2016, WAKANDA

Barnes arqua un sourcil dans sa direction, l'invitant silencieusement à étayer ses propos.

- C'est comme ça que Fury avait nommé l'opération qui visait à me ramener aux États-Unis. L'opération Black Dove. Après c'est simplement devenu un surnom. La colombe noire.

Malgré cette explication, il peinait toujours à comprendre la raison pour laquelle ce simple surnom l'embêtait à ce point. Pour lui, c'était plus un nom de code qu'autre chose.

- La colombe évoque l'innocente, la pureté. C'était ce que je représentais à l'époque, enfin c'était ce que mon physique représentait. Le FSB m'utilisait pour ça. Et après c'est le SHIELD qui a commencé à faire pareil. J'excellais dans l'infiltration, c'était rapide et précis. Pas de bavures j'allais droit au but j'exécutais les ordres, point final. Mon ardoise a commencé à se remplir, ma réputation s'est faite et je n'étais plus simplement le fruit de l'opération Black Dove, j'étais Black Dove. Parce que quand on m'envoyait sur le terrain, on savait que c'était pour neutraliser de façon permanente une cible. Je n'apportais que la mort sur mon passage.

Kate secoua la tête et baissa les yeux vers la petite chèvre qui avait la tête relevée vers elle et qui semblait l'écouter avec autour d'attention de Bucky. Lentement, elle se pencha et caressa du bout des doigts la tête de l'animal.

- Quand j'ai commencé à travailler pour le SHIELD, j'ai pensé que je pourrais me racheter, pour ce que j'avais fait pour les services secrets russes. Au lieu de ça, j'ai exécuté les ordres pour une organisation encore plus horrible que les russes. Bien joué, Kate. Ironisa-t-elle en levant les yeux au ciel.

- Tes missions effectuées pour le SHIELD, n'étaient pas toutes des missions cachées d'HYDRA.

- La majeure partie l'était.

- Comment tu peux le savoir ?

- C'est moi qui ai mis le doigt sur HYDRA. Je ne savais pas que c'était HYDRA, mais je savais qu'il y avait un problème. Je l'ai compris quand Pierce m'a ordonné de tuer un gars au Bahreïn et qu'il a pris le soin de masquer ses traces. Quand c'est censé être une histoire de danger au niveau mondial, il n'y a aucune raison de masquer un ordre donné.

- Tu veux que je te dise ce que je pense ?

- Tu vas pas te gêner pour le faire, même si je te dis non.

- Je pense que tu étais une victime.

- Je ne veux pas être reléguée au rang de victime. Siffla-t-elle.

- Ça ne te rend pas faible pour autant. Assura Bucky.

- Depuis quand tu es plein de sagesse ?

- Je le suis pas. J'analyse simplement la situation.

- Tu analyses la situation. Répéta-t-elle à voix basse. Laisse-moi te dire que c'est pas un exercice qui te convient, Mr-je-boude-dans-mon-coin-en-bloquant-sur-un-souvenir-que-je-n'ai-pas.

- Ça, c'est un coup bas.

- Je ne me bats jamais à la loyale, c'est bien plus simple comme ça.

- Tu devrais appeler Steve.

- J'ai déjà appelé Steve, je n'ai pas envie de lui parler. Pas maintenant.

- Alors tu vas continuer à bouder dans ton coin en bloquant sur un surnom stupide ? Interrogea-t-il en la citant presque mots pour mots.

- Ce n'est pas un surnom stupide. Siffla-t-elle en lui lançant un regard noir. Ce qu'ils disent sur moi, c'est la vérité.

- Et qu'est-ce qu'ils disent sur toi ? Interrogea-t-il.

- Que je suis une tueuse. Et c'est vrai. Tuer des gens c'est facile, il suffit de presser la détente, de glisser du poison dans une boisson, de trancher une jugulaire, c'est simple. Et je ne regrette pas d'avoir tué toutes les personnes qui méritaient de l'être. Tu vois, sans morale et sans remords. C'est pour ça que je resterai toujours la colombe noire, parce que je trouve que tuer quelqu'un c'est simple et que ça peut même s'avérer être juste dans certains cas.

- Tu n'as pas de remords ?

- Aucun. Confirma-t-elle en hochant la tête.

- À l'aéroport, tu as dit à Sam que cette personne était morte. Et tu as dit que c'était une bonne chose.

- J'ai menti.

- Là, tu mens. Nota-t-il.

Elle lui lança un regard noir et reprit sa fourche pour étaler prudemment le foin pour les chèvres, prenant garde de ne pas les blesser. Bucky ne bougea pas, il la suivit des yeux tandis qu'elle travaillait en silence, les yeux résolument baissés.

- Tu comptes me laisser travailler toute seule ? Interrogea-t-elle sans relever la tête.

- Qu'est-ce qui t'est arrivé, Kate ? Contra Barnes.

- Tu veux que je te raconte l'histoire de ma vie ? Ça risque de prendre un paquet de temps.

Elle se redressa, posa une main sur sa hanche et observa rapidement son œuvre. Elle hocha la tête de satisfaction et rejoignit Bucky à la clôture, elle lui passa sa fourche et se tourna à nouveau vers les chèvres qui mangeaient paisiblement.

- La princesse a dit qu'ils étaient allés te chercher à Ibiza, qu'est-ce qu'il s'est passé là-bas ? Reprit Barnes.

- Je n'ai pas envie d'en parler.

- Tu devrais, parce que la femme que je vois ici ne ressemble plus à celle que j'ai rencontré en Allemagne.

- On s'est côtoyé à peine trois jours. Lui fit-elle remarquer. Tu ne me connais pas.

- Tu es pleine de haine, Kate. Envers toi-même et envers la terre entière. Même moi je le vois. Et je ne pense pas que ce soit une bonne chose pour toi.

- Parce que tu penses maintenant ?

- Je ne bats pas à la loyale non plus, Ekaterina.

- Je suis faite de pierre, Barnes. Si tu te lances là-dedans, c'est toi qui repartira avec la queue entre les jambes, pas moi.

Elle se tourna vers lui et elle vit le coin de ses lèvres se soulever presque imperceptiblement, contrastant affreusement avec le regard sérieux qu'il lui lançait. Il se décolla du poteau et s'approcha d'elle.

- Steve ne voudrait pas que tu t'enfermes dans cette spirale.

- Je me fiche de ce que Steve veut. Mentit-elle.

- Tu n'es pas une si bonne menteuse que tu sembles le penser.

- Mes mensonges m'ont toujours permis de m'en sortir jusqu'à maintenant.

- Entre menteurs on doit se reconnaître alors. Sourit-il.

- Ça doit être ça. Marmonna-t-elle.

- Dis-moi ce qu'il s'est passé à Ibiza. Reprit-il sérieusement.

Kate esquissa un sourire et non sans avoir adressé un dernier regard aux chèvres, elle s'extirpa de leur enclos pour aller le rejoindre. Elle se posta délibérément très proche de lui, à quelques pas à peine, elle savait que les contacts physiques le mettait toujours mal à l'aise, elle l'avait remarqué.

- Je te l'ai déjà dit, si tu veux que je te raconte mes secrets, il va falloir que tu m'invites à dîner.

- C'était qui ? L'ignora-t-il.

Il la surprit lorsqu'il fit un pas dans sa direction, mais elle ne bougea pas, elle était trop fière pour reculer. Elle releva un peu plus le menton et le toisa tout comme il la toisait, la dominant de toute sa hauteur.

- Un ex-collègue ? Proposa-t-il.

- N'insiste pas, Barnes. Tu pourrais y laisser des plumes.

- C'était quelqu'un de proche, sinon ça ne t'aurait pas atteint comme ça.

- Le consentement c'est quelque chose de très important au vingt-et-unième siècle.

- Un ex tout court ? Tenta-t-il.

- J'ai pas d'ex assez stupides pour s'en prendre à moi.

- Crache le morceau.

- C'était sans importance.

- C'était si peu important que tu as appelé le roi du Wakanda.

- J'ai pas appelé le roi. Siffla-t-elle. J'ai appelé Steve. Mais Steve ne pouvait pas se libérer.

- Tu vois, tu es en colère contre le monde entier, même contre Steve.

- Parce que toi tu n'es pas en colère ? Contra-t-elle en faisant un autre pas vers lui.

- On ne parle pas de moi.

- Non, parce que tu n'as pas envie de parler de toi.

- Parce que moi je ne risque pas de faire une bêtise.

- Moi non plus. Assura Kate.

- Alors tu n'avais pas prévu de quitter le pays pour accomplir une quelconque vengeance ?

- Absolument pas. Mentit-elle.

Bucky esquissa un nouveau sourire et pencha la tête sur le côté.

- Je n'ai pas envie d'en parler. Reprit Katherine. Et tu devrais me comprendre mieux que personne. Parce que moi je ne te force pas à parler de quoi que ce soit.

- Tu peux toujours essayer de me poser des questions.

- Est-ce que tu as envie de parler de Maria et Howard Stark ?

Il fit un pas en arrière, comme frappé par un uppercut. Son regard changea brusquement, passant du sérieux à la tristesse. Elle le vit ouvrir la bouche et puis la refermer. Et elle sentit déjà le regret naître au creux de son ventre. Elle soupira et fit un pas vers lui mais il se recula à nouveau.

- Bucky, attends. Tenta-t-elle.

Il fit volte-face et s'en alla à toute vitesse, désireux de mettre le plus de distance possible entre eux. Kate se mordit la lèvre inférieure tout en le regardant s'éloigner à grandes enjambées.

- Putain, tu fais chier Kate. Maugréa-t-elle.

2013, WASHINGTON D.C. USA

Steve avait cherché à peu près partout, il avait pratiquement fouillé de fond en comble le Triskel et il avait été incapable de retrouver Kate. Il savait qu'elle n'avait pas été envoyée en mission, elle n'était pas en salle d'entraînement, elle n'avait aucun débriefing de prévu et Natasha n'était plus en ville pour l'instant. Katherine était tout bonnement introuvable au travail.

Il avait alors essayé de la joindre, il l'avait appelée une fois et elle n'avait pas répondu, il avait appelé une seconde fois et elle n'avait toujours pas répondu. Son absence au travail, son silence radio avait aiguisé son inquiétude. Il s'inquiétait qu'elle soit peut-être malade et complètement seule chez elle.

- Rollins, vous savez où est l'agent Callender ? Interrogea-t-il en le croisant dans un couloir.

- Elle a posé un jour.

- Elle est malade ?

- Je sais simplement qu'elle a posé un jour. Répondit l'intéressé en haussant les épaules.

Rogers le remercia d'un hochement de tête et fit volte-face, prêt à quitter le Triskel pour se rendre directement chez la jeune femme mais la présence de Brock Rumlow l'arrêta. Il avait les bras croisés sur le torse et l'observait d'un regard brillant de malice, il y avait quelque chose de malsain dans la lueur qui pétillait dans ses yeux.

- Si j'étais vous, je la laisserai tranquille. Intervint-il.

- Pourquoi ça ?

- Depuis son arrivée au SHIELD, elle pose un jour chaque année à la même date. Et aujourd'hui, c'est ce jour de l'année.

- C'est son anniversaire ?

Un sourire étira les lèvres de Brock et il secoua la tête en guise de réponse.

- Elle vous en a pas parlé, Captain ?

- Parlé de quoi, Rumlow ?

- C'est l'anniversaire de la mort de sa famille.

Steve resta pantois face à cette nouvelle information. Il serra les poings le long de son corps, regrettant de ne pas avoir été mis au courant de cette date précise. Il aurait aimé pouvoir offrir à Kate un peu de réconfort, autant qu'elle lui en offrait à chaque fois qu'il se sentait un peu en-dessous.

- Elle doit se sentir trop coupable pour montrer sa tête au travail. Poursuivit Rumlow.

- Pourquoi est-ce qu'elle se sentirait coupable ?

- Ça ne m'étonne pas qu'elle n'en ai pas parlé, elle est du genre à garder pas mal de secrets. Pourtant, depuis le temps, elle devrait savoir que rien ne reste bien longtemps secret au SHIELD.

- Je n'ai pas le temps pour votre querelle.

Le sourire de Brock s'étira tandis que Steve le contournait, prêt à quitter le bâtiment pour le restant de la journée.

- C'est elle qui a tué sa famille, c'est pour ça qu'elle se sent coupable.

Le blond s'arrêta dans ses pas et lança un regard par-dessus son épaule à Brock, maintenant il comprenait la lueur qu'il avait dans le regard. Il était fier de lui, fier d'avoir révélé un secret au grand jour. Depuis ce jour où Kate l'avait ouvertement rejeté devant Steve, il avait mis un point d'honneur à lui nuire en toute occasion, et, aujourd'hui, il pensait y être parvenu. Steve ne lui offrit pas l'opportunité de se réjouir, il ne rétorqua rien et reprit sa route.

- Bonne journée Rumlow. Lança-t-il en l'ignorant.

L'hiver s'était installé depuis quelques semaines sur Washington, il ne neigeait pas encore mais le gel était déjà bel et bien présent et c'est complètement frigorifié que Steve arriva devant l'immeuble de Kate. Il leva les yeux en direction de la fenêtre de son appartement, de là où il était, il vit que les rideaux étaient tirés. Il grimpa rapidement les escaliers menant à son étage et hésita quelques secondes avant de frapper à sa porte.

Il n'entendit aucun mouvement de l'autre côté de la porte, aucun son ne s'échappait de l'appartement, lui faisant croire qu'il était complètement vide. Il frappa à nouveau à la porte, cette fois un peu plus fort.

- Foutez-le camp ! S'écria-t-on depuis l'intérieur. Qui que vous soyez revenez demain.

- Kate, c'est moi. Répondit Steve en haussant le ton.

- Pas aujourd'hui. Rétorqua-t-elle.

Il frappa à nouveau à la porte mais cette fois pendant bien plus longtemps.

- Kate, ouvre-moi.

Il cessa de frapper lorsqu'il entendit du mouvement de l'autre côté de la porte. Le cliquetis du verrou résonna et quelques secondes plus tard la porte de l'appartement s'entrouvrit, par l'entrebâillement il vit son visage apparaître et elle n'avait pas bonne mine.

- Tu me laisses entrer ? Interrogea-t-il d'une voix douce.

Elle releva vers lui des yeux fatigués, dénués de leur habituel éclat. Son teint était cireux et donnait l'impression qu'elle était malade.

- Je suis pas en forme aujourd'hui, Steve. Repasse demain, d'accord ? Ça ira mieux demain.

- Laisse-moi entrer.

Il posa sa main sur la porte pour l'ouvrir un peu plus grand et elle finit par céder, non sans lever les yeux au ciel. Capitulant, elle lâcha la porte et tourna les talons pour regagner son salon. Il remarqua qu'elle portait un legging gris par-dessus duquel elle avait enfilé un sweat-shirt bien trop grand pour elle.

Il laissa la porte claquer derrière lui et la suivit jusqu'au salon, il la vit se laisser tomber sur son canapé, allongée sur le flanc, un bras replié sous sa tête. La télévision fonctionnait et sur l'écran défilait les images d'un film qu'il n'avait encore jamais vu.

- Pourquoi tu ne m'as pas appelé ? Interrogea-t-il.

- J'ai pris un jour de repos, je ne savais pas que j'avais besoin de t'appeler pour te demander ton autorisation.

- Je sais pourquoi tu n'es pas venue travailler.

- Aah, les bruits de couloir. Railla-t-elle. Qui a lâché la rumeur ? Rollins ? Non, non je sais, c'était Rumlow.

- J'aurai préféré que tu m'en parles.

- Qu'est-ce qu'il a dit ? Chaque année la version change un peu. Tu sais, il adapte sa petite histoire selon ses envies.

- J'aurai pu prendre un jour aussi.

- Je parie qu'il était fier de lui. En même temps, Rumlow pense toujours être le membre le plus redoutable du Strike. Son égo est tellement énorme que c'est un miracle qu'il passe encore les portes. Je pense qu'il compense pour autre chose qui n'est pas si grand.

- On aurait passé la journée à regarder des films.

- Ce salopard de Rumlow. Un jour je finirai peut-être par le tuer.

- Tu peux compter sur moi, Kate.

- Pour le tuer ? Non, ça va aller, j'ai pas mal de pratique.

- Tu sais que je suis là pour toi. Tu peux m'appeler quand tu veux. Jour et nuit.

- Alors quand je serais ivre morte à trois heures du matin, incapable de rentrer chez moi, tu peux être sûr que je t'appellerai. Mais aujourd'hui, j'ai simplement besoin d'être seule.

Steve arqua un sourcil et posa les poings sur ses hanches et elle leva les yeux au ciel en guise de réponse.

- Qu'est-ce que tu regardes ? Interrogea-t-il.

- Je viens de te dire que j'avais envie d'être seule.

- Et moi j'ai compris que tu ne voulais pas être seule aujourd'hui.

- L'âge n'arrange pas ton audition.

- Alors, c'est quoi ?

- C'est E.T.

- Et, qu'est-ce que c'est ?

- Qu'est-ce que c'est ? Répéta-t-elle. C'est l'un des chefs-d'œuvres du septième art.

- Personne ne me l'a jamais recommandé.

- C'est parce que tu traînes avec des abrutis. Maugréa-t-elle.

Steve attrapa les chevilles de Kate et souleva juste assez ses jambes pour se glisser dans le canapé et il la laissa poser ses jambes sur ses genoux.

- Qu'est-ce que ça raconte ? Interrogea Steve.

- Je vais le recommencer depuis le début. Parce que c'est le genre de film qu'il faut voir depuis le début.

Aucun d'eux ne parla durant toute la durée du film. Steve ne posa pas de questions et Kate n'ouvrit pas la bouche une seule fois pour faire le moindre commentaire, ce qui était particulièrement rare étant donné qu'elle donnait son opinion sur absolument tout.

Lorsque le générique de fin débuta, il l'entendit renifler et la vit s'essuya la joue avec la manche trop grande de son sweat-shirt. Et il se rendit compte que si son regard était si pétillant c'est parce que ses yeux étaient emplis de larmes.

- La ferme. Maugréa-t-elle sans détourner les yeux de l'écran. Pas un mot.

- Je n'ai rien dit.

- Je te vois me regarder.

- C'est la première fois que je te vois pleurer.

- Je ne pleure pas. Réfuta-t-elle.

- D'accord. Accepta-t-il en esquissant un sourire.

Elle s'essuya à nouveau les joues et prit une profonde inspiration avant de rouler sur le dos. Elle observa un long moment le plafond, sans dire un mot.

- Je n'ai pas tué ma famille. Murmura-t-elle.

- Je n'ai jamais pensé que tu l'avais fait. Assura Rogers.

- Jamais ?

- Non, jamais.

- Tu te trompes tellement sur moi, Steve.

- Qu'est-ce que tu veux dire ?

- Mes parents ont été exécutés par des agents des services secrets. Moi, ils ont décidé de me laisser une chance de prouver ma valeur. Les orphelins font les meilleures recrues, et si l'orphelin a un frère ou une sœur, c'est pas si mal, ça le rend plus malléable. Ils voient ça comme une opportunité, ils ont un contrôle total sur toi. Si tu n'as pas assez peur qu'il s'en prenne à toi physiquement, alors tu auras peur qu'on s'en prenne à la seule famille qu'il te reste.

- Je suis désolé, Kate.

- Ils m'ont tenus comme ça pendant un bout de temps, si je restais c'était pour Alexeï. Pour nous assurer un avenir sûr et confortable. Tout ce que j'ai fait pendant ces années-là, je l'ai fait pour lui. Pour le protéger. Et je pensais vraiment qu'il faisait pareil pour moi.

Katherine ferma les yeux brièvement et secoua la tête, comme pour chasser les souvenirs qui lui revenaient en mémoire.

- Qu'est-ce qu'il s'est passé ?

- Je l'ai tué. Marmonna-t-elle.

- Qui est-ce que tu as tué ?

- Mon frère, Steve. Il y a quatre ans, jour pour jour, j'ai tué mon frère et... et chaque année je me dis que je n'ai pas eu d'autre choix. Que c'était ma seule option. Mais plus le temps passe, plus je comprends que ce que j'ai fait ce jour-là, je l'ai fait uniquement par vengeance.

Il exerça une brève pression sur ses chevilles, mais elle ne détourna pas les yeux du plafond.

- Et je me rends compte de ce que je suis devenue, de quel genre de personne je suis devenue. Et je me dis que mes parents auraient honte de leur fille.

- Tes parents ne pourraient pas avoir honte de toi, Kate.

- Tu ne sais pas de quoi tu parles.

- Je commence à bien te connaître maintenant. Et je sais quel genre de personne tu es. Tu es une femme forte et courageuse, qui a réussi à s'en sortir malgré tout ce qu'elle a vécu, malgré tout ce que tu as eu à faire pour survivre.

- Je ne te mérite pas, Steve. Souffla-t-elle.

- Je peux toujours compter sur toi, tu es toujours là pour moi et je suis toujours là pour toi. C'est donnant-donnant. Je te laisserai pas tomber.