2016, POTSDAM, ALLEMAGNE

Contrairement à ce qu'elle aurait pensé, Steve n'eut pas besoin qu'elle aille le réveiller. Il s'extirpa de la chambre d'amis et referma le plus silencieusement possible la porte, informant Kate que Sam dormait toujours. Il retrouva Bucky dans le canapé, le regard fixé sur l'écran de télévision, Kate était assise dans son fauteuil, elle avait ramené une de ses jambes contre sa poitrine tandis que l'autre se balançait sous le plaid qui la couvrait jusqu'à la taille.

- Qu'est-ce que vous faites ? Interrogea-t-il en les rejoignant.

- J'introduis Bucky à la pop culture. Rétorqua-t-elle sans détourner les yeux de l'écran.

- Ne me dis pas que c'est Aliens. Grimaça Rogers en s'installant aux côtés de son ami.

- Tu es la seule personne que je connaisse qui sois capable de confondre Aliens et E.T

- Tu lui fais voir E.T. ? S'enquit-il en se tournant vers elle.

- J'adore E.T. Rétorqua-t-elle en l'imitant.

- C'est le seul film qui te fait pleurer.

- Je ne pleure pas devant E.T.

- Si. À chaque fois.

- Et puis ce n'est pas le seul film qui m'émeuve.

- Cite m'en cinq. La défia-t-il.

- On est pas ici pour m'écouter parler de mes préférences cinématographiques. On est ici pour permettre à Bucky de découvrir un chef d'œuf du septième art.

- Je ne suis pas sûr que tu sois impartiale concernant ce film.

- J'adore E.T. Répéta-t-elle. Et il adore E.T.

- C'est vrai. Approuva Bucky en hochant la tête. J'aime bien E.T.

- Attends de voir la fin.

- Est-ce que tu peux t'abstenir de nous spoiler ? S'écria Kate.

- Tu as vu ce film des dizaines de fois. Je vois difficilement ce que je pourrais spoiler.

- C'est Treize qui t'a appris à utiliser ce mot ? Le taquina-t-elle.

- Sharon. Rectifia-t-il. Et non, personne ne m'a appris à utiliser ce mot.

- Tu m'impressionnes, Rogers.

Steve entendit Bucky ricaner à l'entente de mots prononcés par la jeune femme mais il ne prit pas la peine de réagir, il se contenta de lancer un regard noir à Kate qui lui répondit par un sourire avant de retourner à son film.

- Il est tellement mignon. Chuchota-t-elle.

- Qu'est-ce que tu trouves de mignon chez lui ? Rétorqua Steve sur le même ton.

- Absolument tout. Ses grands yeux, son sourire, sa petite tête.

- Sa tête est tout sauf petite.

- Tu es la seule personne de la terre de à ne pas trouver E.T. mignon.

- Pas sûr que ce soit le style de Natasha.

- Il y a tellement de choses qu'il te reste à apprendre sur elle. La première c'est qu'elle adore E.T. comme la majorité des gens sur cette terre mais comme d'habitude, il faut que tu sois le cas étrange.

- C'est faux. Réfuta Steve. Je n'ai rien contre E.T.

- Alors pourquoi est-ce que tu n'arrêtes pas de lui trouver des défauts ?

- Parce que tu trouves sa tête petite.

- C'est une façon de parler, Rogers. Maugréa-t-elle.

- Est-ce qu'on peut regarder le film ? Interrogea Bucky en leur lançant un regard blasé.

- C'est ce qu'on faisait avant que Captain je-déteste-E.T. ne s'en mêle.

- Je n'ai pas dit que je détestais E.T.

- Et ça fait combien de temps que vous vous connaissez tous les deux ? S'enquit Barnes.

- Quelques années.

- Trop longtemps. Rétorqua Kate en même temps de Steve.

- Trop longtemps ? Répéta-t-il un brin offusqué.

- Parfois j'ai l'impression que ça fait une éternité.

- Voilà comment tu me remercies pour mon amitié ?

- Depuis quand il faut remercier son ami d'être son ami ?

- Vous êtes impossibles. Marmonna Bucky.

Avant qu'elle ne puisse rétorquer quoi que ce soit, ils entendirent quelques coups portés à la porte d'entrée. Steve vit Bucky se raidir dans le canapé et Kate dû sentir la tension émaner de lui puisqu'elle lui lança un regard prudent.

- C'est le livreur. Assura-t-elle. Je reviens.

Elle se débarrassa à la hâte de son plaid avant de se relever de se diriger vers l'entrée. Les deux soldats tendirent l'oreille, désireux de s'assurer qu'il s'agissait bien du livreur et non de la CIA. Ils l'entendirent déverrouiller la porte avant de l'ouvrir et la voix d'un homme s'élever.

- Bonjour. L'accueillit Kate en allemand.

Malgré la barrière de la langue, Steve entendit une certaine hésitation dans sa voix. Il lança un regard interrogateur à Bucky.

- Une grosse fête en perspective ? Interrogea le livreur.

- Quelque chose comme ça Rétorqua-t-elle en récupérant ses sacs de nourriture. Vous pouvez garder la monnaie.

Ils entendirent la porte d'entrée claquer avant d'entendre le cliquetis des verrous et les pas pressés de la blonde tandis qu'elle regagnait le salon à la hâte pour aller se poster à la fenêtre.

- Kate ? Interrogea Steve.

- Je suis pas sûre. Marmonna-t-elle.

- Pas sûre de quoi ?

- Laisse-moi réfléchir une minute, tu permets ? Interrogea-t-elle sans lâcher la rue des yeux.

Après quelques longues secondes supplémentaires, elle vit le livreur s'extirper de son immeuble et traverser la rue à grandes enjambées, elle chercha du regard sa voiture de livraison mais n'en trouva pas. Par contre elle remarqua le SUV noir garé à quelques mètres de chez elle. Elle observa l'homme marcher tout en jetant des coups d'œil répétés par-dessus son épaule.

- Merde. Souffla-t-elle.

Il s'arrêta devant le SUV, avant de regarder une dernière fois autour de lui et d'ouvrir la porte latérale pour y pénétrer.

- Fais chier ! S'écria Kate.

Elle se recula de la fenêtre et fit volte-face pour aller éteindre la télévision.

- Va réveiller Sam. Ordonna-t-elle à l'intention de Steve.

- Pourquoi ? Interrogea-t-il.

- Parce que ce n'était pas un livreur. Rétorqua Bucky. La CIA ?

- Peut-être. Va réveiller Sam. Répéta-t-elle.

D'un hochement de tête elle invita Bucky à la suivre jusque dans le couloir, elle ouvrit la porte du fond et ils pénétrèrent tous deux dans la pièce, après un rapide coup d'œil Bucky comprit qu'il s'agissait de sa chambre.

- Clint devrait arriver demain en fin de matinée. Expliqua-t-elle. Il faut qu'on prenne de quoi s'équiper pour la Sibérie.

- Tu comptes vraiment nous suivre jusqu'en Sibérie ?

Elle ignora sa question et pénétra dans ce qui semblait être un dressing, elle repoussa les nombreux vêtements pendus sur des cintres et Bucky découvrit une porte dérobée en guise de fond.

- Où est-ce que ça mène ? S'enquit-il.

- Nulle part. C'est une cache.

- Une cache pour quoi ?

Sans prendre la peine de lui répondre, elle ouvrit la porte avant de pénétrer dans la petite pièce et d'allumer la lumière. Rapidement, il se rendit compte que ce n'était pas une simple cache mais bel et bien une petite armurerie.

- Une cache pour ça. Se contenta-t-elle de répondre.

Il y en avait pour tous les goûts, de l'arme de poing à l'arme automatique, des grenades lacrymogènes aux grenades incapacitantes, il y avait aussi toute une série d'armes blanches, des couteaux crantés, des poignards, des couteaux de bottes. Et puis, en plus des armes il y avait tout l'équipement militaire qu'on pourrait rêver d'avoir en cas de batailles, gilets pare-balles, holsters, pantalons de survie.

- Où est-ce que tu as trouvé tout ça ? Interrogea-t-il en lui lançant un regard perplexe.

- Principalement sur le marché noir.

Il l'observa d'un œil distrait sortir tout un attirail de vêtements chauds qu'elle fourra sans ménagement dans un grand sac de voyage, il la vit embarquer quelques liasses de billets ainsi que ce qui ressemblait à des passeports avant d'attraper quelques poignards, deux grenades incapacitantes, une arme de poing et finalement une matraque.

- Fais-toi plaisir, soldat. L'invita-t-elle. Tu sais mieux que moi comment venir à bout de ces supers-soldats.

- Ça fait combien de temps que tu travailles pour le SHIELD ?

- Je suis à la retraite.

- Évidemment. Ironisa-t-il.

- C'est juste au cas où.

- Au cas où tu te ferais attaquer ? Par quoi exactement ? Tu as de quoi tenir un siège ici.

- Tu n'es pas la seule personne sur qui on voudrait mettre la main.

- Tu as dit que HYDRA te cherchait.

- HYDRA, les autorités, le gouvernement américain, les russes.

- Pourquoi ils voudraient mettre la main sur toi ?

- Tu voudrais que je te dévoile tous mes secrets alors que tu ne m'as même pas invitée à dîner ? Plaisanta-t-elle.

Elle semblait souvent essayer de se sortir d'une situation qu'elle trouvait gênante en lâchant une plaisanterie ou l'autre, c'était que quelque chose que Barnes avait remarqué et ça ne faisait même pas vingt-quatre heures qu'il l'avait rencontrée.

- Prends ce que tu juges nécessaire. On décolle dans quinze minutes, soldat.

2013, WASHINGTON D.C. USA

Steve prit particulièrement à cœur la mission que lui avait confiée Clint, ce dernier n'avait probablement pas imaginé lorsqu'il avait demandé à Steve de garder un œil sur elle, que Steve prendrait cette mission si au sérieux. Tous les jours il était venu rendre visite à la brunette, une fois il débarquait le matin avec des croissants, une autre il venait dans l'après-midi avec des cookies ou il venait le soir avec leur dîner.

Plus les jours passaient, plus elle semblait aller mieux. Il voyait une nette évolution chez elle lui indiquant qu'elle commençait à reprendre du poil de la bête. Et puis il s'était rendu chez elle un matin et elle l'avait accueilli avec le portable collé à l'oreille, le regard sombre et les lèvres pincées. Elle écoutait avec attention et ne répondait que par oui ou par non. Elle finit par raccrocher après avoir lâché un très bref « très bien directeur ». Elle était si sérieuse que l'espace d'un instant, Steve se demanda si elle avait reçu de mauvaises nouvelles concernant Clint.

- Tu leur as dit que j'allais mieux. Finit-elle par lâcher au bout de longues secondes.

Ses yeux trouvèrent ceux de Steve et ce qu'il parvint à y lire lui fit froncer les sourcils, de la colère, de la tristesse. Kate était quelqu'un de pétillant, elle plaisantait beaucoup et sur à peu près tout et même lorsqu'elle exprimait son désaccord, il avait remarqué que ses yeux gardaient une certaine lueur pétillante.

- Je savais que tu venais pour Pierce.

- Non ! Réfuta-t-il. Je te l'ai dit, Barton m'a demandé de venir te voir.

- Et au lieu de dire à Barton que je me sentais mieux tu es allé le dire à Fury.

- Rumlow a demandé de tes nouvelles.

- Évidemment. Cracha-t-elle. Rumlow.

- C'est ton collègue et il a dit que vous étiez amis.

- Alors si on est amis, pourquoi est-ce qu'il n'a pas traîné son cul jusqu'à chez moi pour venir prendre de mes nouvelles lui-même ? Rétorqua Kate.

- Je comprends pas où est le problème.

- Le problème, Steve, c'est que tu es incapable de te mêler de tes affaires. Voilà où est le problème. Parce que si j'avais voulu que Pierce ou Fury sache comment j'allais alors je serais allée au Triskel pour le leur dire ! S'écria-t-elle.

Pour une raison qui lui était totalement inconnue, elle semblait folle de rage. Il la vit se passer une main dans les cheveux pour repousser les mèches qui s'étaient échappées de son chignon.

- Tu m'as dit que ton médecin t'avait interdit de reprendre le travail avant deux semaines. Et les deux semaines ce sont écoulées. Rappela-t-il.

- Merci, Sherlock. Ironisa-t-elle. Sans toi je ne m'en serai pas rendue compte.

- Si tu n'es pas prête...

- Tu n'as pas à me dire si je suis prête ou non. L'interrompit-elle rageusement. Personne n'a le droit de me dire si je suis prête ou non. Ni Rumlow, ni Fury, ni Pierce et ni toi. Aucun d'entre vous n'en a le droit.

- Je voulais simplement dire que si c'était trop tôt pour toi, tu pouvais en parler au directeur. Il comprendra.

- Il comprendra ? Répéta-t-elle dans un souffle.

Elle éclata d'un rire faussement amusé et se mit à secouer la tête de gauche à droite.

- Je vais téléphoner à Fury et lui dire : « Salut boss, ça fait un mois et demi que je suis rentrée au pays mais je suis pas encore prête à reprendre du service, ça vous embête si je me prends un mois ou deux ? » Et évidemment, toi, tu penses qu'il comprendra. Et puis quoi encore ? Il m'enverra des fleurs avec une petite carte me souhaitant de passer de bonnes vacances ?

- Ce n'est pas ce que je voulais dire, Kate.

- C'est exactement ce que tu voulais dire. Contra-t-elle. Parce que tu penses que tous les autres agents ont les mêmes privilèges que toi, sauf que c'est faux, Rogers. Le fait même que Clint m'emmène à l'hôpital plutôt qu'au Triskel constitue une infraction. Parce que la procédure veut que si l'agent potentiellement compromis est retrouvé vivant, soit emmené immédiatement au QG, où il sera pris en charge par l'unité médicale avant d'être interrogé. Ça, c'est la procédure que Clint aurait dû suivre, que j'aurais dû suivre.

Elle vit Steve baisser les yeux, comme s'il était gêné qu'elle lui explique comment les choses auraient dû se passer, comment elle avait enfreint le règlement avec l'aide de Barton et Romanoff mais aussi un peu grâce à lui.

- Je l'ignorais. Confessa-t-il.

- Évidemment.

- Je vais parler à Fury, je vais lui demander personnellement de te donner quelques semaines de plus.

- C'est trop tard, Steve. Il veut me voir demain matin à neuf heures.

- Je t'accompagnerai.

- T'es pas habilité à le faire.

- Je pensais que je n'avais pas besoin d'une accréditation ?

- Je crois que tu devrais partir, j'ai besoin de me préparer pour demain.

- Laisse-moi t'aider.

- Tu l'as déjà fait. À moi de gérer les conséquences de mes actes.

- Tu as été faite prisonnière et torturée, tu n'es pas responsable.

- Je n'aurais jamais dû en sortir vivante. Lorsqu'un agent est capturé, on le déclare mort sur le terrain.

- Quoi ? Interrogea-t-il, un brin perplexe.

- J'aurais pas dû m'en sortir parce que le SHIELD n'allait pas essayer de me sortir de là. Je le savais, à l'instant même où ces agents russes ont tué le diplomate que je devais protéger, au moment où ils m'ont enfermé dans cette cellule, je savais que je n'en sortirai plus.

- Kate...

- On n'envoie pas d'équipe de secours pour un simple agent de terrain, Rogers. Encore moins si cet agent n'est même pas américain. Tu comprends où je veux en venir ? Je ne suis qu'un pion pour eux. Un pion sans importance dont ils peuvent se passer à n'importe quel moment.

- C'est faux. Clint et Natasha m'ont parlé de toi, tu es plus douée qu'un simple agent de terrain.

- Et pourtant je ne suis pas assez importante pour qu'on m'envoie une équipe.

- Il faut que ça change. Cette façon de faire ne peut plus durer.

Un vague sourire étira les lèvres de Kate avant qu'elle ne fasse volte-face, il la suivit et s'arrêta à l'entrée de sa cuisine, elle la vit sortir une bouteille de bière de son réfrigérateur qu'elle décapsula avant de la lui tendre.

- C'est tout toi ça, vouloir révolutionner un système bien rôdé. Sourit-elle avec ironie. Captain Rogers, le sauveur des agents capturés par l'ennemi.

- Si Fury t'a appelé c'est forcément parce qu'il t'estime plus que ce que tu sembles penser.

Un rire amusé franchit les lèvres de Kate, elle lui prit sa bière des mains et en but une gorgée en levant les yeux au ciel.

- J'ai passé soixante-quatorze jours prisonnière dans un goulag russe. Demain, la seule question qui intéressera Fury et Pierce sera : qu'est-ce que vous leur avait dit ? Et la semaine prochaine je serais à nouveau sur le terrain.

- Je suis désolé, Kate, si j'avais su...

- T'as pas à t'excuser, Rogers. Parce que si je suis encore en vie, c'est grâce à toi. J'ai une dette. Une dette dont je ne pourrais jamais m'acquitter.