Chapitre 6
Rumeurs de source sûre
Il avait encore les yeux fermés lorsqu'elle mit fin au baiser et s'en retourna. Mais Chryséis ne manqua pas de faire volte-face une dernière fois pour adresser un clin d'œil à Sirius avant de partir. La vision de son petit-ami souriant lui donna du baume au cœur avant son cours d'histoire de la magie.
Elle fit un détour par les toilettes du 4eme étage pour démarrer le cours sans encombre.
Elle remettait sa robe en place lorsqu'elle entendit la porte s'ouvrir.
« ... trop mignon. T'as vu le sourire qu'il m'a adressé ? »
Chryséis réajusta sa cravate verte et argent.
« Rumi, il souriait tout simplement à tout le monde ! Puis c'est Sirius, il sourit tout le temps. »
Chryséis s'arrêta un instant pour écouter la conversation des deux jeunes filles sans se faire entendre. Elle était curieuse d'apprendre ce qu'on pouvait dire sur son petit-ami, sur eux.
« Arrête de briser mes espoirs, s't'eu-plaît ! » rigola la première, Rumi.
Elles rirent ensemble. Puis la deuxième reprit.
« En vrai, c'est peut-être pas mort ! »
« Il a vraiment l'air amoureuse de la Serpentard, je pense que personne a sa chance. »
Chryséis, au fond de sa cabine, rougit, le cœur battant un peu plus fort et oubliant son cours.
« Tu rigoles ! Ça va pas tenir. »
« Tu dis ça parce que t'es jalouse ? »
« Je le tiens... de source sûre... »
Le sourire de la Serpentard se figea sur son visage. De quoi parlait-elle ?
Un temps de silence. Quelques secondes, puis la deuxième reprit d'un air triomphant.
« Son frère, il me l'a dit ! »
« Le frère de Daley ? »
« Mais non ! Regulus Black. Tu sais que je me suis rapprochée de lui dans le cours de potions, et il est très bavard lorsqu'il s'agit de son frère. »
« Par Merlin ! Raconte ! »
« En gros Sirius ne sortirait avec Daley que pour emmerder sa famille. »
« Mais c'est une Serpentard, la maison favorite des Black ! »
« Oui, bien sûr. Il est bien obligé parce qu'il vit toujours dans le manoir familial. Mais Daley c'est aussi... une sang-de-bourbe ! La pire trahison qu'il puisse faire à sa mère ! Mais Regulus le soupçonne de vouloir quitter la maison familiale. Et dès qu'il sera parti, tu peux être sûre que la sang-de-bourbe Serpentard elle va dégager ! Il préférera sortir avec une Gryffondor à coup sûr, et plus belle. Donc t'as toutes tes chances ! »
« Par la barbe de Merlin... C'est quand même triste pour Daley, se faire utiliser comme ça. Mais bon, si je peux avoir ma chance ! »
Chryséis ne réagissait plus à ce que disaient les jeunes filles. Elle s'était figée contre le mur de la cabine. Elle avait l'impression d'avoir oublié comment respirer. Son cœur semblait vouloir lui faire le plus mal possible à chaque battement.
Puis la porte claqua et les voix s'éteignirent. Le bruit fit un petit choc à Chryséis qui reprit contenance. Ce n'était pas possible voyons ! Sirius lui avait dit qu'il l'aimait. Une fois, certes. Mais ça ne remontait qu'à la semaine dernière, lors de leur sortie à Près-au-Lard. Il l'aimait. Elle en était certaine. Elle le voyait dans son regard. À moins que cet éclat dans ses yeux noirs ne soit pas de l'amour mais de la moquerie ?
La journée se termina sans que Chryséis n'ait pu oublier la conversation qu'elle avait entendue plus tôt. Et elle ne savait désormais plus si c'était la tristesse, le doute ou la rage qui dominait en elle. Tout ce dont elle était sûre, c'était qu'elle devait voir Sirius Black. Elle devait lui parler et voir dans ses yeux si tout n'était que mensonge et comédie ou si elle s'était fourvoyée... Si Regulus avait menti. Mais pourquoi mentirait-il ? Il ne l'aimait pas beaucoup, c'était vrai. Mais de là à lancer ce genre de rumeurs...
Elle arriva dans la Grande Salle où des dizaines d'élèves étaient déjà attablés. Elle rejoignit directement la table des Gryffondors pour y trouver le petit groupe de son copain. Peter l'aperçut en premier. Il voulait lui faire un signe mais il se ravisa rapidement et murmura quelque chose aux autres. Alors les trois autres se retournèrent vers elle. Sirius se leva, inquiet de la voir si tendue.
« Qu'est-ce qui s... »
« Viens, » coupa Chryséis. « On doit parler. »
Sirius lui enjoignit d'avancer. Il lança un dernier regard à ses compagnons pour leur dire que ça irait. Il n'avait pas vu que Chryséis avait déjà des larmes aux coins des yeux.
Quelques instants plus tard, ils avancèrent dans une salle de classe déserte. Chryséis ferma la porte derrière eux, fit quelques pas sans destination. Sirius s'était installé nonchalamment contre l'une des tables. Il regarda sa petite-amie marcher précipitamment et laissa un sourire s'étaler sur son visage.
« Je sais déjà de quoi tu veux me parler. » Chryséis se figea sur place. Elle eut l'impression que son cœur allait se ratatiner sur lui-même. Alors ça y est ? Il allait la quitter ? « C'est à cause de ce que je t'ai dit la semaine dernière ? »
Ce fut comme si on lui avait jeté un saut d'eau froide en plein visage, comme si elle venait de trébucher.
« Quoi ? Qu'est-ce que... » Elle se souvint. Je t'aime. Qu'avait-il à en dire ? « Oui... Alors ? Pourquoi tu me l'as dit ? »
« Je n'aurais pas dû c'est ça ? » Chryséis le regardait à présent : pourquoi souriait-il ? Ne pouvait-il pas avoir l'air un peu plus concerné ? « James m'a dit d'attendre, que c'était trop tôt. Mais que veux-tu... Je suis trop... »
« Mais POURQUOI ?! Pourquoi tu continues de jouer avec moi ?! Qu'est-ce que je t'ai fait ?! »
Le cri de la jeune fille avait fait tomber toute la joie de Sirius. C'était à son tour d'être perdu. Il ne comprenait pas. Et pourquoi Chryséis avait-elle les yeux brillants ?
« Je joue pas avec toi, Chrys. J'ai jamais joué avec toi. »
« Arrête ! Arrête un peu deux secondes et dis-moi la vérité ! Pourquoi je suis la seule chose de Serpentard que tu peux supporter ? Parce que je suis une s... » Elle se stoppa, reprit son souffle. Une larme coula. « T'as choisi une Sang-de-bourbe pour emmerder ta mère... »
Sa gorge se serra en voyant que Sirius ne répondait pas, qu'il avait simplement l'air médusé.
« Mais dis quelque chose bordel ! » le brusqua-t-elle.
Il recula d'un pas.
« Qui t'a dit ça ? Qui raconte ça sur moi ?! »
« Est-ce que ça a vraiment de l'importance ? »
Sirius sembla retrouver contenance en même temps qu'une rage sourde.
« Oui. Car je vais le défoncer. Tu connais la vérité Chryséis. Je te l'ai dite il y a une semaine. Et je peux te le redire quand tu voudras. Bien sûr que je veux emmerder ma mère le plus possible, mais toi tu n'as rien à voir dans cette histoire. »
« Comment je peux te croire alors que toute ta vie tourne autour de ça ? Autour de tous ces critères que tu t'appliques à rejeter à chaque instant ! »
« Mais je ne t'ai pas choisi sur des critères de maisons ou de sang ! » s'énerva Sirius. « Tu le sais très bien ! Sinon j'aurais choisi une fille moins dépressive et moins belle ! »
Il se rendit compte de ses paroles un instant trop tard. Dans le même moment où il vit le visage de sa bien-aimée se briser.
« Chryséis. C'est pas ce que je voulais dire... Je suis désolée, je... »
Elle le tint loin d'elle par une forte pression de sa main. Il ne put plus avancer. Elle avait arrêté de pleurer. Pourtant, elle semblait plus dévastée que jamais.
« Je m'étais dit que tu étais bien gentil de faire comme si ça ne t'emmerdait pas, mais au fond, je voyais bien que ça te faisait chier... J'ai cru que tu pourrais m'aimer quand même. J'y ai vraiment cru... quelle conne je suis. »
Sirius était désemparé. Il ne pouvait récupérer ses mots. Il essaya de s'avancer doucement. Mais elle réagit rapidement et sortit sa baguette dont le bout vint se loger sur la chemise blanche de Sirius. Elle le menaçait. Et il savait qu'en cet instant, elle serait bien capable de lui jeter un sort. Alors il dit la seule chose qu'il trouvait pleine de sens, la seule chose qu'il pensait à ce moment-là.
« Je t'aime. »
La pointe de la baguette recula doucement, mais le visage de Chryséis se ferma plus encore. Alors elle fit quelques pas en arrière et cracha, acerbe :
« Trouve-toi une autre Sang-de-bourbe avec qui jouer, Black. »
Elle fit volte-face et sortit de la salle. Sirius se précipita à sa suite, mais il perdit sa trace deux couloirs plus loin dans un flot d'élèves affamés. Et il savait que dans une minute ou deux elle sera déjà dans le cachot des Serpentard, là où il ne pourrait plus la retrouver.
Le cœur lourd, il revint dans la Grande Salle où il retrouva James, Peter et Remus. Ceux-ci, inquiets de le voir revenir seul, lui demandèrent les nouvelles.
« Un petit règlement de compte. C'est rien. Vous connaissez les femmes... Elle va se calmer dans quelques heures. »
Il se rendit compte ce soir-là qu'il n'avait pas dupé Remus. Alors qu'il sentait son ventre se tordre douloureusement à l'idée que Chryséis se blesse toute seule dans la nuit, il sentit un poids à côté de lui. Il tourna la tête et vit son ami roux se glisser sous le drap auprès de lui.
« Tout va bien Moony ? »
Sirius choisit de feindre la surprise. Il n'était pas prêt à avouer sa peine.
« Tu ne trompes personne Padfoot. Enfin, si. James et Peter sont clairement trop bêtes pour voir à travers ton jeu, mais c'est pas la peine d'essayer de faire semblant avec moi. »
Le brun eut l'impression que Remus venait de détruire un mur entre eux alors qu'il n'avait pas bougé. Doucement, il se tourna vers lui.
« Moony... Je crois que j'ai fait une connerie. »
« Si ce n'était qu'une... Allez, raconte. »
« Je... enfin, elle m'a sorti des trucs aberrants comme quoi je sortais avec elle juste pour emmerder ma mère, tout ça. »
« Bah... Elle a pas tout à fait tort. C'était le cas au début. Tu t'en souviens quand même ? »
Sirius parut plus sombre que jamais.
« Ça me paraît si loin... J'ai changé depuis, je te le promets. Quand je suis avec elle... Je m'en fous que ça soit une née-Moldue, une Sang-pur, une Serpentard ou même une Serdaigle ! C'est Chryséis, c'est tout. Je l'aime pour ce qu'elle est, pas pour son sang ou son rang. Et je lui ai ressorti sa dépression... »
« Alors elle ne va pas mieux ? »
« Si. Si elle allait mieux. Ça fait presque trois mois qu'elle n'a plus eu de crise et j'ai pas vu de cicatrice depuis presque quatre mois... Et j'ai peur qu'elle recommence à cause de moi... »
Alors Sirius lui raconta leur dispute et comment la jeune femme avait fini par partir. Remus se sentit coupable de ne pouvoir rien faire, mais l'évidence était là : ils ne pouvaient qu'attendre.
« Demain tu la verras et tu essaieras d'arranger les choses. En attendant, tu devrais dormir. »
Le brun acquiesça. Mais d'une main timide, il retint Remus. Celui-ci comprit et le prit dans ses bras.
Sirius s'endormit, un peu apaisé. Il ne songea bientôt plus à Chryséis qui, au fond de son dortoir, n'arrivait pas à trouver le sommeil, un bout de verre dans la main et le ventre en sang.
