Bonjour à tous,

Me voilà de retour avec un nouvel OS, sans réel rapport avec le précédent, mais comme il s'agit des Maraudeurs j'ai préféré poster à la suite. Cet OS a subit une légère mise à jour (si vous l'aviez déjà lu vous devriez remarqué les changements et sinon... bah ça ne change rien à votre vie), j'espère qu'il vous plaira comme ça.

Disclaimer : Comme d'habitude, rien ne m'appartient, surtout pas Sirius pour mon plus grand malheur.

Le titre de l'OS vient de la chanson "Veiller tard" de JJG. Si vous ne la connaissez pas, foncez l'écouter - vous pouvez même le faire avant de lire cet OS, il arrive à faire ressentir en une seule chanson à peu près tout ce qu'essaye de faire passer dans les OS de ce recueil.


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Le noir où s'engloutissent notre foi, nos lois

Sirius vivait la nuit, sous le regard amusé et fatigué de ses amis. Briller la nuit, normal quand on porte le nom d'une étoile me direz-vous. Ce n'était pas tellement qu'il vivait, en fait Sirius ne dormait pas la nuit.

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Sirius était un animal nocturne.

Il n'avait pas fallu longtemps aux Maraudeurs pour le découvrir.

Le crépuscule décuplait son énergie, déjà grande, et devait stimuler son imagination car c'était toujours le moment qu'il choisissait pour exposer à ses amis, médusés, son nouveau plan complètement farfelu. Il se lançait alors dans une présentation fabuleuse à grand renforts de discours grandiloquents, de mimes extravagants et assez souvent, d'un peu de whisky Pur-Feu. Il était également le premier à lancer une bataille d'oreiller à minuit, un jeu de cartes, une partie d'échec ou une expédition nocturne dans les cuisines. Et lorsque ses amis, vaincus par la fatigue, s'endormaient, il allumait des bougies et lisait, commençait ses devoirs de métamorphoses ou parfois même rédigeait ses mémoires avant de s'endormir par surprise, au milieu de ses livres, les bougies finissant de se consumer.

C'est ainsi qu'il ne dormait que trois heures par nuit mais rattrapait ce temps à tous les cours d'Histoire de la Magie. James l'avait même souvent trouvé endormi dans un coin de la serre de Botanique, et même une fois dans un vieux chaudron en cours de potion. Lorsque le manque de sommeil était trop important, il allait pleurer auprès de l'infirmière qui le dispensait systématiquement des cours les plus rébarbatifs pour des raisons toujours plus excentriques. Ses batteries ainsi rechargées, il étonnait alors ses amis de plus belle. Une fois il leur avait même joué une pièce de théâtre en six actes, entièrement en alexandrins, écrite en seulement deux heures. Il racontait l'histoire d'un jeune homme incroyablement beau et généreux mais qui était en grandes difficultés car il devait systématiquement lutter contre la jalousie de son entourage. Quand ses amis l'avaient félicité, il répliqua qu'écrire cette pièce avait été très simple car l'œuvre était presque autobiographique et puis que la nuit sa Muse travaillait d'arrache-pied. Et effectivement, l'obscurité stimulait son génie créatif.

Au fond, personne ne s'était vraiment étonné. Sirius était né sous le signe de l'étoile, il paraissait normal qu'il vive de tout son éclat la nuit.

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Seul Remus devina la véritable raison de cette émulation nocturne. Enfant, il avait très longtemps eu peur du noir jusqu'à ce qu'il comprenne que le monstre sous son lit n'existait pas. Finalement il avait appris qu'il n'avait pas de réelle raison d'avoir peur.

Pour Sirius, les choses étaient différentes, il n'avait jamais eu peur d'un monstre quelconque qui viendrait le dévorer dans le noir mais il savait de quoi était peuplée l'obscurité de la nuit.

Il avait grandi dans la noirceur de cette maison sombre, prisonnier de ses murs froids et lugubres, étouffé au milieu de ses tapisseries, de tous ses grands rideaux qui empêchaient la lumière de rentrer. Il avait passé des heures enfermé dans un placard avec une unique et minuscule fente de lumière pour lui prouver que le monde extérieur existait encore. Il avait entendu les murmures sur le Seigneur des Ténèbres et la grandeur de ses idées, il avait frémi en surprenant des conversations de Bellatrix et ses amis. Il connaissait bien leurs projets et leurs occupations. Il avait tremblé plusieurs nuits, alors que bien au chaud dans son lit, il lui semblait entendre les hurlements des victimes que sa cousine torturait. Il avait eu souvent la chair de poule en pensant à tous les crimes que ses proches préparaient... et sur lesquels il ne pouvait que fermer les yeux. Il avait fréquenté les Forces des Ténèbres de près, de bien trop près pour un enfant.

Il connaissait bien la noirceur de sa famille. Il savait très bien que leur nom de famille leur était entré dans la peau, s'était fondu en eux, jusqu'à remplacer le sang qui coulait dans leurs veines. Il savait la colère, le mépris, la cruauté, la violence, la haine, toute l'horreur qui les composaient. Et il avait si peur de leur ressembler, de sombrer lui aussi, il lui semblait déjà si souvent qu'il était prêt à tomber dans le gouffre.

Oui Sirius savait de quoi était peuplée l'obscurité de la nuit. Elle était remplie d'elfes décapités, de moldus torturés, de vies piétinées, de sang, de vengeances, de morts, de hurlements... et de rires... de tant de rires... les rires sinistres et effrayants des bourreaux.

Alors oui, il savait très bien que les monstres de la nuit existaient et aurait préféré qu'ils aient la forme d'un loup sous un lit plutôt que les traits de sa cousine... et de ses propres parents. Alors le jeune homme ne dormait pas la nuit pour éviter de leur succomber.

En réalité, il fuyait l'obscurité de toutes les fibres de son être.

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Les Aurors chargé de son arrestation avaient été choqué par le rire hystérique qui s'échappait de ses lèvres, il n'avait même pas réagi quand ils l'avaient saisi, n'avait pas protesté et s'était laissé entraîner sans rien dire, riant toujours continuellement, avant de tomber soudainement dans un état de prostration, tremblant, ne disant plus rien. Il ne réagissait à rien, n'avait jamais aucune réaction, aucun signe qu'il remarquait ce qui se passait autour de lui. Ils avaient été encore plus choqués en l'emmenant à Azkaban. C'était seulement en débarquant du bateau et en voyant la forteresse devant lui qu'il avait cessé de trembler et qu'il les avait regardés pour la première fois, ils avaient été impressionnés par ce regard gris, si jeune... si fatigué et si fier. Il avait été incroyablement calme, c'était avancé prodigieusement droit dans cette prison.

En l'observant attentivement, ils auraient tout de même pu remarquer le frisson qui le parcourait, les larmes qu'il retenait si vaillamment.

C'était donc cela. Il devinait. Pas de procès pour lui, pas de chance de prouver son innocence. C'était donc cela. La prison, les murs froids, les Détraqueurs, le désespoir... et l'obscurité... l'obscurité qu'il ne pourrait pas fuir cette fois.

C'était donc ainsi que se résumerait sa vie : il était né dans une famille aussi noire que leur nom, il avait voulu s'échapper, avait cru pouvoir le faire. Mais il était condamné à la nuit lui aussi. Sirius ne brille pas en plein jour.

Il utilisait toutes les forces qu'il possédait, ses ultimes ressources, son immense courage pour ne rien laisser paraître, pour ne pas craquer, pour ne rien montrer à ces Aurors qui le condamnaient. Il faisait tout pour lutter contre la panique qui montait en lui et qui menaçait de le submerger. Il entra dans sa cellule avec toute la majesté qu'il avait toujours possédée, mais à l'intérieur de lui-même, il était redevenu le petit enfant qui pleurait enfermé dans un placard et qui frissonnait à chaque réunion de famille, sentant l'aura mauvaise qui s'échappait de chaque personne présente. Il était parmi eux désormais, au milieu de sa famille, à sa place. Et dans les cris d'agonies, les rires déments ou les supplications de ses voisins, il lui semblait entendre aussi les hurlements effrayés de toutes leurs victimes. Devenait-il fou déjà, avait-t-il déjà été absorbé par la nuit ?

Un nouveau frisson le parcouru, plus profond, plus désespéré que les précédents, alors qu'un Détraqueur passait devant sa cellule.

C'était donc cela. Il avait 21 ans. Il était condamné à cette obscurité jusqu'à la fin de sa vie

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Lorsqu'enfin il sortit d'Azkaban et qu'il put révéler son innocence à ses proches, il reçut un unique paquet pour son anniversaire : un grand colis avec une lune dessinée dessus. Dedans, trois cent soixante-cinq bougies l'attendaient. Lorsqu'une faible flamme jaillit dans la ruelle sombre où il vivait, il pleura presque de soulagement.

Moony veillait.

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Bonne journée !

(si jamais ça vous intéresse, ce chapitre est pas mal lié au chapitre 4 (Black as night, black as coal) du recueil Les étoiles du square Grimmaurd.