*GARLAS MALATAR*
NORD D'ANVIL
CYRODIIL
La lumière des lunes illuminait les ruines Ayléides. Paradoxalement, cela posait un problème bien différent : elle ruinait la nyctalopie des Altmers qui attendaient dans les ombres en retenant leur souffle. Aldnaro concentra son regard, tentant de découper les ombres noires créées par les pleines lunes jumelles. C'était une occasion suffisamment rare, que Masser et Secunda soient toutes les deux pleines, et la lumière qui les enveloppait n'était qu'à peine plus faible qu'en plein jour. Mais une telle lumière pouvait aussi vous jouer des tours : si vous fixiez un buisson assez longtemps, vous pourriez jurer, par les Huit Divins, qu'il se mouvait vers vous, jusqu'à ce que vous leviez votre arc et le transperciez d'une flèche, avant d'être réprimandé par votre officier supérieur pour avoir trahi votre position. Mais même ainsi, Aldnaro était sûr que...
Sa main droite vacilla et un orbe brillant de lumière s'anima, lancé dans une des zones plus en avant complètement obscurcie par l'ombre. La lumière relativement forte révéla soudain plusieurs formes accroupies, dont certaines seulement étaient humanoïdes. Les soldats Altmers se levèrent d'un bond de leurs cachettes, armes levées. Aucun cri de guerre ne fendit l'air, et pas plus que les ordres effrayants des officiers. Durant quelques instants de tension, le seul son qui pouvait être entendu était celui du grincement d'un arc entièrement dégainé et le râle sourd des armes que l'on sortait lentement des fourreaux. Puis, une silhouette fine à la tête du groupe découvert abaissa sa capuche, et Aldnaro plongea son regard dans des yeux aussi verts que les siens.
« Vous devez être Aldnaro, Haut-Chanoine du Domaine Aldmeri, » dit lentement la femme. Ce fut plus une déclaration qu'une question, et la voix qui s'était adressée à lui irradiait d'autorité et de gravité.
« Et vous devez être Tala Niwot, Reine et Haute-Mère des Vodahmin, » répondit Aldnaro de la même manière. De toute la campagne (ou plutôt, de la retraite frénétique et brouillonne) sur l'Archipel du Couchant, il n'avait jamais vu la Reine-Sorcière en personne. Il avait lu les rapports de ses espions et même aperçu les croquis remarquablement fidèles qui avaient été faits de son portrait, mais quand même, il s'était en quelque sorte attendu à ce que la femme qui avait ébranlé le continent de Tamriel entier jusqu'à son cœur soit plus… grande.
Ses yeux parcoururent également sa silhouette, faisant sans doute les mêmes jugements rapides et involontaires que tous les combattants et guerriers effectuaient lorsqu'ils se rencontraient. Les longs instants de tension s'étirèrent en minutes, aucun des partis ne bougeant ou parlant, jusqu'à que, finalement, la Reine des Vodahmin prenne la parole :
« Est-ce que tout est prêt ? »
Aldnaro acquiesça et fit un geste de sa main gauche. Les armes des deux côtés se baissèrent lentement et presque à contrecœur.
« Tiberius a presque dépouillé les garnisons côtières de leurs troupes loyales et a permis au Domaine de combler la différence d'effectifs, » poursuivit Aldnaro. « Il semblerait que l'essentiel de ses forces se préparent à envahir Bordeciel sous peu. »
Tala Niwot ne répondit pas, mais effectua un geste de sa main libre. Un Minotaure grommela dans son dialecte incompréhensible puis en quelques instants, une torche fut dans sa main, et il se déplaça vers un brasero de bronze dans les ruines. Elevant la torche, l'huile contenue dans le fanal s'enflamma, faisant grimacer ceux qui se trouvaient à proximité, leurs yeux devant s'adapter à cette nouvelle source de lumière.
Sur l'océan, à une distance presque impossible à percevoir, d'autres signaux lumineux s'allumèrent en réponse : une longue rangée de points à peine discernables. De même, le long de la côte, on pouvait voir des feux lointains prendre vie, jusqu'à la ville voisine d'Anvil.
« Ma fille ? » Aldnaro força sa voix à être posée, la dépouillant des émotions brutes qui se trouvaient juste sous la surface.
Tala effectua un geste, et une jeune femme fut poussée en avant, ligotée aux poignets et bâillonnée. Le centaure qui tenait la corde attachée autour de son cou fit deux mouvements rapides, et les liens se rompirent sous la lame tranchante et incurvée.
« PERE ? »
Aldnaro acquiesça, sentant les larmes couler malgré tous ses efforts.
« Eriserane. »
Sa voix se brisa, et la jeune femme bondit et l'étreignit.
« PERE ! »
Le reste du contingent Altmer détourna consciencieusement son regard des retrouvailles déchirantes, donnant à son Haut-Chanoine autant d'intimité que le moment le permettait. Après un instant, cependant, la silhouette élancée de la dirigeante des Vodahmin s'avança d'un pas.
« Le reste des captifs sera relâché lorsque la Cité Impériale sera tombée. » La voix était calme et posée, dépourvue de toute moquerie ou exultation. « Vous pouvez questionner votre fille, elle vous dira qu'ils sont tous encore en vie… et préservé. »
Avec un effort de volonté, Aldnaro se ressaisit et se leva. Toutefois, ce fut sa seconde, Loriann, qui parla ensuite.
« Comment pourrions nous savoir que vous tiendrez parole ? » Il y avait une incrédulité compréhensible et de la colère dans le ton de sa voix, et Aldnaro émit un sifflement entre ses dents pour faire taire toutes questions ou (plutôt) insultes qui s'échapperaient de la plus jeune Altmer.
« Vous ne le pouvez, » déclara la Reine Tala en haussant les épaules, et il y avait à présent un brin de malveillance dans le sourire sur son visage. « Mais vous savez que si vous ne faites pas ce que je dis, même si vous réussissez à tuer toute mon armée qui débarque sur les côtes de Cyrodiil aujourd'hui, vous n'arriverez jamais à Markarth avant que tous les otages ne meurent d'une mort très lente et très douloureuse. »
Il y eut une agitation des deux côtés : l'horreur parmi les Hauts-Elfes, et un éclat d'amusement dans l'Alliance.
« Et croyez-moi, » sourit une femme aux yeux rouges aux côtés de sa reine. « Les vampires peuvent être incroyablement créatifs lorsqu'il s'agit de cela. »
Aldnaro força sa main à s'éloigner du fourreau de son épée et la serra en poing à la place.
« Y a-t-il des changements dans le plan, alors ? » demanda-t-il entre des dents serrées.
Tala secoua la tête
« Que vos troupes du Val-Boisé se dirigent vers Kvatch et Skingrad. Je n'ai pas besoin que vous preniez ces cités, je veux juste que des soldats soient là pour un siège. Mon armée marchera directement en direction de la Cité Impériale. »
Aldnaro hocha la tête, reconnaissant de l'opportunité de détourner son esprit vers les manœuvres et tactiques militaires.
« Même si vous prenez la Cité Impériale, » déclara-t-il lentement, tentant à nouveau de contenir ses émotions dans sa voix. « Cela ne vous fera pas Impératrice. Et il y a encore des garnisons Impériales à Chorrol et Bruma sur votre chemin, sans parler de l'armée principale de Tiberius. »
« Evidemment que cela ne fera pas de moi Impératrice, » acquiesça Tala, choquant le Haut-Chanoine de par la franchise de son aveu. « Mais ça me donnera le contrôle de la Cité Impériale, la plaque tournante de près de tous les voyages et commerces de Tamriel. Coopérez, et vous aurez un Val-Boisé resécurisé, et possiblement plus de territoire Impérial à ajouter à votre Domaine en reconstruction. »
Il y eut une pause, puis un frisson distinct pénétra le ton jusque-là neutre de la Haute-Mère des Vodahmin.
« Ou vous pouvez nous trahir et expliquer au reste de vos nobles pourquoi votre fille est revenue saine et sauve, seulement pour que vous condamniez le reste à la mort. »
Aldnaro tressaillit involontairement. Ça serait le coup de grâce au respect et à l'autorité qu'il détenait encore au sein du Domaine. Techniquement parlant, le Haut-Chanoine répondait toujours au Conseil Thalmor. Le fait que la plupart de ses membres étaient morts avait rendu cela plutôt caduque, et il avait dirigé durant ces dernières années depuis une base « d'urgence » et « provisoire ». La majorité d'entre eux étaient particulièrement (et compréhensiblement) furieux de devoir travailler aux côtés des mêmes personnes qui avaient ravagé leurs terres et humilié leurs armées. Mais chacun d'entre eux avaient aussi des parents et êtres aimés dans les fosses à esclaves des Vodahmin et étaient prêts à tout pour les récupérer. Trahir leurs ennemis de longue date de Cyrodiil semblait être un bien maigre prix à payer pour leur retour sain et sauf.
Le Haut-Chanoine ravala les mots qu'il s'apprêtait à prononcer et opta plutôt pour un hochement de tête silencieux avant de faire signe à ses hommes. Prenant sa fille par le bras, il la guida doucement vers les bateaux qui les avaient amenés ici. Alors qu'ils approchaient le bord de l'eau, il vit davantage de grands incendies au loin.
Anvil brûle.
Les troupes du Domaine qui s'y trouvaient avaient pour mission de sécuriser les forts côtiers et de faire tomber la grande chaîne tendue à travers le port. S'ils y étaient parvenus, alors la flotte des Vodahmin serait à présent appareillée à la grande ville, avec la guerre, le feu, et un carnage dans leurs mains.
« Auri-El, Julianos, Stendarr, guidez mes mains, » pria silencieusement le Haut-Chanoine. « Si la Reine-Sorcière tient sa parole, alors j'aurai délivré une portion significative de mon peuple de leurs chaines et de l'esclavage. »
Et si elle ne le fait pas, résonna un petit recoin de son esprit, alors j'aurai livré Tamriel entre les mains d'une femme folle, guidant une armée de prédateurs qui dévorera le monde.
*TEMPLE D'ILIATH*
PERIPHERIE DE LA LANDE DE KRAGEN
MORROWIND
« Nous sommes proches de la ville à présent. » Sarai Gellarus, Archi-Mage de l'Académie de Fortdhiver, resserra sa cape autour d'elle. « Nous aurions déjà dû croiser des éclaireurs Argoniens. »
« Ils n'ont pas besoin d'éclaireurs, » commenta sèchement Tullius. « Leurs maudits Hists connaissent le terrain et les préviennent d'un danger imminent. Croyez-moi, m'dame : ils savent déjà que nous sommes là, et combien exactement. »
« C'est pourquoi je n'ai aucune intention de faire une attaque surprise, » sourit joyeusement Llew. « Kelan-Tel sait que je suis ici, et il viendra à ma rencontre. »
« Il veut s'occuper de nous loin de la ville principale, » acquiesça le Jarl Kraldar. « S'il nous permet de nous rapprocher, alors il risque que la ville tombe dans le chaos et soit frappée des deux côtés à la fois. »
« Les plaines planes entre ici et la villes sont nos meilleures chances, » déclara Llewellyn, en faisant un mouvement sec de sa main. « Ils vont d'abord essayer de nous déborder et quand ça échouera, ils attaqueront notre centre. »
« La plupart de leur cavalerie de Guars nous affrontera, » dit Tullius d'un ton posé. « Et leurs Kagoutis. »
« Déployez les palissades et placez vos légionnaires en ligne solide, » hocha Llewellyn de la tête. « Kraldar, gardez vos troupes montées en réserve. Lorsqu'ils frapperont notre ligne, vous les couperez en les empêchant de reprendre leurs engins de siège. »
Le Jarl acquiesça et avec un grognement, poussa son ours de guerre à aller de l'avant. Ceux qui étaient derrière montaient les grands et robustes wapitis de leur patrie et se mirent en route pour le suivre. Tullius effectua un salut avant de presser sa propre monture pour prendre le commandement des légionnaires pour qu'ils se déploient de la colonne en marche en ligne de bataille.
« Lewis, » interpella doucement Sarah, prenant avantage de leur intimité relative. « Les Argoniens ont gagné chaque guerre dans laquelle ils se sont engagés depuis l'époque de Tiber Septim. Ce sont des guerriers qui ont même repoussé les hordes de Mehrunès Dagon et envahi Oblivion. »
Lewis Heron acquiesça et roula ses épaules en arrière, sentant l'armure en Os de dragon posée sur ses épaules. Puis, il ouvrit les yeux, et Llewellyn Né-Dragon fut à nouveau là.
« Et nous utiliserons cette confiance contre eux, mon amour. »
Il descendit de son cheval et dégaina les deux lames courbes Akaviries de sa ceinture. Puis, il leva sa tête et Cria vers les Cieux :
« OOH- DAH VIING ! »
*CAMP ARGONIEN*
LA LANDE DE KRAGEN
MORROWIND
« Pourquoi attendent-ils ? »
Le jeune prince Argonien reçut un coup à l'arrière de sa tête en réponse à sa question. Kelan-Tel siffla tout en se penchant sur la table. Guthra-Mor faisait partie de la Couvée Princière, et s'il comptait régner aux côtés de ses nombreux frères et sœurs, ou peut-être être au-dessus d'eux, il devrait apprendre l'art oratoire et les tactiques militaires.
« Car il n'est pas un imbécile, » répondit-il, tapotant la petite icône de dragon sur la table. « S'il vient à nous, il devra nous combattre sur notre terrain. De cette manière, il choisit le champ de bataille. »
Le roi Argonien se tourna vers une silhouette vêtue et enveloppée d'une robe.
« Reeh-Julan ? »
Le chaman incroyablement ancien avait une main enfouie profondément dans la terre, haletant fortement. De sa main libre, il commença à tracer des lignes dans le sable recouvert de cendres. Les mots survinrent comme de grandes branches tendues dans un coup de vent :
« Les pieds… ici. »
Le doigt fin bougea à nouveau, et la formation militaire prit forme, insufflée de vie par les Hists, connectés directement à la terre et voyant tout :
« Les sabots… là. »
Puis il y eut un soupire, et ses acolytes se déplacèrent pour l'attraper avant que l'ancien ne touche le sol.
« Amenez-le dans ma tente, » ordonna Kelan-Tel. « Faites en sorte qu'il reçoive tous les soins possibles. »
Les généraux et commandants Argoniens grondèrent d'approbation en voyant la formation que le chaman avait dessinée dans le sol, comme si on voyait l'armée du point de vue d'un faucon. Kelan-Tel observa la formation avec l'œil d'un vétéran et sourit.
« Il est trop confiant, notre Enfant de dragon. »
De nombreux jeunes guerriers lancèrent à leur dirigeant un regard confus.
« Vous voyez ? » Kelan-tel se pencha, utilisant son épée pour pointer les positions des diverses troupes. « La plupart de ses troupes sont sur les flancs, là et ici. Il s'attend à ce que nous les attaquions par les flancs, ou que nous nous y frayons un chemin, comme nous l'avons fait en Elsweyr et lors des guerres contre le Domaine. Mais le centre de sa ligne, là, est une forme de flèche qui dépasse du reste de sa formation. Et c'est là sa faiblesse. Il ne s'attend pas à une attaque frontale. »
« Car ça n'a jamais été le genre de notre peuple, » dit doucement le jeune prince qui avait parlé précédemment.
« Exactement, » acquiesça Kelan-Tel. « Il n'est pas idiot. Mais j'ai bien peur que, cette fois, il ait été un peu trop intelligent. En-ja ? »
Une Argonienne se raidit dans un coin, saluant son souverain.
« Mettez les fantassins en ligne, et engagez le combat contre les flancs, comme il l'espère. »
Kelan-Tel pointa une épée à une grande et basanée Argonienne aux écailles dorées.
« Deethmena, vous déplacerez nos forces montées ici, au centre. Nous donnerons à Llewellyn Né-Dragon un peu de temps pour qu'il renforce ses flancs, et puis… »
Kelan-Tel planta la lame courbe dans la terre, dessinant une ligne au milieu du croquis dans le sable.
*QUELQUES TEMPS PLUS TARD*
Kelan-Tel se tenait sur son Kagouti aussi noir que sa propre armure. De son point de vue sur les hauteurs, il pouvait apercevoir s'étendre en face de lui le champ de bataille dans son entièreté. S'il regardait par-dessus son épaule, sur la pente opposée, il voyait la ville assiégée de Rochelande et les engins de siège Argoniens qui l'entouraient.
« Si près, pauvres agneaux, » songea-t-il silencieusement. « Et pourtant si loin. »
Son attaque par les flancs avait précisément fait ce qu'il avait espéré : lentement, presque imperceptiblement, des colonnes de légionnaires pouvaient être aperçues en train de se déplacer de leur position au centre jusqu'au côté droit ou gauche, comme il était nécessaire. Pendant ce temps, le centre continuait son avancée lente et incontestée, formant l'avant de ses flancs en une formation en forme de fer de lance distinctive.
« Trop loin, imbéciles, » gloussa-t-il, fermant un poing en signe de triomphe avant de donner le signal.
De leur cachette dans le ravin en face de lui, des milliers d'Argoniens éperonnèrent leurs montures à deux pattes dans un galop rapide et bruyant. Il aperçut la ligne Nordique hésiter, mais il y avait bien trop peu de temps pour manœuvrer, pour répondre…
Par les Hists, que-ce que ?
La première ligne de la Légion qui s'opposait directement à la charge de la cavalerie se baissa, embrassant le sol comme si elle se prosternait devant la horde qui arrivait. Derrière elle, il reconnut l'armure distinctive des Lames, la garde personnelle de Llewellyn Né-Dragon, levant… D'où viennent ces lances ? pensa-t-il, incrédule. Non, elles sont bien trop courtes pour être...
Des éclairs de feu jaillirent de ces armes minuscules, puis un rugissement semblable au tonnerre, incroyablement fort, retentit sur le champ de bataille. Kelan-Tel se tenait sur sa selle, horrifié alors qu'il voyait la cavalerie Argonienne se transformer en une horde indomptable, une masse confuse et entassée. Ceux dans les premiers rangs qui avaient survécu se relevèrent abruptement, tournant leur tête pour tenter de trouver quel sort ou arme avait fait tomber leurs camarades tout autour d'eux. Les bêtes blessées crièrent et s'agitèrent sauvagement, se débarrassant de leurs cavaliers et heurtant leurs comparses, ce qui rendait la charge encore plus chaotique.
« Quelle est cette sorcellerie ? » entendit Kelan-Tel une voix rauque chuchoter, avant de réaliser que c'était la sienne.
Telle une horrible moquerie, les Lames firent deux pas en avant, puis la première rangée s'agenouilla, révélant une deuxième rangée derrière eux, avec des mystérieuses armes identiques.
BOOM.
Le son fut fort pour Kelan-Tel, alors il pouvait seulement imaginer le vrombissement assourdissant qui devait avoir retenti dans la plaine en contrebas. Une autre masse de cavaliers Argoniens et de montures tomba et soudain, toute la force s'élança à nouveau. C'était le seul choix logique : ils devaient combler le vide entre eux et ces maudites… peu importe ce qu'elles étaient, qui massacraient leurs camarades ça-et-là. S'ils pouvaient s'approcher de l'infanterie ennemie…
Les légionnaires se relevèrent, cachant les Lames, et une trompette stridente se fit entendre. Les légionnaires se penchèrent et projetèrent leurs pilums dans la masse de cavaliers Argoniens. Si les soldats du Marais Noir avaient toujours formé des rangs ordonnés, cela n'aurait pas eu d'importance, car les rangs suivants se seraient simplement bloqués entre les soldats tombés. Mais avec les rangs troublés dans une masse en ébullition et agitée de montures et de cavaliers, ils ne pouvaient pas les manquer.
Ensuite, les légionnaires se jetèrent à nouveau au sol, et les Nordiques relevèrent leurs mystérieuses et terribles armes. A nouveaux des éclairs de feu et coups de tonnerre, et encore plus de cavaliers tombèrent pour ne plus jamais se relever.
Llewellyn Né-Dragon l'avait berné.
L'excès de confiance illusoire n'avait été qu'un stratagème, une chance d'humilier le fier Nordique auquel il n'avait pu résister. Et maintenant, il voyait les rangs centraux des Nordiques se séparer à nouveau et leur propre cavalerie menée par... était-ce un homme chevauchant un ours, charger en avant, se jetant sur les restes confus et désordonnés de sa cavalerie autrefois puissante.
« Envoyez la réserve, » aboya Kelan-Tel. « Maintenant ! »
Mais même alors que l'ordre quittait ses lèvres, il sentit une sensation d'abattement dans son âme. Il devait retenir cette attaque, avant que ses propres forces ne se séparent en deux, comme il s'y attendait pour ses ennemis.
« Passez un message au camp de siège, » poursuivit-il. « Dites à l'officier qui s'y trouve de se préparer pour… »
Un rugissement coupa le reste de sa phrase. Ce ne fut pas l'intensité du rugissement qui alarma et effraya les visages autour de lui, mais plutôt son origine : juste au dessus d'eux. Se tournant sur sa selle, Kelan-Tel vit une forme ailée fendre les nuages, fonçant directement sur lui.
« Dispersez-vous ! »
« YOL TOOR SHUL ! »
L'ordre paniqué survint quelques secondes avant qu'un pilier de flammes ne s'abatte contre le poste de commandement et dans son sillage, laissa des hommes, des animaux et des équipements en feu. Son propre Kagouti s'agitait à moins de deux mètres, dans la selle et le harnais sur lesquels il était assis quelques instants plus tôt étaient tracées des lignes de feu dans la chair de la créature sans défense. Ses épées étaient dans ses mains et son regard se dirigea à gauche, puis à droite, puis à nouveau à gauche à la recherche du…
Dragon.
C'était un dragon.
Son regard ne le trouva qu'une seconde plus tard, flottant à dix mètres au-dessus du sol. Une silhouette en armure semblait se confondre avec la peau de la créature, assit à califourchon sur elle et durant un moment fatidique, les rois du Marais Noir et de Bordeciel se regardèrent droit dans les yeux. Puis, le Haut-Roi Nordique parla dans une langue gutturale, et le dragon à côté de lui dévia sur la droite, contre…
Contre le camp de siège, réalisa Kelan-Tel. Mais d'ici, il ne pouvait rien faire d'autre que de regarder la créature s'abattre encore et encore sur le camp de siège Argonien. Toutes les balistes et catapultes qui auraient pu blesser la créature étaient mal orientées et entassés dans leurs étroites tranchées, les soldats Argoniens ne purent échapper à la mort par le feu qui fondait sur eux.
« Mon roi ? »
Les mots semblèrent venir du lointain, ou comme à travers plusieurs trombes d'eau.
« Mon ROI ? »
Kelan-Tel se tourna lentement pour voir nombre de ses fils et filles tout autour, les regards posés sur lui.
« Quels sont vos ordres ? »
Comme en réponse, un autre boom rugissant survint, et Kelan-Tel sentit son cœur se fendre alors qu'il voyait la charge Argonienne autrefois splendide se dissoudre dans une masse de sang et de bête.
« Battez en retraite, » déclara Kelan-Tel, engourdi. « Battez en retraite vers la rivière, » répéta-t-il. « Pleine retraite contre le sud. Priorité à la survie. »
Les trompettistes Argoniens semblèrent interloqués à cet ordre, comme s'ils devaient se souvenir de comment faire sonner cet appel peu familier, puis ils portèrent à leurs lèvres les cornes de signalisation massives pour ordonner la retraite générale.
« …Alors le belliqueux Llewellyn, sous son vrai jour, aurait le port de Mars, et à ses talons, en laisse comme des limiers, Famine, Glaive, et Feu quémanderaient du service. »
Comme toujours, une review est toujours appréciée. Je les transmets toutes à l'auteur original.
Je vous souhaite une bonne année 2022, en espérant qu'elle sera meilleure que les deux qu'on vient de passer !
Nephariel
Cette fanfiction appartient à Tusken1602.
