Bonjour à tous !

Disclaimer : Comme d'habitude, rien ne m'appartient, tout est à JK Rowling (sinon Sirius et moi serions mariés depuis longtemps et il ne serait certainement pas mort).

Même le titre ne m'appartient pas, il vient de la magnifique chanson "Veiller tard" de Jean-Jacques Goldman (je pense que je vais lui demander de sponsoriser le recueil)


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Ces visages oubliés qui reviennent à la charge

Douze après, Remus n'avait toujours pas accepté la mort des amis et la trahison de Sirius. Jusqu'au jour où vint le doute... et peut-être au bout du chemin, la vérité et le moyen de comprendre. Enfin.

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Sirius Orion Black possédait beaucoup de choses : le charme, l'intelligence, la beauté, l'audace, l'argent… la popularité aussi. Ils étaient nombreux à virevolter autour de lui, frêles papillons attirés par la lumière de l'étoile.

Sirius avait beaucoup, mais il lui avait toujours manqué l'essentiel : la chaleur d'un foyer, une famille aimante, la tendresse d'une mère…

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James l'avait compris immédiatement.

Témoin des adieux froids sur le quai d'une gare, il avait vu le regard envieux pour les recommandations un peu ridicules et étouffantes de sa mère. Il avait suffi d'un trajet en train pour que Sirius se sente plus proche de James, et même de Remus et Peter, qu'il ne l'avait jamais été de Regulus. Il avait senti qu'avec eux, il serait accepté pour ce qu'il était. Les Maraudeurs étaient nés.

Bien sûr de l'extérieur Sirius était le centre de leur groupe, l'étoile la plus brillante. Il centralisait les regards.

Et pourtant, le vrai noyau avait toujours été James. Fils unique, longtemps désiré, profondément aimé et tout aussi gâté, bien sûr qu'il était arrogant, méprisant aussi parfois, trop conscient de ses talents. Mais pour ses amis, il était d'une générosité sans limite. Il avait recréé autour de lui la chaleur d'un foyer. Les Maraudeurs étaient devenus leurs deuxièmes familles. La seule qui ait jamais compté pour Sirius. Quatre frères, prêts à faire les quatre cents coups ensemble. Les parents de James avaient gagné un deuxième fils. Sirius leur envoyait des cadeaux pour Noël, leurs anniversaires, leur écrivait souvent (plus que James même). Il aurait largement préféré naître Potter plutôt que Black…

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Et puis il y avait eu la mort de Regulus, le rappel douloureux de l'existence de sa vraie famille, celle du sang. L'attitude de Sirius avait changé. Il était devenu plus sombre, son regard s'était fait plus dur. A l'époque ils s'étaient dit que c'était la fin de l'insouciance, les regrets amers de ne pas s'être plus battu, d'avoir abandonné son petit frère dans la fosse aux lions pour avoir, lui, la force de s'envoler.

Il avait fallu beaucoup de courage et de sacrifices à Sirius pour s'échapper de l'emprise de sa famille. Il n'avait juste pas eu assez de force pour deux.

Remus avait regretté de ne pas s'être plus méfié. Il avait fini par comprendre : ces petits changements c'étaient l'hérédité des Black qui le rattrapait, la trahison qui germait. C'était la seule explication qu'il avait trouvée. Sirius s'était retrouvé face aux débris pathétiques de la grande famille des Black, il avait par haïr les Potter, cette famille parfaite qu'il jalousait tant et à laquelle il n'appartiendrait jamais réellement. Alors il avait finit par la détruire.

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Avec les années, Remus s'était bâti une explication solide, une carapace. Il n'y avait pas d'autre solution, Sirius était un Mangemort qui avait choisi le sang à l'amitié.

Et puis, douze ans plus tard, vint le doute. Un doute bien inattendu qui prit la forme insolite d'un nom. Un simple nom, à l'évocation terriblement douloureuse et qui commettait l'étrangeté de se déplacer alors qu'il devrait être immobile depuis tant d'années. Peter Pettigrew, troisième victime de la trahison de Sirius, l'ami qu'il avait tué de sang-froid. Peter était mort il y a douze ans. Alors comment pouvait-il apparaître et se déplacer sur la carte du Maraudeur ?

Remus en perdit vite le sommeil, douze ans de souffrances et de convictions balayées. Il lui fallut petit à petit réaffirmer ses certitudes :

- Certitude n°1 : c'était bien le nom de son ami qui était écrit sur la carte. Et, après vérification, il n'y avait pas d'autre Peter Pettigrew dans le monde des sorciers

- Deuxième certitude : la carte ne se trompait pas. Il l'avait créée, ils avaient imaginé et jeté les sortilèges. Sans prétention, il savait qu'ils ne s'étaient pas trompés. Si la carte disait que Peter était à Poudlard, c'était vrai.

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Mais alors… Peter était vivant ! Vivant et ici ! Ce qui n'avait strictement aucun sens ! Il était mort assassiné par Sirius, en même temps qu'une dizaine d'innocents, devant témoins ! Remus s'est même rendu sur place, il a vu le doigt, seule trace restante de ce qui fut son ami, il a rendu visite et consolé sa mère, dévastée.

Petit à petit, le doute continue son chemin, Remus commence à fouiller son passé.

Il revit ces jours douloureux qu'il voudrait tant oublier : les derniers instants des Maraudeurs, les derniers jours de James et Lily. Sirius ne semblant vivre qu'à travers l'Ordre, enchaînant les missions, clamant haut et fort que rien ne l'arrêterait… mais Sirius plus fatigué et sombre que jamais. Peter, triste et inquiet, rêvant que tout s'arrête et qu'ils puissent vivre heureux ensemble, continuant inlassablement les missions. Sirius acceptant fièrement d'être le gardien de James et Lily ; la pâle rougeur et le soulagement de Peter.

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Le doute avance. Les flashs d'une vie continuent, lancinants, douloureux, comme une obsession.

Sirius annonçant d'une voix sans âme que sa mère l'a renié de la famille, Peter leur lisant La Gazette d'une voix tremblante ; Sirius revenant riant, les yeux brillants et la robe roussie d'un affrontement contre Bellatrix, Peter silencieux, perdant l'appétit.

Et puis soudain… la peur dans les yeux de Sirius, son ami qui s'isole et se met à l'éviter, lui Remus dont il était si proche. L'ombre qui atteint enfin l'étoile qui paraissait si pure… Remus l'avait vu comme le dernier rempart qui cédait avant la trahison. Et si…

Il a besoin de comprendre, ébranlé, il perd peu à peu le sommeil et l'appétit. Il doit savoir. Comment Peter peut-il avoir survécu, pourquoi n'a-t-il rien dit ? Pourquoi Sirius s'est-il enfuit maintenant, après douze ans de prison ?

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Discrètement, il mène son enquête, ce qu'il s'était toujours refusé à faire, niant ce passé qui l'a tant fait souffrir. Ce qu'il découvre ne fait que renforcer son agitation : la rencontre d'Hagrid et Sirius, avait-il vraiment pu feindre la douleur ainsi, comme il aurait joué l'ami pendant tant d'années ? Sa lucidité face à Fudge malgré douze ans à Azkaban, cette phrase « Il est à Poudlard »... Les Maraudeurs savaient que James et Lily avaient inscrit Harry à Poudlard dès sa naissance. Et si ce n'était pas de lui qu'il parlait ?

Remus retrouve le fameux numéro de La Gazette.

L'évidence le frappe. Ce que seuls eux deux pouvaient voir, ce rat que personne d'autre ne pouvait reconnaître. Plus terrible encore : cette mutilation, ce doigt manquant, cette vie cachée. La victime et le traître une erreur qui dure depuis tant de temps.

Des larmes amères s'écoulent. En un éclair, il comprend tout : la mort de Regulus, loin de le terrasser, ne lui avait donné que l'envie encore plus forte de vaincre Voldemort, lui qui détruisait tout ce qui compte. Et puis finalement, au milieu de cette rage, Sirius, le fier Gryffondor, avait fini par découvrir la peur, celle ne pas être assez fort, de craquer lui aussi. Remus devine la peur de Peter aussi, celle qui avait toujours été là, mais qui avait fini par le dévorer.

La désillusion enfin… car en demandant à changer de Gardien, Sirius a dû penser qu'il avait tué James et Lily aussi sûrement que s'il les avait trahis lui-même.

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Il pleure en devinant ce destin brisé. Son ami ne supportait déjà pas deux mois de vacances chez ses parents, comment avait-il pu survivre douze ans à Azkaban ? entouré de tous les Mangemorts qu'il avait juré de détruire, pensant avoir condamné ses amis à mort, soumis sans répit à la présence asphyxiante des Détraqueurs.

Remus souffre de perdre Peter une deuxième fois, plus durement encore que s'il était mort, mais plus encore, il souffre de s'être autant trompé sur Sirius et de l'avoir abandonné.

Car si Remus n'a rien vu, qui d'autre aurait pu deviner, le défendre ? Qui d'autre aurait pu comprendre ?

Qui d'autre avait été témoin de ses larmes, vite dissimulées, en recevant une nouvelle lettre de sa mère, de son sourire lorsqu'il retrouvait les Maraudeurs, de son regard lumineux et reconnaissant en apprenant que la mère de James l'accueillait chez lui pour les vacances, de son besoin vital de supprimer tout ce qui le reliait à sa famille, de sa peur jalouse en croyant perdre James alors qu'il gagnait une sœur avec Lily ?

C'était à Remus qu'il avait confié son incapacité à s'attacher réellement à une femme par peur de fonder une famille, une nouvelle famille Black. C'était auprès de Remus qu'il était venu pleurer lors de la mort des parents de James, de ses parents en quelque sorte.

C'étaient eux, Remus et Sirius, les deux intrus de la société, le loup-garou et le traître à son sang, qui avaient commencé à vivre avec les Maraudeurs.

Qui d'autre que Remus aurait pu comprendre que Sirius aurait tout sacrifié pour cette guerre parce qu'il n'avait rien à perdre et tout à gagner ?

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Car oui, Sirius Orion Black avait beaucoup de choses, mais il lui avait longtemps manqué l'essentiel : l'amour d'une famille, la chaleur d'un foyer, la tendresse d'une mère, la lumière de vrais amis… Tout ce que les Maraudeurs lui avaient offert et pour eux, il aurait été prêt à tout, même mourir.

Douze ans après, Remus se demande comment il avait pu en douter.

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J'espère que ce texte vous aura plu.

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(et prenez soin de vous)