PREMIER ARC : ANTE ORDINEM


TOME I : LA GUERRE NOIRE, 1997 - 2007


CHAPITRE II : Anatomie d'une débâcle

Musique indicative : We shall fight, Dario Marianelli


6 octobre 2007, ruines de Londres

Les pas de Henry Potter lui firent quitter Trafalgar Square. Toujours entouré de son escorte silencieuse, il s'engagea dans les ruines de Whitehall Street, le cœur gouvernemental britannique. Tout le quartier était à terre. Aucune construction ne dépassait plus les deux étages et la plupart des murs encore debout étaient béants, criblés de balles, souillés de longues trainées de sang et recouverts de poussières de plâtre et de béton. L'artillerie avait fait peu de cas des anciens bâtiments. La nécessité militaire l'avait emporté sur l'héritage culturel et historique. Henry Potter n'avait pas particulièrement approuvé cette décision prise par l'un de ses subordonnés mais il avait compris le besoin de l'exécuter et ne s'y était pas opposé. Une grande partie des dernières troupes de Voldemort s'étaient retranchées dans les quartiers de Westminster et de Covent Garden. A moins d'assauts coûteux en hommes et en matériels sur ces places fortifiées par les assiégés, la seule alternative était d'anéantir les défenses et de réduire l'ennemi au silence avant toute avancée. Plusieurs jours de bombardements tactiques avaient été nécessaires mais les résultats avaient été parlants. Au lieu d'une force insurmontable, la résistance avait été juste assez forte pour être à armes égales avec les assiégés. Les combats avaient été longs, brutaux, souvent au corps à corps et sans la moindre pitié mais les forces de Voldemort avaient été vaincues. L'armée avait pris possession du terrain et encore maintenant elle quadrillait le secteur, recherchant manifestement des civils à violenter et des richesses à s'approprier. Là encore Henry Potter laissa faire. C'était là une autre constante de la guerre, une qu'il avait rapidement appris à accepter.

La mort de Dumbledore avait eu un effet dévastateur sur l'Ordre du Phénix. Bien qu'il ait été présenté par lui comme son héritier et son successeur à la tête de l'organisation, Harry Potter, devenu à sa majorité Henry James Sirius Potter, Lord Potter, Lord-Baron Black, eut du mal à faire reconnaître son autorité surtout considérant les changements de doctrines qu'il inscrivit immédiatement après sa prise de contrôle. Alors que nombre de ses soutiens et de ses camarades étaient enfermés à Azkaban et étaient soumis à des expériences pour mieux comprendre la magie et pour justifier l'idéologie raciste des mangemorts, il avait également dû composer avec le délitement de son propre cercle intérieur d'amis et de relations qui pour beaucoup s'étaient empressées de fuir devant le danger devenu imminent. Ses premières semaines au sein de l'Ordre du Phénix avaient été marquées par les abandons, les traitrises, les fuites et les mensonges en tout genre, depuis les anciens fidèles de Dumbledore qui s'étaient rangés derrière Voldemort jusqu'à certains de ses amis les plus proches qui avaient disparus volontairement ou non sans laisser de traces.

L'été 1997 avait été catastrophique pour les effectifs de l'Ordre du Phénix et le moral avait chuté en flèche. Entre les arrestations, les assassinats, les désertions, les contestations et les défections diverses, l'Ordre avait conservé à peine un cinquième de ses membres, moins d'une trentaine de personnes dont beaucoup remettaient en cause l'autorité et les directives de Henry Potter. Trois raisons en particulier étaient à l'origine de cette défiance dans les rangs : outre Alastor Maugrey, il avait catégoriquement refusé de partager avec les membres de l'Ordre les informations et le détail des missions auxquels il avait participé avec Dumbledore avant sa mort. Ce secret sur ces activités avait frustré nombre de membres qui s'estimaient en droit de savoir quels plans Dumbledore avait mis en œuvre jusqu'à son décès. Devant le refus obstiné de Henry Potter, beaucoup avaient posé un ultimatum et s'étaient détournés de l'Ordre devant l'intransigeance de leur nouveau chef.

La seconde raison était plus politique. La perte de membres de l'Ordre du Phénix durant l'été 1997 avait forcé les principales figures de l'organisation à une remise en cause complète de ses buts et de ses modalités d'action. Les membres originels de l'Ordre du Phénix venaient de toutes les catégories sociales, de toutes les sphères de la société et ils exerçaient tous les métiers à tous les niveaux. On y trouvait alors aussi bien des aurors que des mères de familles, des repris de justice que des enseignants. Leurs principaux points communs étaient leur fidélité envers Dumbledore et leur opposition de fait à Voldemort. La mort de Dumbledore et la prise de contrôle du Ministère de la Magie par le mage noir changea radicalement la donne. Dans un brillant sursaut de ruse, Voldemort offrit l'amnistie à quiconque rejoindrait ses rangs, y compris ceux l'ayant combattu par le passé. Seuls ses ennemis attitrés – Henry Potter, Alastor Maugrey, Hestia Jones, la famille Weasley et quelques autres – furent d'emblée déclarés ennemis de la magie et virent leurs têtes mises à prix. Cette stratégie convainquit nombre de lâches qui, sentant le vent tourner, s'empressèrent d'aller quémander une place dans l'Ordre Nouveau de Voldemort contre un oubli de leurs propres transgressions contre lui. Et si la plupart d'entre eux furent exécutés quelques mois plus tard, les traîtrises obligèrent un renforcement de la sécurité et un affermissement du conflit.

Dès sa prise de contrôle, Henry Potter ordonna l'emploi des sorts et des charmes létaux dans les combats contre les mangemorts. C'était une décision en opposition directe de la philosophie de Dumbledore lorsqu'il était aux responsabilités et qui fut vertement critiquée par beaucoup des membres de l'Ordre du Phénix. Pour certains l'emploi de la violence était un abaissement moral face aux mangemorts, pour d'autres c'était la négation de l'état de droit qu'ils estimaient défendre. D'autres encore s'estimaient incapables de tuer et décidèrent de quitter une milice dont ils se rendaient compte qu'elle serait en première ligne des combats à venir. Nombreux refusèrent un premier temps d'appliquer ces directives et beaucoup d'entre ceux-là moururent lors des premières échauffourées contre les mangemorts. Au contraire de Dumbledore, Henry avait compris deux choses. La violence était inévitable et la rédemption, un luxe. Face aux arrestations forcées, aux viols et aux meurtres que commettaient les mangemorts tous les jours, il était impossible de continuer à résister sans véritablement mettre à terre l'ennemi de façon définitive. Considérant les pertes subies par l'Ordre du Phénix pendant l'été 1997, Henry organisa la riposte.

La contre-attaque prit deux formes distinctes. Lorsque le coup d'État de Voldemort fut exécuté fin juillet 1997, Henry ordonna tout d'abord aux membres de l'Ordre encore sous sa bannière de transmettre une invitation à tous les mécontents du nouveau régime, en particulier les membres du Département de la Justice Magique et du Département des Mystères. Aux premiers il promit la reconstruction d'un Ministère de la Magie légitime, aux seconds il promit la protection de leurs recherches et un transfert de leurs découvertes vers des lieux sécurisés. Cette tactique, soufflée par Alastor Maugrey, gonfla rapidement les rangs de l'Ordre du Phénix et priva Voldemort d'une manne précieuse, tant en effectifs qu'en ressources diverses. L'Ordre put ainsi recruter Saul Croaker, chef des Langues-de-plombs et mettre à l'abri des dizaines d'années de recherches ainsi que tout l'appareil logistique et technique du Département des Mystères, à commencer par les sites de détention, les laboratoires et les entrepôts clandestins (les sites noirs) et une grande partie de ses ressources humaines. En réaction Voldemort menaça de mort tous les anciens Langue-de-Plomb, ce qui fut l'une de ses premières erreurs de la Guerre Noire. Ces fonctionnaires, pour la plupart des chercheurs et des spécialistes des opérations spéciales, rejoignirent en masse l'Ordre du Phénix dès le début des hostilités ouvertes et formèrent un contingent fiable qui devint rapidement une ressource d'élite essentielle dans le conflit.

La seconde forme de la contre-attaque fut quant à elle économique. La prise de contrôle du Ministère de la Magie par Voldemort supposait à plus ou moins long terme soit la fermeture de Gringotts soit son ralliement au nouveau régime puisqu'en aucun cas il n'aurait été envisageable que les gobelins prennent le risque de soutenir ouvertement un groupe paramilitaire et paraétatique comme l'Ordre du Phénix. Des négociations furent certes engagées pour maintenir la neutralité des gobelins dans le conflit mais il apparut rapidement que les intérêts de Gringotts coïncidaient davantage avec ceux de Voldemort qu'avec les buts d'autres factions. La promesse d'une prise de contrôle définitive de l'économie par les gobelins dans toute la sphère d'influence des mangemorts et d'une aide militaire contre les nains scandinaves était une offre contre laquelle l'Ordre du Phénix ne pouvait rien faire. L'appétit légendaire des gobelins pour l'argent et pour la guerre contre les humains était totalement rassasié par Voldemort qui ne mettait quant à lui que deux conditions sur la table : Une allégeance à sa personne et à son régime et une aide logistique et militaire dans sa campagne contre les moldus. Si la seconde condition fut rapidement acceptée, la première nécessita de nombreux mois de tractations dont Henry Potter et l'Ordre du Phénix profitèrent à leur maximum.

Pendant tout l'automne et une partie de l'hiver 1997, les négociations entre Gringotts et les agents de Voldemort avancèrent lentement. Loin d'être un fait anecdotique, ce fut l'occasion pour le mage noir de promouvoir sa politique, affichant publiquement que pour la première fois de mémoire humaine les sorciers et les gobelins s'uniraient contre un même ennemi : les moldus. Les purges contre les nés-de-moldus et leurs familles battaient déjà leur plein aussi l'opposition à cette politique fut-elle d'autant plus discrète que les quelques voix dissonantes furent réduites au silence en peu de temps. Cependant, durant toute la négociation, l'Ordre du Phénix et Henry Potter en particulier purent accéder à leurs coffres dans les entrailles de la banque sorcière. Profitant de la lacune – sans doute calculée par les gobelins comme base de négociation future si jamais l'Ordre du Phénix défaisaient rapidement Voldemort – les membres de l'Ordre déplacèrent leurs fonds et liquidèrent leurs actifs, achetant en masse vivres, matériels, terrains, maisons et autres lieux sécurisés. Les comptes secrets du Département des Mystères furent à cet égard des ressources considérables et bienvenues. Grâce à elles, l'Ordre du Phénix pu se constituer un trésor de guerre qui fut immédiatement transféré sur le continent et pu se procurer en grande quantité tout le matériel dont il pouvait avoir besoin pour mener une guerre de grande envergure. Deux actions enfin furent entreprises : la constitution de réserves d'or en cas de l'effondrement de l'économie sorcière et moldue et la transformation d'une partie des réserves financières en monnaies moldues pour organiser les circuits logistiques si jamais la guerre devait éclater au grand jour et révéler le monde de la magie au monde moldu. Deux préconisations qui participèrent largement à la capacité de résilience des forces opposées à Voldemort pendant tout le conflit.

Ces décisions proactives décidées par la direction de l'Ordre du Phénix furent diversement appréciées par les membres originels de l'organisation. Ils voyaient là des mesures trop belliqueuses là où le fondement de l'Ordre était – pour eux – de restaurer la paix et l'harmonie dans la société sorcière. Par ces mesures Henry Potter tablait sur une guerre longue, sur un conflit ouvert et sur une radicalisation encore plus prononcée des positions. Dans l'esprit de certains membres de l'Ordre du Phénix, l'organisation était avant tout politique et devait le rester. Henry Potter proposait un tournant militaire qui seyait mal avec les vues et les ambitions de quelques-uns. Ainsi durant tout le second semestre de 1997, la position de Henry Potter fut ultra-minoritaire, uniquement soutenue par Alastor Maugrey et ses protégés Kingsley Shaklebolt et Nymphadora Tonks. Seules l'aura de ces trois figures lui permirent de faire prévaloir ses vues et d'organiser les préparatifs de ce qu'il savait être une guerre d'attrition.

Ce fut la troisième raison de la défiance envers le garçon-qui-a-survécu qui eut le plus de retentissement dans les rangs de l'Ordre du Phénix et de ses sympathisants au début du conflit : l'abandon d'une partie non-négligeable de ses plus proches amis. Lorsque le 31 juillet 1997 Harry Potter prit possession de ses héritages matériels et magiques et devint Lord Henry James Sirius Potter, Lord-Baron Black, ses plus fidèles amis l'avait déjà déserté depuis plus d'un mois, entrainant des dégâts considérables par leur fuite. La plus violente des défections fut celle de la famille Weasley. Nommément citée par Voldemort dans une lettre ouverte publiée dans la Gazette du Sorcier quelques jours après les funérailles de Dumbledore comme l'archétype des traitres-à-leur-sang à exterminer, ils avaient décidé de prendre les devants et de quitter les îles britanniques avant la fermeture des frontières en emportant toutes leurs possessions avec eux. Usant de son autorité au Ministère, Arthur Weasley avait obtenu un portoloin international et avait délesté le Service des Détournements de l'Artisanat Moldu d'autant de produits, ressources et biens que possible. De la même manière Molly Weasley s'était rendue à Gringotts et profitant d'une clef que Harry Potter lui avait confiée, elle avait vidé le contenu d'un de ses coffres.

La fuite de la famille Weasley avait été un acte majeur des derniers jours du Ministère de la Magie. Outre les vols dont ils s'étaient rendus coupables – Arthur Weasley avait profité de sa position pour dérober 75 000 Gallions d'or des fonds alloués à son service et Molly Weasley s'était emparée de 35 000 Gallions supplémentaires – la disparition soudaine de cette famille avait eu d'importantes répercutions à de multiples niveaux. Pendant des années, les Weasley avaient accumulé beaucoup de particularités. Ouvertement favorisée par Albus Dumbledore qui avait payé les frais de scolarité de la fratrie pendant plus d'une décennie, ce clan avait été érigé en exemple de droiture morale, de la tolérance et de l'incorruptibilité, devenant l'un des parangons de la propagande pro-moldue défendue par le mage blanc. La position de Arthur Weasley au Ministère de la Magie était de la même façon tout à fait stratégique. Il était à un haut-fonctionnaire du Ministère, directeur de son service et généralement considéré comme l'un des proches de Amelia Bones, l'une des figures principales de la lutte contre la corruption pendant toute la décennie 1990. De fait il avait régulièrement collaboré avec le Département de la Justice Magique qu'elle dirigeait et il avait personnellement participé à des opérations policières et à des perquisitions dans les résidences des familles de sang-pur les plus traditionalistes. Paradoxalement la pauvreté relative de la famille Weasley avait également joué en leur faveur et rehaussait leur posture morale. La puissance magique dont faisaient preuve les enfants de cette famille, les liens qu'ils tissaient avec les enfants des familles les plus en vue – la famille Deauclair, la famille Delacour, la famille Brown et le dernier des Potter, participait encore de leur statut de famille de sang-pur acquise à la cause des progressistes de Dumbledore et capable, malgré ses difficultés, de faire montre de son excellence.

La disparition de la famille Weasley avait eu un impact considérable. Dès que les modalités de leur fuite furent connues, les factions conservatrices et traditionalistes s'empressèrent de discréditer tout ce dont ils étaient devenus les symboles sous l'ère de Dumbledore. D'un coup la confiance qui leur avait été portée fut réduite à néant et avec elle le sentiment de suspicion se métastasa au Ministère comme dans le reste de la société sorcière. La fermeture inopinée du magasin Weasley, Farces pour sorciers facétieux du 93 Chemin de Traverse fut vécue, à cause de son éphémère visibilité, comme une preuve de plus que la guerre contre Voldemort était déjà perdue. Beaucoup de sorciers – notamment des contemporains de Fred et George Weasley – refusèrent de se dresser contre Voldemort, pensant que la lutte était vaine. Un sentiment renforcé par la plaie béante laissée par les jumeaux au cœur du centre économique du monde magique britannique.

Dès lors, même si les rapines commises par la famille Weasley furent en définitive assez négligeables – l'essentiel de la fortune de Henry Potter étant en effet débloquée à sa majorité – le coup porté au moral et à la capacité de résilience de l'Ordre du Phénix et de ses sympathisants fut dévastateur. Cette défection accompagnée de celle, au même moment, de Hermione Granger, une autre figure importante de l'entourage immédiat de Harry Potter, eut pour conséquence de remettre en cause sa capacité à diriger. L'argument était en effet qu'un jeune homme incapable d'inspirer la fidélité de ses meilleurs amis serait incapable d'inspirer et de diriger un groupe comme l'Ordre du Phénix et à terme toute une nation. L'affaire était d'autant plus grave que l'été 1997 vit une accélération des événements et le déploiement de toute la stratégie de Voldemort pour prendre le contrôle du monde magique britannique. Les divisions internes menaçaient l'existence même de l'Ordre du Phénix au moment où il fallait qu'il soit opérationnel. Les retards accumulés en débats stériles eurent des conséquences désastreuses dans les préparatifs et incidemment dans les premiers mois des combats.

Un dernier enjeu encore plus fondamental fut remis en cause par la fuite des Weasley. Ronald Weasley et Hermione Granger n'étaient pas seulement des amis intimes de Harry Potter. Ils étaient aux faits de tous ses plans, de toutes ses connaissances et de tous ses secrets jusqu'en juin 1997, incluant l'existence des horcruxes de Voldemort et une partie de la mission qui lui avait été attribuée par Albus Dumbledore. La capture de Ronald Weasley ou de Hermione Granger et leur interrogatoire poussé pouvait potentiellement ruiner des années d'efforts de Albus Dumbledore et faire capoter toutes les tentatives de neutraliser Voldemort. Il devenait donc fondamental d'éviter que Voldemort ou ses mangemorts ne déploient trop de ressources à tenter de localiser les fugitifs, ce qui supposait un renforcement de la militarisation de l'Ordre du Phénix et un accroissement de la pression sur les mangemorts et leurs alliés.

Dès que Alastor Maugrey fut dans la confidence de l'existence des horcruxes, il comprit que le temps était la donnée la plus importante du conflit en préparation. Suivant les ultimes ordres qui lui avaient été adressés par Albus Dumbledore, il forma Henry Potter et lui donna ses premières leçons de stratégie magique dans l'optique de faire de lui un chef militaire compétent à la fois sur le champ de bataille et dans son organisation. Prenant un rôle prépondérant dans l'Ordre du Phénix, il organisa les premières actions de guérilla et il porta un intérêt tout particulier aux opérations clandestines et à l'espionnage. Faisant de Henry Potter l'icône de la résistance contre Voldemort, il en devint son éminence grise, le pouvoir derrière la posture, redouté pour son efficacité et son absence complète de scrupules. Alastor Maugrey, assisté de son ami Saul Croaker, se trouvèrent en charge des enlèvements, des assassinats, des extorsions, des interrogatoires, des mises sous impérium, etc.… Toutes les actions les plus brutales et les plus secrètes de l'Ordre du Phénix passèrent par lui et il se retrouva à devenir le principal conseiller et mentor de Henry Potter pendant plus de deux ans, de 1997 à 1999.

Tandis que Alastor Maugrey organisait la force militaire de l'Ordre du Phénix et encadrait les volontaires qui grossissaient chaque jour ses rangs, une seconde figure prit une place importante dans la direction de l'Ordre en remplacement de Minerva MacGonagal retournée à Poudlard pour tenter – et échouer – à contrebalancer l'influence de Severus Rogue sur ses élèves. Hestia Jones était une sorcière peu remarquée et dont tout laissait penser qu'elle était parfaitement commune. Sorcière de sang-mêlé de la classe moyenne, elle avait été éduquée à l'Institut Magique de Holyhead où ses facultés académiques n'avaient pas été particulièrement notables. Sortant sans panache de son cursus magique en 1971, elle avait pris la décision surprenante de poursuivre une éducation moldue et elle avait été reçue à l'Université d'Oxford où elle avait étudié avec brio l'Histoire et les Sciences Politiques. Titulaire d'un doctorat en Sciences Politiques en 1979, elle avait été rattrapée par la guerre dans le monde magique et avait été recrutée par Albus Dumbledore en janvier 1981, moment où Albus Dumbledore, de plus en plus incertain de l'issue du conflit, avait échafaudé ses plans de réforme du Ministère de la Magie pour contrer toute tentative de coup d'État de Voldemort. Sa disparition en octobre 1981 avait marqué l'abandon de ce projet mais Hestia Jones était devenue l'assistante personnelle de Dumbledore pour ses fonctions au Magenmagot et la petite main des résolutions qu'il proposait régulièrement dans cet hémicycle ainsi qu'à la Confédération Internationale des Mages et Sorciers. Et si nul ne pouvait l'identifier comme une confidente du directeur de Poudlard, elle n'en était pas moins une collaboratrice zélée et efficace et une adjointe compétente et reconnue.

La prise en main de l'Ordre du Phénix par Alastor Maugrey et Henry Potter et sa transformation en un formation militaire risquait de lui faire perdre sa dimension politique. Dès l'été 1997, alors que la situation de l'Ordre du Phénix s'aggravait exponentiellement, Hestia Jones proposa de reprendre ses propositions de réforme du Ministère de 1981 et de les adapter aux nouveaux buts de l'organisation. Lorsque le Magenmagot fut rendu inopérant à l'hiver 1997, elle proposa à certains de ses membres les moins complaisants avec le nouveau régime de soutenir discrètement des actions de résistance contre les mangemorts en échange de postes dans la future administration magique. Elle profita des contacts et de la notoriété de sa sœur cadette Gwengod – une célèbre joueuse de Quidditch de l'équipe des Harpies de Holyhead – pour constituer d'abord un réseau souterrain d'aide aux nés-de-moldus et aux persécutés du nouveau régime, puis pour créer des zones protégées pour le déplacement et la relocalisation des familles les plus menacées. Bientôt elle constitua de véritables enclaves de plusieurs milliers de sorciers directement soumises à l'autorité de l'Ordre du Phénix où elle créa de toutes pièces des infrastructures administratives et civiles.

Devenue de facto responsable de l'administration d'un proto-état, Hestia Jones fut la première à prendre pleinement conscience du fait que l'Ordre du Phénix devrait, en cas de victoire contre Voldemort, assumer la place du Ministère de la Magie. Au printemps 1998, alors que la guerre civile dans le monde magique s'intensifiait et s'enlisait, elle fut à l'origine d'une initiative qui changea considérablement l'ampleur de la guerre. La tradition voulait que lors de la prise de fonction d'un Ministre de la Magie ou qu'un Premier Ministre moldu, une rencontre ait lieu entre les deux dirigeants pour coordonner les actions de l'État. En Grande-Bretagne, le chef de l'État était alors le monarque aussi, quoiqu'il puisse y avoir une division et l'existence de deux gouvernements, ceux-ci se réclamaient d'une seule nation. Avec la mort de Rufus Scrimgeour et l'avènement de Pius Tickenesse, une telle rencontre n'avait pas été organisée aussi les autorités du monde moldu britannique restèrent-elles globalement aveugles du pourrissement de la situation de leurs homologues magiques.

Profitant de l'accès qu'avait eu Kingsley Shaklebolt quand il avait été l'un des gardes du corps du Premier Ministre, Hestia Jones organisa une rencontre au 10 Downing Street entre le Premier Ministre, ses plus proches collaborateurs et les dirigeants de l'Ordre du Phénix renommé pour l'occasion Conseil Magique de la Résistance ou CMR. Cette entrevue le 5 mai 1998, trois jours après le désastre de la Première Bataille de Poudlard, et ce qui serait plus tard appelé le massacre de Poudlard, eut de profondes ramifications. Tout d'abord le gouvernement moldu reconnut le Conseil Magique de la Résistance comme une entité gouvernementale magique légitime des îles britanniques. Ensuite les services du Premier Ministre mirent à disposition du CMR des ressources, des hommes, du matériel et des territoires. Le Ministère de la Défense britannique en particulier, comprenant que l'ascension de Voldemort signait l'arrêt de mort de toute son opposition ainsi que de tous les moldus, proposa aux services de Downing Street de transformer le CMR en une force auxiliaire capable de s'adapter aux stratégies et aux doctrines militaires de l'armée britannique. Le CMR reçut le droit d'employer les grades de l'armée régulière et une nouvelle désignation fut donnée aux sorciers de la milice : les sorciers de combat. Parallèlement, Alastor Maugrey et Kingsley Shaklebolt furent nommés Généraux-Sorciers de l'armée de Sa Majesté.

Afin d'encadrer les sorciers désormais sous leurs ordres, le Ministère de la Défense et Downing Street exigèrent contre leur aide un rassemblement des zones protégées du CMR à un seul endroit. Sous le prétexte d'un accident d'une usine chimique dans les environs de Newport, l'Île de Wright fut vidée de ses habitants moldus et transformée en une enclave magique fortifiée contre les attaques des mangemorts. Hestia Jones, nouvellement nommée Gouverneur Magique de l'Île de Wright se trouva en charge de toute la population sorcière sous sa protection et dut organiser l'administration, l'économie, la logistique et l'accès aux besoins de première nécessité d'une population magique chaque jour grandissante à mesure que les réfugiés sorciers fuyaient les exactions de Voldemort. Avec eux de nombreuses créatures magiques – elfes de maison, centaures, sirènes – recherchèrent un asile dans un territoire rapidement surpeuplé.

Pendant que Alastor Maugrey, Kingsley Shaklebolt et Hestia Jones transformaient l'Ordre du Phénix, Henry Potter se trouva quant à lui enrôlé à l'Académie Militaire de Sandhurst. Bien que son nom ait été à plusieurs reprises prononcé par Cornelius Fudge puis par Rufus Scrimgeour devant le Premier Ministre et qu'il ait été clairement indiqué par Alastor Maugrey, Kingsley Shaklebolt et Hestia Jones qu'il était un des membres dirigeants de l'Ordre du Phénix, le premier réflexe des conseillers de Downing Street avait été de reléguer au second plan ce qui leur apparaissait être un jeune homme de 17 ans dont le seul mérite était d'être un pair de Grande-Bretagne. Cela n'avait été que par l'insistance de Alastor Maugrey que Henry Potter avait obtenu une dérogation spéciale pour intégrer le prestigieux établissement. Là, au milieu d'autres élèves-officiers – parmi lesquels figuraient Arthur Pyke et Evelina Andersen, plusieurs de ses futurs proches lieutenants – il reçut un entrainement physique poussé tout en suivant des cours théoriques exigeants. Histoire, sciences-politique, économie, stratégie, langues, topographie, renseignement et intelligence économique furent autant de disciplines dans lesquelles il fut plongé et où son statut de sorcier – inconnu de ses condisciples et de ses instructeurs – lui fut un réel secours. En tout état de causes les raisons de cette incorporation étaient claires : Si Henry Potter devait commander des sorciers comme le prescrivaient les dirigeants les plus crédibles du CMR, les autorités civiles et militaires moldues exigeaient que ce soit sous le drapeau britannique. La situation politique du monde magique était trop volatile pour que la moindre tentation de cession ne soit tolérée. Dans la mesure où elle était déjà appliquée de fait, l'espoir de Downing Street était que l'embrigadement du représentant le plus connu et le plus influent de sa génération favorise la reconstitution du Ministère de la Magie britannique et sa collaboration future avec son pendant moldu.


L'évacuation des sorciers vers l'Île de Wright fut l'affaire de quelques semaines et au mois de juillet 1998 elle était entièrement terminée. Ostensiblement pour maintenir une protection maritime – en réalité pour maintenir un niveau de coercition crédible en cas de besoin – le Ministère de la Défense dépêcha trois frégates et un croiseur aux alentours de l'Île : une puissance de feu suffisante pour annihiler toute résistance en cas de tentative d'insurrection. Le message fut clairement compris par les résidents sorciers à qui il fut par ailleurs ordonné de s'enrôler dans des programmes d'entrainement spécifiquement préparés pour eux. Près de 4 500 sorciers furent ainsi placés sous le commandement des Généraux Maugrey et Shaklebolt et bientôt l'Île de Wright devint le premier et le plus grand camp d'entrainement militaire sorcier de l'histoire européenne.

Le problème majeur de la situation résidait dans les délais nécessaires pour disposer d'une force viable. Même en considérant les avantages remarquables de la magie, l'État-major de l'Armée de Terre britannique dont dépendaient les sorciers de combat estimait qu'il faudrait au moins dix-huit mois pour obtenir une force militaire fiable d'après ses standards. Un temps extrêmement long alors que Downing Street recevait régulièrement des rapports des agents du Général Maugrey concernant les camps de moldus que Voldemort était déjà en train de construire un peu partout en Angleterre et au Pays de Galles. Seule l'action des Oubliators – le seul Service du Ministère de la Magie qui n'ait pas été l'objet de purges par Voldemort ou ses mangemorts – protégeait encore le Statut du Secret et évitait le déchaînement du chaos dans les rues.

La principale priorité de Downing Street fut dans ce cadre de maintenir l'ordre, pas d'agir par altruisme. Aussi, parallèlement aux mesures prises pour former et soutenir le CMR, une délégation fut envoyée au Ministère de la Magie pour tenter de négocier les nouvelles frontières entre les deux communautés. Downing Street était prêt à abandonner ses alliés du moment à la condition que de nouvelles règles soient établies et respectées. En ce qui concernait certains des plus proches conseillers du Premier Ministre, les affaires des sorciers ne les regardaient pas particulièrement et il était possible de laisser la juridiction des sorciers aux sorciers à la condition que les non-sorciers soient protégés. Une logique implacable, surtout compte tenu de l'impossibilité de la situation dans laquelle se trouvait alors le gouvernement moldu, aux prises par ailleurs avec les conséquences de la restitution de Hong-Kong, les conséquences de la crise financière asiatique, les débats sur la création d'une monnaie unique européenne et les problématiques inhérentes au Commonwealth of Nations.

Début novembre 1998 une première ambassade fut envoyée au Ministère de la Magie pour ouvrir un canal de communication et négocier les modalités du nouvel équilibre entre la communauté sorcière et la communauté moldue. Une initiative qui reçut rapidement des échos positifs de la part des collaborateurs de Pius Tickenesse et du négociateur-en-chef Lucius Malfoy. Un calendrier de rencontres fut rapidement constitué et un agenda prévisionnel des négociations fut établi à partir de la mi-novembre. En échange de cette avancée, Pius Tickenesse demanda en gage de bonne volonté que les renégats hors la loi sous la protection de Downing Street soient remis à la justice magique en la personne de son directeur Corban Yaxley. La menace, en cas de refus, d'une attaque contre une grande ville – York ou Cardiff d'après les informations glanées par les agents de Maugrey – força Downing Street à céder et à révéler l'emplacement d'une des dernières enclaves autre que l'Île de Wright : Whitley Chapel, un petit village à une dizaine de kilomètres de Hexham, dans le nord de l'Angleterre.

Le Massacre de Whitley Chapel commis entre le 3 et le 5 décembre 1998 signa la fin de l'entente entre le CMR et Downing Street. Placé sur la ligne de chemin de fer magique reliant Londres à Poudlard, Whitley Chapel était devenu un refuge pour les élèves nés-de-moldus de Poudlard et des autres établissements magiques de Grande-Bretagne. Traqués par le Ministère de la Magie et les mangemorts, ils avaient été rassemblés dans cette petite localité anonyme où ils recevaient une éducation dès qu'ils étaient sujets à des accès de magie accidentelle. Des enfants de 5 à 17 ans y étaient scolarisés, aidés par des enseignants fuyant les mangemorts comme Fillius Flitwitch ou Septima Vector. En tout, près de 400 élèves dont beaucoup d'orphelins rassemblés en un même point. La plupart d'entre eux avaient été transférés-là plutôt que sur l'Île de Wright pour échapper à la surveillance de leurs poursuivants. Ils espéraient une protection des moldus et ils avaient effectivement reçu des vivres et du matériel de leur part. La confiance accordée augmenta d'autant la surprise et la terreur lorsque les mangemorts encerclèrent la localité avec l'appui militaire opérationnel et proactif des moldus qui par la même occasion violaient la Magna Carta et l'Habeas Corpus.

Le choix de trahir ces sorciers sous leur protection n'était pas dû au hasard. Outre la menace que faisait porter le Ministère de la Magie sur des localités moldues, les services de renseignement britanniques identifiaient avec raison le fait que les étudiants de Poudlard en fuite seraient les principaux bénéficiaires d'une résolution rapide de la crise entre les deux communautés. Identifiant par ailleurs que la natalité des sorciers était extrêmement faible, une attaque contre des jeunes sorciers pouvait affaiblir durablement le parti de ceux qui, actuellement alliés à Downing Street, pourraient être tentés ultérieurement de se servir de cette alliance comme d'un marchepied pour leur émancipation et leur autonomie. Par le sacrifice de ces jeunes, Downing Street s'assurait donc tout à la fois un délai de négociation avec les Mangemorts et rappelait son pouvoir à ses alliés de circonstance.

Devant la débâcle et le bain de sang pourtant, Downing Street parvint pendant plus de deux semaines à cacher sa culpabilité au CMR. Le Général Maugrey, craignant une responsabilité interne, avait commencé par s'assurer que nul parmi ses hommes au courant de la localisation de cette enclave n'était un traitre. Quand il apparût enfin d'où venait l'information et comment elle était parvenue mangemorts du Ministère, le CMR décida que sa première priorité était de protéger son enclave. Henry Potter fut immédiatement exfiltré de Sandhurst et des commandos sorciers s'emparèrent des quatre navires de guerre croisant au large de leur île, expédiant les marins à Londres avec la mémoire de leur mission effacée. La collaboration entre le CMR et Downing Street sembla rompue, d'autant plus qu'il apparut dans la presse sorcière l'annonce officielle d'une négociation entre le Ministère de la Magie et Downing Street concernant les droits et la citoyenneté des sorciers nés-de-moldus. Pour l'ancien Ordre du Phénix devenu Conseil Magique de la Résistance, l'avenir était sombre et il apparaissait de plus en plus qu'une alliance contre-nature était en train de s'établir entre les mangemorts et les moldus. Une alliance où ils seraient désignés comme l'ennemi commun traqué des deux côtés.

Tandis que la crise s'intensifiait et que les options se réduisaient d'autant, Henry Potter avait utilement utilisé son temps à Sandhurst. Disposant d'un retourneur de temps – l'un des cinq derniers en circulation en Europe – confié par Saul Croaker, il avait pu absorber en quelques mois l'équivalent de plus de quatre ans d'études. Et s'il ne serait jamais considéré comme un officier traditionnel de Sa Majesté, il ne faisait pas de doute qu'il était devenu l'un des rares sorciers à disposer à la fois de la puissance magique, des compétences tactiques et du savoir stratégique nécessaire pour mener et diriger une guerre. Un faisceau de compétences nécessaire compte tenu des enjeux du conflit contre Voldemort et qui n'empiétait pas sur la recherche des horcruxes dont il avait donné la direction à son espion le mieux placé et en lequel il avait le plus confiance : un sorcier connu sous le nom de Mathias par les rares à qui Henry Potter avait confié le secret de son existence et dont, outre lui-même, seul Alastor Maugrey était au fait de la véritable identité.

Pendant tout le mois de décembre 1998 les relations entre Downing Street et le CMR restèrent glaciales malgré les appels récurrents à la détente du Ministère de l'Intérieur. La traitrise du Whitley Chapel avait coûté trop de sang sorcier pour que l'incident soit oublié et Downing Street, qui refusait de reconnaître l'entière responsabilité dans le fiasco, réclamait le retour dans ses bases navales des bâtiments de guerre séquestrés par les sorciers de l'Île de Wright. Parallèlement, les négociations entre Downing Street et le Ministère de la Magie piétinaient et en dépit des alarmes répétées du Ministère de la Défense, bientôt suivi par le Ministère des Affaires Étrangères, le Premier Ministre, craignant de voir le sang couler dans ses rues, décida de jouer la carte de l'apaisement face aux mangemorts.


La situation changea brutalement le 19 décembre 1998 quand le négociateur-en-chef Lucius Malfoy décida unilatéralement de mettre fin au dialogue entre les deux gouvernements. Citant des positions irréconciliables, il renvoya à Downing Street les deux conseillers spéciaux du Premier Ministre en charge de la gestion du litige magique, proposant un rétablissement du dialogue après la trêve de Noël, le temps que le Ministère puisse trouver de nouvelles positions de compromis sur la question monétaire et financière. Si les services de Downing Street acceptèrent l'explication sans peine, il en allât autrement du Ministère de la Défense et du Ministère de l'Intérieur pour lesquels cette excuse traduisait la finalisation des tractations avec les Gobelins et l'annonce d'hostilités imminentes. Pourtant, tenus par la hiérarchie gouvernementale et dans l'incapacité de déclarer l'état d'urgence sans en référer au Parlement alors même que le Statut du Secret empêchait toute divulgation concernant la magie, les Secrétaires d'État de l'Intérieur et de la Défense se trouvèrent impuissants à réagir.

Le 20 décembre, le Général Maugrey informa ses agents de liaison moldus que le Ministère de la Magie avait été verrouillé et que les fonctionnaires de l'administration magique avaient reçu l'ordre de quitter Londres. Immédiatement une cellule de crise fut mise en place et Downing Street prit contact avec le négociateur-en-chef Lucius Malfoy. Celui-ci expliqua qu'une nouvelle tradition, la fête de Yule, avait été décrétée en remplacement de Noël et que les négociations reprendraient comme prévu le 7 janvier suivant. En gage de bonne volonté, Lucius Malfoy transféra à Downing Street des propositions de compromis concernant les questions financières, notamment sur la parité entre la Livre Sterling et le Gallion d'Or un document préparatoire en vue des négociations à venir. La démarche rassura quelque peu le Premier Ministre qui, confiant dans la solution diplomatique, décida de ne pas relever le niveau d'alerte ni de mobiliser des forces de l'ordre supplémentaires.

Malgré les ordres du Premier Ministre, une réunion secrète fut convoquée le 21 décembre à Crawley, à mi-chemin entre Londres et l'Île de Wright, où se rendirent le Secrétaire d'État à l'Intérieur, le Secrétaire d'État la Défense, le Secrétaire d'État des Affaires Étrangères, les responsables des services secrets et le Haut-commandement du CMR. Durant cette rencontre à laquelle assistèrent également plusieurs officiers d'État-major de l'Armée de Terre et de la Marine, plusieurs décisions majeures furent prises et eurent des résultats décisifs pour les mois et les années suivantes. Tout d'abord il fut décidé qu'en cas d'action des mangemorts contre les populations moldues, le CMR aurait toute licence pour combattre sous ses propres ordres et selon sa propre hiérarchie. Le CMR était reconnu comme une force combattante alliée disposant de la même juridiction que l'armée britannique sur le sol de Grande-Bretagne, qui serait incorporé dans l'État-major inter-armée et qui pourrait employer toutes les forces et toutes les ressources militaires dont disposaient les autorités légales. A cette occasion Henry Potter fut nommé major honoraire de l'Armée britannique et officier de liaison entre les forces du CMR et l'État-major inter-armée.

La seconde décision majeure de la réunion fut la rédaction de la Notice de Crawley. Il s'agissait d'un document secret-défense à destination des ambassades et des représentations permanentes de la Grande-Bretagne à travers le monde qui désignait le CMR comme une composante du gouvernement de Sa Majesté. En cas d'attaque réussie contre le gouvernement, les membres de l'État-major britannique savaient que leurs capacités militaires seraient incapables de contenir les assauts des mangemorts et des gobelins dont ils ignoraient tout, des tactiques comme des ressources. Il était impossible pour des soldats sur le terrain disposants du meilleur équipement de résister à la puissance de feu de sorciers habitués à se fondre dans la population civile, à effacer la mémoire de leurs opposants et dont l'arsenal offensif et défensif rendait inopérantes les armes dont ils disposaient. La seule alternative dont les membres de l'État-major disposaient était de rétablir des relations de confiance avec le CMR et de négocier que les sorciers de combat puissent intégrer des troupes régulières où ils pourraient protéger les soldats des attaques magiques. En contrepartie de cette demande, le CMR exigea que la moitié – ramené à un tiers – des effectifs des forces de sécurité soient mises en état d'alerte et qu'elles soient évacuées de leurs casernes officiellement pour des missions à l'étranger ou des exercices grandeur nature. Il s'agissait d'évacuer des cibles potentielles d'une attaque soudaine des mangemorts et de disposer d'un personnel suffisant pour mener en cas de besoin des contre-offensives et des actions de résistance. A cette demande Henry Potter ajouta spécifiquement l'évacuation des élèves-officiers de Sandhurst, officiellement pour entrainement sur l'île de Géorgie du Sud dans l'Atlantique Sud, officieusement afin que les futurs cadres supérieurs de l'armée britannique soient hors d'atteinte des menaces des mangemorts.

La troisième décision fondamentale de la réunion de Crawley fut l'établissement d'un Quartier-général opérationnel des forces interarmées sur l'Île de Wright. Il devait s'agir là d'une première étape en cas d'attaque contre le gouvernement. L'objectif était qu'au 1 février 1999 toutes les structures soient constituées pour qu'un gouvernement en exil puisse s'y installer. A terme il s'agissait également qu'un membre secondaire de la famille royale britannique puisse habiter à Newport et ainsi être protégé si jamais les mangemorts osaient s'en prendre à la monarchie. Dans l'esprit de tous les participants à la réunion de Crawley la situation était claire. Malgré les informations qu'il recevait régulièrement, le Premier Ministre ne prenait pas conscience de l'ampleur de la crise. La décision prise unilatéralement par Downing Street de négocier avec les mangemorts et les blocages systématiques dans la construction des garde-fous en cas de traitrise de leur part pouvait potentiellement résulter en des conséquences catastrophiques. Et si les principaux membres de la cabale gouvernementale n'avaient pas particulièrement confiance en le CMR, les informations apportées, les explications données et les recoupements avec les informations de leurs propres services en faisait un interlocuteur crédible là où, malgré les propositions de dialogue, le Ministère de la Magie et le négociateur-en-chef Lucius Malfoy employaient déjà la menace et la coercition.

En clair à Crawley le gouvernement britannique cherchait un joker à employer contre les mangemorts tandis que le CMR cherchait la légitimité dont il avait besoin pour embrigader massivement des sorciers. Les relations restaient tendues et les questions de Whitley Chapel et des vaisseaux arraisonnés furent ostensiblement remises sine die mais la base d'une coopération fut établie et les premières avancées contre le Ministère de la Magie furent réalisées. Le problème majeur était le temps qu'il fallait pour asseoir tous ces contrefeux. Même en supposant une totale coopération de la part des services gouvernementaux, il faudrait plusieurs semaines pour sanctuariser l'État. Dans la mesure où il s'agissait d'opérer sans l'aval officiel de Downing Street, les délais serait plus longs encore, ceci alors que tous les observateurs à commencer par les informateurs et les espions du Général Maugrey indiquaient clairement qu'une offensive de grande envergure était imminente.

Souhaitant « apaiser des tensions inutiles et parvenir à un compromis juste et équitable », Pius Tickenesse et Lucius Malfoy furent reçus à Downing Street le 23 décembre 1998. Pendant leur entretien de près de deux heures avec le Premier Ministre, ils affirmèrent de nouveau leur « volonté de résoudre la crise et de créer les relations les meilleures avec leurs partenaires moldus ». En remerciement de son activisme sur ce dossier sensible, Pius Tickenesse remit au Premier Ministre l'Ordre de Merlin 2nde Classe et proposa qu'à l'avenir tous les Premiers Ministres en exercice soient décorés de la sorte. Un gage de paix et de volonté de conciliation qui fut particulièrement apprécié. En retour le Premier Ministre émit la suggestion d'une nomination à l'Ordre du Bain ou dans l'Ordre de la Jarretière qu'il soumettrait à la Reine dans les jours suivants.

L'initiative de Pius Tickenesse et Lucius Malfoy paniqua le CMR. Les informations rapportées par le Général Maugrey faisaient état de l'évacuation des personnels humains de Gringotts, de l'établissement d'un couvre-feu sur le Chemin de Traverse et du verrouillage des principales places fortes du monde magique britannique. Les départements du Ministère de la Magie avaient été transférés à Pré au Lard, Sainte Mangouste était à son seuil minimal de fonctionnement, Poudlard s'était fortifié. Lord Voldemort n'était apparu nulle part et ses mangemorts restaient globalement inactifs. Tous les signes avant-coureurs d'une attaque massive étaient présents il était évident qu'une opération de grande ampleur était dans la phase finale de sa préparation et que l'attaque se comptait désormais en heures. Un diagnostic également partagé par l'État-major inter-armée et les participants de la réunion de Crawley. Dans la journée du 24 décembre et jusqu'au matin du 25, les fonctionnaires au fait de la menace se préparèrent au choc à venir. Plusieurs convois quittèrent précipitamment Londres en direction du sud de l'Angleterre, emportant avec eux des archives, des informations, des ressources et des hommes jugés indispensables. Utilisant un rapport falsifié des services de renseignement britannique sur l'imminence d'un attentat terroriste contre les centrales électriques du pays, le Secrétaire d'État à la Défense et le Secrétaire d'État à l'Intérieur transmirent un ordre confidentiel d'alerte à tous les cantonnements militaires et à tous les services d'urgence. Fut également mis en place un service d'estafettes à moto pour la transmission des messages entre les différentes unités ainsi mobilisées. Une partie de la famille royale fut évacuée du château de Windsor et transférée au château de Balmoral.


L'attaque survint le 25 décembre 1998 à 20h00.

Quelques secondes après le début de l'allocution télévisée de noël de la Reine, Lord Voldemort en personne transplana au Palais de Buckingham et assassina en direct le monarque et les membres de sa famille présents. Se présentant comme le libérateur du monde magique face à la tyrannie des moldus, il prononça alors un discours dans lequel il révéla l'existence du monde magique, lista les griefs de son peuple vis à vis d'une oppression trop longtemps supportée et proclama l'état de guerre entre le monde magique et le monde moldu. Il appela les sorciers et les peuples magiques à rejoindre sa bannière, à dénoncer la corruption et les abus subis par des gouvernements moldus au fait de l'existence de la magie et, pour preuve de ses paroles, il força le Premier Ministre, présent lors de l'enregistrement, à admettre qu'il avait entamé des négociations frauduleuses et traitresses en vue de spolier puis de tuer ses concitoyens sorciers. Achevant son discours en annonçant la chute du gouvernement moldu et l'avènement d'un Nouvel Ordre Magique qu'il dirigerait, Voldemort annonça que la collaboration avec le nouveau régime était la seule manière pour les populations moldues de survivre les changements à venir, et dit regretter devoir faire couler le sang mais le faire néanmoins pour que le sang des sorciers ne soit plus jamais gaspillé.

A la stupéfaction de ces développements succédèrent la colère, puis la fureur et enfin la peur. Dès la fin de l'allocution de Voldemort, des détonations retentirent partout dans Londres, ciblant particulièrement les édifices gouvernementaux et les centres névralgiques. Les différents ministères, la Banque d'Angleterre, plusieurs ponts, les prisons, les centrales électriques, les casernes, les mairies et les commissariats furent simultanément attaqués. En dehors de Londres, dans les principales villes des actions similaires se reproduisirent. Des commandos sorciers attaquèrent et tuèrent en priorité les représentants politiques, les figures syndicales et les chefs religieux. Les maires et les notables des villes furent tous systématiquement pourchassés. Pendant six jours, jusqu'au nouvel an, les attaques continuèrent avec un rare degré de violence qui immobilisa d'effroi la population.

Le 1er janvier 1999, des affiches furent placardées. On y annonça la mort de l'ensemble de la famille royale britannique et l'avènement de Voldemort comme Lord Sorcier de Grande-Bretagne. L'arrêt des hostilités contre la population civile fut décrété et les forces actives – une armée composée de mangemorts, de gobelins, de vampires et de loup-garous – furent officiellement chargées d'organiser l'exode des populations rurales vers les villes tout en assurant le maintien des rationnements. Le nouveau régime appela en outre les forces militaires encore opposées à déposer les armes et à jurer allégeance en échange de leur vie sauve. En cas de manquement des représailles furent clairement annoncée : Ainsi on menaça de raser Liverpool puis une ville par semaine si les ordres n'étaient pas suivis à la lettre ou si les rébellions continuaient contre la nouvelle autorité.

Face à ces attaques plusieurs faisceaux de réactions survinrent. Tout d'abord localement, devant le déversement de gardes gobelins et de mangemorts qui maltraitaient les populations civiles, le premier réflexe des habitants des villes fut de se calfeutrer et d'attendre. Attendre l'arrivée de la police et de l'armée, attendre la fin des affrontements et le retour à une certaine normalité ou attendre le retour d'un être cher parti en voyage dans la région ou à l'étranger, le comportement le plus courant dans une période de trouble n'est pas, contrairement aux récits héroïques, de se dresser face à ses ennemis. Une multitude d'enjeux, depuis la présence d'un enfant dans l'environnement immédiat jusqu'à des questions plus prosaïques ou cyniques comme l'accès à des moyens monétaires ou les opportunités que peut engendrer le chaos sont autant de raisons suffisantes pour justifier le courbement d'une échine et la résilience face aux humiliations. Rares furent ceux qui dès les premiers jours de 1999 de rebellèrent spontanément et prirent les armes. Il y eut naturellement des contestations, des manifestations et des échauffourées et dans nombre d'endroits – tout particulièrement dans les périphéries déclassées et dans les espaces désindustrialisés – les résistances furent parfois victorieuses. Mais le manque de chefs, l'absence de points de ralliements crédibles, l'incompréhension devant les pouvoirs des sorciers et de leurs alliés et la démoralisation devant la facilité avec laquelle le pays s'était effondré sur lui-même contribua à briser les contestataires qui, bientôt, furent traqués comme des animaux.

Le second faisceau de réaction fut orchestré par le CMR et les bribes restantes du gouvernement de Westminster. Les attaques portées sur Londres et sur les principaux centres du gouvernement et de l'État-major avaient décimé l'autorité politique et militaire de la Grande-Bretagne. Le système bancaire avait rapidement cessé d'exister et déjà la logique de troc refaisait surface alors que les premières pénuries touchaient les grandes villes. Les deux militaires les plus gradés disposant encore de troupes en état de se battre étaient le Colonel John MacIntyer, commandant du 51ème régiment d'infanterie et le Général de brigade Frederick Emmerich à la tête de sa 37ème unité blindée mais ni l'un ni l'autre n'était en capacité d'organiser une défense contre des attaquants capables d'infiltrer sans difficulté la base la plus sécurisée et la forteresse la mieux gardée. Aussi furent-ils embarqués les 3 et 5 janvier depuis leurs points de garnisons respectifs – Hartlepool près de Newcastle et Scapa Flow en Ecosse – vers l'Île de Wright où s'organisa la dernière ligne de défense du gouvernement légitime.

Le 18 janvier 1999 commença la contre-offensive. Malgré les coupures de courant et la destruction du réseau électrique dans la plupart des grandes localités, le CMR et le gouvernement de Westminster en exil annoncèrent par voie télévisée, radiophonique et au moyen de pancartes et d'affiches distribuées dans le pays et à l'étranger dans les ambassades que toutes les forces vives encore opposées à Voldemort ou amenées à l'être devaient se réunir sous une seule et même autorité : le Conseil Magique et Moldu de Résistance que les historiens appelleraient par la suite le Gouvernement de l'Île de Wright. Enjoignant tous les citoyens à se mobiliser et à résister à l'oppresseur, le CMMR ordonna de mener toutes les opérations possibles de sabotage, les assassinats ciblés, la désinformation et la gêne de l'occupant jusqu'à la victoire finale. Paraphrasant les mots de Winston Churchill, le CMMR par la bouche du prétendant au trône William ou, dans sa forme régalienne, William V de Grande-Bretagne, assura que tous les moyens y compris les moyens magiques seraient employés pour défaire Voldemort et rendre au peuple britannique son gouvernement et son monarque.

Le troisième faisceau de réaction fut international. Le discours de Voldemort suite à l'assassinat de la Reine provoqua une onde de choc à travers l'Europe puis, plus tardivement, le reste du monde. La révélation de la magie entraina en effet une réaction en chaine progressivement incontrôlable et mortelle partout où elle se propagea. Dans un premier temps les différents gouvernements tentèrent de temporiser et lancèrent des appels au calme et au respect de l'ordre public chose qui fut plus ou moins bien respectée. Certains gouvernements tentèrent de se dédouaner en niant toute connaissance de la magie ou de son gouvernement local. D'autres encore, plus cyniques sans doute, tentèrent de faire passer leurs propres échecs comme autant de conséquences de l'action des sorciers sur l'État. On attribua bientôt aux sorciers tous les maux : corruption, chômage, inflation ou déflation, crise économique, risques sanitaires, troubles sociaux, religieux ou ethniques, le monde de la sorcellerie, affublée de mystères et de secrets, devint rapidement le lieu de tous les fantasmes, de tous les excès et de tous les vices.

Il ne fallut que quelques mois pour que les états se délitent les uns après les autres. Le temps n'était plus à la modération et les franges les plus extrêmes des sociétés magiques et non-magiques attendaient avec trépidation la première provocation qui embraserait la forêt. En attendant, dans les deux sociétés – et tout particulièrement en Europe – il fut décidé de mener une guerre indirecte contre les factions rivales en soutenant plus ou moins énergétiquement les belligérants en Grande-Bretagne. L'espoir affiché des uns et des autres – et tout particulièrement des gouvernements moldus européens – était non seulement de se débarrasser des sorciers de leurs territoires qu'ils voyaient comme une 5ème colonne prête à être employée contre eux par Voldemort ou d'autres potentats du même acabit mais aussi de purger les pans les plus belligérants de leurs propres sociétés. Tous estimaient que Voldemort cherchait avant tout le contrôle des îles britanniques, pas que ses ambitions se tourneraient vers des guerres de conquêtes contre des états par ailleurs avertis du danger.

L'afflux d'aide militaire et logistique fut la bienvenue pour le CMMR. A partir du mois d'avril 1999 un pont aérien fut établi entre l'île de Wright et le continent et tous les jours de nouvelles troupes vinrent grossir les rangs de l'armée de Sa Majesté bientôt surnommée la Juste Armée. Par voie de conséquence le commandement de l'alliance fut réorganisé au bénéfice des contingents étrangers et au détriment des forces magiques présentes sur place. Les membres du défunt Ordre du Phénix se trouvèrent bientôt relégués au second plan puis ouvertement ostracisé par le roi William et ses conseillers qui les considéraient en partie responsables de la situation de leur pays. Des tensions qui ne firent que croitre alors que le jeune monarque, tout juste âgé de 17 ans, se prit d'une rivalité puis d'une haine tenace contre Henry Potter, lequel, son ainé de deux ans, représentait tout ce qu'il exécrait.

La première priorité du gouvernement en exil sur l'île de Wright avait en effet été de décréter la continuité de l'action gouvernementale et parlementaire et de déclarer les décisions prises par le Ministère de la Magie illégales et illégitimes. La plupart des députés de la Chambre des Communes avaient été traqués et massacrés dès les premières heures du coup d'État du 25 décembre. Seuls quelques représentants, principalement des écossais et des gallois avaient réussi à rejoindre l'île de Wright où ils avaient constitué l'ersatz de la branche législative de Grande-Bretagne. La situation de la Chambre des Lords était plus chaotique encore. A Newport le seul Lord présent était Henry Potter qui malgré son statut de sorcier était doublement membre de la pairie britannique. A ce titre et considérant qu'il en était le seul représentant encore en vie, Henry Potter se trouva directement mêlé aux affaires d'État. En attendant de nouvelles nominations de la part de William V, Henry Potter devint de facto le doyen de la Chambre et des Lords et à ce titre il devint à la fois Lord Speaker et Lord Chancelier : une position certes honorifique en cette période trouble mais qui lui assurait une place comme membre de droit du Conseil Privé de Sa Majesté.

Le Conseil Privé de sa Majesté, un temps une simple structure sans réelle fonction exécutive avait pris une importance capitale dans les semaines suivant le coup d'État, à tel point qu'il en vint à remplacer le gouvernement traditionnel. Le roi William nomma le Secrétaire d'État à l'Intérieur Straw Premier Ministre et le chargea de constituer un gouvernement d'union nationale. Une union nationale ou n'était représenté – chose qui fut vite remarquée – aucun sorcier. Les Généraux-Sorciers Maugrey et Shaklebolt furent placés à des postes subalternes dans l'organigramme de l'État-major et Hestia Jones, pourtant Gouverneur Magique de l'Île de Wright, fut purement et simplement évincée du pouvoir exécutif. Le message était clair : les sorciers loyaux au roi et à la Grande-Bretagne n'avaient pas la faveur du monarque.

Dans ce marasme, vécu comme une insulte par l'Ordre du Phénix et la population sorcière – majoritaire – de l'île de Wright, le seul recours des membres de la communauté magique fidèles au monarque était Henry Potter. Utilisant les règles archaïques de la monarchie à son avantage, Lord Potter réclama régulièrement le droit de s'adresser au souverain et à son gouvernement au nom des sujets sorciers de Sa Majesté. Utilisant en outre ses connaissances précises des Mangemorts et de Voldemort ainsi que ses compétences militaires et toute son acuité politique, il tenta vainement de convaincre le roi William d'agir avec précaution et de s'assurer le soutien de l'ensemble de la population – y compris la population sorcière. Dans une certaine mesure, cette tactique réussit puisque le roi permit l'arrivée d'un soutien massif des Ministères de la Magie européens en direction du CMMR mais Lord Potter fut systématiquement écarté de toutes les décisions opérationnelles et il reçut l'ordre de ne pas interférer dans les préparatifs d'une campagne éclair contre l'étau de Voldemort sur la Grande-Bretagne et les principaux centres urbains.

Le printemps 1999 vit une opposition de plus en plus prononcée se dessiner entre le roi William et Lord Potter. Là où le roi souhaitait combattre les mangemorts et reconquérir sa capitale, Lord Potter enjoint à la prudence, pensant que des pièges étaient précisément tendus pour répondre à cette éventualité. Là où le roi voulait un assaut massif et décisif, Lord Potter lui opposa la tactique de guérilla si efficace utilisée par Voldemort dans sa prise de pouvoir. Plus qu'une opposition entre deux stratégies, un conflit larvé de politique et de personnes apparaissait progressivement. Le roi William n'avait pas été préparé à s'asseoir sur le trône. Sa grand-mère la reine Élisabeth et son père le Prince Charles assumaient les responsabilités dévolues à la couronne et étaient constamment entourés d'une myriade de conseillers qui les aidaient dans la conduite de l'État. William Wales – le nom sous lequel il avait été inscrit à Eton – suivait une éducation relativement normale et outre quelques dispositions particulières il n'était pas particulièrement impliqué dans les affaires politiques. De fait il tentait de compenser son inexpérience par de l'autoritarisme et une forme d'acrimonie envers tous ceux qui osaient penser contre lui.

A contrario Lord Potter était complètement au fait de la volatilité politique de Grande-Bretagne et des enjeux inhérents à son pays, tant dans le monde magique que dans le monde moldu. L'apprentissage qu'il avait suivi auprès de Albus Dumbledore, l'expérience dont il disposait déjà dans la lutte contre Voldemort et les Mangemorts, la compréhension de la facilité avec laquelle Voldemort pouvait attirer des sympathisants y compris chez les membres de l'Ordre du Phénix, tout ceci l'incitait à la prudence et à une forme exacerbée de paranoïa et de pessimisme. En ce qui le concernait le pire était à venir et il valait mieux l'envisager plutôt que de le subir. Considérant que le roi William ordonnait que les sorciers participent à des actions en vue d'anéantir le Ministère de la Magie et les Mangemorts indépendamment de leur entrainement ou de leurs inclinaisons, Lord Potter tentait régulièrement de moduler les intentions du monarque et d'éviter ce qu'il savait que seraient des pertes inutiles. Progressivement pourtant, les arguments de Lord Potter cessèrent de convaincre le roi William et il dût alors se résoudre à refuser directement les ordres qu'il recevait pour éviter d'envoyer des sorciers à la mort. Une posture que le roi William prit comme une attaque personnelle et qui trouva son acmé quand fin mai 1999 le roi humilia publiquement Lord Potter en pleine séance du gouvernement et le chassa de sa présence.

En début juin 1999 le roi devenu vindicatif accusa Lord Potter de complicité avec ses ennemis et le bannit officiellement de son Conseil Privé. Une tactique soufflée au monarque par le Premier Ministre qui souhaitait provoquer la population sorcière de Newport et utiliser les débordements prévisibles comme preuves d'une tentative de putsch par l'Ordre du Phénix. A terme il s'agissait tout simplement d'incorporer les sorciers dans les forces militaires régulières et pour cela, il fallait se débarrasser des intermédiaires et des dirigeants sorciers influents. La politique menée par les membres du gouvernement était sans équivoque. Ils étaient parfaitement conscients de l'objectif politique de l'Ordre du Phénix – la reconstruction du Ministère de la Magie – et ils voulaient tout faire pour l'éviter. Dans la mesure où les sorciers et leur représentants – Lord Potter en tête – ne faisaient pas amende honorable et refusaient de faire passer leurs intérêts après ceux de leurs victimes – les moldus – il fallait faire un exemple. Il fallait sacrifier l'Ordre du Phénix.

Le bannissement de Lord Potter du Conseil Privé de Sa Majesté eut plusieurs conséquences. Tout d'abord pour rajouter à l'humiliation on lui signifia quelques heures seulement après que le décret du roi ait été rédigé qu'il devait libérer les locaux mis à sa disposition. En clair il était chassé de Newport et interdit de tout contact avec le souverain. C'était là une violation totale des règles de la monarchie puisque de fait le roi William excluait arbitrairement un membre de son parlement du gouvernement de Grande-Bretagne mais ce fut un geste largement approuvé par l'entourage du monarque et par les populations moldus de l'île. Pas que Lord Potter ne se formalise particulièrement des us et coutumes et de la loi. Le temps était aux actions exceptionnelles et les relations entre le gouvernement et le monde magique étaient dans une impasse. Il savait que des plans étaient établis pour reconquérir le Royaume-Uni et il savait qu'il serait attendu que les sorciers participent aux actions militaires. Il savait aussi que ces plans mèneraient vraisemblablement à un désastre. Il fallait dès lors se préparer à cette éventualité et envisager des contre-mesures alors que sa situation personnelle était loin d'être favorable. Il était parfaitement conscient du fait que plusieurs personnes au sein du gouvernement souhaitaient l'arrêter sinon pire. Sa marge de manœuvre était par conséquent très restreinte et ses délais très courts. Le moindre faux pas, la moindre transgression constatée pouvait le faire arrêter pour trahison, crime redevenu passible de mort depuis la publication de décrets royaux exceptionnels quelques semaines auparavant.

C'est avec ces soucis en tête que Lord Harry se retira à Bembridge, à l'extrémité Est de l'île de Wright où il installa sa base d'opérations. Dès les premiers jours de l'arrivée des sorciers sur l'île de Wright, le regard des chefs de l'Ordre du Phénix s'était porté sur cette petite localité. Tout d'abord la situation de Bembridge était idéale puisqu'elle disposait tout à la fois d'un petit aérodrome et d'un port de plaisance, deux éléments essentiels pour maintenir un contact avec le continent. Ensuite l'hôtel de Bembridge Coast était un investissement de la famille Potter datant du grand-père de Henry Potter, Charlus Potter. Il avait donc paru normal que l'établissement devienne le siège de l'Ordre du Phénix lorsqu'ils furent évincés de Newport. Considérant les tensions avec le gouvernement légitime, l'hôtel fut doté des protections les plus sophistiquées possibles. En cas d'invasion de l'île par Voldemort et ses mangemorts il fallait que le lieu puisse devenir une citadelle imprenable, au moins jusqu'à ce que l'évacuation de ses résidents puisse avoir lieu.

De manière assez prévisible la situation se dégrada dans les semaines suivant l'éviction des sorciers des cercles dirigeants. L'Ordre du Phénix continua à transmettre fidèlement les informations glanées dans le Ministère de la Magie et auprès des mangemorts les plus proéminents mais il apparut que ces informations – notamment les rapports soulignant les mesures prises par les Mangemorts pour empêcher toute reconquête des îles britanniques – étaient largement laissées de côté, les officiels tout occupés qu'ils étaient à s'attribuer des postes et des honneurs une fois leur pays libéré. Ainsi par exemple, un projet de constitution fut élaboré, censé ordonner les relations entre sorciers et moldus sous l'égide du roi. Un plan qui une fois le détail connu se résumait grossièrement à faire des sorciers des citoyens de seconde classe et les créatures et êtres magiques de simples animaux. Quand par ailleurs il fut ordonné aux sorciers de s'enrôler dans l'armée régulière afin de constituer des unités de reconnaissance. La population sorcière comprit immédiatement que pour le gouvernement leur vie n'avait que très peu de valeur. Nombre de sorciers décidèrent alors soit d'annoncer leur neutralité, soit de fuir vers le continent soit de rejoindre Voldemort. En tout état de cause une catastrophe pour le CMMR.

C'est à la vue de ce comportement – que Hestia Jones qualifia justement de fin de dynastie – que Henry Potter et Alastor Maugrey décidèrent de quitter progressivement le Conseil Magique et Moldu de Résistance et de refonder leur propre groupe. Ce processus se passa en plusieurs temps : tout d'abord l'Ordre du Phénix décida de ne pas communiquer au gouvernement l'existence des Horcruxes ou la prophétie qui liait Henry Potter à Voldemort. Il était évident que l'assaut prévu contre Londres était voué à échouer et alors il était à attendre que Voldemort attaque l'île de Wright pour éradiquer les dernières poches de résistance encore menaçantes. Compte tenu du fait que Mathias n'avait pas encore localisé tous les Horcruxes, il était à la fois inutile et dangereux de provoquer une confrontation entre les deux sorciers, surtout sachant le pouvoir dont disposait Voldemort et que Henry Potter n'avait toujours pas. La seule chance de l'Ordre résidait dans le fait que le gouvernement moldu n'avait pas pris conscience de l'importance de Henry Potter et considérait qu'il pouvait le mépriser et l'humilier pour affaiblir la position des sorciers.

Ce fut sur cette dernière option que l'Ordre décida de parier. Les Généraux Maugrey et Shacklebolt obtinrent une audience avec le roi William et lui demandèrent que Henry Potter reçoive un commandement, sachant parfaitement l'inimitié entre les deux jeunes hommes. Naturellement la requête fut rejetée et en lieu et place de cette commission, Henry Potter fut nommé sur proposition du ministère des affaires étrangères Ambassadeur du CMMR auprès des alliés sur le continent. Une nomination négociée en avance avec le Secrétaire d'État Robert Cook, l'un des rares à avoir compris le désastre en préparation et la futilité d'une opération militaire contre un ennemi dont nul ne connaissait encore tout l'arsenal.

L'Ordre du Phénix fut gracieusement informé de la date de l'action militaire une semaine avant le début des opérations. Par la même occasion il fut ordonné au Général Maugrey de diriger les forces sorcières pendant la bataille tandis que le Général Shacklebolt serait le plus haut gradé sorcier à maintenir la protection de l'île de Wright. Les deux seraient naturellement sous les ordres directs de militaires moldus et devraient faire contresigner tous les ordres qu'ils pourraient formuler. Tous les sorciers encore présents furent en outre conscrits et rassemblés à Newport où s'étaient rassemblés les éléments de la flotte qui participeraient à la remontée de la Tamise. Une dernière réunion de l'Ordre du Phénix eut lieu le 10 aout 1999, cinq jours avant la bataille. Les participants étaient sombres et ceux qui partaient pour l'Angleterre savaient qu'ils se dirigeaient vers leur mort. Il fut à cette occasion décidé que cette mission suicide devrait répondre à plusieurs objectifs et affaiblir autant que possible les forces des mangemorts en attendant la victoire tant attendue. Un vote eut par ailleurs lieu et Henry Potter fut unanimement élu chef unique de l'Ordre du Phénix.