*DONJON DU DRAGON*
HELGEN
BORDECIEL
« Comment ça, NON ? »
La voix d'Isran fut aussi chargée de rage que d'incrédulité. La salle du trône du Donjon du Dragon était pleine d'individus au manteau d'or et tous, même l'homme assis sur le trône au fond de la salle, avaient l'air extrêmement mal-à-l'aise.
« Cela signifie que je n'envahirai pas l'Alliance des Vodahmin, Isran, » répondit Llewellyn Né-Dragon. « Je ne plongerai pas Tamriel dans la guerre. »
« Je ne vous demande pas cela, » souffla Isran. « Je vous demande de m'aider à exterminer la vermine. »
« La vermine qui se trouve être dirigée par la mère de la Consort Royale de la Reine Tala, » railla Tolan. « C'est exactement ce que vous demandez de faire au Haut-Roi. »
« S'ils défendent la vermine, ils méritent de mourir avec elle, » grommela à nouveau Isran.
« La Reine Tala a ordonné à ce que les Vampires soient autorisés à vivre sans être inquiétés à l'intérieur des frontières de son royaume, » rétorqua Llewellyn. « Que tous les Vodahmin demeurent en paix et soient laissés en paix. »
« En paix ? » cracha Isran. « A quel prix ? Ils sont des sangsues qui marchent debout. Combien de fermes doivent être attaquées, combien d'enfants doivent être portés disparus avant que vous ne vous réveilliez tous et faites quelque chose ? »
« Combien, exactement, de fermes tout au long de la frontière ont été brûlées ? » demanda l'Archi-Mage Sarai Gellarus depuis son siège. « Combien d'enfants ont été kidnappés à Blancherive, Hjaalmarch, ou Solitude, exactement ? A Épervine ? »
Isran ne fit que serrer les poings et grogner en réponse.
« Les vampires ont, contre toute attente, tenu leur engagement, » poursuivit l'Archi-Mage. « Ils ont abandonné le Château Volkihar lorsque nous leur avons demandé de le faire au nom de la paix, pour l'amour des Aedra. Au nom de la paix, ils se sont abstenus de toucher ou molester ne serait-ce qu'un seul Nordique du côté Bordeciel de la frontière. »
« Et si c'étaient des hommes, femmes et enfants Nordiques emprisonnés dans leurs cellules comme du bétail vivant, » questionna lentement Florentius Baenius, se levant pour se tenir à côté d'Isran. « Et non pas des Altmers, seriez-vous si prompt à les délaisser, au nom de la paix ? »
« Mes amis, » intervint un vieil homme en se levant et balayant la pièce du regard. Même Isran inclina respectueusement sa tête quand Esbern offrait conseils, seul un imbécile l'ignorerait. Le Commandant des Lames du Roi s'éclaircit la gorge et continua :
« Bordeciel et son peuple ont beaucoup souffert. La Grande Guerre, suivie par l'Incident de Markarth, suivi de la Rébellion Sombrage, la Venue du Dévoreur de Mondes et la Crise des Dragons, l'Avènement des Vodahmin et cette dernière Grande Guerre. A présent, nous avons eu cinq années de paix. CINQ ANNEES où aucune mère n'a dû enterrer un fils, ou une fille laisser son père reposer en paix. Pas une seule récolte n'a brûlé, ou une seule tombe non-marquée. Nous devons considérer prudemment nos actions, avant que nous ne jetions une denrée aussi rare que la paix. »
« Donc, au nom de la paix, » déclara Isran tandis qu'Esbern se rasseyait. « Vous abandonneriez les survivants d'Alinor à l'esclavage et à la mort ? »
« Ils sont des prisonniers de guerre, » répondit Llewellyn, presque à contre-cœur. « Et je suis seulement le Haut-Roi de Bordeciel. Je ne peux dicter à l'Alliance des Vodahmin la manière dont elle devrait traiter ses captifs. Alors oui, Isran : au nom de la paix, je respecterai le serment que j'ai fait sur le champ de bataille de Rorikbourg. »
Isran leva lentement une main, et déboucla délibérément la cape dorée de ses épaules.
« Isran, » souffla Tolan, se levant à moitié de sa chaise. « Ne faites pas l'idiot, mon gars ! »
« Une telle paix ne mérite pas d'être défendue, » répliqua gravement le commandant de la Garde de l'Aube. Une autre silhouette se leva, et Gunmar Dompte-Troll détacha sa propre cape d'or.
« Aucun homme ne devrait vivre enchaîné, » acquiesça-t-il. « Pas même les dorés. »
Isran se détourna et traversa la salle calmement et avec résolution, suivi de Gunmar, Sorine Jurard et Florentius Baenius. Deux Lames en armure commencèrent à barrer la route au groupe.
« Non, » intervint Llewellyn Né-Dragon en se levant. « Laissez-les passer. »
Il lança un regard autour du reste de la tablée.
« Quiconque souhaite aussi les rejoindre est libre de le faire, » déclara-t-il de manière égale. « Nous sommes en Bordeciel, pas dans le fichu Domaine. Chacun d'entre vous ici est un homme ou une femme libre, et ces capes ne sont pas des entraves. »
Quelques autres silhouettes se levèrent : Durak, Celann, Agmaer, et quelques autres vétérans de la Garde de l'Aube tels qu'Ingjard et Beleval. Ceux-ci se débarrassèrent aussi de leurs manteaux d'or et suivirent leurs chefs jusqu'à la porte. Alors qu'elle se refermait derrière eux, il y eut un long moment de silence, et Llewellyn replongea dans son siège en plaçant sa tête dans ses mains.
« Il y a beaucoup de choses de l'autre côté de la frontière que nous n'approuvons pas, mon Roi, » lâcha finalement Sarai Gellarus. « Mais c'est pour cela qu'il y a une frontière entre nous et eux. Si nous prenions sur nous toutes les injustices du monde, nous mourrions d'épuisement avant la fin du mois, et il y aurait encore quelques terres où des tyrans dirigeraient, ou des genoux seraient ployés. Nous ne pouvons pas résoudre tous les problèmes de Nirn, et nous ne devrions pas essayer. Nous sommes les défenseurs de Bordeciel, et nous l'avons bien défendue contre tous ceux qui voudraient lui faire du mal. »
Il y eut des têtes qui se hochèrent et des murmures d'accord de partout. Llewellyn acquiesça également, mais l'air grave sur son visage ne se fana pas.
« Alors cela nous laisse toujours avec un problème, Père, » dit lentement le Prince Alesan. « Qu'allons-nous faire d'eux ? »
Dans la cour, Isran et les autres tiraient leurs montures vers les portes, se préparant à retourner dans la ville et vers le Fort de la Garde de l'Aube dans les Montagnes Vélothi.
« Seigneur Isran ! »
Isran s'arrêta et se tourna vers le vieil homme en train de venir contre lui.
« Pensez-vous vraiment ce que vous avez dit là-dedans ? » demanda-t-il au commandant de la Garde de l'Aube, qui hocha la tête en réponse.
« Chaque mot. »
« Vous avez réellement l'intention d'attaquer les vampires, même si cela signifie que les Vodahmin vous contre-attaqueront ? »
« Nous avons le devoir de protéger Tamriel, » déclara Florentius en se mettant en selle. « Arkay dit qu'il n'y a pas d'addendas ou de circonstance particulières à ceci. »
« Alors nous avons un but commun, » lâcha une femme Rougegarde, sortant des écuries et entrant dans la lumière de la cour. « Et un ennemi commun. »
Isran porta son regard d'une silhouette à l'autre.
« Qui êtes-vous ? » demanda-t-il finalement.
« Mon nom est Raerek, » répondit le vieil homme en s'inclinant légèrement. « Et voici Faleen. Nous attendions quelqu'un comme vous, Isran. »
*TOUR D'OR BLANC*
CITE IMPERIALE
CYRODIIL
Servetus Tullius, Imperator des Légions de l'Empire, sauta de sa selle, la boue et la terre de la route recouvrant toujours son armure. Cela avait été une chevauchée difficile depuis les forts frontaliers de Lenclume, mais l'occasion était suffisamment grave pour la justifier. Alors que les servants s'empressaient d'ouvrir les portes devant lui, un grand homme dans des atours verts et argent le rencontra et marcha à ses côtés.
« Amaund, » acquiesça Tullius en guise de salutations. « Comment va-t-il ? »
« Mal, » répondit Amaund Motierre. « Les mages et les médecins ont dit qu'il ne survivrait pas à la nuit. »
« Putain. »
L'épuisement de son long voyage transparut dans le moment de relâchement des paroles de Tullius, mais si le membre du Conseil des Anciens avait été offensé par cela, il ne le montra pas. Il hocha plutôt la tête en signe d'assentiment :
Titus Mede, deuxième du Nom, Souverain de la Dynastie Colovienne Mede, Protecteur du Trône de Rubis et Empereur de l'Empire Tamrielique… était en train de mourir.
Les deux hommes pénétrèrent le vaste atrium à l'extérieur des quartiers personnelles de l'Empereur. Cernés de murs de marbres se trouvaient tous les membre du Conseil des Anciens. Les meilleurs et les plus brillants (et certainement les plus riches) de l'Empire que Titus Mede II avait rassemblés se tenaient tous ensemble, en rangs serrés et chuchotant frénétiquement.
Bosmers, Dunmers et Khajiits.
Nordiques et Impériaux.
Un ambassadeur Argonien aux écailles noires se trouvait dans un coin, de même que l'ambassadeur Altmer du Vestige du Domaine. Tullius jura silencieusement cela était certainement le genre de truc qui devrait être gardé loin de leurs yeux et oreilles. Mais il n'y avait pas d'autre solution, et leur mise à l'écart ne ferait qu'exacerber les choses et confirmer les craintes les plus graves de chacun : que leur Empereur mourrait, et qu'il n'y avait pas d'héritiers pour succéder au vieil homme.
La situation n'était, malheureusement, guère unique dans l'histoire de l'Empire : le mariage de Titus, arrangé à la hâte et motivé politiquement, n'avait produit aucun héritier. Après que sa femme ne meurt en délivrant leur troisième enfant mort-né, il y eut crise sur crise : la Grande Guerre, la Sécession Rougegarde, la Rébellion Sombrage, jusqu'à la Seconde Grande Guerre et au Camp du Drap d'Or. Très franchement, il n'y avait pas eu de temps pour des arrangements formels de mariage, bien qu'il y ait eu beaucoup de jeunes... partenaires et de distractions sans nom au cours des années. Les enfants qui en furent issus avaient tous reçu de bons tuteurs, de bonnes maisons et de bonnes positions, ainsi que le nom de famille "Né-Mede", mais aucun d'entre eux n'avait officiellement été reconnu ou adopté.
Deux soldats en armure saluèrent les deux hommes entrant dans la chambre privée de l'Empereur. Tullius prit une courte inspiration et étouffa un autre juron en regardant le corps mince et frêle qui reposait sur le lit, un cercle de prêtresses de Kynareth y jetait constamment des sorts de guérison. La Haute-Prêtresse croisa ses mains et rejoignit les deux nouveaux-venus dans la pièce.
« Chancelier, Imperator, » les accueillit-elle d'un air grave. « Je le jure sur la déesse, chaque sort et chaque potion a été utilisé. Désormais… tout ce que nous pouvons faire et de s'assurer qu'il ne souffre pas. »
Tullius acquiesça aux sombres nouvelles et plaça ses mains sur ses hanches.
« Je vous remercie, Haut-Prêtresse, » dit-il finalement. « Mais il faut que vous arrêtiez. »
« Général ? » questionna Motierre en semblant sur le moment aussi choqué et horrifié que la Haute-Prêtresse ne l'était.
« Les sorts engourdissent son esprit ainsi que ses nerfs, » répondit Tullius. « Si l'Empereur est en train de mourir, il y a d'abord des affaires à régler. »
« Je ne peux pas… » balbutia la vieille femme.
« Je peux l'ordonner, Haute-Prêtresse, » grogna Tullius, puis il emprunta un ton de voix plus doux. « Je ne le veux pas, mais si cela signifie assurer la succession et éviter une Guerre Civile, alors ainsi soit-il. »
La compréhension traversa le regard de la religieuse, et elle hocha lentement la tête.
« Très bien… mais que cela soit aussi bref que possible. »
« Bien sûr, » la rassura Amaund.
Tullius et Amaund prirent place de chaque côté du roi à l'apparence frêle alors que les chants et les sorts s'arrêtaient lentement. Le vieil homme reposant sur le lit remua et ses yeux s'ouvrirent. Les respirations, qui avaient été calmes et paisibles il n'y avait de cela quelques instants, commencèrent à se muer en halètements aigus et rauques.
« Mon Empereur…, » prononça doucement Tullius. « Pouvez-vous m'entendre ? »
« Tullius ? » La voix était rabougrie et mise à rude épreuve.
« Mon Empereur, » intervint Amaund Motierre d'un ton rusé comparé à celui de Tullius. « Qui choisirez-vous pour vous succéder ? »
La confusion et l'incompréhension se démarquèrent sur le maigre visage.
« S… suc… succéder ? » questionna-t-il, clairement perturbé.
« Oui, Votre Majesté, » répéta Amaund. « Qui devrait être couronné à votre place, en tant que successeur ? »
« A ma place… » Son regard allait et venait, et de la sueur froide perla sur le front du mourant.
« BON SANG, TITUS, » s'insurgea Tullius, ses émotions prenant le dessus. « A qui laissez-vous votre empire ? »
Soudain, la frêle silhouette de l'homme se redressa, faisant sursauter toute personne présente, incluant le guerrier vétéran. Une main, plus forte que celle qu'un homme mourant pourrait avoir, agrippa l'épaule en armure, et la voix qui parla fut dur et emplie de détermination.
« Au… Dragon. »
La main libre se leva en direction de l'estrade et désigna la Couronne royale, juchée au sommet du Trône de Rubis.
« Que cela soit fait, mon ami, » poursuivit l'Empereur de Cyrodiil. « Protégez… »
Et la voix faiblit.
« Protégez… mon Empire. »
Puis, soudain, la prise se relâcha, la voix s'éteignit, et Tullius rattrapa de justesse le corps de l'Empereur qui tombait à la renverse sur les oreillers. Doucement, il déposa le corps de son Empereur sur le lit, croisant les bras sans vie sur sa poitrine et lui fermant les yeux.
« Est-ce que… est-il… ? » demanda Amaund, semblant incapable d'achever sa question.
« Il est mort, » confirma Tullius, et la finalité de ses paroles pesa lourd dans l'âme du vieux guerrier : Titus Mede II, Titus Mede le Législateur, Titus Mede le Conquérant, était mort.
« Amaund, » dit lentement Tullius. « Sécurisez la couronne et renvoyez cette foule de vautours dehors. Je vais préparer les chevaux. »
« Les chevaux ? »
« Oui, les chevaux, » répéta le Général. « Une longue route nous attend. »
« Pour… pour où ? » questionna Amaund, ne comprenant clairement pas.
« Pour Bordeciel, bien sûr, » répondit Tullius, faisant de son mieux pour ne pas laisser transparaître son irritation. « Vous avez entendu les dernières volontés de l'Empereur : la couronne va à l'Enfant de dragon. En tant que Haut-Chancelier du Conseil des Anciens, vous êtes maintenant le Potentat en l'absence d'un dirigeant couronné. Et Llewellyn Né-Dragon est, par décret royal définitif, par Imperium Edictum Mortuorum, le nouvel Empereur de Cyrodiil. »
« Il semblerait bien, » acquiesça nerveusement l'homme, mais ne dit rien d'autre. Tullius soupira, puis se tourna pour le regarder complétement dans les yeux, utilisant toute sa volonté pour ne pas placer sa main sur la poignée de l'épée à sa ceinture.
« Vous sécurisez la couronne, » répéta-t-il. « Et j'assurerai notre transport. Nous pouvons aller et venir de Bordeciel en une quinzaine de jours et sécuriser la succession avec un minimum d'agitation. Mais chaque seconde que nous perdons nous mène au désastre. »
« Très bien, » dit l'homme en hochant à nouveau la tête, semblant enfin décidé à agir. « Ne perdons pas un instant. »
Les deux heures suivantes furent un tourbillon de mouvements pour Tullius, le ramenant aux jours de campagne en Bordeciel et dans le Val-Boisé. Des provisions, des chevaux frais et des hommes en qui il pouvait avoir confiance furent rassemblés en toute hâte. Enfin, ils étaient tous réunis dans les écuries Royales, mais quelqu'un brillait par son absence.
« Où est le Seigneur Motierre ? » demanda Tullius au prélat en poste. « Il aurait dû être là depuis des heures. »
« Je ne sais guère, sire, » répondit l'officier. « Je ne l'ai pas vu depuis que nous avons commencé à nous préparer à partir. »
« Par l'Oblivion, qu'est ce qui pourrait le retenir ? » murmura Tullius, et un froid glacial lui parcourut l'échine. « Quelque chose ne va pas. Légat, venez avec moi. Le reste d'entre vous, tenez vous prêts. »
Tullius et un petit groupe de légionnaires se déplaçaient à travers le palais désormais désert. L'atrium était à présent complétement vide, mais ensuite, Tullius retourna dans les quartiers de l'Empereur.
La Salle du Trône était remplie de membres du Penitus Oculatus en branlebas de combat. Le corps de l'Empereur était maintenant enveloppé, couvert d'une tapisserie magnifiquement cousue dépeignant les événements de son règne. Trois silhouettes, néanmoins, retinrent immédiatement son regard. La première se tourna vers lui, un poing s'élevant contre son armure dans un salut.
« Imperator Tullius. »
« Commandant Maro, » dit lentement Tullius. Le commandant du Penitus Oculatus était paré d'une armure complète et resplendissante, de conception presque ornementale, mais l'épée qui pendait à sa hanche était quant à elle parfaitement fonctionnelle.
« Seigneur Né-Mede. »
Tiberius Né-Mede n'était pas le plus âgé, ou selon l'opinion de Tullius, le plus sage des bâtards de Titus Mede II, mais il était de loin le plus ambitieux. Il avait bien servi son père, sur tous les points, lors de la dernière guerre, bien que sans aucune distinction particulière.
Mais à présent, ce fut lui assis sur le Trône de Rubis, avec la silhouette du Haut-Chancelier au pied de l'estrade.
« Qu'est-ce que cela signifie ? »
« Réjouissez-vous, Imperator, » répliqua Tiberius Né-Mede. « Oui, notre Empereur bien-aimé est mort. Mais l'Empire n'est pas laissé sans ressources ni maître. »
Les Penitus Oculatus dégainèrent leurs épées et saluèrent, de même que leur commandant.
« Longe Vie à l'Empereur. »
Tullius fusilla du regard la silhouette d'Amaund Motierre. « Seigneur Motierre, » déclara-t-il de manière monotone. « La Couronne part avec nous, puisque nous allons accomplir le dernier ordre de l'Empereur. »
Motierre s'immobilisa, jetant un coup d'œil nerveux au vétéran aux cheveux blancs d'un côté de la pièce, aux rangées de gardes armés qui la bordaient et au jeune homme assis sur le trône de l'autre. Lentement, délibérément, il s'avança vers le trône, loin de l'homme qui dirigeait doucement sa main vers son épée.
« Je suis navré, Imperator, » dit-il lentement. « Mais les roues du Destin sont en mouvement, et elles ne peuvent être arrêtées. Longue… Longue vie à l'Empereur. »
Il s'agenouilla, tendant la Couronne de Rubis vers le personnage assis. Le Commandant Maro approcha sa main pour s'emparer de la couronne.
« De quel droit revendiquez-vous ce trône ? » railla Tullius, faisant reculer l'homme de peur. « Par le sang de votre père, qui a nommé le Haut-Roi de Bordeciel comme successeur ? Ou par le droit de votre mère, qui est morte seule dans un bordel du Quai de la Cité Impériale ? »
Une rage noire parcourut le visage de Né-Mede, mais il la préserva de sa voix alors qu'il répondait sans émotion :
« Le trône est mien par droit, ainsi que la couronne. Ils n'appartiennent pas à un barbare du nord baiseur de moutons. Commandant, apportez-moi la Couronne. »
« Le choix est simple, Servetus, » sourit le Commandant Maro, s'avançant à nouveau. « Vous, le Haut-Chancelier et la Haute-Prêtresse êtes les seuls à avoir été témoins des dernières paroles délirantes de l'Empereur. Le Chancelier est avec nous. La Haute-Prêtresse… a eu un regrettable accident. Qui exactement l'Empereur a désigné est seulement une question de votre parole contre la nôtre. »
Ce fut seulement à cet instant que Tullius remarqua les taches de sang dans le coin de la pièce, avec des marques montrant où un corps avait été traîné.
« Et que dîtes-vous… Imperator ? » demanda Tiberius Né-Mede d'un air suffisant.
Le poing de Tullius se serra et il déglutit.
« Je dis… Testudo ! »
Dans un flash, son épée fut dans sa main et il s'élança en avant, une douzaine de boucliers de la Légion autour de lui.
« TUEZ-LES ! » cria le jeune homme, se levant à moitié de son trône. Les agents du Penitus Oculatus s'avancèrent, épées prêtes à l'emploi. Mais ces hommes étaient de la police secrète, des voyous glorifiés, et les légionnaires qu'ils affrontaient étaient des vétérans de nombreuses guerres...
« LEGIONNAIRES ! » rugit Tullius. « Pila ! »
Les douze hommes élancèrent les minces lances en avant et sept hommes tombèrent, quatre autres jetèrent des boucliers en ruine ou hurlèrent lorsque les pointes de lance leur clouèrent le bouclier sur le bras. Maro attrapa le Haut-Chancelier, projetant l'homme entre lui et le pila qui se dirigeaient contre son torse. L'arme frappa d'un coup sec avec un son ressemblant à s'y méprendre à une gifle.
« Nous… avions un accord… » balbutia Amaund Motierre, toisant Maro d'un air incrédule, puis il baissa son regard sur la pointe qui avait traversé son poitrail. Les yeux de l'ancien Haut-Chancelier se révulsèrent et il s'effondra comme une poupée de chiffon. Le couronne d'or, cependant, s'échappa de ses doigts mous, dégringolant les marches de l'estrade pour atterrir aux pieds de Tullius. Le visage de Tiberius devint rouge de rage tandis que l'Imperator s'abaissait pour prendre dans sa main le symbole du pouvoir.
« TUEZ-LES TOUS ! » hurla-t-il à nouveau, faisant comme s'il comptait se jeter lui-même dans la mêlée, mais Maro saisit son nouvel Empereur autour du thorax, le traînant physiquement hors de la pièce. Mais à ce moment, d'autres Penitus Oculatus affluèrent, certains armés d'arcs. Un légionnaire à la gauche de Tullius tomba, gargouillant tandis qu'une pointe perçait sa gorge. Tullius s'abaissa et s'empara du bouclier de l'homme, bouchant la brèche dans la solide ligne d'acier
« Repliez-vous ! » jura-t-il alors même que l'ordre quittait ses lèvres. Peut-être arriveraient-ils à atteindre ce bâtard et à le tuer. Mais aucun de ses hommes ne survivrait à une telle attaque, et alors où en serait l'Empire ? Non, il obéirait aux dernières volontés de son Empereur et amènerait cette couronne dans le nord, en Bordeciel.
Dans le nord, à son nouvel Empereur.
Eh bien, voilà le tableau pour le second arc de cette histoire. La petite famille heureuse de Lewis s'avère être tout autre chose, et les exigences du royaume et celles des différentes factions vont être difficiles à concilier.
Et à l'autre bout de Tamriel, le rêve idyllique de Titus Mede II commence à s'effilocher…
A la prochaine !
Nephariel
Cette fanfiction appartient à Tusken1602.
