Cet OS a été écrit pour la 143e Nuit du FoF autour du thème «totem». Le FoF est un forum ouvert à tous les francophones de ffnet où l'on peut discuter, demander de l'aide ou participer à des jeux. Le lien est dans mes favoris !
Pour vous situer, nous sommes en plein été 1998, la guerre est finie, Harry a gagné, Rogue a survécu à la morsure de Nagini et fait le mort, caché dans la maison de la Moldue Alifair Blake.
Psycho-test
La machine à coudre ronronnait, couvrant les bruits de la rue. Un soleil estival se glissait dans le salon par les fenêtres ouvertes, dorant le tapis aux pieds de Rogue, plongé dans sa lecture. Du coin de l'œil, il percevait les miroitements du tissu que la Moldue avait choisi pour sa nouvelle robe : du sequin, disait-elle. Argenté et voyant, comme de bien entendu. Comment une couturière professionnelle, dont les réalisations s'avéraient en général convenables et parfois même élégantes, pouvait-elle faire preuve d'un tel mauvais goût dans l'élaboration de sa propre garde-robe, c'était un mystère que le sorcier avait renoncé à percer. À croire qu'elle aimait par-dessus tout choquer son monde, à moins que sa vulgarité apparente ne soit qu'une carapace…
Le ronronnement s'interrompit tout-à-coup.
« À votre avis, j'aurais été dans quelle maison à Poudlard, si j'étais une sorcière ? »
Interrompu dans sa lecture, Rogue releva la tête.
« Voilà une question absolument stupide, décréta-t-il dans l'un de ses habituels murmures glacés avant de retourner à son livre.
– Oh, ça va ! Tous les sorciers se la posent, cette question, je vous ferais dire ! riposta Alifair. Et pas que les gosses. Y a qu'à voir le nombre de tests dans les magazines : « Dans quelle maison de Poudlard seras-tu réparti ? », « À quel profil de maison correspond votre enfant ? », « Et si le Choixpeau s'était trompé ? », etc.
– Vous n'êtes pas une sorcière, siffla Rogue. Si vous étiez une sorcière, votre vie, vos expériences, votre caractère même, auraient été très différents. Vous ne seriez pas celle que vous êtes aujourd'hui. Et il est probable que l'adolescente que vous avez été, elle aussi, aurait été très différente. »
Alifair réfléchit. Cela aurait-il changé son identité profonde si, dès son plus jeune âge ou au cours de son enfance, elle s'était découverte capable de faire des choses bizarres, étonnantes ou franchement impossibles ? S'en serait-elle seulement rendu compte ? Peut-être, peut-être pas. Et son entourage, comment aurait-il réagi ?
« Bon, OK, vous n'avez pas tort, reconnut-elle. Mais admettons que j'aie déjà été comme je suis maintenant. Dans quelle maison le Choixpeau m'aurait répartie, selon vous ? »
Rogue soupira. La question l'intéressait vraiment, semblait-il : elle ne le lâcherait donc pas avant d'avoir obtenu une réponse.
« Si l'on accepte l'idée que vos principaux traits de caractère étaient déjà formés à onze ans et dans l'hypothèse où la présence ou l'absence de dons magiques n'y aurait rien changé, énonça-t-il d'une voix veloutée, vous auriez été à Gryffondor, naturellement. »
Alifair ouvrit des yeux étonnés.
« Sérieux ?
– C'est évident, affirma Rogue. N'est-ce pas là qu'atterrissent tous les héros ? » persifla-t-il entre ses dents.
La Moldue paraissait dubitative.
« Vous m'auriez dit Serdaigle, à la rigueur... Ou Poufsouffle.
– Poufsouffle ? s'étrangla le sorcier. La maison des gentils mangeurs de gâteau ? »
Alifair haussa un sourcil railleur.
« Vous êtes une vraie langue de vipère, vous ! Ils sont trop cool, les Poufsouffle. Et sympas. Ils se prennent pas la tête.
– Ils ont un blaireau pour emblème, rappela Rogue avec mépris.
– Les blaireaux, ça bouffe les serpents, alors la ramenez pas. »
Le sorcier leva les yeux au ciel. Si elle s'était mise en tête que Poufsouffle était sa maison de cœur, rien ne pourrait l'en faire démordre. Du reste, il s'en fichait éperdument. Il reprit sa lecture tandis qu'elle se penchait à nouveau sur sa machine. Quelques minutes passèrent. Puis :
« Et mon Patronus, ç'aurait été quoi ?
– Par la baguette de Circé, que voulez-vous que j'en sache ! s'énerva Rogue.
– Ben, c'est quand même très psychologique, tout ça, raisonna Alifair. Enfin, pseudo-psychologique, parce que réduire une personne à un trait de caractère dominant qui serait représenté par un animal, c'est quand même très réducteur. En plus, la symbolique des animaux n'est sûrement pas la même dans toutes les cultures, alors…
– Alors pourquoi poser la question ? susurra le sorcier, venimeux.
– Parce que j'adore les tests de personnalité, trésor, répliqua la Moldue avec un sourire sucré. Par exemple, vous, c'est quoi votre Patronus ? Un serpent ? Une chauve-souris ? Un Schtroumpf Grognon ?
– Ça ne vous regarde pas, marmonna-t-il, soulagé que cette information-là au moins ne soit pas parvenue à sa connaissance.
– Harry, c'est un cerf, réfléchit tout haut Alifair, Remus c'était un loup, allez savoir pourquoi… Tiens, au fait, Narcissa Malefoy aussi, c'est un loup.
– Une louve, corrigea mécaniquement Rogue. Ce qui ne vous regarde pas non plus.
– Vous savez, la symbolique de la louve…, insinua la Moldue sans développer. Moi aussi j'aurais peut-être été une louve, d'ailleurs.
– Ou un blaireau, nota Rogue entre ses dents.
– Et mon épouvantard ? fit Alifair, songeuse.
– Non, mais… Ça va durer encore longtemps ?! s'emporta Rogue.
– C'est pas ma faute si les sorciers mettent des animaux-totems partout, se défendit Alifair.
– Un-épouvantard-n'est-pas-un-animal ! la reprit sévèrement le sorcier. C'est une créature qui relève de la qualification de non-être selon la classification du ministère de la Magie, mettez-vous ça dans le crâne avant d'aller vous ridiculiser aux BUSE !
– Je le sais bien, répliqua Alifair, acide. N'empêche qu'un épouvantard prend la forme de ce qui effraie le plus la personne qui se trouve en face de lui. Donc, c'est encore plus révélateur qu'un Patronus. Et j'aimerais bien savoir ce qui me fait le plus peur, moi.
– Pas le ridicule, en tout cas, marmonna Rogue.
– Et vous ? Je me demande à quoi il ressemble, l'épouvantard, quand il croise votre tronche », fit-elle pensivement.
Rogue crispa la mâchoire. Il n'avait aucune intention de répondre à cette question, bien entendu. Il était grand temps que cette conversation prenne fin.
« Vous êtes une tête brûlée imbue de vous-même qui ne fait jamais que ce qu'elle veut, obstinée, indisciplinée et incapable de vivre sans être constamment au centre de l'attention : voilà pourquoi vous n'auriez pu aller qu'à Gryffondor. Votre Patronus, si vous aviez été capable d'en produire un, aurait sans doute été un bélier qui fonce sans réfléchir, un singe hurleur, ou peut-être un diable de Tasmanie. Quant à votre épouvantard, il prendrait la forme de Percy Weasley vous félicitant d'être devenue la personne la plus banale de la Terre. Satisfaite ? »
Le sorcier avait l'air furibond. Alifair se demanda pourquoi étant donné que c'était elle, et non lui, qui venait de faire l'objet d'une litanie d'insultes. Mais comme il était du genre sourcilleux sur tout ce qui touchait à sa vie privée, elle supposa que ses questions indiscrètes l'avaient fait passer en mode autodéfense. Quoi qu'il en soit, ses hypothèses étaient intéressantes.
« Un diable de Tasmanie, ça me plaît bien, déclara-t-elle avec un sourire. Avec un Patronus comme ça, pas de danger que je devienne banale.
– Si je ne m'abuse, ces bestioles ont à peu près la même taille qu'un blaireau, glissa Rogue avec hauteur. On peut au moins vous reconnaître une certaine suite dans les idées.
– Pour vous, j'imagine quelque chose de très dangereux, poursuivit-elle, malicieuse. Hargneux et méchant. Genre un teckel. Ou un Yorkshire. Un petit truc qui aboie très fort.
– Vous confondez avec mon épouvantard, persifla le sorcier. Une créature compensant son insignifiance par un verbe et des talons trop hauts. Licencieuse et grossière. Je suis sûr que vous l'avez déjà croisée dans votre miroir.
– Blaireau », repartit Alifair.
