2016, LOCALISATION INCONNUE

La première chose à faire était de trouver une rue avec du passage, de cette façon, elle pourrait plus facilement échapper à Alexei lorsqu'il réussirait à sortir. Parce qu'elle savait qu'il réussirait à sortir, elle savait qu'il n'avait pas uniquement pris un homme avec lui pour cette mission, elle avait vu des sacs de couchages, quatre sacs distincts, ça voulait donc dire que deux autres de ses hommes se baladaient quelque part en ville.

Elle croisa un premier groupe de jeunes qui, au vue de leurs tenues, semblait se diriger vers une plage. Elle leur embraya alors le pas, elle jeta plusieurs coup d'œil par-dessus son épaule, réveillant à chaque fois la douleur dans son épaule gauche. Le trajet ne fut pas bien long et Kate se rendit compte qu'elle était toujours à Ibiza, ce n'était pas la plage de Cala Comte mais elle aurait pu reconnaître n'importe où les falaises de Calo d'Hort. Elle trouva aisément des sacs de plage abandonnés aux côtés de serviettes de plages et se pencha pour trouver ce qu'elle cherchait. De l'argent, et un téléphone portable. Elle trouva facilement le portable et fouilla plusieurs autres sacs avant de trouver quelques billets. Elle avisa ensuite le short en jeans et le petit haut abandonné là et se pencha pour les récupérer avant de faire marche arrière. Elle trouva un petit coin de verdure où elle put s'arrêter un bref instant. Kate retira douloureusement sa robe ensanglantée et enfila aussi vite que possible le short en jeans et le petit haut foncé au logo des Guns n' Roses. Elle jura devant la longueur affreusement courte du short, se demandant pourquoi gaspiller de l'argent en achetant un short qui cachait à peine ses fesses mais elle se força à se remettre en route. Lorsqu'elle trouva une rue commerçante plus ou moins agitée, elle prit le temps de déverrouiller le téléphone portable et composa à la hâte le numéro de Steve. Il répondit après la première sonnerie, elle entendit la précipitation dans sa voix lorsqu'il décrocha.

- C'est moi. Souffla-t-elle.

- C'est Kate. L'entendit-elle déclarer.

Après avoir appelé Steve en l'informant de ce qui allait lui arriver, il avait probablement décidé d'appeler le reste du groupe en renfort.

- Je suis toujours à Ibiza, mais plus du côté de Cala Comte. Expliqua-t-elle. J'ai besoin de soins et je peux pas aller à l'hôpital.

- Où es-tu précisément ? Interrogea-t-il.

- Je peux pas te le dire, je sais pas si les appels sont surveillés ou pas.

- Décris-moi la blessure.

- Balle dans l'épaule, elle est toujours dedans. Et ça fait un mal de chien. Hoqueta-t-elle.

Elle l'entendit soupirer à l'autre bout de la ligne et elle le devina en train de se passer une main dans les cheveux.

- J'ai connu pire. Assura Kate. Je suis une dure, je vais m'en remettre en un rien de temps.

- IL faut que tu te trouves un abri sûr.

- Je suis déjà sur le coup. Je te rappelle dès que je suis hors de portée.

Elle raccrocha sans lui laisser le temps de répondre quoi que ce soit, glissa le portable dans la poche d'un jeune homme qu'elle croisa et continua sa route. Elle trouva assez rapidement un hôtel, elle rôda dans le hall d'entrée jusqu'à trouver quelqu'un qui descendait de sa chambre et son choix tomba sur un homme d'âge mûr en costume blanc. Elle s'avança vers lui, le bouscula juste assez pour le faire s'arrêter et se lança dans une longue tirade d'excuse en espagnol. L'homme la reluqua de haut en bas et elle profita de son attention portée ailleurs pour attraper sa carte soigneusement rangée dans la poche de sa veste beige. Elle l'observa reprendre sa marche à travers le hall d'entrée et jeta un coup d'œil à la carte pour y lire le numéro de sa chambre.

Il s'agissait d'une petite suite bien confortable avec vue directe sur la plage. Elle referma le loquet de sécurité derrière elle et son premier réflexe fut d'aller dans la salle de bain où elle se débarrassa de son haut pour observer d'un peu plus près la blessure par balle. Elle attrapa à la hâte une serviette qu'elle pressa fermement sur la plaie, s'arrachant un gémissement de douleur. Le saignement n'était pas trop important, c'était déjà ça.

Tout en maintenant la pression sur la plaie, elle quitta la salle de bain et se dirigea vers le lit sur lequel elle s'assit avant d'empoigner le téléphone, elle calla le combiné entre son épaule et son oreille et composa le numéro de Steve.

- Je suis en sécurité pour l'instant. L'informa-t-elle lorsqu'elle l'entendit décrocher.

- Où est-ce que tu es ?

- L'Amare Beach Hotel. Annonça-t-elle. J'ai volé une carte, je vais pas pouvoir y rester bien longtemps.

- La blessure, comment elle est ?

- Ça saigne peu.

- Et le calibre ?

- Putain, Steve, qu'est-ce que j'en sais ? Maugréa Kate. J'ai pas pris le temps de regarder de quel flingue il s'agissait.

- Est-ce que tu penses qu'il pourrait y avoir des éclats ?

- Ça m'a l'air plutôt propre.

Elle l'entendit soupirer, il murmura quelque chose à quelqu'un, probablement à Sam.

- On va venir te chercher. Assura-t-il. On est en route.

- T'as fait vite.

- J'ai dû faire appel à un ami.

- Je l'inviterai boire un verre pour le remercier.

- Tu ne bouges pas de là, d'accord ? Tu restes en sécurité dans cette chambre.

- Pigé. Souffla-t-elle.

Elle s'installa un peu plus confortablement sur le lit, appuyant son dos contre la tête de lit et elle ferma les yeux. Ce n'est qu'à ce moment-là qu'elle sentit le mal de crâne se former sous ses paupières closes. Elle se rendit compte que son cœur tambourinait à toute vitesse sous ses côtes et elle soupira bruyamment.

- Tu es toujours là ? S'enquit Steve.

- Je suis pas en état d'aller où que ce soit. Je crois que l'adrénaline est seulement en train de retomber.

- Tu as l'impression que tu vas perdre connaissance ?

- Ça fait mal mais pas à ce point-là. J'ai survécu à bien pire.

- Raconte-moi.

- J'ai pas envie d'en parler. Murmura-t-elle.

- D'accord. Accepta-t-il.

Il resta avec elle au téléphone, sans parler, sans la questionner. Elle se laissa bercer par le son de son souffle calme à l'autre bout de la ligne. Son cœur reprit un rythme normal, et immobile comme elle l'était, son épaule ne la faisait presque pas souffrir. De temps à autre, Steve s'assurait qu'elle était toujours bel et bien consciente.

- Natasha est avec toi ? S'enquit-elle au bout d'un long moment.

- Non. Je l'ai prévenue.

- J'aurai aimé pouvoir lui parler. Confia Kate.

- Elle t'appellera dès que tu seras en sécurité. Promit-il.

Sans qu'elle ne puisse s'en empêcher, des larmes s'accumulèrent sous ses paupières closes et elle renifla bruyamment pour tenter de contenir le sanglot qui se formait dans sa gorge. Elle ne voulait pas pleurer. Elle ne pleurerait pas. Mais sa volonté n'était rien à côté des désirs de son corps.

- Tu te souviens de cette nuit après le Smithsonian ? Interrogea Steve. J'avais le moral à plat, tu es montée à l'arrière de ma moto et on a roulé une bonne partie de la nuit.

- Je m'en souviens. Murmura-t-elle.

- Où tu voudrais qu'on aille, là tout de suite ?

- Sur une autre planète. Souffla Kate. Là où on serait libres. Libres d'être qui on veut, de penser ce qu'on veut. Là où on ne devrait plus avoir peur d'être arrêtés, où on n'aurait plus avoir peur d'être pourchassé par nos démons.

- D'accord. Va pour une autre planète alors.

2013, WASHINGTON D.C. USA

- Comment est-ce qu'on s' habille pour ce genre d'évènements ? Interrogea Kate.

Elle avait laissé Steve dans le salon pour s'enfermer dans sa chambre dans l'espoir de trouver quelque chose de convenable à se mettre. Elle n'aimait pas être prise au dépourvue, et c'était exactement ce qu'avait fait Steve lorsqu'il s'était pointé chez elle, avec des cheeseburgers qu'ils avaient dévorés sur son canapé juste avant qu'il ne lui parle de l'exposition qui lui était consacrée au Smithsonian.

- Simplement. Rétorqua Steve.

- C'est une exposition sur toi. Rappela-t-elle.

- Justement. Ce n'est pas une crémaillère ou une soirée dans une salle d'art.

- C'est tout comme. Tu crois qu'une robe noire suffirait ?

- Non, je crois que ça ferait trop.

- Alors une robe rouge ?

- Tu n'es même pas obligée de te changer.

- J'ai une tâche de sauce sur mon chemisier, évidemment que je dois me changer.

- Je commence à regretter d'avoir proposé de t'emmener.

Il entendit la russe maugréer, feignant d'être vexée mais son commentaire sembla la motiver à aller plus vite puisque quelques minutes plus tard, elle ressortit de sa chambre, vêtue d'un jeans moulant noir, d'un pull à coll roulé gris perle et d'une paire de bottillons à talons à motifs géométriques noirs, gris et bordeaux. Autour de son cou, pendant un médaillon en forme d'œuf que Steve n'avait encore jamais vu.

- Assez simple pour toi, Captain Rogers ?

- C'est un nouveau ?

- Je l'ai depuis la semaine dernière. Expliqua-t-elle en se saisissant du bijoux, le faisant rouler entre ses doigts.

Elle semblait avoir développé une véritable obsession pour ces médaillons en forme d'œufs, il savait qu'elle en avait déjà une multitude mais ça ne l'empêchait pas d'en racheter.

- C'est quoi son histoire à celui-là ? Interrogea-t-il.

- Aucune. C'est un cadeau.

Steve l'aida à enfiler sa veste gris chiné et attendit patiemment qu'elle n'attrape son sac et verrouille la porte derrière eux.

- Un admirateur ?

- Billy et moi, c'est de l'histoire ancienne.

- Visiblement pas pour lui.

- Il adore gaspiller son argent à tort et à travers. Et moi, j'adore qu'on gaspille son argent pour moi. Sourit-elle.

- Il bosse pour le SHIELD ?

- Non, il bosse à New York, ex-militaire reconverti dans le privé.

- Ça à l'air de bien payer.

- C'est le patron, alors forcément...

- T'as jamais été tentée de le rejoindre ?

- Non. Pouffa-t-elle.

Il referma la porte de son immeuble derrière elle et ils prirent la direction de sa moto.

- Ce genre de chose de m'intéresse pas. Reprit-elle.

- Quel genre de chose ?

- Les relations sérieuses.

- Pourquoi ?

- Pourquoi ? Répéta-t-elle. Parce que ça rend les choses compliquées.

- Pas toujours, il suffit de trouver le bon partenaire.

- Je suis pas prête de trouver le mien. Assura Kate en riant. Et ça me va comme ça. Des relations simples qui s'arrêtent quand on déménage, ça me convient.

Il lui tendit son casque, qu'elle enfila sans rechigner et prit place derrière lui sur sa moto. Ses mains se nouèrent autour de la taille de Steve et elle observa le paysage qui défilait à toute vitesse autour d'elle. Rouler lui donnait une sensation de liberté sans pareille et elle adorait ça. Le trajet ne fut cependant pas bien long, un peu trop rapidement à son goût, il se gara et coupa le moteur.

Kate observa longuement l'imposant bâtiment qui s'offrait à elle. Mêmes si elle vivait à Washington depuis quelques temps, elle n'avait jamais mis les pieds au Smithsonian. Les expositions ne l'intéressaient que rarement.

- Pourquoi tu essaies de te cacher ? S'enquit-elle en le voyant enfiler une casquette.

- Parce que j'ai envie de passer la soirée tranquille.

La première partie de l'exposition relatait la jeunesse de Steve Rogers et si Kate pensait connaître les grandes lignes de la naissance de Captain America, elle en apprenait aujourd'hui beaucoup plus sur l'homme derrière le bouclier.

- Ça, c'est toi ? Interrogea-t-elle.

Elle désigna de l'index la silhouette frêle d'un Steve Rogers complètement différent de ce qu'il était aujourd'hui.

- C'était moi. Confirma-t-il.

- Tu sais que t'étais plutôt mignon avant que tu deviennes cette énorme bête pleine de muscles ?

- Si on s'était rencontré à cette époque-là, tu ne m'aurais même pas adressé un regard.

- Je suis peut-être superficielle à tes yeux, mais sache que je ne suis pas superficielle à ce point.

- Je ne pense pas que tu sois superficielle. Assura-t-il. C'est juste qu'à l'époque, elles n'avaient d'yeux que pour lui.

Il saisit ses épaules et l'entraîna un peu plus loin où le portrait d'un homme était gravé sur une imposante dalle en verre. Bucky Barnes.

- Je peux comprendre. Assura-t-elle. C'était probablement la fossette.

- Probablement. Rit-il.

- Ton meilleur ami ?

- Il était plus que ça. Bien plus.

- Parle-moi de lui. Proposa-t-elle.

- Même quand je n'avais rien, j'avais Bucky. Raconta-t-il. Il était toujours là pour moi, toujours prêt à m'aider contre les brutes du quartier. Quand ma mère est morte, il ne me restait plus que Bucky.

- Je suis désolée, Steve.

Rogers esquissa un bref sourire qui n'atteint pas ses yeux et détailla encore un long moment le visage de son ami disparu. Kate s'intéressa aux petits écrans qui diffusaient des images de l'époque. Elle y vit Steve et Bucky, souriant comme si la guerre n'existait pas, planifiant ensemble leur prochaine bataille, côte à côte.

- Il t'aurait adorée. Assura Steve.

- Tu crois ?

- J'en suis certain.

Elle se laissa entraîner un peu plus loin et s'arrêta lorsqu'elle vit Peggy Carter. Elle connaissait peu de choses sur elle, simplement qu'elle était l'une des membres fondatrices du SHIELD et qu'elle avait réussi à se faire une place dans un monde qui était loin, à l'époque, d'accepter qu'une femme puisse avoir autant de responsabilités qu'elle. Sans l'avoir rencontrée, Kate avait un profond respect pour elle.

- Je lui ai parlé de toi. Murmura Steve, les yeux rivés sur l'écran.

- Vraiment ? S'étonna-t-elle.

- Elle pense que je devrais t'inviter à sortir.

- Ça c'est parce qu'elle ne m'a pas encore rencontrée.

Steve esquissa un sourire et secoua la tête.

- Elle ne m'approuverait pas. Assura Kate. Et elle aurait bien raison.

- Je ne vois pas pourquoi elle ne t'approuverait pas. Au contraire, je crois que tu lui plairais.

- Évidemment. Plaisanta-t-elle.

- Vous avez beaucoup en commun.

- J'aimerais avoir plus de ses traits de caractère que des miens. J'aimerais bien être quelqu'un comme elle.

- Qu'est-ce que tu veux dire ?

- Regarde-la. Elle est belle, forte, déterminée, audacieuse. Elle s'est faite une place dans un monde d'hommes, elle est parvenue à gagner leur respect tout en restant droite dans ses bottes.

- Tu sais, je vois beaucoup d'elle en toi.

- Non. Ricana-t-elle. Si tu la vois en moi, alors on a un gros problème, Steve.

- Pourquoi ? Tu es forte, je ne connais personne de plus obstiné que toi, et c'est pas l'audace qui te manque.

Un sourire étira les lèvres de Kate et elle attrapa les doigts de Steve dans les siens.

- Merci de me dire tout ça. Sourit-elle.

- Ce n'est que la vérité.

- Et j'apprécie que ce soit ce que tu penses de moi.

- Ce serait bien que tu commences à t'y mettre, toi aussi.

- Je n'arriverai jamais à la cheville de Peggy Carter. J'en ai pleinement conscience. Mais, tu pourras toujours compter sur moi, Steve. Toujours. Promit-elle.