Tsura avait autrefois fait la rencontre d'un groupe de mage, on pouvait difficilement parler de guilde, mais échapper à son mode de vie solitaire était déjà plus que suffisant pour le chasseur. Cependant, cela ne dura pas. Une attaque du Dark Chess les avait dispersé, et plus jamais Tsura n'en entendit parler. Seul à nouveau, le jeune mage préférait rester dans les bois, il se sentait plus en sécurité, sans doute car ce serait plus facile de se cacher ou s'enfuir s'il venait à rencontrer un ennemi. Bien aidé par son ouïe fine et son infaillible odorat, il avait évité de nombreuses patrouilles, mais jamais trouvé de compagnon. Ainsi, c'est la solitude qui faisait souffrir Tsura, presque autant que la faim qui le tiraillait.
- Quand tu auras vraiment maîtrisé tes pouvoirs, tu pourras survivre des mois rien qu'en respirant de l'air pur. lui disait Conloelio.
Visiblement Tsura n'en était pas encore là, peu importe l'air qu'il avalait, cela ne le nourrisait aurait bien échangé un peu d'air pur contre un bon repas. Peut-être des pommes de terre, avec une côtelette saignante, et le jus qui coule sur les pom— Non, ça empirait les choses. Il était sans le sous, il ne savait pas ce qui était comestible dans la nature. Il n'avait qu'à espérer trouver quelqu'un d'assez généreux, ou voler.
Le chasseur arriva dans un petit village, pendant quelques minutes, il en fit le tour, s'assurant que le Dark Chess en était absent. Plusieurs fois, il sentait son ventre gargouiller, comme s'il savait qu'ils touchaient au but. Faux espoir cependant, Tsura ne rencontrant que des portes closes. Peu de personnes étaient prêtes à partager leurs réserves avec un parfait inconnu.
Tsura s'écroula le long d'un mur, histoire de reprendre quelques forces, ce qui n'était visiblement pas au goût de son estomac, qui se plaignait d'être toujours vide.
- Je fais ce que je peux. dit Tsura en appuyant sur son ventre, espérant le faire taire.
Il allait devoir se résigner à voler, même s'il aurait préféré le faire dans une grande ville où cela dérangerait moins, mais il n'avait aucune idée d'où il était et donc ne savait pas s'il pourrait supporter le voyage. Pendant qu'il se redressait, décidé à accomplir sa basse besogne, il entendit un cri.
Plus un cri de surprise qu'autre chose, c'était suffisant pour attirer Tsura qui eut tout juste le temps de voir un homme à terre et un autre partir avec un large sac à dos. Les autres villageois se tenaient pantois, puis certains vinrent au secours de la victime, Tsura en tête.
- Comment ça va ? demanda le jeune chasseur en l'aidant à se relever.
- Oui, tout va bien merci.
- Noran, qu'est-ce qui s'est passé ? demanda l'un des villageois.
- Il m'a pris mes outils. dit-il en remettant ses cheveux noirs dans sa queue de cheval.
Pendant qu'il se relevait, Tsura était surpris par la stature de Noran, ses bras étaient presque aussi larges que les cuisses du chasseur, et, alors qu'il époussetait son large tablier, Tsura vit qu'il était bien rempli. Comment avait-il pu se faire surprendre par un voleur et mettre à terre si facilement, il faisait près de deux mètres et dépassait facilement le quintal ? L'un des villageois posa cette même question.
- Il m'a sauté sur le dos et a coupé mes lanières avant de s'enfuir, j'ai pas eu le temps de faire quoi que ce soit.
- Il va falloir les retrouver et tout récupérer. dit une jeune femme aux cheveux d'or. On a pas de quoi tout racheter.
- Il faut se dépêcher avant qu'ils arrivent à s'enfuir.
- Je ne sais pas comment on va s'en sortir si on n'a plus de menuisier.
Pendant que certains se portaient déjà volontaires pour chasser ces voleurs, Noran se montrait plus prudent.
- Ce n'est rien je vous assure, j'ai largement ce qu'il faut à la maison pour la plupart des travaux que vous demandez. Ils sont sûrement déjà loin de toute manière.
- Il y en avait pour combien dans ta besace ? demanda un villageois grisonnant.
Noran sembla réfléchir quelques instants, faisant la liste dans sa tête. Il baissa les yeux puis se frotta la nuque.
- Entre mes ciseaux et mon rabot, il doit y en avoir pour cinq cent mille joyaux. dit-il à voix basse.
- Et tu ne veux pas qu'on aille les chercher ? Ça prendra des mois pour rassembler assez d'argent pour t'outiller à nouveau. dit il, une veine commençant à poindre sur sa tempe.
- Je te dis que j'ai ce qu'il faut Ethony, je les rachèterai au fur et à mesure, ne t'inquiète pas. dit Noran en essayant de le calmer.
Ethony jeta ses bras en l'air et quitta les lieux, sachant bien qu'il n'y avait aucun moyen de le faire changer d'avis. De nombreux villageois suivirent son exemple et peu à peu, la foule s'éclaircissait.
- Si vous voulez, je peux les retrouver pour vous. dit Tsura.
- Et comment comptes-tu t'y prendre ? demanda le menuisier.
Est-ce que dire qu'il pouvait les renifler trahirait sa condition ou bien passerait-il juste pour une bizarrerie. Il valait mieux jouer la sûreté.
- Je pense que je peux les pister dans la forêt.
Peu convaincu, Noran secoua la tête.
- Tu n'es pas d'ici je me trompe ? Pourquoi tu voudrais nous aider ?
- Parce que vous avez l'air d'avoir besoin de moi et…
Tsura hésita, il avait cette idée au fond de la tête depuis un moment, mais il n'avait aucune envie qu'il pense qu'il les aidait par pur intérêt.
- Je meurs de faim.
Noran explosa de rire. Étrangement, il faisait plus confiance à Tsura maintenant que s'il était complètement désintéressé. Personne ne se lancerait à la poursuite de bandits sans savoir ce qui l'attendait juste par envie d'aider son prochain, se disait-il.
- Comment t'appelles-tu ? dit Noran.
- Tsura.
- Laisse tomber Tsura, ça n'en vaut pas la peine. dit Noran en retournant vers la ville en compagnie d'une jeune blonde et des quelques villageois qui restaient.
Tsura ignorait complètement pourquoi Noran refusait qu'on l'aide à mettre la main sur ses outils. S'ils coûtaient vraiment si cher, alors il devrait faire tout son possible pour les récupérer. C'est donc seul que Tsura entra dans la forêt, si le sac appartenait au menuisier, alors son odeur serait certainement dessus. Du coin de l'œil, Noran regardait Tsura disparaître derrière les arbres.
- Surveille-le s'il te plaît Iona. dit le menuisier.
D'un hochement de tête, la jeune femme à la coupe au carré accepta de suivre le chasseur. A travers les bois, Tsura remontait toutes les pistes qu'il pouvait, visiblement, le menuisier avait arpenté cette forêt de long en large, et Tsura n'arrivait pas à retrouver une piste qui se détachait des autres. Le chasseur dut se résoudre à faire de nombreux allers-retours, éliminant les possibilités une à une. Les feuilles mouillées, le bois en train de pourrir, les flaques de boue étaient autant d'odeurs qui commençaient à masquer celle du menuisier, mais enfin, Tsura parvenait à en détacher certaines. Trop occupé à humer l'air, il ne remarquait pas les lucioles qui le suivaient et Iona qui ne manquait rien de la scène.
- Mais qu'est-ce qu'il fiche ? se disait-elle en le regardant renifler un arbre.
Après quelques minutes, il ne restait plus qu'une piste pour Tsura, il la suivit pendant quelques instants, puis finit par entendre une voix non loin de là.
- Ah, enfin une bonne prise, ça fait plaisir.
Il tomba sur le voleur qui rangeait les outils dans le sac, visiblement content de lui.
- Rend ça. dit Tsura en se révélant.
- Non non. dit le larron, à peine surpris de l'arrivée de Tsura.
Dans un mouvement fluide, il jeta le sac sur son dos, le tenant d'une main, avant de prendre ses jambes à son cou. Tsura, espérant secrètement que le voleur abandonne sans discuter, se lança à sa poursuite. Même sans magie, Tsura était vif et agile, mais le voleur l'était tout autant, aussi la distance ne se réduisait que lentement. Au grand désarroi de leur poursuivante. Iona, qui n'était pas du même calibre, devait vite se résoudre à les laisser filer. A bout de souffle, son salut lui vint d'un arbre qui l'empêcha de s'écrouler sur le sol moite.
- Comment tu peux courir si vite à travers une foutue forêt ! dit-elle en un souffle pendant que sa gorge brûlait à chaque inspiration.
Posant sa joue sur le tronc, la fraîcheur la soulageait le temps qu'elle se reprenne. Ses courts cheveux blonds se mirent alors à luire. De ces derniers sortirent des lucioles qui encerclaient la jeune femme. Une fois sa respiration calmée, elle se redressa puis étendit sa main vers l'endroit où elle avait perdu Tsura et le voleur. Les lucioles qui restaient autour de sa tête se dispersèrent à travers la forêt, prenant en chasse les deux fuyards.
De leur côté, Tsura avait enfin réussi à poser la main sur le larron. Il se fit emporter vers l'avant par un puissant mouvement d'épaule qui l'envoya s'écraser un peu plus loin. Le temps de rouler sur le sol et de se reprendre, celui qu'il poursuivait avait déjà changé de direction. Ce voleur savait ce qu'il faisait, ce n'était pas un simple opportuniste, à tel point que Tsura se demandait s'il ne le menait pas dans un piège. Ils avaient parcourus plusieurs centaines de mètres dans la forêt, et personne n'était aux alentours, il n'y avait certainement aucun risque à utiliser la magie si loin de tout. Sautant au-dessus d'un tronc, Tsura se planta fermement dans le sol et y créa un cercle magique.
- Zonis.
Tsura s'entoura d'une aura blanche qui le porta à travers la forêt, rattrapant le voleur en un clin d'œil. Sentant la bourrasque gronder de plus en plus près de lui, le larron se retourna juste à temps pour voir une comète s'écraser sur lui et les amener tous deux au sol. Le sac échouant loin des deux. La prise était peu orthodoxe, aussi le voleur n'avait pas réussi à se réceptionner et se relever rapidement. Seul problème, Tsura ne parvenait pas à se lever non plus, pire, sa vision devenait floue et il avait l'impression que le paysage tanguait. Visiblement, utiliser la magie avec un corps affamé n'était pas une bonne idée.
- Il t'as bien eu sur ce coup. dit une autre personne qui, alertée par le bruit, avait accouru.
- C'est pas normal, il était pas censé y avoir de mage dans ce village. dit le voleur au sol en reprenant son souffle.
- On ferait mieux de déguerpir, ils sont jamais tout seul ces gars là. dit l'autre.
Le fuyard cherchait le sac, mais ce qui attira son regard, c'était les lucioles qui se rassemblaient autour de Tsura, qui s'aidait d'un arbre pour se redresser. Pris de panique en ne sachant pas ce qui les attendait, les deux voleurs ne demandèrent pas leur reste.
- Laisse tomber le sac, on se casse. dit le deuxième voleur en attrapant la main de son compagnon.
Les lucioles se condensèrent devant Tsura et prirent la forme de Iona avant de se dissiper, laissant la jeune femme devant le chasseur. Le voyant en si mauvais état, elle s'apprêtait à se moquer de lui, mais elle changea d'avis lorsqu'elle vit le sac d'outils non loin de là. Elle ramassa le sac, puis Tsura, et se dirigea vers le village, sans un mot. Les attendant patiemment, les réceptionna dès leur sortie des bois et les amena chez lui.
- Voilà où ça te mène de jouer au héros quand on n'en a plus les moyens. dit Noran sur le ton de la blague.
Tsura était trop occupé à enfin manger, ou plutôt, à verser le contenu de son bol au fond de son gosier, pour rire ou ne serait-ce que répondre. Noran vérifiait le contenu du sac, tout y était. Avec le retard qu'il avait, Tsura avait retrouvé le voleur et avait en plus récupéré ses affaires, mais d'après ce que lui avait dit Iona, ce n'était pas surprenant.
- Alors tu es un mage ? demanda Noran en rangeant ses affaires.
- Hein ? dit le jeune mage, un filet de soupe au coin de la bouche. Non, j'aurai moins de problèmes si c'était le cas. ajouta le chasseur et ramenant le bol à ses lèvres.
Iona, silencieuse jusque là, regarda Noran puis Tsura.
- Il a utilisé un sort pour accélérer et rattraper le voleur. Un sort de vent. dit-elle.
Tsura sentait l'étau se resserrer. La blonde était une mage, il l'avait vu, mais dans quel camp était-elle ? Le menuisier se serait-il embêté à le nourrir si c'était pour l'arrêter ensuite ? Noran se trouvait entre Tsura et la porte, s'il devait s'enfuir, il pourrait le prendre par surprise. Il renverserait la table sur Iona et profiterait de la confusion pour s'échapper. Si jamais Noran voyait le coup venir, Tsura savait que dans son dos se trouvait une fenêtre, il pourrait aisément passer au travers le cas échéant. En reposant le bol sur la table, il glissa une main en dessous, prêt à libérer une bourrasque pour la diversion. Sans doute Noran savait ce qu'il préparait, il se recula et posa ses mains sur la table, tentant de se rendre inoffensif.
- Ne t'inquiète pas, nous sommes dans le même bateau j'en ai peur.
- Qu'est-ce que vous voulez dire ? demanda le chasseur.
- On essaie aussi de mener notre vie tranquillement. dit Noran en souriant.
- Vous n'êtes que tous les deux ? demanda Tsura.
- Tu es bien curieux tout à coup. dit Noran.
Malgré le ton et le visage blagueur du menuisier, Tsura sentait bien que ce n'était pas une phrase anodine. Il devait montrer patte blanche.
- Désolé, c'est juste que je suis soulagé de revoir des mages.
- Ces voleurs t'on vu, et il y a des chances qu'ils avertissent le Dark Chess pour venir enquêter ici. Tu ne devrais pas rester là. dit le large menuisier.
- Et si je me cache en attendant que ça passe ? Je pourrais rester ? demanda Tsura.
- Pour le moment on ne peut pas, le Dark Chess fouillera tout, et s'ils ont une description de toi, ils viendront te chercher, peu importe où tu te caches. dit Iona.
- Donc, tu me dis que si j'attends loin d'ici que ça passe, je pourrais revenir ? dit le chasseur en souriant.
Iona souffla du nez et tourna la tête vers Nolan qui souriait doucement. Il se leva et fit les cents pas jusqu'à poser les yeux sur un meuble ou se tenait son chapelet. Taillé par ses soins, il passait ses doigts sur le pendentif, une fleur de lys renversée. Est-ce qu'il pouvait vraiment refuser d'aider une jeune personne dans le besoin ? Pourrait-il se regarder dans une glace après ça, surtout en sachant ce qui attendait Tsura ?
- Si tu restes à l'écart le temps que le Dark Chess passe, on trouvera une solution. dit-il en reposant son chapelet.
Et c'est ce qu'ils firent. Le Dark Chess n'envoya qu'un seul Pion enquêter dans le village, visiblement, un seul signalement ne méritait pas plus. En une semaine, le Pion ne trouva d'homme correspondant à la description du mage, ni dans le village, ni aux alentours. C'est bredouille qu'il remballa ses affaires et ne revint jamais. Tout l'inverse de Tsura qui, dès le lendemain matin, toqua à la porte de Noran.
- Et bien, le moins qu'on puisse dire, c'est que tu es ponctuel. plaisanta le menuisier en le rencontrant sur le perron.
- Désolé, je veux pas vous donner l'impression de m'incruster. dit le chasseur en observant la maison.
- Ne t'inquiète pas, je tiendrai parole, mais tu ne pourras pas vivre ici. dit Noran
- Oh. dit Tsura en baissant les épaules.
- Nous sommes au complet chez nous, tu comprends. ajouta Noran.
Tsura eut tout juste le temps de voir la tête blonde de Iona disparaître derrière un mur, ce qui lui mit la puce à l'oreille.
- Pardon, j'ignorais que vous et Iona étiez… enfin… bégaya le mage.
Noran plissa les yeux et releva la tête, regardant Tsura de haut.
- C'est ma fille. dit-il du coin de la bouche. Et je vis ici avec sa mère.
Tsura écarquilla les yeux, puis rougit, honteux. Noran avait l'air plus vieux que lui, mais pas suffisamment pour avoir une fille qui semblait avoir son âge.
- Mais euh, du coup, euh… Est-ce qu'il y a une… Où est-ce que je pourrais m'installer ? dit le jeune homme.
- Il n'y a pas de maison libre dans ce village. dit le menuisier sur un ton monotone.
Noran disparut en fermant la porte derrière lui, laissant le chasseur perdu, il ne savait pas s'il l'avait vexé, s'il refusait de l'aider, ni même s'il allait revenir. Des bruits provenant de l'intérieur lui faisait se dire que le menuisier préparait quelque chose. Quelques instants plus tard, il était de nouveau à l'extérieur, son sac grossièrement raccommodé à la main et une hache dans l'autre.
- On va devoir t'en faire une, et on va se mettre au travail tout de suite. dit-il en lançant la hache vers Tsura. Suis-moi.
Au coeur de la forêt, Noran chercha un arbre du regard, pour fabriquer une charpente , il fallait un arbre résistant à l'humidité, solide pour supporter le toit et le torchis, si possible éloigner les insectes, qu'il ne se déforme pas sous la charge, qu'il….
Tsura voyait bien que Noran était concentré, il n'osait pas lui parler, de peur de lui faire perdre le fil de ses idées. Puis, comme un chien ayant reniflé une piste, le menuisier marcha d'un pas décidé vers un arbre, posant la main dessus, en observa le feuillage et tendit la main vers Tsura. Voyant que rien ne venait, il agita la main, comme s'il attendait qu'on lui donne quelque chose. Toujours rien. Il jeta un regard à Tsura et fit un geste de la tête vers la hache que tenait le chasseur. Une fois l'outil en main, Noran se mit en place.
- Tu as déjà coupé un arbre ? demanda le menuisier.
- Jamais.
- Alors regarde.
Noran balança la hache et la planta profondément dans le végétal. Difficile de croire qu'un arbre qui se faisait découper si facilement allait pouvoir supporter une maison entière. Au second coup, Noran creusa une profonde encoche, à tel point que Tsura pouvait y mettre sa main. Noran lança la hache vers le chasseur qui la rattrapa d'une main.
- Termine celui-là, tu es petit, du coup tu devras essayer de taper plus bas, c'est pas plus mal, on aura plus de bois pour travailler. dit le menuisier.
Vexé, Tsura voulait d'abord le reprendre, lui dire qu'il n'était pas si petit que ça. Il changea cependant d'avis lorsqu'il leva la tête pour fixer Noran dans les yeux. Quelle taille faisait-il ? Il le dépassait bien d'au moins vingt, trente centimètres, sans doute que tout le monde lui paraissait petit. Tsura décida de se taire et d'acquiescer, laissant Noran s'enfoncer dans la forêt.
Fixant son objectif de haut en bas, Tsura se décida à se mettre au travail. Après tout, à quel point cela pouvait être compliqué ? La hache avait l'air affûtée, elle rentrait dans le bois comme dans du beurre, et même si Tsura était moins habitué à la découpe, il devrait finir par y arriver, tôt ou tard. Au premier coup, la hache de Tsura lui rebondit hors des main.
Un coup de malchance, pensa-il en allant ramasser l'arme pour retenter sa chance. Bis repetita, et Tsura fit de nouveau le chemin vers la hache perdue en grommelant. De toute évidence, il s'y prenait mal. Après de nombreux essais, il parvint enfin à frapper l'arbre sans lâcher son arme. Il observa les dégâts et tomba à la renverse quand il vit qu'il avait tout juste découpé l'écorce. Même en s'y prenant convenablement, il manquait juste de force, c'était aussi simple que ça.
Tout en frappant l'arbre, Tsura réfléchissait. Il avait déjà une idée en tête. Un sort pour le rendre plus fort. Mais il y avait un problème. C'était simple pour lui de visualiser comment le vent pouvait le rendre plus léger, plus rapide, mais pas comment il pouvait augmenter sa force. Peut-être que ce n'était pas si différent après tout ?
Avec cette idée en tête, Tsura se concentra sur son bras. Le vent ne devrait pas le porter, mais le pousser tout autant. Il entoura son bras d'air qu'il mit en mouvement, circulant autour de son coude, de son avant-bras, des ses doigts. Il avait l'impression qu'ils étaient dans des bandages tant la pression était forte. En douceur, de peur de dissiper le sort, il prit la hache et la balança vers l'arbre de toutes ses forces.
Comme il l'avait prévu, le vent qui tournait autour de son bras se mit à le pousser dans la direction de son geste, l'aidant à planter solidement la hache dans sa cible. Satisfait, Tsura dissipa le sort, lui provoquant des fourmis dans tout le bras. Il avait une nouvelle arme, et pas juste pour couper du bois. Il ne restait plus qu'à trouver un nom. Tsura n'avait jamais été doué, et il choisissait souvent le premier qui lui venait à l'esprit, pour cette fois, ce serait "Dioga". De longues minutes plus tard, un fracas se fit entendre alors que l'arbre de plusieurs dizaines de mètres s'écroulait sous les assauts de Tsura.
C'est ce moment que choisit Noran pour revenir de son expédition. Il observa l'arbre tombé puis posa ses affaires au sol.
- Tu as été plus rapide que prévu, j'ai marqué les cinq plus proches, je m'occupe d'élaguer celui-ci. dit Noran.
- Cinq ? dit Tsura en se décomposant.
- Tu croyais quand même pas qu'un seul arbre allait faire l'affaire ? demanda le large menuisier.
Non, il ne le croyait pas, mais il l'espérait vraiment. Il avait déjà des ampoules sur les mains et il n'avait même pas fait un arbre entier, il n'osait pas imaginer leur état s'il avait été incapable de les soigner. Ce n'est qu'au zénith, qu'enfin, Tsura put s'écrouler sur le sol et se reposer quelques instants, jusqu'à somnoler. Il fut réveillé par un filet d'eau sur le front. Iona était venu le chercher.
- On a pas fini, on t'attend. dit la jeune blonde, un petit ballot de paille sur les épaules.
Entre deux plaintes, Tsura se releva, et suivit les pas d'Iona vers le village. Au grand étonnement de Tsura, de nombreux inconnus s'affairaient à aplanir le sol d'un terrain vague. Un large bâtiment non loin de là crachait en abondance une fumée blanche. Parmi la foule, il croisa Noran qui discutait avec un autre vieil homme qui lui montrait une grande feuille de papier. Du coin de l'œil, il aperçut Iona qui déposa le ballot de paille sur une grande table, de nombreuses vieilles dames et enfants se chargeant de trier les brins selon leur taille.
- Ça prendra un bon mois pour monter la maison, on a des colonnes déjà prêtes mais il faut qu'on en sèche d'autres, en attendant on prépare ce qu'il faut. dit-il en montrant les trieuses de paille.
- Tous ces gens travaillent pour construire ma maison ? demanda le jeune chasseur, étonné de tant de générosité.
- Et bien j'avais juste demandé à quelques amis, mais quelqu'un a raconté à beaucoup de monde ce que tu avais fait— dit il en jetant un regard vers sa fille— et quand ils ont vu qu'on s'affairait et qu'ils ont su pourquoi, ils ont voulu aider.
- Les gens doivent beaucoup vous aimer s'ils font tout ça juste parce que j'ai récupéré votre sac. dit Tsura, un large sourire aux lèvres.
Même avec tout l'amour du monde, construire une maison restait une tâche ardue et ce n'est que deux mois plus tard que la maison était enfin habitable. C'est Iona qui l'escorta dans sa nouvelle résidence et Tsura semblait dubitatif, comme victime d'une mauvaise blague.
- C'est pour moi ça ? dit le chasseur, à peine entré, ses yeux parcourant le salon..
- Bah oui, rien de bien exceptionnel, c'est plutôt classique comme maison, tu trouves vraiment ça trop petit ?
- Ah non, c'est super, je trouve ça très bien. dit-il, sans avouer qu'il n'avait jamais rien eu de plus grand qu'une couche faite de paille. Une chambre seule lui aurait largement suffit.
- Je préfère ça. dit la jeune femme, un sourire retrouvé aux lèvres. Je vais te montrer les autres pièces.
- Les… autres pièces ? dit Tsura, pris de ce qui ressemblait à des vertiges.
C'était trop, beaucoup trop pour Tsura. Même plusieurs mois plus tard, il ne se servait pas d'autres pièces que sa chambre et sa salle de bain. Au grand dam de Iona qui voyait la plupart de ces recoins prendre la poussière.
Chez le chasseur de dragon, ce dernier était allongé dans son lit, profitant enfin d'un peu de repos. Il entendit un bruit sourd sur sa porte, pas comme quelqu'un qui toque, plutôt comme un animal pataud qui tentait de rentrer. Curieux, Tsura allait lui ouvrir la porte pour voir de quoi il s'agissait. C'était une mule qui tapait du pied pour entrer, chargée de tous les présents que les villageois avaient pour l'homme à tout faire. Tsura s'était montré pour le moins serviable depuis son arrivée, à tel point que c'en était parfois effrayant, Iona devant l'obliger à prendre du repos, comme aujourd'hui.
- Bonjour Iona. dit le chasseur en regardant sa cargaison.
Sitôt entrée, elle passa devant le propriétaire des lieux et tituba avant de s'écrouler sur le canapé qui trônait seul au milieu de la pièce.
- Tu viens d'où avec tout ça ? demanda le jeune homme.
- J'ai changé d'avis, je te déteste. dit-elle sans bouger, toujours clouée par ses sacs et ses cadeaux.
Rapidement débarassée de ce qui ne lui était pas destiné, Iona restait allongée, rouge, en sueur, et décoiffée. Elle resta ainsi le temps que Tsura range tout ce qu'il pouvait, ne lui rendant que des sacs vides.
- Ils sont vraiment gentil de me donner tout ça, j'en demandait pas tant. dit le chasseur en s'asseyant près de la blonde.
- On a pas toujours de l'argent pour payer les services, alors on donne ce qu'on peut. dit-elle en se relevant. Ça te dirait de faire un tour ?
- Tu me demandes de me reposer une journée et ensuite tu me demandes de venir avec toi.
- Oui, mais moi je vais pas te faire travailler.
Sans avis sur la question, Tsura accepta, préférant la compagnie de la jeune femme à la solitude. Il se demandait également où Iona voulait bien l'emmener.
- Est-ce que tu as l'impression que je suis souvent chez toi ? Ma mère m'a fait la réflexion ce matin. dit-elle en jetant des regards qu'elle croyait discrets vers le chasseur.
- Euh… ça me dérange pas. répondit-il en niant de la tête.
Acquiescant sans le savoir, il mit dans l'embarras la jeune femme, ce dont il se rendit bien compte. Pendant plusieurs minutes, il chercha comment changer l'atmosphère.
- Dit, t'as un endroit où tu préfères aller quand ça va pas, qui te met de bonne humeur.
La jeune femme se mit à sourire, elle n'eut pas à réfléchir longtemps pour savoir où aller, et amena Tsura au pied d'un arbre au large tronc au coeur de la forêt. Dans ce dernier, il y avait un profond creux, suffisant pour abriter une petite tente.
- C'est là ? dit-il en regardant l'arbre de haut en bas, sans voir Iona en train d'escalader.
- Non, c'est là-haut.
Tsura arriva vite sur la branche choisie par Iona. Sur cette dernière, qui surplombait la canopée, il avait vue sur une grande partie de la région. Les premières maisons du village se dessinaient entre les branches et on pouvait suivre la seule route qui quittait le village jusqu'à la large voie qui s'éloignait entre les bosquets, jusque vers l'horizon et le ciel bleu, sans nuage.
- C'est une super vue. dit Tsura en essayant de s'asseoir.
La branche était trop étroite pour que les deux s'y installent confortablement, ainsi, lorsqu'ils se rapprochèrent inévitablement, Iona se mit à frissonner.
- Ca va pas ? demanda le jeune homme.
- Non, tu me gènes ! mentit la blonde en le poussant.
Aucun des deux ne courait de risque à tomber, mais ils se battaient quand même pour ne pas tomber, se repoussant mutuellement. Un coup de tonnerre les fit sursauter et basculer dans le parvint tant bien que mal à agripper la branche et attraper la main de Iona. Pendant qu'il essayait de la remonter, il aperçut au loin de larges éclairs blancs qui s'élevaient vers le ciel. Ils se rapprochaient.
Au village, l'agitation se répandait parmi les habitants. Ils avaient bien vu des éclairs, ils avaient bien entendu le tonnerre, mais il n'y avait pas ne serait-ce qu'un nuage à l'horizon. Les plus fragiles allaient s'abriter, les plus téméraires observaient. Les éclairs provenaient du sol et frappaient erratiquement, à n'en pas douter, c'était un mage à l'action, et à en juger par la taille des éclairs, il était puissant.
Alors que le tonnerre s'était enfin tu, l'atmosphère n'en était pas plus sereine pour autant. Cherchant toujours ce qu'il se passait, Tsura et Iona furent approchés par un jeune villageois.
- Tsura, Ethony voudrait que tu restes chez toi pour le moment. dit-il en essayant de paraître le plus calme possible.
- Qu'est-ce qu'il se passe ? demanda le chasseur.
- Y'a une escouade du Dark Chess qui arrive. On a peur qu'ils te reconnaissent, alors s'il te plaît, reste chez toi.
Tsura n'avait rien à redire et comprenait la logique, aussi Iona et lui restèrent en sa demeure.
- Pourquoi tu restes ici ? demanda jeune garçon aux cheveux blancs.
- Pour pas que tu restes tout seul, mais si tu veux, je m'en vais. répondit la jeune femme.
Tsura fit non de la tête, sans répondre.
- Ça arrive souvent que le Dark Chess vienne par ici ?
- Pas vraiment, on n'est pas très loin de la capitale, mais c'est perdu par ici, on est tranquille d'habitude. Sauf quand on a un mec qui vient se cacher ici. dit-elle en jetant un regard vers Tsura qui en fit de même.
Pendant quelques heures, ils restèrent à l'intérieur, attendant que l'orage passe. Impatient, Tsura passa sa tête par la fenêtre et eut tout juste le temps de croiser le regard d'un mage du Dark Chess aux longs cheveux gris hérissés, un fou pendait à son oreille. Avant d'être vu, Tsura reprit place dans la maison et patienta. C'est Noran qui vint le chercher, signifiant par un signe de tête que la voie était libre.
- On va avoir un problème. dit-il sur un ton grave. Venez avec moi.
Sur le chemin de la forêt, Noran expliqua à Tsura et Iona que la troupe du Dark Chess allait enquêter dans les environs pendant quelques jours, et qu'ils allaient certainement interroger les villageois.
- Pourquoi ? demanda Tsura.
- C'est ça notre vrai problème. dit le menuisier.
En effet, au détour d'un fourré, Iona tomba nez à nez avec Joye, sa mère. Derrière elle se trouvait une femme aux cheveux noirs, cachée sous un parterre de feuilles, visiblement souffrante.
- Elle ne va pas bien. Elle est gravement brûlée, et je ne pourrai rien faire de plus ici. dit-elle en regardant la jeune fille, bandée depuis le cou jusqu'aux genoux.
- Si le Dark Chess reste ici, ils vont sûrement fouiller les maisons, j'ai peur qu'on ne puisse pas l'héberger. lui dit son mari
- On ne pourra pas la laisser ici, ça va s'infecter, elle va souffrir le martyre. lui répondit Joye.
Pendant que les deux se querellaient, Tsura regarda la jeune femme, des gouttes de sueurs perlaient sur son front, sa respiration était haletante et de pâles cicatrices qui remontaient le long de son cou.
- Je pense que je peux l'aider. dit le mage du vent. Je peux la soigner.
- Comment ? Depuis quand tu connais des sorts de soin ? s'étonna Noran.
- J'ai jamais soigné quelqu'un d'autre, mais je pense que je peux.
- Mais même si tu la soignes, ils l'ont vu, ils sauront à quoi elle ressemble, il faut trouver un endroit pour la cacher. dit Joye. Je ne suis même pas sûr qu'elle soit en sécurité ici.
- Alors on ira vivre dans les montagnes, je sais vivre seul, je m'occuperai d'elle le temps que tout s'arrange.
- Que tous les deux ? demanda Iona.
- Oui.
Iona hocha la tête et commença à reculer, affichant un faux sourire.
- Je passerai vous voir de temps en temps, pour être sûr que tout aille bien et pour t'amener ce qu'il faut. ajouta-t-elle.
Tsura s'exila avec son patient. La jeune femme s'appelait Démi, et, bien qu'elle ne voulait pas révéler son âge, elle semblait plus vieille que Tsura, d'au moins cinq ans. Elle n'avait jamais fait partie d'une guilde et s'était faite remarquer puis pourchasser. En effet, une personne a plusieurs endroits au même moment éveillait rapidement les soupçons, et l'excuse des jumeaux ne durait qu'un temps.
Les sorts curatifs de Tsura n'étaient vraiment pas au point, mais ils étaient suffisants pour soigner une seule personne. Après tout, ils avaient tout le temps qu'il fallait. Les visites de Iona apportaient une variété bienvenue dans le quotidien de Démi et Tsura. Le sentiment étrange qu'elle avait en sachant que Tsura vivait seul avec Démi s'estompa et devint de la pitié envers la jeune femme.
Quelques semaines plus tard, en plein hiver enfin, Tsura put retourner chez lui, le Dark Chess étant rentré bredouille. Lorsqu'il poussa la porte avec Démi, la jeune blessée, il vit que toute la décoration avait été refaite. Table et tapis encombraient le sol, des rideaux encerclaient les fenêtres et des tapisseries obscurcissaient les murs. Tsura s'enfuit chez Noran, laissant Démi derrière lui.
- Noran, il s'est passé un truc horrible chez moi. dit Tsura.
- Qu'est-ce qu'il s'est passé ? dit le menuisier, paniqué en se levant en urgence de sa chaise.
- Je ne reconnais plus rien, il y a des choses partout, sur le sol, les fenêtres. Même sur les murs.
- Qu'est-ce que tu veux dire ?
- Y'a du tissus partout, je peux même plus avancer, y'a des meubles partout.
- De la décoration ? C'est Iona qui l'a mise, elle s'est installée chez toi pendant que tu étais absent, ça évitait d'avoir une maison vide. Et vu qu'elle habitait quasiment déjà là bas… dit Noran, en se rasseyant.
- Oh.
Tsura s'assit auprès de Noran, calmé.
- Qu'est-ce que tu comptes faire avec Démi ? Elle compte partir ?
- Je sais pas, elle dit qu'elle se sent en sécurité avec moi, j'ai pas le courage de lui dire de partir.
- Hé bien, y'en a qui ont de la chance. dit Noran en fixant Tsura.
- Qu'est-ce que tu veux dire ?
- Rien, rien. dit Noran, en détournant les yeux. C'est marrant que trois mages se retrouvent à habiter la même maison. Ca ressemblerait presque à une vieille guilde.
- Qu'est-ce qu'il faudrait pour faire une guilde ? demanda Tsura, visiblement très intéressé.
Pris au dépourvu, Noran semblait chercher quoi répondre.
- Il vous faut un bâtiment, ça s'est fait. Un nom, et un symbole je crois. dit le menuisier.
Tsura réfléchissait. Rien ne lui venait en tête, il voulait d'abord quelque chose en rapport avec son dragon, mais rien ne lui vint en tête. Il se rabattit donc sur son interlocuteur.
- Puisque c'est toi qui a eu l'idée, tu pourrais essayer de m'aider à le faire ?
- Je te demande pardon ? dit Noran, étonné.
- J'ai pas d'idée qui me vient en tête, tu pourrais au moins trouver le symbole ? On trouvera le nom plus tard.
Et c'est ce qu'ils firent, Tsura exposa le peu d'idée qu'il avait à Noran, et ce dernier se chargea de dessiner les symboles sur une feuille avant de les tailler. Il fit de nombreux essais pendant plusieurs jours, mais rien ne convenait au jeune chasseur, ni au menuisier. La seule instruction qu'il avait c'était de créer quelque chose en rapport avec un dragon, il fit plusieurs croquis, une mâchoire, une aile, un dragon enroulé sur lui même. Rien n'allait, Tsura ne trouvait pas de symbole à son goût, et Noran avait toujours l'impression que quelque chose manquait.
Un matin cependant, Noran amena un paquet chez Tsura.
- Je crois que j'ai trouvé. dit le menuisier tout joyeux.
Tsura déballa le paquet en quatrième vitesse. A l'intérieur se trouvait une pièce de bois, comme un dragon en plein vol, vu du dessus. Le chasseur était extatique, enfin il avait quelque chose qui le satisfaisait, et en même temps lui donnait une sensation familière.
- J'ai pris l'Ange de mon chapelet et j'ai essayé des dessins avec. Tu m'as dit que tu voulais un dragon alors j'ai juste rallongé le bas et modifié les ailes. dit-il fièrement.
- C'est super, on garde ça. dit Tsura en observant le symbole sous toutes ses coutures.
Pris au jeu, Noran prépara dès le lendemain un symbole qui pouvait tenir sur la devanture du futur quartier général de la guilde.
- Si jamais on nous interroge, on dira que tu as essayé de refaire l'Ange, mais que tu n'es pas très doué. expliqua Noran pendant que lui et Tsura installèrent le symbole au-dessus de la porte.
- J'espère que tu as réfléchi à un nom. ajouta le menuisier.
Tsura sourit, il se tritura une mèche qui passait devant ses yeux. Comme Noran, il avait eu une illumination, en regardant ses cheveux blancs. Dans ses plus lointains souvenirs, les moments où il se sentait le plus en sécurité, le plus chez lui, c'était quand il s'endormait dans les plumes de Conloelio.
- J'avais pensé à Dragon Down. dit-il en hésitant.
- Félicitations, tu as ta propre guilde. dit Noran en tapant le dos du chasseur qui avait un large sourire aux lèvres.
