PREMIER ARC : ANTE ORDINEM


TOME I : LA GUERRE NOIRE, 1997 - 2007


CHAPITRE IV : Construire la Résistance

Musique indicative : A Dark Knight : Hans Zimmer & James Newton Howard


6 octobre 2007, ruines de Londres

Dès l'hiver 2001 et le début de l'année 2002 la situation de la Résistance se trouva très sérieusement compromise. L'arrivée du BUAS en France et la jonction avec l'armée du Cardinal Tibérias permit effectivement de repousser les gobelins et même de reconquérir au prix de lourds affrontements Lyon, Genève et Bâle, mais Voldemort sût voir le défaut majeur de cette stratégie frontale employée par ses ennemis. Mobilisant massivement des troupes mangemorts fraichement entraînées encadrant des masses de moldus soumis à l'Imperium, Voldemort décida de rétablir une tête de pont dans la péninsule ibérique de manière à mettre ses ennemis entre deux feux. Plaçant à la tête de sa force expéditionnaire ses deux lieutenants les plus redoutables, Severus Rogue et Bellatrix Lestrange, il ordonna un débarquement dans le Golfe de Cadix entre Faro au Portugal et Huelva en Espagne. Leur mission était simple et néanmoins terrible : raser tout le pays, éradiquer toute population civile et ne laisser que des cendres sur leur passage. 350 000 hommes dont 6 000 sorciers prêts à déferler au cœur du bastion de la Résistance et précisément là où les réfugiés de l'année précédente avaient été provisoirement regroupés.

Décidant de prendre directement en charge cette campagne, Lord Potter délégua la conduite des combats en France, en Suisse et en Allemagne de l'Ouest au Général MacIntyer, au nouvellement promu Colonel de Mauperthieu à sa protégée le Capitaine Elena Maduro sous la supervision de Olympe Maxime, nommée vice-présidente de la Résistance et de ses adjointes, Fleur et Gabrielle Delacour. Un système de double triumvirat qui devait assurer la continuité de la lutte tant que la menace posée par Voldemort dans la péninsule ibérique restait d'actualité une menace d'autant plus grande quand il fut connu que Voldemort lui-même comptait participer aux crimes programmés.

Le 19 janvier 2002, Lord Potter partit donc de Montpellier soutenir le Général Mdialo, accompagné de 180 000 hommes et de 4 700 sorciers. Traversant rapidement la Catalogne, la communauté Valencienne et la région de Murcie, il arriva à Almeria le 8 février trop tard pour éviter la destruction de toute la région comprise entre Séville et Malaga. Il put néanmoins faire la jonction avec Mdialo et lancer une contre-offensive pour briser l'encerclement de Cordoue et de Grenade, les deux clefs du contrôle de l'Andalousie. Après plusieurs semaines de mouvements de troupes et d'escarmouches infructueuses, la bataille qui décida du sort de la région se joua sur les collines agricoles entre Montefrio et Lojilla, sur les pourtours de la route A-335. Une bataille particulièrement sanglante pour les deux camps, les mangemorts se retirant après avoir perdus 135 000 hommes et la Résistance se repliant en laissant au champ d'honneur plus de 67 000 soldats.

Mais bien que la Bataille de Montefrio ait été une victoire tactique pour la Résistance, son importance se trouva particulièrement dans le fait que pour la première fois de la guerre, Lord Potter et Voldemort s'étaient affrontés en face à face au cours d'un duel dans les ruines de la Iglesia de la Encarnacion. L'un et l'autre s'étaient retirés avant d'avoir pu porter un coup fatal, Voldemort ayant été touché à l'épaule ce qui avait activé son portoloin d'urgence et Lord Potter devant être évacué après avoir reçu des blessures sévères au ventre. Pour autant, cette confrontation entre les deux sorciers avait eu un important retentissement dans les deux camps. Le mythe de l'invincibilité de Voldemort avait été pulvérisé, ce qui avait grandement déstabilisé ses troupes, à commencer par les sorciers qui s'étaient ralliés lui après la révélation de la magie. Parallèlement l'aura de Lord Potter s'était amplifiée, apparaissant désormais autant comme un chef de guerre charismatique et comme un sorcier – le sorcier – capable de se mesurer la Voldemort.

La convalescence de Lord Potter durant le mois de février et la première quinzaine de mars 2002 se passa loin des combats, à Oristano en Sardaigne. Soigné par Alessandro Ferran un médecin-guérisseur, un des rares sorciers à avoir des compétences en médecine et en soigneur magique, Lord Potter pu prendre quelques semaines de repos tandis que les mangemorts étaient chassés de nouveau de la péninsule ibérique. L'invasion du Portugal par la troupe de fuyards dirigée par Bellatrix Lestrange obligea le gouvernement portugais à réagir, suscitant l'ire de la sorcière qui se déchaîna sur Lisbonne, Coïmbre et Porto. Les reliquats de l'État portugais furent alors forcés de se joindre à la Résistance tandis que les forces portugaises encore en réserve, notamment dans l'archipel des Açores, étaient incorporées au groupement atlantique spécialement formé pour l'occasion dont le commandant, le Capitaine Nadia Rossi fut promu au grade de Vice-amiral.

En Espagne la situation continua de se détériorer avant de s'enfoncer définitivement dans le chaos avec la mort du gouvernement et de la quasi-totalité de la famille royale lors d'un raid orchestré par le Général Rogue. Un seul survivant, miraculé, avait été sorti des décombres du Palacio Real de Madrid : Miguel de Borbón, un nourrisson de 10 mois protégé par sa nourrice qui l'avait camouflé dans un casier de linge quelques minutes seulement avant d'être abattue. Avec la mort du roi et l'affaiblissement de la monarchie, les factions s'étaient constituées et avaient toutes tentées de prendre le pouvoir par la force. Monarchistes légitimistes soutenant el Rey Miguel, monarchistes réformistes souhaitant la création d'une nouvelle dynastie choisie parmi les Grands d'Espagne, républicains légalistes voulant préserver les acquis de la constitution de 1978, républicains intégraux voulant la rédaction d'une nouvelle constitution, militaires voulant ressusciter le franquisme à l'occasion de la vacance du pouvoir, les alternatives étaient nombreuses et, toutes se prétendant légitimes, elles exerçaient toutes leur autorité par la violence. A cela s'ajoutait que chaque faction devait compter sur ses partisans et ses opposants à la magie ce qui ne faisait que compliquer les négociations possibles. En somme, l'anarchie s'installait rapidement dans les différentes régions, d'autant plus que chacune souhaitait, à cette occasion, abriter la capitale provisoire du gouvernement espagnol.

Dans ce marasme seules quelques régions restaient relativement calmes. Au contraire de la Navarre dont la population magique s'était massivement jointe à Voldemort plongeant ce territoire dans le chaos, les Baléares, Ceuta et Melilla s'étaient jointes à la Résistance et, de fait, au gouvernement militaire du Général Mdialo en Andalousie. La Catalogne et la communauté Valencienne avaient été pacifiées par l'armée de Lord Potter pendant son passage vers le sud. Une situation grave, instable mais dans laquelle la Résistance ne pouvait rien faire compte tenu de la pression qui était exercée sur elle. Tout au plus quelques opérations spéciales furent-elles planifiées et lancées de manière à neutraliser discrètement les opposants trop virulents de la Résistance dans les différentes factions. Parallèlement des campagnes de propagande furent organisées pour tenter de gagner la population, campagnes restées relativement inefficaces.

Une seule réalisation fut néanmoins obtenue à cette période-là : la consolidation des positions de la Résistance en Andalousie et la sécurisation de son territoire permit de libérer d'importantes troupes qui allaient se trouver fondamentales dans les campagnes suivantes, et particulièrement à partir de l'hiver 2002 – printemps 2003.


Le second semestre 2002 vit en effet une modification profonde de la carte des positions des différents acteurs de la Guerre Noire. A l'Est, Andrei Volmikov parvint difficilement à conquérir Chisinau, la capitale de la Moldavie et le Quartier Général du Général Krum. Au prix de pertes considérables – les pertes humaines se comptaient désormais en dizaines de millions dans la population civile et en centaines de milliers parmi les combattants – une ligne de front stabilisée se maintint globalement depuis Odessa sur la Mer Noire jusqu'à Riga dans la Mer Baltique. Entre les deux, à Vilnius, à Minsk, à Kiev ou à Jitomir, les massacres de masse faisaient rage, que ce soit par les forces des mangemorts ou par les armées des gobelins. Le Général mangemort James Gardener par exemple, un nouveau membre du cercle intérieur de Voldemort, avait ravagé la Tchéquie, la Slovaquie et la Pologne, détruisant systématiquement toutes les villes sur son passage et asservissant toutes les populations.

Rien qu'en Pologne, près de 15 millions d'hommes, de femmes et d'enfants avaient été exterminés, et au moins 9 millions avaient été réduits en esclavage. A la suite de recherches effectuées par des sorciers à la solde de Voldemort et en exhumant de vieux grimoires de magie noire, les mangemorts avaient appris à placer des milliers de moldus en servitude. Par le biais de potions, de rituels et de sorts en tous genres, un seul sorcier pouvait maintenir sous son contrôle plusieurs milliers d'esclaves. Le Général Yaxley était célèbre pour être capable de contrôler 12 000 hommes sous sa coupe personnelle. Le Général Malfoy (fils) possédait une brigade personnelle de moldus exclusivement féminine, ses amazones, qui non-seulement lui permettait d'assouvir tous ses vices, mais avec laquelle il ravageait sans discontinuer le Nord de l'Allemagne et le Danemark.

Dans les Balkans la situation était tout aussi tragique. Le Général Oberhauser, un favori du Général Nott (père), poursuivait son extermination systématique des moldus en toute impunité. Après des suppliques régulières auprès de la Résistance, Olympe Maxime décida d'envoyer un petit contingent d'hommes assister la rébellion locale et nomma un officier jeune mais extrêmement compétent pour le diriger : le Capitaine Evelina Andersen, ancienne élève-officier dans les forces armées néerlandaises, rescapée d'une des premières attaques menées par les mangemorts contre la Hollande et qui s'était depuis lors vouée corps et âme à la cause de la Résistance. Devant la brutalité de Oberhauser, Andersen avait répondu de même. Pourchassant sans pitié les mangemorts, elle mettait un point d'honneur à infliger à ses ennemis les tourments les plus cauchemardesques avant de leur permettre de succomber à leurs blessures. Cherchant avant tout à retourner la terreur contre ceux qu'elle s'était jurée de combattre, elle avait mis au point un procédé efficace pour exposer ses intentions. A l'image des Césars lors de leurs triomphes à Rome, elle avait fait fabriquer un chariot ouvert sur lequel elle avait exposé les dépouilles empaillées des officiers mangemorts tombés du fait de ses ordres. Pendant ses manœuvres, sachant parfaitement qu'elle était espionnée par des sorciers à la solde de Voldemort, elle prenait un malin plaisir à faire défiler ce chariot devant ses troupes. Une tactique pour démoraliser les mangemorts, sachant que la guerre pour les Balkans serait longue et qu'elle serait plus de l'ordre de la guérilla que de la guerre traditionnelle.

Dans l'Ouest de l'Europe la situation restait toujours au bord de la rupture sur le front de la Résistance. Quoique contenues, les forces gobelines semblaient sans limites et utilisaient parfaitement les reliefs des Alpes pour interdire l'avancée des Légions positionnées dans la vallée du Pô et du Rhône. Pour leur part, les Légions devaient faire preuve d'une vigilance de tous les instants pour débusquer et traquer tous les groupes commandos gobelins qui tentaient de traverser leurs lignes pour effectuer des raids derrière la ligne de front. En somme, les gobelins menaient une guerre d'attrition rendue d'autant plus complexe que les plaines d'Allemagne leurs étaient totalement ouvertes et qu'ils y commettaient des ravages. Une rumeur en particulier s'était rapidement propagée dans la population et participait à la terrifier : la capture de femmes par les gobelins pour en faire des reproductrices.

Déjà du temps où la magie n'était pas révélée, le sujet était tabou. Peu de choses étaient connues des gobelins, cette race étant par nature secrète. Les banquiers, les gardes, tout le personnel des succursales de Gringotts était masculin et jamais un humain n'avait posé les yeux sur un petit ou sur une femelle gobeline. Deux seules hypothèses pouvaient dès lors prévaloir, toutes deux aussi plausibles l'une que l'autre. Soit les femelles et les petits gobelins étaient complètement protégés hors du regard des sorciers – ce qui était possible compte tenu du fait que les villes gobelines étaient strictement interdites aux humains – soit, chose également plausible, les gobelins requéraient des génitrices d'autres races pour survivre. La chose n'était pas rare dans le monde magique. Depuis l'antiquité il était connu que les minotaures nécessitaient une femme pour naître, chose qui s'était même sue à travers les légendes moldues et la mythologie grecque. Les centaures étaient une autre race totalement masculine et qui restait peu nombreuse notamment à cause des prérequis pour assurer leur reproduction : des sorcières consentantes devant effectuer un rituel particulier avant l'accouplement. Les sirènes à l'inverse étaient des créatures exclusivement féminines qui requéraient des sorciers pour assurer leur descendance. Les vélanes avaient également cette particularité, à une exception près. Une fille de vélane pouvait choisir de rester une humaine ou de devenir une vélane. Une bizarrerie magique et un choix qui s'opérait à la maturité magique de cette espèce. En tout état de causes, deux choses étaient sures : il n'y avait aucune histoire rapportée d'une quelconque rencontre entre des humains et une femelle gobeline et les gobelins commettaient des rapts à grande échelle de femmes et de jeunes filles qui étaient emmenés dans leurs repaires souterrains.

Quoique le front soit fixé sur les contreforts alpins en France et en Italie, les combats entre la Résistance et les forces gobelines continuaient sans relâche dans les massifs des Vosges et dans la Forêt Noire. Dans ces deux endroits, les combats restaient rudes et persistants en raison de la topographie particulière mais aussi parce que ces espaces étaient fortement magiques. Dès lors de le contrôle de ces espaces menaçait à la fois la Résistance d'une tenaille face aux armées de Voldemort, mais était aussi un enjeu stratégique en termes de ressources typiquement magiques. De fait un grand nombre d'ingrédients pour potions de soins étaient élaborées grâce à un champignon magique, le Armentil nullambus argenté endémique à cette région. Une des prérogatives de Gabrielle Delacour avait d'ailleurs été d'accaparer ces ressources et de concevoir les circuits logistiques depuis sa culture vers son utilisation dans des baumes et des potions de guérison.


Lord Potter s'éloigna de la Tour de l'Horloge et ses vestiges et emprunta le Westminster Bridge jusqu'au milieu du fleuve. Le reste de l'édifice avait été délibérément effondré par Voldemort aux toutes dernières heures du siège de Londres. Une ultime tentative de reculer l'inévitable. A ce moment-là le mage noir savait que ses Horcruxes avaient été détruits et qu'il n'avait aucune chance de quitter le champ de bataille. Des sorts de zone empêchaient tout transplanage et tout portoloin en provenance ou à destination de l'extérieur de la cité. Voldemort avait compris que la bataille tournait largement en sa défaveur aussi il avait tenté une dernière manœuvre pour piéger son ennemi. Il savait que son seul espoir de fuite résidait dans la mort de Lord Potter et du chaos qui s'en suivrait inévitablement. Voldemort était certes fou mais il était loin d'être un imbécile. Son Empire magique s'était évaporé au fur et à mesure que la guerre se poursuivait et ses rêves de domination se brisaient un peu plus à la mort de chacun de ses minions. Mais plus que le pouvoir, plus que le contrôle absolu, le désir de Voldemort était de vivre de survivre et de conquérir la mort. Il avait cru conquérir la mort, comme il avait cru conquérir le monde. En particulier à partir du printemps 2003.

Pour la Résistance, l'année 2003 avait été celle de tous les dangers. Au printemps, partout les lignes de front s'étaient effondrées simultanément. Les troupes gobelines qui ravageaient le centre de l'Europe avaient fait la jonction entre les troupes mangemortes dans la Carpates et les Balkans et celles de Voldemort toujours occupées à éradiquer toute présence humaine en Belgique, au Luxembourg et dans la partie nord de la France. Un assaut général décidé par le Roi Ragnok avait percé le front sud aux alentours de Turin et ouvrait une brèche dans la ligne de défense de la plaine du Pô dans laquelle s'engoufrèrent les troupes d'élites gobeline qui s'emparèrent de Milan, Gênes, Padoue et Bologne. Autant de villes qui furent systématiquement dynamitées tandis que les populations étaient exterminées.

Plus au nord, dans le centre de la France, la barricade de la Loire était tombée. Les troupes des mangemorts s'étaient emparées de plusieurs points stratégiques et le Général Nott (fils) avait traversé le fleuve au niveau de la ville de Digoin avant de continuer leur progression toujours plus au sud vers une des dernières villes fortifiées de la Résistance : Lyon. Pour le reste, le Général Yaxley, déployé sur le littoral atlantique avait progressé jusqu'à l'estuaire de la Gironde et avait mis Bordeaux puis Toulouse à sac. La stratégie de Voldemort était claire. Encercler les troupes de la Résistance puis les détruire avant qu'elles ne soient capables de briser le piège qui leur était tendu.

Pendant la déroute, la Résistance n'était pas restée inactive. Le front de l'Est continuait à maintenir une pression constante sur les troupes de l'Armée Noire et Andreï Volmikov était parvenu à maintenir sa ligne de front, allant même jusqu'à lancer des troupes de francs-tireurs loin derrière les lignes ennemis et jusqu'à Lviv, Lublin ou Varsovie. Des troupes de partisans loyales à la Résistance sabotaient systématiquement les routes, les voies de chemin de fer et les circuits d'approvisionnement ce qui enrayait considérablement la machine de guerre des mangemorts. Même en employant la magie ou en plaçant des milliers d'hommes en esclavage, la logistique restait une donnée importante qui pouvait s'avérer vitale pour une campagne. En répercussion cependant, Voldemort exigea que le Général Gardener fasse des exemples pour dissuader tout acte de résistance. Pour la seconde fois en 60 ans, Varsovie fut rasée jusqu'au sol. Un sort similaire toucha les localités de Gdansk, Lodz et jusqu'à Bratislava.

Sur le front nord, l'avancée des mangemorts et des gobelins en Scandinavie s'était heurtée à la résistance acharnée des gnomes et des nains. La chaîne de montagne des Scandes leur restait proprement inaccessible, ce qui ne les empêchaient pas de piller et de bruler toutes les villes à leur portée. Oslo avait été quasiment rayée de la carte. Stockholm était en état de siège et une résistance civile luttait avec ardeur pour ralentir la progression des troupes de choc loup-garou employées pour nettoyer la zone. A Stockholm en particulier, deux choses étaient significatives : d'une part, la résistance civile n'était pas partie liée à la Résistance et luttait pour son propre compte. D'autre part, cet acte de défiance spontané face au régime de terreur de Voldemort fut le premier à avoir des effets tangibles, chose qui alerta suffisamment le mage noir pour qu'il envoie sur place deux de ses meilleurs lieutenants, Rabastan et Rodolphus Lestrange, qui y moururent coup sur coup dans des circonstances obscures, mais pas avant d'avoir lancé une malédiction de zone sur l'île de Gotland, l'un des maléfices les plus puissants de la Magie Noire.

Pendant toute cette période, Lord Potter avait combattu. Circulant d'un point chaud à un autre, il n'avait cessé de soutenir ses hommes, déléguant les tâches de gestion à son État-major basé à Lyon. En particulier il avait dévolu les tâches administratives à Olympe Maxime qui était devenue un de ses mentors pendant les mois et les années de combats. Une relation d'estime et d'amitié qu'il partageait avec les sœurs Delacour dont il était également devenu proche au fur et à mesure des combats. Bien que Fleur Delacour dispose de son propre commandement – elle avait sous sa bannière l'essentiel des sorciers français et belges qui luttaient encore contre Voldemort – ils avaient pris le temps de s'apprécier, que cela fusse au cours de plusieurs batailles où ils avaient lutté ensemble, comme à Paris ou à Francfort, où pendant les réunions d'État-major où tous les deux siégeaient. Ils étaient devenus des amis proches, presque des confidents bien que tous deux soient d'un naturel réservé. Il était évident néanmoins qu'elle était devenue sa meilleure amie, tout comme Arthur Pyke et Francis Ashford, un géant irlandais qui lui servait d'aide de camp et d'adjoint.

Sa relation avec Gabrielle était plus particulière. Gabrielle avait été affectée au train logistique et servait comme liaison entre l'État-major et le commandement du Général MacIntyer qui avait été assigné à cette tâche. Une fille jeune, jolie et toute menue, à peine âgée de 19 ans, elle compensait son apparence de fille frêle et délicate par un caractère bien trempé et un courage à toute épreuve. N'hésitant jamais devant le danger, elle se portait régulièrement volontaire pour les missions délicates derrière les lignes ennemies, notamment les actions de sabotage et d'espionnage. Lord Potter s'était pris d'affection pour elle, et en était venu à la considérer comme une petite sœur énergique et rebelle. A plusieurs reprises, il avait tenté de la convaincre de rester à l'arrière, à effectuer ses tâches sans s'exposer inutilement. Il avait échoué de même que Fleur et, à force de suppliques, de larmes et de colères, Fleur comme lui avaient dû se résigner à sa décision de poursuivre le combat en première ligne. Le 17 mars 2003, la patrouille du Génie de Gabrielle Delacour était tombée dans une embuscade aux environs de Bâle à la frontière entre la France, l'Allemagne et la Suisse. Gabrielle avait été capturée et présentée au Général Nott (fils). A force de sévices et de tortures, elle avait avoué son identité puis la localisation de ses parents, cachés près de Dreux, d'où ils menaient des actions de propagande clandestine. Eux-aussi furent capturés et tous les trois avaient été exécutés publiquement pour briser la motivation de Fleur Delacour, déjà considérée comme l'une des figures majeures de la Résistance. En effet la douleur fut profonde mais l'objectif manqua. Fleur Delacour ne fut pas brisée. Au contraire, du martyr de ses parents elle naquit de nouveau, d'un acier plus dur et plus terrible encore. Elle aurait sa vengeance.


Un messager courut vers Lord Potter alors qu'il déambulait sur les bords de la Tamise, toujours entouré de son escorte. Les derniers généraux mangemorts survivants avaient été découverts, tentant malhabilement de se fondre dans la population. La missive écrite de la main de Fleur lui indiqua en outre que le Quartier Général de campagne était en cours d'être transféré depuis Canterbury jusqu'à Buckingham en prévision de la proclamation de la République qui serait faite le soir même devant le parterre des officiels et des administrateurs réunis pour l'occasion. Un moment attendu et planifié de longue date et qui signerait à n'en pas douter le début d'une nouvelle ère pour l'Europe libérée.

Henry sourit à la lecture de la lettre manuscrite. Fleur était beaucoup de choses et la violence de la guerre avait exacerbé la fermeté de ses convictions et l'inaltérable volonté dont elle faisait preuve à chaque instant, mais pour les rares intimes qui la côtoyait depuis longtemps, elle était toujours autant animée par les feux brulants de la passion pour les causes qu'elle défendait et qu'elle gardait dans son coeur. Fleur était une pragmatique. Une gestionnaire de génie, une femme sage et réfléchie qui n'hésitait pas à faire usage de tout son arsenal avec la plus grande cruauté pour faire prévaloir son point de vue. C'était aussi une romantique. Une femme qui, toute dévouée à ses convictions, ne sortait que plus forte des combats qu'elle menait pour les voir éclore. Sa passion la plus grande était le retour de la paix. Le retour de l'ordre, de la liberté, la fin des horreurs, des massacres et des infamies. Elle voulait refonder un monde juste sur les ruines fumantes du passé duquel le chaos avait éclos. Elle voulait ardemment le retour de la République, cette chose publique où le droit et la loi prédominaient. Depuis le début, cela avait été le fondement de son combat. Tous ses agissements s'étaient dirigés dans ce but, y compris les plus retors, les plus cruels et les plus impitoyables. Elle était à n'en pas douter l'un des principaux artisans de la victoire finale.

Cette victoire avait commencé plusieurs années plus tôt, précisément le 17 juin 2003, au commencement du siège de Lyon. Une action – la dernière action – véritablement retorse de Voldemort était à l'origine de cette bataille. Par un espion infiltré dans l'État-major particulier du Général MacIntyer (le même espion à l'origine de la capture et de l'exécution de Gabrielle Delacour), Severus Rogue, le maitre-espion de Voldemort avait appris que toute la direction politique de la Résistance avait prévue de se rassembler dans la ville pour lancer une offensive de grande ampleur en direction de l'Ouest, de manière à atteindre l'Océan Atlantique et à couper le front des mangemorts en deux, piégeant de fait les troupes occupées à raser le Roussillon et le Bordelais. Une action audacieuse si elle n'était pas contrée et qui risquait de faire pencher la balance en défaveur de l'Armée Noire sur le continent européen. Prévenant Voldemort de cette information, celui-ci y répondit de manière diabolique. Peu lui importait le nombre d'hommes envoyés à la mort. Alliés ou ennemis, tout cela lui était égal. Seule comptait une chose. Que sa Némésis, Henry Potter, soit présent sur le champ de bataille. Qu'il puisse enfin achever ce qu'il avait manqué tant de fois de faire et qu'il avait presque réussi à obtenir en Espagne. Henry Potter devait mourir. La Résistance devait être détruite avec lui. Quel meilleur moyen d'y parvenir qu'en l'épuisant dans une bataille avant de porter le coup de grâce ?

Pour parvenir à ses fins, Voldemort donna volontairement une arme considérable à ses ennemis. Il parvint en effet à faire savoir à la Résistance comment employer la Marque des Ténèbres et en particulier comment l'utiliser pour communiquer avec lui. Ce secret qui avait échappé aux Langues-de-plomb du Département des Mystères pendant des décennies fut rapidement considéré comme une donnée stratégique majeure. La Résistance força un de ses prisonniers mangemorts à contacter le mage noir et lui transmit de fausses informations établissant que la Résistance allait lancer une vaste opération vers le nord pour tenter de récupérer Paris et Bruxelles. Comme de juste, la Résistance observa de larges mouvements de troupes en direction des zones faussement indiquées pour renforcer des positions supposément menacées. Elle crut alors que sur la base de tels enfumages, la guerre pourrait bientôt s'achever. Sans qu'elle ne s'en rende compte, elle venait de tomber dans le piège tendu par le dernier descendant direct de Salazar Serpentard.

Le coup tomba sans prévenir. Tandis que les stratèges de la Résistance, occupés par leurs propres préparatifs de campagne, s'attendaient à ce que les Mangemorts fortifient leurs positions, ceux-ci se ruèrent soudainement vers Lyon et ils l'encerclèrent avant qu'une défense ne puisse être mise en place. A quelques kilomètres de Lyon, les mangemorts s'arrêtèrent et établirent leurs campements. Au même moment une importante force gobeline dévala des Alpes et se précipita à son tour sur la cité. Après d'âpres combats, l'aéroport de Lyon fut conservé pour les défenseurs, ce qui lui permit de maintenir un pont aérien précaire. La dernière action suivie d'effets de l'espion de Voldemort dans l'État-major de John MacIntyer fut de suggérer que l'officier soit relevé de son commandement pour que la direction des opérations soit confiée à un officier plus jeune, plus vigoureux et plus tenace. Robert Cook, entretemps nommé Président du Conseil de la Résistance, entendit cette recommandation. Dans l'urgence un périmètre de défense fut dressé et Henry Potter, occupé dans le Tyrol contre les forces gobelines qui menaçaient la Dalmatie, fut rappelé pour diriger la défense de la ville. Le piège de Voldemort se refermait.

Les raisons de la nomination de Henry Potter étaient légitimes. Pour jeune qu'il soit – 23 ans à cette époque – Lord Potter était déjà considéré comme un prodige et le meilleur stratège dont disposait la Résistance. Par ailleurs la bataille qui se jouait était effectivement cruciale. Lyon était un objectif stratégique vital pour toutes les forces en présence. Pour les mangemorts et les gobelins, cette ville était le point de convergence des routes pour établir leur jonction définitive dans l'ouest européen. La grande poche de Bourgogne défendue avec acharnement par les forces de la Résistance avait réussi à contenir les assauts venus de l'Est et du Nord et forcé les armées ennemies à effectuer de grands détours dans leurs manœuvres de campagne. Les points de passage sur la Saône restaient sous le contrôle de la résistance et tous les ponts avaient été minés pour éviter des débordements des forces d'intervention rapide gobeline. De fait, de violents combats avaient eu lieu dans tout le pays Brionnais et de vastes champs de bataille avaient été livrés aux charognards tandis que les villes et les villages avaient tous été systématiquement incendiés. La population massacrée, les cités ruinées et les cultures détruites n'avaient pas suffi à réduire la détermination des défenseurs. Les forces de la Résistance avaient tenu et continuaient à combattre férocement pour chaque mètre de terrain gagné par les mangemorts. Une guerre d'attrition en plein boccage, longue, sanglante, cruelle, impitoyable mais qui restait malgré tout à la faveur de la Résistance. Tant que les forces gobelines et mangemorts restaient séparées les unes des autres, il était possible d'en annihiler une avant de se concentrer sur l'autre. Tant que les gobelins étaient occupés dans les Vosges et dans la Forêt Noire et ne pouvaient pas espérer de renforts de Voldemort, la lutte dans ces deux régions restait possible. Tant que les mangemorts restaient bloqués dans le Brionnais par la Résistance et ne pouvaient pas disposer d'une attaque à revers de la part des gobelins, celle-ci pouvait poursuivre le combat. Il devenait dès lors urgent pour Voldemort d'écraser ses adversaires et ainsi de disposer enfin de la force suffisante pour mettre définitivement l'Europe à genoux. De la même manière il était urgent pour la Résistance de réduire la menace des mangemorts pour, par la suite, être en mesure de s'occuper des hordes gobelines qui ravageaient l'Europe centrale. C'est dans ce contexte que s'inscrivit le début du siège. Lyon, transformée en véritable goulot d'étranglement était le dernier point de passage stratégique sur la Saône et sur le Rhône. Le contrôle de ce point de passage et des 7 ponts encore debout de l'agglomération pouvait signifier la fin de la Résistance et l'asservissement de l'Europe à Voldemort.

Le coup de Voldemort était d'autant plus rude qu'il avait prévu la plupart des contingences. Grâce à ses informateurs, il savait que la direction politique était piégée dans la cité. S'il parvenait à la détruire, la Résistance éparpillée en Europe ne tarderait pas à tomber. Il allait éliminer ses ennemis un par un jusqu'à ce qu'il puisse s'occuper personnellement du dernier et du plus dangereux d'entre eux. Un combat qu'il prévoyait facile tant il aurait ravagé son moral et détruit tous ses espoirs au préalable.

Le premier de sa liste de victimes fut Robert Cook. Le Président du Conseil de la Résistance n'était pas un militaire et était un piètre gestionnaire. C'était en revanche un redoutable politique ainsi qu'un diplomate doué qui n'avait pas démérité depuis qu'il avait pris ses responsabilités. Grâce à lui, toutes les semaines ou presque des alliances formelles étaient signées entre différents mouvements plus ou moins officiels opposés à Voldemort. Le patchwork de combattants prenait forme et les victoires contribuaient largement à renforcer le crédit de la Résistance. Régulièrement de nouveaux postes honorifiques étaient attribués à des Seigneurs de Guerre locaux comme autant de récompenses et pour assurer tout à la fois la légitimité de la Résistance et le contrôle de fait de milices privées qui alliaient bien souvent combats de partisans contre les mangemorts et brigandages contre les populations civiles. Un important travail administratif était en marche sous son égide tandis que progressivement il soutenait l'avancement d'une faction dirigeante composés des résistants de la première heure, des anciens membres de l'Ordre du Phénix, des premiers soutiens, des militaires les plus en vue et des administrateurs les plus débrouillards. Toute une classe de décideurs, tous relativement jeunes et qui jusqu'alors avaient eu au mieux des postes subalternes avant que la guerre ne détruise leurs corps de rattachement d'origine et ne les précipitent dans le chaos. Pour eux tous, la Résistance était une planche de salut qu'ils avaient rejoints par conviction et par carriérisme. Tous nourrissaient l'espoir que la Résistance prévaudrait dans la lutte en Europe contre Voldemort et qu'alors ils seraient en bonne position pour espérer des places auxquelles ils n'auraient autrement jamais eu droit. Une caste d'obligés zélés qui trouva rapidement ses chefs de file Fleur Delacour et Henry Potter, leurs deux chefs les plus charismatiques.

Robert Cook se savait être un homme politique de passage dans le tumulte de l'époque. Sa patrie d'origine était morte, détruite avec la défaite de William V du Royaume-Uni. Il avait parfaitement compris qu'incessamment sous peu la réalité du pouvoir résiderait dans les mains des chefs militaires, nombreux, qui formaient la direction opérationnelle de la Résistance. Le temps était certes à la libération contre la tyrannie de Voldemort et à l'union sacrée entre toutes les forces et tous les courants politiques européens : Monarchistes, républicains, aristocrates, démagogues, tous pouvaient se réunir sous la bannière de la Résistance. Dès que la paix serait revenue – et Robert Cook savait que la victoire finale serait leur – ces mêmes alliés de circonstance se déchireraient, laissant tout le loisir aux militaires de prendre le contrôle effectif d'un futur gouvernement de reconstruction. Et s'il pouvait comprendre l'attrait d'un régime autoritaire et son utilité dans les ruines de l'Europe, qui plus est alors qu'aucun régime politique en vigueur jusque-là ne s'était montré à la hauteur de la crise, il savait également que ses successeurs potentiels devraient manier avec subtilité l'autorité sans que celle-ci ne tombe dans la tyrannie. La mission qu'il s'était attribué avait dès lors été d'identifier et de former ses successeurs, ceux-là qui détiendraient l'avenir de l'Europe entre leurs mains après sa mort ou sa déposition.

Depuis l'installation du quartier général de la Résistance à Courtomer puis son évacuation vers Paris, puis Bâle, Milan et Lyon, la fonction de Robert Cook était devenue de plus en plus axée sur la politique étrangère et la négociation des alliances avec les différentes factions en guerre sur les différents théâtres d'opérations. Une action qui s'était à de nombreuses reprises avérée décisive grâce au soutien infaillible de deux figures clefs de la lutte : Hestia Jones puis, plus tardivement, un ancien haut-fonctionnaire égyptien, également sommité religieuse sunnite et réfugié en Sardaigne, le Cheikh Najib Salim. Appelant par ailleurs Erik Olseg à ses côtés, Robert Cook s'attela à concevoir les bases d'un gouvernement civil tout en évitant les différents appels du pied des officiers qui tentaient pour la plupart d'obtenir des postes et des responsabilités hors du domaine strictement militaire. En particulier son ancien protégé, le Général John MacIntyer, avait tenté à plusieurs reprises de prendre en main les questions logistiques, s'attirant les foudres d'Olympe Maxime et la méfiance des bureaucrates. D'autres comme le Colonel Felix Dawson ou le Colonel Dimitri Skorski avaient fait des offres de services rapidement identifiées comme des ambitions cachées pour mieux asseoir leur pouvoir sur les ressorts administratifs bourgeonnants de la Résistance.

Quelques noms seulement sortaient du lot de par leurs qualités militaires, leur prestige et leur clientèle dans l'armée et l'administration. Henry Potter bien sûr, était de loin la figure la plus éclatante de cette nouvelle caste de jeunes officiers talentueux et respectés. Bien avant sa nomination à la tête du siège de Lyon et sa nomination de facto à la tête de l'Armée de la Résistance, Henry Potter avait dirigé certaines des batailles les plus importantes de la Guerre et il avait participé à tous les affrontements majeurs depuis avant le début officiel du conflit. Sa position à la tête de l'Ordre du Phénix, son prestige dans le monde magique, son pouvoir reconnu, sa filiation avec le dernier mage blanc Albus Dumbledore, tout cela le cimentait déjà comme un personnage incontournable du monde magique de l'après-guerre. Par son charisme, par son habilité, par son audace, par ses réseaux et ses espions aussi, Henry Potter disposait de la fidélité de tous les sorciers engagés contre Voldemort. Une force qui pour peu nombreuse qu'elle soit, était essentielle dans la lutte contre le mage noir dans la mesure où c'étaient les seuls à même de protéger les troupes des attaques magiques des mangemorts. Henry Potter était à n'en pas douter un nom incontournable de la guerre, un chef né et un futur dirigeant potentiel de la Résistance si jamais le gouvernement civil venait à tomber. Ce n'était pour autant pas un choix dénué d'inconvénients dans la mesure où Henry Potter malgré toutes ses qualités, portait plusieurs faiblesses importantes.

La première faiblesse qui pouvait prévenir son ascension en tant que dauphin naturel et successeur désigné de Robert Cook était, d'une manière assez évidente, son statut de sorcier. L'allongement de la guerre ne faisait que renforcer le sentiment anti-sorcier déjà prévalent dans la population. Henry Potter, pour dédié qu'il fusse à la cause de la Résistance, serait toujours vu comme un sorcier par une population traumatisée par les sévices infligés par Voldemort et ses sbires. Ce handicap avait d'ailleurs été une des raisons majeures de la difficulté de son ascension au sein de la caste dirigeante de la Résistance malgré les soutiens unanimes dont il bénéficiait de la part de l'Ordre du Phénix. Pour surmonter ce handicap, Lord Potter entreprit d'adopter un comportement aussi exemplaire que possible tout en menant parallèlement une stratégie d'autopromotion et ainsi édifier les prémices de ce qui deviendrait par la suite un véritable culte de la personnalité. Abandonnant totalement l'habillement des sorciers, il n'apparut bientôt plus qu'en tenue d'officier supérieur, prenant un soin tout particulier à toujours être armé d'un pistolet ou d'une épée. Camouflant autant que possible son utilisation de la magie qu'il n'employa plus que lors des combats contre d'autres sorciers, il se lança dans une grande opération de séduction auprès de ses troupes, visitant tous les campements, les garnisons et les bataillons et tentant partout de lier des liens quasi-fraternels avec les soldats sous ses ordres. Employant de façon judicieuse l'occlumancie dont il était devenu un praticien expérimenté, il était capable de mémoriser les prénoms et les détails de la vie de ses hommes. Régulièrement lors de ses inspections, il s'arrêtait près d'un soldat au hasard et lui posait des questions personnelles sur sa santé, sa femme et ses enfants dont il connaissait le nom ou la situation dans sa ville ou son village d'origine. Autant d'attentions qui lui gagnèrent bientôt la fidélité de ses hommes, d'autant plus alors que les victoires restaient une constante de son commandement. De fait, appuyé par son cercle rapproché tout dévoué à sa propagande, il s'assura rapidement une grande complaisance des militaires du rang.

La seconde faiblesse de Henry Potter tenait de son âge. Henry Potter était jeune. Très jeune. En dépit des circonstances exceptionnelles et de ses compétences propres, nombre d'individus, soldats comme simples citoyens, étaient habitués à être dirigés par des hommes d'expériences, des officiers chevronnés ou des politiciens distingués. Henry Potter n'était rien de tout cela. Bien que disposant des mêmes compétences que des pairs plus âgés, il n'avait pas été éprouvé par le commandement en temps de paix. Adolescent encore lors du déclanchement de la Guerre Noire, il n'avait jamais été qu'un responsable dans la tempête. Et si la situation lui offrait une légitimité certaine, nombreux étaient ceux qui doutaient de ses capacités de gouvernement sur le long terme, quand la stratégie et la planification prenaient une importance peut-être plus grande encore qu'en plein conflit. En somme, Henry Potter était, dans l'esprit de beaucoup, trop vert pour espérer diriger un gouvernement. Nombreuses furent d'ailleurs les mauvaises langues – particulièrement chez les officiers les plus ambitieux – à proposer qu'il soit nommé Secrétaire d'État à la Magie ou à la Défense magique dans un gouvernement provisoire, une fois la paix revenue. Une manière de signifier qu'il n'avait strictement rien à espérer en matière de compétences régaliennes qui devaient, dans l'esprit de ces mêmes critiques, leur échoir de droit.

Pour répondre à cette critique, Lord Potter ne s'embarrassa pas de subtilité. Sur le conseil de Robert Cook, il constitua dans son État-major particulier l'équivalent militaire d'un gouvernement provisoire, en miroir de celui dirigé par son nouveau mentor. Ce fut également à cette occasion qu'il créa ce qui deviendrait par la suite l'un de ses principaux instruments de gouvernement : la SATIS. Bien qu'elle soit appelée à évoluer, la SATIS fut conçue dès son origine comme un service de sécurité le service de sécurité. Comprenant des compétences d'un service de renseignement comme de police politique, il s'agissait d'un outil dont la finalité était limpide : dégager la voie de Lord Potter vers le pouvoir. Par ce biais il put en effet savoir très précisément qui, parmi les militaires comme dans le personnel civil, lui était favorable, quelles rivalités s'installaient entre ses différents subordonnés, quelles trahisons étaient en préparation, etc…. Dès sa fondation, les hauts-gradés de la Résistance comprirent l'implication de cette appareil dédié à la seule gloire de son fondateur. Les critiques adressées à Robert Cook firent bientôt place aux récriminations puis aux jérémiades à mesure que les opposants les plus fermes de Lord Potter tombaient, les uns après les autres, dans des escarmouches ou dans des tragiques accidents. Tandis que Henry Potter appelait, lors des obsèques des hommes tombés lors des combats, à une unité de tous pour un objectif commun, en sous-main ses sbires éradiquaient ses rivaux les unes après les autres jusqu'à ce que bientôt plus personne ne vienne contester son autorité et sa place de Dauphin désigné.

Robert Cook voyait très clairement quelles manigances se préparaient dans l'ombre. Il aurait été erroné de dire qu'il ne s'en formalisait pas. Il savait que les luttes intestines pour l'avenir de la Résistance, allant de pair avec les combats contre Voldemort, faisaient partie des premières salves des combats futurs pour l'avenir de l'Europe. Il savait également que tous les acteurs en présence tablaient sur sa disparition à plus ou moins longue échéance. L'analyse, quoiqu'elle fût morbide n'était pas, il en avait bien conscience, déraisonnable. Il se savait en première ligne des ennemis de Voldemort et il savait également que nombreux, dans son propre camp, ne sourcilleraient pas à l'idée de le faire éliminer. C'était également la raison pour laquelle il se tourna aussi facilement vers Henry Potter. Au contraire des autres officiers supérieurs, il avait l'honnêteté de ses ambitions et il gardait un profond respect pour son ainé. Un attachement qui s'était sans doute forgé dans les premières heures de la Guerre Noire, tandis qu'il était le seul membre du cabinet de Whitehall à lui adresser la parole et à travailler avec lui. En tout état de causes une réelle complicité s'installa entre les deux hommes et le premier combla d'honneurs le second, signifiant de toutes les manières possibles qu'il en faisait son héritier politique. En contrepartie, Henry Potter ne tarissait ni d'éloges ni de marques de fidélité à l'endroit de son protecteur et l'assura de son soutien indéfectible.

Une autre raison encore expliquait le choix de Robert Cook. Il savait par une indiscrétion d'Olympe Maxime que Fleur Delacour et Henry Potter entretenaient des sentiments plus que cordiaux l'un pour l'autre. Pendant longtemps Robert Cook avait observé avec intérêt la jeune femme. Fleur Delacour naviguait dans l'ombre d'Olympe Maxime depuis les premiers jours du conflit et s'était révélée être une excellente administratrice ainsi qu'une conseillère fine et rusée. Son utilisation libérale de ses pouvoirs de Vélane lui permettait par ailleurs de se constituer un important réseau qui, dans toutes les sphères de la Résistance, étaient autant de relais par lesquels elle pouvoir construire son influence et faire valoir ses vues. Son talent – sans compter son talent magique, maintes fois démontré au fil des batailles où elle était régulièrement en première ligne – en fit rapidement la première conseillère d'Olympe Maxime, son apprentie et, finalement, sa déléguée désignée. Qu'elle soit par ailleurs devenue une intime de Hestia Jones, une autre figure incontournable de la Résistance, faisait d'elle une personnalité clef et, potentiellement, un moyen d'équilibrer le pouvoir qui serait tôt ou tard dévolu à Lord Potter. Ainsi, connaissant les dynamiques intrinsèques à l'oeuvre tant chez l'un que chez l'autre, Robert Cook avait décidé de dédier son énergie à la montée en puissance de ses deux poulains.

La résolution de Robert Cook fut dès lors prise malgré les conseils mesquins et les comportements de courtisans quotidiens. Il tiendrait le fort jusqu'à ce qu'on le relève ou, plus vraisemblablement, jusqu'à ce qu'il soit victime d'un attentat. Il préparerait le terrain de la prise de pouvoir de Henry Potter et Fleur Delacour et en ferait ses successeurs. Effectivement, un attentat eut lieu quelques jours seulement après que Henry Potter soit arrivé à Lyon. Le 22 juin 2003 le convoi qui le transportait lui et Olympe Maxime vers l'aéroport où ils devaient embarquer pour Séville fut attaqué et son équipage tué. La direction militaire ayant déjà été attribuée à Henry Potter, il sembla logique d'éviter qu'un pouvoir trop grand ne soit ressemblé en une seule personne. Hestia Jones fut ainsi nominée pour prendre la tête de la Résistance. Une position qu'elle accepta à la condition que son bras droit soit Fleur Delacour, par ailleurs identifiée comme l'héritière politique de Robert Cook dans son testament politique rédigé quelques semaines seulement avant sa mort.

La prise de contrôle des forces armées de la Résistance par Lord Potter ne se fit pas sans difficultés. Plusieurs officiers contestèrent cette décision et tentèrent à plusieurs reprises d'en appeler à Hestia Jones pour revenir sur les desseins de Robert Cook. Devant les fins de non-recevoir, la plupart d'entre eux se contentèrent de ronger leurs freins. D'autres, plus calculateurs, finirent par accepter un état de fait qui était de toute façon probablement temporaire tant le taux de mortalité était élevé. D'autres enfin décidèrent d'ignorer cette nomination ainsi que les ordres qui pouvaient leurs être adressés par un gamin. De fait, dès sa nomination, une grande partie des difficultés de Henry Potter provint plus souvent des failles dans sa propre chaine de commandement que des assauts de ses ennemis. Il ne s'agissait pas que quiconque dans les rangs des combattants veuille que la Résistance échoue mais plutôt que plusieurs officiers capricieux, persuadés de leur valeur, décident de leur propre initiative de mener des opérations sans en informer leur hiérarchie. Des comportements qui, s'ils n'étaient pas rapidement courbés, pouvaient potentiellement faire capoter toute la stratégie de défense de Lyon.

La réaction de Lord Potter fut à l'image de la situation dont il héritait. Brutale. Il transféra sans sourciller plusieurs dizaines d'officiers supérieurs contestataires, à commencer par son prédécesseur, John MacIntyer qui fut envoyé dans les Carpates. Il dégrada en outre près de 200 officiers et, pour les moins coopératifs, il organisa des missions de reconnaissances dont le but avoué était de les voir tomber dans des guet-apens ennemis. La plupart de ses opposants les plus farouches furent ainsi purgés par la SATIS en quelques jours. La terreur s'instilla dans le corps des officiers supérieurs et bien vite se traduisit par un resserrement de la discipline. Un comportement qui eut aussi pour incidence de lui faire gagner le respect des hommes du rang qui, eux, voyaient dans de telles actions un réel attachement à la protection des soldats face aux ambitions individuelles de quelques-uns. Ajoutée à cela, l'intensification de la propagande en faveur de la nouvelle direction générale de la Résistance, la constitution d'une imagerie à peine romancée de Lord Potter et de Dame Delacour et la création puis la démocratisation d'un service de presse des armées tout dédié aux nouveaux dirigeants, la prise de contrôle fut effective en quelques semaines et ne cessa plus de se renforcer.

A l'inverse des méthodes jusqu'alors employées par les mangemorts, les premières semaines du siège de Lyon ne virent pas l'envoi de masses de civils sous imperium contre les positions de la Résistance. A la place, suivant les directives de Voldemort, des opérations ciblées furent lancées contre les principaux chefs du mouvement pour décapiter les forces ennemies. Plusieurs anciens collaborateurs de Robert Cook furent ainsi éliminés et les rangs de l'administration furent l'objet d'un large renouvellement de leurs cadres, pour la plupart des compagnons de Fleur Delacour et des protégés de Hestia Jones. Ce fut également à cette époque que furent appelés à la direction générale deux personnalités majeures pour les années suivantes : Théodori Vicenzo, un juriste de premier plan qui fut chargé de la rédaction d'une future constitution pour la République et Octavie qui devint la porte-parole de la SATIS et une des personnes les mieux informées de la Résistance.

A n'en pas douter le siège de Lyon fut vécu par tous les témoins de l'époque comme un moment majeur de définition de l'Histoire contemporaine. Le nouveau triumvirat de Hestia Jones, Fleur Delacour et Henry Potter, créé pour combler le vacuum politique, se trouva en position difficile dès les premiers jours de sa prise de contrôle. La ville était pratiquement encerclée, les combats promettaient d'être rudes, le recul était impossible, l'échec inacceptable. Il faudrait tenir coûte que coûte, maintenir l'espoir chez les troupes et espérer un miracle.

C'est dans ce moment fatidique que la vengeance de Fleur Delacour sonna.