2016, POTSDAM, ALLEMAGNE

- Après l'explosion, quand ils ont dit que c'était Barnes, j'ai essayé de t'appeler. Mais tu étais injoignable. Alors j'ai contacté Sharon. Je me doutais que vous seriez tous les deux à Londres, j'ai essayé de l'appeler mais elle n'a répondu qu'une fois arrivée sur place, à Vienne. Entre temps, un témoin a reconnu Barnes et mon contact à la CIA a fait ce qu'il pouvait pour tenir l'info secrète le plus longtemps possible. Alors quand Sharon a répondu, je lui ai demandé une faveur en échange d'une autre, elle a accepté de te donner l'information. Expliqua-t-elle.

- Depuis combien de temps, tu savais qu'il était à Bucarest ?

Une nouvelle fois, elle baissa les yeux avant de lancer un bref regard en direction de Bucky.

- Un petit temps. Marmona-t-elle.

- C'est-à-dire ? La pressa-t-il.

- Un an et demi.

- Un an et demi. Répéta-t-il.

- Je suis tombée sur lui par hasard ! Se justifia-t-elle.

Sam émit un ricanement amusé auquel elle répondit par un regard noir. Steve croisa les bras sur sa poitrine et lui lança son regard mi-sérieux mi-sévère qu'elle l'avait si souvent lancer durant les missions qu'ils avaient partagées. Elle finit par soupirer et leva les paumes en signe de réédition. Elle regagna lentement son fauteuil tandis que Steve continua de la dominer de toute sa hauteur.

- Après Washington, j'ai dû quitter le pays, mon identité était compromise alors je suis venue en Europe, une de mes connaissances a réussi à me faire quitter le territoire.

- Je veux des noms. Ordonna Steve. Et des précisions. Maintenant.

- Billy, c'est Billy qui m'a aidée.

- C'est l'ex militaire ?

- C'est lui, celui qui gère une société privée de sécurité. Il me devait un service alors je lui ai demandé de me faire quitter le pays. J'ai pris un bateau jusqu'au Brésil, de là, j'ai attendu deux jours, pour être certaine de ne pas être suivie, j'ai pris un second bateau jusqu'au sud de l'Espagne. Arrivée en Europe ça a été plus simple de me déplacer.

- Comment tu t'es retrouvée à Bucarest ?

- Je ne comptais pas y aller, mon plan c'était la Pologne.

- Pourquoi ?

- Parce que j'avais une planque du côté de Krosno. Mais un contact m'a appelée en me disant qu'une équipe d'ex agent du SHIELD s'était mise en route pour Bucarest parce que le Soldat de l'Hiver y avait été repéré.

- Aucun agent d'HYDRA ne m'a jamais trouvé. Intervint Bucky en lui lançant un regard perplexe.

- Je suis allée à Bucarest. Je voulais vérifier que l'information était vraie et ensuite j'allais t'appeler. Assura-t-elle à l'intention de Steve. Je voulais simplement m'assurer qu'il était là où on me l'avait indiqué.

- Visiblement ton appel a dû se perdre en chemin. Lui fit remarquer Rogers.

- Tout comme l'équipe d'HYDRA. Renchérit Sam.

- J'ai trouvé Barnes au marché. Confessa Kate. Il...

Elle lança un regard, presque prudent, à Bucky qui l'observait maintenant avec plus de curiosité que de colère.

- Il s'achetait des prunes. Continua-t-elle. Il parlait au vendeur, il souriait. Il avait l'air... il avait l'air d'aller bien, il semblait avoir commencé une nouvelle vie là-bas. Je l'ai filé pendant deux jours.

- Je l'aurais su si on m'avait suivi. Marmonna l'intéressé.

- Non, tu l'aurais pas su. Rétorqua son ami.

- Je sais pas, je voulais m'assurer qu'il était normal, ou quelque chose comme ça. En tout cas, il n'était pas en pleine psychose meurtrière quand je l'ai vu, il nourrissait les chats errants.

- Et ça t'a rassurée ? Interrogea ironiquement Sam.

- Pourquoi tu m'as pas appelé, Kate ?

- Parce que je sais que tu l'aurais ramené au pays. Je sais que tu aurais fait ton possible pour le réhabiliter, pour lui faire obtenir la grâce du président et tu y serais probablement arrivé. Mais je savais qu'en contrepartie, il devrait éventuellement retourner sur le terrain. Comme toi tu l'as fait.

- C'était un choix. Se justifia Steve.

- Ça n'a jamais été un choix pour toi. Rétorqua-t-elle. C'était ton devoir, c'est différent. J'ai pensé que c'était sa chance d'entamer une nouvelle vie. Une vie dans laquelle personne ne lui demanderait de reprendre les armes. Alors j'ai décidé de le laisser tranquille, j'ai tourné les talons et je suis partie.

- Tu n'avais pas le droit de prendre cette décision.

- Peut-être. Concéda-t-elle. Mais j'ai fait le choix de la prendre quand même.

- Et les agents ? L'interrogea Barnes.

- J'ai réussi à les leurrer, la priorité c'était toi, mais je savais qu'ils voudraient essayer de remettre la main sur moi. Dès qu'ils m'ont vues, ils m'ont prises en chasse, j'ai fait semblant de battre en retraite et ils ont réussi à m'acculer.

- Tu les as tués ? Interrogea Steve.

- J'ai éliminé la menace. Confirma-t-elle en hochant la tête. J'ai récupéré le matériel militaire et j'ai mis le feu à l'entrepôt. Les autorités ont pensés que des squatteurs avaient mis le feu en essayant de se réchauffer.

- Bon sang, Kate. Souffla Rogers.

La jeune femme hocha la tête et releva les yeux vers Steve. Il décroisa les bras et posa les poings sur les hanches, il la jaugea de longues minutes avant de soupirer bruyamment.

- Tu n'aurais pas dû faire ça. La réprimanda-t-il.

- Je sais.

- Est-ce que tu vas t'excuser ?

- Non. Parce que, je reste convaincue que j'ai pris la bonne décision. Tu es peut-être trop en colère pour t'en rendre compte mais je sais que j'ai bien fait de ne pas te prévenir.

- Tu n'es pas croyable. Même quand tu as tort, tu es persuadée d'avoir raison.

- Ça nous fait un point commun.

Les lèvres de Bucky tressautèrent tandis que Sam esquissa un sourire franc.

- Elle n'a pas tort. Rétorqua Bucky.

- Vous êtes en sécurité, ici. Assurra-t-elle. Et vous serez en sécurité aussi longtemps que vous en aurez besoin.

Les trois hommes se jaugèrent un instant, Sam haussa les épaules, signifiant que peu importe la décision de Steve il la suivrait et Bucky hocha la tête signalant qu'il la croyait suffisamment pour rester chez elle.

- D'accord. Concéda Steve. Mais plus de surprises. Si tu as autre chose à avouer c'est le moment.

- Je n'ai plus de secrets. Promit-elle.

- Là, je sais que tu mens.

- Je n'ai plus de secrets concernant toute cette histoire. Je le jure.

- Maintenant je te crois. Approuva-t-il en esquissa un sourire.

2013, WASHINGTON D.C, USA

Depuis qu'ils étaient montés à bord du jet, généreusement prêté par Tony Stark, Clint avait insisté pour que Kate soit conduite à l'hôpital et non pas au Triskel. Il savait qu'ils avaient tout le matériel nécessaire pour la soigner, mais il savait aussi que la première chose que le SHIELD voudrait faire c'est l'interroger, savoir ce qu'elle avait dit ou non. Et pour l'instant, tout ce que Barton voulait pour elle, c'était qu'elle puisse être soignée et reprendre des forces paisiblement, sans avoir à répondre aux interrogations de Pierce ou Fury. Alors il avait demandé à Natasha et Steve de garder pour eux le fait qu'ils avaient réussi à sauver Kate et qu'elle était de nouveau au pays. En tout cas, de garder le silence aussi longtemps que possible. Avec Natasha, ils se relayaient à son chevet, s'assurant qu'elle ne soit jamais seule.

Les antidouleurs l'assommaient et elle dormait plus qu'elle n'était éveillée et pourtant, lorsqu'elle l'était, elle parlait peu, elle répondait aux infirmières, elle répondait à Clint mais elle s'arrêtait là. Depuis son retour, trois jours plus tôt, Barton ne l'avait pas entendu enchaîner plus de quatre mots. Assis dans le fauteuil à côté de son lit, il la vit se réveiller en sursaut en entendant l'une des portes du couloir claquer, son regard se posa sur la porte close de sa chambre, comme si elle s'attendait à la voir s'ouvrir. Lentement, Clint se releva et se posta à côté d'elle, il posa une main sur la sienne, attirant son attention sur lui, et lui adressa un sourire.

- Comment ça va la belle au bois dormant ? S'enquit-il.

- Ça va. Assura-t-elle.

Sa voix était plus rauque qu'à l'accoutumée, il la vit grimacer, comme à chaque fois qu'elle parlait, il supposait que c'était à cause de la douleur. Son regard suivit la longue ligne d'hématomes qui courait sur sa gorge, le médecin lui avait confirmé qu'il s'agissait de marques de strangulation et que son larynx avait été lourdement touché.

- Tu as faim ? Interrogea-t-il.

Depuis qu'elle était arrivée, elle était principalement nourrie par voie intraveineuse. Le médecin avait marqué son accord pour qu'elle puisse se mettre à boire d'elle-même mais la nourriture solide lui était encore interdite pour l'instant.

- Tu as droit à de la gelée. Sourit-il.

- Génial. Ironisa-t-elle en levant les yeux au ciel.

- Je vais demander aux infirmières de m'en donner, je reviens.

Il lui adressa un clin d'oeil avant de tourner les talons et de disparaître derrière la porte close. Moins d'une minute plus tard, la porte s'ouvrit à nouveau mais au lieu de laisser apparaître la silhouette familière de Clint, ce fut une silhouette bien plus imposante qui apparut. L'homme referma presque prudemment la porte derrière lui avant de faire quelques pas dans la chambre, son regard trouva celui de la jeune femme et il s'arrêta brusquement et sembla évaluer la situation.

- Bonjour Captain Rogers. Croassa-t-elle.

Sa voix, péniblement rauque, le fit légèrement grimacer mais sembla le décider à avancer un peu plus. Il tenait dans une main un imposant bouquet de fleurs qu'il lui désigna maladroitement.

- Agent Callender. Sourit-il en lui tendant le bouquet avant de se raviser. Je vous ai apporté des fleurs.

La porte s'ouvrit à nouveau mais cette fois pour faire place à Clint, il leva une main chargée de petit pot de gelée d'un air victorieux.

- Captain. Sourit-il. Je t'avais dit qu'elle était pas très bavarde.

- Il m'a apporté des fleurs.

Clint lança un regard amusé au bouquet avant de tourner la tête vers Kate dont les lèvres tressautèrent légèrement mais pas assez pour appeler sa moue un sourire. Barton fourra un pot de gelée et une petite cuillère en plastique dans la main libre de Steve avant de se diriger vers Kate.

- Tu vas t'en sortir où tu veux que je te donne la becquée ? La taquina-t-il.

- Va au diable.

- Je serai juste derrière toi. Sourit-il. Assieds-toi avec nous. Ordonna-t-il à Steve en désignant du menton le siège de l'autre côté du lit. Ça fait deux jours que cette petite chanceuse à droit à cette magnifique gelée et qu'elle refuse de partager. Cette fois j'ai pris les devants, tu ne pourras plus garder cette merveille rien que pour toi. Sourit-il.

Il retira le couvercle du petit pot de la brunette, le lui déposa sur la petite table de lit avant de la faire rouler jusqu'à elle, il lui glissa une petite cuillère entre les doigts plus ou moins intactes avant de s'installer à son tour sur sa chaise. Kate l'observa avec une moue dégoûtée tandis qu'il fourrait une bonne portion de gelée dans sa bouche.

- Délicieux. Approuva-t-il la bouche pleine.

- C'est immangeable. Murmura la brunette.

- Qu'est-ce que t'en penses Steve ? Interrogea Barton.

Après une brève hésitation, Rogers imita Clint, il s'installa dans l'autre fauteuil avant de goûter prudemment la gelée. Il réprima au mieux sa moue dégoûtée et finit par hocher la tête.

- C'est... intéressant. Finit-il par lâcher.

- À ton tour, Kate.