2016, ÎLE D'IBIZA
Après le Wakanda, le groupe avait décidé de se séparer, rester groupé était trop dangereux, ils représentaient une cible bien trop facile. Rester seul, chacun de son côté, tout en restant en contact, était leur meilleure option. Kate savait que Natasha avait décidé faire escale au Danemark, et elle ignorait tout bonnement où se trouvait Steve, Sam et Wanda. De son côté, Kate avait décidé de se séparer de ses compagnons d'aventure pour voyager un peu en Europe. Elle était passée par Dublin, avant de faire escale à Birmingham pour finalement regagner le continent européen, elle avait enchaîné Paris, Madrid et Lisbonne pour finalement échouer à Ibiza.
Elle n'y avait jamais mis les pieds et elle ne pouvait pas dire qu'elle était déçue, bien au contraire. On y faisait la fête du soir au matin, tout le monde était trop occupé à faire la fête pour, ne serait-ce, que penser à l'observer d'un peu plus près. Alors elle s'était mise elle aussi à faire la fête. Elle passait la plupart de ses nuits à danser jusqu'à n'en plus pouvoir et puis elle rentrait à l'hôtel. Assez étonnement, pour la première fois depuis bien longtemps elle se sentait libre, et ce même si elle avait les autorités sur le dos et que son portrait était diffusé un peu partout à la télévision et sur Internet.
Elle avait prévu de passer encore deux jours sur place avant de changer de décor et de prendre un bateau direction la Grèce. Alors comme chaque soir depuis qu'elle était arrivée, elle avait rejoint l'une des fêtes sur la plage, elle dansait, pieds nus dans le sable, un verre à la main, sa longue robe fleurie, fendue jusqu'à mi-cuisse virevoltait autour d'elle, à chacun de ses mouvements.
Et puis, elle avait ressenti quelque chose d'étrange. Elle eut soudain l'impression que ses pieds marchaient sur du coton, incapable de sentir la texture du sable sous ses pieds, ses jambes lui semblèrent soudain très molles, comme de la gelée et sa tête commença à tourner légèrement. Son regard, lent et lourd se posa sur le verre qu'elle tenait en main. Elle n'avait pas bu suffisamment pour se retrouver dans cet état. On l'avait droguée.
- Merde. Souffla-t-elle.
Elle lâcha son gobelet en plastique et le regarda s'écraser dans le sable, son cocktail sucré lui éclaboussa la robe et une partie de sa jambe dénudée avant de se répandre avec une lenteur hallucinante sur le sable. En jetant un coup d'œil autour d'elle, elle remarqua à quel point les gens autour d'elle semblaient se mouvoir lentement. Tellement lentement. Elle attrapa de ses mains maladroites son sac et s'efforça de l'ouvrir, elle attrapa son téléphone portable et malgré sa vue brouillée, elle parvint à le déverrouiller. Elle appuya sur le premier numéro qu'elle parvint à distinguer. Elle n'en avait qu'un d'enregistré dans son répertoire.
Elle se força à faire quelques pas pour s'éloigner de la sono qui crachait une musique électro qu'elle trouvait maintenant trop entêtante. Elle tituba, chancela, manqua de s'écrouler mais fut retenue par un étudiant, complètement ivre, qui parvint à la garder sur ses pieds. Une tonalité, un pas de plus. Une seconde, un autre pas. Une troisième, elle s'arrêta.
- Ça m'étonne que tu trouves le temps d'appeler. Plaisanta la voix de Steve Rogers de l'autre côté de la ligne.
- Steve. Balbutia-t-elle.
Elle lança un regard brumeux autour d'elle, elle prit une profonde inspiration et elle sentit ses jambes ployer sous le poids de son corps. Elle ne lâcha pas son portable pour autant, elle le garda fermement collé à son oreille.
- Kate ? S'enquit Steve. Kate, tu m'entends ?
Elle pouvait entendre la panique naître et s'intensifier dans sa voix. Elle inspira à nouveau et expira bruyamment.
- Steve, je vais être enlevée. Annonça-t-elle.
Elle fit de son mieux pour lutter contre ses paupières, devenues extrêmement lourdes.
- J'ai été droguée, on va m'enlever. Tu ne dois pas chercher du côté des autorités. Débita-t-elle. J'ai été droguée. Répéta-t-elle vaguement.
- Donne-moi autant de détails que tu peux. Ordonna-t-il. Tu m'entends, reste avec moi et donne-moi autant de détails que tu peux.
- Je suis sur la plage de Cala Comte. Cala... Cala Comte.
- Kate, j'ai besoin que tu restes consciente.
Mais elle n'était même pas sûre d'être encore totalement consciente. Ses yeux, remplit de larmes, ne distinguaient plus rien, que des formes abstraites et embrumées. Elle marmonna quelque chose, elle-même ne comprit pas les mots qui sortirent de sa bouche. Elle entendit au loin Steve lui crier de continuer à parler, mais c'était trop tard. Elle sentit des mains, fortes et glaciales s'emparer de ses bras, elle ne distinguait plus rien, mais elle savait qu'il s'agissait d'un homme. Son corps quitta le sable, telle une poupée de chiffon, on la souleva du sol et l'entraîna au loin. Elle entendit une portière coulisser, son dos heurta quelque chose de froid et elle perdit enfin connaissance.
Elle ignora combien de temps elle resta inconsciente. Elle commença par percevoir les sons, des klaxons dans la rue, des voix lointaines, une respiration non loin d'elle. Elle ouvrit les yeux en papillonnant des paupières, elle ne vit rien d'autre qu'un mince tissu noir qui laissait filtrer la lumière. Elle avait un bâillon dans la bouche pour l'empêcher de parler, ses mains étaient attachées dans son dos.
Elle pouvait sentir une présence non loin d'elle, une présence silencieuse, qui guettait chacun de ses mouvements. Kate n'aimait pas ce genre de silence, ce genre de silence n'amenait jamais rien de bon. Elle sentit ses cheveux se dresser sur sa nuque tandis qu'un frisson la parcourait de toute part.
Sa marche de manœuvre en étant observée de si près était très fine, voire même inexistante. Elle savait que son ravisseur le verrait immédiatement si elle arrivait à se défaire des attaches autour de ses poignets, elle savait qu'elle serait neutralisée sur le champ. Mais elle ne pouvait pas se résoudre à rester là, assise et ligotée sur cette chaise à la merci de cet inconnu. Elle entendit sa respiration changer brusquement et en tendant l'oreille, elle comprit qu'il était en train de rire. Son ravisseur riait silencieusement, conscient qu'elle était éveillée et qu'elle cherchait un moyen de s'échapper. Elle tira une fois sur ses liens, elle sentit le plastique dur du collier de serrage lui rentrer dans la peau mais elle l'ignora.
- Je sais que tu es réveillé tu sais que tu n'iras nulle part.
Elle s'immobilisa soudainement, pas tant à l'entente de ces mots, mais plutôt à l'entente de cette voix. Cette voix qu'elle avait cru pendant longtemps avoir réussi à faire taire.
Elle entendit des pieds de chaise grincer sur le sol et elle tourna la tête dans cette direction. Le tissu fin qu'elle avait sur la tête lui permis de distinguer la silhouette d'un homme se mouvoir dans la pièce. elle entendit ses pas lourds sur le sol et elle suivit instinctivement la direction qu'il prenait. Elle sentit une main sur poser sur sa tête et la seconde d'après le sac qu'elle avait sur la tête fut enlevé. Elle cligna plusieurs fois des yeux pour s'habituer à la lumière dans la pièce, des mèches de cheveux lui tombait sur le visage. Elle releva la tête, l'homme face à elle se pencha à nouveau dans sa direction, elle ne flancha pas lorsqu'il leva les mains en direction de son visage, de ses longs doigts il chassa ses cheveux de ses yeux et Katherine cessa de respirer lorsque son regard croisa les pupilles glacées de cet homme. Cet homme qu'elle connaissait si bien. Cet homme qu'elle pensait avoir tué des années auparavant.
- Bonjour, ma sœur. Sourit-il.
2009, MOSCOU, RUSSIE
Lorsqu'elle avait été libérée de sa prison dans les locaux des services secrets, Kate avait appris qu'elle était restée enfermée pendant trente-sept jours. Elle avait reçu des excuses sous la forme d'un bon gros chèque et on lui avait offert quelques jours de congé. En voilà une bonne façon de s'excuser.
Elle avait délibérément choisi de ne pas essayer d'entrer à nouveau en contact avec le SHIELD, après autant de jours à avoir voulu la faire parler, en vain, elle doutait qu'on puisse encore douter de sa loyauté, mais elle préférait rester prudente. Elle se remettait lentement de ses blessures, aussi bien physiques que psychologiques. Mais le plus dur c'était de se retrouver en face de son frère.
- Je suis content de te voir, Ekaterina. Sourit Alexei. Tu as meilleure mine.
Elle l'observa d'un œil blasé boire une gorgée de son café tout en lui lançant une œillade qui se voulait bienveillante. Elle n'arrivait même plus à le regarder droit dans les yeux.
- Je suis désolé pour cet incident.
- Ce n'était pas un incident. Contra-t-elle.
- Tu vas m'en vouloir pendant longtemps ?
- Comment est-ce que tu as pu douter de moi ?
- Je n'ai jamais douté de toi. Réfuta-t-il. Jamais. Tu es ma sœur, je sais que ta loyauté va envers ta famille.
- Pourtant ça ne t'a pas empêché de me faire torturer.
- Ce n'était pas moi, Ekaterina. Je ne t'aurais jamais fait ça.
Il fit glisser sa main jusqu'à la sienne et elle dut se faire violence pour ne pas retirer sa main. Elle mordit l'intérieur de sa joue, observant les doigts de son frère caresser tendrement les siens.
- Tu es ma sœur. Souffla-t-il. Ivan n'aurait pas dû te faire ça.
- C'était Ivan ? Interrogea-t-elle.
Ivan était un homme qu'elle avait toujours connu, depuis qu'elle était enfant. Toute son enfance il avait été dyadya (tonton) Ivan. Il était plus qu'un simple ami de la famille, il était l'homme en qui son père avait le plus confiance. C'était plus que son ami, c'était son meilleur ami, son frère. Après la mort de son père, Kate avait toujours vu Ivan comme la personne en qui elle pouvait avoir confiance, elle s'était confiée à lui et il avait pris soin d'elle. Voilà encore une chose sur laquelle elle s'était trompée.
- Je lui ai parlé. Je lui ai dit ma façon de penser. Assura-t-il.
- Ivan supervisait l'opération ?
- Il s'est rendu compte de son erreur. Et le véritable coupable a été puni. Personne ne posera plus la main sur toi. Je te le promets. Je vais te protéger.
- Comme tu m'as protégé ces trente-sept jours que j'ai passé à être torturée ?
- J'ai essayé. Promit-il.
Kate retira finalement sa main de celle de son frère et détourna le regard.
- Pardonne-moi, Rina. Pria-t-il.
- J'ai besoin de prendre l'air, Alexei.
Sans plus de cérémonie, elle se leva, enfila son manteau et quitta le petit restaurant dans lequel ils étaient attablés. Il n'essaya pas de l'empêcher de partir, il se contenta de la suivre du regard tandis qu'elle s'engouffrait dans la rue. Le froid hivernal la fit frissonner mais elle poursuivit son chemin. Elle marcha un long moment, sans vraiment savoir où elle allait. Elle avait simplement besoin de se vider la tête.
Alors qu'elle tournait à l'angle d'une rue, elle sentit une main s'enrouler autour de son coude et elle laissa échapper un hoquet de douleur lorsqu'elle sentit cette même main frôler ses côtes.
- C'est moi. Souffla-t-on à son oreille. Continue de marcher.
Elle lança un bref regard à l'individu qui venait de l'aborder. Il était dissimulé sous un bonnet noir et des lunettes de soleil mais elle reconnut immédiatement son profil.
- Agent Barton. Souffla-t-elle.
- Ne parle pas. Marche. Rétorqua-t-il dans un murmure.
Elle se laissa entraîner sans prononcer le moindre mot. Il la traîna jusqu'à un vieil immeuble qui semblait désaffecté. Barton l'invita à entrer d'un hochement de tête et referma la porte derrière eux. Kate comprit qu'il s'agissait d'une planque du SHIELD. Elle avisa le petit lit d'appoint et la valise au pied de celui-ci. Lorsqu'elle se tourna vers Clint, elle vit qu'il avait retiré son bonnet et ses lunettes de soleil. Il l'observait d'un regard sérieux, presque sévère.
- Je n'ai rien dit. Assura-t-elle. Je n'ai pas parlé.
Ses mots ne semblèrent pas l'apaiser. Il combla la distance qui les séparait et tendit la main dans sa direction, elle ne put s'empêcher de tressaillir lorsqu'elle vit sa main se diriger vers son visage mais il ignora sa réaction. Il chassa ses cheveux de son visage et l'observa longuement.
- Bon sang. Souffla-t-il.
- Je n'ai rien dit.
- Est-ce que tu vas bien ?
- Je n'ai pas parlé de vous ou de l'Agent Romanoff. Répéta-t-elle. Je n'ai pas trahi ma couverture.
Clint l'observa encore un long moment avant de faire quelques pas en arrière, il sortit un téléphone portable de sa veste qu'il colla presque immédiatement à son oreille.
- J'ai la petite. Annonça-t-il. C'est pas beau. Il faut qu'on la ramène, elle ne peut pas rester ici. Prépare notre retour.
Il raccrocha moins d'une minute plus tard, il se tourna à nouveau vers elle pour remarquer qu'elle n'avait pas bougé d'un cil.
- C'était une erreur de te laisser ici. On t'emmène avec nous, c'est terminé.
- Je ne peux partir.
- Si, tu peux partir. La contredit Barton. On t'a promis de te protéger et on a échoué mais c'est terminé. Natasha et moi, on comptent bien tenir cette promesse. Je suis désolé de t'avoir laissé tomber.
- Je ne vous en veux pas, Agent Barton. Assura-t-elle.
- Quand on a plus eu de nouvelle de l'agent de liaison, on a commencé à être inquiets, on a fait des recherches, Natasha a appelé ses derniers contacts au pays, quand on a su que tu avais été capturée, on a pensé que tu n'en sortirai plus.
- Je suis pas si facile à descendre.
L'ombre d'un sourire naquit sur le visage de Barton, bien vite effacé par une moue sérieuse. Il s'approcha d'elle, posa la main sur son épaule et l'entraîna en direction de la couchette de fortune.
- Assieds-toi. L'invita-t-il. Natasha arrivera dans l'après-midi. Après ça, tu pourras commencer une nouvelle vie.
- Je ne peux pas partir maintenant. Répéta-t-elle.
- Je ne sais pas comment tu as fait pour t'en sortir, mais on ne peut pas prendre le risque qu'ils recommencent à avoir des doutes.
- Ils n'avaient pas de preuves concrètes que c'était moi l'agent double. Ils n'avaient que des doutes. C'est comme ça que je m'en suis sortie. Expliqua-t-elle. C'est probablement l'agent qui leur a donné mon nom, ils l'ont torturé. Ils m'ont montré des photos. Mais il n'a pas pu donner de preuves tangibles. Alors ils ont voulu me faire parler et je savais que si je ne disais rien, si je continuais à clamer mon innocence, je savais qu'Alexei me sortirait de là. Et c'est ce qu'il s'est passé. Alexei a cru en mon innocence.
- Pourquoi tu veux rester ici ?
- Parce que j'ai encore des comptes à régler.
La lueur sombre dans ses yeux ne fit pas ciller Barton. Il se posa à côté d'elle et tourna la tête vers elle.
- Je ne vous demande pas d'approuver, Agent Barton. Reprit-elle. je vous demande simplement...
- Ça n'arrangera rien.
- Peut-être. Mais je dois le faire.
- Comment tu comptes t'en sortir sans renfort ?
- Je n'ai pas besoin de renfort.
- Combien de temps ?
- Deux jours.
- Deux jours. Approuva-t-il en hochant la tête. Après ça, je te ramène avec nous.
Deux jours étaient amplement suffisant pour mettre en place son plan. Elle n'avait pas vraiment besoin d'un plan parfaitement ficelé. Tout ce dont elle avait besoin c'était de faire venir les deux personnes qui l'avait trahie. Alors elle avait prétexté un dîner de réconciliation et ils étaient venus, aussi simplement que ça.
- Je suis content que tu nous aies invité, Rina. Sourit Alexei.
- J'ai pensé à ce que tu m'as dit. Sourit-elle. Et tu avais raison, ça ne sert à rien de garder de mauvais souvenirs de cette histoire. Je crois même que tout ça a eu du bon. Ça nous a permis de resserrer nos liens.
- Tu es très sage, Ekaterina. Comme ta mère. Approuva Ivan.
Elle frissonna en l'entendant parler de sa mère, mais ne cilla pas. Elle esquissa un faible sourire avant de piquer sa fourchette dans un morceau de viande qu'elle mastiqua longuement avant d'attraper son verre de vin.
- Nous devrions porter un toast. Proposa-t-elle.
Elle leva son verre, bientôt imitée des deux hommes qui l'observaient avec une lueur de fierté dans le regard.
- À la famille. La chose la plus importante dans ce monde. Sourit-elle.
- À nous. Renchéri Alexei.
- À nous. Murmura Kate.
Elle but une gorgée de son vin et observa du coin de l'œil Ivan tremper ses lèvres dans le liquide rouge avant de laisser échapper une moue appréciative et de terminer son verre. Le vin rouge était son péché mignon. Particulièrement lorsqu'il s'agissait d'une aussi bonne année.
- C'est une excellente bouteille. Approuva-t-il en se tournant vers la jeune femme.
- Quatre-vingt-neuf. Rétorqua-t-elle. Mon année de naissance.
Kate fourra un autre morceau de viande dans sa bouche et l'observa reposer son verre vide sur la table avant d'attraper ses propres couverts. Il coupa un morceau de viande avant de diriger sa fourchette vers sa bouche, mais son bras se mit soudainement à trembler. Il lâcha sa fourchette qui s'écrasa dans son assiette, le métal rencontra la porcelaine avec fracas.
- Ivan ? S'enquit Alexei.
Ivan ne lui adressa pas le moindre regard, il tourna la tête vers la jeune femme. Leurs yeux se trouvèrent et sans même qu'elle n'ait besoin d'ouvrir la bouche il comprit.
- Qu'est-ce que tu as fait ? Marmonna-t-il.
- J'ai empoisonné ton vin. Répondit-elle.
- Ekaterina ! S'écria Alexei.
Il fit mine de vouloir se lever mais elle tira de sous sa chaise un revolver qu'elle pointa directement sur son frère.
- Reste assis. Ordonna-t-elle.
Alexei lui lança un regard perdu, ses yeux oscillant entre leur oncle qui commençait à suffoquer et le visage déterminé de sa sœur.
- Je l'ai fait juste sous tes yeux, Ivan. Reprit-elle. Comme tu me l'as appris.
- Mais qu'est-ce qui te prends, Rina ? Siffla son frère.
- Dis-moi, tu es fier de moi, dyadya ? S'enquit-elle.
Elle entendit sa respiration siffler tandis qu'il ouvrait la bouche pour tenter de prendre une inspiration.
- J'aurai préféré te tuer autrement, Ivan. Assura-t-elle. Mon seul réconfort c'est de savoir que tu souffriras quand même.
- Enfin, Ekaterina...
- La ferme ! S'écria-t-elle en se tournant vers son frère. Ferme-la Alexei.
- C'est à propos de cet incident ?
- Ce n'était pas un incident.
- Je comprends. Assura-t-il. Tu voulais te venger pour ce qu'il t'a fait. Je comprends. Je vais t'aider, Rina. Personne ne saura que c'était toi.
- Tu vas m'aider ? Répéta-t-elle.
- Tu es ma sœur. Ma chair, mon sang. Ma seule famille.
- La faute à qui ?
Elle vit quelque chose dans les yeux de son frère changer, une lueur incertaine naquit dans son regard, sa mâchoire tressauta et il tiqua légèrement.
- Qu'est-ce que tu veux dire ?
- Je sais tout. Souffla-t-elle. Je sais que c'était toi.
- Je te l'ai dit, c'était Ivan, il avait des doutes sur toi.
- Je sais que c'est toi qui a dénoncé papa. Clarifia-t-elle. Je sais que c'est à cause de toi que nos parents ont été tués.
- Rina...
- Tu as vendu notre père et notre mère. Comment est-ce que tu arrives encore à te regarder dans un miroir ?
- Tout ce que j'ai fait, je l'ai fait pour te protéger. Pour nous assurer à tous les deux un avenir sûr.
- Et tu as tellement bien réussi. Ironisa-t-elle. J'ai appris à tuer avant même d'avoir atteint l'âge adulte. Bravo, Alexei. Tu es le frère de l'année.
- Je comprends ta colère.
- Tu n'étais pas là quand ils ont tué maman. La nuit, je l'entends encore sangloter. Je peux encore sentir son sang chaud couler sur ma joue. J'entends encore papa supplier de me laisser tranquille. Où étais-tu, Alexei, quand ils ont attaché une corde autour de mon cou et qu'ils m'ont pendue jusqu'à ce que je suffoque ?
- Personne n'allait te tuer ce jour-là.
- J'aurais préféré mourir ce jour-là. Contra-t-elle.
Elle sentit des larmes lui piquer les yeux mais elle les refoula en inspirant profondément. Elle ne lui ferait pas le plaisir de flancher devant lui. Plus jamais.
- Tu veux que je te dise, c'était moi l'agent double. Ça a toujours été moi. Mais je savais que vous n'aviez pas de preuves. Sinon vous m'auriez tuée et pas torturée. Quand ils m'ont sortie de ma boite et que je t'ai vu agenouillé là, j'ai su que tu étais ma porte de sortie. Alors j'ai pleuré pour toi, mon frère. Cracha-t-elle. Alors que la seule chose que je voulais, au plus profond de moi, c'était qu'il presse la détente et qu'il t'envoie une balle dans la tête. Comme ils l'ont fait avec maman.
- Ekaterina, je t'en prie, laisse-moi m'expliquer.
Elle secoua la tête, quitta sa chaise, les pieds en bois grincèrent sur le parquet. Elle lança un bref regard à Ivan, il n'était pas mort mais il agonisait toujours. Elle raffermit sa prise autour de la crosse de son arme et avala péniblement sa salive, ignorant le goût de la bile remontant dans sa gorge.
- Tu ne vas pas me tirer dessus. Affirma Alexei.
- Tu crois ?
- Ekaterina, je suis ton frère. Ton unique famille. Je suis tout ce qu'il te reste. Sourit-il.
- Tu as tort. Contra-t-elle.
- Pose ton arme. Et on oubliera cette histoire. Promit-il. Je te pardonnerai.
- Tu me pardonneras ? Souffla Kate.
Il se leva à son tour, sa main se dirigea vers le couteau posé à côté de son assiette et elle réagit immédiatement, son doigt pressa la détente. Une fois. Deux fois. Les coups de feu la firent sursauter elle-même. Alexei retomba lourdement sur sa chaise, il lui lança un regard exorbité et elle baissa son arme. Elle contourna la table pour s'approcher de lui. Un filet de sang s'écoula d'entre ses lèvres et elle se pencha vers son frère.
- J'espère que tu iras en enfer. Souffla-t-elle à son oreille. Je t'y rejoindrai. Promit-elle. Mais pas avant de longues années. Et peut-être que là je pourrais te pardonner.
Elle leva une dernière fois son arme en direction d'Ivan, pressa la détente une troisième fois, la balle se logea dans son lobe frontal. Elle rangea ensuite le revolver dans la ceinture de son pantalon, lança un dernier regard à Alexei dont le regard se faisait vitreux.
- Do svidaniya. Souffla-t-elle à son frère.
