*AUBERGE DU BON VOULOIR*

AUSTEREBOURG

CYRODIIL

« Donc pourquoi sommes-nous là, assis dans cette misérable auberge, plutôt que dans la Cité Impériale ? »

La question de Titus Né-Mede resta suspendue dans l'air, et l'Imperator Maro dut prendre un instant pour se calmer avant de répondre à l'impétuosité de son empereur.

« Sire, » déclara-t-il lentement avec une patience prudente. « Nous avons besoin d'une victoire. »

« Vous pensez que je ne le sais pas ? » répliqua Né-Mede. « Ce que je veux dire, c'est que même si nous éliminons tous les soldats de l'armée à Bruma, nous n'obtiendrons aucun avantage substantiel. »

« Auriez-vous préféré que je fasse combattre cette armée contre les vampires de Tala ou la magie de l'Enfant de dragon ? » rétorqua Maro avant qu'il ne puisse s'en empêcher. Né-Mede afficha un air renfrogné et pointa du doigt la carte déroulée entre eux.

« Même si nous pouvions balayer l'armée Nordique, » poursuivit-il sur un ton beaucoup plus neutre. « Nous nous retrouverions en plein milieu de Tamriel, avec une armée de tous les côtés. Je crois que c'est quelque chose que mes instructeurs militaires appelleraient « une situation sous-optimale ». »

« Lorsque nous vaincrons cette armée, » répondit Maro, avec le même calme que l'empereur. « Hereon doit réagir en retournant défendre Bordeciel. Cela laissera Niwot seule et encerclée en territoire ennemi, et si elle n'est pas assez intelligente pour retourner en Lenclume, alors après avoir couper ses lignes d'approvisionnement et mis en déroute ses troupes avancées… »

Il planta un couteau profondément dans la table.

« Au moment venu et choisi. »

Né-Mede acquiesça lentement, puis adopta un regard plus réfléchi.

« Et quoi ? L'Alliance sera toujours une menace… »

« Si nous marchons vers l'ouest, avec de grandes nouvelles de victoire derrière nous, les provinces occidentales se rallieront à nous, » déclara Maro d'une façon bien plus optimiste que ce qu'il ressentait. « Et qui sait ? Avec leurs amis nouvellement trouvés dans la course, le Domaine pourrait très bien repenser sa position. »

Né-Mede hocha à nouveau la tête, parcourant le cheminement de pensée de son Imperator. Leurs plans pleins d'espoir étaient empreints d'un degré non négligeable de désespoir pur et simple. L'Archipel du Couchant et le Val-Boisé Sud se tournant contre l'Empire, et l'Alliance de Tala Niwot consumant tout sur son passage, l'unique province qui n'était pas en train d'activement les attaquer était Elsweyr. Et les Khajiits si loyaux avaient prudemment expliqué qu'après avoir expédié leurs armées à l'est à la frontière Argonienne et à l'ouest, vers le Val-Boisé, ils n'avaient simplement plus de troupes pour envoyer de l'aide au nord à leur Empereur « adoré ».

Et le plus fou, c'est qu'ils pourraient dire la vérité, pensa Maro, énervé. Car si Hereon et ses alliés occupent la Cité Impériale, ils peuvent toujours aller se prosterner et protester qu'ils ne nous ont jamais envoyé quelconque aide militaire contre lui directement.

Maro remarqua que Titus acquiesçait à nouveau, approuvant.

« Mais d'abord, nous avons besoin d'une victoire, » gronda le jeune Empereur, comme s'il venait tout juste de créer seul ce plan, puis pointa son doigt contre une icône à Bruma. « D'abord, nous devons vaincre cette armée. »


*BRUMA*

COMTÉ DE BRUMA

CYRODIIL

La bataille avait été spectaculairement équilibrée, pensa Alesan en prenant place sur Glacier. L'étalon blanc ébroua sa tête impatiemment, désireux de se joindre au combat qui se déroulait en dessous de leur position.

Là, les mages de chaque côté chargeait de concert des boules de feu massives. Plusieurs mages unissaient leur concentration et leur force pour lancer de lourdes attaques de feu, de givre et de foudre sur le camp adverse. En réponse, les mages de l'autre côté prêtaient leur force en fournissant de puissants boucliers magiques pour arrêter leurs attaques.

A armes égales, pensa-t-il à nouveau. Aucun camp n'avait fait de dégât significatif à l'autre. Alesan avait appris à lancer des sorts basiques grâce à Sarai lorsqu'elle avait passé du temps avec eux, ou au moment où ils étaient à l'Académie, mais cela avait été suffisant pour savoir qu'il n'avait aucun don naturel pour ceci. Il pouvait lancer un simple trait de feu et un sort de soin pour lui et un camarade, mais rien de plus. Sa passion résidait dans l'épée, la hache ou la lance.

Une part de lui regrettait de ne pas avoir accompagné son père en Morrowind. De toute évidence, quelques grandes batailles avaient eu lieues là-bas, leurs nouveaux « fusils » prouvant leur efficacité lorsque la chance n'était pas de leur côté. Mais une autre part de lui comprenait pourquoi son père l'avait rattaché aux forces du Jarl Balgruuf et de la Générale Rikke. Et il était également ravi d'être aux côtés de Frothar. Ils étaient meilleurs amis depuis que Llewellyn Né-Dragon avait adopté un garçon Nordique en haillon dans les mines d'Aubétoile. Alesan sentit un frisson glacé et de l'excitation alors qu'il réalisait qu'il n'était plus un garçon. Il était vêtu de la tête au pied de l'armure traditionnelle des Lames, Aubéclat accrochée à sa ceinture.

« C'est l'armure que je portais lorsque j'ai vaincu le Dévoreur de Monde lui-même, » lui avait dit son père comme s'il avait été l'écuyer de son propre fils, ajustant les sangles et les boucles de cuir. « Elle m'a bien servie lors de nombreux combats. Elle protégera la vie de mon fils à présent. »

Mon fils.

C'était l'homme qui l'avait emmené lorsqu'il n'avait rien. Lorsqu'il n'était rien. Il lui avait donné un foyer, un objectif. Une sœur. Un père. Une famille à lui. Et il lui avait maintenant donné sa propre armure et épée.

Il ne lui ferait pas défaut. Par Shor, par Ysmir, jamais. Il n'avait peut-être pas le sang de Dragon ou le don de la Voix, mais Alesan Hereon prouverait au monde qu'il était en effet digne d'être appelé le fils de Llewellyn Né-Dragon. Il…

« Alesan ! »

Le cri de Frothar ramena son intention sur l'instant présent. Son ami pointait du doigt la bataille en dessous d'eux. Les archers légionnaires s'avançaient à présent en rangs désordonnés et éparpillés, faisant pression pour engager le combat contre leurs homologues Nordiques.

Mais pourquoi le feraient-ils… ?

« Ils ne savent pas que nous sommes là, » déclara-t-il à voix haute. « Ils ne le peuvent, ou ils seraient trop idiots d'envoyer leurs archers si loin vers l'avant. »

« Comment peuvent-ils ne pas le savoir ? » commença Frothar, puis un air de compréhension se répandit sur son visage. « Irileth. »

L'huscarl personnel de son père avait dirigé la majeure partie de la cavalerie Impériale sur une manœuvre de flanc de l'armée restante. Les Impériaux qui observaient avaient vu les cavaliers partir, et avaient sans doute conclu qu'il s'agissait de l'ensemble du contingent monté de l'ennemi. La présence de la cavalerie de la Châtellerie de Blancherive dans les bosquets sur le côté droit était passée jusqu'à maintenant totalement inaperçue.

« Imbéciles ! » hurla l'héritier de Blancherive, dégainant son épée. « Allons leur apprendre l'erreur qu'ils commettent ! »

« Nous n'avons pas l'ordre d'avancer, » répondit Alesan, levant une main pour calmer l'enthousiasme de son meilleur ami. Il lança un regard sur sa gauche, à ses « oncles » Farkas et Vilkas en armure dorée.

« Vous avez le commandement, mon prince, » dit Farkas à voix basse, mais afficha un sourire rassurant avec ses paroles. « Nous vous suivrons. »

Alesan ressentit à la fois de la gratitude dans leur confiance en son jugement et de l'agacement qu'ils aient reporté la prise d'une décision aussi monumentale sur ses épaules. D'un côté, si les Impériaux (les ennemis Impériaux, lui rappela son subconscient. Entre les Généraux Rikke et Antonius, nous avons presque autant de citoyens de Cyrodiil dans notre armée que de Nordiques) envoyaient leurs tirailleurs comme appât, la cavalerie de Blancherive pourrait se trouver face à des légionnaires en pleine formation tortue et pila en avant. Ils ne tiendraient pas longtemps contre de tels ennemis.

Mais ils ne savent pas que nous sommes là.

A présent, les archers des deux armées ouvraient le feu. Des flèches de Glace, de Feu et chargée d'Electricité fusaient. Les arbalètes à levier d'action créées par la Garde de l'Aube avaient peut-être une puissance de tir plus lente que les arcs longs Impériaux, mais la vitesse et la force de l'arme étaient indéniables. Lentement, les tirailleurs des rangs des deux armées commencèrent à s'affaiblir.

Cela, ce fut suffisant pour Alesan. Ordres ou pas, de bons soldats étaient en train de mourir en contrebas, et il ne resterait pas sans rien faire.

« Frothar ! » entendit-il dire sa propre voix. « Oncle Vilkas ! Prenez la 1ère Compagnie lorsque nous frapperons leurs archers. Ils doivent engager leur cavalerie contre nous quand ils réaliseront que nous sommes là. Emmenez-les loin sur la droite et essayez d'aller sur leurs flancs ! »

« Oui, seigneur ! » répondit formellement son meilleur ami, élançant son cheval en réponse aux ordres de son commandant.

« Attention à l'infanterie ! » lui cria Alesan, puis il se tourna vers Thorald Grisetoison. L'ancien Sombrage avait été secouru par son père d'une prison secrète du Domaine. Cela avait été le début de la réconciliation entre les deux maisons autrefois rivales de Blancherive. Il n'y avait pas encore d'affection entre les familles, mais voir Thorald Grisetoison monter aux côtés d'Idolaf Guerrier-Né, tout deux vêtus d'une armure Impériale, était une preuve des progrès que Llewellyn Né-Dragon avait apportés dans le monde politique Nordique.

« Que les 2 et 3ème Compagnies me suivent ! » hurla Alesan, puis s'empara du fourreau en cuir qui tenait la longue lance d'acier. Il pointa les rangs Impériaux. « Sonnez l'alerte ! EN AVANT ! »

Un faible bêlement provint des cornes de bélier Nordiques, plutôt que des trompettes Impériales stridentes. La force entière émergea des arbres, formant des lignes de batailles efficaces.

« LANCIERS ! »

Un millier de lances s'abaissèrent. Le reflet du soleil sur leurs fers de lances polis était semblable à des étoiles scintillantes.

« AU GALLOP ! »

Les cavaliers s'élancèrent, leurs sabots buttèrent le gazon en dessous, laissant le sol derrière eux comme un champ labouré. Mais leur récolte était du sang, et la faucheuse de l'acier. Beaucoup avaient critiqué le choix de la cavalerie de la Châtellerie de Blancherive de mettre à leurs cavaliers et montures de si lourdes armures. Ainsi, ils ne pouvaient faire qu'une seule chose efficacement : charger en avant et rencontrer leur ennemi de front. Ils ne seraient pas capables d'égaler les tactiques de tirailleurs des cavaliers de Hjaalmarch ou d'Épervine : s'engager et se replier, harceler un ennemi qui avançait. Non, ils n'étaient que de purs instruments contendants, destinés à s'abattre sur leurs ennemis comme le marteau des dieux. C'était la seule chose qu'ils faisaient, mais ils le faisaient très bien.

Très bien, en effet.

Des flèches et des sorts fusèrent pour rencontrer le mur d'acier et une monture vacillait et s'effondrait çà et là, mais les rangs se rapprochaient. La fine fleur de la Cavalerie de Blancherive s'écrasa contre la première ligne d'archers Impériaux… et continua d'avancer. Les rangs ennemis avaient été dispersés dans une formation désorganisée, ce qu'il y avait de mieux pour les protéger des tirs de riposte de leurs homologues. Mais même s'ils avaient eu le temps ou l'idée de rester côte à côte et faire face à la charge, ils n'avaient pas de boucliers ou lances pour repousser la marée mortelle qui s'abattait sur eux. Le simple choc d'un cavalier de quatre-vingt-dix kilos portant une armure lourde et chevauchant des chevaux qui pesaient en moyenne trois quarts de tonne, au galop, avait eu pour effet que la formation ennemie (telle qu'elle était) s'était dissoute comme des briques de boue devant un tsunami.

Alesan sentit son bras tressauter, exactement comme lors de ses nombreux exercices dans les terrains d'entraînement du Donjon du Dragon d'Helgen. Mais cette fois, sa lance d'entrainement ne s'était pas brisée à l'impacte contre un bouclier d'acier. Cette lance était solide, une bête de trois mètres qui n'était pas dotée de la large pointe d'entraînement utilisée contre les cibles ou d'autres camarades, mais d'une pointe en acier trempé qui permettait au poids d'un cheval entièrement flanqué d'une armure de peser de tout son poids sur un seul point du corps de l'ennemi. Le plus souvent, elle laissait un mètre de bois de frêne dans son adversaire, ignorant presque complètement son armure. Il lâcha l'arme détruite et dégaina Aubéclat, qui brillait de mille feux. Il la fit tournoyer encore et encore, ne laissant que ruine dans son sillage.

Il traversa les rangs des archers, et il n'y eut plus qu'un champ ouvert devant lui. Ouvert, à l'exception de la cavalerie Impériale qui galopait à présent vers eux. Même de là, il pouvait voir qu'ils forçaient leurs chevaux à courir plus vite que de raison, essayant désespérément de sauver les rangs d'éclaireurs déjà brisés et anéantis.

« REFORMEZ LA LIGNE ! »

Farkas se trouvait à côté de lui, du sang coulant de sa double-hache de bataille. Les cavaliers en armures et armoiries de Blancherive qui avaient pour la plupart leurs lances toujours intacts reformèrent une colonne de combat blindée, après avoir écrasé des archers en fuite. Quelqu'un, il ne sut jamais vraiment qui, lui donna une lance de remplacement, et Aubéclat fut à nouveau dans son fourreau à sa taille. Il leva sa lance en frêne de deux mètres et abaissa sa pointe de fer.

« EN AVANT ! »

Un autre bêlement retentit des cornes et une seconde plus tard, le tralala strident des trompettes Impériales répondit. Les armures des Impériaux n'étaient pas aussi blindées que celles des Nordiques, mais ils étaient plus nombreux. Ils éperonnèrent leurs propres montures dans un galop équivalent en alignant leurs longues lances. Les deux compagnies de cavaliers se rencontrèrent dans un colossal éclat d'acier, d'os et de chair. Les charges sombrèrent, et les rangs glorieux et immaculés des soldats à cheval se transformèrent en une rixe d'hommes et de montures paniquées.

Alesan ne fut que vaguement conscient du cavalier qu'il venait d'embrocher, tout comme il n'était qu'à présent conscient que cette deuxième lance qu'on lui avait remise n'était plus qu'un mètre d'échardes brisé et inutile. Il la balança et avec un unique mouvement habile, dégaina à nouveau Aubéclat. Instinctivement, son bras gauche se leva et son bouclier contra la lame courte Impériale avant qu'il ne tournoie son arme dans un coup qui fit tituber en arrière son adversaire. Ensuite, Glacier le porta, et dans un mouvement perfectionné par des milliers d'heures de pratique, il se retourna et vida une autre selle en envoyant un corps s'écraser sur le sol, le bras du cavalier ennemi finissant à quelques centimètres de son épaule. Puis Alesan regarda de nouveau vers l'avant, cherchant le prochain ennemi sur son chemin.


« Bien joué, les gars ! Vous avez été brave ! »

Le Jarl Balgruuf le Grand approuva d'un hochement de tête, voyant la cavalerie Impériale fondre sous la charge des Nordiques alors qu'ils en avaient tout juste fini avec leurs archers. Il n'avait pas eu le temps d'envoyer un messager pour ordonner au jeune prince de sauver ses archers surpassés en nombre, mais à nouveau, il s'était avéré qu'il n'y avait pas eu besoin d'un tel messager non plus. Lui et son propre fils avaient fait exactement ce qu'il fallait, reconnaissant le moment décisif et réagissant sans avoir besoin d'incitations ou de corrections.

Malheureusement, même faire tout juste sur un champ de bataille n'assurait pas la survie sur celui-ci, et il ressentit la douleur d'un père lorsqu'il vit la colonne de son fils s'écraser sur le flanc désormais désordonné de la cavalerie Impériale.

« Braves, » murmura-t-il à nouveau. « Brillants. »

« Mon seigneur, nous devons y aller ! »

Rikke était à ses côtés, ses yeux s'écarquillèrent en voyant le résultat de la charge spontanée des garçons dans le cœur du centre Impériale. Balgruuf secoua la tête d'un air triste.

« Nous ne sommes pas en position, » déclara-t-il. « Hemming Roncenoir et Brunwulf Libre-Hiver sont encore en train de positionner leurs forces. Si nous envoyons le centre trop tôt, ils seront encerclés. »

Un air sinistre apparut sur le visage de Rikke.

« Nous allons juste les abandonner à leur sort ? »

« Nous devons avoir foi en le jugement de notre prince, » répondit gravement le jarl de Blancherive. « Je lui donne le commandement de la cavalerie de Blancherive. Je ne remettrai pas en cause ses décisions maintenant. »

Rikke ne dit rien, ses yeux s'écarquillèrent en silence. Balgruuf fronça les sourcils et lança à la Générale Impériale un regard en retour.

« Pensez-vous que je ne veux pas aussi être aux côtés de mon fils ? » dit Balgruuf à voix basse. « Mais quel genre de père serais-je si j'insistais à lui tenir la main toute sa vie ? » Il figea son visage dans une expression ressemblant à un masque. « Aussitôt que vous saurez que le reste de notre force est en position, envoyez les éclaireurs pour couvrir l'avancée de l'infanterie et le retrait de la cavalerie. Et envoyez un autre messager pour découvrir ce qui est arrivé à Irileth ! »

Alors que Rikke s'en allait, aboyant des ordres, Balgruuf se tourna pour observer la mêlée qui avait avalée sa cavalerie et son enfant le plus âgé tout entier.

« Tous les garçons doivent devenir des hommes, » murmura-t-il à voix haute, bien qu'il n'y ait à présent personne de suffisamment proche pour l'entendre. « Et les hommes doivent devenir des guerriers. »


Frothar était à terre.

Alesan n'eut qu'un faible écho de la chute du cheval de son ami, du coin de son œil. Il détourna Glacier et d'un bond formidable par-dessus un autre tas de cadavres, il fut aux côtés de son ami en un instant. Il sauta de sa selle et de deux mouvements précis, tua les hommes qui s'apprêtaient à faire pleuvoir leurs coups sur le Nordique couché. A nouveau du coin de son œil, il remarqua que son bouclier en fer commençait à se fendre et à se désagréger. Dans un geste presque aussi fluide, il le jeta de son bras et rengaina son épée, attrapant la grande hache à deux mains qui reposait sur la selle. C'était un travail de bagarreur, et contre des ennemis lourdement blindés, une lame était inutile, même une lame telle qu'Aubéclat. Wuuthrad, en revanche, s'écraserait et s'enfoncerait à travers même la meilleure armure, comme si elle n'était pas là.

« A moi ! » cria-t-il, levant l'arme mythique au dessus de sa tête. « Fils de Bordeciel, A MOI ! »

Les oncles Farkas et Vilkas étaient à ses côtés à présent, leurs capes d'or souillées de sang. Derrière eux s'étendaient deux traînées jumelles de mort, de destruction et de chaos.

« Mon prince ! »

La voix survint de loin dans l'oreille d'Alesan, et il enleva son casque de sa tête, aspirant l'air avec avidité. Il savait que ses muscles tremblaient de fatigue, mais l'adrénaline qui parcourait ses veines tenait cet épuisement à distance. Il se pencha, mettant de côté son arme pour vérifier le pouls de son ami inconscient.

« Oui ? »

Farkas pointa du doigt la colline à distance.

« Leur infanterie avance pour se joindre à la mêlée ! »

Comme prévu, rangs après rangs, des légionnaires en armure s'avançaient en marche rapide. Regardant autours de lui, il ne vit qu'un petit reliquat des rangs prestigieux qui avaient chargé, et une poignée d'entre eux encore sur leur monture.

« Est-ce tout ce qu'il reste ? » demanda-t-il d'un ton incrédule, frôlant l'horreur. A son grand soulagement, son « oncle » fit un geste apaisant de la main.

« Dengeir a pris sa colonne gauche et poursuit le reste de leurs unités montées, » expliqua Farkas. « Et Guerrier-Né a pris sa colonne droite pour prendre à revers ces bâtards. »

« Nous devons nous replier, » grogna Vilkas, essuyant le sang de sa double hache. « Ils sont trop nombreux. Nous sommes trop dispersés. »

Il se tourna pour voir son ami toujours piégé sous sa monture. Il était encore en vie, mais son souffle était faible à cause d'un grand coup sur le côté de sa tête. Son heaume l'avait sauvé mais le coup avait été suffisamment fort pour rendre Frothar inconscient.

« Signalez au Jarl d'envoyer l'infanterie ! » l'interpella-t-il en réponse. « Chaque soldat encore sur un cheval doit suivre la colonne droite d'Idolaf. Ceux qui n'ont pas de monture doivent nous rejoindre ici. »

Il se détourna et attrapa sa propre hache, sentant une fois de plus son poids familier.

« Nous les retiendrons aussi longtemps que nous le pouvons. »

Ses deux oncles adoptifs libéraient Frothar de son cheval tombé. A son grand soulagement, son meilleur ami revint à ses esprits, secouant sa tête comme pour faire disparaître sa commotion cérébrale évidente.

« Le combat n'est pas terminé, Frothar Balgruufson, » dit Farkas, tendant au garçon l'arbalète à levier d'action qui état accrochée à la selle de son cheval mort. Remarquablement, elle n'était pas endommagée, et le Compagnon géant lui donna un carquois. « Vous n'êtes pas obligé d'être debout pour combattre. »

Frothar acquiesça, déterminé, et avec un grognement et un grand effort, se déplaça pour être capable de s'appuyer contre la carcasse de son cheval. Le teint gris de son visage et le souffle de douleur qui s'échappa de ses lèvres, cependant, trahirent à quel point ce petit mouvement avait été pénible. Vaillamment, il enclencha toutefois le levier d'action et mit un carreau dans son arme, décidé à couvrir ses amis aussi bien qu'il le pouvait. L'un des autres soldats de Blancherive s'agenouilla à côté de lui, clairement une sorte de mage, comme le prouva l'aura dorée qui l'entoura lui et l'héritier blessé de son jarl.

Soudain, il y eut un son, comme un coup de vent, qui parcourut le champ. Alesan leva son regard et vit une volée de flèches fuser au dessus de la cavalerie désormais à pied et frapper les rangs Impériaux. Les larges boucliers des légionnaires se levèrent et leur avancée effrénée se ralentit pour devenir une marche régulière, en résultant des flèches brisées et des soldats blessés.

« MUR DE BOUCLIERS ! » hurla Alesan, s'emparant d'un bouclier abandonné qui portait encore le symbole à tête de cheval blanc de Blancherive. La hache géante était plus difficile à porter d'une seule main, mais pas impossible, et les autres cavaliers à pied prirent place à ses côtés. Ceux qui n'avaient pas de boucliers créèrent un passage pour ceux dont c'était le cas et bientôt, la formation traditionnelle du peuple Nordique se forma pour répondre à l'avancée des légionnaires. Tout en Alesan lui criait d'ordonner l'avancée, de jeter ses soldats dans la gueule du loup lors de l'attaque, pour gagner la gloire et la victoire d'un seul coup...

« Non, » se dit-il à lui-même, combattant cette envie. S'ils avançaient maintenant, ils n'accompliraient rien de plus que leur propre mort. Les archers harcelant l'avancée des légionnaires auraient cessé le feu afin d'éviter de tirer sur leurs propres hommes. Un allié tué par une flèche venant de derrière serait tout aussi mort que par la flèche d'une ennemi d'en face, après tout. Cela signifierait que plus d'ennemis seraient en état de se battre lorsqu'ils se heurteraient à la ligne de bataille principale, et cela signifiait...

« REPLIEZ-VOUS ! » ordonna-t-il, et lentement, lui et sa troupe commencèrent à reculer pour rejoindre le reste de leurs camarades. Il entendit plus qu'il ne vit Frothar être transporté par les derniers rangs, le sort de guérison ayant réduit ses blessures de « danger de mort » à simplement « douloureuses ». Même le meilleur des sorts de guérison ne pouvait réparer des os brisés, et au regard de la jambe coincée sous un cheval, Alesan serait très surpris si le fémur n'était pas éclaté. La pensée de protéger son ami réconfortait Alesan alors qu'il faisait les cents pas en arrière. Lui et sa compagnie avait déjà fait plus que sa part dans cette bataille.

« Et c'est loin d'être fini, » pensa sinistrement Alesan tandis qu'il levait son regard pour juger l'heure de la journée grâce au soleil. « En fait, je dirais que ce n'est que le début. »


Et voilà pour le chapitre 15 ! Un peu moins de blabla et plus d'action !

Comme ce chapitre a mis du temps à sortir, je me suis dit que j'allais le publier un dimanche au lieu d'un samedi. Une review serait appréciée, histoire que je sache ce que vous en pensez !

Il ne me reste plus qu'un chapitre à traduire avant qu'on ait tous besoin d'attendre la suite.

Merci à tous et à la prochaine !

Nephariel

Cette fanfiction appartient à Tusken1602.