2016, HALLE, ALLEMAGNE
Le trajet avait été étonnement plaisant. S'il avait mal débuté avec Sam qui questionnait sans arrêt ses décisions, il s'était poursuivi dans la bonne humeur, avec tantôt Kate et Steve qui échangeaient avec leurs compagnons de route des anecdotes et tantôt Steve qui leur parlaient de ses souvenirs de jeunesse.
Et ensuite ils étaient arrivés à la planque, comme le lui avait ordonné Steve, elle s'était garée quelques mètres plus loin et ils avaient observés un long moment les environs.
- Je vais entrer en premier. Proposa Kate.
- Et si on t'attend à l'intérieur ? Rétorqua Steve.
- Alors tu n'auras plus qu'à prendre le volant et à rouler.
- Ce n'est pas drôle.
- Je ne plaisantais pas.
- On abandonne personne. Prévient-il.
- J'ai toujours aimé ton côté chevaleresque.
- Katherine.
- Je vérifie que la planque est vide et puis je redescend.
- Si tu entends du mouvement… Commença-t-il.
- Je fais demi-tour et je reviens. L'interrompit-elle. Je serai prudente. Je le suis toujours.
Une moue dubitative naquit sur le visage de Steve à laquelle elle répondit en levant les yeux au ciel avant de détacher sa ceinture de sécurité et de se pencher vers la boite à gants d'où elle tira une petite clé argentée et un petit Beretta.
- Si je suis pas revenue dans dix minutes, prenez la voiture et roulez. Ordonna-t-elle. L'important c'est que vous arriviez jusqu'en Sibérie. Moi je peux m'en sortir.
Sans laisser le temps à Steve de discuter, elle ouvrit la portière et sortit du véhicule. Elle cacha son arme dans la ceinture de son jeans, sous son pull et se dirigea à allure modérée vers le bâtiment. Elle enfonça la clé dans la serrure et poussa la porte pour pénétrer dans le bâtiment.
La planque ressemblait davantage à un petit studio qu'autre chose, la pièce dans laquelle elle pénétra était plongée dans le noir, un mince faisceau de lumière filtrait à travers les rideaux tirés, elle trouva rapidement l'interrupteur et alluma la lumière, la pièce faisait office de salon et de cuisine, des draps blancs recouverts d'une épaisse couche de poussières l'informèrent que personne n'était venu ici depuis un bout de temps mais elle continua malgré tout son inspection des lieux. Elle poussa la première porte sur sa gauche et y découvrit une petite chambre, tout aussi poussiéreuse que la pièce à vivre, la seconde porte cachait une salle de bain comprenant un lavabo, une armoire de toilettes, les sanitaires et une douche. Simple et efficace. C'était exactement ce dont ils avaient besoin pour passer la nuit. Elle rebroussa alors chemin et franchit à nouveau la porte d'entrée, elle descendit à la hâte la volée d'escalier et une fois à l'extérieur, elle leva le pouce en direction de sa voiture et elle vit trois portières s'ouvrir presque simultanément.
- Je t'avais dit qu'on serait tranquilles ici. Sourit-elle à l'intention de Steve.
- Comment tu t'es souvenue de cette planque ?
- J'ai été envoyée en mission à Leipzig il y a quelques années. Si les choses tournaient mal le point de rendez-vous était cette planque en attendant l'équipe d'extraction.
Elle ne se formalisa pas de voir Steve faire le tour du propriétaire pour se faire sa propre idée sur l'endroit tandis que Barnes évaluait déjà comment en sortir sans devoir emprunter la porte d'entrée.
- Tu m'aides à enlever tout ça ? S'enquit-elle auprès de Sam en désignant les draps.
Remettre le petit studio en état fut relativement rapide, après s'être débarrassé des draps, Sam s'occupa de nettoyer la cuisine tandis que Kate s'occupa de préparer la chambre pour la nuit. De leur côté, Steve et Bucky faisait l'inventaire de ce qu'ils avaient amenés de la cache derrière le dressing de la jeune femme.
- Fais-moi rêver Wilson. L'apostropha-t-elle tandis qu'il lançait un regard perplexe aux rations militaires étalées devant lui.
- Bœuf braisé en sauce, macaroni au fromage ou boulettes de viande.
- Ne sous-estime pas le bœuf. Dans mes souvenirs, c'était pas si mal. Et puis, ça te rappellera des souvenirs.
- Bœuf braisé alors ?
- Sauf si tu sens assez aventurier pour tenter les boulettes.
- On va rester prudent. Accepta-t-il en hochant la tête.
- C'est un peu tard pour ça, vous croyez pas ? Interrogea Steve en les rejoignant.
- Pourquoi faut-il toujours que tu sois aussi dramatique ? Rétorqua la blonde en lui lançant un regard blasé.
- C'est vrai, ça. Approuva Sam. Pourquoi il faut toujours que tu vois le verre à moitié vide ?
- Moi je préfère le voir à moitié plein. Poursuivit-elle. C'est toujours mieux que totalement vide.
- Je saurais te le rappeler. Prévint Steve.
- Bien. Et quand tout sera terminé, je saurais te rappeler que de nous deux, j'étais la plus optimiste parce que la situation n'est pas si désespérée.
Sam tourna la tête dans sa direction et lui lança un regard dubitatif tandis que Steve lui lançait un regard franchement perplexe.
- Aide-moi Barnes, je suis acculée face à deux pessimistes qui pensent qu'on est au fond du trou.
- Rajoutes-en un. Rétorqua Bucky.
- Les hommes. Soupira-t-elle en levant les yeux au ciel. La situation pourrait être bien pire.
- On est recherché par les autorités. Rappela Steve.
- Tu dis ça comme si c'était la pire des choses qui pouvaient nous arriver. Ça fait deux ans que je vis comme ça, et bien plus pour Barnes.
- Et ça m'a réussi. Marmonna l'intéressé.
- Voyons le côté positif des choses, messieurs, premièrement, la menace est humaine et d'origine terrestre.
- Est-ce qu'on peut qualifier les super soldats d'humains ? S'enquit Sam.
- Deuxièmement, ils ne sont pas dirigés par un Dieu en pleine crise existentielle et donc les chances qu'on se prenne un immeuble sur la tête sont faibles.
- Je ne suis pas sûr que Loki soit réellement un Dieu. Rétorqua Steve.
- Ensuite, ces gars-là ne sont pas des lutins venus de l'espace. Reprit-elle.
- Des lutins ? Interrogea Bucky en fronçant les sourcils.
- C'était des elfes. Corrigea Rogers.
- Des elfes ? Répéta Barnes.
- Et finalement, La Sibérie ne se mettra pas à voler parce que Stark n'a pas pensé à recréer un nouvel Ultron.
- Parce qu'il est trop occupé à essayer de nous arrêter. Fit remarque Sam.
- Mais il n'a pas de Hulk.
- Nous non plus. Lui rappela-t-il.
- Non mais on a deux super soldats, dont un qui a, selon plusieurs sources sûres et je cite « le cul de l'Amérique » et l'autre à un bras cybernétique super cool.
Elle entendit Bucky ricaner tandis que Steve soupira bruyamment en lui lançant un regard blasé.
- Je suis pas sûr que le postérieur de Steve nous soit d'une grande aide. Répondit Sam.
- Ça reste à débattre. Si la situation est vraiment désespérée, Steve pourra toujours nous improviser quelque chose, peut-être que tu arriveras à éblouir Natasha et qu'elle hésitera avant de te lancer l'un de ses petits tasers. Si tu y mets un peu du tiens, tu peux peut-être même faire douter Tony.
- Tu as terminé ? S'enquit Rogers en la toisant.
- La situation est loin d'être désespérée. Conclut-elle en esquissant un sourire malicieux.
- Bœuf braisé ? Proposa Sam aux soldats qui s'empressèrent d'acquiescer.
Kate regarda avec amusement Steve s'éloigner de leurs petites troupes, peut-être dans l'espoir d'échapper aux taquineries de son amie, probablement dans ce but-là. Elle le regarda feindre un intérêt pour ses passeports et son sourire s'agrandit un peu plus ce que sembla remarquer Bucky puisqu'il tira deux chaises de sous la table et l'invita à s'asseoir à ses côtés.
- Maintenant qu'on a du temps, et si tu nous parlais de Sharon ? Proposa soudainement Kate.
Elle entendit Sam rire dans son dos et Barnes et elle échangèrent le même regard amusé. Steve fit rapidement volte-face, il posa les mains sur les hanches et tenta de prendre un air sévère.
- Tu ne vas pas recommencer. Prévint-il.
- Recommencer quoi ? Interrogea-t-elle innocemment.
- Recommencer ce que tu es en train de faire, là, tout de suite.
- Tu pensais vraiment que je n'allais pas être mise au courant du fait que tu t'es mis à draguer la nièce de ton amour éternel à son enterrement ?
- Tu savais que Sharon était la nièce de Peggy ?
- Est-ce que je savais que Sharon Carter avait un lien de parenté avec Margaret Carter ?
Kate arqua un sourcil dans la direction de Steve avant de lever les yeux au ciel et de croiser les jambes.
- Mais n'essaie pas de t'en tirer en changeant de sujet. Poursuivit Kate.
- Pourquoi tu ne me l'as pas dit ? Interrogea Rogers.
- Tu en voulais encore à Treize pour s'être fait passer pour ta voisine, et tu ne me l'as pas demandé.
- Tu as disparu après Washington. Rappela-t-il.
- Je t'ai envoyé des fleurs. Et puis tu savais que j'allais partir. Alors, techniquement, ce n'était pas une disparition. Revenons-en à Treize.
- Katherine. Tonna-t-il.
- Quoi ? Je m'intéresse à la vie de mon ami, l'un de mes seuls amis.
- Tu oublies Barton.
- Barton est le premier sur la liste de mes amis. Rétorqua Kate.
- Outch. Marmonna Sam.
- Mais toi, tu es probablement mon meilleur ami.
- En étant le deuxième sur la liste de tes amis ?
- Oui. Parce que j'ai jamais embrassé Barton. Les hommes mariés, très peu pour moi.
2013, WASHINGTON D.C, USA
Kate était censée reprendre le travail dans une semaine, elle avait passé son évaluation d'aptitude avec succès et Fury l'avait informée qu'il avait déjà une mission pour elle. Si une part d'elle était soulagée de retourner en mission, l'autre part paniquait à l'idée de se retrouver à nouveau sur le terrain. Elle savait qu'elle avait réussi son évaluation psychologique en partie parce qu'elle était une excellente manipulatrice et qu'elle avait servi à la psy le couplet qu'elle avait préparé depuis plusieurs jours : ce qui s'est passé à Omsk était un risque auquel elle s'était préparée et déjà remise. C'était les risques du métier, elle était prête à les prendre et ça n'avait aucun effet sur son mental étant donné qu'elle avait été entraînée une bonne partie de sa vie à survivre à ce genre de situation.
Elle ignorait comment, mais Steve avait compris presque immédiatement sa crainte de retourner sur le terrain, alors il l'avait invitée à faire un tour à moto, comme il l'avait fait après son interrogatoire et ils s'étaient arrêtés pour manger une glace.
- Ce que tu es prévisible, Rogers. Le taquina-t-elle en lançant une œillade à sa glace.
- C'est un classique. Rétorqua-t-il.
- Casablanca est un classique, Sinatra est un classique. Récita-t-elle. La glace vanille, c'est simplement un choix ennuyeux.
- La menthe n'a rien à faire avec du chocolat. Riposta Steve en désignant son cornet de glace du menton.
- Tu ne peux pas le savoir avant d'y avoir goûté.
- Ça me tente pas.
- Il faut savoir vivre dangereusement, Rogers.
Elle posa sa main libre sur le bras de Steve, l'invita à s'arrêter de marcher et tendit son cornet de glace en direction de ses lèvres.
- Je ne suis pas sûr que ce soit approprié. Refusa-t-il poliment.
Kate éclata d'un rire franchement amusé, elle rejeta la tête en arrière et rit à gorge déployée pendant de longues secondes.
- Bon sang, Steve. Je vais pas te transmettre une maladie infectieuse en te faisant goûter ma glace. Rit-elle. Enfin, si. Je pourrais. Mais je peux t'assurer que je suis clean. On m'a fait plus d'analyses médicales ces deux derniers mois que je n'en avais eues en une vie.
Elle agita légèrement sa glace qui commençait à fondre sous le nez de Steve et il finit par se pencher et se laissa tenter par sa glace. Elle observa attentivement sa réaction tandis que le goût de la menthe chocolat irradiait ses papilles. Il esquissa une grimace qui la fit éclater de rire et ils reprirent leur promenade.
- La prochaine fois on te fera essayer quelque chose de moins audacieux. Le taquina-t-elle. T'étais peut-être pas prêt pour ça.
- Comment est-ce que tu peux aimer ça ?
- J'adore la glace menthe chocolat.
- Pourquoi ?
- Parce que j'aime l'association de la menthe et du chocolat ? Proposa-t-elle.
- C'est incompatible.
- Selon qui ? Captain America ? Railla-t-elle.
- Et cette glace, la Rocky Road, tu ne vas pas me dire que ce sont de bonnes associations.
- Je l'accorde. Trop sucré pour moi. Accepta-t-elle. Pourquoi pas la glace Cookies ? Proposa-t-elle finalement. Comme ça on ne sort pas trop de ta zone de confort ?
- Pourquoi pas. Finit-il par accepter en hochant la tête.
Elle huma une réponse intelligible tandis qu'elle léchait la coulée de glace qui descendait le long de son cornet. Ils marchèrent en silence autour du National Mall un moment, profitant du soleil déjà doux pour la saison.
- Des nouvelles de Barton ? Interrogea Steve.
- Il est rentré de missions, il va prendre quelques semaines. D'après ce qu'il m'a dit il est déjà rentré chez lui.
- Tu sais où il vit ?
- Aucune idée.
- Vous êtes plutôt proches tous les deux. Lui fit-il remarquer.
- Pas assez pour qu'il me file son adresse. Mais si tu veux, je peux te donner son numéro perso ? Proposa-t-elle.
Elle vit Steve lui lancer un regard presque scandalisé qui arracha un sourire amusé à Kate et qui força Rogers à se détendre.
- Il faut vraiment que tu apprennes à vivre avec ton temps.
- Très amusant. Ironisa-t-il en levant les yeux au ciel.
- Tu devrais inviter Lauren à aller boire un verre.
- Lauren ?
- Lauren, la réceptionniste.
- Je pensais qu'elle était secrétaire ?
- Ce serait un bon moyen de te remettre en selle.
- Romanoff essaie déjà de me faire sortir.
- Alors c'est qu'il doit être temps pour toi de te mettre à sortir.
- Je sors déjà avec toi.
Elle lui adressa l'un de ses sourires à mi-chemin entre la malice et la moquerie et arqua un sourcil dans sa direction.
- Sans vouloir t'offenser, Rogers, ce qu'on partage toi et moi c'est complètement différent. On est amis et partager une glace sera notre seul échange de salive.
- Katherine. Se lamenta-t-il.
- Je dis simplement que ça pourrait te faire du bien de trouver une autre personne avec qui partager ta salive de façon un peu moins platonique.
- Je suis pas encore prêt pour ça.
- Comme tu veux. Accepta Kate en hochant la tête.
- Tu vas laisser tomber juste comme ça ? S'étonna-t-il en se tournant vers elle.
- Tu voudrais que j'insiste ?
- Non.
- Alors je vais laisser tomber juste comme ça.
- Tu sais que tu es vraiment étrange ?
- Venant du gars qui a survécu à soixante-dix années de congélation, je prends vraiment ça comme un compliment.
- C'est reparti. Souffla-t-il.
- Ta glace est en train de fondre. Lui fit-elle remarquer.
Elle l'observa un bref instant lécher sa glace en silence, il lui paraissait tellement plus jeune et insouciant comme ça.
- Et si on allait danser vendredi ? Proposa-t-elle.
- Hors de question que tu me traines dans une boite de nuit. J'ai vu à quoi ça ressemblait et j'ai la ferme intention de ne plus y retourner.
- Quand est-ce que tu es allé en boite de nuit ?
- C'est Stark qui m'a donné l'adresse.
- Donc, tu écoutes les conseils de Tony Stark mais pas les miens ? Interrogea-t-elle faussement offusquée.
- On ne m'y reprendra plus. Promit-il.
- Sortons vendredi. Proposa-t-elle une nouvelle fois.
- Hors de question, Kate.
- Et si je te disais que je connaissais un endroit qui te plairait ?
- Je penserai que tu es en train d'essayer de me piéger.
- Outch. Murmura-t-elle en posant une main sur sa poitrine. Là, tu me blesses.
- On pourrait regarder un film ? Proposa-t-il à son tour. C'est plus sage.
- C'est ça le problème, tu es trop sage.
- Tu ne vas pas recommencer ?
- J'exige que tu sortes avec moi.
- ça ne fonctionne toujours pas. Rétorqua Rogers.
- C'est un bar à musiques pas une boite de nuit. Passons un marché, on va y faire un tour et si l'endroit ne te plait pas, on rentre chez moi et on regarde le film de ton choix.
- Tu me laisserai choisir le film ?
- Sans râler. Promit-elle.
- Marché conclu.
Si on lui avait dit un an plus tôt qu'elle se retrouvait à se balader en mangeant une glace avec Captain America, elle aurait probablement éclaté de rire. Et pourtant c'était précisément ce qu'elle était en train de faire. Il était la première personne avec qui elle parvenait à se lier d'amitié en si peu de temps. Lier des liens avec quelqu'un avait toujours été compliqué pour elle, elle accordait difficilement sa confiance mais les choses étaient différentes avec Steve. Probablement parce qu'il était l'homme le plus gentil, serviable et galant qu'elle n'avait jamais rencontré. Certainement aussi parce qu'il avait accepté de venir lui sauver la vie alors qu'il la connaissait à peine.
- Steve ? S'enquit-elle.
- Quoi ?
- Je ne t'ai pas remercié.
- Pour la balade ? Comme tu le dis si bien, prendre l'air me fait autant de bien qu'à toi.
- Pas pour la balade. Pour Omsk.
- Tu n'as pas besoin de me remercier pour ça.
- Si, au contraire. Sans toi je serai morte.
- ça, tu ne le sais pas.
- Merci, Steve.
La glace Rocky Road est une glace contenant guimauve, chocolat, vanille et noix de pécan.
