Ce chapitre a été écrit pour la 133e Nuit du FoF autour du thème "lupin". Le FoF est un forum regroupant tous les francophones de ffnet où l'on peut discuter, demander de l'aide ou participer à des jeux. Le lien est dans mes favoris !
Bon, j'avoue, j'ai pas été chercher bien loin...
Frères
La lune brillait, loin au-dessus des arbres. Dans quelques jours, elle serait pleine. Ismaël sentait sur sa peau les tiraillements annonciateurs, dans ses membres les courbatures ; un peu de fièvre, des migraines récurrentes : autant de signes qui ne trompaient pas. Les symptômes n'étaient pas identiques pour tous, mais il y en avait toujours. Quelques jours avant, et quelques jours après.
« Même ce traître de Lupin, avec sa Tue-Loup, ne peut pas y échapper », cracha Greyback derrière lui.
Le chef de meute faisait le tour du camp pour réconforter ses troupes, toujours un peu piteuses à l'approche de la pleine lune : la faute à ces satanés signes avant-coureurs. La Tue-Loup ne permettait pas de s'en délivrer, et c'était un réconfort, car cette potion était interdite dans le camp. Les soldats de la Meute noire ne muselaient pas leurs instincts.
« Ça va aller ? demanda Greyback en posant une main rude sur l'épaule d'Ismaël.
-Ou-oui, bredouilla celui-ci en s'essuyant la bouche – il venait de vomir dans un fourré à côté de sa tente.
-Bientôt, nous irons chasser », promit Greyback, et Ismaël hocha la tête.
Les choses se précisaient depuis la mort de Dumbledore. Le ministère était en déroute ; le Seigneur des Ténèbres s'avançait, et les forces lupines étaient un élément important de sa stratégie. Terrorisme et représailles, telles étaient leurs missions, et ils s'en acquittaient avec enthousiasme à chaque pleine lune.
« Tu y prends goût, n'est-ce pas ? » insista Greyback.
Ismaël hésita. Avant de rejoindre la Meute noire, il n'avait jamais mordu personne. Lui-même contaminé pendant la première guerre des sorciers, il avait depuis vécu en paria, comme le reste de ses semblables : seul, abandonné, rejeté, malheureux. À force de solitude, sa tristesse s'était muée en rancœur. Quand Greyback avait commencé à rassembler les loups-garous du pays sous la bannière du Seigneur des Ténèbres revenu d'entre les morts, il n'avait pas eu de mal à transformer leur rancœur en rage.
Ah, ils étaient des bannis, des sous-sorciers, la lie du monde magique ? On allait voir ! Le Seigneur des Ténèbres ne les gratifiait peut-être pas de sa Marque, mais lui ne les empêchait pas de chasser les Moldus. Au contraire, il les y encourageait ! Les sorciers étaient nés pour dominer le monde, et les loups-garous, quoi qu'on en dise, étaient des sorciers.
Bien sûr, ni Greyback, ni Ismaël, ni aucun des autres ne se faisaient d'illusions : jamais les sorciers « normaux » ne les traiteraient comme leurs égaux. Pas si on leur laissait le choix. Mais pouvoir sortir en pleine lumière, ne plus être contraint de dissimuler sa nature, ce serait déjà quelque chose. En combattant au côté des Mangemorts, ils gagnaient une place dans le monde d'après. Ils faisaient la preuve de leur efficacité, de leur discipline, de leur puissance : on les respecterait et on les craindrait. Et surtout, ils étaient ensemble.
Pour la première fois depuis sa contamination, Ismaël se savait compris, accepté et même apprécié. La Meute était le foyer que la plupart de ses membres avaient perdu en contractant la malédiction, voire que certains n'avaient jamais connu. C'était une fraternité d'armes et de sang qui avait bien plus de valeur qu'un tatouage sur l'avant-bras. Ismaël n'était pas disposé à mourir pour le Seigneur des Ténèbres ; mais pour la Meute, oui. Pour ses frères. Pour qu'advienne le monde auquel ils rêvaient tous, un monde dans lequel ils n'auraient plus à se cacher ; un monde dans lequel ils pourraient chasser ensemble, librement et sans peur.
« Ça », disait souvent Greyback, « ce serait encore meilleur que le goût de la chair humaine », et il n'avait pas tort.
Ismaël se tourna vers son capitaine et le regarda dans les yeux. Le visage encadré d'épais favoris gris de Greyback, marqué par les ans et les combats, était plein d'assurance ; son regard brillait sous ses épais sourcils. Pour lui, Ismaël était prêt à mourir, comme tous les autres, et il savait que Greyback mourrait pour eux. Parce qu'ils se l'étaient juré. Parce qu'ils étaient frères.
