Bonsoir/bonjour à tous
Me revoilà de retour pour un OS totalement improbable et très imprévu (je sais mettre l'eau à la bouche xD)
Il a été écrit pour le Fof pour le défi "Des mots et des idées", en gros il fallait écrire un OS en plaçant les mots : Recommandation, Thébaïde, Insomnie, Rat, Bresil, Musique, Oasis, Caprice, Bison, Totem... Et bon, théoriquement cet OS devrait être posté depuis 2 heures... Oups
Thébaïde pour ceux qui comme moi ne connaissait pas désigne un lieu sauvage, isolé et paisible, où l'on mène une vie retirée et calme.
J'ai longuement hésité sur la place de cet OS dans ce recueil... et puis je me suis emballée comme souvent et au final, je le trouve plutôt cohérent avec le reste. Mais du coup, je suis preneuse de votre avis !
J'en profite pour remercier encore longuement de tous vos adorables commentaires !
Disclaimer : Milles merci à Woodkid et Pomme qui m'ont beaucoup accompagné pendant l'écriture et encore plus de merci à Asaf Avidan. J'ai écouté en boucle Conspiratory vision of gamorrah (je recommande fortement, en anglais ou en français avec Pomme, cette chanson m'a vraiment énormément inspirée) et le titre vient de la chanson Different Pulses.
Bonne lecture !
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My life is like a wound
I scratch so I can bleed.
Regurgitate my words, I write so I can feed,
And death grows like a tree that's planted in my chest
If roots are at my feet, I walk so I won't rest
Oh, baby I am lost
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Ma vie est comme une blessure que je gratte pour pouvoir saigner,
Régurgitant mes mots, j'écris pour pouvoir me nourrir,
Et la mort pousse comme un arbre planté dans ma poitrine,
Ses racines sont à mes pieds, je marche pour qu'elles ne se reposent jamais,
Oh bébé, je suis perdu..
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Sirius se laissait aller, grisé par le vent qui lui fouettait le visage, enivré de l'air qui semblait s'engouffrer dans ses poumons pour la première fois. Il lui semblait qu'il était un noyé qui émergeait soudainement à la surface et savourait à grandes bouffées l'oxygène qui lui avait tant manqué.
A cet instant, il ne pensait plus à Peter, à Harry, il oubliait qu'il était à nouveau un fugitif. A cet instant, il était libre.
En ce moment, il ne sentait pas le froid qui lui mordait la peau, seul comptait les muscles de Buck qu'il sentait entre ses jambes, seul comptait les étoiles qu'il pensait pouvoir toucher. Chaque battement d'ailes de l'hippogriffe l'éloignait un peu plus de Poudlard, il sentait enfin en lui les Détraqueurs qui s'évanouissaient, qui n'avaient enfin plus aucun contrôle sur ses souvenirs, sur son avenir. Il se sentait incroyablement léger et heureux. Il éclata de rire. Cela faisait treize ans qu'il n'avait pas volé, les sensations étaient grisantes. Pendant un instant, il pouvait croire qu'il avait 21 ans à nouveau et toute la vie devant lui.
Il vola ainsi une bonne partie de la nuit, savourant l'adrénaline qui coulait dans ses veines et qui lui laissait croire que tout irait bien. Lorsque que le ciel commença à pâlir, il se décida enfin à se poser, pour que Buck puisse se reposer et qu'il décide de la conduite à tenir. Ils s'arrêtèrent dans une épaisse forêt, où ils seraient sûrement à l'abri des regards. C'est uniquement en posant le pied au sol que Sirius se rappela les événements de la nuit… cette prise de conscience fut comme un gifle. Il se força à respirer profondément et lentement, comme il le faisait à Azkaban quand la panique montait en lui. Inspiration. Expiration. Sentir la forêt autour de lui. Inspiration. Expiration. Remercier Buck, et le laisser se chercher à manger pour qu'il reprenne des forces. Inspiration. Expiration. Une chose après l'autre.
D'abord, oublier Peter, la vengeance et la rage qu'il avait ruminées pendant 13 ans, ce combat n'avait plus de raison d'être. Peter avait continué à s'enfoncer dans sa trahison, il s'était enfuit. Il était lâche mais loin d'être bête, il ne commettrait pas la même deux fois la même erreur, Sirius ne retrouverait jamais le rat. Ensuite : Remus ! Son pauvre Moony, toutes ces émotions, tous ces souvenirs qu'ils avaient faits remonter juste avant sa transformation, sa présence à lui en tant que Patmol, leur lutte… le loup devait être fou… il espérait tant que rien de grave ne s'était passé, que son ami ne sortirait pas de cette pleine lune trop blessé. Et puis Harry qu'il avait dû abandonner une nouvelle fois… Harry. Inspiration. Expiration. James est mort. Inspiration. Expiration. Lily est morte. Inspiration. Expiration. Harry va bien, il sait que tu es innocent. Inspiration. Expiration. Pour l'instant, tu ne peux rien faire pour Harry. Cache-toi, quitte l'Angleterre !
Oui ! Pour l'instant le mieux à faire était d'éloigner les problèmes de son filleul et de s'enfuir loin d'ici. Buck à ses côtés poussa un léger grognement, attirant à nouveau l'attention de Sirius sur lui. La présence de l'hippogriffe dans sa fuite améliorait considérablement ses perspectives. Soudainement, il se sentait à nouveau euphorique. Avec Buck, le monde entier lui était accessible, sans limite pour le freiner. Il redevenait le jeune homme de 16 ans qui claquait la porte de ses parents et qui se libérait enfin de toutes leurs contraintes absurdes, il était à nouveau celui de 18 ans qui venait d'obtenir brillamment tous ses ASPIC et qui rêvait de finir cette guerre avant de visiter le monde. Rien ne l'empêchait désormais d'aller voir le grande muraille de Chine, le lac Victoria, les temples incas, s'il voulait il pouvait aller en Amérique, découvrir des réserves de bisons, voir les campements indiens et leurs totems, tous ces lieux qu'il avait découvert en Etude des Moldus et qui l'avaient fasciné… Il s'arrêta soudainement. A quoi pensait-il ? Il était un prétendu criminel en fuite, pas un touriste en vacances ! Il devait fuir, se cacher, partir loin d'ici. D'abord, laisser Buck se nourrir et se reposer, ensuite prendre des nouvelles de Remus et rassurer Harry. Il commença par expliquer à l'hippogriffe de rester tranquille dans cette forêt, qu'il s'absentait quelques instants. Cela lui faisait tout de même bizarre d'avoir une discussion, même si c'était avec un hippogriffe qui se contentait de lui répondre par des grognements et des mouvements de tête. En deux jours il avait déjà eu beaucoup plus d'interactions avec des êtres vivants qu'en treize ans, Remus l'avait même serré dans ses bras… treize ans qu'on ne lui avait pas montré de geste d'affection, qu'on ne l'avait pas écouté, qu'il n'avait pas lu de tendresse et d'affection dans le regard qu'on lui jetait. Il avait beau s'être toujours targué d'être fort et indépendant… Il avait oublié comme cela réchauffait le cœur.
Reprenant sa forme de Patmol il partit en courant jusqu'au village le plus proche. Silencieux et discret, il repéra une maison isolée qui paraissait momentanément inoccupée. Usant son flair, il découvrit une clé cachée dans le jardin et rentra à l'intérieur par une porte à l'arrière, à l'abri des regards. Se dépêchant il saisit juste quelques feuilles, un stylo et une petite miche de pain… il avait de toute façon si peu d'appétit. En repartant, il se fit la réflexion qu'il ne sera peut-être pas plus mal pour Harry qu'on le voit loin de Poudlard. Il ne transforma pas et repartit se cacher dans les sous-bois, après s'être tout de même assuré que des Moldus l'avaient aperçu. Il fut soulagé de voir que Buck l'avait bien attendu et qu'il dévorait joyeusement un lapin. S'envolant à nouveau ils volèrent quelques instants pour s'éloigner du lieu où il avait été vu et se posèrent dans une nouvelle forêt.
Sirius s'installa sur une souche et commença ses lettres. Commencer par prendre des nouvelles de Remus ! Encore une sensation si étrange… treize ans qu'il n'avait pas écrit (si l'on exceptait le bon de commande pour l'Eclair de feu… rien de vraiment comparable avec une lettre…), il rageait de sentir son écriture si maladroite et de peiner autant à choisir ses mots.
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« Quelque part loin déjà, vendredi 24 juin
Remus,
Comme il est bizarre d'écrire à nouveau ce prénom, de pouvoir t'appeler…
Moony ! Treize ans que je rêve d'avoir à nouveau le droit de t'appeler ainsi. Je peux n'est-ce pas ? Moony, mon frère… treize ans que je rêvais de t'étreindre à nouveau, de tout t'expliquer, de m'excuser un milliard de fois pour tout le mal que je t'ai fait…
Je me perds déjà. J'ai du mal à penser, à écrire…
Je suis tellement désolé que nos retrouvailles se soient passées ainsi. Je m'en veux de ne pas avoir été assez fort pour rester à tes côtés, pour te défendre… Cette pleine lune a dû être terrible… Est-ce que tu vas bien Remus ? Le loup ne t'a pas trop maltraité ?
Je suis tellement désolé Moony… pour tout ce que tu as dû endurer… tout ce que tu n'as pas dû comprendre.
J'aurais voulu que nous puissions parler… Je dois m'enfuir à nouveau…
Merci pour tout ce que tu as fait pour Harry cette année… je vous observais souvent tu sais… de loin, pour que tu ne puisses pas me sentir. C'est un garçon incroyable ! Comme ils seraient fiers !
Mais qu'est-ce que j'ai fait ?
Je me perds encore… Nous avons tant de choses à nous dire. Pour l'instant, le plus important : comment vas-tu ?
Je ne sais même plus comment signer.
Tu m'as affreusement manqué… autant qu'eux »
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Il ne mit pas son nom, sait-on jamais, si la lettre était interceptée. Il laissa juste l'empreinte de sa patte. Il écrivit ensuite rapidement à Harry, trouva deux hiboux et envoya rapidement les lettres… même si vu le hibou qu'il avait trouvé pour Harry, il n'était pas sûr que le jeune homme reçoive la lettre tout de suite.
Buck s'allongea, visiblement déterminé à faire un somme, il se décida à l'imiter… mieux valait éviter qu'il ne tombe du dos de l'hippogriffe à cause de la fatigue.
Son esprit ne voulait pas se calmer, il se repassait sans cesse les événements de la veille… Harry, Remus, Peter défilaient sans cesse devant ses yeux, Rogue… James et Lily aussi parfois. Dès qu'il fermait les yeux, des Détraqueurs se mettaient à danser sur ses paupières… lui glaçant le sang, le faisant suffoquer… Le sommeil le fuyait… encore… Une fois de plus, il devint Patmol ce qui l'apaisa légèrement. Le chien se blottit contre l'hippogriffe et sombra dans une demie torpeur dont il émergeait fréquemment. Il finit par se réveiller complètement lorsqu'un hibou de Poudlard se posa à côté d'eux. La lettre était de Dumbledore qui lui envoyait une longue liste de recommandations, lui conseillant de se faire oublier, le Ministère de la Magie continuerait à le chercher activement, mieux valait qu'il quitte l'Europe pour un moment profitant de Buck, les Aurors ignorant qu'il était à ses côtés. Il lui conseillait également de faire très attention à sa correspondance ne révélant jamais, même à lui ou à Remus où il se trouvait.
Un pâle sourire étira les lèvres de Sirius en lisant cette partie. Tous ces conseils ne comportaient pas grand-chose de nouveau, rien auquel il n'avait pas pensé lui-même. Il pensait avoir prouvé au cours de cette année qu'il était capable de déjouer les plans pour le retrouver et se serait attendu à ce que Dumbledore lui fasse un peu plus confiance que ça. En même temps… le vieil homme l'avait toujours trouvé trop orgueilleux, trop imprudent, incontrôlable… Et il l'avait cru coupable pendant tant d'années… Sa confiance complète serait longue à regagner. Le directeur concluait en exprimant son souhait de continuer à correspondre avec lui. Cette partie le réchauffa légèrement, il ne serait pas complètement exclu, Dumbledore le tiendrait au courant des affaires du monde sorcier. Sirius lui répondit rapidement lui demandant de l'informer des principaux événements des treize dernières années, principalement concernant la situation des partisans de Voldemort. Il n'osa par contre pas aborder le sujet Rogue… il demanderait plutôt à Remus.
Maintenant choisir une destination, un pays loin d'ici, où il ne serait pas trop connu. Il n'y avait de toute façon ni bon, ni mauvais choix… pour une fois. La nuit commençait à nouveau à tomber lentement, le moment était idéal pour partir, ils auraient peu de chances d'être vus.
« Et bien Buck, s'exclama-t-il, nous allons nous transformer en touristes et profiter un peu du soleil. J'aurais bien voulu découvrir le Brésil, m'approcher un peu de l'école Castelobruxo… mais survoler l'Atlantique j'ai peur que ça te fasse beaucoup. Mais on devrait bien pouvoir trouver un petit oasis de tranquillité en Afrique, je ne pense pas qu'on ira nous chercher là-bas ! »
A ces mots, il éclata de son rire superbe, sans trop savoir pourquoi, il se sentait à nouveau étrangement euphorique. Son éclat de rire réveilla complètement l'hippogriffe qui le regardait à présent d'un air surpris.
« J'espère que tu as repris des forces mon chou, un long voyage nous attend ! »
Ils s'envolèrent à nouveau, Sirius savourant de plus belle le vent et la liberté qui s'offraient à lui. Il avait beau être le fugitif le plus recherché, il n'avait jamais senti aussi peu d'entraves pour le retenir. Il riait à en perdre la voix tandis que Buck survolait la mer, le laissant savourer l'odeur des embruns mêlés de sel, il sentait rajeunir à vue d'œil. L'hippogriffe filait comme le vent et ils laissèrent vite la mer derrière eux. Le jeune homme contempla la France qui défilait sous leurs yeux, il aurait tant voulu visiter tous ces paysages… Sentant que Buck fatiguait, il repéra une forêt épaisse dans laquelle ils purent se poser. Tout comme la veille, l'hippogriffe se mit en quête de nourriture et, se décidant à l'imiter, plus par nécessité que par réelle envie, il commença lui aussi à chercher à manger. Cela eut au moins le mérite de l'occuper une paire d'heure, au bout de laquelle il rejoignit Buck pour le regarder dormir, tandis que lui tentait vaguement de se reposer. Ils voyagèrent ainsi pendant encore quelques jours, volant la nuit et se reposant en journée. Sirius cherchait un lieu avec une végétation suffisamment dense pour les cacher tous les deux… sans compter qu'il faudrait trouver de quoi nourrir l'hippogriffe. Faisant appel à ses vagues notions de géographie, il se rappela l'existences d'îles tropicales et décida de s'éloigner des terres. Laissant le contrôle à Buck, se fiant à son instinct, ils aperçurent assez vite un grand archipel. Choisissant une île plutôt isolée et paraissant sauvage, ils se posèrent enfin, définitivement.
Sirius descendit du dos de l'hippogriffe en réprimant une grimace, il avait considérablement perdu en muscles en treize ans et après ses longues nuits de vol, il avait mal de partout, il n'était pas mécontent de ne pas avoir à monter le lendemain. Surtout que les blessures que lui avait infligées Remus sous sa forme de loup n'étaient pas complètement cicatrisées. Il prit tout de même le temps de remercier Buck et de le caresser avec affection, prenant également le soin de lui expliquer qu'ils allaient habiter ici quelques temps et puis il se mit à observer la végétation qui les entourait. Il avait toujours adoré les forêts s'y étant toujours senti en sécurité, même dans la Forêt Interdite, et il était plutôt doué en reconnaissance de la faune et flore… Ici il était complètement dépaysé. Autour de lui tout n'était que végétation luxuriante, fleurs colorées et chants joyeux des oiseaux. Le moins qu'on puisse dire c'est que cela le changeait… et qu'il allait devoir prendre ses repères, notamment pour se nourrir. Dommage qu'en essayant d'apprendre la survie dans la nature dans sa jeunesse, il se soit contenté de l'Angleterre. En réprimant un sourire, il se décida à commencer par se fabriquer un abri où il serait protégé des potentielles intempéries. Il se rappelait que les pays tropicaux avaient une saison des pluies et il n'avait aucune idée de la période dans laquelle il se trouvait. Bien que le résultat soit plutôt sommaire, cette construction l'occupa une bonne partie de la journée. Il n'avait aucun outil et pas de baguettes magiques, il se contenta donc de dégager un espace où il installa une épaisse couche de feuilles pour faire un couchage. Il réussit à couper et attacher plusieurs branches pour réaliser un toit et dégagea ensuite un espace où il ferait du feu. Même si son corps était douloureux et faible, il appréciait ce travail manuel, il aimait tant mobiliser à nouveau ses quelques muscles, la satisfaction de bâtir quelque chose de ses mains, le pouvoir de laisser sa marque et la fatigue qui petit à petit l'atteignait. Cela lui rappelait avec nostalgie l'époque où il réparait et modifiait sa moto.
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Il était fourbu, las, allongé sur le sol et regardait le ciel étoilé. Il avait toujours adoré contempler les étoiles, il les connaissait presque par cœur, reconnaissant les constellations, sachant exactement où elles se situaient dans le ciel. Elles lui avaient manqué pendant son emprisonnement, cela faisait maintenant un an qu'il les retrouvait avec joie. Ce soir elle le fascinait, il observait, intrigué et émerveillé, leur disposition si différente de celle qu'il connaissait. Et au moins, concentré sur leur scintillement, il ne pensait pas à la nuit qui l'environnait, à ses peurs qui remontaient et au sommeil qui le fuyait. La respiration calme de Buck à ses côtés l'apaisait légèrement et en essayant de calquer la sienne sur le rythme il avait déjà moins l'impression d'étouffer. Il ne s'endormirait pas pour autant, il y avait bien trop de pensées qui se bousculaient dans son cerveau pour ça, bien trop de fantômes prêts à le hanter, bien trop de Détraqueurs attachés à son âme et trop de souvenirs pour le tourmenter.
Il avait fui l'Angleterre, il était en sécurité ici. Et pourtant, il se sentait presque plus mal que pendant toute cette année à guetter Peter. Que pouvait-il faire maintenant ? Pauvre homme de 33 ans, fugitif, cachectique, insomniaque, pas loin d'être brisé…
Il aurait voulu être une étoile…
Scintiller, ne jamais s'éteindre même dans le noir le plus obscur. Faire rêver les romantiques, passionner les scientifiques, rassurer les âmes blessées… Et être si léger, là-haut dans le ciel. Il avait l'impression qu'un poids invisible pesait sur lui et que la nuit tentait de l'engloutir.
Se dépenser, il avait besoin de se dépenser… Malgré la fatigue qui pesait déjà sur tout son être. Il avait besoin de se défouler, d'évacuer toute la noirceur qui s'insinuait en lui.
Se relevant silencieusement il s'éloigna de leur campement. Sans trop savoir où le menait ses pas, il avançait, s'éloignant progressivement de la forêt. Il s'arrêta une fois arrivé sur une plage de sable fin. L'océan était calme, à peine bruyant, et scintillait doucement sous la pâle lueur des étoiles. Ce spectacle si paisible commença à le rassénérer. Concentré sur la douce musique des vagues il se sentait étrangement tranquille, curieusement apaisé. Se déshabillant rapidement, il se jeta sans hésiter dans l'océan.
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Le lendemain lui apporta une lettre de Dumbledore. Ce dernier lui faisait un résumé assez complet de la situation politique en Angleterre et des événements à la fin de la guerre, lui détaillant notamment les scandales ayant entouré Croupton et permettant l'élection de Fudge, les procès des Mangemorts et les postes du ministère. Sirius le lut avec attention, enregistrant le moindre détail. Ce courrier lui donnait beaucoup d'informations sur lesquelles réfléchir et à mélanger avec ses propres opinions, ce qu'il avait essayé de deviner pendant toutes ces années, ce qu'il avait entendu pendant les délires de ses voisins de cellule. Le directeur évitait néanmoins presque toutes les informations personnelles, exposant les faits généraux, ne disant rien sur les membres de l'Ordre ou sur Severus, aucune explication de ce qu'il faisait comme professeur à Poudlard.
La deuxième partie de la lettre lui révélait également les dernières tentatives de Voldemort pour revenir, ses confrontations avec Harry, ainsi que la prophétie du professeur Trelawney au garçon… Encore une prophétie… Sirius la lut avec inquiétude mais sans réelle surprise. Une part de lui avait toujours su que cette guerre n'était pas finie… et il était plus que prêt à se battre à nouveau. Il en avait presque encore plus envie qu'avant, aujourd'hui plus que jamais il était prêt à mourir pour cette cause. Ce qui l'effrayait le plus était le rôle qu'Harry et Peter auraient à jouer dans ce retour.
Il ne répondit pas tout de suite à Dumbledore, préférant prendre quelques jours pour bien intégrer toutes ses révélations et de réfléchir avant de partager ses propres réflexions. Réflexions qui avaient au moins le mérite de le détourner de ses idées noires. Il avait toujours fonctionné ainsi, se focalisant sur le malheur ou le bonheur des autres pour ignorer ses propres souffrances. Il avait commencé en défendant Remus et en faisant tout pour être à ses côtés. Puis il y avait eu les blagues des Maraudeurs, ridiculiser ceux qu'il devinait être des futurs Mangemorts, en faisant tout pour James et Lily. Et puis il s'était jeté corps et âme dans la guerre, ne reculant devant aucun danger, frôlant bien trop souvent la mort… ne jamais être inoccupé, sans cause à défendre… ne jamais se retrouver seul avec ses blessures, les ignorer pour leur dénier le droit d'exister. Compatir à la souffrance des autres, les pousser à la confidence, pour ne jamais avoir à reconnaître ses propres failles
Oui, la crainte d'un retour de Voldemort, réfléchir aux moyens de l'empêcher et de protéger Harry l'occupait beaucoup… mais ne l'apaisait pas et ne lui rendait pas le sommeil pour autant.
Il finit, enfin, par recevoir une lettre de Remus également, il l'ouvrit rapidement, faisant semblant de ne pas remarquer le tremblement qui s'était emparé de ses mains et son cœur qui s'emballait douloureusement. Cette simple lettre voulait dire tant de choses pour lui. C'était une page sombre qui se tournait laborieusement, un trait tiré sur ces treize années misérable. Cette lettre c'était la preuve qu'il avait à nouveau un ami qui l'aimait, pour qui il comptait. Oui son cœur battait à lui faire mal, mais une étrange chaleur s'était emparée de lui. Remus se souciait encore de lui.
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« Yorkshire, jeudi 30 juin
Mon cher Sirius,
Si tu savais comme ça me fait bizarre et comme je suis heureux de pouvoir écrire à nouveau ces mots. Tu m'avais terriblement manqué Patmol. Je te pardonne sans difficulté car je m'en veux aussi terriblement… Sirius, comment peux-tu t'excuser auprès de moi alors que je t'ai laissé croupir douze ans à Azkaban ? Depuis que j'ai compris la vérité, je n'arrête pas de me dire que j'aurais dû comprendre, j'aurais dû te faire confiance ou au moins creuser un peu pour découvrir la vérité. Je pense que nous avons tous les deux été bien aveugles. Cette époque était terrible Sirius… personne n'aurait pu deviner ce qui allait se passer…
Ils me manquent aussi terriblement tu sais… Tous les jours… ça a été vraiment dur de vivre sans vous… J'ai l'impression de ne plus être entier, qu'une part de moi sera toujours manquante, de ne plus trouver ma place. Mais maintenant mes souffrances me paraissent si dérisoires à côté des tiennes. Je sais que tu auras du mal à répondre à cette question, mais comment vas-tu Sirius ? Comment vas-tu, vraiment ?
A mon tour de répondre à ta question. Tu n'as pas à t'excuser de n'avoir pas pu rester à mes côtés pendant toute la nuit, tu étais si faible Patmol, je t'ai déjà bien assez blessé… Mais merci mille fois d'avoir mis ta vie en danger pour que je ne blesse pas les enfants. L'essentiel est là, mis à part toi, je n'ai blessé personne cette nuit-là. Bien sûr, cette pleine lune n'a pas été très facile, le loup n'a pas du tout apprécié de sentir des humains aussi près et de ne pouvoir en goûter aucun… et il était incroyablement en colère d'avoir découvert la trahison de Queudver… qui lui a rappelé à quel point Cornedrue lui manquait. Mais le loup était vraiment heureux d'avoir retrouvé Patmol, il lui avait terriblement manqué. James et Peter en étaient verts de jalousie, mais nous savons bien que le loup a toujours préféré Patmol… Oui cette pleine lune a été dure mais rassure-toi je m'en suis remis assez vite. Par contre (ne hurle pas je t'en prie) j'ai démissionné de mon poste de professeur… Severus a révélé ma condition, je veux éviter un scandale pour Dumbledore, et je ne veux pas prendre à nouveau le risque de blesser des élèves. De toute façon, j'ai l'habitude de changer de métier, ce n'est pas bien grave.
Mais je m'en veux énormément d'avoir offert une occasion de s'enfuir à Peter. J'aurais tant voulu que tu sois innocenté. En attendant j'espère que tu as trouvé ta thébaïde, et que tu arriveras à te reposer un peu, à te calmer. J'ignore combien de temps ce hibou mettra pour te trouver, mais j'espère qu'il sera dépaysé ! Ne reviens pas tout de suite nous voir en Angleterre, même pour Harry !
Tu as raison Harry est exceptionnel. Ils seraient vraiment fiers de lui ! Il m'a impressionné pendant toute cette année, il y a une force incroyable en lui ! Je pense qu'il a hérité du talent pour les DCFM de James (il arrive déjà à réaliser de magnifique Patronus !) par contre, s'il est loin d'être aussi doué que Lily en potion, il a vraiment pris son caractère enflammé ! Tu sais, tu as réussi à gagner sa confiance et son affection si rapidement. Il t'apprécie réellement.
Sirius… Je t'ai haï pendant treize ans… ça a été la chose la plus dure que j'ai jamais eu à faire. Et maintenant je suis si heureux de pouvoir dire à nouveau que tu es mon ami.
Profite bien de tes vacances vieux chien fou. Tu veux que je t'envoie une ba-balle pour t'amuser à courir après ?
Remus
PS : je me suis dit qu'il pourrait être utile de t'envoyer des parchemins et de l'encre, je ne suis pas sûr que tu sois installé à côté d'une papeterie. »
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Sirius acheva sa lecture, étrangement ému et un léger sourire sur les lèvres. Merlin, que son ami lui avait manqué ! Il ne remplacerait jamais James bien sûr, mais le jeune homme avait toujours occupé une place particulière dans le cœur de Sirius. Les deux hommes, de l'extérieur si différents, avaient toujours été très proches. Le loup et le chien, le monstre et le traître à son sang… ils s'étaient souvent bien mieux compris que James et Peter qui ne savaient pas ce que c'était que de ne pas trouver sa place. Et même après avoir été séparés pendant si longtemps, Remus le comprenait encore si bien. Bien sûr qu'il avait failli hurler en apprenant ce que Severus avait fait et qu'il l'aurait étranglé s'il l'avait eu devant lui, et oui il aurait du mal à répondre à la question de Remus sur son état, mais il savait aussi qu'il avait besoin d'essayer de se confier autant qu'il avait besoin des blagues de son ami pour lui prouver que les Maraudeurs existaient encore. Il lui répondit presque instantanément.
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« Définitivement pas en Yorkshire, mercredi 13 juillet
Merci Remus,
Merci pour cette lettre, pour les parchemins, pour ta sincérité, tes inquiétudes…
Tu as raison, ce n'est pas facile pour moi de répondre, tu l'as toujours su je n'ai jamais été bon pour exprimer mes sentiments… et ces douze ans… à Azkaban… il n'y aucuns mots pour en parler… et pour être honnête je n'ai pas très envie de le faire… j'essaye d'éviter tout ce qui peut me faire penser à là-bas… disons que j'ai passé douze ans enfermé en tête à tête avec moi-même, avec mes émotions, toutes celles que j'ai toujours essayé de cacher.
Je crois que je n'ai pas trop eu le choix de les accepter
De les comprendre
J'ai toujours eu cette rage, cette colère qui bouillonnent en moi, toutes ces émotions négatives… tout ce qui me poussaient à me conduire comme un idiot, à être un imbécile prétentieux parfois… mais en un sens, j'ai accepté qu'elles fassent partie de moi maintenant
Je ne vais pas très bien pour autant… C'était… c'était pire que tout… Et je crois que je ne m'en suis pas complètement évadé, que je n'en sortirais jamais complètement… Un bout de moi est resté là-bas… ou alors un morceau de Détraqueurs s'est accroché à moi…
Je les sens encore… tout le temps
J'ai peur de fermer les yeux… et de les voir
J'enrage de me sentir aussi faible
Et pourtant tu as raison, j'ai trouvé mon havre de paix, je retrouve avec joie le soleil (bien plus qu'en Angleterre), je suis dans une nature sauvage inconnue à explorer, je me suis même baigné dans l'océan… Je ne l'avais jamais fait avant. Je sens l'air sur mon visage. Ça fait déjà un an que je me suis échappé… mais je ne m'en lasse toujours pas. J'ai… j'ai toujours l'impression de suffoquer parfois. L'air… la lumière… la liberté… ça m'avait tant manqué.
Ce sont les nuits qui sont les plus dures… je voudrais me reposer… mais… enfin tu sais… Disons que ceux qui rêvent ont bien de la chance. Moi j'ai des insomnies…
Ou bien des cauchemars qui me poursuivent, les Détraqueurs et les visages… ceux de James et Lily… et ceux des Moldus… ceux qui étaient là quand… ceux que Peter a tué sous mes yeux… mon esprit refuse de les oublier.
Assez parler de moi… c'est un peu épuisant.
Tu me dis que tu as l'habitude de changer de métier. A quoi ont ressemblé ces douze, ces treize années Remus ? Dumbledore m'a envoyé une lettre, il a commencé à m'expliquer la fin de la guerre, la situation politique, ses préoccupations concernant un retour de Voldemort. Mais je veux savoir, pour toi Remus, que s'est-il passé pendant ce temps ? Ne me cache pas ta douleur, ta solitude.
… Je pensais à toi à chaque pleine lune tu sais… J'arrivais un peu à observer la lune depuis la minuscule fente de ma cellule qui donnait sur l'extérieur… Je me transformais en Patmol pendant toute la nuit… J'avais l'impression d'être un peu à tes côtés, ça me réconfortait.
J'aurais bien envie de déchiqueter cet abruti de Rogue. Comment a-t-il pu te faire ça ? Je m'en veux un peu… sans moi il ne t'en aurait jamais autant voulu. Mais quel crétin ! D'ailleurs comment a-t-il pu devenir professeur à Poudlard ? Comment Dumbledore a-t-il pu fermer les yeux sur son passé de Mangemort ? (Tu penses bien que le vieux m'a passé ces détails sous silence dans sa lettre…)
D'ailleurs Remus… je suis désolée de te demander ça, de remuer tous ces souvenirs mais…
Dumbledore m'a vraiment juste raconté l'essentiel. Tu le connais, moins il en dit, plus il est content.
Il ne m'a parlé d'aucun des membres de l'Ordre… C'est cruel de te demander ça mais… que sont-ils devenus ? Ron est le neveu de Fabian et Gideon c'est bien ça ? Je me souviens qu'ils nous parlaient sans arrêt des enfants de leur sœur. J'ai vu Alastor plusieurs fois quand il venait déposer ceux qu'il avait arrêté. Mais ça fait plusieurs années maintenant que je ne l'ai pas vu, est-ce qu'il lui est arrivé quelque chose ?
J'ai vu Neville à Poudlard, le fils d'Alice et Frank, je l'ai reconnu assez vite, il leur ressemble beaucoup aussi. J'ai vu qu'il était à Gryffondor avec Harry, ils doivent être fiers non ?
… j'ai un peu peur de connaître les réponses… je me doute bien que certains ont dû mourir… Dumbledore m'a dit que certains Mangemorts avaient été terribles après la disparition de Voldemort. Ne me cache pas la vérité Remus. Comment vont Emeline, Caradoc, Sturgis ?… je pensais à vous tous si souvent… vous m'aidiez un peu à tenir.
Je m'en veux vraiment Remus de te demander ça, de remuer ces souvenirs douloureux, mais j'ai besoin de savoir.
J'ai une dernière question… j'ai peur de te la poser…
Bellatrix…
Elle est passée devant ma cellule, elle me riait au nez comme la folle qu'elle a toujours été… Je l'entendais hurler souvent… elle n'était pas très loin de ma cellule…
Remus… comment a-t-elle été attrapée ? Pour quel motif a-t-elle été condamnée ? Pour le meurtre de qui ?
Dumbledore m'a tout de même expliqué pourquoi il a envoyé Harry chez ces abrutis… le pauvre… et la pauvre Lily, si elle avait su que son imbécile de sœur « élèverait » son fils… Je suis si énervé de comprendre que son enfance ressemble bien plus à la mienne qu'à celle de James…
Tu sais Moon-moon, ça me fait un bien fou de t'écrire.
Je ne peux pas vraiment t'envoyer de souvenir de vacances, ni de cartes postales, à défaut j'espère te dépayser un peu avec cet oiseau.
Même sans signer, il faut être abruti pour ne pas comprendre de qui vient cette lettre… mais tout de même si elle était interceptée je ne voudrais pas te causer de problèmes
Ton vieux chien fou
PS : pas besoin de baballe, je me ronge les crocs sur les os des oiseaux que Buck a mangé.
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Il avait écrit cette lettre sans faire de pause, sans vraiment réfléchir, en l'achevant il se sentit lessivé, comme s'il avait couru un marathon en même temps. Il n'avait pas l'habitude de se livrer ainsi. Par écrit tout était plus facile, mais il se sentait tout de même vidé, sans force. Après l'avoir envoyée il s'effondra sur le sol, et pour la première fois depuis longtemps, s'endormit d'un sommeil sans rêve, ni cauchemar. Une fois réveillé, il répondit enfin à Dumbledore, lui partageant ses inquiétudes et ses réflexions, la plupart concernant le caractère de Peter, oui il essayerait de retrouver Voldemort, c'était la seule chose qui lui restait à faire maintenant. Il lui livra également quelques petites remarques qu'il avait saisies pendant le sommeil troublé de ses voisins de cellule. Il lui fallut un peu de temps pour écrire cette partie, il détestait penser à ces moments qui s'imposaient déjà bien trop à son esprit. Malgré le soleil brûlant, il frissonnait comme s'il était à nouveau sur cet île du Nord. Une fois sa lettre pour le directeur achevée, il écrivit à Harry, se forçant à adopter un ton beaucoup plus joyeux, ne voulant pas inquiéter le jeune homme mais lui prouver qu'il pouvait lui faire confiance.
Il rongeait toujours son frein, ayant du mal à profiter réellement du cadre idyllique qui l'entourait alors qu'il savait que ses amis… son ami… était toujours en Angleterre et que son filleul risquait d'avoir besoin de son aide. Il savait que quelque chose se préparait, il était sûr que la guerre allait reprendre. Il le sentait dans toutes les fibres de son corps et n'attendait qu'un signe pour s'envoler et se battre à nouveau.
Il n'avait jamais supporté l'attente et l'inaction.
Il avait tout de même réussi à trouver une sorte de routine. En journée il se contentait de courtes périodes de sommeil qui dépassaient rarement l'heure et qui étaient peuplées de cauchemars, de Détraqueurs et de cadavres dansant devant ses yeux, il en ressortait rarement reposé. Mais de toute façon, cela faisait treize ans qu'il ne se rappelait pas ce qu'était une bonne nuit de sommeil. Il s'occupait pas mal de Buck, essayant tous les deux de trouver à manger, des oiseaux la plupart du temps mais Sirius avait réussi quelques fois à pêcher des poissons. Il avait également trouvé de nombreux fruits comestibles et aux goûts nouveaux qui le ravissait. Il passait également de longues heures à explorer la forêt qui l'abritait, découvrant avec curiosité cette faune et cette flore qui lui était inconnue, il essayait de savourer pleinement le cadre qui l'entourait, le soleil et les chants joyeux des oiseaux.
Sauf la nuit. Une fois l'obscurité tombée, leurs gazouillements ressemblaient bien trop aux cris qui le hantaient encore… Travers, Rookwood, les Lestrange, il les entendait encore hurler, il croyait bien trop souvent les sentir à ses côtés. Il trouvait souvent refuge sur la plage, où il pouvait s'allonger sur le sable et contempler les étoiles et où le clapotis de l'océan le rassurait, le berçait presque. Il s'était endormi quelques fois sur cette plage, par surprise. A Azkaban déjà il aimait beaucoup le rugissement de la mer du Nord se déchaînant sur les rochers de l'île. Au milieu de cet enfer, des rires et des gémissements, il s'était toujours accroché au bruit des vagues, la preuve que le monde extérieur existait toujours et qu'un jour il pourrait peut-être le rejoindre à nouveau.
Il mangeait toujours peu, mais entre ses longues promenades, ses baignades, il sentait au moins qu'il reprenait un peu de muscles, de souffle, de forces. Cela faisait longtemps qu'il ne s'était pas senti aussi vivant. Le soleil lui avait tant manqué, il reprenait des couleurs également. Mais il respirait toujours l'air à pleins poumons pour ne pas suffoquer.
Dans ces moments, où il s'extasiait devant un oiseau, avant de se sentir soudainement oppressé, comme si les Détraqueurs étaient toujours autour de lui, il se sentait complètement perdu. Il ne savait même plus quel âge il avait, parfois il lui semblait qu'il avait toujours 21 ans, que le temps s'était arrêté pendant toutes ces années… avant de soudainement avoir l'impression d'en avoir 80… d'avoir vieillit trop vite, qu'on lui avait volé toutes ces années, sa vie entière.
C'était dans ces moments qu'il ressentait encore plus cruellement l'absence de James et Lily. Il était vrai qu'avec Remus ils se comprenaient facilement, mais il n'y avait souvent qu'avec James qu'il arrivait à se confier. Il savait très bien que son ami aurait su trouver l'attitude juste, l'équilibre entre l'écoute attentive, la compassion et l'humour pour le distraire. Son ami avait toujours su lui dire les mots qu'il avait besoin d'entendre. Et lui qui avait toujours été si indépendant, si défiant envers les adultes, aurait tant voulu avoir des parents à ses côtés, peut-être pour la première fois de sa vie, il aurait voulu être vraiment l'enfant de quelqu'un, avoir des bras pour le rassurer, une oreille attentive pour s'épancher et des conseils avisés… Euphemia et Fleamont Potter lui manquaient… Ils l'avaient accepté sans problèmes, sans le juger, ils l'avaient aidé à traverser des passes si difficiles, quand il commençait à vriller, à détruire tout ce qui l'entourait, quand il s'était enfuit, quand il doutait de lui, quand il n'avait rien… Ils avaient toujours été là sans vaciller, le disputant parfois, mais l'aimant toujours.
Il n'était pourtant pas dans son habitude de vivre dans les regrets, mais sur cette île paradisiaque il se sentait pourtant à nouveau si prisonnier, tournant en rond, inutile, il ne lui restait que ses humeurs sombres à ruminer.
Il avait tout de même reçu une nouvelle lettre de Dumbledore, lui apprenant notamment, au grand étonnement de Sirius, la mise en place du Tournoi des Trois Sorciers à Poudlard et quelques informations sur ceux qu'il pensait être encore des partisans de Voldemort. Harry lui avait aussi répondu, lui parlant avec humour et détachement de ses vacances chez les Dursley. Sirius avait appris avec joie que grâce à lui ils se comportaient mieux, mais le reste l'avait mis dans une colère noire. Lily et James l'avaient tant aimé ce petit, avaient tant de projets pour lui, de choses à lui donner… Harry n'aurait jamais dû avoir une enfance aussi triste. Quelques jours plus tard il eut également des nouvelles de Remus.
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«Toujours au même endroit, jeudi 28 juillet
Sirius,
Merci de ton honnêteté !
Je voudrais être à tes côtés pour te soutenir… tu es fort, je sais que tu arrives à te débrouiller, mais tout de même, j'aimerais pouvoir t'aider…
Je vais avoir l'air d'une mère poule, prépare-toi. Tu me parles des os des oiseaux mangés par Buck… que manges-tu toi ? J'imagine que pendant tes recherches de survie, tu ne t'étais pas trop intéressé à la faune et la flore des régions tropicales… Sirius tu es devenu si maigre, je ne peux m'empêcher de m'inquiéter. J'imagine que tu n'as pas énormément d'appétit.
Je voudrais être à tes côtés, les nuits notamment, pour t'aider à affronter tes cauchemars. Je me souviens bien qu'avant Azkaban déjà tu avais du mal à dormir. Je pense que dans cette situation, Patmol est ton meilleur allié. Dors en journée, sous ta forme de Patmol, par à-coups… Profite du soleil, du chant des oiseaux et des vagues pour oublier Azkaban… Je pense à toi, sois fort.
Je vais essayer d'avoir la même honnêteté que toi. Cette lettre est difficile à écrire pour moi, et je suis désolée de la peine qu'elle va te causer.
Concernant ces douze années… Il n'y a pas grand-chose à dire, j'ai cherché une place sans la trouver. J'ai enchaîné des petits emplois inintéressants et pour lesquels j'étais trop qualifié, fuyant à chaque fois avant qu'on me pose des questions sur mes absences. J'ai déménagé souvent, passant d'une misérable maison à un appartement miteux. J'avais eu pas mal d'espoir au moment de l'invention de la potion Tue-Loup, elle est malheureusement affreusement cher… c'est en grande partie pour ça que j'ai accepté de venir à Poudlard… et parce que Dumbledore avait réussi à me convaincre que je pourrais protéger Harry, de toi. Cette année a été terrible, pour toi aussi j'imagine. Tout me ramenait à vous, nos jeux, nos rires, nos disputes…
Je n'ai créé aucune attache, par peur. Et parce que c'était trop douloureux. Je ne pouvais pas créer de nouveaux liens, pas après vous, je ne voulais pas revivre ce bonheur et cette souffrance à nouveau. Il n'y a pas grand-chose à raconter, si ce n'est la solitude immense, les regrets, la nostalgie… l'incompréhension, la colère et la souffrance. Je tenais même les membres de l'Ordre à distance. Dumbledore s'est accroché, il prenait régulièrement de mes nouvelles, s'inquiétant comme il l'a toujours fait. Alastor et Emeline m'envoyaient aussi des lettres de temps en temps, prenant des nouvelles. Alastor évoquait parfois à demi-mots qu'il t'avait vu à Azkaban… il avait deviné tu sais, que tu n'étais pas devenu fou comme les autres, il me l'a avoué dans une lettre cette année. Il me dit que tu n'avais pas le même regard que les autres, qu'ils n'avaient pas réussi à éteindre la flamme dans tes yeux. En parlant d'Alastor, rassure-toi, il a tout simplement fini par prendre sa retraite, tout en étant toujours aussi paranoïaque et en ayant en plus toutes ses journées pour s'inquiéter. Dumbledore a tout de même décidé de l'embêter un peu, c'est lui qui me succédera au poste de Défense contre les Forces du Mal cette année. Honnêtement, j'aurais presque envie de me faire élève à Poudlard pour le voir enseigner !
Concernant toutes tes questions, je vais commencer par répondre à la plus simple. Je ne sais pas du tout ce qui s'est passé entre Rogue et Dumbledore pour qu'il lui fasse autant confiance. Tout ce que je peux te dire c'est qu'à son procès, il l'a défendu prétendant qu'il était un espion pour son compte… je suis tout comme toi persuadé que Severus a réellement été un Mangemort, pourquoi et avec quels arguments Dumbledore l'a-t-il fait changer de camp, je n'en ai aucune idée, toujours est-il que Dumbledore jure qu'il est sûr de son honnêteté. Et concernant le fait qu'il ait révélé mon secret… Et bien, Sirius ne soit pas prétentieux au point de t'en attribuer tout le mérite, je sais me faire des ennemis moi-même ! Il me déteste tout autant que toi, plus même encore que pendant notre jeunesse ! Ne t'en fais pas, il aurait bien trouvé un moyen de me tirer dans les pattes, avec ou sans toi. Honnêtement je suis déjà étonné qu'il ait préparé la potion Tue-Loup correctement pendant toute l'année.
Ensuite, concernant l'Ordre et la fin de la guerre. Oui cette période était vraiment horrible… le monde des sorciers était en fête, nous nous étions en larmes… Bien sûr moi je traînais ma douleur de la mort de James, Lily, Peter et de ce que je croyais être ta trahison. Mais il y avait bien plus que cela. Les Mangemorts étaient complètement paniqués, désespérés. Ils étaient partagés entre ceux se cachant ou ceux tentant plein d'attaques de la dernière chance contre les membres qu'ils arrivaient à trouver… Caradoc a disparu, on n'a jamais su ce qui lui était arrivé, son corps n'a jamais été retrouvé. Fabian et Gideon sont morts aussi… ils se sont battus, ils étaient à cinq Mangemorts pour les vaincre… dont Dolohov, c'est pour leurs meurtres qu'il a été arrêté.
Les procès de Mangemorts étaient terribles aussi, il y en a tant qui s'en sont sortis en disant qu'ils avaient été mis sous Imperium, Malefoy, Crabbe, Avery… ou McNair que tu as dû voir à Poudlard quand il est venu pour exécuter Buck, Tu as dû voir également que Karkaroff a été libéré, il s'en est sorti en dénonçant plusieurs Mangemorts, comme Rookwood (qui espionnait le ministère pour Voldemort) il a ensuite fui l'Angleterre, par peur des représailles j'imagine. Il est directeur de Dumstrang maintenant.
Concernant Bellatrix… elle a été arrêtée avec Rodolphus, Rabastan et Barty Croupton… Ils ont été capturés peu de temps après la chute de Voldemort et, désolé Sirius, ça va être douloureux. Ils ont réussi à attraper Alice et Frank et les ont torturés, persuadés qu'ils savaient où était Voldemort. Ils les ont soumis à tellement de doloris qu'ils en sont devenus fous… Aujourd'hui encore, ils sont à Sainte Mangouste… ils sont ailleurs, dans leur propre monde et n'ont pas vraiment de souvenirs, ils ne reconnaissent personne. Je vais les voir de temps en temps. C'est affreusement triste, ils sont juste brisés… leur regard s'est éteint. Ils ne souviennent même plus de leur fils, Neville a été élevé par sa grand-mère. C'est un garçon assez incroyable, au premier abord il est assez peureux et il est loin d'être aussi brillant scolairement que ses parents. Mais il a une force formidable, un courage venu de je ne sais où qui le fait tenir. Il ne parle à personne de ses parents, de ce qu'il a traversé, il ne se plaint jamais. C'est un enfant vraiment touchant, un petit garçon en manque d'amour et de reconnaissance.
Un autre point assez important Sirius, tu ne m'as rien demandé mais je pense que tu devrais savoir. Ta mère est morte, quelques années après ton emprisonnement. En fait, tes grands-parents aussi… je crois que tu es le dernier à porter le nom Black. Je te vois hausser les épaules, comme si tu te souciais de savoir qui porte encore le nom Black. C'est juste que comme tu le savais déjà, même si ta mère t'avait renié et que tes parents t'avaient enlevé ton statut d'héritier, ton père ne t'avait jamais complètement déshérité et Regulus étant mort avant toi, tu as hérité de tous les biens de tes parents, encore une fois je pense que tu t'en fiches, mais je me suis dit qu'il fallait que tu sois au courant.
Je suis désolé de t'envoyer une lettre avec autant de mauvaises nouvelles.
Je suis de tout cœur avec toi
Remus
PS : je me sens bête de ne pas y avoir pensé avant, mais voilà quelques mots croisés découpés dans la Gazette pour t'occuper un peu. »
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Sirius acheva sa lecture, complètement fébrile. Reposant la lettre, il partit en courant dans la forêt, laissant Buck et le hibou légèrement surpris derrière lui. Son cœur cognait si fort dans sa poitrine. Il l'avait toujours su pourtant, pendant toutes ces années, il savait très bien que ses voisins de cellule étaient là pour des meurtres, les meurtres de ses amis. Il avait cru s'être préparé, que la réalité ne le blesserait plus. Il s'était leurré encore une fois. Fabian et Gideon, qu'il avait toujours cru invincibles, qui l'avaient si souvent soutenu, qui étaient si généreux, si souriants et si forts, morts. Caradoc avec qui il avait passé des heures à refaire le monde autour d'une bierraubeurre ou de whisky Pur-Feu les soirs où ils voulaient oublier, mort. Alice et Frank… détruits. Il avait été à leur mariage aussi, ils avaient parlé avenir ensemble, il avait mangé chez eux parfois. Il s'était extasié devant Neville, impatient de le voir jouer avec Harry. Et c'était sa cousine qui les avait brisés… son propre sang qui les avait torturés.
Malefoy, Crabbe, Avery et tant d'autres libres, respectés, innocentés pendant que lui croupissait en prison.
Rogue… innocenté, professeur à Poudlard… agent double. Était-il vraiment possible qu'il ait changé de camp, avait-il fini par se rendre de l'erreur commise en s'intéressant à la magie noire et en s'engageant auprès de Voldemort ? Qu'avait pu découvrir Dumbledore pour qu'il lui fasse confiance ? Et pouvaient-ils de toute façon se fier à Dumbledore ? Sirius savait très bien que Remus le suivait aveuglément, il était bien trop reconnaissant envers le directeur pour tout ce qu'il avait fait pour lui… mais Sirius ne pouvait oublier que Dumbledore c'était déjà trompé plusieurs fois.
Remus seul et isolé. Son ami était pudique, il ne s'était pas étendu sur ses souffrances, mais Sirius les devinait, il savait ce qu'il ne disait pas, il comprenait sa solitude immense, son désespoir, son regret des jours heureux et la douleur de la trahison, de l'incompréhension. Il devinait l'isolement par crainte, non pas à cause de sa nature de loup-garou, mais par crainte d'être blessé à nouveau. Les Maraudeurs avaient mis du temps à percer la carapace de Remus et à gagner sa confiance, mais ensuite il s'était livré complètement à eux, leur ouvrant son monde sans restriction. L'amitié qui avait unie les Maraudeurs n'étaient pas de celles que l'on trouvait deux fois dans une vie.
Sirius s'arrêta de courir à bout de souffle, le cœur au bord de l'explosion. Sa mère morte… Il découvrit avec douleur et étonnement que cette nouvelle l'attristait. Et pourtant, il était si convaincu que cette femme ne représentait rien pour lui, il avait déjà vécu la douleur de perdre ses parents, il y a 14 ans quand les parents de James étaient morts. Fleammont et Euphémia l'avaient bien plus aimé que ses propres parents et il avait réellement souffert à leur mort, sentant un vide en lui que plus rien ne pourrait venir combler. Les Potter le connaissaient bien mieux que les Black, ils s'étaient réellement intéressés à lui, échangeant de nombreuses lettres, prenant le temps de l'écouter, lui expliquant fermement quand ils pensaient qu'il agissait mal, le réconfortant quand sa peine était trop lourde, l'accueillant à bras ouverts quand il n'avait plus rien. C'étaient eux sa vraie famille, sans aucune hésitation. Alors pourquoi était-il si triste et si énervé d'apprendre que cette femme si froide et détestable n'était plus ? Elle lui avait donné la vie, mais c'était tout. Ensuite tout ce qu'elle avait voulu lui apprendre c'était manger proprement, respecter les plus forts, haïr le monde entier et mépriser les plus faibles. Il ne lui devait rien.
Sirius avait six ans lorsqu'il avait compris que ses parents étaient incapables d'aimer, de donner de l'affection, dans sa naïveté d'enfant il avait tout de même espéré qu'un jour cela changerait. Il en avait treize lorsqu'il avait découvert ce qu'était vraiment l'amour de parents pour un fils et qu'il s'était dit que l'amour des Potter lui suffirait peut-être. Il en avait seize, lorsqu'en claquant la porte du square Grimmaurd, il avait admis que ses parents ne l'aimeraient jamais et qu'il avait déclaré qu'il s'en fichait. Mais voilà... Il était tout de même toujours leur fils.
Il avait trente-trois ans, bientôt trente-quatre, lorsqu'il comprit qu'il n'avait jamais cessé d'espérer, que l'adolescent de seize ans n'avait fait que se mentir depuis tout ce temps.
Sa mère ne l'avait jamais aimé et elle était morte. Désormais il était impossible qu'elle l'aime un jour. Il était temps d'enterrer définitivement le petit garçon de 8 ans qui espérait lui faire plaisir avec un dessin ou qu'elle viendrait le consoler après un chagrin. Il ne serait jamais l'enfant chéri de quelqu'un. Voilà ce qui le rendait triste.
Sa respiration s'accélérait encore, une fois de plus il se sentait perdre pied. Comme à Azkaban il se força à prendre des grandes respiration et à se répéter simplement la vérité.
« Caradoc, Fabian et Gideon sont morts, comme tant d'autres avant eux. Ce n'est pas de faute. Alice et Frank sont devenus fous. Tu n'es pas leurs bourreaux. Tu ne peux rien y faire, tu ne peux pas changer ce qui est arrivé. Remus a souffert pendant douze ans, tu ne peux pas l'effacer. Remus est fort, il n'a pas besoin que tu le plaignes. Il a besoin que tu sois à ses côtés maintenant et que vous vous souteniez tous les deux. Tu ne peux pas changer le passé, mais tu peux te battre pour que Harry, Neville, Remus et tous ceux qui avaient tant soufferts de cette guerre n'aient plus rien à craindre. »
Sa respiration s'apaisa légèrement en même temps que son regard se faisait plus dur. Même si pour l'instant il ne faisait qu'attendre le signal d'alarme, contenant sa rage, il se faisait presque une promesse. Il ferait son possible pour que les horreurs du passé ne se reproduisent pas.
En attendant, et bien il n'avait qu'à faire des mots croisés.
Il était tout de même ému que Remus y ait pensé, il n'était plus habitué à de telles attentions, à ce qu'on se soucie de lui, de ses goûts et de son bien-être. Paradoxalement, cette idée le bouleversait et l'apaisait en même temps. Il avait toujours été beaucoup plus à l'aise pour donner des marques d'affection que pour en recevoir. Il s'empressa tout de même de répondre à Remus, le remerciant mais s'efforçant de lui cacher le réel bouleversement que sa lettre avait provoqué. Sirius n'avait pas l'habitude d'être à fleur de peau ainsi et ne voulait pas le montrer à son ami… qui était de toute façon bien trop loin pour l'aider réellement. Car c'était de ça dont il avait besoin, de la présence physique de Remus, comme au bon vieux temps… l'époque où ils étaient si heureux… Heureux… Le bonheur… Des mots qui résonnaient si étrangement à ses oreilles. Il avait été prisonnier d'Azkaban si longtemps qu'il oubliait qu'il avait été heureux à une époque. Il lui semblait parfois n'avoir connu que le noir, le désespoir et la folie. Pourtant, loin de l'influence omniprésente et terrible des Détraqueurs, ce bonheur lui revenait par bribes et il réapprivoisait doucement cette idée… le bonheur existait quelque part… il lui faudrait simplement le trouver… sans James…
Remus était-il aussi perdu que lui ? Avait-il trouvé un peu de joie quelque part ?
Sirius en doutait. Il évoqua prudemment ce sujet dans sa lettre, il était difficile de mettre des mots sur son mal-être mais il s'en sentait néanmoins apaisé. Il ne parla par contre pas de la mort de sa mère. Il n'y avait qu'avec James puis Lily qu'il avait été capable de parler de sa famille et de ses sentiments envers eux.
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Les mots croisés et les gazettes envoyés par Remus et Dumbledore avaient au moins eu le mérite de l'occuper, tout en le perturbant. En faisant les jeux ou lisant les articles sur la vie quotidienne, il se réalisait à quel point il ne savait plus où se situer. Il se sentait si loin d'un monde dans lequel on organisait une coupe du monde de Quidditch… pourtant il y était allé enfant, avec son père et Regulus… un des rares souvenirs heureux de son enfance… Cela lui paraissait pourtant si loin maintenant, si peu important. Est-ce que la vie avait réellement de l'importance de toute façon ? Il avait toujours eu l'impression de ne pas trouver sa place, impression née de sa famille qu'il rejetait mais aussi de son orgueil l'empêchant tout de même de se mêler complètement aux autres. Cette fois le sentiment était bien plus fort. C'était l'impression qu'il n'y avait de toute façon aucune place pour lui dans le monde. A Azkaban, il était bien trop concentré sur son innocence, sa vengeance, l'année dernière il ne pensait qu'à protéger Harry et tuer Peter. Et puis les Détraqueurs étaient encore bien trop proches de lui pour qu'il envisage une vie sans eux. Mais maintenant, sous ce soleil brûlant, sur ces plages de sables fins, loin d'Azkaban et de ces sombres gardiens, il réalisait seulement à quel point ils l'avaient affecté et combien il était blessé. Il n'était pas fou. Enfin il ne lui semblait pas. Mais pourquoi avait-il parfois tant de mal à respirer ? Pourquoi est-ce que ses nuits étaient peuplées de tant de voix et de visages ? Et pourquoi avait-il parfois autant envie de mourir et d'arrêter… tout simplement ? Cesserait-il de souffrir et serait-il capable un jour de dormir, de fermer les yeux sans que tant de fantômes ne viennent le hanter ?
Il n'avait jamais renoncé, n'avait jamais cessé de se battre ou de se tenir droit. Son obstination avait toujours été une de ses plus grandes forces. Il se sentait désemparé, il avait l'impression d'être un enfant en plein caprice, il avait survécu à douze ans de prison pour se sentir sur le point de craquer, alors que tout allait bien, qu'il était libre, dans un cadre paradisiaque. Seulement, il ne savait plus trop pourquoi il s'accrochait, pour qui continuait-il de se battre ? Pour se prouver qu'il était plus fort que Voldemort, que Peter et que tout ce qu'ils pourraient lui infliger ? Pour sa propre fierté ? Ou parce qu'il croyait vraiment à la cause qu'il défendait ? Et de toute façon que pouvait-il faire, auprès de qui pouvait-il se rendre utile ?
C'était dans ces cas-là qu'il écrivait à Harry, pour se rappeler qu'il y avait une personne sur terre qui attendait qu'il s'intéresse à lui, qu'il le conseille et le guide. Même si en écrivant à son filleul, il pensait douloureusement qu'il aurait voulu faire bien plus pour lui, se souvenant amèrement de toutes les soirées joyeuses qu'il avait passé à Godric's Hollow à s'occuper de lui, à l'admirer. Et comme James et Lily lui manquait.
Remus le comprenait et compatissait.
Mais James avait toujours été si doué pour le distraire et lui remonter le moral.
Lily l'avait tant fait progresser, l'aidant à abaisser ses gardes et fissurer sa carapace.
Il avait envie de hurler parfois.
Alors il devenait Patmol et il s'enfonçait dans la nature, une part de lui espérant se perdre pour toujours.
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La lettre d'Harry le surprit. Dès les premières phrases il sentit quelque chose d'étrange, pas du tout convaincu par le ton qu'il devinait faussement léger et les remarques sur le régime de Dudley qui n'était là que pour cacher une question plus importante. Il bondit en lisant le passage sur sa cicatrice.
Son sang ne fit qu'un tour.
Voilà le signe qu'il attendait. Il avait fermé les yeux sur quelques évènements inquiétants ces derniers temps, mais quelque chose se préparait cette année, il en était certain. Harry allait traverser des épreuves et il voulait être à ses côtés. Il ne voulait plus jamais le laisser lutter seul, quitte à se mettre lui-même en danger.
Sûr de lui et étrangement calme, pour la première fois depuis longtemps, il écrivit une longue lettre à Dumbledore lui expliquant les révélations d'Harry et son propre retour en Angleterre, il prévint également Remus et Harry et enfin il se tourna vers Buck, un immense sourire illuminant son visage d'une lueur inquiétante.
« Buck, il est temps de prendre des forces, un long voyage nous attend ! »
Un frisson lui parcourut l'échine, il agissait à nouveau !
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J'espère que cet OS vous aura plu.
Je suis loin d'en être satisfaite, je me suis un peu arrachée les cheveux parfois, mais bon il était temps que je le poste.
Comme je le disais la dernière fois, j'ai au moins trois idées d'OS encore, voir un quatrième. Et évolution : je sais aussi comment je finirais ce recueil, le dernier chapitre étant déjà un peu écrit (oui je n'aime pas faire les choses dans l'ordre).
Bonne journée à tous !
