PREMIER ARC : ANTE ORDINEM
TOME I : LA GUERRE NOIRE, 1997 - 2007
CHAPITRE III : 1999 – 2001 : Retraites et défaites
Musique indicative : Light and shadow, Vangelis
6 octobre 2007, ruines de Londres
Les pas de Henry Potter le guidèrent vers ce qui était sans doute le dernier point de repère de Londres en ruine : la tour de l'horloge plus connu sous le nom de Big Ben. Elle était restée étonnement debout malgré les combats aux alentours. Tout juste voyait-on les impacts de balles et les longues trainées de sang séché à sa base. Le reste, et particulièrement trois des quatre vitraux de l'horloge étaient intacts. Henry Potter était directement responsable de la destruction du quatrième, lorsqu'il avait combattu Lord Voldemort dans sa dernière redoute tout en haut de l'édifice. S'asseyant sur un morceau d'une fontaine en partie détruite juste en contrebas de la tour, Henry Potter parvint à distinguer une cage en fer suspendue au clocher.
La dernière sépulture du dernier roi du Royaume-Uni.
William V n'avait jamais eu la moindre chance. Il s'était imaginé tel un chevalier terrassant le mal et conquérant son droit à l'image de ses ancêtres. Un nouveau Guillaume le Conquérant, plus glorieux et plus grand encore. Un rêve qui l'avait mené droit au désastre. On avait pourtant tenté de le prévenir. Dès la fin de la dernière réunion de l'Ordre du Phénix, malgré l'interdiction du roi, Lord Potter s'était rendu à Newport et il avait demandé audience à Sa Majesté. Oubliant toute fierté, il s'était rendu dans la salle faisant office de salle du trône où tous les conseillers, les Secrétaires d'État et les membres d'État-major siégeaient quasiment en permanence et là, devant leur mine goguenarde et sournoise, il s'était agenouillé devant le souverain qu'il avait pourtant ouvertement critiqué et dont il avait directement contesté les ordres. Faisant preuve de la plus entière contrition, il s'était humilié, acceptant tous les blâmes et toutes les fautes mais suppliant le roi de l'écouter et d'abandonner une attaque trop hâtive et trop hasardeuse. Il avertit du malheur qui les guettaient et il prédit que, connaissant Voldemort, celui-ci n'hésiterait pas à tous les tuer si jamais ils faisaient l'erreur de le sous-estimer.
Pendant une dizaine de minutes, Lord Potter parla. Plaidant sa cause avec autant de sincérité que possible, il argua des risques et du peu de chances que l'entreprise avait de se conclure en succès et de la condamnation à mort qu'un échec signifierait pour les populations vivant sur l'île. Il affirma que Voldemort profiterait de l'occasion pour réduire en cendres tout ce qui restait d'opposition à son règne et qu'il était probable que la seule raison pour laquelle il n'avait pas déjà attaqué l'île de Wright tenait du fait qu'il s'attendait à ce que ses ennemis fassent l'erreur de dégarnir leur position. Se tournant vers les représentants des forces continentales, Lord Potter les avertit que la défaite en Grande-Bretagne signifierait inévitablement la guerre dans leurs pays à plus ou moins courte échéance, qu'il fallait renforcer les défenses des pays limitrophes, particulièrement les Pays-Bas et la France et qu'il fallait obliger Lord Voldemort à concentrer son attention sur un ennemi imprenable plutôt que de l'affronter dans son fief.
A la fin de sa supplique, Lord Harry, toujours agenouillé à terre, rencontra le regard du roi. Il n'y lut que mépris et détestation et il sut alors sa tentative échouée. Des milliers de moldus et de sorciers mourraient pour satisfaire l'égo d'un jeune monarque arrogant et trop sûr de lui. Une caricature pitoyable de souverain complètement aveuglé par son hubris et prêt à tout pour prouver sa propre puissance. Tournant le regard sur les conseillers tout autour de lui, Lord Harry y vit la même certitude et la même supériorité. Pour beaucoup d'entre eux, Lord Potter se remettait simplement à sa place : celle d'un sorcier, d'un monstre, d'un inférieur aux gens normaux. Il n'y eut que chez les membres des délégations étrangères que le doute s'installa. Et s'il avait raison ? Tournant de nouveau les yeux vers le roi, Lord Potter attendit une réaction qui ne se fit pas attendre.
« -Nous vous remercions pour vos conseils Mylord. Vous avez sans doute beaucoup à faire. Vous viendrez nous faire le rapport de vos activités à Buckingham une fois votre mission sur le continent terminée. Vous pouvez vous retirer. »
Sur ces paroles Lord Potter fut escorté hors de la salle. Arrivé à la porte il se retourna, s'inclina une dernière fois et sortit. Et alors qu'il entendait les éclats de voix et les rires dans son dos, Lord Potter se jura que jamais plus il ne se prosternerait devant qui que ce soit, quel qu'en soient les conséquences. Retournant à Bembridge, il débuta les préparatifs du départ de l'île de Wright. La bataille était perdue avant même de commencer, il fallait absolument disposer de forces suffisantes pour résister encore à Voldemort après la victoire qu'il allait obtenir. Sur ces pensées, il entreprit de contacter tous les alliés fiables du CMMR avec lesquels il avait été en contact et d'identifier les personnes clefs dont il avait besoin pour continuer la lutte.
Le 14 aout, veille de l'attaque contre Londres, un groupe de quatre personnes se rendit à l'hôtel de Bembridge Coast. Robert Cook, le seul allié de l'Ordre du Phénix au sein du gouvernement moldu, Henrik Van Der Oven, conseiller spécial détaché du Premier Ministre des Pays-Bas, Olympe Maxime, directrice de l'Académie de Beaubattons et Fleur Delacour, agent de liaison entre l'Ordre du Phénix et le Ministère de la Magie Français. Tous partageaient le constat de Lord Potter et tous savaient que la débâcle annoncée aurait des répercussions considérables sur le reste du continent. La première priorité fut de déplacer le Quartier Général de l'Ordre et de préparer les plans d'évacuation qui, conjointement aux missions suicides des membres de l'Ordre partis au combat, permettraient de gagner au moins quelques semaines, au mieux quelques mois avant que le conflit ne traverse la Manche. Un emplacement fut sélectionné, le Château de Courtomer, prêté pour l'occasion par ses propriétaires. Un portail magique fut mis en marche et bientôt les premières familles purent être évacuées de l'île.
L'assaut de Londres fut annoncé avec tambours et trompettes le 15 aout 1999. Le roi en personne décida dans un élan de chevalerie de mener l'attaque contre les mangemorts et de récupérer sa cité. Les premières heures apparurent alors déterminantes et effectivement, comme prévu par les stratèges au service du monarque, un formidable élan populaire se répandit dans la ville et les faubourgs, de simples civils se joignant aux forces de la Juste Armée et attaquant les mangemorts et les gobelins avec toutes les armes à leur disposition, parfois de simples couteaux ou des cannes taillées pour servir de lances. En quelques heures toute la ville se révolta et bientôt les principaux quartiers furent libérés tandis que les compagnies gobelines en faction dans les rues étaient rapidement mises en pièce. Quelques mangemorts furent tués, d'autres, surpris dans leur sommeil par leurs esclaves, furent lynchés, quelques-uns encore furent capturés en attendant un éventuel procès. Dans l'ensemble l'opération se passa bien et le 17 aout au soir le roi William V annonça à la radio de Londres la prise de la ville et la libération du Royaume-Uni. Il déclara Lord Voldemort hors-la-loi et le condamnait à mort ainsi que tous ceux qui prendraient fait et cause pour lui. Appelant tous ses sujets à le rejoindre, il annonça une vaste campagne contre les places fortes des sorciers, au premier rang desquels était Poudlard. Il appela enfin les membres du Commonwealth of Nations et les alliés du Royaume-Uni à se rassembler derrière sa bannière pour punir les sorciers pour leur trahison.
La ferveur en l'enthousiasme collectif ne dura pas. Les quelques 250 000 hommes partis dans cette expédition avaient commis une erreur mortelle. Ils pensaient que Londres était autant un joyau pour eux que pour Voldemort. Dans les heures suivant la déclaration du jeune roi, les principaux alliés du Royaume-Uni annoncèrent effectivement soutenir les actions du souverain contre les sorciers et engager des mesures préventives contre leurs propres communautés magiques. Une réaction en chaine se déclara alors tandis que les attaques et les pogroms se multipliaient dans les rues sur tous les continents du globe. Le temps n'était plus aux négociations. Les moldus voulaient se venger de l'affront commis à Londres par Voldemort et bientôt une justification religieuse vint renforcer ce sentiment lorsque la Curie Romaine promulgua sur ordre du Pape nouvellement élu Luc I une bulle intitulée Contra Venifica qui appelait explicitement à la guerre sainte contre les sorciers. Bientôt les autorités religieuses de toutes les religions monothéistes se rangèrent à cette résolution, une première dans l'histoire religieuse contemporaine.
Le Grand Brasier de Londres se déclara le 25 aout 1999 à 13h45. Les deux rives de la Tamise furent simultanément touchées par des flammes à l'évidence magiques. Les préparatifs de Voldemort avaient été aussi simples que brillants. Il avait fait garnir l'autoroute M25 London Orbital, le périphérique du Grand-Londres de runes qu'il avait activé au moment le plus propice pour piéger tous ceux qui se trouvaient à l'intérieur de l'enceinte. L'accès à l'aéroport de Heathrow avait été bloqué et les tentatives de fuite par voie fluviale avaient été rendues impossibles par la présence à l'aval de la Tamise de Dragons d'eau capables de couler tout type d'embarcation, y compris des navires de guerre. La population londonienne, de même que ses sauveurs étaient pris au piège et s'asphyxiaient lentement, intoxiqués qu'ils étaient par les fumées et les émanations de l'incendie.
Le feu magique avança depuis l'extérieur vers l'intérieur du cercle, ravageant sur son passage toutes les habitations et déjouant toutes les tentatives des services de secours de l'éteindre. Arrivé jusqu'à la limite du London Inner Ring Road, le feu se stabilisa sans s'éteindre toutefois. Les rares téméraires pensant pouvoir traverser les flammes rouges et bleutées furent toutes carbonisées sans pitié. Le feu magique était la représentation la plus parfaite de la cruauté et de la malveillance de Voldemort. Sans pitié ni compassion, son seul but était de détruire et, le cas échéant, de servir la volonté de son maître.
C'est alors que les forces de Voldemort passèrent à l'attaque. Une grande armée composite – qui gagna à cette occasion le nom d'Armée Noire – partie de Aylesbury au Nord-Ouest de Londres fondit sur le cœur de la cité. Le concours des gobelins lors de cette attaque fut déterminant. Ce fut en effet une de leur technologie, le Zagardzi-Trangul – littéralement le détecteur à humains – qui permit de déjouer les résistances de la Juste Armée et de ses chefs. Cet apport technologique ajouté à la destruction de tous les appareils électriques dont disposaient les défenseurs – une résultante d'un sort de zone qui empêchait par ailleurs tout survol de la ville par des avions ou des hélicoptères – transforma bientôt les rues de la City en tranchés où les défenseurs devaient se cacher entre deux salves d'armes à feu et de sorts.
Lors de cette bataille – et particulièrement les combats autour de Waterloo Station – le comportement des défenseurs fut souvent héroïque mais toujours désespéré. Dans la débâcle évidente, les régiments sorciers de l'Ordre du Phénix firent montre de leur courage et de leur loyauté et parvinrent parfois à repousser l'inévitable. Pourtant, malgré les tentatives, Westminster fut perdu, de même que Pimlico et Covent Garden et bientôt la bataille s'engagea pour le contrôle des ponts sur la Tamise. William V ne démérita pas pendant le combat. A la tête de ses hommes il dirigea plusieurs charges, réussissant même l'exploit de stopper l'assaut d'une brigade de gardes d'élite du roi Gobelin Ragnok avant de devoir se replier dans le désordre près de son camp de Vauxhall Park.
Le 2 septembre 1999 la bataille était définitivement perdue. William V exigea dans un dernier sursaut que tous les renforts magiques disponibles soient transférés depuis l'Île de Wright pour aider les défenseurs mais ses appels furent vains et Lord Potter, comprenant que la situation était sans issue, refusa de prendre cet ordre en compte. En ce qui le concernait la défaite était inéluctable et William V avait été fou de croire en une autre alternative. A la place, il demanda au Général Maugrey de remplir autant que possible les objectifs définis quelques semaines plus tôt. C'est ainsi que le Général mena plusieurs opérations commando dans la nuit du 3 au 4 septembre, quelques heures seulement avant que la capitulation des défenseurs ne soit annoncée. Prenant possession des Joyaux de la Couronne, des œuvres d'art de la National Gallery, des archives nationales et de la Pierre de Scone restée à Westminster, il passa avec difficulté les lignes ennemies avec ses hommes et parvint jusqu'à Basinstroke où il transmit la garde des objets à des agents de l'Ordre déployés pour l'occasion. Refusant de quitter le combat, le Général Maugrey retourna alors à Vauxhall Park et participa au baroud d'honneur de la Juste Armée engagée contre les gobelins. Sa dernière action, quelques instants avant de tomber et que William V ne soit capturé, fut de voler un Zagardzi-Trangul et de le remettre à son aide de camp, lequel parvint jusqu'à l'île de Wright où l'artefact fut analysé et rendu inopérant. Une action qui sauva plus tard des centaines de milliers de vies.
Cette aventure – aucun autre mot ne convenait à la tentative du roi William – sonna le glas du CMMR et de l'Ordre du Phénix sur les îles britanniques. Au cours de la bataille, en plus de la totalité des soldats déployés, plus de trois millions de civils avaient été tués, le dernier souverain de la dynastie des Windsor était capturé et les forces militaires alliées engagées avaient été décimées. Pour ajouter à l'insulte, Voldemort organisa une parodie de procès puis condamna à mort le roi William, le tout sous l'oeil atterré des journalistes – y compris des journalistes moldus – invités pour l'occasion. La sentence prononcée, Voldemort fit pendre une cage de la Tour de Londres au sommet de la Tour de l'Horloge et y fit enfermer le roi vivant qui dépérit de faim et de soif dans d'atroces souffrances. La sentence exécutée, Voldemort plongea les habitants de Londres encore en vie dans une vie de supplices pour se venger de l'affront qui lui avait été fait.
Pendant le mois de septembre 1999 Lord Potter organisa l'évacuation de l'île de Wright. Il savait qu'une des raisons majeures du répit dont il disposait provenait des sabotages que l'Ordre du Phénix avait commis dans l'organisation du Ministère de la Magie. Une opération – infructueuse il est vrai – avait été tentée pour prendre Azkaban et libérer les prisonniers – seule une petite centaine avaient pu être secourue avant que les défenses des mangemorts ne deviennent insurmontables – et plusieurs actions avaient été lancées, particulièrement contre Poudlard et Pré-au-lard. Tout cela, en plus de la destruction du Chemin de Traverse et du sabotage du réseau de cheminette contribuait à paralyser les opérations des mangemorts et permettait un sursit avant une invasion de la dernière enclave libre du Royaume-Uni. L'essentiel de l'évacuation avait déjà eu lieu pendant la seconde quinzaine d'aout et seuls restaient les éléments indispensables pour la réussite d'un piège qu'il entendait bien enclencher : le même que celui dans lequel les forces de William V étaient tombées.
Laissant Robert Cook devenir Premier Ministre et former un nouveau gouvernement en exil au Château de Courtomer – gouvernement où il fut nommé Secrétaire d'État à la Défense tandis que Hestia Jones était nommée Secrétaire d'État à l'Intérieur – Henry Potter prépara la bataille pour l'île de Wright la première où il assuma seul le commandement, obtenant par la même occasion le grade de Général de Brigade. Prenant, à l'insistance du Premier Ministre, John MacIntyer sous ses ordres, il profita de ses nouvelles prérogatives pour rappeler auprès de lui deux de ses connaissances : Arthur Pyke et Evelina Andersen chez qui il avait remarqué des chefs naturels et des collègues en qui il pouvait avoir confiance. L'enjeu de cette bataille était clair : il fallait à tout prix freiner les avancées de Voldemort et désorganiser ses lignes logistiques. Henry Potter savait parfaitement que les ambitions de Voldemort étaient sans limites. Une attaque du continent n'était de ce point de vue qu'une question de temps et de moyens. Il fallait profiter de toutes les opportunités pour gagner des délais et verrouiller au maximum les accès. Cela signifiait saigner à blanc les alliés de Voldemort avant qu'ils n'aient le temps de se renforcer et voler ou détruire tous les avantages dont ils pouvaient disposer.
Si la bataille, engagée entre le 27 septembre et le 3 octobre 1999 ne fut pas exceptionnelle et resta une victoire claire pour lui, elle porta indirectement un coup très dur à Voldemort. L'enjeu n'avait jamais été de piéger ou de réduire la force militaire des mangemorts. Les moyens logistiques et militaires de l'Ordre du Phénix étaient trop faibles pour parvenir à telles fins. Tout juste cela permit-il aux alliés de constater les stratégies que l'ennemi comptait mettre en œuvre sur le champ d'honneur : des assauts en plusieurs vagues, toujours précédés d'attaques de masse de moldus, généralement mis sous imperium et qui servaient de boucliers humains et littéralement de chair à canon. La vraie réussite fut cependant autre. Alors que le regard de Voldemort était concentré sur l'île de Wright, un groupe commando commandé par Kingsley Shaklebolt infiltré derrière les lignes ennemies parvint à s'introduire à Douglas sur l'île de Mann et à mener de front deux opérations : l'élimination de près des trois-quarts des détraqueurs du Royaume-Uni rassemblés en prévision d'un assaut futur et la capture de plusieurs vampires dont s'était devenu la base principale d'opération.
Si la première opération neutralisait déjà un ennemi féroce de l'arsenal du mage noir – le premier xénocide de la Guerre Noire – la capture de vampires s'avéra plus redoutable encore et fit enfin prendre conscience à Voldemort de la dangerosité et de la ténacité de son principal ennemi. Les vampires captifs furent en effet transférés sur le continent et emprisonnés dans la forteresse de Nurmengard qui jusqu'alors abritait l'ancien mage noir Gellert Grindelwald. Et si les rumeurs selon lesquelles Lord Potter avait longuement échangé avec le vieux sorcier avant de le mettre à mort n'avaient jamais pu être corroborées, celles affirmant que des expérimentations avaient été conduites sur les vampires pour créer des armes biologiques leur étant spécialement destinées furent quant à elles confirmées par l'extermination de cette race lors des campagnes suivantes.
Par un étrange hasard, c'est également à cette période qu'à Poudlard la tombe de Albus Dumbledore fut profanée pour la première fois.
L'installation de l'Ordre du Phénix et du gouvernement en exil à Courtomer se fit sans heurts et pendant quelques temps une fausse forme de paix plana sur l'Europe. De nombreux britanniques ayant choisi l'exode se rassemblèrent en Normandie, recevant l'aide logistique et humaine des autorités françaises, belges, néerlandaises et allemandes, tous des pays alors relativement épargnés par les difficultés et l'instabilité. La même chose n'était pas vraie pour tous les états européens. Les émissaires italiens restaient absents des négociations, tout occupés qu'ils étaient par les déroulements politiques à Rome où le Pape parvenait progressivement à supplanter le Président du Conseil et à imposer ses vues. Une tentative particulièrement soutenue par les provinces du sud de la péninsule et par plusieurs mouvements extrémistes du nord. De même, le gouvernement espagnol était en proie à de graves problèmes de cohésion nationale puisqu'à l'aune de la révélation de la magie les communautés autonomes de la Rioja, d'Aragon, de Castille, d'Estrémadure et de Galice avaient édictées des lois spécifiques extrêmement hostiles à la magie, prélude d'une tentative d'indépendance. Le gouvernement régional de Catalogne était déjà en sécession pour des motifs similaires quoiqu'il ne s'agisse que d'un paravent pour cacher leur intérêt économique à le faire. En réaction des débordements et des pogroms plus ou moins spontanément déclenchés, les sorciers espagnols s'étaient quant à eux rassemblés et avaient transformé les communautés autonomes de Navarre, des Îles Baléares et les enclaves de Ceuta et Melilla en zones franches contrôlées par le ministère espagnol de la magie. Les spasmes de la guerre civile se faisaient sentir, seulement contenus par les appels au calme désespérés de la monarchie. Le Portugal enfin avait choisi de rester hors de la question en appliquant une politique de laisser faire favorable au gouvernement en exil comme au ministère Tickenesse. En somme, le Portugal comptait rester neutre et ne pas mettre en danger son alliance stratégique avec la Grande-Bretagne quel que soit le gagnant du conflit.
Durant ce temps de grandes manœuvres diplomatiques, une force militaire sorcière rassemblée dans les pourtours de l'Académie de Beaubattons fut formée et officiellement mise sous les ordres d'un commandement intégrant le CMMR et les forces militaires et paramilitaires des alliées. Un mouvement hétéroclite qui prit bientôt le nom de Résistance.
Pendant plus de quinze mois, d'octobre 1999 à février 2001, la situation resta stable, quelques échauffourées ayant parfois lieu dans la Manche entre les mangemorts et des forces de l'alliance. A l'exception notable de la bataille de Jersey qui vit les troupes de Voldemort et celles de la Résistance s'affronter dans les airs des îles anglo-normandes, le théâtre européen des opérations restait statique, Voldemort prenant le temps de préparer ses troupes avant un assaut généralisé et la Résistance tentant de préparer ses forces à l'assaut qu'elle savait programmée. A cet égard la Résistance devait particulièrement compter avec les soutiens financiers et logistiques de l'alliance, tâche rendue complexe par le contexte de guerre civile généralisée : Progressivement l'ensemble des pays européens durent en effet se détourner de l'enjeu d'une guerre contre la Grande-Bretagne pour se préoccuper de la gestion de leurs communautés sorcières respectives, excitées et soutenues indirectement par Voldemort. La situation était d'autant plus explosive que les populismes les plus virulents commencèrent à se faire entendre et à promouvoir des messages extrémistes contre les sorciers et les moldus choisissant de s'associer à eux. Progressivement l'atmosphère de suspicion laissa place à un sentiment chauviniste et xénophobe, qui se mua à son tour en un élan supranational pour la cause de l'anti-magie. Le vent de la guerre civile généralisée planait de plus en plus bas et seul le prestige et la coopération entre les États européens évitait l'effondrement et le chaos que l'on constatait par ailleurs dans le reste du monde.
Tout changea le 3 février 2001 lorsque Voldemort rappela au monde pourquoi il était le digne héritier de Salazar Serpentard. Des actions coordonnées dans tous les pays européens et nord-américains furent initiées, touchant indistinctement les autorités sorcières et moldues. Attaques, assassinats, explosions, raids, sabotages, toute la panoplie des actions de déstabilisation et de terrorisme fut utilisée à cette occasion à grande échelle, décimant massivement le personnel politique et administratif des pays touchés et livrant rapidement les populations au chaos. Les attaques, en particulier celles contre les raffineries et les centrales électriques eurent immédiatement des effets dévastateurs, bloquèrent nombre de rouages des États et les livrèrent dès lors aux assauts des mangemorts qui, aidés par les franges radicalisées des populations sorcières, n'eurent alors aucun mal à réduire au silence les rares voix légitimes pouvant rétablir le calme.
Immédiatement après ces opérations et une fois que les réseaux de communication modernes eurent été coupés, Voldemort entama la seconde phase de son plan. Des attaques coordonnées contre les prisons moldues et les lieux de rétention sorciers à travers l'Europe avec, pour les prisonniers une proposition simple : la liberté et la loyauté à Voldemort ou la mort. L'immense majorité choisit la première option et bientôt, grâce au travail de quelques chercheurs à la solde des mangemorts, une nouvelle arme fut mise au point et confiée aux moldus les plus méritants et dont la loyauté était assurée : un fac-similé de baguette conçue pour convertir l'énergie vitale du moldu en énergie magique déterminée : la proto-baguette. Des milliers de ces inventions, conçues pour projeter des sorts de mort, furent livrés aux repris de justice et aux criminels les plus violents qui furent par la suite lâchés dans la nature avec l'ordre de commettre un maximum de dégâts. Une stratégie payante et qui désorganisa les quelques noyaux encore fonctionnels de forces de maintien de l'ordre, tant magique que moldu.
C'est dans ce contexte de chaos que la Résistance prit l'ascendant sur les gouvernements d'Europe de l'Ouest. Les familles régnantes des Pays-Bas, de Belgique, du Luxembourg, d'Espagne, de Monaco et de Lichtenstein avaient été exterminées ou étaient en cours de l'être, semant l'anarchie dans les gouvernements et la peur dans les populations. Les villes de Bruxelles et Strasbourg avaient été rasées par des incendies magiques, décapitant de fait l'Union Européenne et l'OTAN dont le sièges et les représentants avaient été des cibles prioritaires. Il fallait rétablir rapidement une situation au moins précaire et le seul organisme capable de le faire était l'alliance de la Résistance dont l'activité durant toute l'année 1999 et 2000 avait été remarquée et qui disposait des seules troupes capables de rétablir l'ordre tout en endiguant la menace des mangemorts.
Le 13 février 2001, l'Appel de Paris proclama la centralisation de l'autorité et des pouvoirs des États défaillants entre les mains de la Résistance pendant toute la durée du conflit et jusqu'à la victoire contre Voldemort. Lord Potter, parlant au nom de la Résistance dont il était l'un des membres du conseil, ordonna l'état d'urgence dans tous les territoires touchés par les attaques des mangemorts, l'état d'alerte de tous les services de sécurité et un rapport de situation de toutes les casernes et des garnisons. Faisant le vœu de ne cesser le combat qu'avec la mort de Voldemort et la reconquête des terres perdues aux mangemorts – qu'il appela dans son allocution les terres noires, nom qu'elles garderaient pour la postérité – Lord Potter déclara assumer le commandement suprême des forces militaires opposées à Voldemort et demanda à tous les citoyens présents dans les grandes villes de quitter immédiatement leurs logements et de se réfugier dans les campagnes, de préférence sur la rive Est du Rhin et au Sud de la Loire. Annonçant de grands combats dans les semaines suivantes, il termina son allocution en demandant que tous les volontaires se rendent auprès des autorités et des centres de recrutement les plus proches pour être incorporées dans les armées de la Résistance, les Légions qui vaincraient bientôt les barbares.
Effectivement dès le début du mois de mars Voldemort commença son invasion du continent. Utilisant des portoloins de masse, des créatures magiques et le nombre des hommes sous ses ordres, il mena plusieurs opérations pour prendre possession d'une tête de pont dans la région de Anvers. Les forces de Voldemort étaient alors terrifiantes. Outre les contingents de mangemorts qui n'avaient fait que se renforcer avec les apports de sorciers venus des quatre coins du globe, il avait recruté massivement parmi les moldus des fanatiques, des pragmatiques pensant assurer leur survie en servant le nouveau régime et surtout une foule innombrable de victimes mises sous imperium. Des centaines de milliers de soldats, la plupart ayant leur volonté dérobée et qui, corvéables à merci, n'avaient pas la moindre valeur intrinsèque et travaillaient ou luttaient comme des esclaves jusqu'à mourir d'épuisement et des mauvais traitements. A la tête de ces troupes, Voldemort avait nommé les membres de son cercle intérieur généraux. Parmi les plus infâmes, la Générale Lestrange, les Généraux Yaxley, Nott, Malfoy, Gardener, Oberhauser ou Krum pour n'en citer que quelques-uns, commirent les pires atrocités durant les combats et l'occupation des territoires sous leur autorité. En outre Voldemort, souhaitant maximiser la politique de la peur qu'il usait contre sa propre population et ses ennemis, forma des unités d'élite de loup-garous particulièrement efficaces et dirigés par le redoutable Général Greyback.
Dans un premier temps, Voldemort ravagea les Pays-Bas avec une brutalité sans précédent. Ayant réussi à asservir des dragons à sa volonté, il plongea Rotterdam, La Haye, Amsterdam, Utrecht et Arnhem sous un déluge de feu. Utilisant brillamment ses forces d'élite pour harasser les troupes et les camps militaires, il put conserver le champ libre et n'eut même pas à affronter des forces aériennes placées en interception. L'aviation de chasse, composée d'éléments électroniques complexes était inopérante à proximité de sources de magie aussi puissantes que des dragons. C'est donc avec une grande facilité que Voldemort pu survoler les Pays-Bas, allant même en Allemagne raser préventivement Brême et Hambourg et jusqu'au Danemark ruiner Copenhague, Odense et Aalborg. La suite de ses exactions fut similaire à ce qui avait été vécue en Grande-Bretagne. Des hordes de créatures magiques, de gobelins et de moldus sous imperium dirigés par des sorciers prenaient possession des villes et des campagnes, rassemblaient les populations capturées et en fonction des besoins les exécutaient ou les réduisaient à l'esclavage.
Pendant que Voldemort détruisait tout sur son passage, la Résistance organisait le sauvetage des populations civiles et se préparait au coup de boutoir qui ne tarderait pas à être infligé. Effectivement lorsqu'en avril 2001 les mangemorts eurent fini de mettre en pièce les Pays-Bas, leur regard se tourna vers le Sud et ce qu'ils savaient être le début d'une longue guerre de mouvement contre un ennemi préparé et rompu à leurs tactiques. La situation était loin d'être idéale. La plupart des centres urbains étaient toujours en cours d'évacuation et un nombre important de réfugiés se trouvaient sans toit et sans nourriture. Seules les Légions disposaient de vivres en quantité suffisante mais là encore les pénuries commençaient à se faire sentir et les soldats manquaient cruellement d'armement tandis que les défenses restaient rudimentaires.
Pour pallier les difficultés du moment, une stratégie d'endiguement fut mise en œuvre : Afin d'éviter un trop grand débordement des forces de Voldemort en Allemagne de l'Ouest et vers les régions de l'Est de la France, une ligne de front défensive fut délimitée entre Venlo aux Pays-Bas, Liège et jusqu'à Charleroi en Belgique. L'objectif était de pousser les forces de l'Armée Noire vers Calais, Lille et Valenciennes ou attendait le gros des forces de la Résistance. Le tracé de cette ligne répondait de deux objectifs : offrir un sursis aux civils encore présents dans les localités plus au sud sachant néanmoins que le front aussi fortifié soit-il ne tiendrait pas bien longtemps le choc face aux troupes de Voldemort, et préserver l'outil industriel de la Ruhr sur les bords du Rhin, un élément fondamental de l'effort de guerre de la Résistance contre l'ennemi.
D'un point de vue logistique, deux grandes urgences devaient être adressées : d'une part le manque de munitions, chose qui fut aisément résolue par la réquisition forcée des arsenaux européens et tout particulièrement de ceux présents en Europe de l'Est en Biélorussie et en Ukraine notamment. Une tâche accomplie avec brio par un logisticien de talent très tôt rallié à la Résistance Andreï Volmikov. Profitant du chaos institutionnel et de l'anarchie provoquée par l'émergence des Seigneurs de Guerre en Russie d'Europe et dans les pays baltes, il était parvenu à mobiliser une importante force de miliciens dévoués à la Résistance et qui avaient accaparé les principales villes du Caucase et de Crimée. Un rare îlot de stabilité dans une Europe en pleine guerre civile.
L'autre urgence logistique résidait dans les réserves alimentaires. Là encore le secours était parvenu d'un allié inattendu en la personne du Maréchal Denis N'Bongé, ancien commandant-en-chef de la Brigade de l'Union Africaine pour la Stabilisation (le BUAS). Celui-ci, originellement mandaté par l'organisation de l'Union Africaine au printemps 1999 s'était rapidement rendu compte que l'ampleur de sa tâche – à savoir stabiliser un territoire compris entre Nouakchott en Mauritanie jusqu'à Pointe Noire au Congo Brazzaville – était tout simplement irréalisable. Et bien que le Maréchal N'Bongé ait un temps été tenté de constituer son propre royaume sur les ruines des états défaillants du Golfe de Guinée, il avait compris que ses ambitions ne pourraient pas se réaliser tant que Voldemort et ce qu'il représentait n'était pas mis hors d'état de nuire. Dès lors, il avait décidé d'appliquer son ordre de mission pour l'Union Africaine d'une manière à la fois brutale et rusée.
La situation en Afrique de l'Ouest était chaotique depuis la révélation de la magie en 1998. Les États s'étaient délités les uns après les autres, laissant la place à des comportements de tribus et d'ethnies où bien souvent les Seigneurs de Guerre se bravaient les uns et les autres pour le contrôle d'une ville ou d'un quartier. Dans les campagnes, les opérations plus ou moins spontanées d'épuration ethnique avaient été réalisées et les massacres étaient devenus si courants que le jeu des enfants était souvent d'étaler une carte de la région où ils se trouvaient et de deviner où aurait lieu la prochaine exaction. Un jeu surnommé « Où est la tombe ? » qui donnait une idée assez précise de la décadence morale et sociale de toute la zone.
La mission du BUAS avait été de rétablir l'ordre au nom de l'Union Africaine. Une tâche bientôt rendue caduque quand le siège de l'organisation à Addis-Abeba en Ethiopie fut attaqué par une émeute où périrent la grande majorité des diplomates et des fonctionnaires internationaux. Ce fut donc une armée complète, équipée et bien commandée qui se retrouva sans mission et sans objet. La situation changea quand les premiers guet-apens furent lancés par des sorciers sur leur principal camp de base à Danané, à la frontière entre la Côte d'Ivoire et le Libéria. Il apparut en effet rapidement que ces attaques étaient coordonnées par des intermédiaires qui eux-mêmes recevaient leurs ordres de Londres. La situation était claire. Le mage noir Voldemort souhaitait propager le chaos hors du continent et il s'attaquait à toutes les forces interposées entre lui et ses fins.
Le Maréchal N'Bongé, secondé par le Colonel Benjamin Mdialo et le Colonel Jeremy Nambasa décidèrent en conséquence de déclarer leur allégeance à la Résistance. De nombreuses bases occidentales subsistaient dans toute la sous-région et les militaires laissés sur place sans possibilité de rentrer chez eux se joignirent en masse au BUAS dès que l'ordre fut donné de faire mouvement vers le nord et la méditerranée. Un périple long mais quand il apparut que la situation était désespérée et que toute la région du Sahel tombait rapidement entre les mains des Seigneurs de Guerre et des forces djihadistes qui s'étaient développées des années durant dans la brousse et la savane, une directive claire et cruelle fut donnée et exécutée : La BUAS partirait de Danané et suivant la côte entre Monrovia au Libéria et Tanger au Maroc, elle rétablirait l'ordre partout sur son passage, exécuterait sans jugement tous les suspects potentiels et soumettrait au tribut toutes les populations pacifiées. Une ambassade fut envoyée rejoindre la Résistance et bientôt l'armée se mit en branle. La rapine systématique à laquelle elle se livra servit à nourrir les hommes pendant leur déplacement. Le reste fut envoyé par bateau et par portoloin à la Résistance qui s'en servit pour alimenter les réfugiés. La solution, pour brutale, n'en était pas moins effective et le Conseil de la Résistance, Lord Potter en tête, n'eurent aucun état d'âme à valider cette tactique. Une tactique qui permettrait incidemment de mettre sous les ordres de la Résistance des forces aguerries, équipées et fermement commandées. En signe de reconnaissance de cette allégeance, Lord Potter envoya Arthur Pyke pour servir de liaison entre l'État-major du BUAS et la Résistance. Un moyen efficace de garder un œil sur une force potentiellement dangereuse et de favoriser la coordination entre le BUAS et les forces armées européennes.
Sans surprises, deux autres aides logistiques arrivèrent dans l'intervalle entre l'installation de la Résistance à Courtomer et le début des combats sur le théâtre continental européen. La première aide venait de Chine et répondait de considérations purement stratégiques. Les attaques contre les centres gouvernementaux occidentaux en Europe et aux États-Unis avaient en effet eu une conséquence immédiate : l'arrêt de tout le commerce international et, pour la Chine, l'arrêt de la majeure partie de ses exportations. Indépendamment des crises que vivaient les chinois sur la question de la magie, la menace posée par cette situation signifiait potentiellement la fin de l'économie productiviste chinoise, ce qui pouvait remettre en cause non seulement son système économique mais aussi son système social et son organisation politique. La survie du régime à parti unique était en jeu d'autant plus que la population chinoise, soumise à la politique de l'enfant unique, était certes productive mais ne pouvait pas se renouveler. La conséquence de long terme de cette politique était donc qu'un large pan de la population, enrichie rapidement mais ne disposant pas d'enfants, se retrouverait un jour ou l'autre à la retraite sans que les cotisations de leurs descendants ne leurs permettent de toucher des pensions. La seule solution de la Chine était de produire toujours plus et de continuer cette course en avant sans quoi tout l'édifice économique et social s'effondrerait, à l'image d'une pyramide de Ponzi défaillante.
Le pari de la Chine était qu'une guerre nécessiterait forcément des capacités logistiques puis, après la guerre, des produits manufacturés pour la reconstruction. Nonobstant la menace de la magie sur son territoire, la Chine envisageait de concevoir un nouveau Plan Marshall qui installerait durablement le tropisme de Pékin dans l'espace international et qui lui permettrait de maintenir ses impératifs de production. De fait, faisant écho de cet enjeu capital pour le pays, plusieurs représentants du Comité Permanent du bureau politique du parti communiste chinois nouèrent rapidement des contacts avec la Résistance. En résultèrent la création de plusieurs ponts aériens vers les aéroports européens pour approvisionner les forces de la Résistance. Un système de prêt-bail calqué sur le lend-lease act de 1941 fut élaboré en temps record et l'économiste en chef de la Résistance Erik Olseg, un alumnus de l'Université de Copenhague engagé dans la Résistance depuis la révélation de la magie, se chargea des négociations puis de l'organisation de cette manne économique. Parallèlement, des conseillers militaires et économiques chinois furent envoyés pour soutenir la politique de la Résistance et superviser les opérations de sanctuarisation des territoires.
La seconde aide logistique provint d'un autre espace géostratégique encore relativement préservé des affres de la guerre : l'Amérique latine et particulièrement l'Amérique du sud. Dans ce continent jusqu'alors plutôt à la marge de l'économie mondiale, la force de l'Église catholique était considérable et participait pleinement à la viabilité des États et des sociétés. Au Brésil, au Venezuela, en Colombie ou au Pérou, l'Église détenait une place prépondérante et son influence était tout à fait capable de renverser ou au contraire de maintenir des gouvernements au pouvoir. Le zèle religieux qui touchait toutes les catégories de populations de ces pays transcendait – et bien souvent outrepassait – l'intérêt et l'appétence politique et ce fut donc avec vigilance que les forces politiques écoutèrent les réactions des principaux potentats catholiques lors de la révélation de la magie.
Les dirigeants de l'Église catholique sud-américaine étaient beaucoup moins politisés que leurs confrères européens. La rente de situation et l'influence décroissante de l'Église en Europe n'était pas de mise en Amérique latine où, bien souvent, l'Église devait remplir le rôle des services sociaux auprès des populations les plus défavorisées. L'Église catholique était donc principalement sociale et pratique et à ce titre avait traditionnellement une vision beaucoup moins doctrinaire que la curie romaine. Considérant que le terreau culturel sud-américain était fondé tout à la fois sur les enseignements de la foi catholique et sur un riche vivier de cultures et de traditions amérindiennes, la révélation de la magie ne fut pas nécessairement vue comme une mauvaise chose par des populations par ailleurs imbibées de mythes extraordinaires et de ce réalisme magique si présent dans les alpages et les hauts-plateaux des Andes.
Dans ce contexte intervinrent concomitamment plusieurs réactions spécifiques. Tout d'abord Voldemort, de par son comportement meurtrier à Londres, fut rapidement surnommé Supay, du nom du Dieu de la mort et des Démons incas. Parallèlement Lord Potter, en raison de son opposition résolue au mage noir, à sa puissance magique spectaculaire constatée lors de l'évacuation de l'Île de Wright et à sa cicatrice en forme d'éclair fut surnommé Illapa par les différentes publications au Pérou, en Équateur, en Colombie et au Venezuela. Toute une œuvre de communication fut ainsi bâtie sur cet antagonisme pour le bénéfice des États qui, défaillants, devaient à tout prix maintenir le contrôle sur leurs populations. Un stratagème de distanciation tandis que progressivement ces états fusionnaient sous une même bannière.
Derrière ces artifices de communication se trouvait un homme clef. Juan Celestino Coraña, vice-ministre de l'information et de la culture du Pérou, avait été l'un des premiers à comprendre que la révélation de la magie signifiait à plus ou moins longue échéance la destruction des États traditionnels. Il avait par ailleurs compris que le seul moyen pour maintenir une cohésion nationale entre les sorciers et les non-sorciers passait par la légitimation de la magie face à des praticiens condamnables. La conclusion qui s'imposait était flagrante : il fallait soutenir la Résistance, envoyer autant de sorciers que possible auprès d'elle et pousser les sorciers les plus extrémistes à aller se battre avec Voldemort. De fait, Juan Celestino Coraña fut à l'origine d'un programme panaméricain de soutien économique, logistique et humain à destination de la Résistance – notamment par la construction et la mise à l'eau d'une flotte de transport considérable copiée sur les liberty ships, les barcos magicos – tout en facilitant les filières d'émigration des sorciers vers la Grande-Bretagne de Voldemort. Une stratégie qui permettait non-seulement de soutenir officiellement l'effort de guerre de la Résistance tout en réduisant la population magique sud-américaine, le tout en renforçant la coopération entre les États sud-américains et incidemment la place de son concepteur dans ce qui deviendrait un jour la Confédération Panaméricaine et Caribéenne.
L'arrivée de la BUAS à Tanger en juillet 2001 coïncida avec l'assaut généralisé de Voldemort sur les positions de la Résistance dans les Flandres. Un assaut aggravé par une attaque de revers commise une fois encore par les gobelins. Le Khraghni'zaragh, ou le Refuge en langue gobeline était la plus ancienne et la prestigieuse des places fortes des gobelins et le siège du pouvoir du roi Ragnok, le roi des rois gobelins. Une légende gobeline voulait d'ailleurs que la race gobeline soit née de l'accouplement d'une source d'eau souterraine avec une pépite d'or. En tout état de cause, le Khraghni'zaragh, localisé au cœur des Alpes Suisses servit de point de départ pour la majorité des armées gobelines qui dévalèrent les pentes dans toutes les directions. Attaquant au Sud depuis Lugano vers Milan et traversant la plaine du Pô vers la Toscane, les armées du prince héritier Rodnik semèrent la mort et la désolation sur leur passage et ne furent arrêtées qu'à deux occasions, à Florence où une partie de l'armée fut massacrée dans des conditions particulièrement mystérieuses et sur les bords du Lac Trasimène où elles se désagrégèrent face aux milices rassemblées par le Cardinal Tibérias dépêché pour protéger Rome et le Vatican.
Une seconde armée gobeline traversa le Lac Constance et se dirigea vers le Nord-Est à travers le Bade-Wurtemberg et la Bavière, saccageant les villes et les campagnes entre Ulm, Munich et Nuremberg. Les milices d'autodéfense qui se constituèrent alors se lancèrent dans une tactique de guérilla sanglante et brutale tandis que les gobelins asservissaient la population humaine. Étant donné la récurrence des attaques et l'accroissement de la résistance devant leur avancée, le haut-commandement Gobelin, appliquant les ordres de Voldemort, incendia Wurtzbourg puis Dresde et finalement Prague. Un comportement qui scandalisa l'opinion publique – y compris celle favorable à Voldemort et à ses mangemorts – et qui conduisit Voldemort à rappeler à l'ordre ses alliés tout en leur demandant de diriger leurs forces vers l'Ouest et les forces réunies de la Résistance.
Cette seconde armée gobeline n'eut pas besoin de faire mouvement dans la mesure ou deux autres colonnes, plus puissantes encore que les deux précédentes partirent de Berne en direction de l'ouest. La troisième armée gobeline traversa entre le Lac de Neufchâtel et le Lac de Brienne et se dirigea vers le Nord-Ouest ou elle espérait prendre en tenailles les défenses de la Résistance placées dans les Flandres contre Voldemort. La quatrième armée, elle, longea le Rhône et descendit vers Lyon puis Marseille avec comme objectif d'atteindre la Mer Méditerranée. Là encore, les actions des gobelins sur les populations civiles furent innommables, surtout compte tenu du fait que cette armée n'était pas destinée à conquérir mais seulement à détruire.
En octobre 2001 la Résistance était au bord de l'effondrement. L'aggravation de la crise de la magie en Chine avait débouchée sur des massacres de grande ampleur. La censure et les mesures coercitives imposées dans un premier temps n'avaient pas été suffisantes face au désastre qui se déroulait dans toutes les cités côtières chinoises et qui se propageaient dans les campagnes. Des rumeurs de groupes armées hybrides – c'est-à-dire combinant des forces magiques et non-magiques – semant le chaos sur leur passage étaient de plus en plus détaillées. L'État chinois s'effondrait, notamment après qu'un attentat ne dévaste le Palais de l'Assemblée du Peuple, l'organe législatif et parlementaire chinois, alors en session plénière. En conséquence, les appuis logistiques accordées par la Chine s'étaient interrompus et plaçant de fait la Résistance dans une grave situation de pénurie.
De la même manière, un black-out s'était abattu sur l'Amérique du Sud et malgré les tentatives de la Résistance de rétablir des communications avec leurs alliés, le silence était resté total. Les navires avaient soudainement cessé de débarquer leur matériel dans les ports contrôlés par la Résistance – notamment Brest, Bordeaux, La Corogne et Cadix – et les échos de révoltes armées et de destructions de villes – en particulier La Paz et Brasilia, les deux centres de commandement de l'aide pour la Résistance – faisaient craindre le pire.
A cette situation logistique critique s'ajoutaient les débâcles militaires. La stratégie de Voldemort et des gobelins avait renversée toutes ses défenses les plus importantes. L'Islande, pourtant considérée comme une place forte par la Résistance, avait été balayée sans difficulté, les hordes loup-garous parties depuis l'ouest de l'Allemagne s'étaient enfoncées rapidement à travers la Scandinavie où elles faisaient régner la terreur et où seules les troupes naines du roi Tangli et gnomes du Gork Yrycn les mettaient encore difficilement en échec. Au sud les gobelins avaient achevé leur conquête de la rive Est du Rhône et avaient consolidé leurs positions dans la plaine du Pô. Plus à l'ouest les troupes de choc du Général Rogue avaient débarqué dans les Asturies pour couper la route des forces du BUAS et augmenter encore le chaos au sud des Pyrénées. Voldemort quant à lui s'était personnellement déplacé pour superviser la conquête de ouest de l'Europe. Les armées mangemorts progressaient vers l'est en direction de l'Elbe et de l'Oder et au sud vers la Loire. Seules quelques places fortes lui résistaient encore : Paris, Nantes et Orléans au sud, Berlin, Varsovie et Bratislava à l'est et Stockholm et Turku au nord. Dans tous ces endroits des combats à mort avaient lieu au milieu des civiles et dans une débauche de violence et de barbarie sans commune mesure de mémoire humaine.
Les forces de la Résistance étaient dispersées, diversement commandées et mal équipées. Prenant conscience de l'imminence de la défaite, Lord Potter décida de transformer son État-major, d'assumer personnellement le commandement des armées et de réorganiser ses troupes pour faire face aux multiples fronts. Ainsi tout d'abord, le haut-commandement de la Résistance décréta la création d'un État-major particulier pour chaque front de manière à ce que chaque armée soit autonome d'un point de vue tactique. A la tête de chaque état-major, un général nommé par le haut-commandement serait assisté dans ses taches par deux individus clefs pour garantir l'efficacité du dispositif : un logisticien et un responsable des opérations spéciales. De cette manière, le renseignement et les besoins logistiques seraient mutualisés tandis que l'application militaire serait laissée à la discrétion du général. L'objectif était de rendre les groupes armés plus efficaces, plus rapides et surtout plus à même de résister aux assauts des forces des mangemorts et des gobelins dont les principales forces résidaient dans la brutalité et la rapidité d'action.
La seconde innovation de Lord Potter toucha les infrastructures civiles. Sous la gouverne d'Olympe Maxime, Fleur et Gabrielle Delacour, la gestion des réfugiés avait été organisée et coordonnée depuis les villes vers les campagnes. Une opération délicate, rendue d'autant plus difficile que dans les centres urbains comme dans les zones rurales les pénuries commençaient à se transformer en disettes. Dans les Balkans soumis à des assauts des gobelins depuis l'Ouest et des Mangemorts dont la base d'opération en Bulgarie avait été le point de départ d'une campagne contre la Grèce et l'Ukraine, la famine commençait déjà à toucher un large pan de la population survivante. Le Général mangemort Viktor Krum et son aide de camp le Colonel Oleg Bostriakov s'évertuaient à accentuer la crise en coupant systématiquement toutes les voies de communication et d'approvisionnement. Tandis que la Grèce, la Roumanie et l'Ouest de l'Ukraine étaient occupés par les mangemorts, le reste des Balkans depuis la Serbie jusqu'à la Croatie étaient vouées à l'extermination par la faim dans une macabre répétition de l'Holomodor des années 1930. Pour éviter un massacre sans précédent, Lord Potter ordonna la conscription de tous les civils sous son autorité, hommes, femmes et adolescents de plus de 14 ans. Et alors que des évacuations des femmes enceintes et des enfants étaient organisés en direction de l'Andalousie ou l'Armée du BUAS prenait ses quartiers, Lord Potter ordonna des assauts stratégiques contres plusieurs points précis afin de préparer une contre-attaque efficace une fois le front stabilisé.
Ce serait le premier tournant de la Guerre Noire.
La contre-attaque débuta en décembre 2001. Le Maréchal N'Bongé ayant été assassiné par des espions infiltrés, Lord Potter confia le commandement au Colonel Nambasa nouvellement créé Général de la Résistance et dont il avait pu apprécier la compétence et la fiabilité. Tandis que le Général Mdialo était nommé gouverneur des territoires libres de la péninsule ibérique, le Général Nambasa porta un puissant coup d'estocade dans les lignes des mangemorts au cours de la Bataille de Valladolid où il parvint, par un emploi brillant de ses troupes blindées, à couper en deux les forces ennemies qui furent ensuite tour à tour mises en pièces. La Bataille de Burgos, quelques jours avant Noël 2001 finit de désorganiser les forces des mangemorts qui durent se replier dans le désordre vers Bilbao et la côte où elles furent définitivement mises en déroute. Cette victoire contre une armée mangemorte commandée par Severus Rogue, un membre éminent du cercle intérieur de Voldemort, rendit de l'espoir à la Résistance et participa largement à rasséréner le courage là où les combats étaient clairement en leur défaveur. Cette victoire assurait par ailleurs le libre passage du BUAS vers les positions de la Résistance sur la Loire où elles manquaient de rompre sous les assauts permanents des mangemorts et de leurs alliés gobelins.
La seconde contre-attaque provint de la botte italienne. La destruction du Vatican, la mort du Pape Luc I er et l'incendie de Rome avaient porté un coup dur à l'armée papale commandée par le Cardinal Tibérias. Celui-ci ayant été le seul détracteur de la Curie lors de la publication de la bulle Contra Venifica, son envoi à la tête de troupes catholiques avait été vu par ses collègues cardinaux comme une condamnation à mort déguisée. Ses succès lors de la guerre de mouvement dans les Apennins et la déroute de l'armée Gobeline lancée contre lui avait poussé le Vatican à l'éloigner un maximum de Rome de peur qu'il ne tente de revenir en héros dans la ville éternelle et qu'il ne tente de déposer le Pape. C'était ainsi qu'il lui avait été ordonné de diriger ses forces vers Venise, laissant la Toscane pratiquement sans défense. De fait lorsqu'un raid gobelin soutenu par des unités de choc de mangemorts et de loup-garous s'était infiltrée dans Rome, il avait eu le temps de semer la désolation sans crainte de représailles, d'autant plus alors que l'État-major mangemort du Général Nott en accord avec les officiers du Prince Gobelin Rodnik pensaient que l'armée papale se désagrègerait d'elle-même, ayant perdu son principal symbole unificateur.
Le scandale de la destruction de Rome et du Vatican eut des effets diamétralement opposés. Par un paradoxe dont l'Histoire est coutumière, le martyr du Pape Luc Ier, pourtant farouche opposant des sorciers, favorisa considérablement le rassemblement des masses populaires derrière la Résistance, un groupe notoirement connu pour être dirigé par des sorciers. Le Cardinal Tibérias et son armée furent rapidement incorporées dans la Résistance et bientôt des actions coordonnées avec les troupes du Général Mdialo furent mises sur pied pour prendre en étau les territoires sous occupation gobeline en Provence et dans le milanais, le tout assisté d'un débarquement de troupes levées en Corse et en Sardaigne et sous les ordres d'un brillant officier, le Capitaine David de Mauperthieu. Une attaque qui reflua les forces gobelines vers les massifs des Alpes au-delà d'une ligne de front grossièrement dessinée entre le Lac Léman et le Lac de Garde. La continuité territoriale entre les possessions de la Résistance dans la péninsule ibérique, la botte italienne et la moitié Sud de la France était maintenue ce qui diminuait déjà considérablement la pression exercée par Voldemort et ce qui sauvait plusieurs infrastructures essentielles à l'effort de guerre.
La troisième contre-attaque s'organisa depuis l'Est et le Caucase. Suite à ses succès en Géorgie et en Ukraine, Andreï Volmikov s'était efforcé de rassembler une force combattante capable et dévouée à la Résistance. Moscou et Saint-Pétersbourg ayant été brulées, il s'évertua dans un premier temps à reconquérir les territoires à l'Est de la Volga avant d'initier une attaque en règle au Sud contre les forces du Général mangemort Krum et au Nord contre les forces du Général Greyback. Disposant d'importantes forces blindées héritées de l'ère soviétiques, le Général Volmikov lança ses principales divisions légères vers Volgograd, Saratov, Kazan et Nijni Novgorod, réussissant malgré l'arrivée de l'automne, les premières neiges et la boue rendant les principales routes impraticables, à rétablir l'ordre et à fortifier ses positions en prévision d'un hiver qui serait sans doute particulièrement rude. Pendant ce temps ses forces blindées lourdes et ses principaux régiments d'infanterie se déplaçaient vers l'Ukraine en direction de Sébastopol puis de Kiev, parvenant non sans mal à maintenir une cohésion malgré les assauts vicieux des mangemorts autour des rives du Dniepr. Il semblait que la Résistance puisse connaître une légère accalmie, peut-être suffisamment longue pour continuer d'avancer vers les bases-arrières de Voldemort en Bulgarie et peut-être même espérer faire une jonction quelque part en Allemagne ou en Pologne avant de lancer une offensive pour libérer la Hollande.
L'année suivante saurait démentir cet espoir fou.
