant d'air glacial qui la faisait frissonner en permanence, à moins que ce ne soit la douleur, elle l'ignorait. Lentement, elle fit glisser sa main sous le haillon qui lui servait de haut et parcourut du bout des doigts son abdomen, à peine eut-elle frôlé ses côtes qu'un gémissement, semblable à un feulement s'échappa de ses lèvres, elle avait des côtes cassées. Elle avait entendu le bruit sourd de ses os se briser, lorsque la matraque s'était abattue sur son flanc, et ensuite, elle juste en avait ressenti la douleur.

Avant qu'elle ne puisse poursuivre l'exploration de son corps meurtri, la porte de sa cellule s'ouvrit à la volée, la lumière aveuglante du couloir se répandit dans la petite pièce, la forçant à fermer les yeux, elle tenta de lever sa main à hauteur de son visage, pour se protéger les yeux et tenter de jeter un regard autour d'elle, mais sa main retomba mollement sur le sol. Elle entendit des pas, lourds et sonores sur le béton, elle ne bougea pas, elle avait cessé d'essayer de résister. Elle attendait simplement qu'on ne la saisissent par les bras et qu'on la traîne jusqu'à la salle d'interrogatoire.

Mais Au lieu de ça, personne ne s'approcha pas d'elle. Lentement, elle tenta d'ouvrir les yeux, des larmes s'en échappèrent et roulèrent le long de ses joues, elle ignora la sensation de brûlure causée par cette brusque luminosité, elle plissa les yeux et distingua vaguement une silhouette entourée d'un halo de lumière.

- Je l'ai trouvée. Entendit-elle.

Elle ne reconnut pas immédiatement la voix grave qui s'éleva dans sa cellule, mais lorsqu'elle entendit de l'anglais à la place du traditionnel russe auquel elle avait droit depuis ce qui lui semblait être une éternité, elle sentit le soulagement naître dans sa poitrine.

Son cœur se souleva brusquement, comme lorsqu'elle était dans une attraction à sensation forte, la douleur sembla s'évanouir brusquement, son cœur tambourinait dans sa poitrine, si fort qu'elle eut peur de le voir s'en échapper et s'écraser sur le sol.

La silhouette masculine s'avança ensuite, presque prudemment. Son regard se posa immédiatement sur l'imposant bouclier qu'il tenait à la main. Lentement, l'homme accrocha son bouclier dans son dos et retira le masque qui lui cachait la moitié du visage. Il s'avança jusqu'à être devant elle, il s'accroupit à ses côtés et ses yeux parcoururent rapidement son corps.

- Agent Callender. Murmura-t-il. C'est le Captain Rogers.

Mais le regard de l'agent semblait vide, ses pupilles ne se fixèrent pas sur lui, elle se contenta de regarder l'étoile dessinée sur son uniforme.

- C'est Steve. Répéta-t-il. Vous m'entendez ? Kate ?

D'autres pas précipités se firent entendre dans le couloir et le Captain se redressa brusquement, il serra les poings, prêt à combattre mais se détendit en reconnaissant les deux agents sur le pas de la porte. Clint fut le premier à entrer, il le contourna et s'agenouilla aux côtés de Kate tandis que Natasha entra presque timidement.

- C'est pas vrai, Kate ! S'exclama Clint.

Steve jura voir Natasha pâlir, et l'agent Romanoff ne palissait jamais. Elle s'arrêta brusquement, ses lèvres s'entrouvrirent tandis que ses yeux parcourait avec horreur l'état dans lequel se trouvait Kate.

- Natasha, va préparer le jet. Ordonna Clint.

Mais la rouquine ne bougea pas, elle semblait perdue dans une sorte de transe, face au manque de réaction de son amie, Barton se tourna brusquement vers elle.

- Maintenant ! S'écria-t-il.

Il reporta ensuite son attention sur Kate, il chassa une mèche de cheveux derrière son oreille et approcha son visage de son oreille.

- Ça va aller, ma belle. Assura-t-il. Ça va aller.