Chapitre 8

Tenir bon

Lorsque la fin des cours arriva, Chryséis se dirigea directement vers l'infirmerie. Elle devait des excuses à Snape, et pour deux étant donné que Sirius ne viendrait jamais admettre ses torts. Ellana lui avait dit que le sort avait été annulé assez facilement, mais qu'il lui faudrait quelques jours de repos pour s'en remettre. Et Chryséis, malgré tout, se sentait désolée pour le pauvre garçon qui, cette fois-là au moins, n'avait rien fait pour mériter ça.

Elle poussa la porte et ne fut pas étonnée de voir Lily Evans au chevet du seul patient. Celle-ci se leva de suite et, avant que Snape n'ait pu dire un mot, elle sortit de la pièce, faisant signe à la jeune femme de la suivre. La rousse n'avait pas l'air furieuse, elle était assez impassible dans son genre. Chryséis l'avait toujours admirée pour sa force de caractère. Et se retrouver en porte-à-faux avec elle ne l'arrangeait pas – sachant qu'elle ne l'aimait déjà pas beaucoup depuis sa relation avec Black...

« Bon écoute Daley, je vais pas t'engueuler ou quoi, je te crois assez intelligente pour reconnaître tes torts et comprendre tes erreurs. Et c'est pas à moi de te donner des leçons. Mais si je peux te donner un conseil, c'est de rester loin de Sirius et de sa bande. Il semblerait que tu aies rompu avec lui, et je pense que c'est mieux pour toi. T'es une fille sympa qui cherche pas les problèmes, mais Sirius ne fera que t'en emmener. Comme tu as pu le voir aujourd'hui... Severus et les Maraudeurs, c'est une histoire qui dure et qui va mal se terminer, et je te conseille sincèrement de pas te laisser prendre dedans. Encore une fois, je te le dis pour toi. On s'est jamais trop parlé à mon grand regret, mais pour cette fois-ci au moins, prends en compte ce que je te dis. Fais ton propre chemin. »

Chryséis sentait le poids qui alourdissait sa poitrine depuis le début de la journée s'envoler doucement aux paroles de Lily. Elle ne savait pas trop quoi répondre à ça. Elle la trouvait d'une gentillesse remarquable et savait qu'elle lui disait ça dans son intérêt. Mais elle savait aussi que, bien qu'elle ait sûrement raison, l'aversion qu'elle éprouvait envers James et Sirius n'y était pas étrangère.

« Oui... Tu dois avoir raison. Je vais y réfléchir. Merci en tout cas. »

Lily lui répondit par un sourire compatissant. De sa main diaphane elle appliqua une pression amicale sur le bras de Chryséis.

« Si t'as besoin de parler ou quoi, d'un point de vue extérieur... Hésite pas. On s'est jamais trop parlé mais il n'est jamais trop tard pour commencer une amitié. »

« Merci Lily. »

Un sourire, puis Lily rentra avec elle dans l'infirmerie. Elle adressa un geste tendre à Snape, prit ses affaires et repartit à ses occupations. Et Severus se retrouva bientôt avec une Chryséis penaude assise à côté de son lit.

« Pourquoi es-tu là Daley ? » lança-t-il, acerbe.

« M'excuser. Et crois-le ou non, je suis sincèrement désolée. C'est ma faute si tu as eu à subir... ça. Je ne viens pas m'excuser de la haine que Sirius te porte, qu'on soit d'accord. Vous vous haïssez mutuellement avec James et lui, et ça je n'y peux rien. Mais je m'excuse du fait que cette nouvelle attaque ait eu lieu en grande partie à cause de moi. Et aussi... qu'il se soit défoulé d'une manière si violente. »

« Ce n'est pas étonnant de sa part, » cracha Severus.

Chryséis trouva que si, bien au contraire, c'était étonnant. Il pouvait facilement s'en prendre aux plus faibles que lui, et il ne se privait jamais d'une blague envers autrui et surtout Snape. Mais si l'humiliation était son arme favorite, la souffrance le répugnait d'habitude. Elle en était persuadée quoi qu'en dise Snape.

« Je ne vais pas essayer de te prouver le contraire, ça ne servirait à rien. Et ce n'est pas le but. »

De ses yeux mornes et noirs, Severus la contempla un instant.

« Très bien. J'accepte tes excuses. » Chryséis lui rendit un sourire amusé. « Mais ça ne fera pas de nous des amis, Daley. »

« Je n'en ai jamais espéré autrement. J'essaie simplement de réparer mes torts. Donc je t'en dois une, Snape. »

« J'y penserai. »

Et Chryséis repartit vers les cachots.

La journée était aussi claire que possible, et l'air agréable. Aussi Chryséis décida de faire un tour à l'extérieur du château. Elle se balada parmi les groupes d'élèves un moment avant de se choisir un grand arbre au pied duquel elle allait passer une ou deux heures. Elle se félicita intérieurement de l'avoir choisi loin du grand chêne lorsqu'elle vit le petit groupe des Maraudeurs, moins Sirius, s'y installer. Pourtant, de son arbre elle avait une vue assez précise de la fenêtre du bureau de McGonnagall où Black y faisait encore ses retenues. Et lorsque un Potter trop bruyant la déconcentrait de sa lecture, elle ne manquait pas d'y lancer un coup d'œil, espérant secrètement y voir Sirius sans aucun résultat jusque là.

« Salut. »

Chryséis leva la tête pour voir Henriette Scamander s'asseoir à côté d'elle.

« Salut, » lui répondit Chryséis avec un sourire, heureuse de voir son amie.

« Ça fait un bail qu'on s'est pas vues toutes les deux. J'ai entendu parler de ta rupture, mais t'as l'air de mieux te porter alors c'est que du bonheur ! »

« On peut dire ça, » rigola Chryséis. « Disons que j'ai arrêté de m'apitoyer sur mon sort pour essayer d'aller de l'avant. »

« Et tu fais bien ! La vie est belle, la jeunesse est courte, faut en profiter autant qu'on peut ! Conseil de Poufsouffle ! »

Chryséis sourit de toutes ses dents à son amie. Elle n'avait jamais compris comment l'amitié entre les Serpentard et les Poufsouffle pouvait aussi bien fonctionner, mais il était vrai que Henriette était probablement sa plus grande amie en ces lieux.

« Et toi comment ça va avec les ASPIC ? » demanda-t-elle.

« Oh bah tu sais, on bosse, on fait une petite pause goûter, puis on bosse à nouveau... Ce qui est motivant c'est que chacun s'y met et tout le monde s'entraide, alors on se sent jamais seul et on n'est pas en compétition. »

« C'est pas chez nous que ça arriverait... »

« Les Serpentard sont en compétition ? Même pour les BUSE ? »

« Pas vraiment en réalité, mais disons qu'on n'est pas trop du genre entraide non plus. »

Henriette observa son amie un instant. Elle avait toujours pensé que Chryséis était trop gentille pour atterrir à Serpentard, mais son jugement était sans doute faussé par son amitié indéfectible envers sa cadette.

« Si tu as besoin d'aide en quoi que ce soit, n'hésite pas. C'est un moment plutôt difficile à passer, mais ce n'est pas insurmontable. »

« Merci Henriette. Du coup tu vas passer le diplôme de Soigneuse animalière ? »

« Oui, j'aimerais vraiment suivre la trace familiale. T'as une idée de ce que tu veux faire ? Slughorn va bientôt te poser la question. »

« Je sais, j'y réfléchis toujours... »

Henriette alors lui prit doucement la main. Elle essaya de ne pas prendre un air trop cérémonieux mais la peine se lisait dans sa voix.

« Le futur fait peur, j'en suis consciente – crois pas que je suis une bisounours ambulante. Mais il vaut le coup d'être vécue. Tous les mauvais moments vont s'effacer au fil des années, mais les bons resteront gravés pour toujours. Et tu en auras des bons moments. Tu peux abandonner, mais sois consciente que personne ne pourra venir te repêcher. Si tu lâches, et que tu fais en sorte que personne ne puisse te venir en aide, alors personne ne viendra. Mais tant que tu tiendras bon, des gens seront là pour t'aider, je serai là pour toi. Rien n'est écrit d'avance, et ce serait trop dommage de rater le futur. Y a tant de surprises qui nous attendent, et les malheurs sont si insignifiants une fois passés. Ça vaut le coup, n'est-ce pas ? Ne me réponds pas, mais réfléchis-y. La vie n'est toute blanche ni toute noire, elle est de toutes les couleurs et c'est beau. »

Chryséis serra à son tour la main de son amie. Elle avait les larmes aux yeux. Elle n'avait jamais résolu cette question, elle se disait secrètement qu'elle finirait par partir d'elle-même avant les autres, retardant l'échéance à chaque fois. Mais les mots de son amie lui donnait l'envie d'annuler le rdv fatidique pour de bon.

En serait-elle seulement capable un jour ? Elle était heureuse de savoir que Henriette la soutiendrait jusqu'au bout en tout cas.

« Merci. »

Et les deux jeunes filles discutèrent encore un moment avant de retourner à leur lecture, côte à côte.