Soundtrack : Creep - Radiohead
All Rights Reserved (c) JK Rowling
Mourir en combattant sied mieux au soldat qu'être libre dans la fuite.
— Miguel de Cervantes
May 2nd, 1998
Courir.
Plus loin, plus vite. C'était devenu son leitmotiv. Il ne pensait à rien d'autre. Courir, parce qu'il n'y avait pas d'autre alternative. Plus de retour en arrière possible. Courir parce qu'il était devenu la proie.
Rien n'avait plus d'importance. Qu'ils gagnent ou qu'ils perdent. Bientôt, ils le verront comme un fugitif ou un déserteur. Il n'avait plus son mot à dire. C'etait aux vainqueurs de décider de son sort. Après tout, l'histoire est écrite par les vainqueurs. Et l'histoire l'avait tué. Quelle que soit l'issue du combat, il était déjà mort.
Il avait préféré la fuite au combat. Était-il lâche pour autant ? Peut-être. Il aurait pu se rendre et renoncer à sa liberté. Mais la fuite ne le rendait pas plus libre que les chaînes d'Azkaban. Elle l'emprisonnait dans une course effrénée pour retarder l'heure de son trépas. D'une certaine manière, elle le tuait autant qu'elle le laissait vivre.
Il avait simplement choisi de retarder l'histoire.
Son cœur résonnait dans sa tête, chaque battement lui vrillant un peu plus les tympans. Il ne distinguait plus rien ni personne. Il n'y avait que lui et les battements de son cœur qui rythmaient sa course.
Un pas, un battement.
Il était devenu hermétique. Son esprit cloisonné, insensible à son environnement. Il n'avait plus faim, plus soif, il ne ressentait ni la douleur, ni la tristesse. Il ne ressentait plus rien. Il n'était qu'une coquille vide. Un humain en état végétatif. Un chien errant, abandonné par son maître. Il ne lui restait plus que cette course folle. Désormais, il ne vivait que pour elle.
Quand soudain, une envie sournoise et viscérale vint le ralentir subrepticement dans sa course. Il se fichait éperdument de savoir où ils allaient. Il voulait se souvenir d'où ils venaient. Il pourrait se retourner et regarder en arrière. Ne serait-ce qu'une seconde. Il n'avait qu'à tourner la tête et jeter un coup d'œil par dessus son épaule. Rien ne l'en empêchait. Il n'y avait aucun mal à cela. Simplement pour assouvir une vague curiosité enfantine. Personne ne le remarquerait.
« Dépêche-toi, Drago ! »
Ces paroles vinrent le flageller mentalement et suffirent à faire taire le mioche qui vivotait toujours en lui. Le cabot reprit sa route. Bientôt, ils quittèrent l'enceinte du domaine et disparurent dans la brume matinale.
Si seulement il avait pu se retourner. D'un regard, il l'aurait reconnu. Immense et presque effrayant. Un vestige majestueux et intemporel, niché dans les montagnes écossaises. Un château flanqué de tours et de tourelles, toutes plus hautes les unes que les autres.
Si seulement il avait pu le voir. Cet endroit étrange qu'il avait dénigré trop de fois pour le penser véritablement. Cet endroit où il se sentait important, imposant. Là où il oubliait toutes les choses effroyables de son foyer pour se concentrer sur la tyrannie et la mesquinerie inter-maison. Là où pour la premiere fois, il était considéré comme un enfant. Juste un enfant, qui faisait parfois des erreurs.
Mais Drago ne verra jamais le mal succomber. Il n'entendra pas la clameur résonner entre les murs. Il ne connaîtra jamais la fin de l'histoire.
Il avait quitté la scène avant que le rideau ne tombe.
Il n'y reviendra jamais.
Et ce fut sa dernière erreur.
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