2016, RAFT, PRISON DE SÉCURITÉ MAXIMALE

Ils avaient été arrêté au moment même où le jet avait disparu dans le ciel, Katherine s'était vue être plaquée au sol avec tant de violence que sa tête avait cogné le béton et qu'elle s'était ouverte l'arcade sourcilière. On ne lui avait pas dit ses droits, parce qu'elle savait qu'elle n'en avait aucun. Ils avaient été entassés tous les cinq dans un avion militaire, et ils avaient volé un long moment avant de finalement atterrir. Ou plutôt amerrir.

- J'y crois pas. Souffla Clint en jetant un regard au-dessus de lui.

Ce n'est qu'une fois arrivés dans leur nouveau lieu de résidence qu'ils furent débarrassé de leurs tenues. On lui demanda de se déshabiller, elle fut fouillée et ensuite on lui ordonna de prendre une douche, froide. Elle reçut une pile de vêtements, sa tenue de prisonnière, qu'elle s'empressa d'enfiler avant qu'on ne lui remette les menottes. Ce n'est qu'à ce moment-là qu'une infirmière s'occupa de son arcade, elle désinfecta la plaie avec une brusquerie qui lui arracha une grimace, lui colla des strip et elle fut enfin emmenée en cellule. Visiblement, ils seraient tous au même étage avec un vis-à-vis incroyable, vive l'intimité.

- C'est pas nécessaire de lui faire porter ça ! S'emporta Clint en frappant son poing contre la vitre.

En tendant le cou, elle vit Wanda être transportée jusque dans sa cellule, elle portait une camisole de force et un collier autour du cou.

- Ça va à l'encontre de vos précieuses lois pour les droits de l'homme. Vociféra Kate.

- Personne ne se soucie de vous ici. Intervint une voix qui ne lui était pas inconnue.

Il s'agissait d'un homme d'âge mûr, qu'elle n'avait vu qu'à la télévision, il portait un joli costume et arborait une moustache blanche.

- Nous n'avons pas eu le plaisir d'être présenté, Agent Tutmesheva.

- Subtile façon de me rappeler que je ne suis qu'une invitée sur le sol américain. Railla-t-elle.

- Vous n'êtes plus la bienvenue sur le sol américain. Contra-t-il. Ni sur le sol de votre Mère Patrie.

- Vous croyez ? S'enquit Kate en arquant un sourcil.

- Tout comme dans aucun des 117 pays ayant ratifiés les Accords de Sokovie.

- J'ai jamais été fan des recensements.

- Alexander Pierce m'avait prévenue à votre sujet.

- Il était plutôt sensible à mon charme. Vous savez, nous les filles de l'est et notre charme slave. Il était aussi sensible au charme de l'agent Romanoff.

- Une petite boule de nerf à qui on a besoin d'inculquer un peu de respect. Et certaines valeurs de l'Amérique. C'est ce qu'il avait dit à votre sujet.

- Et on connait tous les deux les valeurs qu'avaient Alexander Pierce, puisse-t-il reposer en paix. Ironisa-t-elle en levant les yeux au ciel.

- Il nous avait assuré que vous rentreriez dans le rang.

- Je l'ai fait pendant un temps. Lui fit-elle remarquer.

- Si vous devenez trop… ennuyante, nous pourrions envisager une extradition.

- Je vous en prie, je suis sûre que la родина-мать sera ravie de m'offrir une immunité contre quelques informations. (Mère Patrie)

Kate esquissa un sourire malicieux en voyant la réalisation frapper l'homme debout face à elle.

- Je suis intouchable, Monsieur le Secrétaire d'État. Parce que si vous touchez à un de mes cheveux, quand je sortirai d'ici, parce que croyez-moi, je vais sortir, je divulguerai tous les vilains secrets des Américains que je garde précieusement dans un coin de ma tête. Pas sûre que mon président soit ravi d'apprendre que vous avez pensé à les bombarder au gaz Sarin après qu'il ait affirmé son allégeance au gouvernement Syrien. Tout comme il n'aimera pas le fait que vous lui ayez dérobé, juste sous son nez, son nouveau prototype de missile nucléaire.

Elle s'approcha un peu plus de sa vitre et pencha la tête sur le côté, le défiant presque d'essayer de la contredire.

- Vous faire taire serait aisé.

- Vraiment ? Vous en êtes sûr ?

- Vous n'avez pas envie que je réponde à cette question.

- Vous ignorez jusqu'aux s'étendent mes connections, Monsieur le Secrétaire d'État.

L'homme plissa les yeux, comme s'il voulait prendre un air menaçant, qui laissa Kate de marbre et il se détourna finalement d'elle. Il fit demi-tour et aussi vite qu'il était venu, il avait disparu.

- Bon sang, elle rigole vraiment pas. Intervint Lang. Même moi, j'ai peur d'elle.

- Et tu l'as jamais vue avec un sabre. Rétorqua Clint.

- Quand je sortirai d'ici, je ferai exploser cet endroit. Maugréa Katherine.

- Ok, elle est vraiment en colère. Rétorqua Lang.

- Vas-y doucement, Kate. Allonges-toi et prends le temps de te calmer. Conseilla Barton. Moi je piquerai bien un roupillon.

- Pareil. Approuva Scott en hochant la tête.

- T'es consciente que c'était des menaces à peine voilées ? Interrogea Sam.

- Tu sais ce qui est arrivé au dernier secrétaire d'État qui a essayé de me faire taire ? Rétorqua-t-elle.

- Katherine. Réprimanda Clint.

En découvrant son regard noir et en le voyant secouer légèrement la tête de gauche à droite, elle comprit que c'était le moment pour elle de se taire. Elle hocha alors la tête et pris place sur sa petite couchette inconfortable. Elle soupira bruyamment et ferma les yeux, elle pouvait déjà sentir une migraine se former sous ses paupières closes.

Elle venait de jouer sa meilleure carte pour qu'on empêche son extradition. Faire chanter un gouvernement pour se protéger d'un autre. Elle savait ce qui l'attendait si elle remettait les pieds au pays, elle savait que toutes les informations dont elle disposait ne suffiraient pas à lui faire pardonner sa trahison. Elle ne serait jamais graciée par le gouvernement russe. Jamais. Sa meilleure chance de survie était de rester bien sagement dans cette prison, jusqu'à ce qu'elle ne trouve un moyen d'en sortir et de faire sortir ses compagnons d'infortune, ce qui allait s'avérer être compliqué vu leur localisation. Mais il leur restait une chance, et pas n'importe laquelle, celle que Steve et Bucky s'en sortent et viennent les tirer de là. Maintenant, ce n'était plus qu'une question de patience.

- Il a plutôt intérêt à m'inviter au restaurant. Maugréa-t-elle.

Clint laissa échapper un ricanement mais ne rouvrit pas les yeux, Sam restait fixement debout devant la porte, incassable, de sa cellule.

- Tu devrais te poser, Sam. Intervint-elle.

- Je me demande si Rhodey va bien.

- C'était pas ta faute. Assura-t-elle en tournant la tête vers lui.

Leurs regards se croisèrent et pour la première fois depuis qu'ils avaient débarqués chez elle à Potsdam, elle lui retourna un regard sérieux, dénué de malice, un de ceux qu'elle réservait habituellement à Steve.

- Moi j'avais un parachute. Lui fit-il remarquer.

- Sur le terrain, nos sens sont décuplés, notre instinct de survie prend le dessus et dans ces cas-là, on agit souvent avant de réfléchir. C'est ce qui s'est passé pour toi. On est tous passé par-là au moins une fois. Te torture pas avec ça, Sam. Sinon tu t'en sortiras pas.

2014, WASHINGTON D.C, USA

Après la visite de Billy à Washington, Kate avait fait exactement ce qu'elle lui avait dit qu'elle allait faire. Elle avait récupéré un maximum de rapports de mission et s'était mise à les éplucher un à un, son travail était méthodique, elle recensait les cibles, les ordres et le dénouement de la mission et ensuite elle enquêtait en profondeur.

Elle avait dû faire appel à quelques autres agents qui occupaient principalement des postes de bureau, dont l'agent Treize, à laquelle elle avait demandé de faire preuve de discrétion. Les deux jeunes femmes s'étaient rencontrées plusieurs fois depuis l'entrée de Treize au sein du SHIELD, Kate avait été l'agent qui lui avait fait passer son évaluation visant à déterminer si elle était prête pour le terrain ou non. Le courant était plutôt bien passé et elles avaient gardé contact, ce qui lui avait permis de lui demander cette faveur.

Elle avait réquisitionné un des bureaux inoccupés, qui servait d'espace de stockage à toutes sortes de documents dont personne n'avait envie de s'occuper. Elle avait débarrassé le panneau en liège sur le mur adjacent à la porte et avait rapidement débarrassé le bureau des cartons plein à craquer en les refourguant dans un autre coin. L'endroit était si poussiéreux que ses yeux ne cessaient de gratter et qu'elle se mettait à éternuer à peu près toutes les dix minutes.

- On peut savoir ce que tu fais ? Interrogea une voix forte dans son dos.

Elle lança un bref regard à la personne qui osait venir la déranger, c'était inutile car elle savait de qui il s'agissait, mais elle ne se priva pas de lui renvoyer un regard noir. Elle pinça les lèvres et retourna à son travail, observa à nouveau le tableau face à elle.

- Je t'ai posé une question, Katherine.

- Je t'ai délibérément ignoré. Ça aurait dû te faire comprendre que c'était le moment pour toi de faire demi-tour et de retourner à ta petite vie.

- Tu n'as pas le droit d'être ici.

- Oh si, j'ai le droit d'être ici. Contra-t-elle en lui lançant un regard noir. Demande à Fury, il a approuvé en personne. À moins que ce ne soit encore un coup de mon imagination débordante.

- Tu as été suspendue.

- Merci à toi, Rogers, d'avoir appuyé avec une telle ferveur mon exclusion temporaire. J'ai appris que tu aurai voulu qu'elle soit définitive, on dirait que même Captain America ne peut pas me mettre dehors.

- Tu as terminé ?

- Sors d'ici, et retourne t'occuper de tes affaires. Siffla-t-elle avec véhémence.

Steve pénétra un peu plus dans la pièce et croisa les bras sur son torse, il la toisait de toute sa hauteur en lui lançant ce regard moralisateur qui lui donnait envie d'hurler.

- Tu n'es pas allée à ta séance chez le psy.

- Tu m'as collé un agent sur le dos ? Je compte pas commettre un attentat au National Mall, j'entends des voix mais je suis pas complètement dingue.

- Tu ne retourneras pas sur le terrain si tu ne suis pas assidument une thérapie.

- De nous deux, c'est toi qui as besoin d'une thérapie. Cracha-t-elle en se détournant de lui.

Elle entendit Steve bouger dans son dos et puis la porte claquer. Elle aurait pu croire qu'il s'était enfin décidé à la laisser poursuivre son travail, mais elle pouvait toujours sentir son regard pesant.

- Tu n'as pas le droit de me juger.

Un ricanement s'échappa des lèvres de la brunette, immédiatement elle fit volte-face, elle lui lança le regard le plus noir qu'elle avait en réserve et fit un pas dans sa direction.

- Tu n'as pas le droit de me juger. Rectifia-t-elle. Tu me déclares instable et atteinte de trouble de stress post-traumatique alors que t'es celui qui fait toujours des cauchemars à propos d'une guerre qui s'est terminée il y a plus de soixante-dix ans.

- Ne sois pas injuste.

- Sors d'ici avant que je fasse quelque chose que je pourrais être susceptible de regretter.

- Et qu'est-ce que tu comptes faire ?

- T'écraser mon poing sur la figure me semble être une bonne idée, là tout de suite.

- Tu as pété les plombs en mission.

- J'ai obéis à un ordre qui m'a été donné par le supérieur de mon supérieur. S'écria-t-elle.

- J'aimerais te croire. Assura-t-il.

Un sourire triste étira les lèvres de Katherine et elle fit un pas en arrière, elle se sentait un peu chancelante, comme si on venait de lui asséner un uppercut pas assez puissant pour la mettre à terre mais suffisant pour la faire vaciller.

- Je pensais vraiment que tu étais mon ami. Souffla-t-elle.

- J'ai essayé de l'être.

- Tu m'as tourné le dos dès que j'ai eu besoin de toi. C'est pas ce que font les amis, Steve.

Elle secoua la tête, complètement dépitée par la tournure des évènements et fit rapidement volte-face. D'une main rageuse, elle retira les documents épinglés sur le tableau, faisant sauter les punaises passages qui allaient s'écraser sur le sol, un peu comme était en train de le faire le peu de volonté qui lui restait. Elle fourra le tout dans un dossier et récupéra l'ensemble de ses affaires avant de faire mine de vouloir s'en aller.

- Je suis allée à ma séance. Elle a été avancée à hier au lieu de ce matin. L'informa-t-elle. Tu veux que je te donne son numéro pour que tu puisses vérifier ? Interrogea-t-elle.

- Je l'ignorai.

- L'année dernière, Fury m'a demandé d'effectuer une mission pour lui, il voulait que je te garde à l'œil et que je lui fasse un rapport sur ton état, sur la façon dont tu t'acclimatais au vingt et unième siècle. J'ai refusé. J'ai refusé parce que, les amis se serrent les coudes au lieu d'aller rapporter les faiblesses de l'autre au patron. Que tu m'en veuilles, passe encore. Que tu me détestes au point de vouloir me rayer de ta vie, c'est quelque chose qui me reste en travers de la gorge.

- Je ne te déteste pas. Assura Steve.

- Moi je ne suis pas sûre de ne pas te détester pour avoir trahi à ce point ma confiance. Bonne journée, Captain Rogers.

Après cette conversation avec Steve, elle s'était mise à travailler depuis chez elle et ce qu'elle avait commencé à découvrir ne lui plaisait pas, ça ne lui plaisait pas du tout. C'est pour ça qu'elle avait décidé d'aller en parler directement à quelqu'un qui pourrait peut-être encore avoir un tant soit peu de confiance en elle, quelqu'un qui serait susceptible de l'écouter.

- Directeur ? S'enquit-elle en restant sur le pas de la porte.

Fury releva brusquement la tête de son écran, un rien surpris de ne pas l'avoir entendue approcher, l'heure était avancée et il avait cru qu'il était seul à l'étage.

- Agent Callender. L'accueillit-il. Si c'est à propos de votre suspension, je ne peux rien faire pour vous.

La jeune femme lança un regard nerveux dans le couloir avant de reporter son attention sur le directeur.

- Permission d'entrer ? S'enquit-elle.

Fury hocha la tête et lui désigna la chaise en face de son bureau et immédiatement, elle pénétra dans la pièce et prit le soin de fermer la porte derrière elle. Elle préféra cependant rester debout.

- Je me retrouve dans une situation compromettante, directeur. Commença-t-elle.

- Ça vous pouvez le dire.

- Je ne sais pas comment aborder le sujet avec vous. Avoua Kate avec une honnêteté qui le dérouta presque.

- Ne tournez pas autour du pot et allez droit au but. J'ai encore du travail qui m'attend.

- J'ai des soupçons sur l'intégrité du Secrétaire Pierce. Je sais que vous avez un immense respect pour lui et croyez bien que je suis profondément désolée de vous parler de mes doutes, mais Monsieur le directeur, vous êtes la seule personne vers qui je peux me tourner. J'ai profité de ma mise à pieds pour effectuer quelques recherches et j'ai découvert des choses compromettantes, Monsieur. Plusieurs rapports de missions font état de bavures graves commises par des agents. Un de mes indics, m'a envoyé la vidéo de l'interrogatoire d'un homme nommé Jason Colton, dans cette vidéo, il fait mention du Soldat de l'Hiver, il explique…

- Vous n'êtes tout de même pas ici pour me parler d'une légende urbaine, agent Callender ?

- Monsieur le directeur, je sais que…

- Je crois que vous me faites perdre mon temps. L'interrompit-il à nouveau.

- Monsieur, vous êtes la dernière personne vers qui je peux me tourner. Répéta-t-elle. Vous êtes le dernier en qui j'ai suffisamment confiance pour parler de cette histoire.

L'homme l'observa longuement de son unique œil, elle avait été la seconde agent russe à être débauchée des services secrets russes, la réussite de l'intégration de l'agent Romanoff avait été un tel succès qu'il n'avait pas été long à convaincre lorsque Clint Barton lui avait parlé d'elle et de son désir de la recruter.

- Vous avez fini de me passer de la pommade ? Interrogea-t-il.

Il vit ses épaules s'affaisser légèrement, presque imperceptiblement. Elle baissa les yeux au sol et sembla se résigner.

- Je suis désolée de vous avoir importuné, Monsieur le directeur. S'excusa-t-elle.

Cependant, au lieu de quitter la pièce comme il s'attendait à ce qu'elle le fasse, elle s'approcha de son bureau et fit glisser sa paume fermée jusqu'à lui, lorsqu'elle ouvrit les doigts, il y découvrit une clé USB. Sans plus de cérémonie, elle tourna les talons et quitta le Triskel.