*CAMPEMENT DE L'ARMEE DE LA GARDE DE L'AUBE*
LA CREVASSE
BORDECIEL
Les tambours dans les sous-bois furent la première indication pour la Garde de l'Aube rassemblée que les Vodahmin se trouvaient dans les environs. Les bruits sourds résonnaient dans l'obscurité quasi totale du petit matin et pouvaient être ressentis au plus profond de la poitrine de chaque personne présente.
« Formez les rangs ! » rugit Isran, saisissant son marteau de guerre. « Bougez, bande d'ordures ! »
Des mains frénétiques fixèrent les armures autour de leurs épaules et les casques sur leurs têtes. Puis, ils sprintèrent jusqu'aux remparts de terre et de bois qu'ils avaient érigés autour du camp.
« Durak, vous et Ingjard commanderez à la porte. Sorine, Celann, » énuméra Isran. « Aux archers dans les tours. »
Des tours en bois avaient été bâties tous les trente mètres, accordant à leurs archers une vue d'ensemble des terres défrichées autour d'eux. De même, des mages avaient envoyé de multiples orbes de lumières, illuminant la plaine dans toutes les directions. Isran serra ses poings, ses yeux scannant la ligne d'arbres lointaine éclairée dans l'obscurité.
« Allez, espèces de tas de merde suceurs de sang, » grogna-t-il. « Venez ! »
Tala regardait de son point d'observation la structure impressionnante qui avait été construite en quelques jours. Les lumières flottant autour d'elle ressemblaient à des lucioles autour d'un hérisson.
« Oh, Isran, » gloussa-t-elle en secouant sa tête. « Toujours à bâtir des forts où que tu ailles. »
Elle se retourna vers le groupe se tenant juste derrière elle.
« Ordonnez à la première vague de commencer. »
Le grand Minotaure grogna et arracha sa hache de son dos.
« Et Belhar ? »
Il s'arrêta et se tourna avec curiosité.
« Je n'ai pas d'intérêt à avoir des prisonniers aujourd'hui, » gronda Potéma. « Passez le mot : tuez les tous. »
Le Minotaure et le groupe de gardes du corps sourirent aux ordres d'un air dangereux.
« Borkul ? »
« Tout est prêt, ma Reine, » acquiesça la Bête. « Movarth, Vighar et Dame Valérica sont en position. »
« Très bien, » dit Tala en hochant la tête. « Déplacez vos phalanx vers l'avant, en soutien. Souvenez-vous : attendez qu'ils viennent à nous. »
La réponse de l'orque fut perdue dans le fracas du sous-bois écrasés et des trompettes. Six mammouths émergèrent dans la clairière, hurlant leur mécontentement envers le monde. Cependant, plutôt que de charger en avant, ils se déplacèrent vers la droite, entamant une trajectoire circulaire autour du fort. Les balistes en bois au sommet des plateformes se tournèrent ensuite vers la gauche, amenant leurs armes au point. Six projectiles fendirent l'air, les jars en céramique frappant le bois, et les flammes bleues explosèrent dans toutes les directions.
Les Riekelins qui contrôlaient les balistes applaudirent à cette vue, jacassant entre eux avec joie. Illuminé par les sorts de leurs propres mages, le fort constituait une cible facile pour leurs tirs, tandis que les mammouths, aussi grands soient-ils, étaient encore enveloppés dans l'obscurité du petit matin.
« Gros boom-boom ! » croassa la Cheffe Hexahedra. « Tortueux piège ! »
De petites mains firent tourner la manivelle, de multiples rouages se mettant en route pour recharger l'arme géante. Deux, trois, quatre salves tirèrent et les créatures massives furent hors de portée de tout ce qui se trouvait dans le fort. Soudain, la double-porte du fort en bois s'ouvrit, et de sombres silhouettes commencèrent à courir vers l'avant.
Les trolls entraînés de Gunmar s'élancèrent, rugissant avec défiance. Les bêtes, pour la plupart du temps stupides, étaient en armure de la tête aux pieds, rendant ces créatures habituellement redoutables encore plus mortelles.
« Quels malins petits salauds, » déclara Tala en secouant la tête, puis elle se pencha en arrière pour donner un ordre. « Envoyez Maddrad et ses fils. »
Trois géants quittèrent les bois par le même endroit que les mammouths. Plutôt que les battes de pierre que leur peuple portait en général, ces trois-là avaient des arcs recourbés et visaient les silhouettes blindées qui s'avançaient. Des flèches de deux mètres fendirent l'air, les géants étant des chasseurs expérimentés. Les flèches plantèrent les trolls sur place, qui se tordirent comme des insectes piégés dans une toile d'araignée.
« Isran ! » s'exclama Gunmar alors que la flèche d'un géant siffla au-dessus de la tête de ceux qui se trouvaient sur les remparts. « Nous devons faire quelque chose ! Maintenant ! »
Isran grinça des dents, puis acquiesça en réponse.
« A MOI ! » hurla-t-il en s'emparant d'un large bouclier circulaire. « MUR DE BOUCLIER ! »
La Garde de l'Aube forma des rangs autour de leur leader, chacun d'entre eux couvrant de son bouclier son voisin des cuisses au cou. Avec des brigandines plaquées de fer et des casques lourds, cela donna à leurs rangs un élan important pour la charge.
Sur ordre d'Isran, les portes en bois massives s'ouvrirent en grand, et de nombreuses colonnes de silhouettes lourdement protégées se dirigèrent vers la ligne d'arbres. Des volées de flèches gémirent à travers la lumière de l'aube tout juste naissante. Ceux derrière le premier rang projetèrent leurs boucliers sur le rang de devant, imitant la célèbre « formation tortue » de la Légion impériale. Comme en réponse, des colonnes sombres de troupes se dirigèrent vers eux pour les rencontrer, de larges boucliers levés. Ceux-là étaient vêtus de l'armure rouge sang hérissée de pointes du Clan du Trône Sanglant, les troupes de la maison du Seigneur des Souterrains, Vighar.
« Voilà quelque chose pour vos piquiers, Reine-Pute, » marmonna Isran. « Tous ensemble maintenant… Tirez ! »
Le premier rang de la Garde de l'Aube s'agenouilla, et leurs arbalétriers, en arrière, levèrent leurs armes. Elles tonnèrent, envoyant la mort ; les armes à levier d'action de la Garde de l'Aube ne pouvaient pas faire le poids face à la puissance de feu des Arbalètes Dwemers, mais elles étaient capables de bien plus. Des carreaux volèrent vers l'avant et jaillirent dans les points faibles des armures des deux camps, mais les trous dans les rangs se comblèrent instantanément par ceux qui étaient derrière. Les deux murs de boucliers restèrent stables alors qu'ils se rapprochaient les uns des autres, des mages derrière chacune des lignes, les protégeant des sorts de Drainage et de Feu Solaire de leurs adversaires.
« STENDARR ! » survint le cri de guerre de la Garde de l'Aube tandis qu'ils chargeaient vers l'avant pour entrer en collision avec les guerriers du Clan du Trône Sanglant.
« TA-LA, TA-LA ! » surgit en réponse. La bataille avait été engagée.
« Juste à temps, » rit Tala en regardant. « Sarisses ! »
Teyrn'garwch chargea un sort, envoyant une boule de feu haut dans la lumière encore faible de l'aube naissante. Dans un ordre parfait, les guerriers du clan du Trône Sanglant se désengagèrent du combat, se tournant pour rebrousser chemin et ne laissant qu'un mince mur de boucliers entre eux et les arbalètes de la Garde de l'Aube.
Mais avant qu'ils ne puissent prendre l'avantage, d'autres rangs des Vodahmin s'élancèrent, portant des perches beaucoup plus longues, de cinq mètres. Ils pressèrent le pas, et les sorts destinés à nuire aux morts-vivants ne servirent à rien contre les rangs bien vivants des Vodahmin. Alors qu'ils avançaient, un chant survint, augmentant de hauteur et de volume à chaque pas :
Nous sommes la pointe !
Nous sommes le tranchant !
Nous sommes les loups que Potéma a nourris !
Nous sommes le tenon !
Nous sommes la hampe !
Nous sommes les flèches que les Daedra lancent !
Pas à pas, les rangs de la Garde de l'Aube furent forcés de reculer. Nombre d'entre eux se mirent à quatre pattes, essayant de ramper en-dessous de la haie infernale de pointes de lance devant eux. Mais le fait était qu'avec les lances les plus longues, les cinq premiers rangs des Vodahmin pouvaient porter leurs longues piques, présentant cinq rangs séparés de pointes de lance impossibles à pénétrer.
Une corne sonna dans les rangs de la Garde de l'Aube, et ils se séparèrent légèrement. Des chiens de guerre, vêtus d'une armure rudimentaire mais efficace, se précipitèrent sous la haie de lances pour mordre et briser les chevilles exposées. La première ligne des Vodahmin commença à vaciller.
Au même instant crucial, un grand groupe de cavaliers débarqua du fort en terre. Tala siffla entre ses dents tandis qu'elle les voyait se diriger vers le flanc droit de son armée. Elle avait espéré qu'ils n'auraient pu identifier les points faibles de sa formation si rapidement.
« C'est une honte lorsque l'ennemi, ce chien sale, ne fait pas ce que tu veux qu'il fasse, » lança Potéma avec sarcasme. « On pourrait même dire que c'est pour ça qu'on l'appelle « l'ennemi ». »
« Ferme-la. »
Tala effectua un autre mouvement, et deux boules de feu partirent dans le ciel.
« Quelle est cette nouvelle diablerie ? » se demanda Raerek l'Exilé à voix haute, observant le signal Vodahmin aisément remarquable survenir de la colline à l'horizon. « Que faites-vous, Reine-Pute ? »
Comme en réponse à sa question, un son de trompette put être entendu même au-dessus des percussions des sabots de la cavalerie.
Des mammouths.
La tête de Raerek se tourna pour voir la demi-douzaine de bêtes leur foncer dessus par l'arrière. Après avoir neutralisé leurs cibles initiales, les bêtes s'éloignèrent à nouveau dans la forêt, disparaissant de leur vue et, apparemment, de leur mémoire.
« A gauche ! » cria-t-il, pointant de son épée la menace à venir. « A gau… »
Raerek l'Exilé mourra sans même un gémissement lorsque l'énorme carreau de la baliste les fit basculer en arrière, lui et sa monture, sous la force de l'impact. Eparpillé par le tir, la charge désorganisée de la cavalerie fut déchiquetée par l'impact des pachydermes, de grandes pointes ayant été attachées aux défenses incurvées déjà redoutables des mammouths. Ceux qui avaient survécu se retrouvèrent à devoir faire face à une ligne de géants en armure, ceux-ci armés de leurs battes de pierre signature, qui se balancèrent mortellement de manière coordonnée, comme une ligne de moissonneurs faisant tourner des faux dans un champ de blé.
« ARKAY ! » hurla Florentius Baenius, invoquant un grand sort de « Bannissement de Vampire » qui explosa inutilement contre un ennemi sous l'effet d'un autre sort. « Poussez vers l'avant, mes frères ! Poussez… »
La pointe d'une sarisse l'agrippa dans la hanche, la force de la longue et fine arme perçant la brigantine d'acier et de cuire. Baenius trébucha, puis une autre lance le toucha au cou, étouffant quelconque derniers mots qu'il aurait pu avoir.
« Avec moi ! Avec moi ! » appela Gunmar, une main tenant l'étendard au Soleil Brûlant de la Garde de l'Aube. Sa section du rang se détacha, se déplaçant vers la gauche pour déborder les rangs serrés des Vodahmin. « PRENEZ-LES SUR LE COTE ! »
Dans l'herbe haute, de grande silhouette se levèrent d'où elles étaient apparemment allongées sur le ventre jusqu'à présent. Elles étaient nues et dépourvues de toute arme… ou d'armure d'ailleurs, à l'exception des manteaux tachetés qui avaient aidé à les dissimuler.
Par Stendarr, que se passe-t-il ? s'interrogea Gunmar, et une horrible réalisation le frappa.
« Serrez les rangs ! » cria-t-il aux hommes courant en formation libre vers les silhouettes éparpillées. Ils s'arrêtèrent alors qu'ils voyaient chacun des personnages rejeter leur tête en arrière, se débarrassant à la fois de leurs capes de guerre et de leurs formes humaines. Des loups et ours-garou vinrent au galop et il y eut un terrible son de griffes et de crocs aiguisé crissant contre l'acier…
Pris par le flanc gauche par la Meute de Chasse, la pression des sarisses à l'avant, des mammouths et géants à l'arrière, les rangs de la Garde de l'Aube commencèrent à faiblir, puis à se briser. Alors que les silhouettes lourdement armées rompirent les rangs, celles plus légèrement protégées des vampires du Sanglant s'élancèrent pour les poursuivre.
« Envoyez les autres, » déclara Tala, sa voix devenant un peu plus sinistre. « Finissez-les. »
De l'extrême gauche du champ de bataille, les cavaliers et centaures survinrent, empêchant les personnages en fuite de retourner dans le fort en terre et les forçant à se diriger vers la droite. C'était une longue course sur un terrain ouvert... et à partir de là, il ne pouvait y avoir qu'une seule issue.
Sorine Jurard rechargea son arbalète, souriant faiblement tandis qu'elle voyait un Vodahmin trébucher et tomber. Elle enjamba les corps de Mogrul et Durak, les deux orques avaient donné leur vie en la défendant des lames et carreaux d'Arbalète Dwemer. La bataille était perdue ; même les plus inexpérimentées des nouvelles recrues pourraient le voir. Cela avait mal tourné : ils n'auraient jamais dû quitter les fortifications.
Mais alors, ils auraient pu les bombarder avec leurs engins de siège jusqu'à que la moitié d'entre nous soit morte, contra son esprit.
A présent, l'armure lourde qui était supposée les aider à surpasser celle plus légère des unités vampiriques les alourdissaient, faisant d'eux des cibles plus faciles pour leurs rapides poursuivants. Elle n'avait pas vu Isran depuis la dernière charge des Vodahmin, mais elle avait vu Celann tomber, avec une demi-douzaine de carreaux dans le corps. A ses côtés, Agmaer tournoyait ses doubles haches, dégageant un passage vers l'avant.
Nous pouvons encore le faire, traça son esprit. Pondragon n'est qu'à huit kilomètres. Si nous parvenions à traverser le pont…
Une grande silhouette, large d'épaules avec des cornes de chaque côté du front, jaillit des broussailles devant eux
Un Minotaure.
Agmaer rugit de défiance et s'élança pour l'attaquer. Mais le Minotaure sembla presque l'ignorer en faveur de Sorine, qui enclenchait le levier d'action de son arbalète. Elle chercha un autre carreau quand quelque chose la frappa en pleine poitrine. Elle tomba, et tout eut l'air… froid. La hache lancée dans sa poitrine avait réussi à mordre profondément dans son armure.
Côtes… sternum… probablement mes poumons, aussi, l'informa calmement et de manière factuelle une partie de son cerveau. Tout sembla lourd… mais il n'y avait pas de douleur.
C'est le choc.
Puis, le Minotaure géant la surplomba soudainement, grimaça, et retira une hache de sa propre épaule.
La hache d'Agmaer…
La créature massive s'agenouilla lentement à côté d'elle, plaçant une grande main sous sa tête, et mettant l'autre dans le bas de son dos. Le geste était presque délicat, et sa tête se pencha sur le côté, la regardant. Sorine porta son regard sur la hache qui l'avait presque coupée en deux, puis acquiesça à la silhouette au-dessus d'elle.
Le coup de grâce acheva sa vie rapidement et sans douleur.
Tala se détourna de la silhouette de Raerek l'Exilé, cloué sur le corps de son cheval. Le soleil submergeant à présent les montagnes distantes, la lumière montrait l'expression figée sur son visage, un mélange de surprise et d'incrédulité.
« Libérez-le, » ordonna-t-elle. « Emmenez le corps du côté de Pondragon et pendez-le bien haut, que tout le monde le voit. »
Elle poursuivit son chemin à travers le champ de bataille, recherchant d'autres visages et silhouettes.
« Est-ce que quelqu'un a trouvé Isran ? » demanda-t-elle.
« Pas encore, ma reine, » répondit Skoberth Chant-Noir.
« Alors que cela soit fait maintenant, » gronda Potéma. « Son corps est celui que les Nordiques doivent voir le plus. »
« REINE TALA ! » surgit un cri de Movarth Piquine. « PAR ICI ! »
Le groupe autour de la reine se précipita vers où le Gardien du Sud se tenait. A ses côtés gisait un autre corps, celui d'un cheval. Mais ce qui était important fut celle qui était étendue en-dessous de l'animal.
« Faleen Sombrelame, » dit Tala à la Rougegarde en guise de salutation. « Alors… on y vient, finalement. »
« Vous… avez peut-être… triomphé aujourd'hui… » survint les râles rauques de la femme mourante qui avait autrefois été l'huscarl du Jarl Igmund de Markarth. « Mais… un jour… vous échouerez. »
« C'est possible, » acquiesça sobrement Tala en signe d'assentiment. « Les dieux sont, par nature, indifférents aux affaires de leur création, et les bénédictions des Daedra sont certainement versatiles. Cela pourrait être vrai, en effet. »
Tala Niwot dégaina la Dague de Prêtre-Dragon que Lydia de Blancherive lui avait donnée… il y avait si longtemps à présent, lorsqu'elle était tout juste arrivée dans ce royaume.
« Mais pas aujourd'hui. »
Elle s'arrêta, seulement pour un instant.
« Je vous enterrerai aux côtés de votre jarl et seigneur, que vous avez si bien servi. »
La haine sombre qui brûlait dans chacun des yeux de la femme s'estompa en quelque sorte, et un éclat de respect mutuel passa dans ceux-ci. Puis, la dague bougea en un éclair, et le dernier vestige de la Maison de Markarth périt sur le champ de bataille.
Donc… les plans d'Isran pour la Garde de l'Aube reformée sont morts avec lui… ou pas ? Mais l'espoir d'un nouveau Jarl Nordique de Markarth est certainement écrasé sous le talon d'une véritable coalition. Maintenant, Tala est libre de partir pour le sud, vers Lenclume et la frontière de l'Alliance des Vodahmin partagée avec Cyrodiil.
Ce chapitre était une expérimentation amusante d'affrontement de différentes tactiques et unités, une sorte de Croisés vs. Macédoniens Antiques.
Comme vous aurez pu le remarquer, le rythme de publication risque de ralentir dû à mes études. Mais j'espère que vous avez toujours autant de plaisir à lire cette histoire !
A plus !
Nephariel
Cette fanfiction appartient à Tusken1602.
