2016, RAFT, PRISON DE SÉCURITÉ MAXIMALE
Dire que le temps était long était un euphémisme. Kate s'ennuyait à mourir. Ils n'avaient droit à aucune distraction d'aucune sorte, même pas d'un simple livre. Elle commençait déjà à tourner en rond et ça ne faisait que trois jours qu'ils étaient enfermés.
- Je m'ennuie. Se lamenta-t-elle.
- L'ennui c'est un luxe quand on fait ce métier. Nota Clint.
- Ce que je donnerai pour avoir un livre.
- Laisse-moi deviner, Tolstoï ?
- Je serai même prête à lire ce navet avec Mr Grey.
- Tu dois vraiment être désespérée. S'amusa-t-il.
- Je m'ennuie. Répéta-t-elle.
- Vois ça comme une croisière. Des vacances tous frais payés par l'État.
- Je n'ai jamais voulu faire de croisière, j'ai le mal de mer. Râla Katherine en levant les yeux au ciel.
- La situation pourrait être pire. Lui fit remarquer Sam.
- Ça c'est ma réplique. Nota-t-elle.
- Steve a dit qu'il saurait te rappeler que tu lui avais dit ça. J'ai pensé que ce serait un bon moment pour que je te le rappelle.
- Dixit le gars qui tourne en rond comme un lion en cage.
- Il faut bien qu'on s'occupe. Rétorqua-t-il en haussant les épaules.
- Alors tu pourrais nous tenir en haleine en faisant quelques exercices comme Clint. Sourit-elle. Au moins, on peut dire qu'il a donné de sa personne.
Elle adressa un clin d'œil à Clint qui lui retourna un rire amusé.
- Arrête, ma femme va être jalouse. Plaisanta-t-il.
- Elle sait très bien qu'elle n'a pas à se méfier de moi.
- Tu connais sa femme ? S'étonna Sam.
- Katie venait souvent à la maison. Confirma Barton.
- Il faut pas croire, j'ai d'autres amis que Steve.
- Comment vous vous êtes rencontrés ? Interrogea Wilson.
- Regarde-le Barton, il change de sujet en pensant qu'on va oublier qu'il nous doit une séance distrayante d'exercices. Rit-elle en lançant un regard à Cllint.
- C'est mal te connaître.
- Qu'est-ce que t'attends pour balancer le t-shirt Wilson ? S'amusa-t-elle.
- Comment t'as réussi à devenir amie avec quelqu'un comme Steve ?
- J'ai été enfermée dans cette prison pour avoir commis un grave crime contre l'humanité. Se lamenta-t-elle. Celui d'avoir torturé à coup de décharges électriques un chat. Un très gros chat.
À l'entente de ces mots, Clint éclata de rire et se laissa retomber sur sa couchette tout comme Scott et même Wanda gloussa.
- La défense animale, je suis totalement pour, alors je mérite probablement qu'on me punisse un petit peu pour mes actes. Un tout petit peu. Mais si même toi tu ne veux pas à y mettre du tiens et me garder occupée... je vais réellement finir par mourir d'ennui. Ironisa-t-elle en posant dramatiquement une main sur son cœur.
- Tu es insupportable. Rétorqua Sam.
- Ça, c'est méchant, Wilson. C'est franchement méchant.
- Va falloir que tu lui montres qui est le boss, Katie. Plaisanta Clint.
- Et dire que je t'ai logé et nourrit.
- Pendant moins de vingt-quatre heures. Nota Sam.
- Quel ingrat. Renchérit Barton.
- J'aurai pu le laisser dehors aux mains des autorités.
- Et il aurait pu moisir ici bien avant qu'on l'y rejoigne. Rajouta Scott.
- Je lui ai même sauvé les fesses à l'aéroport.
- Tu m'as pas sauvé les fesses à l'aéroport. Réfuta Sam.
- Encore de l'ingratitude. Pointa Clint.
- Il était pris au piège dans des toiles... d'araignées ? Proposa-t-elle presque prudemment.
- Dire que ce truc sortait de lui. Frissonna Scott.
- J'ai jamais aimé les araignées. Approuva Katherine.
- Attendez, taisez-vous. Ordonna Sam.
- Que tu ne veuilles pas nous offrir un strip-tease, passe encore, mais laisse nous au moins discuter sans essayer de nous faire taire. Rétorqua la blondinette.
- Vous avez entendu ? L'ignora Sam.
- Entendu quoi ? S'enquit Barton.
Un bruit sourd se fit alors entendre, leur arrachant un sursaut. Kate se remit sur ses jambes à toute vitesse et tendit le cou pour essayer d'apercevoir quelque chose. Un autre bruit sourd résonna avant que la porte ne s'ouvre et ne dévoile une silhouette. Une silhouette reconnaissable entre mille. Un sourire étira les lèvres de la brunette et elle tambourina joyeusement les barreaux de sa cellule.
- T'en as mis du temps. Sourit-elle.
- T'imagines pas le trafic qu'il y avait pour venir. Ironisa Steve.
- T'attends quoi pour casser ces barreaux avec tes muscles radioactifs ?
Steve leva les yeux au ciel avant de lever la main à hauteur de son visage et de lui dévoiler une carte d'accès. Il fit glisser la clé magnétique dans l'encoche et la porte s'ouvrit, presque miraculeusement, derrière elle. Elle ne se fit pas prier pour tourner les talons et se précipiter hors de sa cellule, elle retrouva Clint et Scott déjà dans le couloir et se dirigea vers la cellule de Wanda.
- Viens là. Sourit-elle en lui tendant la main pour l'aider à se relever. On va t'enlever ce truc immonde.
Elle invita la jeune femme à se retourner et Kate fit passer ses cheveux sur une épaule et observa avec attention le dispositif autour de sa gorge. Le boitier émettait un son presque inaudible et elle le suspecta de distribuer de légère décharge si on y touchait.
- J'ai besoin d'un couteau.
- Cranté ou de chasse ? Ironisa Clint.
- Donne-moi ton canif. Ordonna-t-elle en direction de Steve.
Il fit glisser son couteau suisse à travers les barreaux et Kate positionna prudemment la lame entre le collier et la peau de Wanda.
- Ça va aller. Promit-elle d'une voix douce. Ce ne sera pas agréable mais tu en seras débarrassée.
Elle ne compte pas jusqu'à trois, elle posa sa main libre sur l'épaule de Wanda et tira d'un coup sec le canif dans sa direction, le collier céda, non sans leur avoir infligée une décharge électrique à toutes les deux et s'écraser sur le sol.
- Tu vas bien ? S'enquit Kate.
- Merci. Répondit Wanda en hochant la tête.
- Allez, il est temps de décoller. Les apostropha Steve.
Ils suivirent le long couloir longeant leurs cellules, Clint ouvrait la voie tandis que Kate la fermait. L'œil alerte, elle surveillait chaque intersection de couloirs, s'attendant à voir débarquer des gardes, mais Steve avait fait du bon travail. La voie était parfaitement libre. Barton finit par les conduire jusqu'au poste de contrôle, où ils retrouvèrent Steve Kate siffla d'appréciation en voyant les gardes mis hors d'état de nuire et lança un regard appréciateur à Rogers.
- J'ai fait le ménage. Se contenta-t-il de rétorquer en haussant les épaules.
Elle esquissa un sourire auquel il répondit bien volontiers et hocha la tête vers une porte automatique laissée ouverte. Personne ne se fit prier pour le suivre mais du mouvement attira l'attention de Katherine. Appuyé contre un mur, un garde avait regagné connaissance et s'était saisi de son arme. Un sifflement s'échappa des lèvres de Kate et l'homme tourna brusquement la tête vers elle, assez pour la voir donner un coup de pieds dans sa main qui envoya valser le revolver quelques mètres plus loin et elle lui assainit un coup de genou qui lui fit reperdre connaissance.
- Ça c'est pour la fouille au corps, connard. Cracha-t-elle.
- Fais un effort. Intervint Steve.
- Surveille ton langage, Kate, le Captain n'aime pas les gros mots. Intervint une voix dans le dos de Steve.
- Est-ce que je vais encore en entendre parler longtemps ? Se lamenta-t-il en levant les yeux au ciel.
Steve contourna le nouvelle venue et Kate put distinguer clairement Natasha. La rouquine lui lança un regard amusé et hocha la tête en direction du jet qui les attendait à quelques mètres de là.
- Tu as définitivement changé de camp on dirait.
- Conduire avec une main sur le volant s'est avéré plus compliqué que ce que je pensais. Rétorqua Natasha en esquissant un sourire.
Les deux jeunes femmes montèrent la rampe d'accès qui se ferma dès qu'elles eurent le pied à bord et en tendant le cou elle vit que Clint était déjà aux manettes et souriait comme un gosse le matin de Noël, Natasha adressa un dernier regard à Kate, tapota son épaule avant d'aller le rejoindre à l'avant de l'appareil.
Katherine détailla alors rapidement l'appareil, qui n'était clairement pas une fabrication de Stark, et son regard tomba sur le dernier membre manquant de leur petite virée en Allemagne. Il était assis sur ce qui ressemblait le plus à une banquette et il lui adressa l'ombre d'un sourire lorsque leurs regards se croisèrent.
- J'ai cru qu'il t'avait échangé contre Romanoff. Plaisanta-t-elle en s'assoyant en face de lui.
- Pas encore. Rétorqua-t-il.
- Je vois ça.
Ses yeux traînèrent sur la manche vide de son haut et Bucky le remarqua immédiatement. Un brin gênée d'avoir été prise sur le fait en train de l'observer avec autant d'attention, elle se racla la gorge et détourna les yeux. Mais Bucky ne sembla pas s'en formaliser.
- J'en déduis que ça ne s'est pas passé aussi bien que prévu ? S'enquit-elle.
- Je crois que t'avais raison, en fait. Répondit-il. Ça aurait pu être pire.
2014, WASHINGTON D.C, USA
Il avait donné rendez-vous à Kate dans leur endroit habituel. C'était le premier endroit auquel il avait pensé. Et il s'était dit que la présence de civils ne seraient pas une mauvaise idée pour passer inaperçu. Au lieu de ça, lorsqu'il arriva au bar, il retrouva les volets tirés et l'enseigne éteinte. En s'approchant de la porte, il entendit une mélodie s'échapper dans l'intérieur et il pénétra lentement dans le bar. Son regard trouva Kate, assise derrière le piano, elle jouait une mélodie simple et légère qu'il ne reconnut pas. Elle leva la tête lorsqu'elle entendit le verrou de la porte cliqueter et Steve vit que ses hématomes commençaient déjà à changer de couleur.
- Tu es en retard. Lui fit-elle remarquer.
- J'ai fait un détour.
Elle cessa de jouer et quitta le banc du piano pour le rejoindre. Elle lui désigna leur table habituelle et il hocha la tête avant de l'y rejoindre. Ils ne parlèrent pas pendant un long moment. Se contentant de s'observer l'un, l'autre.
- Je suis désolé. S'excusa-t-il.
- D'avoir été horriblement con ?
- De ne pas t'avoir fait confiance.
- Connaissant mon passé, moi non plus je me serais sûrement pas fait confiance. Concéda-t-elle.
- J'ai eu tort. Et... Kate tu es la meilleure amie qu'on puisse rêver d'avoir.
- Ça c'est sûr. Sans moi tu serais toujours en train de manger de la glace vanille et en train d'aborder les filles en leur disant « Madame ». Ou tu ne les aborderai pas du tout.
- Je suis désolé. Répéta-t-il une nouvelle fois.
- De ne pas avoir cru l'agent russe aux mœurs douteuses ? Tu as lu mon dossier, je sais que tu connais toutes les erreurs que j'ai commises quand j'ai commencé à travailler pour le SHIELD et celles que j'ai commises avant même de commencer à travailler pour eux.
- Tu penses pouvoir me pardonner ?
- Si tu m'invites au resto, ça peut se faire.
Un sourire naquit sur les lèvres de Kate, bien vite imitée par Steve. Il attrapa ses doigts dans les siens et les serra un bref instant. S'il avait meilleure mine qu'elle, elle ne pouvait s'empêcher de le trouver déconfit. Il avait cette lueur de le regard qu'elle n'avait pas vu souvent, une lueur triste et fatiguée.
- Tu t'es fait tirer dessus à coup de missile d'après ce que Natasha m'a dit. Sourit-elle. Je suis jalouse, moi j'ai eu droit à quatre gorilles.
- C'est passé près. Admit-il.
- Natasha avait l'air secouée. Et elle n'est jamais secouée.
- Elle a découvert que l'organisation pour laquelle elle travaillait se révélait être HYDRA. Il y a de quoi être secoué.
- Je savais que quelque chose clochait mais de là à ce que ce soit HYDRA.
- Le SHIELD a fait entrer l'ennemi. Il en a profité pour se reconstruire là où personne ne pourrait essayer de le retrouver.
- Je crois que tu peux aussi me remercier pour ça. Parce que si je n'avais pas fourré mon nez là-dedans, tu ne saurais probablement pas pour HYDRA.
- Ce serait arrivé avec ou sans ta curiosité. S'amusa-t-il.
- Ça tu n'en sais rien. Tu pourrais au moins flatter mon égo et me dire : « Merci Kate ».
- Merci Kate. Répéta-t-il.
La jeune femme hocha la tête et lança un regard circulaire à la pièce vide avant de reposer les yeux sur Steve.
- Tu veux en parler ? Proposa-t-elle.
- Je l'ai vu.
- Qui ça ?
- Le Soldat de l'Hiver.
Kate pencha légèrement la tête sur le côté, elle avait simplement lu des informations sur le Soldat de l'Hiver, mais elle n'avait rien trouvé de plus sur lui. Bien sûr elle avait entendu Natasha parler de lui et dire qu'il avait tiré sur son ingénieur à travers elle, elle adorait raconter que c'était la raison pour laquelle elle ne portait plus de bikinis.
- À en juger par ta tête, il doit être aussi effrayant que sa réputation le laisse penser.
- C'est Bucky.
- Tu connais le Soldat de l'Hiver ?
- C'est Bucky. Bucky Barnes, tu te souviens, tu l'as vu au Smithsonian.
Kate se cala contre le dossier de sa chaise et fronça les sourcils, tentant de comprendre pourquoi et comment l'unique victime des commandos hurlants se retrouvaient aujourd'hui à être l'arme la plus redoutable d'HYDRA.
- Bucky Barnes. Répéta-t-elle.
- En chair et en os. Répliqua-t-il en hochant la tête.
- Qu'est-ce qu'il a dit quand il t'a vu ?
- Rien. Il n'avait pas l'air...
- Il n'avait pas l'air de quoi, Steve ? Le pressa-t-elle.
- Il n'avait pas l'air de savoir qui il était.
Un sifflement s'échappa d'entre les lèvres de Katherine, elle médita sur ses paroles un long moment ignorant ce qu'elle pouvait trouver à dire pour lui apporter un quelconque réconfort.
- Comment il était quand tu l'as vu ? S'enquit-elle. Est-ce qu'il était plus vieux ? Est-ce qu'il était comme dans tes souvenirs ?
- C'était le même Bucky. À l'exception qu'il ne me reconnaissait pas.
- Comment ils ont fait pour le garder pendant tout ce temps ?
- Comment il a survécu à cette chute ?
- Tu m'as raconté que tu étais allé le sauver d'un camp non ? Les nazis faisaient toutes sortes d'expérimentations à l'époque. Peut-être que ça peut expliquer qu'il ait survécu.
Qu'elle parle d'expériences sur des cobayes humains n'arrangea en rien l'état d'esprit de Steve. Il soupira bruyamment et baissa les yeux, elle vit un pli se former sur son front et elle devina qu'il tentait de comprendre.
- C'est quoi le plan pour le tirer de là ? Interrogea-t-elle.
- Il faut d'abord qu'on s'occupe des plans de Pierce.
- Sur une échelle de un à dix, à quel point c'est machiavélique ?
- Les héliporteurs sont paramétrés pour éliminer toutes les personnes qui pourraient représenter une menace pour HYDRA.
- C'est un dix, alors. Murmura-t-elle.
- On va les désactiver.
- C'est qui, on ?
- Natasha, Sam, Hill et moi.
- Je peux vous aider.
- Tu as une chance de disparaître. Il faut que tu la saisisses, Kate.
- Je peux pas partir et te laisser en plan.
- Si tu peux. Et c'est ce que tu feras. C'est ce que je veux que tu fasses.
- Je refuse.
- Alors je te l'ordonne.
La jeune brune arqua un sourcil dans sa direction et croisa les bras sur sa poitrine.
- Depuis quand je prends des ordres de toi, Rogers ?
- Tu l'as toujours fait.
- Quand tu portes le costume, tu m'as complètement à ta merci, Captain. Je résiste mal aux uniformes et puis celui-là te mets vraiment en valeur. Plaisanta-t-elle.
- Tu as déjà failli y rester. Je ne veux plus que ça se reproduise. Je te le demande, ne t'en mêle pas.
- Si c'est ce que tu veux. Céda-t-elle.
- Merci, Kate.
- Et pour Bucky ? Qu'est-ce qu'on fait ?
- J'espère pouvoir le raisonner.
- Et si pas ?
- On avisera.
