Chapitre 10

Sauvetage incongru

Il reprit sa forme d'animagus pour approcher en silence. Et une minute plus tard, il atteignait l'autre bord de la forêt où il découvrit une Chryséis à terre. Mais plus étonnant encore, elle était dans les bras de quelqu'un...

Devait-il avertir Padfoot ? Il n'y pensa qu'une seconde avant de décider que, définitivement, non, c'était une très mauvaise idée. Mais qui était cet élève qui tenait serrée contre lui Chryséis ? James ne put résister à l'envie de reprendre forme humaine pour sortir la carte et savoir. Et la seconde d'après, il découvrait le nom de Severus Snape juste à côté de celui de Chryséis Daley.

James resta bouche bée quelques secondes. Il sentit la panique l'envahir en pensant à ce qui se passerait si Sirius venait à l'apprendre. Mais à peine avait-il repris l'apparence de Prongs qu'il sentit une fourrure épaisse venir à son côté. Prongs le regarda, essayant de trouver la meilleure façon d'agir. Padfoot ne semblait pas distinguer de qui il s'agissait à cette distance : ils étaient de l'autre côté du lac. Une chance que Prongs s'empressa de saisir : par quelques gestes et mimiques, il expliqua qu'il fallait éloigner Moony, et ce le plus vite possible. Il se donna l'air de s'inquiéter vraiment du comportement que pourrait avoir le loup-garou plutôt que de l'identité des élèves.

Padfoot, après un dernier regard suspicieux, accepta de suivre Prongs pour éloigner leur ami à l'odorat trop aiguisé. Et les deux animagi partirent côté à côté au petit trop.

James réfléchissait à toute vitesse : demain matin, devrait-il en parler à Sirius ? Et puis d'ailleurs, que faisaient les deux Serpentards près du lac à une heure pareille ? Il se dit rapidement qu'il ne devrait en parler qu'à Remus pour l'instant, mais ça, ça attendrait le lendemain.


Chryséis avait déjà l'eau à la taille avant de réellement s'en rendre compte. Elle avait le souffle coupé. Elle avait extrêmement mal, d'une douleur piquante et qui, au lieu de vous faire crier, vous entraîne dans un mutisme étouffant.

C'est à ce moment qu'elle comprit qu'elle ne pourrait pas faire demi-tour. C'était trop tard. Elle ne pouvait plus qu'avancer. Enfin... tomber en avant serait une expression plus juste. Elle comprit que c'était la fin. Et elle ne ressentait pas la paix qu'elle avait cru trouver aux portes de la mort.

Elle bascula en avant. L'avait-elle fait d'elle-même ou un monstre venait-il de l'attirer vers les profondeurs ? Elle ne le savait pas. Parfaitement consciente encore, mais le corps presque anesthésié par la douleur. Alors elle commença à couler. Et elle commença à se débattre. L'air lui manqua plus vite que prévu. La douleur devint peu à peu insupportable. Pourquoi ne pouvait-elle pas remonter ? Battait-elle au moins des bras ? Elle essayait pourtant. Si elle devait mourir, elle ne voulait pas que ce soit dans la douleur – elle avait déjà trop souffert. Alors pourquoi ne cessait-elle de couler ?

Elle pensa brièvement à Henriette qui lui avait promis d'être là tant qu'elle tiendrait bon. Mais qu'une fois qu'elle lâcherait, elle serait toute seule. Elle lui en voudrait, c'était certain... Quoique, cette fille était capable de tout sauf de haine. Non, Henriette la pleurerait sûrement. Et pourtant, en cet instant, Chryséis luttait pour remonter. Parce qu'elle avait mal, mais aussi parce qu'elle n'avait pas le sentiment d'avoir abandonné. Elle n'avait pas préparé ça, elle ne le voulait pas encore.

Mais il était trop tard. Elle manquait cruellement d'air, et la mort lui faisait signe. Et c'est parce qu'elle ne voulut pas fermer les yeux qu'elle vit une lumière au-dessus d'elle. Faible, blafarde – mais une lumière. Et c'est parce qu'elle luttait encore qu'elle sentit, quelques secondes plus tard, l'air entrer dans sa gorge brûlante.

Tout se passa aussi rapidement que confusément. L'air entrait par bouffée trop grandes, elle crachait beaucoup d'eau. Elle sentit au bout d'un moment qu'on la tenait, qu'on la traînait sur la terre ferme, qu'on l'aidait à cracher de l'eau.

Et lorsqu'elle prit conscience qu'on venait de la sauver, la douleur se déchaîna en elle comme un torrent. Elle respirait comme elle le pouvait entre deux gorgées d'eau régurgitées et ses sanglots atroces. Elle pleurait sans pouvoir s'arrêter, et elle s'accrochait à celui qui venait de la sortir de cet enfer dans lequel elle avait plongé. Elle s'accrochait pour ne pas perdre pied à nouveau, pour recueillir un peu de chaleur pour son corps tremblant.

Cela dura de longues secondes qui se transformèrent en minutes. Chryséis retrouvait peu à peu conscience du monde autour d'elle et son esprit reprenait le contrôle de son corps meurtri. Mais avant qu'elle n'ait pu calmer complètement ses pleurs et reprendre correctement sa respiration, son appui la lâcha. Lorsqu'il se leva, Chryséis le suivit du regard et reconnut Severus. Fébrile, elle se força à le regarder, ne sachant quoi penser, quoi dire, quoi faire. Et de toute façon, elle était bien incapable de se lever, alors elle observait Severus, trempé, le visage fermé et dur.

Alors soudain il la regarda aussi et il explosa de rage.

« Mais qu'est-ce qui t'a pris ?! Ça va pas bordel ! Tu voulais mourir ?! C'est ça hein ? Tu veux mourir ? Parce qu'un pauvre gars t'a lâché ?! Parce que tu te sens trop seule ?! Mais bordel Chryséis ouvre les yeux ! On est toujours tout seul ! Et si tu veux te suicider, attends au moins les vacances ! Et va voir quelqu'un, je sais pas moi ! Mais réagis ! Réagis ! »

Il avait articulé le dernier mot comme un ordre. Mais réagir comment ? Se battre encore et lutter ? Chryséis n'en avait plus la force, elle le savait.

« C'était toi qui m'en devais une, » continua Snape. « Mais finalement je te sauve. Quand arrêteras-tu de me faire chier ? »

Il n'avait même pas crié ses dernières paroles. Pourtant, elles furent plus douloureuses à la jeune fille que tous les cris du monde.

Severus s'essuya le visage de sa manche détrempée et, après un dernier regard de dédain à la jeune femme, il s'en retourna vers le château. Chryséis ne tarda pas à s'effondrer sur le sol déjà trop proche. Mais, paradoxalement très consciente, elle réussit à ne pas plonger dans le sommeil et fit un grand effort pour se lever et, tremblant de tous ses membres, elle se traîna jusqu'à son dortoir où, à moitié inconsciente, elle s'évanouit plus qu'elle ne s'endormit.