2016, HALLE, ALLEMAGNE

La nuit était tombée depuis un moment déjà et après avoir dîné tous ensemble, ils s'étaient tous les quatre accordés sur le fait qu'il serait bon d'aller se coucher. Kate aurait droit au lit tandis que Sam et Bucky aurait lits de camps et que Steve prendrait le canapé. Et pourtant, malgré la fatigue bien présente, Kate est incapable de dormir. Elle pensait sans cesse à ce qui allait se passer le lendemain, une fois que Clint serait arrivé, les choses pouvaient se passer de deux façons différentes : la première, la plus idéaliste, était qu'ils arriveraient à se trouver un moyen de locomotion et qu'ils pourraient aller jusqu'en Sibérie sans encombre. La seconde, la plus réaliste, était que Tony avait appelé du renfort et qu'il y aurait une confrontation. Et elle ignorait si c'était cette confrontation qui l'empêchait de trouver le sommeil ou si c'était le fait qu'elle allait retourner en Sibérie.

Avec un soupir agacé, elle repoussa la couverture rugueuse et se remit sur ses pieds, elle ouvrit le plus silencieusement possible la porte et s'engouffra dans l'étroit couloir avec la ferme intention de se trouver quelque chose à grignoter, cependant, elle s'arrêta nette à l'entrée de la pièce à vivre. Une lumière tamisée, provenant de quelques bougies qu'ils avaient allumées, éclairait la pièce et elle constata que les trois hommes ne dormaient pas eux non plus.

- Vous faites une soirée pyjama sans moi ? S'enquit-elle, attirant leur attention.

- Tu es venue piller la cuisine ? Rétorqua Steve.

- J'ai vu des Skittles dans le fond d'un placard.

- Et tu vas t'y risquer ?

- Tu me connais, Rogers, j'aime vivre dangereusement.

Elle ne vit pas le sourire que lui adressa Steve en guise de réponse, elle l'entendit marmonner aux deux hommes qu'il revenait et elle entendit ses pas s'approcher de la cuisine. Elle déchira la paquet de Skittles et en fit tomber quelques-uns dans sa main.

- Tu n'arrives pas à dormir ? Interrogea-t-il.

- J'ai bu beaucoup trop de café.

- Ce n'est pas grave d'admettre que tu es stressée.

- Je ne suis pas stressée.

- Tu n'apparaîtras pas faible si tu admets être tendue.

- Je sais, j'apparaîtrais seulement humaine. Rétorqua-t-elle en levant les yeux au ciel. Combien de fois tu m'as servis ce discours ?

- Tu veux qu'on en parle ?

- Non.

- Tu t'inquiètes de devoir faire face à Natasha ?

- J'avais dit ne pas vouloir en parler. Rappela-t-elle.

- Quand est-ce que j'ai commencé à t'écouter ? Sourit-il.

- Je crois que Sam commence à être jaloux de notre relation.

Steve laissa échapper un rire amusé et lança un bref regard dans son dos, pour croiser le regard de Sam.

- Vous savez qu'on vous entend ? Rétorqua l'intéressé.

- Natasha et moi on a pas toujours eu les mêmes points de vues. Et ça nous est arrivés de nous chamailler.

- Ce ne sera pas un entraînement.

- Tu es déjà persuadé qu'il faudra se battre.

- Je sais que toi aussi, tu sais comment ça va se passer.

- J'ose espérer qu'on puisse trouver un compromis, en tout cas, avec Natasha.

- Katherine. Commença-t-il sérieusement.

- Épargne-moi ça. Supplia-t-elle en levant les yeux au ciel.

- Kate, tu nous as accueillis, trouvé une planque, fournit de l'équipement. Tu en as bien assez fait.

- Tu sais que je ne vais pas m'arrêter là.

- Et pourtant je te le demande. Reste en retrait. Tu peux encore t'éviter des ennuis.

- Je n'ai jamais été douée pour éviter les ennuis, Rogers. c'est un point qu'on a en commun toi et moi.

Elle esquissa un sourire auquel il répondit par un soupir et il finit par hocher la tête. Elle tendit sa main dans sa direction, lui proposant silencieusement de prendre un bonbon et de retourner s'asseoir avec ses comparses.

- Tu ne me dois rien, Kate. Répéta-t-il encore une fois. Et je préfèrerais te savoir ici plutôt que là-bas.

- J'ai entendu ton point de vue. Et je l'ai pris en considération. Assura-t-elle. Mais je ne resterai pas ici à attendre qu'on vienne m'arrêter.

- Personne ne t'arrêtera. Promit-il.

Elle lui adressa un sourire presque tendre et tapota gentiment son bras tout en avalant une poignée de Skittles.

- Là, c'est toi le plus optimiste de nous deux. Sourit Kate.

- Tout ce sucre va t'empêcher de dormir.

- J'aurai pas pu fermer l'œil de toute façon. C'est comme ça avant chaque mission.

- J'ai un bon présentiment.

La blondinette laissa échapper un cri étranglé que Steve ne parvint pas à reconnaître, il ignorait si c'était un rire ou un réel cri de détresse. Son corps était secoué de soubresaut, comme si elle riait mais sa main libre tapotait sa poitrine. De la main contenant ses friandises, elle lui désigna la bouteille d'eau, laissant s'échapper quelques bonbons sur le sol.

- Est-ce qu'elle va bien ? S'enquit Bucky en se levant.

- Elle a pas l'air d'aller bien. Rétorqua Wilson.

Elle but une longue lampée d'eau avant de reposer sa bouteille, Steve vit une larme couler sur sa joue et d'un revers de la main elle s'empressa de chasser les suivantes. Et ce n'est qu'à ce moment-là que Steve comprit qu'elle riait. Elle riait de façon presque hystérique, à s'en faire mal aux côtes, et il savait que c'était en partie dû au stress.

- Elle va bien. Assura-t-il en faisant volte-face pour les rejoindre.

Il laissa Kate sur place, elle continua de rire pendant de longues minutes avant de finalement reprendre une goulée d'air et se calmer progressivement.

- Rogers. Ricana-t-elle. Tu danses comme un pied mais tu sais comment faire pleurer de rire une femme.

- Tu devrais aller te coucher. La congédia-t-il poliment.

- Tu as un bon présentiment à propos de ce qui va se passer demain. Répéta Kate en ricanant. T'es bien le seul.

- Tu m'as dit que la situation n'était pas désespérée. Lui rappela-t-il.

- Et je le pense. Assura-t-elle.

- T'es sûre de vouloir venir ? Interrogea Sam.

Elle empoigna sa bouteille d'eau et deux autres paquets de Skittles et se décida à les rejoindre dans le salon. Elle se laissa tomber dans le canapé aux côtés de Steve, elle replia les genoux sous elle et son épaule se posa contre celle de Steve.

- Je déteste la Sibérie. Annonça-t-elle.

- Parce que ton diplomate américain a été tué sous ta protection ? Railla Sam.

- Parce que la dernière fois que j'ai mis les pieds en Sibérie j'y suis restée soixante-quatorze jours.

- C'était une mission drôlement longue.

- Ça, tu peux le dire Wilson.

- C'est moi où c'est pas ton souvenir de mission préféré ?

- Parce que t'en as de tes années de service ?

Sam posa les coudes sur ses genoux de manière à s'approcher un peu plus d'elle et l'observa attentivement.

- Tu veux dire que t'as aucun bons souvenirs de tes années au sein du SHIELD ?

- Le souvenir même de mes années au sein du SHIELD est un souvenir que j'aimerais pouvoir effacer.

- On a tous au moins un bon souvenir de nos années en service. Contra Sam.

- Je suis pas sûre que Barnes ait de très bons souvenirs de ses années avec HYDRA.

- Tu bossais pour le SHIELD, pas pour HYDRA, c'est différent.

- Tout dépend du point de vue. Rétorqua-t-elle.

2013, WASHINGTON D.C, USA

Kate était encore étonnée d'être parvenue à convaincre Steve de sortir pour autre chose que manger ou marcher mais elle restait persuadée qu'il apprécierait l'endroit dans lequel elle comptait l'emmener. Elle entendit le bruit de sa moto tandis qu'il arrivait devant son immeuble et elle jeta un coup d'œil par la fenêtre, elle le vit enlever son casque avant de s'arranger les cheveux d'un revers de la main, il portait un jeans sombre et une chemise bleu clair à carreaux par-dessus laquelle il avait enfilé sa veste en cuir. Elle esquissa un sourire puis fit volte-face, attrapa sa veste, son sac et claqua la porte derrière elle en partant.

Ils se retrouvèrent à mi-chemin entre son appartement et le hall d'entrée, Steve s'arrêta au bas de la rangée d'escaliers qu'elle était en train de descendre et l'observa un moment. Elle portait une jupe en cuir d'un brun sombre qui lui arrivait mi-mollet mais qui était fendue jusqu'en haut de son genou, un haut noir à longue mangue et au col bien haut l'accompagnait ainsi qu'une paire de talons hauts noirs. Elle tenait sa veste dans une main et son sac dans l'autre. Ses cheveux bruns étaient retenus en un chignon haut duquel quelques mèches s'échappaient ci et là et elle portait un peu plus de maquillage qu'à l'habitude, ses yeux étaient soulignés par des couleurs mordorées et elle portait un rouge à lèvres bois de rose.

- Ça change des t-shirt blancs. Sourit-elle en le rejoignant.

Avec ses talons hauts, elle avait moins d'une tête de moins que lui, ses yeux lui arrivaient à la hauteur de son nez.

- Je suis pas sûr d'être habillé pour sortir. Balbutia-t-il en détournant les yeux.

- Qu'est-ce que tu racontes ? Tu es très bien.

- Tu m'as dit que c'était un bar, alors je pensais que...

- Steve. Sourit-elle en posant sa main libre sur son bras. Tu es très bien.

- Et toi tu es...

Il l'observa à nouveau de haut en bas avant que leurs yeux se rencontrent et qu'il ne détourne les yeux arrachant un sourire à Kate.

- Je suis ? S'enquit-elle.

- Tu es... tu es très jolie.

- Merci. Sourit Kate.

Elle avait remarqué le trouble de Steve et bien qu'elle ne trouve ça un brin amusant de le voir rougir et détourner les yeux, une part d'elle commençait à être nerveuse.

- Rogers, on est sorti des dizaines de fois ensemble. Rappela-t-elle. Pas besoin de t'en faire autant.

- C'était différent.

- Pourquoi ?

- Parce que tu étais... enfin tu n'étais pas comme ça.

- Comme quoi ?

- Comme ça. Répéta-t-il en la désignant d'un revers de la main.

- Je peux t'assurer avoir toujours été comme ça. Tu sais que depuis qu'on s'est rencontré j'ai toujours été une femme n'est-ce pas ?

- Mais c'était différent.

- Parce que je ne portais pas de jupe ou de talons ?

- Je crois. Répondit-il en fronçant les sourcils.

- C'est toujours moi. Avec des talons et du maquillage.

- Je sais, c'est juste que...

- Détends-toi, Rogers. Souviens-toi qu'on a partagé notre salive il y a moins de soixante-douze heures. Sourit-elle. Après cette expérience si intime, tu ne devrais pas être aussi mal à l'aise en découvrant que j'ai des jambes.

- J'ai toujours su que tu avais des jambes. Railla-t-il en levant les yeux au ciel.

- Mais je suis sûre que jamais elles ne t'ont parues aussi longues.

- Tu es certaine que je ne devrais pas aller me changer ?

- Pour mettre quoi ? Un costume ? Grimaça-t-elle. Les costumes, c'est pour les mariages, les enterrements et les personnes ennuyeuses qui se trouvent plus importantes que ce qu'elles sont vraiment. Tu es très bien comme ça. Assura Kate. Et si tu m'offres ton bras, je pourrais même envisager de te laisser me payer un verre.

Non sans esquisser un sourire, Steve hocha la tête et lui offrit son bras, tel le gentleman qu'il était, il lui ouvrit la porte de son immeuble avant de repasser son bras sous le sien.

- C'est par là. Indiqua-t-elle.

- On y va à pieds ?

- Ce n'est qu'à dix petites minutes de marche. Ça te détendra.

Ses talons claquaient en rythme sur le bitume, Steve trouvait toujours aussi étonnant qu'une femme puisse marcher aussi aisément avec des talons aussi hauts. Il se laissa guider à travers les rues de Washington jusqu'au petit bar dont elle lui avait parlé en long et en large.

La façade ne laissait pas présager grand-chose, Steve serait probablement passé devant l'établissement sans même s'en retourner si Kate ne l'avait pas emmené. Mais l'intérieur était bien différent. Un bar en chêne foncé trônait à droite de l'immense pièce, des tables rondes étaient installées ci et là, sur la petite piste de danse, des couples se balançaient au rythme d'une musique qui lui rappelait des airs qu'il avait souvent entendu avant la guerre, des notes de jazz suaves et lentes. Ce n'était clairement pas le genre d'endroit qu'il s'était attendu à découvrir, c'était une vraie surprise mais une très bonne surprise.

- Ça te plait ? S'enquit-elle d'un air soucieux.

Un sourire étira les lèvres de Kate quand elle vit le coin de sa bouche se soulever et qu'il se mit à hocher la tête. Elle attrapa sa main et le traîna jusqu'à une table libre, elle posa sa veste sur le dossier de sa chaise et s'y installa vite rejointe par Steve qui prit la chaise en face de la sienne. Elle leva la main en direction du serveur, qui moins d'une minute plus tard se dirigeait vers eux.

- Une bière et un cosmopolitan. Sourit-elle en direction du serveur.

- Tu commandes pour moi maintenant ?

- Parce que t'allais prendre autre chose qu'une bière ? Rétorqua-t-elle en arquant un sourcil dans sa direction.

- Je peux pas être saoul.

- Je sais. Mais une bière de temps en temps, ça fait pas de mal.

Son regard se dirigea vers les musiciens qui jouaient sur scène, ses yeux s'attardèrent un long moment sur le pianiste, qui, les yeux fermés faisait courir ses doigts sur son clavier, complètement perdu dans les notes qu'il jouaient. Elle le regarda un long moment, un léger sourire aux lèvres et le regard vif. Ce n'est que lorsque le serveur revint avec leurs boissons qu'elle tourna à nouveau la tête.

- Merci. Sourit-elle.

Elle attrapa son verre à cocktail, se tourna légèrement vers lui et leva son verre dans sa direction.

- À quoi est-ce qu'on trinque ? S'enquit-il.

- À nous, Rogers, il n'y a pas de meilleure autre raison pour trinquer.

- À nous alors. Accepta-t-il en entrechoquant le goulot de sa bière avec le pied de son verre.

Elle but une petite gorgée de son cocktail avant de le lui tendre, l'invitant silencieusement à y goûter ce qu'il fit sans trop se faire prier. Il grimaça en sentant l'alcool glisser dans sa gorge et secoua légèrement la tête avant d'avaler une gorgée de bière.

- Za nas. Sourit-elle avant du boire une autre gorgée. (à nous)

- Sa Nass ? Répéta-t-il.

- Presque. Mentit Kate. Ton russe est à travailler.

- Tu as grandi en Russie ?

- J'y suis née et j'y ai grandi. Répondit-elle.

- Ça fait longtemps que tu es partie ?

- Pas assez.

- Comment t'en es arrivée à travailler pour le SHIELD ?

- Un verre et tu penses que je vais te raconter tous mes secrets ? Plaisanta-t-elle.

Mais Steve avait bien compris que lorsqu'elle se mettait à plaisanter sur un sujet aussi sérieux c'était parce qu'elle n'avait tout simplement pas envie d'en parler. Alors il abandonna le sujet.

- Comment t'as trouvé cet endroit ? S'enquit-il.

- On m'a emmené en rencard ici. Expliqua-t-elle. Le plus ennuyeux de toute ma vie, il n'arrêtait pas de parler de lui et de sa brillante future carrière. Je déteste quand ils font ça, qu'ils se mettent à te parler carrière, en te balançant l'air de rien qu'un jour où l'autre ils finiront riches à force de plumer des pauvres. Je trouve ça écœurant. Grimaça-t-elle. J'aime les jolies choses mais je ne suis pas vénale à ce point.

- Quel genre de jolies choses ?

- Les choses anciennes. Les tableaux, les meubles, les bijoux.

- C'est un bijou ancien ? S'enquit-il en désignant le pendentif autour de son cou.

Il s'agissait d'une fine chaîne en or au bout de laquelle un pendentif blanc en forme d'œuf y pendait. Il était décoré par des ondulations couleur or par-dessus lesquelles s'alignaient des petits cristaux.

- Je l'ai acquis il y a quelques années. La personne qui me l'a vendu m'a assuré qu'il avait appartenu à un Romanov. Peut-être même à la princesse disparue.

- Tu y crois ?

- Pas plus qu'au Père Noël. Mais le bijou est beau et ce sont des diamants authentiques, ce que le vendeur ignorait, sinon il ne me l'aurait pas vendu à un prix aussi ridicule.

Elle vida son verre d'un trait et se releva brusquement avant d'attraper les mains de Steve pour le forcer à se lever.

- Fais-moi danser, Rogers. Sourit-elle.

- Kate, je sais pas danser.

- Tu n'auras qu'à me suivre.

- Je vais t'écraser les pieds.

- Je serais indulgente. Assura-t-elle. Je ferai comme si je n'avais rien senti.