Tournoyant autour des lacrima, les six fiches d'identification retenaient toute l'attention des membres du Conseil et du Dark Chess, en particulier une légère anomalie. Étonnamment, c'est Alexander qui la remarqua le premier.

- Hé ! Pourquoi le petit monstre il a des stats de ouf alors qu'il est crevé après avoir dézingué les Pions ?

Les autres restèrent de marbre, n'ayant pas de réponse, et ce fut Kurasa qui brisa le silence.

- C'est une très vieille magie, on l'appelait Némésis par le passé, mais ça fait des années que je n'ai pas vu quelqu'un s'en servir. Cependant, quelque chose me dérange…

Le jeune garçon au crâne à moitié rasé, la joue posée sur son poing accoudé au rebord de son fauteuil reprit.

- Et c'est quoi ?

- L'invocateur n'est pas présent ici, d'ordinaire, un sort comme celui-ci n'a pas une durée de vie assez longue pour se permettre d'envoyer la créature en mission.

Ezequiel, maintenant libre après avoir réalisé les fiches, tenta de répondre à la question.

- Ne pensez vous pas qu'un utilisateur suffisamment puissant pourrait être responsable de cela ?

- J'aurai pu le croire si cette petite créature n'avait pas lancé de sort, il aurait dû se dissiper très vite après son combat, mais il est resté. Pour ce qui est de ses statistiques, je pense qu'il s'agit de celles de son invocateur.

Au tour de Sekiko, jusque là silencieux, de prendre la parole, une légère excitation dans la voix.

- Et bien nous avons là trois personnes plutôt problématiques.

- Si tant est que l'homme à la capuche soit bien notre adversaire, étant donné qu'il n'a pas l'air d'être allié avec les mages que nous avons là. Ajouta la jeune femme aux habits de soie.

Sekiko tourna alors les yeux vers la jeune femme en montrant Lia de la main.

- Je crois que l'état de cette jeune femme parle de lui même quant à ses intentions à notre égard.

Le mage aux boucles blondes demeura silencieux un instant avant de reprendre la parole.

- Le fait est que cet homme pourrait être un atout si l'on parvient à entrer dans ses bonnes grâces, il suffit de trouver l'appât qui nous permettrait cela.

Stragger prit alors la parole de sa voix grave.

- Il reste cependant deux mages qui sont apparemment contre nous et qui sont largement au dessus de nos soldats de base, étant donné que Monsieur Basmuth et Mademoiselle Maligan se sont avérés insuffisants pour leur poser problème.

Une vive discussion se mit alors en place dans les deux assemblées, certains pensant que les mages n'était pas si dangereux que ça et que Lia et Kane ont été battus simplement à cause des combats précédant leur rencontre avec les mages dangereux, d'autres pensant qu'il vaudrait mieux en finir rapidement avec eux avant qu'ils ne deviennent des menaces plus grandes et ne mettent à mal leurs objectifs. Les discussions allèrent bon train et commencèrent à s'envenimer alors qu'Akiro insultait encore une fois Kane dans sa fierté. Le débat étant nettement plus courtois au sein du Conseil.

Kurasa tapa dans ses mains, ce qui causa bien plus qu'un simple claquement sec dans l'air, l'ensemble de la salle fut pris d'une terreur sourde, leur nouant les entrailles, à l'exception des Cavaliers présents qui étaient les plus calmes. La première tape fit cesser les discussions, la seconde fit couler une goutte de sueur froide le long du dos des mages véhéments, la dernière leur noua les entrailles à tel point qu'ils pensèrent tous vomir dans quelques secondes. Ces sensations ne durèrent cependant que les temps où les mains de Kurasa était jointes, dès lors qu'elles avaient retrouvé leur place de chaque côté de son corps, la terreur cessa. Tout en faisant cela, Kurasa prit un ton calme, contrastant avec ce qu'il causait chez ses interlocuteurs.

- Allons, allons messieurs, un peu de calme je vous prie. Est-il vraiment nécessaire de vous rappeler vos propres faits d'armes ? Monsieur le Président ?

Sans avoir reçu davantage d'indication, Ezequiel leva de nouveau les mains vers le ciel et fit apparaître une multitude de fiches, toutes à l'effigie des personnes présentes autour des lacrimas. Certaines des statistiques étant largement au niveau voire surpassaient celles d'Eleyon, Jédaiah ou de Yasha, d'autres bien inférieure mais du niveau de Nephilim et appartenaient donc à des mages confirmés.

- Vous vous apercevrez que certains d'entre vous rivalisent largement avec ces renégats, d'autant plus que vos fiches ne sont pas à jour et datent de plusieurs semaines. Il n'y a donc rien qui puisse nous inquiéter. D'autant que l'Empereur semble parfaitement préparé à ce genre de désagrément étant donné qu'il a ordonné aux Mains de se mettre en mouvement.

- Ne sommes-nous pas suffisant pour cela? S'indigna le jeune garçon aux cheveux rasés gris, apparemment dénommé Ilan d'après sa fiche de renseignement.

- La plupart des Mains n'étaient pas en action, elles étaient donc libre pour ce travail. Un peu d'aide…

Les ténèbres se répandirent alors dans la pièce avant de prendre Kurasa dans leur étreinte et de le faire disparaître, ses yeux verts étant le dernier signe de sa présence au Dark Chess.

- … Ne vous fera pas de mal.

Comme un drap qui tombe, la masse noire qu'était Kurasa s'écroula sur elle même avant de se dissiper comme ne l'aurait fait de la fumée, laissant les membres du Dark Chess seuls avec eux-mêmes.

Pendant que les discussions reprenaient de plus belle sur la tactique à suivre, Kane quitta la pièce le poing serré, décidé à retrouver le mage de feu et de pouvoir certifier qu'il n'était pas si fort que ça, que les deux parasites qui l'avaient dérangé auparavant avait été la cause de sa défaite. Il ferait donc son possible pour être le prochain à tomber sur les renégats, et n'allait certainement pas les Mains de l'Empereur lui retirer ce plaisir.

De retour au Conseil, Kurasa venait d'apparaître proche de sa chaise et amorça le mouvement pour s'y asseoir tout en désactivant la connexion avec le Dark Chess.

- Le Roi n'est toujours pas présent ? Se demanda Stragger.

- Non, il est sur une mission d'infiltration depuis quelques temps, cela ne devrait plus être très long.

- Son aide nous serait pourtant bien utile pour évacuer cette nouvelle menace. Renchérit le Président.

- Je persiste à croire, et c'est également l'avis de l'Empereur, que nos forces sont largement suffisantes pour cela, il ne reste qu'à trouver leur base et leurs alliés hypothétiques, puis nous pourront lancer l'assaut. S'ils maintiennent cette activité, cela ne sera l'affaire que de quelques semaines, voire quelque mois.

Le Président se fit alors entendre de l'assemblée de sa voix portant elle aussi le poids des années.

- Il y a aussi la possibilité qu'ils nous soient utiles…

Cette simple réflexion d'Ezequiel lui attira des regards inquiets d'Alister, mais également celui, bien plus intéressé du Conseiller Noir.

- C'est à dire ?

- Il me semble que vous oubliez vite que Pergrande est à nos portes, et qu'Iceberg est au bord de la reddition, il est tout à fait possible que nous n'ayons pas assemblé l'Enfer ou le Paradis à temps et que nous nous retrouvions en position d'infériorité dans ce conflit, nous n'aurions même pas besoin de les convaincre à se battre pour nous, une guerre est une excuse bien suffisante pour une trêve.

Pendant quelques instants, ce fut le silence, Alister se tenait les mains jointes devant sa bouche tout en ne lâchant pas Ezequiel du regard, tandis que Kurasa, de ses longs doigts de la main droite, arpentait les côtés de sa mâchoire avant qu'ils ne se rejoignent sur le bout de son menton.

- Ma foi, c'est une idée intéressante, dans l'éventualité où la recherche des fragments ne se passerait pas comme prévu, croyez bien que je porterai votre suggestion à l'Empereur. Messieurs, il me semble bien que cette réunion touche à sa fin, je vous préviendrai dès lors qu'une nouvelle entrevue sera de mise. À très bientôt.

Tirant rapidement sa révérence, Kurasa quitta les lieux, retournant dans sa thébaïde afin d'y mener diverses recherches ou expériences. Dès lors que le Conseil fut congédié, Alister intercepta le vieux Président après s'être assuré d'être les derniers présents dans le bâtiment principal du Conseil Magique.

- Vous les envoyez à la mort, s'ils se battent à nos côtés, croyez vous un seul instant que Kurasa n'en profitera pas pour les traquer et s'en débarrasser une fois le conflit réglé ?

Le vieil homme mis sa main en abat-son devant la bouche du blond avant de lancer un léger regard dans toutes les directions, scannant la zone de sa magie.

- Tu mésestimes lourdement Kurasa, Alister, il aurait eu cette idée de lui même si les choses ne se passaient pas comme prévu. Je lui ai simplement donné cette idée avant qu'il n'ait besoin de l'avoir, la seule chose que j'ai provoqué, c'est leur sursis. Si Kurasa les voit comme des personnes d'intérêt, il sera moins enclin à les détruire.

Le silence fut la seule réponse du mage blond, il prit le bras du vieil homme qui le replaça à ses côtés, avant de poursuivre.

- Tu as encore beaucoup à apprendre mon garçon, Kurasa n'a pas de limites et l'Empereur est un brillant stratège, ait bien conscience qu'ils sont en train de considérer toutes les possibilités. Rentre chez toi maintenant avant que quelqu'un ne te voit.

- Monsieur… Si l'Empereur fait en sorte que les Mains se mettent en mouvement, n'en sera-t-il pas autant pour la Section de Traque du Conseil ?

- Cette dernière a déjà beaucoup à faire, mais nul doute que oui, ces mages seront dorénavant sur leur liste.

Pendant leur silencieuse conversation, Alister et Ezequiel ne firent pas plus attention aux alentours, pensait que leur discussion était terminée, ils ne purent donc pas voir une petite silhouette aux longs cheveux blonds, cachée derrière l'angle d'un mur, écoutant discrètement les deux Conseillers se dirent au revoir et quitter les lieux, sans découvrir qu'ils avaient été épiés.

Seule dans le couloir, Asakie regarda le sol un instant avant de quitter le bâtiment principal et de rejoindre ses quartiers, sa chambre était bien plus joyeuse et guillerette que ce à quoi on pouvait s'attendre. La pièce était décorée comme l'aurait été la chambre d'une jeune adulte normale, de nombreux ornements muraux embellissaient la pièce, donnant l'impression de vignes serpentant sur les mur et dont les fruits poussaient au dessus du lit. De grandes lacrima rectangulaire sur les murs donnaient l'impression d'un constant soleil à l'extérieur et semblait également pouvoir se modifier selon les désirs de l'utilisateur. Au fond de la chambre, on pouvait voir une arche, menant à une autre salle. Une sorte de rideau fait de billes de verre obstruait la vue. Écartant d'une main le voile, Asakie entra dans la salle annexe, bien plus petite que la précédente, bien plus sombre également. La seule chose se trouvant dans la pièce étant un grand guéridon fait d'un bois très clair, presque blanc, surmonté d'une coupole dorée, seules touches de lumière dans le noir

La jeune femme s'approcha doucement du meuble et posa ses mains sur la coupole d'or remplie d'eau qui s'agita un moment à cause du choc. La blonde approcha alors doucement sa main de la surface de l'eau et l'effleura à peine, provoquant l'arrêt immédiat des ondes et le changement de couleur du liquide qui prit une teinte irisée, une multitude de nuances dansant dans le récipient d'or. Pensant aux évènements récents, elle s'imagina chacun des individus qui venaient de voir leurs statistiques dévoilées par le Président. Elle plongea alors lentement la tête dans le fluide multicolore en prenant le soin de fermer les yeux. Lorsqu'elle les rouvrit, elle se trouvait flottante toute entière dans un paysage entièrement fait de ce liquide irisé. Elle pensa alors intensément à tous les personnages de l'après-midi, les passant en revue l'un après l'autre. Rien pour Nephilim, ni pour Ryuu, mais, lorsqu'arriva le tour d'Eleyon, le paysage se mit à vibrer, et les couleurs à s'arranger pour donner un décor bien plus commun.

Elle se trouvait dans une ville portuaire, au niveau des embarcadères, elle ne sentait, comme d'habitude aucune odeur, mais elle fut attirée par des cris, et découvrit alors un grand incendie au loin. L'adret entier d'une montagne toute proche était dévoré par les flammes qui menaçaient le palais se trouvant en son sommet, bien que de menaçant nuages noirs semblaient venir mettre fin à l'incendie, cependant, les cumulonimbus progressaient à une vitesse qui n'avait rien de naturel. Le style légèrement oriental du palace faisait dire à Asakie qu'elle avait là une vision de la capitale de Caelum.

- Faites partir le bateau !

Surprise par un tel hurlement, la jeune blonde vit passer à ses côté une partie du groupe de renégats, en particulier Eleyon et Nephilim, suivi d'un jeune garçon aux cheveux d'argent, qu'Asakie ignorait être Tsura, apparemment assez abîmé et portant de nombreuses ecchymoses sur le visage. Ils se dirigeaient en courant vers un bateau amarré au port à bord duquel se trouvait la jeune femme aux cheveux roses, ainsi que deux jeunes hommes, Falcon et Shaporo. Le premier avait la main levé vers le ciel et était visiblement la cause du développement de la cellule orageuse. Le vent commençait à se lever, les voiles du navire gonflées et son déplacement lent en étaient la preuve.

- Tsura, ne nous attends pas et va à l'arrière du bateau, dès qu'on arrive utilise ton Hurlement pour nous faire gagner de la vitesse.

Asakie ne savait pas ce que fuyaient ces jeunes gens et, lorsqu'elle tenta d'en apprendre plus, elle fut stoppé par une large explosion qui ne fit que l'éblouir, étant donné qu'elle ne ressentait pas la chaleur ou le souffle de l'explosion. De la déflagration jaillit une grande silhouette, portant un large manteau rouge au dessus d'un maillot noir, ainsi que deux fourreaux de sabre à sa taille, l'un étant vide, l'arme se trouvant dans la main droite du fuyard. Ses cheveux ébène étaient en partie cachés par Améthy, la petite créature magique qui se cramponnait frénétiquement. Les premiers éclairs se faisaient entendre et sans doute qu'il avait déjà commencé à pleuvoir un peu plus loin dans les terres. Tandis qu'Eleyon porta Nephilim afin de se hisser sur le bateau, Tsura bondit afin de se placer à l'arrière du navire, attendant que le sabreur n'arrive. Juste avant d'arriver sur le bateau, une ultime boule de feu fonça sur lui. Le mage aux sabres trancha l'air derrière lui juste avant qu'une explosion ne se produise, la coupant littéralement en deux, se préservant des dégâts et mettant le feu à une grande partie du port.

Rattrapant facilement le bateau qui commençait à peine à avancer, le mage vêtu de rouge prit une impulsion et se retrouva à côté d'Eleyon et Nephilim. Au même moment, Tsura, agrippé à la poupe, prit une grande bouffée d'air, créa un cercle magique devant sa gueule et déclencha son hurlement, donnant une violente impulsion au navire sur lequel il se trouvait. Se cabrant à cause de la poussée, le navire se retrouva vite hors du port, en partie détruit par le hurlement du jeune garçon. Alors que tous commençait à souffler, Eleyon poussa violemment Nephilim sur le côté pendant que l'homme aux sabres se tourna vers Tsura et commença à courir, en vain.

- A terre !

Une fraction de seconde plus tard, un rayon blanc effleura la joue de Tsura, lui coupant une bonne partie de ses cheveux. Passa à quelques centimètres de du sabreur qui arrivait au niveau du Dragon du Ciel. Traversa les quelques mètre du pont, le rayon blanc arriva enfin au niveau d'Eleyon, le bras tendu en direction de Nephilim à terre après s'être faite écarter de la trajectoire par le mage de feu. Ce dernier n'eut pas autant de chance et se fit transpercer de part en part du côté gauche de sa poitrine avant de s'écrouler sur le plancher de bois.

Sortant la tête du liquide multicolore, Asakie avait étonnamment les cheveux secs et n'avait pas besoin de reprendre sa respiration. Elle resta quelques instants à contempler son reflet dans la coupole qui était de nouveau remplie d'une eau claire. Elle avait découvert un nouveau mage renégat qui était peut être le créateur d'Améthy, elle effleura donc de nouveau le fluide dans la coupole qui reprit sa teinte multicolore et plongea sa tête dans le récipient doré en pensant au mage sabreur. Dans sa vision, Asakie était cette fois dans les montagnes, ou plutôt dans une vallée, entièrement plate et dépourvue de verdure, comme si la terre avait été retournée. Asakie n'en avait pas conscience, mais à ses côtés gisait le reste d'un pavillon qui était orné de l'emblème de Tempesta. La seule chose qu'elle pouvait voir était une silhouette, vacillante et dans un équilibre précaire. S'approchant de cette forme de vie, elle reconnut l'homme au sabre de sa vision précédente, ne portant plus aucun vêtement au-dessus de la taille, il n'y avait sur son torse plus de peau non plus et ses mains étaient presque devenues de simples os. Elle put néanmoins voir un sourire sur sa face dont elle ne connaissait absolument pas l'origine.

Mettant fin à sa vision qui ne voulait pas en dire davantage, Asakie prit la direction de sa chambre, assez déçue de ne pas avoir pu en apprendre plus sur les mages renégats ou le sabreur.

De retour à Tempesta, Eleyon, sous la douche, était assis sur un banc taillé à même le mur, regardant le sol, hypnotisé par la rotation de l'eau qui s'écoulait tranquillement. Perdu dans ses pensées, Eleyon revivait aussi bien les évènements de l'après-midi que ceux d'un passé bien plus lointain, remis au goût du jour par la faute de Jédaiah. Luttant pour éviter que ses yeux ne se ferment, Eleyon ne trouva pas la force et commença à sombrer lentement dans le sommeil.

Il se retrouva alors dans le bureau du Directeur, et était en train de remplir certains papiers, à l'aide de Lioran. Alors qu'il commençait à se demander à quoi servaient ces papiers, il vit arriver Lyra qui fit irruption dans le bureau de Laudriz, le souffle court sans doute à cause du sprint qu'elle venait de faire.

- Il y a un combat de mage à l'extérieur de la Guilde, près du col à l'est.

Frappant ses mains sur le bureau, Laudriz se leva de sa chaise sans dire un mot après avoir pris soin de poser ses lunettes dessus, aussi bien Lyra qu'Eleyon étaient étonnés de la tournure de la situation, le mage de feu s'étant déjà levé, s'attendant à ce que le Directeur ne lui demande d'intervenir. Inquiets, les deux jeunes gens suivirent le Directeur pendant que Lioran s'occupait de la paperasse urgente en faisant signe aux deux mages de s'en aller.

A quelques centaines de mètres de la guilde, Jédaiah et le même mage au manteau rouge qu'Asakie avait vu en vision revenaient de mission et semblait en être venus aux mains il y a quelques instants. Apparemment, le conflit avait dégénéré à une tout autre échelle alors que le paysage portait déjà les marque des sorts des deux mages. Des flammes indigo brûlaient à même la roche alors qu'aucune verdure n'était visible. Le mage aux sabres se saisit alors de l'épée rouge qui se tenait à sa ceinture et s'avança vers Jédaiah, dont les mains luisaient déjà de la couleur émeraude spécifique de sa magie.

- Tu peux me toucher autant que tu veux, je n'aurai pas besoin de magie pour te tailler en pièce.

- Quand j'en aurai fini avec toi, tu seras heureux de pouvoir couper ta viande.

Les deux mages se chargèrent l'un l'autre, mais furent plaqués au sol par deux gigantesques mains griffues qui semblaient être faites de la même matière que la surface du Soleil. Complètement incapables de bouger, les deux mages ne purent que se laisser faire lorsque les deux mains se refermèrent sur eux et les soulevèrent du sol avant de les ramener vers l'utilisateur de cette magie. Ils découvrirent alors le Directeur, le visage colérique comme jamais ils ne l'avaient vu. Jédaiah tenta bien de se libérer mais ne put même pas aspirer la magie tellement elle était dense.

- Je vous jure que c'est la dernière fois que j'entends parler de vous. Vous rendez vous compte que vous mettez en péril toute la Guilde en vous battant ici ? Si vous voulez réglez vos différents, faites le loin de la Guilde et de ses membres !

Dès qu'il eut fini sa phrase, le Directeur écrasa les deux jeunes mages sur le sol, les y enfonçant de plusieurs centimètres avant que ses bras ne se dissipent comme un feu qui s'éteint. Eleyon et Lyra se tenait derrière le vieil homme et étaient tout aussi étonné que les mages se trouvant dans le sol à présent. Ignorant complètement les mages qui le dévisageaient, Laudriz reprit la route en direction de Tempesta. Alors qu'Eleyon avançait pour rejoindre les deux mages toujours dans le sol, Lyra lui attrapa le bras, le tirant légèrement en arrière.

- N'en fait pas trop, j'ai vraiment pas envie que mon père ne revienne pour vous mettre la raclée à tout les trois.

Ce qu'Eleyon prenait pour de l'inquiétude n'était en fait que de la moquerie, et dans le cas où Laudriz reviendrait en effet réprimer une nouvelle dispute, nulle doute qu'elle rirait aux éclats. C'est donc le sourire aux lèvres que Lyra regarda Eleyon partir en direction des deux querelleurs.

Yasha et Jédaiah commençaient difficilement à s'extraire de leur profond cratère, le corps endolori et brûlé aux endroits touchés par le vieil homme. S'asseyant sur le bord du trou, le sabreur chercha à l'intérieur de sa veste rouge et en sortit une flasque de métal dont il avala le contenu tout rond avant d'expirer longuement et de remettre le récipient à sa place. Jédaiah lui, fit craquer sa nuque douloureuse avant de quitter le gouffre et de prendre le chemin de la Guilde, s'arrêtant au niveau d'Eleyon qui l'arrêta en lui prenant le bras.

- Les mecs sérieux, vous allez nous griller avec vos conneries. C'était quoi là ?

- Ce soûlard il est resté une demi-heure dans la taverne en attendant qu'on lui ramène une recharge parce qu'il avait oublié sa foutue cruche.

- La mission était remplie, tu avais quartier libre, mais tu as préféré fulminer derrière moi et me reprocher que tu t'étais ennuyé en m'attendant.

- Fallait bien qu'on rentre tout les deux non ?

- Je connais les routes de Fiore, je n'ai pas besoin d'un chaperon pour me guider.

- Après t'étonne pas que je puisse pas te blairer.

Un silence s'installa ensuite entre les trois mages, silence synonyme d'apaisement pour Eleyon qui n'aurait pas à intervenir cette fois. Lyra intervint alors, brisant la quiétude qu'avaient créé les trois jeunes garçons. Elle se mit alors sur la pointe des pieds derrière Eleyon, ne faisant dépasser que sa tête au dessus de l'épaule du mage de feu.

- Bon, on rentre, je commence à avoir soif.

Jédaiah se remit alors à marcher en direction de Tempesta, suivi de Yasha qui salua Eleyon et Lyra en passant à leur niveau. Ne restant plus que Lyra et le mage de feu, ce dernier fit demi-tour et se retrouva face à face avec Lyra qui n'avait pas bougé depuis qu'elle avait demandé aux autres de rentrer. Eleyon marqua donc un temps d'arrêt, ne s'attendant pas à ce que la jeune femme soit encore là. Levant les yeux pour regarder les deux mages s'en aller, il remarqua que Jédaiah semblait bien fin par rapport au mage aux sabres alors que ce dernier était légèrement plus petit que le blond. Hochant la tête de droite à gauche en faisant la moue, il continuait de regarder les deux mages tout en s'adressant à Lyra.

- Ils vont nous causer des problèmes ces deux là…

- En attendant, c'était une mission de Rang double S et ils l'ont terminé en une journée. Je pense que Yasha ne fera rien de problématique, mais surveille Jédaiah, d'accord ? J'ai l'impression qu'il a le sang chaud.

Après une légère pause, Lyra reprit en prenant Eleyon dans ses bras.

- Essayez de bien vous entendre, avec vous trois à la guilde, on aura pas trop de problèmes.

Posant sa main sur le crâne de la jeune femme, Eleyon lui murmura à l'oreille qu'il lui promettait d'essayer, avant de lui frotter le crâne, lui ébouriffant les cheveux et la faisant pousser un grand cri. S'enfuyant pour éviter les représailles, Eleyon fit de nombreux bond afin d'éviter les larges jets d'eau que lançait la jeune femme.

Reprenant ses esprits, Eleyon se rendit compte qu'il était complètement sec, mis à part une petite larme qui avait coulé sur sa joue. Après l'avoir essuyé d'un geste de la main sans relever la tête, le mage de feu demeura quelques instants sans bouger, ne pensant à rien d'autre qu'au contact froid du carrelage sur son corps.

*Si vous cherchez quelque chose de pas très net ni très légal, le mieux c'est d'avoir quelqu'un dans l'Occultis*

Les mots de Jédaiah résonnaient encore et toujours dans la tête d'Eleyon, il n'avait aucune idée de ce que le blond voulait dire par là, mais sans doute que ce serait en effet pratique d'avoir un contact sur le Marché Noir de la Magie. Cependant, il n'y avait personne de disponible à Tempesta pour assurer ce rôle. Yasha absent,Tsura incapable de fourberie et Nephilim étant ce qu'elle est, il valait mieux ne pas leur faire confiance pour cette mission, ce qui ne laissait que le mage de feu lui même pour cela, ce qui était impossible également car le Directeur ne l'aurait jamais laissé faire.

Eleyon dut donc se résoudre à lui désobéir, et, sans aucun bruit, quitta la guilde une fois la nuit tombée en utilisant le Griffon. Heureusement pour le mage de feu, le téléporteur était bien à l'écart de tous ceux qui pouvaient être réveillé par la machine.

- Tu vas où comme ça ?

- Pardon Nephilim, je voulais pas te réveiller.

- Avoir autant de tristesse et de colère en soi, c'est comme si tu hurlais dans les couloirs pour moi.

- Désolé…

- Tu prépares quoi ?

- Je vais partir un moment, tu peux rester discrète ?

- Compte sur moi pour retourner me coucher et l'oublier oui !

- Merci, à bientôt Nephilim.

- Fais attention à toi.

Sans un mot de plus, Eleyon disparut dans un éclat aveuglant, ne laissant que Nephilim dans la salle du Griffon. Baillant profondément, Nephilim reprit la direction de sa chambre, maudissant intérieurement le mage de feu de l'avoir réveillé en pleine nuit en même temps qu'elle priait pour son retour rapide.

A plusieurs dizaines de kilomètres de là, Eleyon apparaissait au pied d'une grande muraille de pierre, de grands miradors scrutant le sol et l'horizon à l'aide de grands projecteurs. Sautant directement sur le rempart, Eleyon arriva ensuite dans la cour du bâtiment, évitant les tours de garde plus petites qui scrutaient l'intérieur. Le mage de feu arriva près d'une porte d'entrée et en fit fondre les gonds afin de rentrer le plus discrètement possible. Une fois à l'intérieur, Eleyon n'avait que les veilleuses pour s'éclairer et progressait difficilement dans le noir. Il tentait de ne pas se faire voir aussi bien des gardes que des prisonniers qui pourraient donner l'alerte malgré eux. L'infiltration n'était pas le point fort d'Eleyon, et il avait une furieuse envie de raser les murs qui se trouvaient sur son chemin. Il fallait cependant qu'il arrive à sortir sans se faire repérer. Se cachant dans l'embrasure des portes lorsqu'il vit un garde arriver sur lui, Eleyon parvint à passer derrière lui et continuer sa progression. Après plusieurs minutes de marche, Eleyon commença à s'agacer et pensait à rebrousser chemin

- Tu sais que Laudriz te tuerai pour ça…

- Oh enfin, je pensais plus te trouver Akamura…

Dans la cellule à sa droite se tenait une silhouette adossée au mur, habillé de guenilles et recouvert de bleus et de coupures. Il avait les yeux et les cheveux auburn, du même teint qu'Eleyon, mais bien plus hérissés et tirés vers l'arrière.

- Tu n'as pas le droit de me faire sortir, il ne reste que trois mois avant la fin de la peine, alors pourquoi tu es là ?

- Parce que j'ai besoin de toi maintenant. Je vais te sortir de là.

- Le vieux va vraiment te tuer.

- Il n'en saura rien. Tu connais l'Occultis ?

Ecartant largement les bras en entrouvrant la bouche, le jeune fit semblant d'être vexé par la question d'Eleyon. Non pas qu'il était offusqué que le mage de feu le pense familier d'un tel endroit, mais par le fait qu'il puisse douter du contraire alors que c'est justement pour contrebande qu'il était enfermé.

- Comme ma poche pourquoi ?

- J'ai besoin que tu ailles là-bas pour moi, tu n'iras pas à la guilde et ne prendras contact qu'avec moi, tu es d'accord ?

Restant silencieux quelques instants, le prisonnier dévisagea Eleyon avant de se lever et d'avancer vers les barreaux.

- Marché conclu, ça me manquait de faire cramer des trucs.

- T'es pas trop rouillé j'espère ?

Dès qu'il eut fini sa phrase, Eleyon s'écarta des barreaux qui devinrent rougeoyant, ce qui n'était pas de son fait, mais de celui d'Akamura. Posant ses mains sur les barreaux ardents, le prisonnier les écarta comme s'il s'agissait de simples rideaux avant de les remettre en place, ni vu ni connu.

- T'inquiète pas pour moi petit frère.