Soundtrack : Pavane pour une infante défunte - Maurice Ravel
All Rights Reserved (c) JK Rowling
Mais pour les lâches, les incrédules, les abominables, les meurtriers, les impudiques, les enchanteurs, les idolâtres, et tous les menteurs, leur part sera dans l'étang ardent de feu et de soufre, ce qui est la seconde mort.
— Apocalypse 21:8
May 3rd, 1998
C'était une belle journée. Le soleil brillait sur la surface presque lisse du lac. A la lisière de la forêt, les feuilles frémissaient sous la légère brise du matin. Les oiseaux volaient en tout sens, sifflant par dessus les têtes. Un microcosme presque parfait, seulement troublé par le craquement des branches et le crissement de l'herbe détrempée sous les pas d'inconnus. Là, au milieu d'une large clairière, un rassemblement s'activait en silence. Une parade mortuaire, presque indécente sous un tel soleil de plomb.
La nature semblait se moquer d'eux en faisant rayonner son astre au milieu d'un ciel immaculé. Elle était sourde et muette face à ce triste labeur. Insensible, elle n'entendait ni les prières, ni les pleurs.
Hermione avait suivi le cortège, engoncée dans une robe noire empruntée et chaussée d'escarpins trop grands. La sueur perlait sur son front, alors que ses mains moites vinrent lentement replacer quelques mèches folles derrière ses oreilles. Elle gardait la tête baissée, le soleil lui brûlant la nuque avec délectation, comme pour la mettre au défi de lever les yeux.
La culpabilité enflait doucereusement en son sein. Elle lui enserrait le cœur dans une étreinte épineuse alors que les cercueils défilaient comme au ralenti devant elle. Hermione eut honte de sa propre lâcheté. Elle aurait dû lever les yeux et les regarder. Elle aurait dû se souvenir de chaque nom. De chaque visage. De chaque avenir anéanti pour la cause.
Ron lui avait pris la main et elle n'avait pas cherché à se défaire de son étreinte. À cet instant, il en avait besoin. Il avait besoin de croire en quelque chose. En quelqu'un et en elle, plus que tout.
Puis, un instinct lui fit lever les yeux, pendant que les corps étaient mis en terre. Elle vit Teddy, dans les bras de son parrain. Il pleurait, le visage écarlate. L'histoire l'avait laissé orphelin, mais il ne le comprendrait que plus tard. Des générations de sorciers connaîtront son nom, sans que lui-même ne puisse jamais se souvenir du visage de ses parents. Une injustice dont ils s'étaient rendus coupables, comme tant d'autres avant eux.
Du reste, elle ne distinguait personne.
C'était une belle journée.
C'était comme une petite mort. La fin de l'innocence. Le deuil de l'enfance. Plus de souvenirs, plus de trophées. Ils devaient s'arracher à leurs existences passées et s'évanouir dans l'obscurité. Disparaître sans laisser de traces. S'éteindre en silence et embrasser les ténèbres au milieu d'un ciel étoilé.
Ce serait comme s'ils n'avaient jamais existé.
Le manoir était vide, mais les souvenirs en aménageaient chaque pièce. L'écho de sa grandeur d'antan résonnait entre les murs, tandis qu'une valse lointaine s'infiltrait entre les boiseries faisandées. Le sang constellait chaque recoin, s'insinuant dans les combles, noyant l'entresol. Une vague écarlate, trace invisible des sévices passées.
La porte claqua derrière lui et le manoir s'endormit.
« Incendio »
La demeure, telle une allégorie de tous leurs souvenirs, prit feu sous leurs yeux. Des gémissements s'échappaient des flammes, se mêlant aux crépitements du brasier. Une complainte lointaine de leurs victimes passées qui résonnait dans leurs cœurs, comme un cruel rappel de leurs méfaits.
Parmi eux, Drago crut distinguer brièvement celui d'une jeune femme. Un cri glaçant qui le ramena seulement quelques mois en arrière, alors que son sang impur s'infiltrait dans le parquet du grand salon et qu'une plaie fine et rougeoyante s'étendait sur son avant-bras. Une blessure comme une anti-sèche indélébile de sa condition inférieure. Un mot qu'il avait adoré prononcé et qui sonnait délicieusement bien dans sa bouche. Mudblood.
Ils restèrent là, en silence, comme des ombres chevrotantes face au brasier incandescent qui avait depuis longtemps consumé leurs vies.
Puis, lorsque les flammes déclinèrent, ils disparurent.
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