Bonjour bonjour (ou bonsoir ou bonne nuit d'ailleurs).

Me revoilà à nouveau, pour un OS sur Sirius. L'idée de l'OS est venu un peu comme une illumination en entendant la chanson Shots d'Imagine Dragon (merci les suggestions aléatoires de youtube). Au départ, je voulais parler seulement de Regulus, pour mon recueil Les étoiles du square Grimmaurd... et puis j'ai continué à écouter la chanson, à réfléchir à la vie de Sirius (c'est un hobby comme un autre) et mon cerveau s'est un peu emballé ^^"

Au final j'ai l'impression que ça reprend pas mal d'idées des chapitres d'avant... toujours est-il que je me suis retrouvée à pleurer en l'écrivant. Du coup autant vous dire que j'espère vraiment qu'il vous plaira.

Pour l'ambiance musicale, vous pouvez rester sur cette chanson d'Imagine Dragon, sinon en écrivant j'ai beaucoup écouté Woodkid, surtout la chanson Central Park.

Sur ce, bonne lecture !


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I'm sorry for everything,

Oh everything I've done

From the second that I was born

It seems I had a loaded gun

And then I shot, shot, shot a hole through everything I loved

Oh I shot, shot, shot a hole through every single thing that I love

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Je suis désolé pour tout ce que j'ai fait, dès la seconde où je suis né il semble que j'ai eu un pistolet chargé et ensuite que je tire sur tout ce que j'aime

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Les Black n'étaient pas fait pour aimer. Haïr ou mépriser ils savaient plutôt bien faire, mais aimer certainement pas, ce n'était pas dans leurs gênes. Sirius pas plus que les autres. Et pourtant, il avait longtemps cru avoir échappé à la malédiction familiale.

Pas en termes de relation amoureuse bien sûr. De nombreuses filles avaient virevolté autour de lui sans réussir à le toucher. Alors oui, il s'était laissé tenter, quelque fois, il s'était approché de sentiments, parfois, mais malgré toute la sincérité dont il avait fait preuve, il n'en avait aimé aucune. Comme s'il en était incapable. De toute façon, il était bien trop préoccupé par la guerre qui se préparait. Et puis pour être honnête, il avait peur de créer ce genre d'attachement… il était incapable d'avoir des projets de cette sorte… aucune envie de créer sa propre famille. Juste une famille Black de plus.

Donc non, ni romance ni grande déclaration pour Sirius Orion Black, pas de papillons dans le ventre ou d'étoiles dans les yeux.

Ce qui ne voulait pas pour autant dire qu'il n'avait jamais aimé. Au contraire, il avait mis dans ses affections plus de cœur et de générosité que bien des personnes.

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Ses parents, certainement pas. Enfant, il avait longtemps cru les aimer, avant de rencontrer Euphemia et Fleamont Potter et voir le regard que James posait sur eux. Non, envers ses parents il n'éprouvait que de la crainte… et le désir de l'amour qu'il ne lui donnait pas. Il avait fini par les mépriser avant de les détester.

En revanche, il y avait eu Regulus, son petit frère qu'il n'avait pas su protéger.

Leur relation avait été étrange, compliquée, pleine de rebonds. Ils n'avaient longtemps été que deux enfants, un peu perdus grandissant dans un cadre trop froid, trop strict, l'un cherchant déjà un moyen de s'échapper tandis que l'autre tentait de se fondre dans le moule. Ils avaient pourtant été assez proches enfant. Enfin c'était ce qu'il avait cru avant de rencontrer les Maraudeurs.

Toujours est-il que petits, ils avaient passé beaucoup de temps ensemble, jouant souvent sous la surveillance de Kreattur, mais toujours dans le calme et la discipline voulus par leur mère. Sirius lui avait lu de nombreuses histoires avant qu'il n'apprenne à lire, ils avaient volé ensemble les étés lorsqu'ils s'échappaient dans le manoir de leurs grands-parents, Regulus avait été son premier partenaire de Quidditch. Oui il l'avait aimé. Et pourtant, il l'avait trahi. Deux fois.

Une première fois à onze ans, pas en étant réparti à Gryffondor, mais en le laissant croire que cela changerait quelque chose entre eux. Et en découvrant auprès des Maraudeurs que ce qu'ils avaient partagé ensemble n'avait été que superficiel et en décidant qu'il voulait plus que cela de la vie. Il s'était éloigné de sa famille. De toute sa famille. Il avait ignoré le garçon perdu qui ne savait qui croire ou suivre et à qui l'on répétait à longueur de journée l'importance du Sang et de la Tradition. Sirius était courageux, intrépide mais il n'était pas assez fort pour deux. Il n'avait pas l'énergie de se battre pour son frère… et à vrai dire, pas réellement l'envie non plus, tant que Regulus ne tendait pas une main vers lui. Il ne le sauverait pas sans lui. Alors il s'était détourné de son petit frère. Tous les deux ne se détestaient pas pour autant. Ils continuaient à s'offrir des cadeaux pour Noël ou leurs anniversaires, Regulus apaisait les querelles entre Sirius et ses parents, ce dernier le protégeait de la plupart des blagues contre les Serpentard. Mais Sirius fuyait le foyer, il ne revenait plus pour Noël, il traînait les pieds pour les vacances d'été. Et les quelques lettres qu'ils s'envoyaient ne palliait pas l'absence et le fait que ses amis étaient en quelques mois devenus bien plus importants que son propre frère… son propre sang. Tout ce qui ne comptait pas pour le jeune homme.

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Et il l'avait abandonné une deuxième fois. A seize ans, en claquant la porte d'une maison qui n'avait rien à lui apporter. Sans un seul regard en arrière. Sans voir l'adolescent qu'il laissait derrière lui pleurant, en colère, désormais unique cible des attentes de la famille Black. Vraiment en quittant le square Grimmaurd, il n'avait pas pensé une seconde à Regulus. Il lui avait à peine écrit pendant l'été, comme si maintenant qu'il était libre et heureux chez les Potter, il ne se souciait plus de son petit frère. Comme s'il l'oubliait. C'était malheureusement un peu vrai. Il commençait à effacer de sa vie tout ce qui avait trait au Black.

Il avait compris son erreur en croisant le regard déçu et douloureux de Regulus sur le quai de Poudlard à la rentrée. Mais les Black étaient orgueilleux et fiers, ils ne parlaient pas de sentiments, Sirius pas plus que les autres. Il avait été incapable de lui tendre la main et de s'abaisser à ce qu'il voyait comme un retour en arrière. Alors il feignit l'indifférence.

Deux mois plus tard, pour la première fois, le jeune homme ne reçut pas de cadeau d'anniversaire de son petit frère. Il essaya de se convaincre que c'était une preuve de plus de la main mise de leur parents sur ses opinions plutôt que d'y voir la marque de la blessure profonde qu'il lui avait causé.

Ça ne l'avait pas empêché de pleurer en apprenant son engagement chez les Mangemorts. Il en avait vomi même, d'imaginer Regulus, son frère, l'enfant avec qui il avait essayé d'attraper des fées, mêlé à ces horreurs. Il s'était énervé aussi contre ses parents, contre le monde, contre les professeurs qui ne voyaient rien, contre les Serpentard envers lesquels il avait désespérément essayé de se venger… comme pour fuir sa propre culpabilité.

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Les Prewett avaient été les premiers membres de l'Ordre à apprendre la mort de Regulus par l'intermédiaire de leur tante Lucretia. Sirius n'était pas au quartier général lorsqu'ils avaient annoncé la nouvelle mais les autres Maraudeurs avaient immédiatement blêmi. James s'était rapidement levé, la voix peu assurée.

« Je vais le prévenir avant qu'il ne l'apprenne par quelqu'un d'autre. »

Seule Lily avait protesté, en posant une main douce sur le bras de son fiancé.

« Non James, il vaut mieux que j'y aille. C'est à moi de le faire. Mais je lui dirais que vous êtes là pour lui. »

Lily, si forte et si sûre d'elle y était allé, mais en toquant à la porte de son ami, sa main tremblait légèrement. Il avait commencé par l'écouter silencieusement, les yeux fixant un point imaginaire, la mâchoire et les poings serrés seules preuves qu'il entendait ce que lui disait Lily. Et puis il s'était levé, il avait hurlé à s'en briser la voix, avait détruit tous les vases, tous les pots, même les meubles qu'il trouvait. Avant de s'effondrer dans les bras de son amie et de pleurer, pleurer toutes les larmes amères qu'il avait, tout ses regrets, toutes les choses qu'il aurait voulues lui dire. La jeune femme ne savait même pas combien de temps ils étaient restés ainsi avant qu'il ne prenne enfin la parole au milieu de ses pleurs.

« Je me déteste Lily. Je me déteste. J'aurais dû… Je l'ai abandonné… Je n'aurais pas dû le laisser. Il était fragile… J'aurais dû me battre pour lui. »

Il pleurait, pleurait encore tandis son amie lui parlait doucement, mais ce combat Sirius le menait contre lui-même.

« C'est que… Lily… je l'aimais… C'est… … c'était mon petit frère.

- Je sais Sirius, je sais. »

Elle avait fini par partir le laissant la voix brisée, les yeux gonflés mais secs avec pour unique demande de le laisser seul. Il reviendrait quand il serait prêt.

Il s'était transformé, devenant Patmol. Il avait couru, couru des heures durant sans savoir où, suivant l'instinct de cette forme qui ne pouvait pas pleurer. Il allongeait ses foulées, filant comme le vent… il aurait voulu suer tous ses souvenirs et tous ses regrets. Il aurait voulu se fondre avec le goudron qu'il foulait. Peut-être que s'il courait assez vite, assez loin il pourrait remonter le temps, revenir aux temps de leur enfance insouciante. Peut-être qu'il serait encore temps de le sauver. Le matin le trouva couché, haletant devant sa propre porte, les coussinets usés jusqu'au sang. Il resta trois jours enfermé chez lui, les volets baissés, sans voir personne. La moitié du temps sous sa forme d'Animagus, l'autre moitié alternant les pleurs et les crises de rage où il détruisait tout ce qui lui passait sous la main. Il pleurait Regulus, le petit garçon qui à sept ans avait réussit à corrompre Kreattur pour lui faire un gâteau d'anniversaire lui-même, il pleurait l'adolescent qui lui apportait à manger en cachette l'été quand sa mère le punissait et qui le couvrait quand il s'enfuyait par sa fenêtre pour arpenter les rues de Londres. Mais surtout il pleurait ce qu'il n'avait pas fait et ce qu'il n'aurait plus jamais l'occasion d'accomplir, ce frère qu'il ne pourrait plus avoir. Il faisait douloureusement le deuil de ce qui était désormais impossible. Il ne pourrait jamais passer un bras autour de ses épaules avant de lui ébouriffer affectueusement les cheveux en lui disant « Je te l'avais bien dit ». Il ne le verrait jamais s'avancer vers lui, hésitant, tandis qu'il l'accueillerait dans une étreinte possessive en chuchotant « C'est pas grave Reg, l'essentiel c'est que tu sois avec nous maintenant ». Surtout, il n'aurait jamais l'occasion d'aller le voir pour lui avouer ces mots qui lui brûlaient les cœur depuis des années.

« Est-ce que tu me pardonnes Regulus de ne pas m'être plus battu pour toi, de ne pas être venu te chercher ? De ne t'avoir jamais écouté ? »

Lorsqu'au bout de trois jours, il finit par sortir pour enfin rassurer ses amis il était épuisé, son intérieur ressemblait à un champ de bataille, son cœur était en miettes mais une lueur nouvelle brillait dans son regard.

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Sirius avait regretté de revenir au square Grimmaurd pour beaucoup de raisons, cette maison ne lui avait rien apporté de bon, il détestait y être enfermé à nouveau. Mais plus que tout il souffrait… il souffrait parce qu'il avait l'impression que cette maison était hantée… et que tout le renvoyait à son petit roi qu'il n'avait pas su sauver.

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Oui Regulus avait été la première personne qu'il avait aimée. La première qu'il avait trahie.

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Et puis il y avait eu les Maraudeurs. L'apprentissage de l'amitié, de sa douceur, de sa force… de sa difficulté aussi. Aucun des quatre garçons n'était parfait, loin de là mais ils avaient appris à faire avec, à surmonter ensemble chaque obstacle. Auprès de James, il avait découvert la vraie signification de la famille mais aussi la joie, les rires et l'insouciance. Avec Peter, il avait compris l'importance des petites choses, le respect des plus faibles et la juste utilisation de l'ironie (malheureusement pour ses parents). Avec Remus, il avait appris la générosité, la force de la différence… et de l'instinct de meute.

Ils avaient été sa force, son roc. La seule chose qui comptait pour lui. Que ce soient ses parents ou ses professeurs, personne n'avait compris pourquoi aucune punition ne semblait l'atteindre, pourquoi rien n'arrivait à ternir son éclat. La réponse était ses amis, tant qu'ils étaient à ses côtés, à le soutenir, à lui donner l'énergie pour défendre ses idéaux, il ne pouvait s'effriter. Il les aimait tant, si fort… Ils étaient tout pour lui… Et pourtant il les avait trahis eux-aussi.

Sirius n'était pas vraiment sûr d'être une belle personne. Il était orgueilleux, un poil narcissique, méprisant voir cruel, colérique, impulsif, irresponsable. Haïssable, se disait-il parfois. Il était secret également. Pas en apparence bien sûr, puisque les apparences sont souvent trompeuses, pour tout le monde il apparaissait comme quelqu'un de très extraverti et de transparent. Mais en grattant légèrement la surface, on trouvait une épaisse carapace que même les Maraudeurs n'avaient pu lui enlever complètement. Il avait grandi en apprenant à dissimuler, à faire croire que tout allait bien, à ne jamais lâcher prise. Peu importe combien il le voulait, il n'arrivait pas à s'ouvrir complètement. A chacun il ne montrait qu'une partie de lui-même, un fragment, une image différente. Personne n'avait jamais vu le vrai Sirius… pas même James. Pas même lui-même, se disait-il parfois.

Non vraiment, Sirius n'était pas sûr d'être une belle personne. Finalement, il n'y avait qu'une seule chose dont il était vraiment fier, c'était ce qu'ils avaient fait pour Remus. En partie parce que tout cela était resté secret et qu'il n'en tirait, pour une fois, aucune gloire.

Et pourtant, même cela il avait réussi à la gâcher, à risquer de tout détruire. Et tout cela pourquoi ? Parce que Severus l'avait provoqué une fois de plus et qu'il avait craqué. Parce qu'il les détestait, lui, ses parents, tous ces abrutis, son frère aussi parfois, mais surtout lui Severus. Lui qui cherchait tout ce qu'il fuyait, lui qui aurait pu être dans le bon camp sans avoir de parents lui répétant l'importance du sang, lui qui n'avait aucune idée du cauchemar qu'il allait rejoindre. Alors il avait craqué parce qu'à cet instant il en voulait au monde entier de ne pas comprendre et de ne pas le laisser tranquille. Parce qu'il était ainsi colérique, impétueux, irréfléchi.

Il avait vendu Remus, son Remus. Lui qui le comprenait pourtant si bien, qui était toujours présent pour lui. Il l'avait trahi pourtant… et de la pire manière. En risquant de faire de lui, d'eux deux, des assassins et en mettant son secret en danger, alors qu'il leur avait fait si confiance en le leur confiant. Il avait failli tuer James… James ! Son frère qui lui avait tout offert. Et puis même Severus ne méritait d'être mis en danger ainsi. Il avait failli devenir le monstre que sa famille avait voulu créer, il avait piétiné tout ce qui comptait, tout ce qu'il avait bâti, tous ses principes.

Était-il à ce point brisé pour qu'il mette tout en péril ? Même ce qu'il y avait de meilleur et de plus beau dans sa vie ? Était-il à ce point souillé par sa famille, pourri jusqu'à la moelle ? Et s'il détruisait ses amis, qui pourrait le sauver ? Le regard déçu et sévère de Dumbledore lui importait peu, il se moquait bien de l'avis d'un adulte de plus. Mais ses amis… sans eux il n'était rien.

Pourquoi n'était-il pas capable de leur dire qu'une partie de son cœur était noire… et que certains jours cette noirceur prenait toute la place lui donnant envie de mourir ou de tout détruire pour s'échapper ? Qu'il avait parfois l'impression de se noyer. Qu'ils étaient la seule lumière dans sa vie. Qu'il les aimait. Qu'il les aimait tant.

Et qu'il avait honte, tellement honte.

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Il leur avait fallu du temps, mais ils avaient dépassé cette épreuve, ils en étaient ressortis plus forts… et plus conscients de la fragilité de Sirius.

Et pourtant… il avait tout de même trahi Remus une deuxième fois. Comment avait-il pu croire qu'il vendrait James et Lily ? Ne lui avait-il pas prouvé toute la valeur qu'il accordait à l'amitié, toutes les épreuves qu'il pouvait surpasser pour les Maraudeurs ? Comment avait-il pu douter de lui ainsi, se tromper autant ?

Pourquoi était-il incapable de faire confiance à son ami ? Qu'est-ce qui n'allait pas dans sa tête pour qu'il piétine tout ainsi, pour qu'il suive les préjugés qu'il pensait avoir vaincus ?

Il n'avait jamais mérité d'être ami avec une personne comme Remus. Il n'était entré dans sa vie que pour y apporter des malheurs. Le loup-garou lui avait pardonné toutes ses erreurs… il n'avait pas pu empêcher les conséquences des actes de son ami. Lorsque seize ans après leur scolarité, Remus démissionna du meilleur travail qu'il ait exercé et pour lequel il était excellent, Sirius ne put s'empêcher de penser que sans lui et sans la haine qu'il avait fait naître chez Severus, la malédiction du poste de professeur de défense contre les forces du mal aurait été vaincue cette année-là.

Et s'il avait fait un peu plus confiance à Remus… peut-être qu'il n'aurait pas proposé Peter comme gardien… Peter…

Son petit Maraud comme il l'avait longtemps appelé. Queudv'

Peter ne lui avait pas offert de famille comme James, il ne le comprenait pas aussi bien que Remus mais ils avaient été amis… Il l'avait fait rire au larme souvent, ils s'étaient taquinés, ils étaient devenus Animagi ensemble, ils avaient volé à manger dans les cuisines, fuit Rusard, révisé les examens, fait des projets d'avenir… Il l'avait aimé son petit Queudv'. Il serait mort pour lui aussi sans la moindre hésitation.

A quel moment avaient-ils cessés d'être proches ? Quel changement avait-il raté pour ne rien voir venir ?

Avaient-ils été de si mauvais amis que tout ce qu'ils avaient partagé ne compte pour lui ? L'avaient-ils blessé pour qu'il les détruise en plein vol… et de la pire manière ? Dix ans, ils avaient passé dix ans ensemble. Dix ans de rires, de larmes, de doutes, d'insouciance, de combats, d'amitié. Tout cela avait-il si peu compté pour Peter qu'il efface tout en quelques mois ?

A quel moment Sirius avait-il abandonné son ami pour qu'il ne le voie pas changer, qu'il ne devine pas l'horreur qu'il préparait ?

Était-il un ami si pitoyable pour que Peter ne se confie pas, n'ose avouer sa peur ?

Lui avaient-ils vraiment donné cette impression qu'il n'avait pas le droit d'être terrorisé et de dire non à ce qu'on lui demandait ?

Les Maraudeurs avaient accepté la faiblesse et la trahison de Sirius envers Remus, pourquoi n'auraient-ils pas accepté les craintes et les doutes de Peter ?

A quel moment l'auraient-ils abandonné sur le côté ?

Sirius était-il à ce point égoïste et narcissique pour qu'il ne voie que ses doutes à lui, qu'il ne pense qu'à ses propres plans … sans voir son ami qui tremblait à côté ?

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Oui Peter avait réellement été son ami… et pourtant il l'avait laissé tomber, il n'avait pas su le soutenir. Sirius n'avait pas été présent quand il aurait eu besoin de son aide, n'avait même pas deviné sa détresse.

Et il avait fini par le détester, il le haïssait tellement. Il l'aurait tué sans aucune hésitation, presque sans un regret. Oui Sirius le haïssait tant… bien plus qu'il ne l'avait jamais aimé… Les Black avaient toujours été bien plus doués pour haïr.

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Regulus… Remus… Peter… Ils avaient compté pour lui réellement, mais pour autant aucun d'entre eux n'avait occupé dans son cœur ne serait-ce qu'un dixième de la place que prenaient James, Lily et Harry.

Personne n'avait jamais réellement compris la relation entre James et Sirius. Personne n'avait vraiment saisi à quel point James était tout pour lui. Les mots manquaient pour exprimer ce qu'ils représentaient l'un pour l'autre. Bien sûr qu'ils étaient tous les deux rieurs, insolents, orgueilleux, intelligents, têtes brûlés, ils avaient tant de points communs… mais il y avait tellement plus, tellement plus fort que juste quelques points communs.

Ils se comprenaient… d'un seul regard, ils comprenaient si bien ce que pensait l'autre, sans avoir besoin de mots, ils ne se jugeaient jamais pas. Le monde entier était à leur disposition, terrain de leur amitié.

Lily avait été un peu effrayé en découvrant peu à peu la profondeur de leur relation. Ils étaient si fusionnels, si complices, si présents l'un pour l'autre. Elle en avait presque été jalouse. Il est vrai que sous beaucoup d'aspects, ils ressemblaient tous les deux énormément à un vieux couple d'amoureux.

Sirius s'était souvent dit que le mot ami était bien trop faible pour exprimer certaines réalités. James n'était pas un ami parmi d'autres, il n'était pas son « meilleur » ami, il n'était pas non plus son frère. Et il était un peu de tout cela, et tellement plus à la fois.

Il l'avait sauvé. Il l'avait sauvé de lui-même, de sa colère et de sa rage, de sa famille. Il l'avait sauvé de la tristesse. Il lui avait appris à vivre.

James à Poudlard sans Sirius aurait été heureux quand même. Il aurait peut-être eu moins d'heures de retenues et n'aurait certainement pas osé faire certaines blagues, affronter certains professeurs ou élèves. Mais il aurait été heureux quand même, il aurait tout de même eu pleins d'amis, il se serait bien amusé.

Sirius sans James… il n'osait même pas l'imaginer. James avait été la meilleure chose qui lui soit arrivé dans la vie… Il était un bout de lui-même.

Il avait eu si peur quand il avait commencé à sortir avec Lily, si peur de le perdre, de ne plus compter. Pourtant, il aimait déjà beaucoup la jeune femme, c'était déjà une bonne amie. En fait c'était même en grande partie grâce à lui qu'ils s'étaient rapprochés. Les choses s'étaient faites petit à petit, à partir de leur sixième année. Ils s'étaient retrouvés à devoir travailler ensemble pour plusieurs cours et avaient été tous les deux surpris de découvrir qu'en mettant de côté leur animosité mutuelle, ils formaient un bon duo. Lily avait découvert qu'il pouvait être sérieux et à l'écoute et Sirius qu'il appréciait beaucoup son humour et sa force. Et puis ils s'étaient mis à parler de leur famille. Lily ne connaissait des problèmes de Sirius que ce qu'il voulait bien montrer au public, c'est-à-dire qu'il les méprisait tous et s'en moquait bien. Elle découvrit que la vérité était un peu plus compliquée et un peu plus déchirante que cela. Il lui avoua ses blessures, le manque d'affection dont il avait toujours souffert, toutes les désillusions qu'il avait vécues. Il lui parla de sa fugue, de Regulus, de ses regrets et de la colère qui grondait en lui et qu'il n'arrivait pas à apaiser. Elle répondit en lui parlant de Pétunia, du fossé qui s'était creusée entre elles, de ses parents qui ne comprenait pas. Elle lui avoua sa crainte d'avoir complètement perdu sa sœur depuis longtemps et la nostalgie de son enfance.

Ses propres problèmes de disputes entre sœurs lui paraissaient un peu futiles à côté des histoires de fugue, de reniements, de menaces par la famille de Sirius, elle lui raconta tout quand même, sa tristesse et son mal-être. Et Sirius l'écouta, sans se moquer, sans juger, il l'écouta et il la soutint… bien plus que Severus ne l'avait fait en cinq ans. Ils se comprenaient tous les deux.

Lorsque les gens s'étonnaient de les voir aussi proches alors que James était amoureux de Lily, ils se contentaient de sourire et d'ignorer les sous-entendus. Lily était sa petite sœur et Sirius son grand frère. C'était tout ce dont ils avaient besoin.

James et Lily… ce qui s'était le plus approché d'une famille pour Sirius. Et Harry… le petit être qu'il n'avait pas vu venir et qui était devenu si précieux pour lui. Sirius n'avait jamais particulièrement apprécié les enfants, mais il avait pleuré en apprenant la grossesse de Lily. Il se souviendrait toute sa vie de ce 30 juillet, en serrant ce petit garçon dans ses bras, il avait senti son cœur fondre, il avait cru qu'il allait exploser de bonheur.

Ils avaient passé tant de bon moment à Godric Hollow, tant de belles soirées à se battre pour tenir Harry, pour lui donner son bain, lui faire des chatouilles ou juste le regarder dormir. Bien sûr qu'ils étaient inquiets aussi… mais il était si bon ce bonheur qu'ils partageaient ensemble.

Il les avait tant aimés… Il avait encore l'impression que son cœur se brisait chaque fois qu'il pensait à eux.

Il leur devait tant… Il aurait tellement voulu leur rendre la pareille, les aider à son tour. Alors pourquoi les avaient-ils tués ?

Pourquoi ne s'était-il pas plus fait confiance ? Pourquoi avait-il eu peur de craquer à nouveau ? Pourquoi ne les avaient-ils pas écoutés ? Pourquoi n'en avait-il fait qu'à sa tête, comme d'habitude ?

Et était-il possible de se relever et de vivre après une telle douleur ?

Comment était-il censé survivre à un monde sans James ? Sans Lily ?

Comment était-il censé survivre à la culpabilité de n'être entré dans leurs vies que pour les mener à leur perte ?

Il affirmait qu'il n'était pas devenu fou à Azkaban parce qu'il se savait innocent. La vérité était qu'il était devenu un peu plus fou qu'il ne l'avouait… et qu'il se pensait beaucoup moins innocent qu'il ne le disait.

Il avait passé douze ans en tête à tête avec lui-même et ses pires cauchemars, toutes les idées noires qu'il avaient longtemps fuies. Et cette fois, sans amis pour le sauver.

Il n'avait survécu que pour deux raisons : éliminer Peter et protéger Harry.

Parce qu'en plus de condamner James et Lily aussi sûrement qu'en le vendant à Voldemort, Sirius avait également trahi la promesse la plus importante qu'il leur ait faite. Il avait abandonné Harry. Il n'avait pas été là pour son filleul. Il l'avait laissé tomber lui aussi. Lui qui aurait dû grandir dans l'amour et la tendresse n'avait connu que le mépris et la froideur.

Il aurait dû être à ses côtés, pour lui parler de ses parents, de l'amour qui avait coulé dans cette famille, de tout le bonheur qu'il souhaitait à leur fils. Il aurait dû lui apprendre comment faire des farces, mais pas trop quand même, lui apprendre comment se mettre Peeves dans la poche, lui léguer la cape de James, lui dire de fouiller le bureau de Rusard pour trouver la carte, d'offrir de l'herbe à chat à McgonaGall. Et lui conseiller de se tenir éloigné du Saule Cogneur.

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Il n'avait pu arrêter ou se venger de Peter. Il voulait au moins se rattraper un peu auprès de Harry.

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Molly lui disait souvent qu'il était irresponsable, qu'elle était la meilleure personne pour s'occuper d'Harry. En un sens c'était vrai. En quoi avait-il besoin d'un parrain maussade, irréfléchi, perdant pied et en colère contre le monde entier ?

Il n'était pas d'une grande aide pour le jeune homme, mais pourtant c'était lui que ses parents avaient voulu à ses côtés, c'était à lui qu'ils avaient demandé de veiller sur leur fils et de l'aimer. Et il l'avait fait, il l'avait aimé dès le premier jour… bien avant que Molly ne soupçonne même son existence… et il avait pensé à lui chaque jour de sa misérable existence. N'était-ce pas l'essentiel ? Ne pouvait-on pas le laisser rien qu'une fois dans sa vie essayer d'être bon pour quelqu'un ? De ne pas tout gâcher comme il avait toujours fait ?

« Ce n'est pas James, lui avait-elle lancé une fois.

- Je sais parfaitement qui il est, s'était-il contenté de répondre d'une voix froide comme la mort. »

Mais à l'intérieur de son crâne c'était la tempête.

« Non Molly ce n'est pas James je le sais bien. James tu ne l'as jamais vu. Moi j'ai grandi avec lui, j'ai ris tous les soirs dans mon dortoir à ses côtés, j'ai appris la magie avec lui, on a vécu notre première gueule de bois ensemble, j'ai ouvert mes cadeaux de Noël avec lui et ses parents, j'étais à ses côtés à l'enterrement de ses parents aussi. J'ai pleuré dans ses bras, je lui ai crié dessus parfois, j'ai lavé tous les couloirs de Poudlard avec lui pendant que Rusard nous criait dessus et que nous on riait jusqu'aux larmes, j'étais à côté quand il embrassé Lily pour la première fois et je tenais la banderole « je t'aime » quand il lui a demandé de l'épouser.

Harry n'est pas James et je le sais bien parce que James est mort en laissant un trou dans mon cœur. Parce que même s'il lui ressemble énormément je vois un milliers détails différents, un milliers de détails qui font que Harry est Harry et que James est parti… et qu'il me manque. Parce que je connais la voix de James par cœur et que certaines nuits dans mes cauchemars je l'entends encore avant de le voir apparaître, de le serrer dans mes bras… et de le poignarder. Harry n'est pas James parce que si c'était le cas je n'aurais pas aussi désespérément l'impression d'être incomplet, qu'une moitié de moi manque. Je n'aurais pas le cœur qui se serre autant en pensant à lui et je n'aurais pas autant envie de hurler et de mourir en même temps. James tu ne l'as jamais rencontré et moi je l'ai vu mort, j'ai tenu son cadavre dans mes bras. »

Voilà tout ce qu'il aurait voulu dire à Molly, tout ce qu'il avait sur le cœur et qui l'étouffait. Harry n'était pas James, il ne le serait jamais. Ça ne lui enlevait pas le droit de l'aimer pour autant et d'essayer de faire de son mieux pour le rendre heureux.

La vie n'avait plus grand chose à apporter à Sirius, mais pour Harry c'était différent. Il était encore jeune, il n'avait pas encore traversé toute l'horreur du monde, il avait encore le droit d'entendre qu'il fallait s'amuser, contourner les règles injustes et essayer d'obtenir le meilleur de la vie. Il avait le droit d'entendre qu'il pouvait être heureux et décider lui-même des combats qu'il voulait mener.

Il avait le droit de savoir la vie que ses parents auraient voulu lui offrir.

Au côté d'Harry, il avait l'impression de racheter ses fautes un peu. Et que Molly le croit ou non, il était bien plus responsable avec lui qu'il ne l'avait jamais été. C'était peut-être prétentieux, mais il avait en plus l'impression que le garçon était heureux de passer du temps à ses côtés, d'entendre ses histoires sur ses parents, qu'il l'appréciait lui le Sirius maussade, l'ombre du Sirius de sa jeunesse.

Quel mal pouvait-il réellement y avoir à ce qu'il prenne soin de son filleul qu'il aimait tant ? N'avait-il pas droit lui aussi d'avoir enfin un peu de tendresse dans sa vie, de se sentir utile ?

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En un sens, il n'avait pas trahi Harry. Il ne l'avait pas abandonné non plus, au contraire il avait été vraiment présent pour lui, l'aidant de son mieux. Pour autant, il aurait peut-être mieux valu qu'il ne rentre jamais dans sa vie. N'était-il pas celui qui l'avait rendu orphelin ?

Et puis s'il n'avait pas été présent dans la vie de James et Harry, Rogue n'aurait autant détesté Harry, il aurait moins désagréable avec lui, il n'aurait pas arrêté de lui donner des cours d'Occlumancie… et Harry aurait moins souffert.

Si Sirius n'avait pas pensé qu'il était autorisé à aimer quelqu'un, qu'il pourrait lui faire du bien, s'il n'était pas devenu aussi proche de son filleul, Voldemort n'aurait eu aucun moyen de le faire venir au Ministère… et Harry aurait moins souffert.

S'il ne s'était pas entêté à vouloir aller réparer ses erreurs, à vouloir aider ceux qu'il aimait pour ne pas se sentir impuissant une fois de plus, il ne serait pas mort ce jour-là… et Harry et Remus auraient moins soufferts.

Mais peut-être était-ce mieux ainsi, peut-être valait-il mieux qu'il meurt à ce moment, qu'il mette fin à cette mascarade et qu'il arrête de croire qu'il pouvait arranger les choses. C'était peut-être mieux pour ses amis, qu'il garde cette image de lui riant à la face du monde… et qu'il arrête de tout gâcher.

Après tout, les Black n'avaient jamais été fait pour aimer, visiblement Sirius pas plus que les autres. Il aurait peut-être dû s'en souvenir avant de croire qu'il avait le droit de s'attacher à des gens.

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Il y aurait beaucoup de choses à dire, un millier de commentaires à faire pour vous préciser une intention sur tel ou tel passage mais ça serait vraiment long et fastidieux. Par contre je suis toute prête à en discuter avec vous si vous voulez aborder un point précis, je réponds toujours aux commentaires :-D

La précision la plus indispensable pour moi étant que je ne suis pas d'accord avec tout ce qui est dit dans cet OS et que je ne pense pas que Sirius ait tout gâché, c'est juste que le texte est vraiment écrit de son point de vue.

N'hésitez pas à laisser un petit commentaire pour me dire ce que vous en avez pensé (chaque review réconforte un peu plus Sirius et vous donne le droit de faire un gros câlin).

Sinon j'ai plusieurs nouvelles idées, avec au moins trois nouvelles idées de chapitre, mais je ne sais pas du tout quand ils arriveront.

A bientôt mes petits choux et cœur sur vous.

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Pour ceux qui suivent ce recueil depuis un moment : j'ai légèrement réécris le deuxième chapitre, en allongeant un peu la partie sur les peurs de Sirius et en évoquant un peu plus Azkaban, n'hésitez pas à aller faire tour.