Chapitre 9
Baignade au clair de lune
Du fond de son dortoir obscur, Chryséis ne trouvait pas le sommeil. Elle pensait sans arrêt à la semaine passée. Elle avait cru trouver une certaine paix et une force les jours suivant sa rupture avec Sirius, et les mots d'Henriette lui avait donné espoir pour la suite. Mais une semaine après, la solitude écrasante était revenue, la pression des études avait augmenté, et le froid s'était emparé de l'air autant que de son cœur. Et alors qu'elle tombait à nouveau dans un gouffre immense, elle avait vu Sirius arrêter de lui lancer des regards, arrêter d'essayer de la croiser, rejoindre directement ses amis et rigoler avec eux sans plus lui accorder la moindre attention. Bref, il semblait aller mieux que jamais. Cependant, elle était incapable de lui en vouloir : c'était elle qui avait rompu et l'avait rejeté à chaque tentative. Mais il y avait quelques jours, elle n'avait pu s'empêcher de tomber de longues secondes dans ses yeux trop profonds. Le regard s'était éternisé et elle avait mis en question ses propres doutes : Sirius l'avait peut-être réellement aimé pour ce qu'elle était. Mais dès le lendemain il avait semblé oublier jusqu'à son existence.
Dépassée, elle sentait que la crise d'angoisse n'allait pas tarder à se faire sentir. Elle décida d'aller faire un tour : l'air frais lui ferait du bien et le froid apaiserait les larmes qui coulaient déjà. Elle se leva de son lit, traversa doucement la pièce pour ne pas éveiller Ellana et ses compagnes. Enroulée dans une cape épaisse à grande capuche, elle marcha dans la salle commune jusqu'à la sortie. Mais alors qu'elle était presque arrivée, une main la retint assez brutalement.
« Qu'est-ce que tu fais ?! » lui cracha Severus.
Le cœur de Chryséis s'affola mais elle réagit très vite et dégagea son bras en attrapant sa baguette pour en menacer Severus.
« C'est quoi ton problème Daley ? Tu joues à nous faire perdre le plus de points possibles ? »
« Va cracher ton venin ailleurs Snape. »
« Tu m'en dois une, rappelle-toi. Et je compte pas perdre cette foutue coupe face aux lions à cause de toi. »
« Peut-être que si tu donnais de meilleures réponses en classe on aurait plus de points ! »
« Tu m'en dois une. Arrête tes conneries. »
« Je te dois rien du tout. Je fais ce que je veux. »
Chryséis était tendue au possible. Elle savait qu'elle avait tort, mais si elle retournait dans le dortoir maintenant, elle ferait un vrai carnage de son propre corps déjà mutilé. Elle avait besoin d'air froid, de pleurer et de crier, de gémir à la lune sans réveiller toute sa chambre.
« T'es insupportable, » renonça Severus. « Si tu te fais attraper et qu'on perd encore des points, tu me le paieras. Je croyais qu'on aurait pu, à défaut d'être amis, s'entendre. Mais on dirait que t'es toujours à fond sur ton Gryffondor de merde et que tu préfères le faire gagner. »
Que répliquer à cela ? Chryséis n'en avait pas grand chose à faire de la Coupe des Maisons, mais c'était atrocement vrai qu'elle était toujours amoureuse de Sirius. Et Snape venait de lui cracher à la figure son opinion trop fondée. Elle était pathétique.
Chryséis retint sa respiration pour garder en elle le sanglot qui l'étranglait. Et l'autre Serpentard s'en retourna, non sans un regard de dégoût. Alors elle mit sa capuche sur son visage déformé par la honte et elle s'enfonça dans l'obscurité du château. Dehors en revanche elle tomba dans la lumière blafarde mais puissante de la lune. Elle continua son chemin en espérant que personne au château à part Severus ne soit réveillé, elle traversa le parc et atteint les bords du lac sombre. Là, elle tomba à genoux, serra sa cape et laissa couler les larmes retenues trop longtemps.
Son corps se courba. Quelle heure était-il ? Son front toucha l'herbe humide. Pourquoi ne pouvait-elle pas aller bien ? Elle trembla, incapable de contrôler ses émotions.
Elle resta ainsi de longues minutes, lança parfois de longs gémissements témoins de cris avortés. Pourquoi était-elle dans cet état-là ? Encore ? Elle voulait évacuer ce tourbillon de sentiments, laisser partir la rage, la honte, le désespoir, les regrets... Elle voulait tout lâcher mais les pleurs n'étaient pas suffisants.
Elle se releva un peu, le visage trempé. Il faisait froid. Si elle mettait un pied dans l'eau maintenant, ce serait comme des dizaines de lames qui la brûleraient jusqu'au sang. Mais il n'y aurait pas de sang, et demain il n'y en aurait aucune trace.
Elle se mit sur ses pieds et enleva sa cape. Elle défit les vêtements qui lui servaient de pyjama. Elle se déchaussa et avança vers l'eau. Elle mit un pied dans la masse sombre et glaciale – et à ce moment-là, elle sut qu'elle avait perdu le contrôle sur elle-même. Une infinité de créatures magiques, nocturnes et dangereuses habitaient le lac mais aussi les alentours. Pourquoi faisait-elle ça ? Mais la douleur provoquée par la température lui fit perdre le fil de ses réflexions dans l'instant et tous ses sens convergèrent vers la même information : elle avait mal aux pieds.
Plus rien ne tournait à part la douleur de ses muscles. Alors autant continuer.
Padfoot s'amusait avec Moony et Wormtail sous l'œil bienveillant de Prongs. La nuit était très claire sous la pleine lune, et la température clémente pour la saison. De toute façon, avec leur fourrure chacun, ils n'avaient pas froid. Et les petits nuages de buées que formaient leurs respirations témoignaient de la chaleur qu'ils dégageaient dans leur jeu de pirouettes. Moony était friand de ces jeux qui lui faisaient oublier un moment sa rage meurtrière de loup-garou. Et les deux autres étaient particulièrement heureux de retrouver leur esprit enfantin dans ces batailles interminables.
Une prise bien amenée de Padfoot bloqua Monny à terre tandis que Wormtail se baladait sur la tête du loup. Voyant que Moony allait mettre un peu de temps à se dégager, Prongs décida de retrouver un instant sa forme humaine, le temps de vérifier la carte que personne ne se promenait ce soir. Et quelle ne fut pas sa surprise quand il découvrit un nom connu de l'autre côté de la forêt. James étudia la carte et vit que Snape tournait en rond dans la salle commune des Serpentard, mais aucun autre point ne semblait se déplacer.
Il n'y avait donc aucun danger imminent. Pourtant, savoir qu'une élève était près du lac à une heure pareille de la nuit était inquiétant. Si Moony la sentait, les risques étaient grands... Alors James décida de prendre les choses en main : il fit signe aux autres qu'il allait faire un tour de reconnaissance. Les trois joueurs, trop pris dans leur bataille sans fin, n'y firent absolument pas attention. Il reprit sa forme d'animagus pour approcher en silence. Et une minute plus tard, il atteignait l'autre bord de la forêt où il découvrit une Chryséis à terre.
