2016, HALLE, ALLEMAGNE

Comme elle s'y était attendue, Kate n'avait que très peu fermé l'œil de la nuit, elle avait fini par rester dans le canapé et s'était endormie une heure par-ci par-là la tête contre l'épaule de Steve. Elle n'avait pas été la seule à éprouver des difficultés à trouver le sommeil puisque plusieurs fois durant la nuit elle avait croisé le regard de Barnes, Steve avait réussi à enchaîner cinq heures de sommeil, quant à Sam, il avait dormi comme un bébé et passé une excellente nuit de huit heures.

Elle avait quitté l'épaule de Steve aux alentours de cinq heures du matin, elle avait fait escale jusqu'à la chambre pour attraper quelques vêtements et avait pris une douche rapide, en essuyant ses cheveux mouillés, elle croisa son propre regard dans le miroir et elle marqua un temps d'arrêt. Elle avait réussi à se construire une vie confortable en Allemagne, elle avait simulé sa mort à la perfection lorsqu'elle avait quitté Washington, personne ne la recherchait, elle avait enfin un semblant de liberté et voilà qu'elle était en train de renoncer à tout ça. À tout ce qu'elle avait si longuement espéré.

- Tu as une dette. Murmura-t-elle en se regardant droit dans les yeux.

Elle ignorait si elle aurait accepté de renoncer à cette liberté si ça avait été une autre personne que Steve qui était venue frapper à sa porte, elle ignorait si elle aurait accepté de se battre aux côtés de Natasha si elle le lui avait demandé. Mais elle avait confiance en Steve, c'était peut-être une confiance aveugle mais elle était convaincue que Steve faisait ce qu'il pensait être juste et si Steve pensait que c'était juste alors ça devait forcément l'être.

Elle jeta son essuie dans la corbeille à linge sale et repoussa ses mèches humides derrière ses oreilles. Elle se pinça légèrement les joues, juste assez pour les faire rougir un tant soit peu et avoir meilleure mine et quitta la salle de bain. Ses pieds nus ne faisait pratiquement pas de bruit sur le parquet, pas assez en tout cas pour tirer Sam de son sommeil.

- Café ? Proposa Bucky en la voyant arriver.

La jeune femme hocha la tête et prit place sur la chaise qu'elle avait occupé la veille, vite rejointe par Bucky qui déposa une tasse de café devant elle et s'installa face à elle.

- Nerveuse ?

- C'est normal de l'être.

- Tu es... amie avec lui ?

- Avec qui ?

- Avec Stark.

- Je ne l'ai rencontré que quelques fois quand je travaillais pour le SHIELD. On ne peut pas dire que nous soyons amis.

- La rouquine ?

- Natasha continuera d'être mon amie, même après ça. Assura-t-elle.

Elle avala une gorgée de café tandis que Barnes l'observait avec une intensité qui la fit détourner le regard en direction de Sam.

- Vous vous êtes rencontrées là-bas ? Interrogea-t-il. En Russie ?

- Je n'ai pas parlé de la Russie. Lui fit-elle remarquer en fronçant les sourcils.

- Tu as un accent.

- Seul un natif pourrait le reconnaître.

- Je le suis presque.

- Je n'aime pas parler de la Russie.

- Tu n'en n'as visiblement pas de bons souvenirs.

- Au contraire. J'y ai de très bons souvenirs.

- Vous avez été entraînées ensemble ?

- Je ne suis pas passée par la chambre rouge.

- Alors comment tu es entrée au KGB ?

- C'est le FSB, maintenant. Corrigea-t-elle. Mon oncle était agent, il a vu du potentiel en moi. Alors, il m'a recrutée.

- Ce n'est jamais aussi simple.

- Qui a dit que c'était simple ? Rétorqua-t-elle.

Avant que Bucky ne puisse la questionner un peu plus, Steve passa la porte d'entrée, s'attirant le regard de ses deux amis.

- Tu as parlé à Treize ? S'enquit-elle.

- Elle est en colère contre toi.

- Ça lui passera.

- On doit la retrouver dans une heure et demie.

- Elle aura ton bouclier ?

- Et les ailes de Sam. Répondit-il en hochant la tête.

- Bien. Approuva-t-elle.

- Clint devrait atterrir dans deux heures. On s'est donné rendez-vous à l'aéroport de Leipzig.

- Il a du renfort ?

- Wanda. Et une connaissance de Sam.

- Fiable ?

- On est pas en mesure de faire les difficiles.

Katherine hocha la tête et se tourna à nouveau vers son café qu'elle termina rapidement sous le regard lourd de Steve. Il connaissait les habitudes de Kate avant les missions, il savait comme elle pouvait paraître anxieuse avant de partir et à quel point elle était redoutable une fois sur le terrain. Mais elle avait passé deux ans sans avoir à effectuer de missions, et une part de lui était inquiète.

- Tu es sûre d'être prête, Katherine ?

- Ce serait plutôt à moi de te poser la question. Rétorqua-t-elle. Stark et toi vous êtes devenu plutôt proches. Tu es prêt à faire ce qu'il faut ?

- Je pourrais dire la même chose de Natasha.

- Natasha et moi on ira bien. Elle me pardonnera. Et je lui pardonnerai.

- On parle bien de la même personne ? Sourit Steve.

- Elle comprendra. Assura-t-elle. Maintenant, à moins que tu serves ce discours à Barnes et Wilson, ne me demande plus si je suis prête ou non.

- Oui, madame.

Le choix de voiture de Steve était un sujet sur lequel Kate et lui s'accordait. Une vieille voiture comme celle-là était forcément une voiture qu'on remarquerait et c'est précisément l'inverse de ce véhicule que les autorités rechercheraient. Le trajet, qu'elle passa sur la banquette arrière partagée avec Bucky, ne fut pas des plus confortables, mais ils avaient réussi à rejoindre le point de rendez-vous sans se faire arrêter.

Elle salua d'un signe de la main Sharon Carton qui lui retourna une moue faussement sérieuse et retrouva le fond de son siège, n'écoutant que d'une oreille les chamailleries de Sam et Bucky.

- Je suis la seule à trouver ça bizarre ? Interrogea-t-elle.

- Que Sharon nous aide ? Rétorqua Wilson.

- Sharon et Steve.

- Ils forment plutôt un beau couple.

- Mais c'est la nièce de Peggy. Insista Kate. C'est un peu... enfin, c'est... Je veux dire que c'est plutôt étrange.

- T'es la seule à te poser ce genre de questions.

- Évidemment. Marmonna-t-elle.

Elle plissa les yeux lorsqu'elle vit Steve s'approcher et attirer Sharon contre lui pour l'embrasser. C'était définitivement étrange. Elle détourna les yeux et vit le regard fier que lui lançait son acolyte assit à ses côtés. Elle émit un gémissement dégouté et balança un coup de pied dans le mollet de Barnes qui tourna brusquement les yeux vers elle.

- Vous êtes affligeants. Siffla-t-elle.

- Vous pensez que c'était son premier baiser depuis qu'il s'est réveillé ? Interrogea Sam en leur lançant un regard.

- Absolument pas. Ricana-t-elle.

- Qu'est-ce que tu nous caches ?

- Je dévoile pas mes secrets aussi facilement Wilson.

- T'es quand même pas jalouse ?

Kate éclata de rire au moment où Steve reprenait sa place côté conducteur. Il lui lança un regard dubitatif au travers du rétroviseur.

- J'ai pas à envier Treize. Assura-t-elle. Steve et moi on a partagé nos salives un nombre incalculable de fois.

- C'était platonique. Rappela l'intéressé.

- Totalement. Approuva-t-elle. Aussi parfait qu'il puisse être, Steve n'est pas mon genre.

- Je confirme. Comment il s'appelait encore ? Celui qui t'es tombé dessus au bar ?

- Calvin. Son côté obsessionnel était impressionnant.

- Pas autant que son crochet du droit.

- Le tiens a été beaucoup plus efficace. Rappela-t-elle.

- C'est vrai.

2014, WASHINGTON D.C, USA

Comme à chacun de ses retours de mission, Steve et Kate avait prévu de se rejoindre au bar qu'elle lui avait fait découvrir quelques mois plus tôt. Ils avaient convenu de se retrouver directement sur place et Steve était en avance. Il était installé à leur table habituelle, il avait déjà commandé leurs boissons habituelles, une bière pour lui et un cosmopolitan pour elle.

Lorsqu'elle été arrivée, Steve s'était levé de sa chaise pour la saluer et elle lui avait adressé un sourire tout en accélérant le pas pour le rejoindre. Ses cheveux étaient attachés en une haute queue de cheval qui se balançait à chacun de ses pas, elle portait un jeans sombre et un haut asymétrique à col roulé bleu pétrole ainsi que des hauts talons et comme toujours un pendentif en forme d'œuf pendait autour de son cou. Son sourire s'élargit un peu plus lorsqu'elle arriva à sa hauteur et elle noua ses bras autour du cou de Steve pour l'enlacer brièvement.

- T'as l'air en forme. Sourit-il.

- Toi aussi, Rogers.

Elle se détacha de lui, tapota son bras et pris place à ses côtés. Depuis qu'elle avait repris les missions, ils ne se voyaient plus autant qu'avant, elle était souvent envoyée à l'étranger pour des périodes relativement longues tandis que Steve n'effectuait pratiquement que des missions courtes. Ils étaient pourtant parvenu à rester en contact, échangeant des messages ou s'appelant à intervalle régulier.

- Comment s'est passée ta mission ? S'enquit-il.

- Étonnement intéressante. Maugréa-t-elle en buvant une gorgée de son verre.

- Vraiment ?

- C'était censé être un bête trafic d'armes mais c'était bien plus que ça. C'était un trafic d'êtres humains. Des russes font entrer des filles au pays. Certaines y viennent de plein grès d'autres pas.

- Tu y as mis un terme ?

- Pour le moment. Ils trouveront un moyen de recommencer bien assez tôt.

- Le SHIELD s'en intéressera ?

- Non. Avoua-t-elle. On m'a collée cette mission uniquement parce qu'il y avait des armes de destructions massives. C'était un problème de sécurité, des filles qui sont emmenées ici pour se prostituer ce n'est, en soit, pas un problème pour le SHIELD.

Steve hocha la tête et but une gorgée de sa bière, imitée par la jeune femme. Elle fit un signe de la main à la serveuse, l'invitant à les resservir.

- C'est moi où la serveuse a craqué sur toi ? Interrogea-t-elle.

- Elle est gentille.

- T'es venu ici sans moi ?

- Quelques fois.

- Tu devrais l'inviter à sortir.

La dite-serveuse s'approcha de leur table et alors qu'elle déposait sa bière et son cocktail sur la table, Kate prit le temps de l'observer, c'était une petite blonde, elle avait de jolies lèvres pleines et un petit nez mutin. Ses pommettes se colorèrent légèrement lorsqu'elle croisa le regard de Steve.

- Elle est mignonne. Approuva-t-elle en la regardant s'éloigner.

- Hmm. Huma-t-il en hochant la tête.

- Ça veut dire, oui tu as raison ou non je ne suis pas encore prêt pour ça ?

- Ça veut dire que tu devrais écouter la musique. Plutôt qu'essayer de me caser.

- Alors tu la trouves mignonne aussi. Sourit Kate. Qu'est-ce que t'attends pour aller lui parler ?

- On est ici pour boire un verre ensemble. Rappela-t-il.

- Je saurais me trouver de la compagnie pendant que tu dragues la serveuse.

- Elle s'appelle Jenna.

- Tu connais son prénom ? S'étonna-t-elle. Combien de fois t'es venu sans moi ?

- Une fois ou deux.

- Tu as son numéro ?

- Non !

- Alors lève tes fesses de cette chaise et va au bar.

- Elle travaille. Nota-t-il.

- Tu serais étonné de toutes les choses que nous les femmes, nous sommes capables de faire en même temps. Vas-y. Insista-t-elle.

Elle gloussa tout en lui donnant un coup d'épaule pour le faire décoller de sa chaise ce qu'il finit par faire sous le regard amusé de son amie. Elle le regarda pendant un moment parler avec la jolie blonde, un sourire étirant le coin de ses lèvres avant de finalement détourner les yeux pour porter son attention aux musiciens. Ils jouaient des rythmes tantôt endiablés tantôt lents. Quelques couples s'étaient glissés sur la piste de danse mais dans l'ensemble, c'était une soirée plutôt calme. Elle entendit les pieds de la chaise à côté de la sienne se mettre à grincer et elle esquissa un sourire.

- Ça t'aura pas pris longtemps.

Elle tourna la tête et son sourire se figea. Ce n'était pas Steve. L'homme à ses côtés portait un costume gris pâle, ses larges épaules paraissaient encore plus imposantes dans une couleur aussi clair et le tissu était tellement tendu qu'elle eut l'impression qu'il allait craquer s'il bougeait un peu trop brusquement.

- Qu'est-ce que tu fais ici, Calvin ? Grimaça-t-elle.

Calvin était un homme de grande taille, à la silhouette relativement imposante. Ses yeux d'un bleu perçant renvoyait toujours le même regard froid et distant. Sa mâchoire carrée était dépourvue de barbe et il avait des cheveux blonds qu'il coiffait en arrière avec une tonne de gel.

- Tu ne réponds pas à mes appels. Ni à mes textos et emails.

- Ça aurait dû te donner une indication plutôt claire.

- Il faut que je te parle. Insista-t-il.

- Épargne-moi ça. Siffla Kate en se penchant vers lui.

- Je te demande simplement de m'écouter.

- Toi et moi, c'était bien le temps que ça a duré. Mais maintenant c'est terminé.

- Pourquoi ? S'agaça-t-il.

- Parce que je l'ai décidé.

- Dans une relation il faut être deux pour décider de ce genre de chose.

- Une relation ? Répéta-t-elle. Quelle relation ? À quel moment tu as commencé à penser que toi et moi on avait une relation ?

- Ne fais pas ça, Katherine.

- J'ai été claire avec toi dès le début. Je t'ai toujours dit qu'il n'y aurait rien de plus.

- On était bien ensemble. Insista-t-il en se penchant vers elle.

- Calvin, c'est terminé. Trouve-toi quelqu'un qui voudra s'engager autant que tu sembles le vouloir. Mais oublie-moi.

Sans plus de cérémonie, elle se détourna de lui et s'empara de son verre, c'est à cet instant que l'expression de l'homme changea brutalement. Sa main s'empara brusquement de son bras, la faisant renverser un peu de son cocktail sur elle, elle lança une œillade noire à Calvin qui semblait prêt à exploser. Elle vit sa mâchoire tressauter, et son poing se serrer sur la table.

- Je commence à en avoir marre de toi. Siffla-t-il.

- Tu devrais me lâcher. Prévint-elle sombrement.

- Un coup c'est oui et puis un coup c'est non. Tu peux pas continuer à me mener en bateau comme tu le fais.

- Je t'ai dit que je n'attendais rien de sérieux de toi, tu étais d'accord. Je ne t'ai pas mené en bateau.

- C'est exactement ce que tu as fait ! S'écria-t-il brusquement en tapant son poing sur la table.

Loin de se laisser démonter par la petite crise de colère de l'homme assit à ses côtés, Kate arqua un sourcil dans sa direction avant de lancer un coup d'œil à la main qui tenait fermement son avant-bras.

- Lâche-moi, Calvin. Siffla-t-elle.

- Tu vas m'écouter...

- Oh non, c'est toi qui vas m'écouter. Je me suis fait la promesse qu'aucun homme ne poserait plus jamais la main sur moi comme tu es en train de le faire. Alors, je vais te laisser une dernière chance de retirer ta foutue main de mon bras.

Il ricana sombrement et exerça une pression un peu plus forte sur son bras, comme pour la mettre au défi. Il ignorait complètement à qui il avait à faire. Cependant, avant qu'elle ne puisse rétorquer quoi que ce soit, Steve se planta derrière Calvin.

- Il y a un problème ? S'enquit-il d'une voix forte.

- Je discute avec ma copine. Rétorqua Calvin sans se retourner.

- Kate ? Interrogea Steve.

- Lâche-moi, Calvin. Prévint-elle.

- Tu as entendu la dame.

- Et si tu te mêlais de tes affaires ? Riposta-t-il.

Il lâcha soudainement le bras de Kate, qui renversa un peu plus de son cocktail sur elle, et se leva pour faire face à Steve. Il n'était pas beaucoup plus petit que lui et leur silhouette était à peu près similaire. Les deux hommes se jaugèrent un long moment, attirant le regard des curieux attablés autour d'eux.

- Ça suffit. Ordonna Kate. Rentrons Steve.

- Toi tu restes ici ! S'écria Calvin en la désignant du doigt.

- Kate, sors du bar. Ordonna Rogers. Je te rejoins dehors.

- Steve. Insista-t-elle.

- Maintenant je comprends pourquoi tu n'as plus de temps pour moi. Railla Calvin.

- Pour une fois dans ta vie, boucle-la, Calvin. Siffla-t-elle en lui lançant un regard noir.

Il se détourna brusquement de Steve pour se tourner vers elle et il fit un pas dans sa direction. Un unique pas, c'est tout ce dont Steve eut besoin pour intervenir, il attrapa l'épaule de l'homme, l'obligeant à se tourner vers lui et esquiva avec habileté le poing droit de Calvin qui se dirigeait droit vers son visage, il n'eut pas le même réflexe que Steve, puisque le poing de Rogers s'écrasa directement contre son nez, ils entendirent tous les deux le craquement de l'os, quelques gouttes de sang volèrent jusqu'à son haut, déjà maculé d'alcool et Calvin termina à moitié conscient avachi sur le sol.

- Bon Dieu, Steve. Souffla-t-elle.

Elle tira quelques billets de son sac à main et empoigna Rogers par le bras pour le tirer hors du bar. La légère brise fraîche fit rapidement retomber la colère de Kate.

- C'était qui cet idiot ? Interrogea-t-il.

- C'était un idiot. On est sorti une fois ou deux et il a commencé à penser qu'on était ensemble. Alors j'ai coupé court.

- Visiblement il l'a mal pris.

Un sourire étira les lèvres de la jeune femme et elle s'arrêta brutalement de marcher pour se tourner vers lui et l'attirer contre elle.

- Merci Rogers. Souffla-t-elle.

- N'importe qui aurait fait la même chose. Tempéra-t-il.

- Personne n'a jamais fait ça pour moi.