Chapitre 4

La missive

Ce matin-là, lors du déjeuner, Sirius reçut une lettre. Chryséis le sut car elle l'observait. En fait, elle n'arrivait presque pas à le quitter des yeux depuis quelques temps. Elle était en train de tomber amoureuse, et tomber avec un grand T. Mais Sirius ne l'aidait en rien car souvent quand ils se croisaient il lui faisait un sourire, un clin d'oeil, voire lui frôlait la taille. Un jour, au détour d'un couloir, il l'avait prise à part, lui avait fait un bisou sur la joue, et était reparti. Chryséis ne s'en était remise que par miracle.

Mais elle tenait à conserver un semblant d'illusion : elle ne voulait pas que tout le monde voie à quel point elle était ridiculement en admiration devant le plus beau garçon de l'école. Malheureusement, si elle arrivait à conserver un visage plutôt neutre, son regard la trahissait souvent. Et ce matin-là, elle eut un regard particulièrement insistant en voyant Sirius énervé par la missive qu'il venait de recevoir. Rageux, il quitta la table des Gryffondors, bientôt suivi par James Potter.

Chryséis, observant la scène, en avait oublié son déjeuner.

"Rêve pas, la née-moldue," l'interpella Lucius à quelques places de là. "C'est un Black, il ne te regardera pas."

"Tu n'es rien," rajouta Bellatrix en ricanant. "Une petite sang de moldue comme toi n'est rien !"

Chryséis se sentit bouillir de l'intérieur. Elle avait envie de pleurer, de frapper, de hurler.

Elle ne fit rien de tout ça. Elle les regarda d'un air dédaigneux avant de leur lancer :

"Vous n'êtes qu'une bande de pourritures sur pattes."

Et elle se leva et partit.

En terme de répartie, on faisait mieux. Mais au moins elle montrait qu'elle ne se laissait pas faire. En revanche, les ricanements qu'elle entendit dans son dos lui firent un petit coup au coeur. Quand aurait-on fini de lui pourrir la vie pour ses origines ?

Elle souffla un grand coup quand elle tourna dans le couloir, loin des regards des autres sorciers. Mais des élèves passaient encore ça et là, l'empêchant d'avoir une solitude bien méritée. Elle se dirigea donc vers les cachots pour aller dans sa chambre avant les cours.

Mais elle ne fit pas trois pas qu'une main la retint.

"Chrys."

C'était Sirius.

Elle se retourna. Il avait l'air chamboulé. Elle ne l'avait jamais vu ainsi. Les cheveux défaits, les sourcils froncés, le regard noir... Elle eut le souffle coupé devant une telle beauté torturée.

"Sirius..." murmura-t-elle en retour.

Il plongea son regard dans le sien et vint presque se coller à elle. Il prit ses mains dans les siennes. Les serra.

Dieu qu'il avait l'air perdu !

"Qu'y a-t-il ?" osa-t-elle demander d'une toute petite voix.

"Sors avec moi."

Elle se figea. Etait-il vraiment en train de lui demander ça ?

Elle avait imaginé cent fois cette déclaration. Mais dans son esprit, il riait, lui faisait des blagues et des sourires à tomber, elle ne le croyait pas et il lui déclamait un poème pour lui prouver son amour. Par Merlin ! Dans quel monde vivait-elle ? Bien sûr que la réalité serait différente !

"Mais... pourquoi ?" s'entendit-elle répondre.

Il eut un petit sourire et il se rapprocha encore, faisant glisser ses doigts sur sa joue rosie.

"Je pensais que ma beauté seule réussirait à te convaincre."

Elle fut rassurée par cette petite marque d'humour et un petit sourire vint se glisser sur ses lèvres.

"Sors avec moi," répéta-t-il.

Elle voulait dire oui, elle le voulait du plus profond de son coeur, alors pourquoi hésitait-elle encore ? Elle voulait en entendre de plus. Pourquoi maintenant ? Pourquoi elle ?

Alors soudain elle eut la terrible pensée que ces questions pourrait ennuyer Sirius. Il se lasserait, se rétracterait, oublierait sa demande et partirait.

"Oui."

Il sourit. Rit légèrement.

Il s'approcha, son visage était brûlant près du sien, son souffle sucré. Ses yeux étaient noirs et brillants. Alors il pencha sa tête et vint écraser ses lèvres contre les siennes.

Chryséis se sentit submergée par une floppée d'émotions, un torrent de sensations. Si elle doutait encore de son amour naissant, elle ne pouvait plus le nier. Elle se mit sur la pointe des pieds pour approfondir le baiser.

Par Merlin, cet instant fut magique ! Et bien trop court à son goût quand Sirius se recula.

Il lui caressa la joue.

"Je suis content que tu aies dit oui," confia-t-il.

"Comment pourrais-je refuser..." murmura-t-elle.

Il sourit, ayant probablement conscience de l'effet qu'il faisait aux gens, de sa beauté, son charisme...

"Je dois aller me préparer," dit-il alors. "On se retrouve après les cours ? Vers le lac."

Elle acquiesça, il partit.


Sirius retourna vers le couloir qui menait à l'étage, vers le dortoir des Gryffondor. D'un coup d'oeil, il vit que Chryséis était partie de son côté, encore toute troublée par ce qu'il venait de se passer. Et lui, il sentit une pointe de culpabilité dans son coeur.

"Alors ?"

James l'attendait un peu plus loin. Remus et Peter l'avaient rejoint.

"On sort ensemble !" annonça-t-il aussi fièrement que possible. "Elle a dit oui !"

"Félicitations mon pote !" se réjouit James en venant lui taper dans les mains.

"Trop bien Sirius ! Ca doit être trop cool d'avoir une copine !" rajouta Peter.

"J'te le fais pas dire, Wormy ! En plus, elle embrasse plutôt bien."

James en venant lui faire une bourrade dans le dos.

Sirius tourna son regard vers Remus qui n'avait rien dit depuis le début. Il ne souriait pas. Son visage était neutre, mais ses yeux profonds étaient plein de colère, ou de tristesse.

"Tu ne me félicites pas, Moony ?"

"De quoi, Padfoot ? De berner une pauvre fille pour emmerder ta mère ?"

"T'es jaloux Moony ?" le taquina Sirius. Mais la blague n'eut pas l'effet escompté. Remus se renferma encore plus. "Allez, sois pas comme ça. Tu sais que ça en vaudra le coup lorsque ma mère apprendra que je sors bien avec une Serpent, mais avec une née-moldue."

"C'est pas cool."

"Allez Moony," essaya de détendre James. "Puis, si ça se trouve, il finira par s'attacher à cette fille ! Elle a pas l'air trop chiante... mis à part sa dépression. Ca se trouve elle fera une super copine ! Et puis on va enfin être débarrasser des hordes de groupies à chaque repas !"

"Effectivement, Prongs a raison, faut voir le bon côté !"

Remus se résigna. Et ils repartirent vers leur dortoir.