Chapitre 2

Conversation inattendue

Chryséis se leva du mauvais pied, un peu comme tous les matins. Elle n'aimait pas se lever tôt, elle se sentait plus à l'aise la nuit. Mais il y avait cours, et elle devait y aller...

Encore à moitié endormie, elle se traina jusqu'à la salle de bain. Elle se brossa les dents, se débarbouilla le visage. Puis elle se regarda dans le miroir. Les cinq années à Poudlard l'avaient aidé à mûrir. Elle n'était plus joufflue et moche comme à la rentrée, son visage s'était allongé. Elle était toujours loin des canons de beauté avec son visage rond, ses yeux noirs et ses cheveux marrons légèrement ondulés. Ses traits étaient plutôt normaux aussi, elle était à peine jolie. Mais elle avait appris à s'affirmer, à afficher son style sans se soucier du regard des autres.

Elle s'habilla ensuite, rentrant sa chemise blanche dans sa jupe verte et argent. Elle accrocha une chaîne en guise de ceinture et mis boucles d'oreille (un dragon d'argent) et bagues à ses doigts. Ensuite, elle attacha ses cheveux en une queue de cheval sur le côté.

Elle admira son reflet : elle aimait beaucoup son style. Mais pour parfaire tout ça, elle aurait aimé se teindre les cheveux en vert sapin, légèrement plus sombre que les couleurs de sa maison. Il faudrait qu'elle jette un coup d'oeil au manuel de potions pour trouver quelque chose...

"Allez bouge Chrys, on va rater les pancakes !" lui dit Ellana.

Dans son dortoir, elle cohabitait avec Ellana, Saihma et Liomée. Toutes trois étaient amies, ou plutôt potes. En fait, Chryséis n'avait qu'une seule vraie amie : Henriette Scamander. De deux ans son aînée, la jeune fille était à Poufsouffle. L'amitié entre les deux maisons était réputée et Chryséis et Henriette en donnaient un parfait exemple. Mais bientôt Henriette quitterait Poudlard. La Serpentard en était très triste. Elle se demandait comment elle ferait sans elle.

Car elle n'était pas très sociable. En vérité, elle aimait bien se mélanger aux autres, rire avec eux, ce genre de choses. Mais elle ne liait jamais de lien très fort. Car Chryséis, au fil de sa première année, avait développé une dépression. Et cela lui gâchait la vie.

En fait, l'épisode du train, le jour de son arrivée, l'avait beaucoup plus impacté que prévu. Mais, pire encore, Lucius Malfoy et Bellatrix Lestrange, en voyant que Chryséis était dans leur maison, s'étaient fait un malin plaisir à la harceler. Ils avaient commencé par l'humilier, d'abord en privé, puis en public quelques fois. Ils lui avaient lancé des sorts, cassé ses lunettes... Jamais rien de très grave, mais assez régulièrement pour que ça blesse Chryséis de manière irrémédiable. Elle se défendait au début, mais au bout de deux mois elle n'en eut plus la force et tenta simplement de se protéger comme elle pouvait.

Mais l'histoire se termina assez rapidement. Quelques mois plus tard, en apprenant qu'elle était née-moldue, ils s'étaient mis à la traiter de "sang de bourbe". C'est là que les professeurs étaient intervenus, imposant une distance entre eux.

Cette histoire n'avait pas duré longtemps, mais Chryséis ne s'en était jamais remise. Ils avaient réussi à l'isoler et elle avait sombré. Bien sûr, elle gardait tout cela bien caché, mais les cicatrices un peu partout sur son corps témoignaient de son état mental peu stable.

Pour autant, elle continuait son quotidien comme si tout allait bien - ou du moins elle essayait.


Encore la dernière, elle pressa le pas pour rattraper ses amies. Elle sortit des cachots et prit les escaliers pour monter à la Grande Salle. Certains élèves arrivaient encore. Et parmi eux, elle aperçut le fameux groupe des Maraudeurs. Tout le monde les connaissait à Poudlard. Non seulement ils étaient intelligents, mais ils étaient aussi farceurs, drôles et beaux. Sirius Black surtout.

Sirius était probablement le plus beau garçon de l'école. Et toutes les filles l'avaient remarqué. Chryséis aussi, bien sûr. Mais elle tentait de ne pas y penser. Car, après tout, dans quelle réalité Sirius Black pourrait jamais s'intéresser à elle ? Pas dans cette réalité-ci, en tout cas.

Elle s'arrêta pour laisser passer le groupe de garçons. Sirius ne la vit pas. James Potter en revanche l'observa avec un dédain moqueur - il n'aimait pas les Serpentard. Mais Remus Lupin, d'une main dans le dos, le poussa à avancer et offrit à Chrys un petit sourire désolé.

Et si jamais il y avait une chance que le plus beau garçon de l'école s'intéresse à une fille comme elle, toute interaction entre eux serait impossible puisqu'il détestait, comme son meilleur ami, les Serpentard. Quelle veine pour elle !

Elle soupira et alla déjeuner.


Au retour des vacances, Chryséis se sentait un peu mieux. Elle avait passé quelques jours agréables dans son Ecosse natale et était prête à affronter le reste du trimestre. Dans le trajet pour retourner à Poudlard, elle discuta beaucoup avec Henriette. Elles parlèrent jusqu'au quai de Pré-au-lard et s'attardèrent un peu, laissant les autres les devancer. Mais bientôt, un groupe de septième année vint chercher Henriette. Elle s'excusa et partit avec eux.

Chryséis se retrouva seule, mais cela ne la dérangeait pas, elle aimait bien marcher seule. Elle commença à réfléchir à tous les devoirs qu'elle avait pour demain - les avait-elle faits ?

"Ouais c'est bon, lâchez-moi !" grogna quelqu'un derrière.

"Sirius ! Ne te défile pas comme ça ! Mère a raison, c'est important !"

En entendant le nom de Sirius, Chryséis se tendit mais résista à la tentation de se retourner.

"Ouais c'est ça !... bande de bouffons..."

Il arriva bientôt à sa hauteur. Elle avait compris qu'il venait de se disputer avec sa famille et n'osa pas faire le moindre mouvement vers lui - ce n'était pas le moment de l'importuner. Mais un petit groupe de filles devant eux s'étaient retournées et voyaient une opportunité dans la situation : Sirius n'était que rarement sans son groupe d'amis et il était difficile de l'aborder. Pour une fois qu'il était seul, elles n'allaient pas se gêner !

Sauf que Sirius n'était clairement pas d'humeur. Il soupira en cherchant une échappatoire. Et il vit Chryséis qui essayait de passer inaperçue. C'était ça ou pire : il avança vers elle.

"C'est quoi ton nom ?" lui demanda-t-il tout bas.

"Euh... Chry-Chryséis Daley..." bégaya-t-elle.

"Chrys !" s'exclama-t-il en lui tapant l'épaule comme si c'était une vieille amie. "Ca fait un bail dis donc ! Qu'est-ce que tu me racontes ?" Et il rajouta, plus bas : "Continue à avancer, s'te plait."

Elle le suivit. Il déblatéra quelques banalités jusqu'à avoir semé sa famille et dépassé le groupe de jeunes filles sans un regard. Quand ils furent un peu plus seuls, il soupira et retira son sourire de façade.

"Désolé, Daley. J'en peux plus de ces gens. Et merci."

"Je t'en prie," répondit-elle, doucement, les joues rouges.

"T'es à Serpentard, c'est ça?"

Elle n'aurait pas pu nier : ses habits la trahissaient. Alors elle répondit d'une toute petite voix déçue.

"Oui."

"Bah c'est cool, t'as pas l'air chtarbée, comme les autres."

"Y a pas que des cons dans notre maison," répliqua pourtant Chrys en repensant à ses adorables colocataires.

"Ouais, c'est ça," rit-il. "Eh mais, c'est pas toi que l'autre Malfoy il avait embêtée la première année ? Parce que t'étais une née-moldue ?"

Chryséis se referma immédiatement sur elle-même. Les souvenirs étaient douloureux, même après cinq ans.

"Si."

"Oh. Désolé. C'était pas cool de leur part franchement. Ca va depuis ?"

"Ouais."

Il se tut. Chryséis ne sut pas trop s'il avait compris à quel point il remuait le couteau dans la plaie ou s'il trouvait toute cette situation gênante.

"Bon, je vais essayer d'aller retrouver mes potes. Merci de m'avoir sauvé la mise. Je t'en dois une, Daley. Allez salut !"

Et aussi soudainement, il partit en avant.

Sa première conversation avec Sirius Black. Et elle avait été gênante au possible.

Sérieusement ?! ... Elle était maudite.