Vraiment désolé pour ce retard . J'ai une semaine un peu chargée donc en excuse le prochain chapitre sera dimanche. Quand j'y pense, on sera déja au chapitre 10 mardi, ça passe beaucoup trop vite. Bref n'hésitez pas à me dire ce que vous pensez de l'histoire pour l'instant ^^
Chapitre 8 Stratégies
Amélie de Hasbourg
Amélie pouvait dire que ses nuits n'étaient ni très longues ni très engageante puisqu'elle les passait malheureusement pour elle avec Nathan Clermont et la jeune réfugiée dont ils s'occupaient.
Grâce à la potion auto-traductrice que Nathan a réussi à récupérer, les deux élèves de Beauxbâtons réussirent enfin à comprendre la jeune fille. Etonnamment, celle-ci avait 14 ans ce dont elle doutait fortement même si elle se savait que sa maigreur et sa timidité maladive la rajeunissait. Elle s'appelait Mavra Paraskeva et était d'origine russe. Apparemment, sa mère était d'origine française mais son père était un ancien mage noir et Mavra avait donc été refusée à Dumstrang, sa mère l'a clandestinement mise dans le carrosse à l'aide de l'Homme à tout faire. Amélie ne se serait jamais douté que ce gars avec sa bouteille de cola collée à sa main et son allure rachitique et fatiguée accepterait de faire une telle chose.
Nathan s'était révélé étonnamment utile et bienveillant envers Mavra. Il avait réussi à se procurer la potion dont elle avait besoin et lui apportait même de la nourriture lorsqu'elle avait faim. Même si elle ne pouvait pas vérifier tout ce qu'il faisait, Amélie demandait tout le temps à Mavra si le garçon la traitait correctement et c'était d'après elle le cas. La fille Hasbourg évitait tout de même le contact avec Nathan, elle ne lui faisait toujours pas confiance mais malheureusement pour elle, le Président du club des morpho-viticulteurs voyait bien que quelque chose liait les deux élèves. Il décida donc de les mettre ensemble pour que personne n'ait à se coltiner Nathan. Amélie passa donc bien plus de temps qu'elle ne l'aurait voulu avec le garçon, presque tous ses après-midis en fait, à cause des activités du club.
Même cette après-midi, elle était avec Nathan. Les deux élèves étaient dans les immenses champs de vignes de l'école dont ils s'occupaient pour créer le morpho-vin. L'activité consistait simplement à verser une potion qu'ils avaient eux-mêmes créées pour changer le goût de ce morpho-vin. Heureusement pour eux que l'uniforme de Beauxbâtons intégrait un sort la rendant insensible à la chaleur parce que la fille Hasbourg crevait déjà de chaud avec son uniforme tant la chaleur était étouffante. Amélie avait choisi le goût de Cola parce que ça lui faisait penser à Zacharias qui lui faisait toujours rigoler pour une raison obscure. Le champ de vigne lui faisait penser à ces immenses paysages provençaux que l'on pouvait voir dans certaines cartes postales même ici le champ avait plus un air d'arc en ciel que d'un champ uni, la couleur de la vigne changeant en fonction du goût du fruit.
Malheureusement pour elle, ce temps passé avec Nathan se révélait assez silencieux et morne notamment parce qu'aucune des deux personnes ne savait réellement de quoi discuter et Amélie elle-même devait bien avouer que sa rudesse empêchait l'ambiance de se réchauffer. Les conversations allaient vers les mêmes sujets : Mavra et la production de Morpho-vin. Ce qui ne dérangeait pas réellement Amélie au début mais au bout de plusieurs semaines, la jeune fille commençait à en avoir marre et essaya donc d'engager la conversation sur un autre sujet :
-Comment ça se passe, les cours ?
Nathan arrêta de verser des potions dans le sol et regarda Amélie avec un sentiment d'incertitude, il n'était pas habitué à ce qu'elle engage la conversation de cette manière. Surtout quand c'est pour en savoir plus sur le garçon.
-Je ne sais pas trop, avoua Nathan. En général, ça va. L'histoire me prends un peu la tête et la botanique n'est pas trop mon truc mais le pire c'est le cours de potion. Je fais tellement d'erreur que je crois ne plus pouvoir inventer d'autres catastrophes en la matière.
Amélie ne put s'empêcher de rire en imaginant encore une fois la potion de Nathan rater et le professeur s'arracher les cheveux devant l'incompétence de son élève.
-Ne te sous-estime pas, ironisa la jeune fille. Je suis sûr que tu réussiras à exploser la salle de cours un jour.
Le fils Clermont sourit timidement en répondant non sans ironie :
-Je te promets de faire mon possible.
-Mais si je ne me trompe pas, continua Amélie. Tu réussis vachement bien le cours de sortilège, non ?
C'est une chose que la jeune fille remarqua assez vite. Lorsque la plupart des élèves mettaient plusieurs dizaines de minutes à apprendre un sort, il suffisait de seulement quelques essais au fils Clermont pour réussir le sortilège. La personne concernée haussa les épaules tout en répondant :
-Pour être honnête, je ne sais pas comment je fais. Ça vient naturellement. Mais j'ai vu que tu as parfois quelques difficultés, tu veux peut-être de l'aide ?
-De ta part ? le questionna Amélie. Non merci, ça ira.
Beaucoup de personnes auraient peut-être mal pris le ton froid dans la voix d'Amélie à ce moment-là mais pas Nathan, il ne prenait jamais ombrage des très nombreuses piques que donnait la jeune fille. Au contraire, la plupart du temps, il renchérissait et donnait ainsi un aspect quelque peu comique à la chose. Amélie ne l'aurait jamais avoué devant lui mais elle appréciait malgré elle ces discussions entre Nathan et elle. Avec lui, elle n'avait pas à se restreindre ou quoi que ce soit de ce genre, elle se sentait presque plus libre avec lui qu'avec son frère ou Alice.
-Bon, l'interrompit dans ses pensées Nathan. Je crois qu'on a fini. Tu veux une boisson gazeuse ?
C'est au citron.
Le fils Clermont sortit de ses poches deux canettes qu'il agitait fièrement. Amélie tendit la main pour attraper d'un geste leste la canette lancée par son camarade de club. Chaque jour elle se demandait comment il faisait pour devenir aussi avenant avec elle.
-T'en as combien de ces canettes ? demanda Amélie. Je crois que je t'ai vu en boire plus d'une vingtaine depuis le début de l'année.
Le garçon sourit en regardant sa canette de manière fixe, ayant l'air de repenser à un souvenir précis tout en marchant vers le château.
-C'est ma sœur qui les a mis dans ma valise...
Amélie s'était attendue à ce qu'il développe un peu plus le sujet mais vu la mine attristée que prenait le visage de Nathan, elle comprit que le sujet était assez sensible pour le garçon. La famille était visiblement un sujet compliqué, que l'on soit un Clermont ou un Hasbourg. C'était peut-être le fait qu'Amélie elle-même avait du mal avec sa famille, mais la jeune fille eut un court moment de sympathie pour Nathan, la poussant à elle aussi s'étancher sur ses problèmes familiaux :
-Tu as de la chance. Au moins, tu as des gens pour faire tes valises. Perso, mon père n'est jamais là pour quoi que ce soit…
-Mouais…, fit Nathan. Enfin, ce n'est pas le fun ultime chez moi non plus. Ma mère me parle à peine et interdit à ma sœur de me parler plus de quelques secondes… Je demande presque chaque semaine la raison pour laquelle ma famille est détestée et aucune réponse pour l'instant…
L'esprit d'Amélie resta blanc pendant quelques secondes :
-Attends, l'interrompit la jeune fille. Tu veux dire que tu ne sais rien sur ta famille ?
-Non, répondit Nathan. Et ce n'est pas faute d'avoir essayé… Bibliothèques, journaux, questions aux personnes qui veulent bien me parler… Rien de tout ça ne m'a permis d'apprendre grand-chose. A part de m'assurer de la haine des gens envers ma famille bien sûr.
La jeune fille n'arrivait pas à y croire ! Nathan ne sait même pas que son père est la personne la plus dangereuse vivante à ce jour, du moins d'après le père d'Amélie. Et ça, ça changeait tout ! Elle qui prenait Nathan pour quelqu'un d'antipathique qui se fichait totalement des actions horribles de son père, c'était en fait tout le contraire ! Ce pauvre garçon se prenait toute la haine envers sa famille pour des actes auquel il n'avait aucunement participé pendant des années sans même qu'on lui laisse une seule raison de s'expliquer. Amélie se sentait tellement bête de l'avoir jugé sans même en savoir plus sur lui, c'est pourtant l'un des crédos du père de la jeune fille. Elle se tourna désormais vers Nathan qui la regardait avec très probablement l'espoir d'une explication :
-Tu ne saurais pas quelque chose par hasard ? Tu es la personne qui a été le plus honnête avec moi depuis William. S'il y a une personne qui aura le courage de me donner une réponse, c'est bien toi.
Les bras d'Amélie tremblait tant des images de sa mère s'insinuaient dans son esprit, lui rappelant son absence et sa triste mort. Elle haïssait tellement le père de Nathan pour ce qu'il avait fait à sa mère qui n'avait même pas eu le droit à un enterrement en bonne et due forme…. Dans ce cas, que dire à Nathan ? Lui annoncer que son père est responsable de tous les malheurs de la jeune fille et probablement de ceux d'un tas d'autres personnes ? Le pauvre garçon supportait déjà beaucoup de l'héritage de son père en ne connaissant rien, il était inutile de lui rajouter un tel poids :
-Non, mentit-t-elle avec une certaine honte. Désolé… Mais je n'en sais pas plus que toi. Le fils Clermont souffla bruyamment tout en s'exclamant :
-Tant pis, je commence à avoir l'habitude. Merci quand même. Bon, on rentre ? Tu t'occupes d'apporter de la bouffe à Mavra ou je m'en occupe ?
Amélie avait presque oublié le cas de la jeune réfugiée tant la conversation l'avait chamboulée dans ses convictions…
-Je vais le faire, s'engagea-t-elle à haute voix. C'est bientôt l'heure de la retenue de William de toute façon. Vas-y.
-Comment tu sais que j'accompagne William lors de ses heures de retenue ? S'étonna Nathan.
La fille Hasbourg rougit légèrement, ayant quelque peu honte d'avoir suivi les deux garçons pendant plusieurs jours. Elle-même se dit qu'elle n'arrivait pas à croire que son rejet total pour Nathan s'était transformé en quelques semaines en une relation toute différente. Certains auraient appelé ça de l'amitié, mais Amélie était bien trop fière pour l'admettre.
-C'est Will qui me l'a dit, inventa-t-elle en coup de vent.
Nathan sourit face à cette réponse et se dirigea vers le château. Il s'arrêta au bout de quelques pas et se retourna avec hésitation :
-Je sais que tu me détestes… Mais je voudrais quand même te remercier pour aujourd'hui. J'espère vraiment qu'un jour tu pourras aller au-delà de ta colère et qu'on pourra devenir amis.
Le fils Clermont quitta Amélie d'un geste de la main qu'elle ne rendit pas. Et c'est alors en regardant le garçon partir qu'elle se rendit compte d'une chose : sa colère envers lui venait tout juste de disparaitre.
Une petite heure avait passé depuis sa discussion avec Nathan. Amélie se trouvait dans les couloirs du château en direction de la cuisine, plus particulièrement là où se trouvait le refuge de Mavra. Lors de ces pérégrinations pour aider la jeune fille d'origine russe, Amélie faisait attention à ne pas attirer l'œil de trop de personnes. Même si son rôle au club de Morpho-viticulture aidait bien, elle ne voulait pas éveiller la suspicion de qui que ce soit au risque de révéler l'endroit où se cache Mavra.
C'est en entrant dans la cuisine qu'Amélie vit quelqu'un qu'elle ne s'attendait pas du tout à voir : Zacharias, l'homme à tout faire du château. Malgré le fait qu'il fasse une immense chaleur, il gardait toujours son bonnet et son épais manteau noirs qui le caractérisait tant. Son visage paraissait toujours aussi creusé et ses cernes avaient grossies depuis la dernière fois ou elle l'avait vu. L'homme était plutôt apprécié dans l'école grâce à sa dégaine peu engageante dont beaucoup se moquait gentiment. Malgré le fait que ce soit un né non-magique, il semblait s'intégrer parfaitement au milieu magique et se permettait même parfois quelques blagues avec les élèves. La surprise dut se lire sur le visage d'Amélie car Zacharias fit une petite boutade à la jeune fille :
-Je sais que je suis rachitique mais est-ce que le fait que j'ai besoin de manger est si déconcertant que ça ?
L'esprit d'Amélie se figea quelques secondes avant de répondre avec un sourire forcé :
-Bien sûr que non, c'est juste que je suis étonnée de vous voir sans bouteille de cola.
Il faut dire qu'il n'y avait pas une journée sans qu'on le voie avec une bouteille de cette boisson gazeuse cancérigène. Zacharias ouvrit une bouteille dans un frigo tout en ajoutant :
-Faut dire que je suis surtout là pour me refaire un stock. Sinon, ça se passe bien ?
-ça va, annonça-t-elle. Ce n'est pas l'éclate tous les jours mais bon, globalement ça se passe bien.
Zacharias eut un rire sardonique, qui fit presque peur à la jeune fille tant il était sans émotions :
-Je ne parlais pas vraiment de ça. Mais de Mavra, comment elle va ?
Pour une fois, Amélie se sentait aussi bête que son frère ! Comment avait-t-elle pu oublier que c'était lui qui avait permis à Mavra de venir ici ? Elle avait complètement écarté cette information de son cerveau, maintenant elle était là en train de regarder cet homme à tout faire qui cachait décidément très bien son jeu.
-Qu'est-ce que vous allez faire, demanda Amélie avec une certaine appréhension. Me dénoncer ?
-Tu penses vraiment que je vous dénoncerais toi et Clermont alors que j'ai moi-même aidée cette jeune fille ?
La prochaine fois tu réfléchiras avant de parler Amélie de Hasbourg, pensa-t-elle irritée.
C'était sa deuxième remarque débile en quelques secondes et elle détestait passer pour quelqu'un d'aussi bête. Elle décida de reprendre un peu de sa contenance et continua la discussion avec un aplomb retrouvé :
-Pour répondre à votre question, elle va bien. On essaye même de lui apprendre quelques sortilèges.
-Merci pour elle, je suis content qu'elle ait trouvé des personnes comme vous. Ça m'enlève une épine du pied.
Quelques secondes de blancs se firent pendant lesquelles Amélie entendit des bruits de pas venant de l'extérieur.
-Bon, repris Zacharias. C'est tout ce que je voulais savoir, merci encore. Et j'espère que tu me feras goûter une ces bouteilles de Morpho-vin au cola que vous préparez avec Clermont.
-Vous en savez des choses pour quelqu'un qui est censé être non-magique, remarqua Amélie.
-Je suis dans ce château depuis plusieurs années. J'ai appris à connaître les moindres recoins de ce château, à entendre les rumeurs, ce genre de choses. Sur ce, à plus.
Avant qu'il n'ait fini d'atteindre le seuil de la porte, la jeune fille ne put s'empêcher de demander :
-Pourquoi l'avoir aidée ? Vous aviez tout à y perdre, votre poste, votre réputation… L'homme à tout faire s'arrêta et répondit sans même regarder son interlocutrice :
-Ma famille est d'origine Slave. Mon frère a très mal vécu ses séjours à Dumstrang, le pays manque de moyens qui rend l'école insalubre en termes d'équipement et d'éducation. Je voulais à tout prix éviter ça à cette jeune fille. Tu as d'autres questions ?
Amélie répondit par la négative et Zacharias quitta enfin la salle ce qui permit à la jeune fille de rejoindre Mavra.
La situation de Mavra s'était bien améliorée. La jeune réfugiée avait heureusement quelque peu grossi grâce à la nourriture apportée par Nathan et Amélie. Même si elle n'arrivait toujours pas à croire qu'elle avait deux ans de plus qu'elle, même si les choses s'étaient améliorées : ses cheveux noirs n'étaient plus aussi rêches grâce aux différents produits donnés par Amélie, ses joues et sa carrure avaient repris de la consistance sans pour autant redevenir « normale ». Ceci-dit, Amélie doutait toujours du fait que Mavra avait quatorze, du moins, physiquement parlant, parce que la jeune réfugiée faisait preuve d'une patience et d'une maturité qui était bien utile à la fille Hasbourg. Elle pouvait étancher ses problèmes sans limites et la jeune fille d'origine slave l'écoutait tranquillement essayant de donner quelques conseils. Entre la discussion avec Nathan et celle avec Zacharias, elle avait bien besoin de temps pour décompresser.
-Alors, commença Mavra avec ses yeux noisette. On fait quoi aujourd'hui ?
Amélie ne put s'empêcher de sourire en voyant son amie. Malgré le fait qu'elle habitait dans un environnement de deux mètres carrés vouée à elle-même, elle trouvait toujours le moyen de positiver. Pour elle, c'était une aubaine d'apprendre à Beauxbâtons, même si cet apprentissage prenait la forme de simples cours de sortilèges venant d'une enfant.
La fille Hasbourg lui lança sa baguette que la jeune russe attrapa d'un mouvement rapide.
-Tu apprends le sort Gluo-sol.
-Sérieusement ?! s'enjailla-t-elle. C'est trop cool !
-T'excites pas trop. Ce n'est pas le sort du siècle non plus. Tiens, forme le symbole de l'infini avec ta baguette puis baisse ta baguette d'un coup sec.
L'apprentissage de sortilèges prenait généralement une ou deux heures en sachant que la baguette qu'utilisait Mavra était celle d'Amélie, ce qui ralentissait considérablement l'apprentissage. Même si généralement, le cours prenait plus la forme d'une conversation Questions/Réponses qu'autre chose. C'était le deal, chacun posait une question et l'une après l'autre, ça rendait la chose plus amusante d'après elle. C'était l'un des rares moments ou la jeune élève transformait sa timidité en une joie incontrôlée. Amélie en profitait donc pour voir une conversation plus construite que d'habitude avec elle.
-Alors, commença étonnamment Mavra. Comment ça s'est passé avec Nathan ?
Il était tellement rare qu'elle commence la conversation qu'Amélie mit quelques secondes à répondre :
-C'est passé. Point final.
-Je croyais qu'on était censé être sincère ?
-D'accord, avoua Amélie. Je vais tout te raconter.
C'est ce qu'elle fit. Elle lui raconta tout dans les moindres détails même si cela ne lui plaisait pas, elle préférait avoir une relation honnête avec elle. Amélie était déjà bien assez dissolue avec d'autres personnes. A l'annonce de la précédente discussion qu'elle a eue avec Nathan, Mavra eut un petit rire nerveux qui embêta quelque peu la fille Hasbourg. Elle ne pouvait pas s'en empêcher.
-A toi, continua la réfugiée. Pose-moi une question.
D'habitude elle posait des questions moins personnelles mais après ce que Zacharias avait dit, quelque chose lui trottait la tête :
-Comment c'était … la vie en Russie ?
Le sourire sur le visage de Mavra se tordit en une mine triste qui ne disait rien à Amélie. Malgré les mauvais souvenirs que lui rappelaient cette question, la jeune fille répondit avec une sincérité surprenante :
-C'était … très dur. J'étais ce qu'on appelle chez nous un otkhody, un déchet. Ce sont de jeunes enfants sorciers reniés par leurs parents, vivants dans la rue voués à eux-mêmes.
-C'est …, commenta Amélie. Très précis comme description.
-C'est parce que c'est très courant chez nous. La Russie, ce n'est pas comme en France. Le nombre de familles sorcières se compte sur le doigt d'une main. La plupart des sorciers sont des ne proklyatoy, ça veut dire non-maudit, l'équivalent des non-magiques chez vous. Parce que la sorcellerie est très mal vue dans mon pays. Notamment à cause de…
-Raspoutine, termina Amélie.
Même elle avait entendu parler de lui, c'est l'un des grands mages noirs de l'histoire qui as mis la Russie dans un état déplorable grâce à une dictature de terreur et de pillage. La voix de Mavra lui rappela le ton qu'elle avait lors de leur première rencontre. Elle avait de nouveau cette voix fluette et timide qui la rajeunissait encore plus :
-Je vivais dans un groupe de personnes vivant dans la rue. On survivait comme on pouvait, la plupart du temps, une poubelle remplie de déchets était une aubaine pour nous car c'était signe de nourriture gratuite… Je ne compte plus le nombre de fois où je suis tombée malade en mangeant quelque chose d'avariée. Personnellement j'ai eu de la chance, j'ai réussi à m'en sortir avec des larcins mais d'autres noyaient leurs problèmes dans la drogue ou l'alcool. J'ai même vu certaines filles de ton âge devenir des prostituées…
Devant le visage de plus en plus blême d'Amélie, Mavra ralentit quelque peu son monologue :
-Excuses-moi. J'oublies parfois que tu n'as que onze ans. Tu veux peut-être que j'arrête là ?
Amélie du faire un effort pour ne pas déglutiner devant les images que son imagination lui imposait.
-Non, répondit-t-elle difficilement. C'est bon. Continue.
Mavra remit en place ses cheveux noirs en place tout en reprenant son discours :
-Je n'ai plus grand-chose à dire en fait. Une vieille vendeuse de Medovik m'a recueilli et m'a aidé à venir jusqu'ici.
Après avoir appris de telles choses, la jeune élève de Beauxbâtons ne savait pas vraiment comment réagir. Elle sentait un peu honteuse de sa situation par rapport à celle de Mavra. Elle se rappela tous les moments où elle s'était plainte de choses futiles et se promit de ne plus déblatérer ces inepties. Ce sentiment de honte devait se voir sur le visage d'Amélie car la jeune russe essaya de la rassurer avec une voix incertaine :
-Ne sois pas si triste pour moi… Tu n'y peux rien. Tu es née en France, je suis née en Russie. C'est comme ça.
La fille Hasbourg n'était pas sûr de ça mais les deux filles continuèrent à consolider leurs connaissances sur certains sortilèges. Malheureusement pour elles, Amélie n'aurait pas beaucoup de temps à consacrer à Mavra car elle va devoir assister à une réunion de leur groupe d'amis pour établir une stratégie.
Amélie eut tout juste le temps de rejoindre la salle de stockage qui était désormais devenu le lieu de réunion officiel du groupe d'amis composé d'Amélie, Éric, Alice et William qui n'était pas là. La poussière accumulée s'accrochait aux uniformes bleus des élèves. L'endroit était assez exigu et obligeait une certaine proximité l'un de l'autre. Éric jouait avec sa baguette pour s'occuper les mains et certainement aussi pour calmer son impatience. Alice, elle avait de telles cernes qu'elle commençait à concurrencer Zacharias dans ce domaine. Amélie et son frère savait que quelque chose n'allait pas avec elle, mais chaque fois qu'ils posaient une question, la fille Villier changeait habilement de sujet. Voyant que c'est un sujet sensible pour elle, ils n'avaient pas insisté outre mesure.
-Je vois que William est en retard, constata Amélie avec dédain. Comme d'habitude.
-Il faut dire que c'est comme une religion pour lui, commenta malicieusement Éric.
Il était vrai que William avait la fâcheuse tendance à arriver en retard, que ce soit des cours ou un rendez-vous tel que celui-ci, c'était la même chose.
-On fait quoi ? demanda miteusement Alice. On l'attend ?
Sa voix avait elle aussi changée avec sa carrure qui ressemblait de plus en plus à celle de Mavra, ce qui n'était pas bon signe.
-Tu devrais manger plus, lui conseilla Amélie. Tu commences à dangereusement maigrir. Le ton de son amie prit un air anormalement froid chez elle :
-Je. Vais. Bien. Maintenant, si on peut se concentrer sur le problème devant nous.
Les deux frères et sœur se regardèrent inquiets et décidèrent d'un seul regard d'en discuter plus en amont avec elle :
-Tu sais…
C'est à ce moment très mal venu que William ouvrit rapidement la porte et annonça d'un air calme :
-Excusez du retard. J'étais avec Nathan, il m'aidait à ranger la bibliothèque pour mes corvées. J'ai raté un truc ?
Éric sourit à l'idée de retrouver son ami ce qui énerva quelque peu Amélie. Qu'est-ce qu'il a de si spécial, ce mec ?
-Ce n'est pas grave, le rassura le fils Hasbourg. On n'a même pas commencé.
-Bon, commença Will. On en est ou niveau informations ?
C'était l'objectif du groupe pendant les deux jours qui ont suivi la discussion qu'ils avaient découverts entre Minsley et Grayson. Chacun avait eu son rôle à jouer : William devait regarder dans les journaux à savoir si de tels cas d'enlèvements n'ont pas été perpétués dans le passé, Éric avait pour objectif de connaître un petit peu plus la personne disparue, Amélie devait se renseigner sur les différents endroits où pourraient être cachée l'inconnu tandis qu'Alice interrogerait son père sur les différentes personnes travaillant au château.
Éric relut ses notes et commença à énoncer les informations recueillies :
-Je n'ai pas pu avoir grand-chose puisqu'elle a disparue avant que quiconque puisse la connaître mais heureusement, elle a une sœur qui a deux ans de plus qu'elle. J'ai essayé de lui poser quelques questions mais elle s'est très vite fermée, la pauvre est anéantie… Enfin bref, ce que je peux dire c'est qu'elle est une né non-magique comme William. Elle est d'origine modeste et avait une grande peur de la sorcellerie. Voilà. C'est tout ce que j'ai eu.
Le fils Villier ayant fini, il se tourna vers Amélie qui souffla d'exaspération :
-Ce n'est pas la joie chez moi non plus. J'ai trouvé quelques endroits reculés et discrets mais rien d'exceptionnel. J'ai aussi fait quelques recherches à la bibliothèque : A Poudlard il y a une salle spéciale qui se transformerait en ce que l'on souhaite…
-Et cette salle, l'interrompit Will. Il y en a un peu partout ?
-Quasiment unique au monde, en tout cas il n'y en a pas à Beauxbâtons.
-Alors pourquoi en avoir parlé ? demanda Alice.
-Là ou je voulais en venir, poursuivi Amélie. C'est que si de telles salles existent il peut en exister des variantes…
-Pas con, renchérit Éric. Elle peut être cachée dans une salle comme celle-là.
On ne pense pas tous avec notre instinct comme toi, pensa Amélie.
-Faudra qu'on se renseigne, finit le fils White. Alice, t'as quoi ? La blonde se frotta les yeux avec le dos de sa main :
-Moi j'ai pas mal d'infos. Mon père m'a dit que les seules personnes à avoir été engagé sont Mr Grayson et Mr Verdier le prof de potion. Le premier est là depuis un an et demie après que le précédent professeur se soit blessé lors d'un accident et le second est là depuis le début de cette année après que son prédécesseur soit parti à la retraite. Et Minsley est là depuis une vingtaine d'années.
-Peu probable que ce soit lui dans ce cas, éluda William. Ça n'aurait aucun sens qu'après vingt ans sans problèmes, il se mette d'un coup à kidnapper des élèves.
-Donc on focus Grayson, en conclut Amélie.
-En plus, ajouta Alice. Il est venu assez récemment après que l'ancien prof ait eu un accident. Ça fait deux plus deux dans votre tête ?
-Mouais…, fit Éric. On pense tous qu'il a pu provoquer cet accident pour ensuite venir ici et kidnapper Linda.
-Donc on fait quoi ? questionna Amélie. On a notre suspect et c'est très bien mais on ne peut pas faire grand-chose.
Les cinq élèves attroupés dans cette petite salle réfléchirent quelques secondes essayant de trouver une solution. William fut le premier à avoir une idée :
-On peut cambrioler son bureau.
Les autres membres du groupe regardèrent William avec une synchronicité totale. Juste après, Amélie regarda son frère et lui demanda :
-Il n'est pas sérieux là, hein ?
-J'ai bien peur que si, lui confirma Éric.
-Tu te rends compte de ce que tu proposes, continua Amélie en se tournant vers William. Tu enfreindrais au moins une dizaine de règles de l'école en faisant ça.
Le fils White fronça et sourcil et garda son visage désespérément neutre :
-J'espère juste que tu ne dis pas ça sérieusement ? C'est toi qui ne te rends pas compte. On est les seules personnes dans ce château à avoir un maigre indice sur le responsable de l'enlèvement d'une enfant et tu refuserais d'enquêter pour respecter de stupides règles ?
-Il a raison, poursuivit Éric. Je m'en voudrais toute ma vie de ne pas avoir essayé et…
-Et vous ferez ça sans moi, interrompit sèchement Alice.
S'il y avait bien une personne dont on aurait été étonné un tel refus, c'était bien Alice. La jeune fille ne reculait devant rien pour aider les gens, même ceux qu'elle n'aimait pas particulièrement.
-Alice…, commença doucement Éric pour ne pas la brusquer. On sait tous que ça ne va pas en ce moment. Si c'est pour ça que tu refuses, je pense qu'on a le droit de savoir ce qui…
-C'est vous qui ne comprenez pas ! s'emporta la fille du professeur d'alchimie. Si on se foire, notre réputation ne va faire qu'empirer ! Et je ne veux pas ça. Et arrêtez de me demander si je vais bien ! Je peux me débrouiller toute seule !
Après ça, Alice se rua vers la sortie pour l'emprunter et quitter la salle en faisant claquer fortement la porte. Un blanc s'insinua quelques secondes dans le groupe, jusqu'à ce qu'Éric s'engagea lui aussi vers la porte, interrompu par la voix de William :
-Laisse-là. Ça ne sert à rien de lui parler maintenant.
-Je ne peux pas la laisser comme ça ! s'excita le fils Hasbourg.
-Je ne te dis pas de la laisser seule, je te demande juste d'attendre qu'elle se calme avant de lui parler. En plus, on n'a pas encore parler de la suite du plan. On fait quoi pour cambrioler son bureau.
William avait dit ça comme s'il proposait d'aller au magasin du coin. Éric se rassit sagement sur l'un des coffres de stockage et répondit d'un air renfrogné :
-Son bureau sera très certainement bloqué.
-Et tu vas me dire qu'il existe aucun sort qui permet de déverrouiller une porte ?
-Il y a bien le sort Alohomora…, répondit Amélie. Mais je ne pense pas pouvoir l'effectuer, et si moi je n'y arrive pas, Éric ne pourra pas et ne parlons même pas de toi Will.
Il était clair qu'avec sa magie qui ne fonctionnait pas, William serait inutile. Soudain, une idée émergea dans l'esprit de la jeune fille, une idée qui n'allait pas plaire à Éric :
-Nathan…, murmura-t-elle.
-Tu peux répéter ? demanda son frère.
-Nathan est le meilleur en sortilèges parmi nous. Si on veut avoir une chance de s'introduire dans son bureau, on n'a pas le choix.
-Tu te souviens de ce qu'a fait cette famille à Maman ?
C'est à ce moment qu'Amélie était tentée de convaincre Éric que Nathan n'avait rien à voir avec tout ça et qu'il n'était en fait pas si méchant que ça, mais déjà qu'Alice avait quelques griefs envers elle, ce n'était pas le moment de se mettre son frère à dos. C'est donc pour ça qu'elle lui répondit un mensonge :
-Tu penses que ça me fait plaisir de dire ça ? Bien sûr que non ! Mais on n'a pas le choix. Si tu veux vraiment sauver la fille disparue alors met ton honneur de côté pour qu'on puisse avancer.
La jeune fille vit bien que cela demandait un effort considérable à accepter cette proposition, elle le comprenait, elle avait mis plusieurs semaines à finalement apprécier Nathan, elle n'allait s'attendre à ce que son frère ait le même développement en quelques secondes. Finalement, le garçon leva les bras, montrant bien qu'il abandonne la partie :
-D'accord…, demandons-lui. Mais au moindre geste suspect de sa part il le regrettera.
Cette phrase venant de son frère fit quelque peu rire Amélie puisqu'elle avait annoncé quelque chose de similaire à Nathan lorsqu'il s'était proposé pour aider Mavra.
-Je lui en parlerais, annonça William. Je pense qu'il acceptera sans problèmes. Je propose un truc. Lors de mes cours particuliers avec Mr. Grayson, on discute souvent de tout et de rien. Je pense pouvoir le retenir dans les deux heures. Pendant ce temps-là, cambriolez son bureau pour trouver le plus d'indices possibles. Et si vous vous faites prendre, j'en prendrais la respondabili…
-Pas question, l'interrompit Amélie. On fait ça ensemble, on assume ça ensemble. Point final.
-Comme vous voulez, abandonna le fils White. Mais vous faites chier…
-Et ouais ! exulta Éric. Tu ne pourras pas te débarrasser de nous comme ça…
-C'est ce que je vois. On a fini ? Pace que j'ai un cours particulier avec Mr. Grayson.
-Tu fais gaffe hein ? Parce que si c'est lui qui a kidnappé Linda, tu es une cible facile en étant tout seul avec lui.
-Ne t'inquiètes pas pour moi, je gère.
Même si elle n'appréciait pas William, il ne méritait pas le sort de cette pauvre Linda.
