2016, Allemagne

Depuis qu'elle avait pris la route, un peu plus d'une demi-heure plus tôt, Kate ne cessait de jeter des coups d'œil réguliers dans le rétroviseur, elle avait tourné en rond pendant près de quinze minutes, s'assurant que personne ne les suivait avant de finalement prendre la route pour de bon.

- Comment vous pouvez être sûrs que c'était un agent de la CIA ? Interrogea Sam depuis l'arrière.

- Il avait un accent. Rétorqua Kate. Et il est monté dans un SUV noir.

- Et ça te suffit à nous faire prendre la fuite ?

- Oui, ça me suffit.

Elle enclencha son clignotant et se gara à la hâte avant de couper le moteur, elle attrapa son portable abandonné sur la console séparant le siège conducteur du siège passager et fit mine d'ouvrir la portière.

- Tu peux pas te garer ici. La réprimanda Steve.

- J'en ai pour deux minutes, si tu vois quelqu'un faire mine d'appeler la police tu n'auras qu'à la bouger.

Avant même qu'il ne puisse lui rétorquer quoi que ce soit, elle était sortie de la voiture. Il la vit remonter la fermeture éclair de son manteau avant de traverser la route à la hâte et de disparaître à l'intérieur d'une petite boulangerie. Elle n'en ressortit que quelques minutes plus tard, un café dans une main et son téléphone dans l'autre, à peine eut-elle franchi la porte de l'établissement qu'elle baissa les yeux vers son écran et entra en collision avec un homme qui passait par là, son gobelet de café s'ouvrit, entra en collision avec le torse du passant, l'arrosant généreusement au passage, avant de se renverser sur elle. Pour n'importe qui d'autre ayant assisté à la scène, ça aurait pu passer pour un accident, mais pas pour Steve. Il leva les yeux au ciel lorsqu'il la vit se mettre à parler à toute vitesse tout en essayant d'éponger l'homme face à elle avec des serviettes en papier.

- J'y crois pas. Murmura-t-il. Elle lui fait le coup du café.

L'homme finit par lui adresser un sourire qu'elle lui retourna, ils discutèrent un bref instant, avant qu'ils n'entrent à nouveau dans la boulangerie, elle en ressortit une quinzaine de minutes plus tard, un sachet de croissants dans une main, un plateau en carton avec quatre gobelets de café dans l'autre. Elle salua une dernière fois l'inconnu et retraversa à toute vitesse. Elle fit signe à Steve de lui ouvrir la portière avant de s'engouffrer dans l'habitacle.

- Tu ne pouvais pas t'abstenir ? Interrogea Steve en la débarrassant du sac.

- Et vous offrir le café ? Rétorqua-t-elle en se débarrassant de sa veste.

- On est en cavale. Rappela-t-il.

- D'où la nécessité d'acheter du café. Mathias a été particulièrement généreux pour nous offrir des croissants à moi et mes « copines étrangères ».

- Il faut toujours que tu en fasses des tonnes.

- C'est dommage que je ne sois jamais venue dans le coin avant, il était mignon.

- On peut se remettre en route, ou tu veux aller lui demander son numéro ?

- Tu devrais me connaître, Steve. Je n'ai même pas eu à demander. J'espère que Treize ne sera pas trop dure avec ce pauvre Mathias quand elle défoncera la porte de son appartement en pensant t'y trouver.

Depuis le siège arrière, il entendit Bucky ricaner tandis que Sam se pencha brusquement vers l'avant, passant sa tête entre leurs deux sièges.

- Quoi ? S'écria-t-il. Qu'est-ce que t'as fait ?

- J'ai appelé Sharon. En lui disant ce qu'elle voulait entendre : que Captain, Falcon et le Soldat s'étaient pointés chez moi et que je les amenais en lieu sûr, là où les autorités pourraient les arrêter sans qu'ils ne s'y attendent et qu'elle n'avait qu'à tracer mon portable pour nous trouver. Portable que j'ai malencontreusement oublié dans la poche de ce pauvre Mathias. Expliqua-t-elle. Oups.

Sam lui lança un regard incrédule avant de se tourner vers Steve qui se contenta d'hausser les épaules et finit par reprendre place dans son siège. Elle empoigna le sac sur les genoux de Steve, en tira un croissant bien brillant dans lequel elle mordit avant de remettre la voiture en marche et de démarrer.

- Tu veux que je te dise. Commença-t-elle. Ça m'avait manqué.

- De pigeonner des types que tu trouves dans la rue ? Rétorqua Sam.

- Non, ça je me suis jamais arrêtée de le faire. Je parlais de ça. Répondit-elle.

Elle fit un geste circulaire avec son croissant, censé les désigner tous les quatre.

- La cavale, les petits trucs pour nous faire gagner du temps. Tout ça, ça m'a manqué. Et j'en avais même pas conscience.

- Attends qu'on soient arrivés en Sibérie.

- J'y suis déjà allée. Le froid, la neige, le vent, le froid. Énuméra-t-elle.

- Tu l'as déjà dit. Lui signala Sam.

- T'y a jamais mis les pieds, attends d'y être et après tu comprendras pourquoi j'insiste sur le froid.

- Elle consistait en quoi, ta mission en Sibérie ? Interrogea Sam. Tu devais voler des documents top secrets pour le SHIELD ? Plaisanta-t-il.

Contrairement à Steve, il ne vit pas sa moue se renfrogner. Elle lui lança un bref regard au travers du rétroviseur mais ne desserra pas les dents, ses mains agrippèrent un peu plus fort le volant jusqu'à ce les jointures de ses doigts deviennent blanches.

- Je devais protéger un diplomate américain. Siffla-t-elle. Encore une mission dans laquelle j'ai lamentablement échoué. Chuchota Kate.

- C'était un guet-apens. La rassura Steve.

- Je déteste la Sibérie.

- I peine cinq minutes, tu avais pourtant l'air enthousiaste à l'idée d'y retourner. Lui fit remarquer Falcon.

- C'est bon, Sam. On a assez parlé de la Sibérie. Répondit Rogers. Dis-nous plutôt où tu nous emmènes.

- À Halle. Répliqua Kate. Le SHIELD y avait une planque. Je ne sais pas si elle est toujours sur pieds mais ça vaut le coup d'essayer.

- Sharon ne risque pas de s'en douter ?

- Treize n'avait pas ce genre d'informations.

- Pourquoi ?

- Parce qu'elle ne faisait pas partie du STRIKE. Expliqua-t-elle.

- Donc tu nous amènes dans une planque d'HYDRA. Comprit Sam.

- Est-ce que tu vas arrêter de râler ? Siffla-t-elle en se retournant brièvement. Si tu penses pouvoir faire mieux alors sors de ma voiture, et débrouilles-toi tout seul. Si pas, installes-toi bien confortablement et boucle là.

Wilson lança un regard à Steve qui se contenta d'hausser les épaules avant de se tourner vers Barnes qui lui fit signe de se taire.

- La probabilité qu'on tombe sur des agents d'HYDRA est quasiment nulle. Ils sont stupides mais pas assez pour se stationner à quelques kilomètres du centre anti-terroriste de Berlin. Poursuivit-elle. Mais encore une fois, si tu as un autre endroit en tête, Sam, n'hésite pas à me le dire, parce qu'après tout, qu'est-ce que j'en sais ? N'est-ce pas ? C'est pas comme si j'avais travaillé pour le SHIELD.

Ils l'entendirent marmonner à l'arrière de la voiture, s'attirant une nouvelle œillade noire de la conductrice, qui au lieu de lui répondre se tourna en direction de Rogers.

- Comment est-ce que tu fais pour le supporter comme ça ? S'enquit-elle auprès de Steve. Tu me l'as amené depuis moins de vingt-quatre heures et j'ai déjà envie de lui botter les fesses tellement fort qu'il serait incapable de s'asseoir pendant une bonne semaine.

- Et je sais que tu en serais capable. Sourit-il.

- Merci pour la confiance. Râla l'intéressé.

- Et en plus tu lui as proposé de rejoindre l'Initiative Avengers, à lui et pas à moi.

- Tu aurais refusé.

- Ce n'est pas la question, Rogers. Riposta Katherine. Je constate simplement que tes priorités en matière d'amitié ont changées.

- Et tu sais que c'est faux. Réfuta Steve en secouant la tête.

- Combien de fois je t'ai laissé dormir ivre mort sur mon canapé ?

- C'était mon canapé. Se souvient-il. Et tu étais ivre.

- Ce que je remarque. L'ignora-t-elle en mordant dans son croissant. C'est que tu as réussi à me remplacer en seulement deux ans. Poursuivit-elle la bouche pleine. Et c'est vraiment désobligeant.

- Tu as terminé de jouer les victimes ? Lui demanda-t-il d'une voix las.

- Il nous reste une heure de voiture, alors non, je n'ai pas terminé.

- Comment vous vous êtes devenus amis, tous les deux ? Interrogea Bucky.

- Il m'a offert des fleurs.

- Je lui ai offert des fleurs. Répéta Steve.

2013, Washington D.C, USA

L'interrogatoire durait bien plus longtemps que ce à quoi s'était attendu Steve. Il avait emmené Kate jusqu'au Triskel, l'accompagnant jusqu'à son rendez-vous, il lui avait assuré qu'il l'attendrait et qu'il la redéposerait chez elle, une fois qu'elle en aurait terminé. Seulement, cela faisait près de sept heures que Kate était enfermée avec Pierce et Rumlow. Et personne ne semblait être en mesure de lui dire quand ils en auraient terminé. Alors il prit patience, il en profita pour terminer son rapport de mission, avant de s'intéresser à d'autres rapports qu'il était habilité à lire et puis finalement il vit la silhouette de Kate se dessiner dans le couloir.

Au fur et à mesure qu'elle s'approchait, Steve remarqua qu'elle avait l'air exténuée, ses poings étaient serrés le long de son corps, ses lèvres pincées et ses yeux étaient rouges, elle transpirait la colère. Pourtant, quand elle s'arrêta derrière le bureau qu'il avait réquisitionné, elle ne lui montra aucun signe de rage. Elle lui adressa un mince sourire avant de désigner l'ordinateur du menton.

- Je savais pas qu'on t'avait attribué un bureau à cet étage. Plaisanta-t-elle.

- Comment ça s'est passé ?

- Tu sais comment utiliser l'ordinateur ou tu appuies juste au hasard sur les touches ? L'ignora-t-elle.

Elle lui adressa un sourire malicieux et ses yeux se mirent à pétiller de malice, cependant, son attitude changea brutalement, son sourire s'évanouit rapidement et son regard devint aussi dur et froid que la glace, ses poings se serrèrent à nouveau et il vit sa mâchoire se contracter brusquement. Ensuite, Brock Rumlow entra dans son champ de vision. Il arborait son habituel sourire en coin, Steve n'appréciait pas particulièrement le personnage mais c'était un collègue efficace à qui il faisait confiance sur le terrain. Il frôla Kate, dont les lèvres se retroussèrent brièvement, avant de se poster à ses côtés. Leurs bras se frôlèrent et la brunette fit un pas de côté pour mettre de la distance entre eux. Steve vit Rumlow adresser un sourire amusé à Katherine tandis qu'elle lui retournait un regard si sombre qu'il aurait fait s'immobiliser n'importe qui, mais Brock ne sembla pas s'en formaliser.

- Comment ça va, Captain ? Interrogea-t-il. On a un entraînement de prévu ?

- On est venu ensemble. Répondit Steve en désignant la jeune femme.

- À ce que je vois, tu as pensé à ramener du renfort. Sourit Rumlow à l'intention de Kate. Si j'avais su, je t'aurais invité à te joindre à nous, Captain, je suis sûr que t'aurais trouvé l'histoire captivante. Moi en tout cas ça m'a plu, on remet ça quand tu veux Katie.

Une grimace de colère déforma brièvement le visage de Kate avant que ses lèvres ne s'étirent en un sourire, mais son sourire n'avait rien d'amusé ou de malicieux, c'était un sourire mauvais, qui n'augurait rien de bon.

- Le problème avec toi c'est que t'adores t'entendre parler. J'avais jamais rencontré quelqu'un qui aimait autant le son de sa voix. T'es vraiment quelque chose, Rumlow. Sourit-elle.

Un rictus amusé étira à nouveau les lèvres de Brock tandis qu'il arqua un sourcil dans sa direction.

- C'est pour ça que j'ai refusé de sortir avec toi. Continua Kate.

Immédiatement, le sourire de Rumlow se figea, il fondit comme neige au soleil, tandis que celui de Katherine s'élargit un peu plus.

- Tu jacasses sans arrêt comme une petite midinette, ça n'aurait jamais pu fonctionner entre nous. Rogers, par contre, il ne parle que quand il a quelque chose d'intelligent à dire, et il ne se prend pas pour le nombril du monde. Et pourtant, Dieu sait qu'il pourrait. Sourit-elle. Alors maintenant, si tu veux bien nous excuser, Steve doit me ramener chez moi, si tu vois ce que je veux dire. Ajouta-t-elle avec un clin d'œil.

Le regard de Steve oscilla un moment entre les deux agents qui s'affrontaient du regard avant de finalement se lever pour faire le tour du bureau, il attrapa le poignet de Kate et la tira gentiment vers lui mais elle ne daigna pas détourner les yeux de Brock.

- Tire pas cette tête, t'aurais jamais pu rivaliser avec Captain America. Gloussa-t-elle. Et puis, je les aime vraiment mature. Souffla-t-elle.

Sans plus de cérémonie, elle tourna les talons, attrapa la main du soldat le traînant pratiquement à sa suite, quand ils furent un peu plus éloignés, elle glissa son bras sous la veste de Steve avant de glisser sa main dans la poche arrière de son jeans. Elle entendit le hoquet de surprise de Steve mais n'enleva pas sa main pour autant, au lieu de ça, elle jeta un regard par-dessus son épaule en direction de Brock.

- On peut savoir ce qui te prend ? La réprimanda Steve quand ils furent sorti du bâtiment.

Dès qu'ils avaient quitté le champ de vision de Rumlow, elle avait retiré sa main de la poche de Steve et avait remis un peu plus de distance entre eux, et Steve n'avait rien dit jusqu'à ce qu'il ne sorte du Triskel.

- J'avais envie de le tuer ! S'écria-t-elle soudainement le faisant sursauter. J'avais envie de lui faire ravaler son petit sourire de connard prétentieux. J'aurai pu lui faire avaler ses dents, les unes après les autres.

- Katherine ! La réprimanda Steve en lançant un regard autour d'eux pour être sûr que personne ne les écoutait.

- Je le déteste ! Vociféra-t-elle avec véhémence. Je le hais.

- Qu'est-ce qu'il s'est passé là-dedans ?

- J'ai pas envie d'en parler. Siffla Kate en lui lançant un regard noir.

- Et moi j'ai envie que tu m'en parles. Comme ça je pourrais t'aider à régler le problème avec Rumlow et on pourra tous travailler ensemble sans avoir à supporter vos querelles.

- Oh non ! Refusa-t-elle vivement en secouant la tête. Non, non non et non ! Répéta-t-elle. C'est terminé, je refuse de devoir retravailler avec ce connard, c'est fini ! Je quitte le STRIKE. Ma lettre de démission sera sur le bureau de Fury demain matin.

- Est-ce que tu peux surveiller ton langage ? Grimaça-t-il.

- Pas quand il s'agit de lui.

Steve leva les yeux au ciel et l'attrapa par les épaules pour la forcer d'arrêter de trépigner comme un animal en cage.

- Parle-moi.

Elle secoua la tête de gauche à droite, serrant un peu plus les lèvres, comme si elle avait peur qu'il ne la force à ouvrir la bouche.

- Katherine ? La poussa-t-il.

- Je ne veux plus travailler avec lui, c'est tout.

- Tu ne vas pas démissionner simplement parce que tu ne veux plus travailler avec Rumlow ? Reprit-il d'un air dubitatif.

- Si, c'est ce que je vais faire. Rétorqua-t-elle fermement.

- Rumlow est un peu…

- Rumlow est un connard fini. Termina-t-elle pour lui.

Il lui lança un regard de réprimande avant de croiser les bras sur son torse et de la toiser de toute sa hauteur. Au bout d'à peine une minute, il vit ses barrières commencer à se fissurer, elle leva les yeux au ciel et soupira bruyamment.

- Il a dit des choses qu'il n'aurait pas dû me dire. Finit-elle par avouer. Il a remis en cause mon intégrité et ma loyauté envers le SHIELD en insinuant que j'avais dû être contente d'être retournée auprès de la mère patrie.

- Il a dit ça pour te bousculer un peu.

- Je déteste la Russie. Cracha-t-elle. Pour eux je n'étais qu'un pion qu'ils avançaient et reculaient au gré de leurs envies, prêts à me sacrifier à n'importe quel moment. Je pensais que l'Amérique me donnerait la liberté que j'espérais tant, au lieu de ça, je me retrouve dans la même position. À l'exception près que le SHIELD a un peu plus de scrupules quant à la façon de m'utiliser.

L'expression du Captain s'adoucit instantanément. Il décroisa les bras et posa une main sur son épaule en guise de réconfort. Elle balaya d'un revers de la main, presque hargneux, son expression désolée et détourna rageusement les yeux.

- Je veux pas de ta pitié, Rogers. Siffla-t-elle. Je suis là où je mérite d'être et je n'ai pas à me plaindre.

- Ce n'est pas de la pitié.

- Dis ça à quelqu'un qui arrive à gober tes mensonges.

- Ce n'est pas de la pitié. Répéta-t-il un peu plus fermement. Je suis simplement désolé que ce soit de cette façon-là que tu voies les choses.

Il tapota gentiment son épaule puis l'invita d'un hochement de tête à le suivre jusqu'à sa moto garée quelques mètres plus loin.

- Tu veux manger dehors ? Proposa-t-il.

- J'ai simplement envie de rentrer chez moi et de rester dans mon lit jusqu'à au moins l'année prochaine.

- Il doit bien y avoir quelque chose qui puisse te remonter le moral.

- Tu me laisses conduire ta moto ? Demanda-elle.

- Hors de question. Rit-il. Mais si tu veux je peux t'emmener faire une balade.

- Sans casque et en roulant un peu plus vite que la vitesse autorisée ?

- Avec un casque. Rétorqua Rogers. Et après, on verra ce que je peux faire.