*NOUVEAU VOLKIHAR*

(ANCIENNEMENT LE CROISEMENT DE GENTFOND)

LA CREVASSE

ALLIANCE DES VODAHMIN

« Avez-vous déjà créé une connexion avec Nchuand-Zel ? » demanda Tala Niwot, observant les équipes de travailleurs emportant des sacs de terre et de pierre hors de la caverne. Ceux-ci étaient destinés aux zones de construction des murs extérieurs nouvellement bâtis. Les murs autour de l'antique ruine Dwemer montaient rapidement ; bien plus vite que Tala ne l'aurait cru possible. Mais encore une fois, il y avait des centaines de mains Altmers pour déplacer caillou et pierre taillée, sans parler des travailleurs payés pour dispenser de leur savoir et expertise sur le projet.

« Pas encore, » avoua Dame Valérica. « Nous nous concentrons plutôt en premier sur l'expansion et la réouverture des anciennes cavités, espérant peut-être trouver un tunnel préexistant. »

Le Seigneur Vighar se tourna, son visage caché par le masque de Prêtre-Dragon d'Ahzidal.

« J'ai des équipes d'esclaves travaillant sur les tunnels les plus au nord de Nchuand-Zel, ma reine, » déclara-t-il. « Si nous pouvions connecter des tunnels d'ici au Château de Cœur-de-Roche. »

« Nous pourrons déplacer des troupes, des provisions et des renforts d'un bout à l'autre de la Crevasse, » acquiesça Tala. « Et comment se porte le Vin de Lignées pourpres ? »

« Il est soigneusement rationné, » répondit Sérana. « Nous avons actuellement un stock de six mois dans les celliers. Chaque esclave donne deux pintes de sang toutes les huit semaines, avec une rotation des équipes, comme vous l'avez ordonné. »

« Un esclave drainé ne peut donner ni travail ni sang, » dit Valérica en hochant la tête d'approbation. « C'est quelque chose que Harkon n'a jamais pu saisir. Donner aux esclaves de sang un temps suffisant pour se remettre, plutôt que juste les saigner comme des bœufs, nous accorde une source de subsistance, et des mains supplémentaires pour le travail. »

« Le reste du coven fait bien la transition depuis le Château Volkihar ? » questionna Tala, Sérana et sa mère acquiescèrent.

« Le fantôme de Père était un peu trop présent dans ses murs, » déclara l'amante de Tala en secouant la tête.

« Je suis d'accord, » approuva Valérica d'un hochement. « Si les Nordiques veulent cette forteresse décrépie, ils sont les bienvenus. »

« Je pense qu'ils veulent plutôt que nous ne l'ayons pas, » gloussa Vighar. « Au lieu d'avoir de grands désirs de posséder un château au nord de Solitude. »

« Ils ont déjà dû y placer quelconque garnison, » déclara Tala en haussant les épaules. « Je suis certaine que la pauvre petite Buffy y a jeté un coup d'œil, et a décidé d'essayer de brûler l'endroit. »

« Ma reine ? »

Tous les regards se tournèrent vers Skoberth Chant-Noir, qui s'inclina profondément.

« Oui ? » murmura Tala.

« Il est ici. »

« Oh, » s'exclama Tala en haussant les sourcils en s'en souvenant. « Faites-le venir immédiatement. »

« Comme vous le commandez. »

Une unique silhouette approcha le quatuor sur le balcon qui surplombait le chantier tentaculaire. Girolamo était l'un des plus âgés Altmers captifs d'Alinor. La robe qu'il portait avait une apparence ordinaire, mais aussi bien conçue et fonctionnelle.

« Reine Tala, » dit-il en s'inclinant. « Merci de me recevoir. »

Son ton, tout en étant respectueux, était dépourvu de toute autodépréciation ou de soumission, ce qui augmenta considérablement l'opinion de Tala sur lui, et elle fit le plus petit des hochements de tête en guise de reconnaissance.

« Girolamo l'Ancien, » déclara-t-elle. « Comment va votre peuple ? Est-ce qu'il est maltraité ou utilisé à mauvais escient ? »

« Nous sommes… aussi à l'aise que les circonstances peuvent le permettre, » répondit-il, choisissant précautionneusement ses mots. Le sens de l'humour cruel de Potéma retroussa les lèvres de Tala. Le pauvre mer était l'élu représentant d'une race esclave, devant l'instrument de l'asservissement et de la capture de son peuple, pilleur, saccageur et envahisseur de sa patrie.

Et au milieu d'une forteresse vampire, rien de moins, gloussa la Reine-Louve des tréfonds de l'esprit de Tala. L'anneau qu'elle portait à sa main gauche était lourdement enchanté de sorts d'Illusion, dissimulant le changement bleu/vert entre le contrôle de Tala et celui de Potéma. Après tout, pour ce qu'en savait le reste de Tamriel, Potéma Septim était morte et exilée dans le Cairn de l'Âme.

« Parlez alors, Ancien, et dites-moi votre requête, » répliqua-t-elle lentement, se redressant d'une manière aussi majestueuse que possible. L'Altmer s'inclina à nouveau et s'agenouilla lentement.

« Ma reine, » commença-t-il. « Cela fait maintenant cinq ans que… nous avons été pris par la guerre. Cinq ans que nous travaillons dur pour récompenser votre… miséricorde. »

Il s'arrêta, essayant de jauger les réactions sur les visages devant lui, mais par l'expression sur le sien, il n'avait rien compris aux regards vides qui lui avaient été adressés. Du coin de l'œil, Tala put voir Sérana prendre pitié du pauvre homme et lui donner l'ombre d'un sourire, ainsi qu'un hochement de tête d'encouragement.

« Il y en a beaucoup ici parmi vos... serviteurs, qui apporteraient plus d'or et de trésor à la trésorerie de leur reine, si la voie leur était ouverte, » poursuivit Girolamo.

« Oh, très bien dit, » gloussa Tala, levant ses mains pour applaudir doucement. « L'offre est intrigante, en tout cas. Et dites-moi, Girolamo : comment un esclave Altmer pourrait-il se permettre d'en faire autant ? »

« Nombre d'entre eux proviennent d'éminentes familles, ma reine, » dit l'ancien avec douceur. « Beaucoup d'entre eux ont des parents qui pourraient encore être sur l'Archipel du Couchant. Si la Grâce de la reine le permet, nous demanderions seulement la permission d'écrire aux survivants d'Alinor, pour voir s'il y en a qui ont survécu aux... dernières et lamentables hostilités. »

« A quelle fin ? »

« En rançon, ma reine, » répondit-il sans broncher. « Que ceux qui en ont les moyens puissent retrouver leur famille, après avoir payé une somme qui pourrait être acceptable à vos yeux. »

Tous les regards se tournèrent vers Tala, qui se tenait mains contre hanches et les lèvres pincées, réfléchissant.

« Il y a du mérite dans votre suggestion, » déclara lentement Tala en acquiesçant. « Et de telles décisions ne peuvent être prises du jour au lendemain. Mais là encore, » continua-t-elle rapidement alors que le visage de Girolamo se décomposait. « Un message ne peut atteindre l'Archipel du Couchant et en revenir du jour au lendemain non plus. »

Elle s'arrêta à nouveau, puis hocha la tête d'un geste décisif.

« Très bien, Girolamo. Demandez à ceux qui le souhaitent de rédiger des documents pour leurs amis ou leurs familles sur l'Archipel du Couchant et de les remettre à leurs surveillants dans un délai de quinze jours. Je m'assurerai, sur ma parole de souveraine, qu'ils seront amenés via un navire jusqu'au port du Domaine le plus proche. Lorsque les réponses et offres de rançon parviendront à Markarth, nous reparlerons. »

L'Altmer rayonna de bonheur, de soulagement et de joie alors qu'il s'inclinait profondément, en se prosternant, cette fois, totalement au sol.

« Merci, ma reine, » sanglota-t-il presque. « Pendant ce temps, vous trouverez bien plus de travailleurs motivés et loyaux, je le jure sur les Huit. »

Tala hocha la tête et fit un geste pour signifier au mer qu'il pouvait s'en aller. Il s'exécuta, partant à pas semi-rapides pour délivrer les bonnes nouvelles à ses compagnons expatriés.

« Vous avez bien fait, mon amour, » ronronna Sérana dans son oreille. « Bien que je me demande quelles auraient été les conséquences si vous n'aviez pas accédé à leur requête. »

« Les esclaves sont, au mieux, des travailleurs moyennement efficaces, » acquiesça Tala. « Un salarié accomplira le double du travail en une journée, car il est motivé à améliorer son sort en travaillant plus longtemps et mieux pour un salaire plus élevé. Les esclaves, en revanche, n'ont pas de telles motivations à aider leur propre maître à prospérer au détriment de leur liberté. Je leur donne juste… »

« De l'espoir, » sourit Dame Valérica. « Raviver le rêve qu'un jour, ils survivront à leur situation actuelle et pourront rentrer chez eux. »

Tala fut sur le point de répondre lorsque soudain, un cri surgit des sentinelles de la porte à moitié achevée et un râle aigu et perçant d'un hennissement de cheval fendit l'air. L'animal en question soufflait fort, la sueur s'écoulait en mousse blanche sur son corps, et son cavalier avait l'air tout aussi hagard. Il portait le bandeau rouge des coursiers et Tala fit un signe d'impatience pour qu'il soit autorisé à passer, puis se retourna et se dirigea vers la cour, rejoignant le Parjure à mi-chemin. Le garçon, car c'était certainement ce qu'il était, se balança sur ses pieds et mettre un genou à terre avait l'air un peu plus qu'un geste de profond respect.

« Haute-Mère, » s'écria-t-il, et il lui tendit un tube scellé avec ses deux mains, seul le plus léger frémissement trahissant son épuisement total. « Du Gardien Borkul ; il a dit de… il a dit qu'il se dirigerait vers le nord aussitôt qu'il pourrait rassembler ses forces. »

Tala toisa le tube contenant un message avec un sourire, car un unique cheveu noir était encore emprisonné dans la cire scellée. C'était un dispositif simple, pour sûr, mais suffisant pour montrer qu'aucune main n'avait altéré le message depuis qu'il avait quitté la main du grand Orque. Elle le libéra et tira le papier des confins du cylindre. Elle remarqua que l'écriture gribouillée sur la page n'était pas celle de Borkul, mais les mots furent suffisants pour lui envoyer un froid glaçant dans son échine :


La Garde de l'Aube se dirige en force vers la frontière des Vodahmin, défiant les ordres du Haut-Roi. Elle s'est subitement arrêtée et campe à l'extérieur de Morthal. La Jarl Idgrod la Jeune a refusé de joindre directement sa cause, mais lui a permis de recruter dans la Châtellerie d'Haafingar, et de nombreux guerriers ont rejoint ses rangs.

J'estime le nombre actuel à trois cent fantassins, soixante chevaux lourds, trente chevaux légers et quatre-vingts archers.

Force commandée directement par Isran le Bénis.

Raerek l'Exilé vu à la tête d'une compagnie, portant le sigil à la tête de bélier de la Vieille Markarth, en présence de Faleen Sombrelame. On pense qu'il est l'instigateur des mouvements soudains de la Garde de l'Aube.

La taverne est pleine de soldats disant que « l'Armée de l'Aube » a l'intention de recruter à Solitude, puis se dirigera dans les environs de Pondragon. On pense qu'elle vise le Nouveau Volkihar et les vampires restants du clan.

-L


Tala sourit malgré les graves nouvelles. Cette jeune fille, Laelette, avait visiblement été permise de retourner à sa famille et avait même été accueillie par ses voisins après avoir suivi le « traitement » de Falion contre son vampirisme. Depuis lors, elle était devenue une source inestimable d'informations sur Bordeciel en général, et sur Haafingar en particulier. Au cours des cinq dernières années, de nombreux individus avaient été « sauvés » des vampires et envoyaient maintenant un flux constant d'informations à l'Alliance des Vodahmin.

« Ton nom ? » demanda Tala au messager, revenant aux préoccupations de l'instant.

« Halfeth, fils de Hengist, ma reine, » répondit le garçon, qui s'ébranla légèrement de fierté.

« Tu as bien servi l'Alliance et ta reine, Helfeth, » dit Tala en lui souriant, ce qui le fit rougir. « Repose toi et ta monture. J'ai d'autres messagers pouvant porter les ordres du Gardien Borkul. »

« Entendre, c'est obéir, » répliqua le garçon en se levant. Tala acquiesça en signe d'approbation alors que le jeune homme s'emparait des reines de son destrier, le dirigeant vers les écuries. Un bon soldat s'assurait que son cheval était nourri et reposé avant d'en faire de même.

« Isran s'est apparemment lassé de la laisse du Haut-Roi, » expliqua-t-elle à voix basse à Sérana, passant la lettre à Vighar et Valérica. « Il a le soutien financier de Raerek et ils recrutent activement une armée. »

« Alors, c'est la guerre, » gronda doucement Vighar.

« Ne pouvons-nous pas en appeler à l'Enfant de dragon ? » demanda Valérica en fronçant les sourcils. « Le convaincre d'intervenir, peut-être même d'arrêter cette armée avant qu'elle n'atteigne la frontière ? Ils ne lèveraient sûrement pas la main contre leur propre Haut-Roi ? »

« Vue la situation et en lisant entre les lignes, » commença Sérana, regardant le papier. « Isran et Raerek sont vraisemblablement en train de recruter une armée de « chasseurs de vampires », plutôt que de se positionner comme envahisseurs de la Crevasse. De ce fait, le Roi Llewellyn ne peut strictement leur interdire de faire quoi que ce soit, à cause des lois anti-Daedra que l'Empire a édictées. Lui et les Jarls ne font rien pour les aider directement, mais ne font apparemment rien non plus pour directement les proscrire. »

« Pas si le Haut-Connard rend clair le fait qu'ils franchissent une frontière en tant que citoyens ordinaires, » rétorqua Tala, utilisant l'une de ses descriptions préférées du Haut-Roi de Bordeciel. « Il obtiendrait le meilleur des deux mondes : si nous les massacrons, alors nous l'aurons débarrassé de sujets gênants et belliqueux. S'ils parviennent en quelque sorte à s'emparer du Nouveau Volkihar, il ne va pas pleurer sur des vampires morts. »

« En plus, cela donnerait à Raerek un point d'appui à partir duquel lancer une attaque pour revendiquer le trône de son neveu à Markarth, » acquiesça Valérica. « Pauvre imbécile plein d'illusion. »

« C'est un imbécile avec de l'or et maintenant, une armée pour supporter ses délires, » répondit Tala. « Cela fait de lui un fou dangereux. Vighar ? »

« Je peux mobiliser mon clan en quelques jours, » répliqua le jarl d'autrefois. « Si ce sont des vampires que ces bâtards souhaitent combattre, alors, par Bal, ce sont des vampires qu'ils auront. J'enverrai aussi un message à Venarus Vulpin et à sa bande de Folpertuis. »

« Renvoyez des cavaliers à Icando et Kaie, à Markarth, » énuméra Tala à Skoberth, qui hocha la tête d'approbation aux suggestions du Seigneur de la Ville Souterraine. « Et envoyez un corbeau à Orsinium. Burguk recherche toujours une opportunité pour se battre. »

La forteresse à moitié achevée redoubla d'activité tandis que les messagers sellaient leurs montures et que les guerriers se précipitaient pour s'emparer de leur équipement.

« Sérana, j'ai besoin de vous au Saut de Bruca, » poursuivit Tala. « Faites en sorte que tout soit prêt pour notre arrivée. J'ordonne à tout le monde de se rassembler là-bas, cela sera notre camp principal. Une fois fait, nous serons en position de nous déplacer en réponse à quoi que tente la Garde de l'Aube. »

« Cela sera fait… ma reine, » répondit Sérana, volant un rapide baiser à son amante avant de retourner dans ses propres quartiers pour se préparer. Tala observa l'effervescence autours d'elle, sentant une main aller vers la Rose, gardée constamment au bas de son dos.

« Alors… cinq années de paix et de préparation, » dit-elle doucement, ses mots perdus dans la cacophonie. « C'était bien pour ce que ça a duré, mais ça se termine ainsi... »

« Ça n'est pas une fin, ma petite Tala, » ajouta Potéma, son sourire de louve grandissant sur le visage de son hôte. « C'est un glorieux commencement à la prochaine phase de nos plans… »


*DONJON DU DRAGON*

HELGEN

BORDECIEL

« Nous avons franchi la frontière à la faveur de l'obscurité, et nous sommes dirigés ici. »

Tullius regarda, de l'autre côté de la table, Llewellyn Né-Dragon, le Haut-Roi de Bordeciel, qui toisait intensément la couronne sur celle-ci. La Couronne d'Os qu'il portait déjà contrastait fortement avec la couronne d'or Impériale. L'une était un heaume de guerre, l'autre un symbole criard d'autorité. Il s'approcha lentement et jeta un parchemin sur la table à côté de lui. Tullius lança un regard interrogatif à Llewellyn avant de se rapprocher pour le prendre.

« C'est un ordre Impérial de « l'Empereur » Tiberius I, demandant que je lui remette vous et la couronne, pour un procès, » expliqua calmement l'Enfant de dragon à son officier supérieur d'autrefois. « Apparemment, si je m'exécute, il me permettra de rester Haut-Roi de Bordeciel. »

« Qu'est-ce que c'est généreux de sa part, » se moqua Tullius alors qu'il lisait le langage fleuri voilant la menace sous-jacente. « Et quelle est votre réponse ? »

« Je n'ai envoyé aucune réponse, » répondit Llewellyn. « Ce qui est, bien sûr, une réponse en soit. »

Esbern se repoussa de la table. « Je comprends donc, » soupira le vieil homme. « Que vous avez l'intention de combattre ce… Tiberius Mede. »

« -Mede, » souffla Tullius. « Le fait que sa mère ait été suffisamment irresponsable pour tomber enceinte ne fait pas de lui l'héritier de son père. »

« J'ai été trouvé dans un orphelinat à Faillaise, Tullius, » s'insurgea Llewellyn. « Je n'ai pas une once de sang royal dans mes veines et pourtant, vous semblez Obliviobstiner à faire de moi un Empereur. »

« Le fait que vous soyez Enfant de dragon montre clairement que vous êtes, en quelque sorte, un descendant de la dynastie Septim, Majesté, » déclara rapidement Esbern.

Lewis Heron, de Dallas, au Texas, ne donna au Commandant des Lames qu'un sourire désabusé.

« Peut-être, » fut tout ce qu'il dit à haute voix. « Mais le fait est que je n'ai jamais voulu du Trône de Rubis. Mais je serai damné avant que je ne livre l'un de mes plus vieux et plus chers amis à un salaud qui se prend pour la réincarnation de Tiber Septim. »

« Alors nous devons passer en revue nos défenses, » intervint la Générale Rikke, acquiesçant à son ancien commandant depuis l'autre bout de la table. « La 9ème Légion est en garnison à Bruma. Je connais leurs officiers, je connais leurs commandants. Qu'Arkay me prenne, je connais même leurs latrines. Je sais qu'ils se joindront à nous. »

« Ecrivez-leur donc immédiatement, Rikke, » dit Llewellyn en hochant la tête. « La 9ème et la 12ème avec nous, nous aurons un bon noyau autour duquel bâtir une armée. »

« Envoyez également un message au Roi Lleril Morvayn en Morrowind, père, » ajouta le Prince Alesan. Son père adoptif avait commencé à l'inclure de plus en plus dans les réunions du Conseil, et il était déterminé à ne pas y rester silencieux. « Il vous est redevable, pas seulement pour sa propre vie et sa peau, mais vous avez défendu leur droit spécial de vénérer Boéthia, Méphala et Azura. Il vous soutiendra, sans aucun doute. »

« Il est peut-être plus préoccupé par les Argoniens que de venir à l'ouest pour nous aider, » déclara sinistrement Sarai Gellarus. « Les vestiges du Domaine soutiendront Tiberius, car ils penseront qu'il sera plus simple à manipuler et contrôler. »

« Et ils auront raison, » approuva Tullius les préoccupations de l'Archi-Mage. « En ce moment, je n'ai aucun doute sur le fait qu'il a troqué le Val-Boisé Nord et Anequina en retour de leur soutien. Ou peut-être qu'il donnera à Fort-Rivière et au Haut-Chef Baajirra la réaffirmation de leur indépendance et obtiendra également leur soutien. »

« Galas ne se mettra jamais du côté de quelqu'un qui a le soutien du Domaine, » dit Sarai en secouant la tête. « Mais je ne sais pas pour Baajirra. Si le Val-Boisé Nord est cerné et menacé de toute part, je suppose que Galas n'aurait pas le choix. »

« La liste de nos alliés s'amenuise, » rit jaune Llewellyn, et Sarai Gellarus partagea son amusement à la référence que seuls eux pourrait comprendre.

« Il y a… un autre pouvoir que nous pourrions interpeller, » déclara la Commandant Delphine, parlant pour la première fois. Seul un regard fugace entre eux fut suffisant à Llewellyn pour comprendre ce qu'elle voulait dire.

« Elle ne sera jamais d'accord, » objecta Sarai. « Surtout si vous n'arrêtez pas l'invasion d'Isran sur ses terres et les attaques sur ses vassaux. »

« Nous avons peu de choix, » répondit Llewellyn, presque amèrement. « Sans l'Alliance, nous sommes en infériorité numérique. Si le Marais Noir rejoint Tiberius, et Kelan-Tel a toute les indications et les raisons de le faire, alors il marchera vers le nord jusqu'en Morrowind, qui n'est pas assez puissante pour les arrêter seul, surtout si les Argoniens sont unis aux forces d'Elsweyr. »

Llewellyn soupira alors qu'il bougeait d'autres pièces sur la carte de Tamriel déroulée sur la table.

« Cela signifie que je dois disperser des forces pour les aider, ce qui me laisse seul face aux pouvoirs combinés du Val-Boisé, de Cyrodiil, et de l'Archipel du Couchant. »

« Morvayn serait capable de ralentir les Argoniens avec l'aide des Grandes Maisons Dunmers, » contra Rikke, mais son expression n'était pas optimiste. « Il perdra du terrain, certainement, mais les lézards commenceront à ressentir la pression s'il bat en retraite dans les Terres de cendres. »

Elle désigna une zone de Morrowind dévastée par l'éruption du Mont Écarlate il y avait de cela plus de deux cents ans, et encore recouverte de cendre plus épaisses que bien des congères de Bordeciel. Dans les deux siècles après l'Année Écarlate, les Dunmers de Morrowind s'étaient vaillamment adaptés à la désolation de leur patrie, mais ils commençaient tout juste à retrouver un semblant de normalité et de prospérité. Leur demander d'abandonner le territoire sur lequel eux et leurs ancêtres avaient versé du sang, de la sueur et des larmes pour s'y réinstaller…

Non.

« Je n'abandonnerai pas mes alliés à la rapine et à la ruine, » dit Llewellyn Né-Dragon en secouant la tête de manière décisive. Il leva les yeux vers la femme qui avait été son amante depuis qu'elle avait atterri dans ce plan de l'existence… Par Shor et Ysgramor, cela fait maintenant presque quinze ans ?

« Que cela vous plaise ou non, nous avons besoin de Tala Niwot et de son Alliance des Vodahmin. »

Sarai Gellarus baissa son regard et manipula d'un air absent une icône sur la frontière la plus au nord de Bordeciel.

« Et la seule chose qui pourrait empêcher la possibilité d'une telle alliance est Isran et son « Armée de l'Aube ». »


L'intrigue se précise.

Dans le jeu de la politique et des trônes, il y a bien peu de « gentils » et de « méchants ». Dans n'importe quel jeu vidéo ou film, « l'Armée de l'Aube » d'Isran serait les « gentils » libérant les esclaves de leurs maîtres vampiriques.

Dans la vraie vie, en revanche, c'est rarement aussi simple. Et parfois, dans le cas de notre cher Lewis, les « méchants » sont exactement ce qu'il lui faut.

Merci d'avoir lu et à la prochaine !

Nephariel

Cette fanfiction appartient à Tusken1602.