Au nord, une large procession traçait son chemin dans les hautes collines d'Iceberg. La neige ne tombait plus, mais le vent la soulevait par vague, manquant de faire lâcher aux mages les attaches qui les maintenaient sur le dos des larges bêtes à cornes.
- J'en ai marre de ce vent. se plaint Nephilim. Dommage que Falcon ne soit pas là.
- On devrait déjà s'estimer heureux qu'ils nous laissent monter sur leurs bêtes plutôt que de marcher en bas. répondit Evan, allongée sur une bulle.
- On en a qui ont l'air de s'amuser au moins. reprit Nephilim, en regardant au loin Tsura qui soufflait la neige sur le chemin et Ryuu qui marchait aux côtés de Nathaël, juste derrière le dragon du ciel.
- On avance pas bien vite, on est pas prêt d'être rentrés. dit Evan en regardant ce qui se passait derrière elle.
En tête du cortège, le groupe de mage était suivi par toutes les bêtes de trait dont le dos était encombré de paquetages en tout genre. Le soldat servant de cavalier se tenant entre les bois de l'animal et le dirigeant avec des rennes qui ressemblaient plus à des cordes de bateau. Ensuite venaient les fantassins qui marchaient dans les traces laissées par les larges animaux. Enfin, fermant la marche, les cavaliers, montés sur ce qui ressemblait à des percherons, aux pattes et au museau courts, munis de défenses.
- Nous devrions arriver d'ici trois jours à Saembiod. Le Godisamnar dure deux jours, mais nous ne savons pas quand cela commencera. Même si le Stahird demande son organisation, cela pourrait prendre une semaine au plus. dit Sigvid, marchant aux pieds de la bête.
- Il y a tant de monde que ça qui doit venir pour que ce soit si long ? demanda Nephilim.
- Tout le monde peut y assister, mais il n'y a que trente et un participants, dont le Stahird et moi. Le problème, c'est que chaque Godi cherche à préserver ses intérêts et ne souhaite pas quitter ses terres. Espérons que Pergrande soit une menace suffisante pour les pousser à se manifester.
Bien plus loin à l'est, une escouade aux couleurs de Pergrande marchait entre les montagnes, descendant vers les vallées d'Iceberg.
- [J'en ai marre de ces escarmouches, ça fait combien de temps qu'on a pas eu de permission ?]
Un jeune homme se plaignait alors qu'il arpentait le chemin rocheux, remettant en place la fourrure fauve de son armure qui tentait de lui tenir chaud.
- [On a une mission à Adalborg, une fois que ce sera fait, on pourra rentrer.]
Le soldat fermant la marche se voulait rassurant, sentant bien que la fatigue et l'usure prenaient le pas parmi ses troupes.
- [C'est toujours la dernière mission…]
- [Se plaindre ne nous fera pas rentrer plus vite.]
Le calme retrouvé, l'homme à l'armure de cuivre doré hâtait le pas, souhaitant quitter au plus vite le vent et le froid mordant et montagnes. Leur mission était simple, coucher sur papier les défenses d'Adalborg s'il y en avait afin de pouvoir investir la ville d'ici quelques jours. Pour être discret et rapide, la coterie était réduite à une quinzaine de personne en équipement léger, corde, lames et pour certains, un bouclier. A mesure qu'ils descendaient, le vent se fit plus calme, jusqu'à ne devenir qu'une brise. C'est cependant le froid qui gênait maintenant le groupe alors que la température chutait seconde par seconde. De la buée commençait à se former devant leurs bouche et, malgré leur pardessus de fourrure, des grelottements ralentissaient la marche.
De derrière, le supérieur voyait sa troupe se figer. Iceberg avait la réputation d'être un pays froid, mais cela en devenait ridicule, il n'avait jamais entendu parler d'une région où la montagne était plus chaleureuse que la vallée en contrebas. Des hommes et des femmes en pleine force de l'âge en devenaient presque incapable de bouger. Son regard se baladant entre ses hommes, il fut attiré par un éclat blanc au sol, un ruisseau, sortant à peine de terre, gelait à vue d'oeil. Le gel s'étendit ensuite au reste du sol, comme un envahissant tapis blanc. Cela ne pouvait pas être naturel, impossible. Un mage était à l'oeuvre. Son regard balaya les environ, l'air qu'il inspirait lui tailladant la gorge et les poumons, personne en vue. Ils étaient repérés, peut-être même déjà dans un piège, il fallait se mettre à l'abri. Rebrousser chemin était impossible, la troupe se demanderait pourquoi faire demi-tour. Descendre dans la vallée et préparer une défense était la meilleure option. Le Supérieur accéléra le pas, rattrapant sa troupe. Sur son bras, un fine couche de glace grippait les joints de son armure. Avant d'avoir pu y faire quoi que ce soit, quatre pieux de glace lui transperçèrent le torse. Derrière lui, la Reine du Dark Chess le plaqua au sol, s'attaquant ensuite au reste de la troupe. Malgré le chaos, seuls quelques cris brisaient le silence de l'attaque et rapidement, il n'y eu plus que la Reine debout.
Pas un seul de ses cheveux blanc n'était sorti du rang et sa respiration était toujours aussi calme qu'au repos alors que quinze personnes gisaient à ses pieds. Ses griffes de glace disparaissaient alors qu'elle cherchait dans sa veste sa lacrima de communication. Elle prit en main son appareil en forme de micro.
- J'ai intercepté une escouade de Pergrande en direction d'Adalborg, quinze soldats, pas de mage. J'estime qu'il s'agissait d'une équipe de reconnaissance renforcée.
Au sol, le responsable des troupes ne pouvait qu'écouter le dialecte de l'agresseur. Elle semblait venir de Fiore, cela voulait dire que tout l'Empire Fioréen assistait Iceberg. Aucun rapport n'allait dans ce sens. Fuir, il devait fuir et en avertir l'Assemblée de Guerre. Malgré ses forces éphémères, il parvint à se traîner sur le sol à l'aide du seul bras acceptant de lui obéir. Elle était trop prise dans sa discussion pour l'entendre, et une fois dans la rivière en contrebas, il pourrait se laisser emporter par le courant. Au bord du précipice, il fit un dernier effort pour se faire basculer. Une lame de glace l'empêcha d'avancer, le clouant au sol et le faisait sombrer dans l'inconscience.
Sa lacrima à la main, Yukihyô semblait venir d'écarter un insecte gênant.
- Non rien, un petit contretemps. Quelle est la prochaine destination ?
Dans le bastion du Dark Chess, Sekiko et Hoyaporo se tenait autour d'une grande carte au sol, l'emplacement de la Reine marqué par une lueur blanche. Remettant en place sa mèche de cheveux grisonnants, Hoyaporo parcourait la zone des yeux.
- Nous n'avons aucune informations concernant une autre expédition.
A son tour, Sekiko prit une mine pensive, fixant la frontière entre Iceberg et Pergrande.
- Le mieux serait d'aller à la capitale, voyez si des attaques d'Icerberg sont prévues et assistez les.
- C'est d'accord. Je m'y rend.
La voix de Yukihyô résonnait dans toute la salle avant que la communication ne cesse, faisant disparaître le point blanc sur la carte.
- Je ne m'attendais pas à ce qu'elle soit si rapide à nettoyer la frontière. dit Hoyaporo. Pour une mage formée à la Griffe, elle se débrouille bien.
Ses sourcils s'élevant sur son visage, Sekiko baissa le regard vers son collègue.
- Depuis quand la Griffe a-t-elle mauvaise réputation ?
- Depuis que tu en es sorti avec les honneurs. dit Hoyaporo en feuilletant les dossiers qu'il tenait en main.
- Maintenant je sais que tu ne travailles pas seul par choix. dit Sekiko en poussant un soupir.
- Oh, mais je ne travaille plus seul.
- En parlant de ça, comment se porte notre nouveau Fou ?
- Il parcourt le Bastion de long en large. Je l'ai engagé pour enquêter sur les rebelles d'Hortens et Amarylle, mais à vrai dire je n'ai pas vraiment de piste, et je ne l'ai même pas encore testé pour voir ce dont il est capable en combat.
- Kane a été de nombreuses fois félicité pour cela, la seul tâche au tableau est l'attaque de sa prison. Si tu le souhaites, j'ai une session d'entraînement avec Lia, je pourrai y intégrer Kane.
- Merci, je te revaudrais ça.
- Si on tenait encore les comptes, tu aurais aussi bien fait de te mettre à mon service.
Déjà sur le pas de la porte, Hoyaporo fit un geste de la main en direction de Sekiko.
- Je dirai à Kane de venir vous trouver toi ou Lia. Merci encore.
- J'attend encore un appel d'Akiro. Il ne se passe jamais rien à Bosco, mais sait-on jamais. Je m'occuperai de Kane dès que cela sera terminé.
La discussion et la porte close, Sekiko prit un air ennuyé et fit les cent pas en attendant l'appel du mage aux cheveux bleus.
Au nord, dans la taverne du Loup Timide, Eleyon savourait une bière en compagnie de son frère.
- Rien de nouveau sur les fragments alors.
- Aucune trace sur le marché noir, aucune rumeur et personne qui ne les recherche aussi. dit Akamura, faisant le tour de sa chope avec son doigt.
Eleyon se prit la tête des deux mains, se frottant le visage.
- Eli, ça ne fait pas si longtemps que j'y travaille, pas de quoi s'inquiéter. En plus, je ne fais pas vraiment partie des hautes sphères de l'Occultis, j'ai du chemin à faire avant qu'on me dise tout.
- Si on avait le temps ça se saurait. dit Eleyon, la tête basse.
- J'ai appris autre chose en revanche. Jédaiah monte une équipe contre Yasha.
- Ca devait arriver tôt ou tard, il le sait sûrement déjà.
- Le Clan des Cendres est aussi à sa recherche, s'ils font équipe ils seront dangereux. Et il n'y a pas que lui qui est recherché, ils viendront pour vous aussi.
- Qu'ils fassent la queue. dit Eleyon en terminant sa chope d'une traite.
S'apprêtant à retourner dans l'Occultis, Akamura quitta son tabouret en laissant quelques pièces sur le comptoir.
- Une dernière chose. Un mage de feu commence à faire parler de lui à Seven, le Dark Chess commence à s'y intéresser. Si c'est Azato ou Akuno, peut être que tu pourrais les raisonner… et passer voir les parents pour une fois.
A ces mots, Eleyon tendit enfin l'oreille et se montra inquiet cherchant le regard de son frère.
- Comment ils vont ?
Après un temps d'arrêt, Akamura se tourna vers le mage de feu.
- Ils vieillissent. Il y a de moins en moins de monde autour d'eux, et plus de famille.
Eleyon baissa les yeux, ruminant quelques instants.
- Papa a toujours son écharpe ? dit-il subitement.
Pris au dépourvu, Akamura secoua la tête.
- Oui. Tu écoutes ce que je dis ?
- Je ne peux plus m'absenter sans raison.
- Si tes parents ne sont pas une raison, alors ne t'absente pas.
A ces mots, Akamura montra son pendentif au tavernier.
- Je cherche la tanière.
Un dernier regard vers Eleyon montra que ce dernier n'avait pas bougé, gardant la tête baissée. Après un profond soupir, Akamura disparu dans la salle menant vers l'Occultis.
