PREMIER ARC : ANTE ORDINEM
TOME I : LA GUERRE NOIRE, 1997 - 2007
CHAPITRE X : Gouverner et prévoir
Musique indicative : HHhH main theme soundtrack, Guillaume Roussel
6 octobre 2007, ruines de Londres
Le convoi roulait à vive allure sur l'autoroute déserte. Quittant les faubourgs de Londres encore en proie à l'incendie et à l'anarchie, la file de véhicules passa sans ralentir plusieurs barrages routiers tenus par des soldats en faction qui dans leurs nids de mitrailleuses faits de sacs de sables maintenaient une garde vigilante des alentours. Avec la fin de la bataille de Londres et la chute définitive des mangemorts, le contrôle des voies de communication était d'autant plus indispensable que le rétablissement de l'ordre passerait par l'acheminement des rations, des kits de secours et du matériel de survie aux populations blessées et sinistrées. La Résistance avait été jugée à sa capacité militaire dans la lutte contre Voldemort. La République qui serait proclamée dans quelques heures serait, elle, jugée à sa capacité à protéger ses citoyens avec bienveillance et mansuétude. Sa force résiderait tout à la fois dans sa puissance militaire et dans sa volonté de réconciliation, de fraternité et de paix. Tout autre comportement serait observé avec la dernière intransigeance et comme une nouvelle tentative de tyrannie. La République devait disposer de la hauteur morale et de la grandeur de ses idéaux. C'était le paradoxe de tout nouveau système de gouvernement cherchant la ferveur populaire. Il devait être dur avec les forts, doux avec les faibles, ne pas hésiter à faire couler le sang et toujours prétendre le regretter. Il devait allier les contraires en suggérant de toujours user de mesure et, chose essentielle, en se restreignant ostensiblement, y compris lorsqu'il devait agir avec détermination. Pour devenir un phare dans la nuit, la République devait embrasser de tels principes et en toute circonstance s'y tenir visiblement.
C'était en partie la raison pour laquelle Lord Potter quittait Londres en grande pompe, en compagnie de ses hommes les plus proches et de l'essentiel de son état-major. Les saccages, les pillages, les viols et les meurtres perpétrés par les soldats ne devaient en aucun cas apparaître comme relevant de sa responsabilité propre, directe comme indirecte. Il ne faisait aucun doute que dans les années à venir, la Guerre Noire en général et la Bataille de Londres en particulier seraient analysés, étudiés, décortiquées et commentés. Le temps faisant son oeuvre, on aurait moins tendance à évoquer la gloire du combat et de la victoire contre Voldemort pour s'appesantir davantage sur les faits et gestes des officiers subalternes et de leurs hommes. On déterminerait les chaines de commandement, les liens de responsabilité, les décisions prises, les ordres distribués. L'Histoire se créerait progressivement, à grand renfort d'archives, de témoignages, de photographies, de blessures de guerre et d'anecdotes diverses. Considérant les horreurs auxquelles se livraient les troupes - y compris contre des civils innocents - il était à attendre que les avis soient au mieux partagés et probablement particulièrement sévères sur ce moment précis.
La place de Henry Potter dans les livres d'Histoire serait sans nul doute considérable. Il était après tout l'architecte principal de la victoire de la Résistance contre Voldemort, celui qui avait non-seulement élaboré les stratégies permettant ce triomphe mais bien le bras armé personnellement à l'origine de la mort du Mage Noir. Au milieu des flammes et de la ruine, c'était lui qui avait donné le coup de grâce à celui qui serait certainement considéré pour les générations futures comme l'un des plus grands ennemis du genre humain. Le cadavre de Voldemort encore chaud et quelques combats sporadiques se poursuivant toujours dans la cité de Londres, le geste était déjà considéré comme relevant de l'épique et il ne faisait aucun doute que les hagiographies qui seraient dressées dans le futur feraient la part belle à ce moment décisif de l'époque contemporaine. Pour éviter d'entacher l'image d'Épinal en cours d'élaboration, pour maintenir le sublime et laisser le sordide, Lord Potter devait à tout prix s'éloigner de tout ce qui pourrait d'une façon ou d'une autre remettre en cause sa probité et, par corollaire, celle du régime qu'il entendait bien instaurer.
En dépit de ses divagations apparentes, le parcours de Lord Potter dans Londres avait été méticuleusement préparé, précisément pour que la vérité officielle ne puisse être contestée ultérieurement. Après quelques pérégrinations rapides dans le centre-ville - où il n'avait fortuitement rencontré aucun soldat commettant le moindre acte répréhensible - il serait prouvé qu'il s'était rendu à Buckingham Palace pour y rejoindre Fleur Delacour. Après avoir confié le commandement opérationnel de sécurisation de la métropole au Général MacIntyer, les archives militaires opportunément rendues publiques établiraient qu'ensemble ils étaient ensuite partis pour le Quartier Général de campagne de la Résistance, au Palais de Blenheim, situé à une centaine de kilomètres du centre de la City de Londres.
Le Général John MacIntyer serait le seul officier supérieur tenu pour directement responsable des débordements des soldats pendant toute la conduite de la bataille puis, ensuite, des quelques jours suivant la mort de Voldemort. L'acte était délibéré et répondait à une logique implacable. MacIntyer était un militaire de carrière, l'un des rares à avoir pu rejoindre la lutte contre les mangemorts avant l'évacuation de l'île de Wright. Placé sous les ordres de Lord Potter à la demande du dernier Premier Ministre britannique Robert Cook lors de l'exil à Courtomer, leur relation avait été exécrable, tant du fait de leur rivalité pour le pouvoir lors de la constitution des organes de la Résistance que de leurs caractères respectifs. MacIntyer était impulsif, colérique et entier quand Lord Potter était plus calme, méticuleux et rusé. Il n'avait fallu que quelques semaines pour qu'une réelle animosité n'oppose les deux hommes, animosité augmentée encore par leur écart d'âge et leurs grades. John MacIntyer avait été Colonel de l'armée régulière britannique et avait gagné ses galons au fil de ses années de service. Homme d'âge déjà mûr, il n'avait jamais accepté qu'un gamin, un sorcier qui plus est, soit nommé Général et lui donne des directives. Le succès foudroyant du plus jeune avait exacerbé les tensions jusqu'au moment paroxystique où, profitant de la plus petite insubordination, Lord Potter avait sévi.
Les deux hommes avaient des ambitions et se savaient l'un comme l'autre indispensables à l'effort de guerre. Lors du siège de Lyon, lorsque Henry Potter avait été nommé à la tête de l'Armée de la Résistance, John MacIntyer avait attendu la débâcle annoncée pour remettre à sa place cette saloperie de gosse arrogant. Refusant d'exécuter certains ordres, délayant des instructions au prix d'initiatives tactiques, MacIntyer avait pensé agir avec discrétion pour s'assurer de prendre ce qu'il pensait lui être dû. Son erreur lui avait coûté d'être publiquement désavoué puis transféré dans les Carpates, l'alternative étant une promotion à la direction des opérations de reconnaissance contre les mangemorts, l'euphémisme habituellement employé pour désigner une condamnation à mort déguisée. Face à la menace, le Général MacIntyer avait plié et s'était résolu à accepter son bannissement du coeur de la Résistance, seul véritable lieu où se décidait l'avenir politique de l'Europe. Rabaissé au rang de simple exécutant à un poste administratif dénué de vrai pouvoir et chaperonné par des adjoints dont il ne maitrisait ni l'avancement ni les décisions tactiques et opérationnelles, il avait fait contre mauvaise fortune bon coeur et s'était attelé à la tâche de rassembler sous son autorité les forces disparates pouvant agir en tant que troupes auxiliaires contre les mangemorts du Général Viktor Krum. Sa démarche avait payé et, lentement, il avait fait montre de son efficacité. Employant libéralement la violence contre toute forme de sédition, il obtenait de bons résultats, à tel point que son exécution - ou son accident programmé - par Lord Potter et Fleur Delacour, fut remis sine die. Pour autant, ni Lord Potter ni personne de son entourage ne fut dupe de cette acceptation silencieuse et digne. John MacIntyer était un homme fier dont le tempérament refusait les humiliations et les remises en cause de son autorité. Il était un officier dont il s'agissait de se méfier et, Lord Potter le savait, qu'il fallait ne surtout pas perdre du regard.
Si progressivement le pouvoir de Lord Potter se renforça, la capacité de nuisance de John MacIntyer resta intacte. Malgré ses nombreux défauts, le Général était apprécié de ses hommes et était un pilier solide de la Résistance, notamment dans la lutte contre les Vampires naturalistes. Et bien qu'il ne fut jamais appelé à prendre directement la direction des batailles majeurs - de peur que ses ambitions ne viennent soit entraver celles de Lord Potter soit nuire aux opérations les plus stratégiques - il resta une figure dominante de la vie militaire de la Résistance dont l'absence d'engagements venait compenser et excuser l'absence de victoires. Sa popularité, sans être d'une quelconque mesure comparable avec celle de militaires plus engagés dans le conflit, resta modérément bonne. Suffisamment en tout cas pour espérer demander, lorsque la question de la nomination des Gouverneurs-généraux fut posée, à être sélectionné pour les îles britanniques. N'ayant aucune bonne justification pour lui refuser le poste, la direction de la Résistance et Lord Potter en particulier furent contraints d'accéder à sa requête. Pour autant, en bons politiques, tous virent aisément la menace posée par ce soudain intérêt de l'officier supérieur. Il ne faisait aucun doute que John MacIntyer comptait largement user de son ancienne proximité avec Robert Cook pour accaparer de plus en plus de pouvoir, voire pour se proclamer nouveau Premier Ministre d'une Grande-Bretagne dont il se prétendrait être le sauveur. A tout le moins, n'étant pas un tenant de l'ordre nouveau, il était à attendre qu'il favoriserait une sécession d'avec la nouvelle République.
La nomination de John MacIntyer comme commandant opérationnel à Londres visait à briser dans l'oeuf cette ambition et à réduire à néant sa crédibilité comme sa popularité. Présentée au principal concerné comme une étape transitoire avant sa nomination en tant que gouverneur-général, la manoeuvre était simple quoique sournoise. Les exactions commises par les soldats sur les civils battraient leur plein pendant qu'il serait aux commandes. Qu'il décide ou non de contrôler les hommes, le Général MacIntyer serait incapable de faire stopper les atrocités. Dans la mesure où les officiers subalternes les plus charismatiques seraient repositionnés à d'autres points chauds des territoires libérés, la capacité d'influence sur les soldats serait extrêmement limitée. Considérant par ailleurs que de nombreux cafouillages logistiques allaient soudainement entraver les livraisons de rations et de matériels de soin aux troupes et aux civils stationnés dans les rues, MacIntyer serait jugé responsable des pénuries et de la disette qui frapperait dans les toutes prochaines semaines la population londonienne. Andreï Volmikov s'assurant que les manquements évidents du commandement opérationnel du Général MacIntyer seraient amplement documentés et largement diffusés, Lord Potter, auréolé de gloire et devenu entre-temps l'un des pères-fondateurs de la République aurait toute la justification et le loisir de relever le Général de ses fonctions et de le mettre en retraite anticipée, avec tous ceux qu'il aurait aggloméré auprès de lui.
Il fallut un peu moins de deux heures aux véhicules du convoi pour atteindre les grilles du Palais de Blenheim. Passant un énième point de contrôle, les voitures stoppèrent devant la façade monumentale. Les alentours de la place bourdonnaient d'activité. Outre le Palais qui avait été investi par les militaires et dont on voyait les ombres passer devant les fenêtres inondées de lumière, des centaines de tentes avaient été montées dans le parc et servaient d'hôpital de campagne pour les blessés du front. Un ballet d'hélicoptères effectuait des rotations, apportant toujours plus de soldats qui étaient traités et, pour les cas les plus graves, opérés ou amputés. On entendait régulièrement le grondement des turbines d'avions transporteurs qui, volant en rase motte, allaient atterrir à l'aéroport d'Oxford situé à proximité. Blenheim était devenu par la force des choses un des centres de la Résistance et certainement le centre de commandement le plus important d'Europe du fait de la présence de nombreux dignitaires de l'armée et de l'administration civile.
A peine sorti de l'habitacle, Henry Potter et Fleur Delacour furent rejoints par Déborah Horvath-Szabo, principale adjointe de Fleur et une administratrice de talent. Née en Slovaquie puis mariée à un ingénieur autrichien, cette éditrice de formation âgée de 44 ans s'était engagée quand son époux et leurs deux enfants avaient été assassinés par des Gobelins lors d'un raid sur Bratislava. Parvenant miraculeusement à échapper à la capture, elle avait erré sur les routes jusqu'à rejoindre le cortège des réfugiés qui passaient d'un camp de transit de la Résistance à un autre. Embauchée pour gérer le centre de Padoue en Italie du nord, Déborah avait fait de ce camp un modèle du genre, introduisant des innovations dans l'organisation des tâches, les dispositions logistiques et l'efficacité administrative et technique. Sa méthode - la méthode Horvath-Szabo - avait fait grand bruit dans les sphères supérieures de la Résistance et elle avait été incorporée dans l'Etat-major particulier de Fleur Delacour durant la lutte des Légions contre les Gobelins dans les Alpes. Depuis lors, elle n'avait cessé de prouver son efficacité, jusqu'à devenir la collaboratrice directe de Fleur. Habile gestionnaire, elle était à l'instar de Andreï Volmikov ou Francis Ashford un membre influent du premier cercle. Il était à attendre qu'elle obtienne des fonctions encore plus prestigieuses une fois la République proclamée et elle faisait déjà figure d'étoile montante du nouvel ordre.
L'après-midi qui s'acheminait lentement vers le soir ne sembla pas gêner l'une des chevilles ouvrières principales de la Résistance. D'un pas rapide et alerte elle descendit l'escalier monumental et, dans son uniforme d'administrateur civil - un ensemble strict couleur bleu ciel sur la veste duquel ses décorations multicolores étaient fièrement arborées - elle arriva au niveau de ses supérieurs. D'une manière professionnelle, elle ne s'embarrassa pas de politesses inutiles et commença son rapport.
« - Mon Général, Madame, j'ai l'agenda et vos documents. » Elle tendit à Fleur puis à Henry deux dossiers relativement fournis. « Nous accusons un retard de trois-quarts d'heure sur l'horaire initial. Un problème d'acheminement en carburant depuis le dépôt principal d'Oxford. Une équipe de la Satis a pris la relève et l'avion est en cours d'approvisionnement. Nous serons prêts à décoller dans une heure environ.
- Cela modifie t-il nos plans? » Demanda Fleur.
« - Non Madame. Nous arriverons à 19h30, heure de Genève. L'allocution est prévue à 21h00. Les équipes techniques sur place sont prêtes et tous les canaux radiophoniques et mirologiques sont libérés. J'ai aussi ici… » elle se pencha vers le dossier de Fleur Delacour « …les versions provisoires des journaux de demain. Nos amis de la presse écrite sont prêts à lancer les tirages, ils n'attendent plus que votre ordre. Si tout vous convient, il faudra le leur donner avant de décoller pour éviter d'engorger les imprimeries.
- Le service de presse a validé les articles? » Demanda Henry.
« - J'ai personnellement revu tous les articles principaux. Mon équipe s'est occupée des articles secondaires. Les textes que vous aviez validé la semaine dernière seront également dans les éditions de demain. »
Henry se pencha sur l'épaule de Fleur et brassa du regard la liasse de documents qu'elle tenait entre ses mains. Depuis l'époque du siège de Lyon, la Résistance s'était dotée d'un service de presse et de propagande perfectionné. Au fil des ans, considérant la puissance des médias, particulièrement sur des populations déplacées et en mal d'informations, l'offre journalistique s'était développée. La radio restant un outil privilégié par les masses populaires, plusieurs stations avaient été créées pour diffuser rapidement les déroulements de la guerre et les nouvelles d'importance. Une part non-négligeable de la stratégie de la Résistance s'étant basée sur des soulèvements et des recrutements massifs, il n'était pas étonnant que parmi les industries stratégiques, plusieurs usines de radios fondées dans la péninsule ibérique puis en Pologne et en Allemagne aient figuré. Ce fut également à cette occasion que la première collaboration entre l'ingénierie non-sorcière et les enchantements avait été employée à grande échelle. Grace à des runes stratégiquement disposées, gravées en série et chargées magiquement par des sorciers spécialisés, plusieurs fonctionnalisés avaient pu être adjointes. Non-seulement ces radios étaient bien plus durables que leurs cousines exclusivement non-sorcières mais elles traduisaient automatiquement les langues parlées en celle de l'auditeur. Un avantage majeur sur un continent où plus de 50 langues officielles étaient couramment parlées avant guerre.
L'enchantement de miroirs s'était également développé en tant qu'outil médiatique majeur. Suite au travail acharné de chercheurs, de scientifiques, d'inventeurs et d'enchanteurs, plusieurs découvertes avaient pu être réalisées sous le patronage de la Satis. Au départ à la destination exclusive des militaires, les miroirs de communication s'étaient rapidement démocratisés, tant auprès du personnel civil que de la population dans son entier. Une véritable industrie d'Etat, la mirologie, s'était établie et avait remplacé le réseau télévisuel rendu inopérant du fait de l'absence d'électricité dans de nombreux territoires. Les miroirs, peu onéreux, incassables et de taille variable, avaient été un immense succès auprès de la population, à tel point que des modèles standards étaient distribués gratuitement dans tous les camps de réfugiés, dans les villes et les villages de la Résistance. Une version améliorée avait quant à elle fait son apparition dans le paquetage réglementaire des militaires. De la même manière que pour la radio, des chaines d'information s'étaient créées et une offre journalistique de plus en plus importante avait fait son apparition en Europe. L'atout stratégique d'une telle technologie avait été considérable et ses effets avaient été remarquables. La place de la propagande s'était accrue et on avait ainsi pu valoriser la Résistance, diffuser l'espoir de la future République et, bien sûr, mettre en exergue la place de ses chefs. Et si nul n'aurait pu parler de presse indépendante - l'ensemble des médias étaient sous le contrôle exclusif et drastique de la direction de la Résistance - ces organes d'information auxquels s'ajoutaient une dizaine de journaux papier quotidiens et d'hebdomadaires participaient largement au moral des populations, des soldats, et à l'union de toutes les franges de la société autour de la lutte de la Résistance et de la promesse républicaine.
« - Dans ce cas ne perdons pas de temps; qu'ils lancent tout de suite les tirages. Où est Francis? » Demanda Fleur Delacour d'une voix forte alors qu'un nouvel hélicoptère passait à seulement quelques dizaines de mètres au dessus d'eux.
« - Le Colonel Ashford est déjà sur place. Il a pris un portoloin il y a une heure. Il coordonne les équipes au Palais des Nations. »
Le Palais des Nations. Ancien siège de la Société des Nations puis des Nations-Unies à Genève. Déserté et laissé à l'abandon lors de la révélation de la Magie puis du déclenchement de la Guerre Noire, l'ONU s'était fracturé quand les pays étaient tombés les uns après les autres dans l'anarchie. Ses diplomates éparpillés, son mandat réduit à néant, quelques tentatives timides avaient été tentées par le Secrétaire-Général d'alors pour ramener la paix, sans succès. La destruction du siège des Nations-Unies par un attentat à la bombe dans New-York alors en plein chaos avait constitué l'acte final de la tentative de maintien de la paix par la diplomatie. Le Palais des Nations de Genève, quant à lui, avait été investi par la Résistance lorsque la ville capturée par les Gobelins avait été reconquise par Fleur Delacour au prix d'intenses combats.
A la suite de la Conférence de Heraklion, quand le statut de la Résistance avait été officiellement reconnu et que des partenariats avaient été signés avec ses alliés de la Confédération Panaméricaine et Caribéenne et de l'Empire du Japon, la nécessité d'une représentation permanente avait été soulevée. Il fallait des ambassadeurs pour maintenir des relations fluides, ce qui impliquait d'avoir une capitale où s'installerait l'administration centrale. Cette question d'une capitale pour la future République avait soulevée de nombreux remous dans la mesure où, avec cette question, une autre plus pressante encore faisait son apparition. Quelle serait la structure de la République ? Comment s'organiserait-elle? Quel serait son domaine de compétences ? Autant de sujets sensibles où la moindre erreur de jugement pouvait s'avérer fatale pour l'édifice politique et à sa viabilité sur le long terme.
La Campagne d'Egypte de 2005 répondit en partie à cette série d'interrogations. Ce fut avec une relative facilité que le gouvernement civil égyptien dirigé par Najib Salim s'organisa une fois le Bey du Caire chassé du pouvoir et la paix signée avec le Calife de Damas. La mise en place d'une Assemblée Générale aux compétences limitées aux anciennes frontières de l'Egypte favorisa cette transition. La création d'un pouvoir parlementaire contrebalancé par un Gouverneur-Général nommé par la Résistance favorisa enfin l'équilibre des compétences et de l'autorité et participa largement à pacifier une population craintive de voir un pouvoir tyrannique et dictatorial se mettre en place. Ce modèle, également appliqué à l'archipel des Bermudes puis au reste des territoires sous le contrôle de la Résistance avec, toujours, le respect des anciennes frontières nationales, rendit la transition d'autant plus douce. De fait ce fut une évidence que la République serait un système fédéral, composé d'Etats à la souveraineté limitée mais réelle. Toute la question - question qui agiterait les constitutionnalistes pour les années à venir - serait dès lors de savoir quelles seraient les limites entre les compétences et le pouvoir de la Fédération et celui des Etats la constituant.
Outre la question de la théorie politique, du droit en vigueur et des principes constitutifs qui seraient l'objet d'intenses débats, restait le choix de la capitale fédérale. Là encore, plusieurs options étaient sur la table, chacune avec son lot d'avantages et d'inconvénients mais rapidement les alternatives s'étaient réduites. En somme il existait deux modalités possibles. Ou bien une capitale fédérale unique, sur le modèle américain d'avant-guerre, avec une hyper-concentration des fonctions de commandement et, finalement, un rassemblement des administrations fédérales et des compétences. Si l'expérience avait prouvée l'efficacité de ce système, les inconvénients étaient aussi particulièrement nombreux. Tout d'abord le risque de sédition était considérable comme l'avait prouvée l'histoire américaine, tant durant la Guerre de Sécession que plus tard, lors de ses différentes crises politiques. Un événement relativement mineur à l'instar des Neuf de Little Rock de 1957 pouvait potentiellement mettre le feu aux poudres, déclencher des mouvements d'indépendance voire provoquer une nouvelle guerre civile sur fond d'identité nationale. Considérant le bain de sang que vivait l'Europe à cette époque, une telle éventualité était inenvisageable.
La seconde alternative était de n'avoir non pas une mais plusieurs capitales fédérales, à l'image de la tentative avortée de l'Union Européenne jusqu'à la révélation de la magie. Considérant le territoire de la future République et la diversité de sa culture, cette seconde option avait l'avantage de la représentativité et de l'inclusion de populations aux langues, aux coutumes et aux religions diverses. Considérant par ailleurs l'Histoire de l'Europe et le besoin d'intégrer la future République dans une historicité plus large, ce fut cette option qui fut finalement retenue. Le choix de chaque capitale, de ses compétences et de ses interconnections fut là encore l'objet d'importants débats au sein de la direction de la Résistance mais les arbitrages essentiels furent rapidement rendus.
Il apparut tout d'abord évident que la capitale politique de la République ne pouvait pas être une ancienne capitale d'Etat et devait être hautement symbolique. Par le choix de sa capitale, la République apposerait sa signature et déterminerait son futur centre de gravité ainsi que ses priorités. Sélectionner la capitale d'un Etat signifierait symboliquement mettre en valeur ledit Etat par rapport aux autres, ce qui entrainerait des conflits et des confrontations ultérieures inutiles. Cette capitale devait en outre être relativement centrale par rapport au territoire européen, immédiatement disposer de l'essentiel de ses infrastructures et être cohérente avec l'idéal républicain et ses valeurs. Dans ce contexte, Genève s'imposa rapidement comme le choix le plus cohérent, le plus prestigieux et le plus sûr pour l'établissement de la Nouvelle République. Stratégiquement placée en plein coeur de l'Europe, loin de toutes les frontières et facilement défendable, globalement préservée des destructions occasionnées par la guerre, et disposant de son prestige d'ancien siège des Nations Unies et de la Société des Nations, la ville était idéalement localisée au carrefour entre le monde méditerranéen et le monde germanique, entre l'Europe occidentale et l'Europe orientale en fut par conséquent le choix de l'évidence au moins autant que le choix du compromis. Lorsque les Légions de Fleur Delacour libérèrent la ville de l'occupation des Gobelins et alors que les combats se poursuivaient à quelques dizaines de kilomètres de là, ce fut par pure provocation et afin d'afficher leur confiance totale en leur victoire future que les dirigeants de le Résistance s'établirent et préparèrent l'installation de la future administration, à commencer par la rénovation et la réaffectation du Palais des Nations.
Le Palais des Nations serait le centre névralgique politique de la République. Dans un système fédéral, le principe de représentativité était primordial, ce qui imposait l'existence d'une ou de plusieurs assemblées élues et à l'initiative des lois. La République disposerait de deux chambres, l'Ecclésia et le Sénat qui siègeraient toutes les deux dans cette enceinte. Une partie du pouvoir exécutif appelé Ministerium serait quant à lui installé dans les anciens locaux de l'Organisation Mondiale du Commerce, au Centre William-Rappard à quelques centaines de mètres de là. Genève allait être transformée et modernisée pour devenir la capitale politique par excellence. L'essentiel des bâtiments seraient dévolus aux différentes délégations des Etats composants la fédération, aux administrations civiles et aux ambassades. La réalité du pouvoir politique s'y déploierait, à l'exclusion de tous les autres centres de commandement, militaires, économiques, financiers, culturels, religieux ou magiques qui seraient quant à eux distribués dans les autres villes du continent. Déjà, en amorce de la fondation de la République, des représentants de chaque Etat de la fédération, désignés par la Résistance, s'étaient rassemblés et assisteraient à la première grand-messe du Nouvel Ordre. Une célébration en l'honneur de la victoire finale des Légions contre les mangemorts, de la chute de Voldemort et qui symboliserait la fondation de la République dont l'éclat scintillant et libérateur brillerait bientôt de par le monde.
« - Des nouvelles de Andreï ? » Demanda soudainement Lord Potter. Fleur releva également yeux des feuillets tenus entre ses mains. Comme à son habitude lorsqu'on évoquait Andreï Volmikov, Déborah Horvath-Szabo se redressa légèrement, une grimace désapprobatrice sur le visage.
« - Il n'y a eu aucun changement substantiel depuis le dernier rapport. Lucerne à été sécurisée et ses troupes se dirigent toujours vers Brunnistock. A moins d'une surprise, il devrait capturer le sommet dans les délais.
- Et sur le reste du front ? Quelles nouvelles d'Arthur et de Jérémy ? Leur jonction est-elle faite ?
- J'ai bien peur que non. Nous avons reçu une note il y a deux heures du Général Pyke. Il indique avoir capturé Interlaken et y avoir installé le QG de la VIIème Légion en prévision du siège de Mättenberg. Ses éclaireurs ont pu s'aventurer jusqu'au village de Grindelwald mais ont dû reculer devant les postes de défense Gobelins. Nous attendons toujours un rapport des pertes et une estimation des forces adverses. Le Général Nambasa a pu traverser le Rhône à Obergoms mais les Gobelins opposent toujours une forte résistance autour du Col de Grimsel. Il étudie plusieurs options pour contourner l'obstacle et il demande à ce que l'Opération Gripsec soit retardée.
- Je veux une ligne directe avec lui une fois que nous aurons décollé et un briefing avec les équipes de la Satis à notre arrivée à Genève. Il est hors de question de modifier Gripsec si il y a un risque que les résultats soient moindres. Où est son poste de commandement ?
- A Ernen, à une vingtaine de kilomètres du Col de Grimsel.
- Je veux une section complète de sorciers dans un hélicoptère prêt à décoller dès la fin de la proclamation. Prévenez Jérémy de mon arrivée. » Lord Potter allait continuer à donner ses instructions quand il fut interrompu par Fleur Delacour.
« - Déborah ? Oubliez cet ordre. Henry a encore une fois oublié qu'il avait plus important à faire que de foncer tête baissée dans une bataille. » Elle se tourna vers le sorcier sus-nommé. « Et toi ! Tu vas me faire le plaisir de rester plus de deux heures dans la même pièce. Nous avons plus important à faire que de te perdre dans une embuscade au milieu de nulle part.
- Si nous voulons lancer Gripsec nous devons suivre un rythme précis. Les Gobelins…
- Les Gobelins seront éliminés, avec ou sans Gripsec. A moins que tu aies des doutes sur l'efficacité de nos hommes ? »
Le défi était clairement présent dans les yeux de la jeune femme. Un défi ardent et une fureur à peine contenue et dirigée, non pas contre Henry Potter, mais contre les Gobelins. Une fureur qui expliquait les ordres qu'elle avait donné quelques mois auparavant, lorsqu'une capitulation sans conditions avait été envoyée à Ragnok et refusée séance tenante par le roi des Gobelins. A la suite de ce refus d'un acte considéré comme une insulte par les créatures magiques et comme une ultime trace de pitié de la part de la Résistance, Fleur Delacour avait fait déployer dans toutes les Légions engagées dans les Alpes des adjoints de la Satis. Des spécialistes, membres de forces spéciales d'intervention dont la tâche était simple. S'assurer qu'aucun Gobelin ne réchappe vivant des affrontements. En clair, les membres de la Satis avaient pour mission d'encadrer les Légions, de les pousser à n'éprouver aucune compassion et, lorsque des prisonniers étaient capturés, de s'assurer qu'ils soient traités en conséquence, c'est-à-dire parqués puis exécutés sans hésitation ni exception.
La question importante qui avait été posée lorsque la trêve entre la Résistance et les Gobelins avait été rompue le 14 février 2005 avait été de savoir comme résoudre le Problème Gobelin. Il était absolument impensable de faire la moindre confiance en ces créatures et leurs places fortes, au centre de l'Europe, rendait toute cohabitation trop dangereuse pour être sérieusement envisagée. Les concernant, trois options seulement étaient réalistes. L'assujettissement forcé et maintenu par des moyens magiques - notamment par l'emploi de serments inviolables et de serments de sang - nécessitait une vigilance de tous les instants et supposait de capturer tous les Gobelins. La tâche eut été extrêmement difficile, aurait été longue et sans doute aurait-elle également coûté la vie à nombre de sorciers, ceci nonobstant que pour fonctionner cette option nécessitait une capitulation sans conditions de la part des Gobelins. Considérant les problèmes techniques, cette alternative fut rapidement abandonnée.
La seconde option était le bannissement hors d'Europe, par exemple vers les monts de l'Oural voire, plus radicalement, dans les Monts de la Kolyma. Les Gobelins étaient des créatures dont l'habitat était principalement souterrain aussi un exil, quoi qu'il pu être brutal, aurait eu l'avantage de la simplicité. Pour autant les problèmes liés à cette seconde alternative étaient là aussi nombreux. Il ne ferait pas de doute que le ressentiment des Gobelins vis-à-vis de la République serait considérable et que cette race n'aurait de cesse, dès lors, de panser ses plaies en espérant prendre sa revanche. Ajouté à cela que l'envoi des Gobelins dans l'Oural ou dans la Kolyma eut été stratégiquement dangereux puisqu'alors rien n'aurait empêché ces créatures de rechercher des alliances avec d'autres nations - comme avec l'Empire du Japon - la tactique, quoiqu'elle fut intéressante, représentait un danger de long terme trop important pour être envisagé.
Restait la troisième option: l'extermination. Méthode la plus radicale, c'était aussi la plus évidente et, par bien des aspects, la plus simple. La convergence des antagonismes était suffisante pour allier à ce processus de nombreuses races magiques - comme les nains, les gnomes et jusqu'aux vampires - et les raisons de cette action étaient suffisantes. Lorsque, début 2006, Ragnok avait refusé l'offre de la Résistance - à savoir une vassalisation de la race Gobeline, le paiement d'importantes indemnités de guerre, la confiscation de leurs places fortes et l'appropriation de leurs savoirs en échange de leurs vies et d'une intégration progressive dans l'Ordre Nouveau - il n'avait pas été difficile de démontrer aux membres de l'Alliance Résistance que leur ennemi n'attendait que le plus petit signe de faiblesse pour déchaîner de nouveau toute sa barbarie contre les populations civiles. De fait, dès le printemps 2006 une toute nouvelle rhétorique avait fait son apparition dans la Résistance, particulièrement auprès des Légions engagées dans les Alpes et pouvait être résumée ainsi : L'élimination systématique des Gobelins répondait à un principe de sécurité intérieure et à une défense de long terme de l'humanité toute entière. Les appels à l'éradication avaient été lancés et subrepticement les prémices d'un discours génocidaire avaient fait leur apparition.
Hugo Müller, un résistant de la première heure, s'était illustré dès la révélation de la magie comme un combattant expert dans la lutte contre les Gobelins. Devenant rapidement un chef charismatique et volontaire, il avait livré une guerre sans merci contre ses ennemis à travers tous le Tyrol et la Carinthie, parvenant souvent à prendre ses opposants au piège et perpétrant des massacres dans leurs rangs. Remarqué pour sa haine sans commune mesure - sa femme et ses deux filles avaient été enlevées dans les premiers jours de l'offensive des Gobelins dans son Tyrol natal - son plus grand fait d'arme avait été de s'infiltrer dans les caves du mont Grintovec en Slovénie et d'y libérer les humains qui y étaient emprisonnés avant d'y répandre du gaz sarin. Ce fut donc tout naturellement que suite à son recrutement par la Satis il avait été placé à la tête du Programme 713 dont l'objectif était ni plus ni moins que l'extermination totale des Gobelins.
D'immenses fosses communes et des buchers avaient été construits, notamment dans les environs d'Altaussee, une petite localité tranquille cachée dans les alpes autrichiennes sur les bords d'un lac éponyme. Dans un processus systématique et très perfectionné, Hugo Müller, directement placé sous les ordres de Mathias et sous la direction opérationnelle de Andreï Volmikov, avait fait installer une véritable usine de mort semblable en de nombreux points aux camps d'extermination construits par les troupes SS pendant la Seconde Guerre Mondiale. L'installation étant réservée aux Gobelins, l'essentiel du personnel était sorcier. Le camp, cyniquement appelé le Gobelins Verberennungsanlage ou L'incinérateur à Gobelins était la conséquence directe du Programme 713, une référence au coffre fort 713 de la banque Gringotts dans laquelle avait été entreposée la Pierre Philosophale avant qu'elle n'en soit retirée lors de la découverte de la magie par Harry Potter en 1991.
A partir de l'été 2006 tous les Gobelins capturés furent systématiquement déportés vers Altaussee où ils furent exécutés et incinérés. Les Gobelins morts au combat y furent de la même manière dirigés pour y être disposés, sans le moindre regard pour la culture ou les traditions de leur peuple. Pour les membres de la Satis en charge de ces opérations, la décence ou l'empathie n'étaient pas de mise vis-à-vis de ces créatures, aussi, outre les massacres planifiés, les mauvais traitements et les tortures furent monnaie courante. Un nouvel échelon dans l'horreur fut atteint lorsque les premières cités souterraines des Gobelins furent conquises, à partir de l'automne 2006. Devant la découverte de milliers d'esclaves humains dans les caves - découvertes documentées et largement publiées par les services de presse des Légions - les rares réserves quant au sort des Gobelins furent levées et on assista à un accroissement des massacres. Le Verberennungsanlage fut rapidement engorgé et Hugo Müller, tout dévoué à sa tâche, entreprit de former des sections spéciales de la Satis afin d'augmenter les capacités de traitement des Gobelins. Ce fut à partir de ce moment que l'on vit apparaitre partout dans les Alpes des fosses, creusées à la hâte par les Gobelins avant qu'ils ne soient engloutis par des maléfices de Feudeymon lancés par des sorciers.
Pendant plus d'un an, de septembre 2006 à la victoire, le 6 octobre 2007, tous les Gobelins découverts furent passés par les armes. Face à ce déchainement de violence, le roi Ragnok entreprit de lancer de nouvelles négociations qui furent toutes systématiquement rejetées. Maintenant que la Résistance était résolue dans son action, elle refuserait tout compromis ou toute tractation. Tentant même de joindre l'Empire du Japon et la CPC, il lui furent opposés des fins de non-recevoir. En dépit des divergences et des rivalités, aucun humain ne pourrait pardonner les actions des Gobelins en Europe centrale et leur alliance avec Voldemort. En conséquence de ces échecs, la lutte s'en trouva durcie, les Gobelins sachant pertinemment qu'ils n'avaient pas d'autre choix que de se battre pour espérer survivre. Des levées de masse furent entreprises et tous les Gobelins en âge de se battre furent conscrits pour résister aux Légions. La prise de chaque col, de chaque vallée, de chaque village et de chaque sommet fut l'objet de combats âpres, brutaux et sanglants. La stratégie des Gobelins était désespérée mais calculée. Considérant leurs alternatives, il s'agissait de rendre la victoire de l'adversaire si coûteuse qu'il serait obligé, en fin de compte, de négocier. Malheureusement pour Ragnok et son conseil, cette tactique s'avéra infructueuse devant la détermination de la Résistance. Lord Potter et Fleur Delacour avaient pris soin de favoriser le recrutement d'allemands, d'autrichiens, de tchèques, de slovaques, de suisses et d'italiens dans les Légions engagées contre les Gobelins. Des peuples dont les pays avaient précisément été ravagés par eux et qui criaient vengeance.
Alors que les troupes de la Résistance s'approchaient enfin du mont du Männlichen et de la capitale des Gobelins, le Khraghni'zaragh, la Résistance voulait mettre en exécution l'Opération Gripsec, c'est-à-dire la prise de la dernière enclave des Gobelins, la capture du roi des rois Ragnok et l'extermination de son peuple. Pour ce faire, il fallait sceller toutes les entrées du complexe souterrain, forcer le passage de l'entrée principale et éliminer toutes les forces combattantes Gobelines encore en surface. C'était la raison pour laquelle la jonction entre les armées du Général Pyke et du Général Nambasa était aussi importante et la raison pour laquelle la planification devait être aussi méticuleuse. En cas d'erreur ou de faiblesses dans le périmètre, des Gobelins pouvaient espérer s'enfuir. Pour Lord Potter et Fleur Delacour, la chose était inconcevable et inacceptable.
L'Opération Gripsec devait être un succès et faire honneur à nom. Gripsec était un Gobelin, le premier que Lord Potter avait rencontré lors de son entrée dans le monde magique. Capturé par hasard pendant une embuscade en Belgique et emprisonné dans un lieu sécurisé, Lord Potter entendait qu'il soit le dernier des Gobelins et ainsi, d'une certaine manière, boucler la boucle. Lord Potter se réservait l'exécution de Gripsec comme un acte symbolique, tout à la fois afin de refermer définitivement un chapitre de son passé personnel et pour être celui qui présiderait à la disparition du dernier des Gobelins.
Devant le regard inquisiteur de Fleur et de Déborah Horvath-Szabo, Henry se contenta d'acquiescer lentement à ce qui apparaissait moins comme une requête que comme un ordre. Il ne put cependant s'empêcher d'esquisser un léger sourire. A l'exception de Fleur, personne n'osait lui parler sur ce ton. Une preuve comme une autre - mais en avait-il vraiment besoin - du fait que dans leur couple il n'existait pas de hiérarchie mais une vraie et saine égalité. Une preuve indubitable que Fleur Delacour était sans nul doute une femme, la femme, qui, seule, pouvait lui convenir. En attendant que l'avion soit prêt à partir, il tourna les yeux vers le parc de Blenheim et contempla la foule de tentes médicales dressées. Dans un même mouvement, Fleur et lui se dirigèrent vers la première d'entre elles, bientôt suivis par Déborah Horvath-Szabo. La visite des chefs de la Résistance à des soldats blessés au combat ne pouvait que faire grimper le moral des hommes et participer à cette image de leaders emphatiques et soucieux des leurs qu'ils cherchaient tant à installer dans l'opinion publique. D'autant plus qu'avec la fondation de la République auraient bientôt lieu les premières élections fédérales et que rien ne votait plus sûrement pour son officier commandant qu'un soldat satisfait et confiant en sa hiérarchie.
L'arrivée à Genève se fit avec une certaine dose d'exaspération pour Henry et Fleur. La conversation qu'ils avaient eu, d'abord par miroir avec le Général Nambasa puis entre eux avait été électrique. Il était connu dans les cercles dirigeants de la Résistance que l'un et l'autre avaient des caractères forts et qu'ils n'hésitaient pas à arguer leurs opinions, parfois de manière particulièrement virulente. Fleur et Henry n'étaient pas seulement des égaux. Ils avaient aussi des traits dominateurs, tant du fait de leur nature que de leurs fonctions respectives, qui les rendaient souvent frustrés face à des contradicteurs trop enthousiastes où trop aisément capables de réfuter leurs directives et leurs ordres. Or il était une chose acquise entre eux que ni l'un ni l'autre ne se gênait jamais pour apporter une contradiction ou pour contester leurs décisions de la façon la plus directe. Et si le contenu de leur conversation aurait pu suffire à provoquer leur ire - et en l'occurence, à l'issue d'une énième dispute homérique, Fleur avait réussi à imposer ses vues, non sans écorcher l'amour-propre de Henry au passage qui le lui avait rendu avec moult remarques désobligeantes - l'un comme l'autre étaient toujours énervés lorsqu'ils étaient contraints de prendre un avion ou une voiture pour se déplacer. En tant que sorciers, il leur aurait été largement plus facile et rapide de transplaner ou d'employer un portoloin. Au début de la Guerre Noire, quand leurs rôles n'étaient pas encore complètement définis et qu'ils pouvaient encore se permettre de se déplacer d'un point du front à un autre sans crainte pour leur entourage ou leur image, ils avaient fréquemment usé des méthodes de déplacement magique pour intervenir et résorber les situations les plus critiques.
Pourtant, au fur et à mesure que la Guerre s'allongeait et que la haine contre les sorciers s'installait durablement tant dans les populations que chez les soldats, il fallut à Fleur Delacour et Henry Potter sacrifier le confort que leur procurait la magie pour se conformer aux attentes et aux exigences du rang qu'ils aspiraient à atteindre. C'était la raison pour laquelle, malgré leurs capacités et leurs compétences - Henry Potter l'avait parfaitement démontré lors de son duel à mort contre Voldemort - ils employaient rarement la magie de manière ostensible et ils préféraient largement user d'outils ou de techniques non-magiques dans leurs commandements et leurs actions. Un moyen pour eux de prouver à leurs hommes qu'ils étaient des leurs et non des sorciers semblables à ceux qu'ils combattaient. Considérant que Fleur et Henry n'étant pas les personnes les plus patientes, les voyages par avion avaient le don de les exaspérer et si en temps normal, à l'issue d'une de leurs disputes, l'un ou l'autre aurait pu contrevenir à la règle qu'ils avaient eux-mêmes fixé, cette option était parfaitement inenvisageable en ce moment historique où, dès leur arrivée à Genève, le moindre de leurs mouvements serait épié, commenté et archivé pour la postérité. Ce fut donc avec une certaine tension qu'ils descendirent sur le tarmac de l'aéroport, saluèrent les soldats organisés en garde d'honneur et s'avancèrent rigidement vers une voiture, le tout sous le regard de miroirs et en ignorant les journalistes massés derrière des piquets, occupés à leur hurler des questions diverses.
La voiture démarra dès qu'ils montèrent à bord et se dirigea vers le Palais des Nations, traversant plusieurs esplanades arborées et des rues relativement désertes, à l'exception de quelques files d'attente des rares habitants devant les magasins d'alimentation où leurs coupons de rationnements leurs permettraient d'obtenir leur subsistance quotidienne. Précédés de motards et suivis du reste de leur convoi, Henry et Fleur s'ignorèrent mutuellement, chacun regardant par la fenêtre de sa portière, sans oublier cependant de se tenir délicatement la main. Leurs caractères étaient peut-être d'acier et souvent tranchants, il n'en demeurait pas moins qu'ils s'aimaient et se soutenaient dans les moments les plus importants. Et ce jour était sans nul doute de ceux-là.
Arrivant devant le bâtiment où serait proclamé la République, Henry contempla la pelouse où tous les drapeaux des anciens Etats des Nations-Unies flottaient encore au vent. Personne n'avait pensé ou n'avait eu le coeur à descendre les étoffes de leurs hampes malgré la disparition de la plupart des pays qui y étaient représentés. C'était là encore une relique du passé; une que, si il était sincère, Henry aurait eu bien de la peine à oublier. Le monde dont lui et les siens héritait n'était rien de moins qu'apocalyptique. Un âge sombre où, plus que les horreurs de Voldemort et de ses sbires, plus que les crimes dont il était lui-même responsable, les ténèbres s'étaient emparées des coeurs et des âmes du plus grand nombre. Non, Henry Potter ne pouvait pas en vouloir à ceux qui, comme un geste de défi, avaient laissé flotter les drapeaux des anciens pays du monde. Lui-même n'avait réellement compris l'étendue de la tâche à accomplir que lorsqu'il était revenu de sa Campagne d'Egypte.
Laissant le soin à Najib Salim de restaurer les installations essentielles du Delta du Nil jusqu'au barrage d'Assouan, il avait quitté ses troupes pour rentrer en Europe et préparer l'invasion des îles britanniques. Revenu à temps pour voir les conséquences de ce qui serait appelé pour la postérité le Piège d'Anvers, il avait assistéquelques jours après la victoire à une scène qui l'avait profondément marqué. En marchant dans les ruines à Anvers, il avait soudainement vu un de ses gardes rompre la formation et courir vers une maison à demi-écroulée. Face à l'incrédulité du reste de l'escorte, Lord Potter avait décidé d'interrompre sa déambulation et de suivre le soldat entouré de ses hommes. Ils l'avait retrouvé, prostré de désespoir dans une cave à demi effondrée, enserrant un ours en peluche affublé d'un tee-shirt orange et en état avancé de putréfaction. Il avait fallu plusieurs dizaines de minutes et une promesse de Lord Potter de faire procéder au déblaiement de la maison pour que le soldat, le Sergent Josef Maertens, n'accepte finalement de quitter les lieux.
Cet incident avait plongé le chef de la Résistance dans une intense introspection. La Résistance s'était forgée par les flammes de la guerre et le sang de ses combattants mais elle ne faisait pas tant acte d'union des ferveurs que de véhicule privilégié pour combattre le repoussoir qu'étaient les mangemorts. De fait, la Résistance s'écroulerait tout aussi vite qu'elle était née si, une fois la guerre terminée, elle n'était pas capable d'agréger des espoirs dont beaucoup, justement, se référaient à un passé de paix et d'harmonie et qui serait sans doute idéalisé dans les décennies à venir. Dans l'après guerre, il était à attendre que les survivants se remémorent leurs proches disparus avec affection, tristesse et nostalgie. Une empathie qui irait jusqu'à englober les nations disparues et les ordres anciens mis à bas par la révélation de la magie. Le nationalisme serait une donnée capitale de la psyché collective lors de la reconstruction et constituerait sans aucun doute un point d'encrage comme un point d'achoppement pour la future République. Cette réalisation de la future menace pour l'intégrité de la République poussa Lord Potter à réfléchir aux moyens à sa disposition pour enrayer ce phénomène ou, au moins, pour le cadrer.
La solution lui vint quelques jours plus tard lorsque le Sergent Maertens allât se présenter à sa tente de commandement pour présenter ses excuses personnelles et démissionner formellement pour manquement au devoir. Rejetant en bloc l'argumentaire qui lui était présenté par son subordonné, Lord Potter le promut séance tenante lieutenant de la Garde Blanche et le décora de l'Ordre de la Libération 3ère Classe. Quand, le lendemain, le Lieutenant Maertens rejoint son poste dans son nouvel uniforme, il arborait sur le bras droit un fin brassard orange décoloré et noir, fait du tee-shirt de l'ours en peluche. Lord Potter remarqua l'accoutrement non-réglementaire et acquiesça de la tête, donnant ainsi son autorisation tacite avant de dire, à portée de voix de son escorte « Portez-le avec honneur. J'attends de vous le meilleur. Battez-vous pour eux. Pour les nôtres, et tous les autres. »
Dans les jours qui suivirent, ce furent d'abord les Gardes Blancs puis tous les soldats qui se fabriquèrent des brassards. Incorporant des éléments personnels de la matière de leur choix, voire des pendentifs et des breloques souvent tirés d'un objet ou d'un vêtement d'un proche, les officiers généraux des Légions autorisèrent son port à la condition qu'il soit discret et que s'y trouve une teinte de noir, en symbole de deuil. Progressivement, les soldats n'ayant aucun objet personnel à employer utilisèrent des tissus aux couleurs de leurs anciens pays, comme un rappel de ce pourquoi ils luttaient. Poursuivant dans cette veine, la Garde Blanche adopta la devise De nous, le meilleur et se choisit un ours en peluche dépenaillé comme emblème sur son fanion et son étendard. Pour ne pas être en reste, les Légions adoptèrent quant à elles les mots Pour les nôtres et les autres après un vote dans les rangs et, bien souvent, l'ours en peluche fit son apparition dans les emblèmes des régiments.
Avec ce processus, ce fut tout un esprit de corps qui se constitua parmi les militaires mais qui eut aussi pour conséquence de placer symboliquement les anciennes nations comme autant d'objets de deuil plutôt que comme des objectifs politiques ou militaires à atteindre. Voyant le potentiel de propagande, les dirigeants de la Résistance entreprirent de favoriser cette dialectique et de ne pas casser la nostalgie légitime des combattants pour leurs anciens pays mais plutôt de suggérer que la République serait à l'avenir capable, elle, d'assurer la juste rétribution, le retour à l'ordre et l'harmonie dans le respect de chaque nationalité et de chaque identité. En clair, le message était que la République ne constituerait pas la négation des nations mais au contraire le moyen de les préserver et de les transcender dans la paix.
En descendant de voiture et alors que Fleur allait entrer dans le Palais des Nations, Lord Potter s'adressa à son adjoint, Francis Ashford, debout à l'attendre à quelques mètres de la portière. Dans quelques minutes la République serait proclamée. L'attention du monde entier était tournée vers l'enceinte du bâtiment. Des centaines de représentants des territoires sous le contrôle de la Résistance étaient réunis. Des dizaines de journalistes venus de tous les horizons couvraient l'événement. Les alliés et les rivaux du Nouvel Ordre avaient leurs yeux braqués sur ce qui apparaissait déjà comme un événement historique. Un moment qui entrerait dans les annales.
« - Les délégations étrangères sont bien arrivées ?
- L'ambassadeur de la Confédération est revenu de Brasilia il y a trois jours et nous avons reçu un câble diplomatique il y a deux heures. Le Président Coraña envoie ces félicitations pour la victoire contre Voldemort et la fondation de la République. Il nous annonce décréter une semaine de fête nationale en notre honneur. Il propose également une visite d'Etat dans les prochaines semaines pour, je cite: aplanir les tensions inutiles entre nos deux nations.
- La formulation est intéressante. Et les japonais ?
- Le plénipotentiaire est arrivé de Tokyo hier soir avec son équipe économique. Il organise un diner en l'honneur des libérateurs de l'Europe dans deux semaines. Fleur et toi en êtes les invités d'honneur.
- Je suppose que tous les parlementaires sont également conviés?
- Oui et les stratèges de Adna Olseg nous préviennent d'être sur nos gardes. D'après eux, les japonais vont être très agressifs dans leurs négociations et leur lobbying. Ils veulent nos marchés et ne reculeront devant rien pour les obtenir. En tout cas, il ne vont pas faire dans la dentelle. La délégation économique japonaise est assez nombreuse pour remplir un avion de ligne. La Satis pense également avoir repéré les futurs résidents-permanents du Naichō, leur service de renseignement. Tu auras un briefing sur ce sujet dans la soirée.
- Il faudra donc surveiller les relations qu'entretiennent les parlementaires avec eux pour éviter les dérives. Dis à la Satis de maintenir sa vigilance et informe Henrik que je veux que l'on avance sur le droit à la concurrence. La République sera vulnérable tant que nous n'aurons pas de cadre juridique clair en la matière. Je veux aussi que l'on fasse comprendre à tout le monde qu'aucun marché public ne sera ouvert avant les élections en décembre prochain. Fais passer le mot aux japonais. Nous accueillerons les partenaires. Pas les prédateurs.
- Ce sera fait. Nous avons également reçu les félicitations du gouvernement japonais et un mot de l'Empereur.
- Ah?
- Un poème et une dédicace. J'ai demandé une traduction aux Affaires Etrangères. Il sera dans le briefing de ce soir. L'important est la dédicace personnelle.
- Qui dit quoi exactement ?
- A notre cousin. »
Un petit silence passa entre les deux hommes. Le sous-entendu était aussi clair que terrible. La moindre réaction - ou l'absence de réaction - allait être interprétée et décortiquée, tant par l'Empereur et ses hommes que par l'administration de la République par laquelle ce message avait transité. Les médias seraient sans doute aussi contactés à ce sujet. Le coup était génial et particulièrement retors. Avec trois mots, les japonais parvenaient déjà à mettre en difficulté la République, le jour même de sa proclamation. A n'en pas douter, le poème serait du même acabit. Une lame acérée camouflée dans un écrin de soie. La rivalité qui allait s'installer entre la République et l'Empire serait d'un niveau très supérieur à la lutte de brutale contre Voldemort. Si cela était leur première salve, Lord Potter avait raison d'être inquiet. Ses futurs adversaires - car même s'ils prétendaient être des partenaires, ils resteraient toujours des ennemis potentiels - étaient très dangereux… et apparement près à user de toutes les méthodes pour le prendre à contrepied et le placer sur la défensive.
« - Nous allons nous laisser le temps de répondre. Peut-être par un message commun ou par une déclaration du Parlement à l'attention de nos chers alliés ? Que Déborah s'occupe d'une version de travail. Nous en reparlerons dans les prochains jours. Autre chose ?
- Concernant les délégations ? Quelques retards mineurs et des rivalités de personnes mais rien d'insurmontable. Il y a en revanche une autre question qu'il faut adresser tout de suite. La dépouille de Voldemort. J'ai reçu un message de MacIntyer il y a une demi-heure. Il dit que puisqu'il est en charge de Londres, le cadavre est sa prérogative. Il m'a informé qu'il comptait le faire incinérer et il semble convaincu que tu seras d'accord. Il prétend que vous vous êtes entretenus à ce sujet tout à l'heure.
- Oui, pour dire que ça ne le regardait pas. Le salopard ! Il va essayer d'associer son nom à la chute de Voldemort en disposant du corps. Je parie qu'il en profitera pour faire un discours dans lequel il se lancera des fleurs. Il veut tellement briller qu'il en devient ridicule. La subtilité d'un âne et l'intelligence qui va avec ! Je ne vais pas me faire marcher dessus par un imbécile de son espèce. Fais chercher le cadavre par nos hommes de la Satis. Qu'il soit transféré à Genève en attendant que l'on sache quoi en faire. Appelle MacIntyer. Dis-lui bien que je lui ordonne d'autoriser le transfert. Si il fait mine de broncher ou si il veut passer outre mon autorité, je le fais révoquer et arrêter. Il s'écrase, ou je l'écrase.
- Ça ne va pas lui plaire. Il est susceptible et sa fierté en prendra un coup. Surtout si ça ce sait. Il pourrait devenir erratique.
- Il est trop aveuglé par son semblant de pouvoir pour être dangereux en ce moment et il aura bien assez à faire dans les prochaines semaines de toute façon. Non, il avalera son égo en se jurant me le faire payer plus tard. Nous allons juste accélérer nos plans en ce qui le concerne. Une fois le corps de Voldemort récupéré, je veux que Londres soit déclarée en état d'urgence. Que Mathias sabote méthodiquement les efforts de cette vermine. Rien ne doit entrer ou sortir de son QG sans que je ne sois au courant et que Mathias n'aie de moyens de s'y opposer ou de le ralentir. Il faut créer une situation si catastrophique que je puisse le révoquer dans trois semaines sans même avoir besoin de le justifier. Dis à Deborah de transférer toutes les ressources logistiques disponibles à Interlaken. Nous aurons besoin d'hommes et de matériel pour l'assaut contre les Gobelins après tout et cela participera à justifier les pénuries à Londres.
- Cela va être dur pour nos hommes sur place.
- Très dur mais ce n'est pas la première fois qu'ils se retrouvent sans rien. Ils se nourriront sur les maigres réserves de la population ce qui accroitra encore le chaos. Trois semaines. C'est le temps dont j'ai besoin pour me débarrasser de MacIntyer. Trois semaines. Avec un peu de chance, deux suffiront. Entre temps, il faut que Londres soit à feu et à sang.
- MacIntyer verra vite la manoeuvre. Il n'est pas stupide et il saura que nous lui refusons délibérément de l'aide. Cela risque au contraire de l'inciter davantage à faire sécession. Peut-être même à porter des accusations directes contre Fleur et toi. Il est encore très apprécié dans l'armée. Il ne faut pas le sous-estimer.
- C'est vrai mais je compte l'attaquer sur ses compétences et sa responsabilité dans un contexte difficile, pas sur sa popularité. Quand il demandera de l'aide, des hommes lui seront envoyés. Octavie compulse une liste de hommes les plus indisciplinés des Légions. Ils seront transférés là-bas par mesure disciplinaire. En ce qui me concerne, je serai occupé à relever Jérémy dans la lutte contre les Gobelins et Fleur fera une grande tournée d'inspection des territoires de la République. Non. MacIntyer sera le seul responsable du désastre. Je voulais au départ que sa disgrâce se fasse en douceur. Maintenant, je veux qu'elle soit rapide et violente. Assez pour que je puisse le limoger et assez pour qu'il ne puisse plus jamais reparaître en public. Avec le Japon et la CPC qui me soufflent dans le cou, j'ai autre chose à faire que de gérer les égos et les ambitions d'imbéciles.
- Entendu. Je vais transmettre les ordres.
- Et je vais rejoindre Fleur. Nous devons faire notre entrée dans l'hémicycle ensemble et je vais nous mettre en retard. Quelles sont les forces en présence dans les environs immédiats?
- Pour la protection rapprochée du Palais, la 12ème Compagnie de la Satis du Capitaine Bouna. Pour Genève, le 3ème Régiment de la IVème Légion du Colonel Rousseau.
- Il faut impressionner nos parlementaires et nos représentants étrangers. Suggérer l'excellence de nos Légions et le primat des militaires dans la République. Organises une revue des troupes à la fin de la cérémonie. Je sais que les délais sont brefs mais je ne veux pas que l'on voie Genève comme une fosse politique où rien ni personne ne peut faire régner l'ordre. Que les hommes disponibles se rassemblent devant le Palais des Nations. Je veux que Genève reste sécurisée mais il y a des moments où il faut utiliser l'apparence comme outil de gouvernement.
- Ce sera difficile mais je vais faire de mon mieux. Il faudra juste allonger la cérémonie, le temps que les hommes se mettent en place et que l'on informe les journalistes. »
Lord Potter s'éloigna de son adjoint et allât retrouver Fleur Delacour, entourée par plusieurs de ses aides. Alors qu'il arrivait à son niveau, leurs regards se croisèrent. Avec un sourire et sans égards pour le conseiller qui lui parlait, il se dirigea droit sur elle et l'embrassa fougueusement. Elle répondit de même et un temps qui leur sembla infini ils se perdirent l'un et l'autre. Les défis étaient nombreux, leurs ennemis belliqueux, mais leur avenir radieux. Quand ils s'écartèrent l'un de l'autre, ce fut pour joindre leurs mains et, d'un même mouvement, marcher vers les doubles portes qui menaient vers la Salle des Assemblées, et la fondation officielle de la République.
