Chapitre 7
Suckerpunch
Le lendemain matin, le réveil fut difficile pour Chryséis. Elle se sentait honteuse et nauséeuse. Quand elle se redressa, elle sentit les douleurs sur son ventre.
« Allez Chryséis, on va être en retard. »
La Serpentard s'efforça de prendre son souffle, mais elle ne savait quoi dire. Il lui fallait plus de temps pour se remettre et se recomposer une figure.
« Chrys ! »
Ellana ouvrit les rideaux du lit de son amie. Quand elle vit l'état de Chryséis, son ton descendit directement.
« Oh merde, qu'est-ce que t'as fait ? » Chryséis leva vers elle des yeux suppliants. « Bon allez, c'est pas si grave que ça. Tu va prendre une douche express, je reviendrai te maquiller après le petit-déjeuner. Ça te va ? »
« Merci Ellana. Je... »
« Non c'est bon, dis rien. Tu m'expliqueras pendant le camouflage. Parce que vu ta tête y a beaucoup à camoufler. »
Chryséis ne put que lui rendre son sourire.
La Grande Salle se vidait peu à peu : les cours allaient bientôt commencer. Et Sirius ne cessait de regarder dans tous les coins, affichant un sourire de façade qui, à défaut de convaincre, éloignait les gens trop curieux.
« Padfoot, mange un peu ou tu vas commencer à râler dès le premier cours, » lui dit James.
« Pancake ou pas, il va se plaindre dès le premier cours : c'est celui de Slughorn, » fit remarquer Peter.
« Au moins y en a un qui suit, » ironisa Remus. « Allez les enfants, on y va. Pad, prends un fruit avant de partir. »
Sirius soupira bruyamment et obéit.
Pendant qu'ils marchaient vers les cachots, James s'approcha de Remus.
« C'est grave, je me trompe ? » Le regard du roux lui répondit. « Merde. Tu crois que ça va exploser pendant le cours ? »
« Y a des chances, si Chryséis se pointe. »
« Si ? Tu penses qu'elle va l'éviter ? »
« Je pense surtout qu'elle doit pas être assez en forme pour subir une journée de cours qui débute avec la tronche de son ex. »
« Et quel ex... Elle aurait mieux fait de le remballer ! » se moqua James.
« Dixit le mec qui épouserait Sirius dans la seconde s'il était gay ! »
« Nous n'avons pas tous cette chance, Moony, » lui répliqua James avec un sourire entendu.
La porte du cachot allait se fermer quand Chryséis et Ellana se glissèrent dans la salle. Leur arrivée ne fut pas trop remarquée, aussi elles s'installèrent à une table de Serpentard. Tout le monde sortit ses affaires pendant que le professeur Slughorn expliquait en quoi la potion Poussevite était difficile à préparer.
Chryséis était en train d'ouvrir son livre à la bonne page lorsqu'Ellana lui fit du coude.
« Discret : regarde Sirius. Il est à deux doigts de baver. »
Sirius en effet avait la bouche légèrement ouverte et regardait fixement son ex-petite-amie de ses yeux ronds. Il l'avait rarement vue si bien maquillée et, il devait l'admettre, si classe. Il la préférait le matin au réveil quand elle avait les cheveux en bataille au milieu de leurs draps (même si cela n'était arrivé que deux fois). Mais il fallait bien le reconnaître, Chryséis ne ressemblait pas à une fille dépressive et effondrée par sa récente rupture.
« Si tu veux mon avis, » glissa James à Sirius, « ta copine pourrait illuminer le cachot avec un sourire. Je te conseille de t'excuser rapidement, quoi que t'aies fait, si tu veux la récupérer avant qu'une horde de mecs se mette entre vous. »
« Potter, tu veux pas la fermer ?! » lui souffla Lily Evans à la table d'à côté.
James la gratifia d'un sourire provocateur alors que le professeur annonçait le début de l'exercice. Et malgré tous ses efforts, Sirius fut davantage concentré sur Chryséis que sur son chaudron.
De l'autre côté de la salle, les Serpentards se faisait une petite compétition à qui finirait le premier. Ellana était partie pour être en tête, mais personne n'était dupe : Severus lui piquerait la place au dernier moment. Chryséis quant à elle n'était pas de reste.
« Ellana, tu peux me passer une noix de cropsquire s'te-plaît ? »
« Bien sûr ma chérie, » lui dit son amie lui tendant une noix, le nez plongé dans son livre.
De sa main gauche, la droite remuant sa mixture, Chryséis attrapa l'ingrédient. Mais le sentant remuer et la piquer dans l'instant, elle laissa échapper petit cri en lâchant sur la table ce qui était en fait un scarabée griameur. Les regards se tournèrent vers elle et Ellana qui riait à gorge déployée. Mais Chryséis ne se démonta pas et prit son couteau. Une seconde plus tard, le scarabée cessait de remuer, la pointe de la lame plantée dans la carapace.
« Bien rattrapé, Miss Daley. »
Et si la petite séquence avait déconcentré la plupart des élèves, elle eut le don de faire revenir Sirius sur terre. Mais la fin du cours ne lui apporta pas la place dans le top 3 qu'il ne manquait jamais de rafler, celui se composant d'Ellana, Severus et James.
Les élèves se pressèrent dans le couloir pour rejoindre leurs cours respectifs. Sirius, encouragé par un regard de Remus, se dirigea vers Chryséis. Celle-ci parlait avec son amie.
« J'ai pas envie Ellana. »
« Je sais, et c'est pour ça que je te le propose. Viens d... »
« Chryséis, » interrompit le Gryffondor. « Je peux te parler ? »
« Dégage Black, on a rien à se dire. Je veux plus te voir. »
« Je suis sérieux Chrys, me prends pas de haut. »
« Qu'est-ce que tu comprends pas dans 'dégage' ? Tu veux un sort ? »
Severus, qui passa près d'eux, lâcha un petit rire face à la colère de son rival. Il n'avait jamais trop apprécié sa collègue de maison, mais la voir envoyer paître Sirius la faisait remonter dans son estime.
Chryséis ne laissa pas son ex répliquer et tourna les talons. Ellana jeta un regard entendu au jeune homme, lui déconseillant de les suivre. Mais Sirius, trop fier pour être humilié de la sorte, les suivit dans le couloir où il sortit sa baguette et s'en prit à sa cible préférée. Il jeta un sort de nausée à Severus Snape. Mais le sort fut lancé avec une telle violence que le jeune Serpentard s'effondra et cracha une vague de sang dans un bruit de régurgitation.
Tout le monde se retourna et Sirius réussit à capter le regard de Chryséis, la pointe toujours pointée sur un Severus à l'agonie.
« Mais ça va pas ?! » lui lança la jeune femme.
« Sirius arrête ! » cria Lily Evans. « Enlève le sort ! Tu vas le tuer ! »
La jeune rousse voulut désarmer Sirius mais James se mit en travers, trop heureux d'aider son ami aux dépends de Snape.
« Chryséis, » dit Sirius sur un ton menaçant. « Soit tu me parles soit il en paie le prix. »
« Baisse ta baguette Sirius, c'est bon je vais te parler. »
Le Gryffondor fut assez surpris de l'acceptation si rapide et en oublia son sort. Severus eut quelques secondes de répit pendant lesquelles Lily l'aida à se relever. Mais alors que Sirius s'avançait vers Chryséis sous le regard de dizaines d'élèves, celle-ci lui lança le sort du saucisson. Une stupeur totale paralysa la foule deux secondes. Puis Remus se précipita sur Sirius et James avança pour venger son ami. Chryséis se tint prête à parer.
Mais la bagarre fut avortée par la main autoritaire du professeur McGonagall qui abaissa de force la baguette de James.
« Potter je vous en prie ! Miss Daley veuillez lever votre sort. Miss Evans et miss Caldin, emmenez Snape à l'infirmerie. Tous les autres, n'avez-vous pas un cours qui commence ? »
La foule se dissipa en quelques secondes tandis que Remus aidait Sirius à se relever. Chryséis avait la tête baissée sous le regard accusateur de McGonagall. Puis lorsque le couloir fut à nouveau tranquille, la professeur reprit la parole.
« Mr Black comment vous sentez-vous ? »
« Je vais bien. »
« Alors suivez-moi dans mon bureau tous les trois. Lupin et Pettigrow, allez à votre prochain cours. Et ce n'est même pas la peine de protester. »
Le trajet, plutôt court, se passa dans un silence de plomb. Sirius fulminait dans son coin, rouge de rage, et Chryséis gardait le regard bas. Mais James, qui la regardait, n'avait pas manqué de la voir blêmir malgré son maquillage.
Une fois assis dans le bureau du professeur McGonagall, elle les observa quelques instants en silence.
« Que Potter et Black se retrouvent ici, ce n'est pas une surprise – la semaine avait trop bien commencé. » James et Sirius accueillirent la remarque avec un sourire. « Mais vous, Daley, c'est bien la première fois que je vous vois dans une telle situation. On aurait pu croire que la fréquentation de notre cher Black ici présent vous mènerait sur des chemins moins discrets, mais ces derniers mois nous ont démontré le contraire. Alors pourquoi vous en prendre à lui ? Maintenant ? »
Chryséis n'avait aucune réponse à ces questions. Ou du moins, rien d'avouable : elle avait voulu se venger tout simplement, lui rendre une partie du mal qui lui avait fait. Alors elle ne dit rien, baissa les yeux.
« Tu peux lui dire, » lança tout à coup Sirius.
Chryséis le regarda, fronça les sourcils pour lui indiquer qu'elle ne comprenait pas. Mais son meilleur ami, plus habitué à leurs stratagèmes trop nombreux, fut plus prompt à réagir.
« Elle a fait ça pour contrecarrer le sort de Sirius, pour délivrer Sevi... Snape. »
« Et un expelliarmus n'aurait pas pu suffire ? » interrogea la professeure.
« Si. L'action a eu raison de mon raisonnement, » répondit la jeune femme.
« Je vois... »
Aucun des trois ne sut jamais si McGonagall avait cru leur mensonge.
« J'enlèverai donc 50 points à Gryffondor et 10 à Serpentard. Black, vous viendrez m'aider à faire du tri dans les parchemins en retenue le soir pendant un mois. Daley quant à vous, vous me rédigerez un devoir supplémentaire sur les contre-sorts. »
« C'est même pas une punition pour elle... » murmura Sirius dans sa barbe.
« Vous avez dit quelque chose Mr Black ? »
« Rien du tout, professeure. »
« Je préfère. Maintenant sortez tous les trois et rejoignez vos cours respectifs dans le calme. Est-ce clair ? »
« Comme de l'eau de roche, professeur, » répondit James.
Elle soupira et leur fit signe de déguerpir, ce qu'ils firent sans plus attendre.
Aussitôt sortie du bureau, Chryséis se dirigea vers les escaliers.
« Et un merci ? C'est trop demandé ?»
« Dégage, Black. »
Et la jeune femme continua son chemin, sa gorge se contractant sous l'effet de la rage et de la tristesse. Avait-il mérité un merci pour un si petit mensonge après tout ce qu'il avait dit ?
« Laisse tomber Sirius, c'est pas la peine, » dit James, désormais loin derrière le dos de Chryséis.
Le pire dans cette histoire était qu'elle commençait sérieusement à croire la rumeur : l'amour de Sirius semblait si faible comparé à sa fierté et à la gêne qu'il disait subir de leur relation aux relents de dépression.
Chryséis l'avait toujours su : personne ne pouvait aimer quelqu'un qui ne s'aime pas soi-même. Mais le vivre était atrocement plus douloureux.
