Bon, encore un chapitre un peu plus dur que les autres. Attention, certains sujets sensibles sont traités dans ce chapitre, je préfère prévenir ^^

Chapitre 19 Chute

Éric de Hasbourg

Éric, Amélie et Nathan étaient dans une petite salle permettant aux élèves de s'exercer à la création de potions. De très nombreuses fioles de diverses couleurs étaient posés sur des étagères de bois. Plusieurs dizaines de chaudrons étaient aménagés ou se trouvaient en dessous un feu crépitant, illuminant ce faisant la salle. Plusieurs élèves de divers âges travaillaient dans un calme presque inquiétant. La fabrication de potion est quelque chose qui nécessite une concentration à toute épreuve, la moindre petite erreur peut faire rater une potion.

Le groupe d'ami s'exerçait à faire une potion Chute-Plume. Celle-ci permettait de ralentir sa chute lorsque l'on tombait de très haut. Nathan, comme à son habitude, ratait presque toutes les étapes de sa potion tandis qu'Amélie essayait de l'aider comme elle le pouvait.

-Il faut que broyer les feuilles de promiscuité et ensuite rajouter quelques gouttes d'huile de rhododendron, expliqua la fille Hasbourg.

-Mais c'est ce que j'ai fait ! s'emporta Nathan.

-Non ! Toi tu as mis séparément les feuilles broyées et l'huile. Si tu fais ça, l'Oligo-synthèse ne se produira pas et ta potion sera ratée. Recommence...

-Je fais que ça. De recommencer.

-T'en ait ou Éric ?

Le jeune homme, dans une colère contenue, montra le contenu de son chaudron.

-Hé ! s'exclama Amélie en souriant. Mais t'as réussi ! T'aurais pu nous prévenir. Tiens. Remplis une fiole.

Éric prit la fiole vide, puis, sentant la colère monter, lança la fiole à l'autre bout de la pièce provoquant l'étonnement de beaucoup d'élèves dans la salle.

-Putain ! cria celui-ci. Comment vous pouvez être aussi calmes ? William s'est fait torturer ! On ne sait même pas s'il va s'en sortir et Alice est tellement choquée qu'elle n'a pas bougée de la tour de Botanique de toute la nuit. Et nous on est là en train de faire de la popote ?

Nathan et Amélie gardèrent leur calme, celle-ci se permettant même de mettre la potion de son frère dans une fiole et de répondre :

-Qu'est-ce que tu veux qu'on fasse ? On ne peut qu'attendre de voir comment ça évolue. Mr.

Grayson a dit qu'on pourra rendre visite à William dans une heure.

-Je ne suis pas sûr de pouvoir, avoua Nathan. Vous avez vu dans quel état il était ?

Comment l'oublier ? Après avoir capturé Zacharias, Mr. Grayson a de suite emmené William à l'infirmerie ou plusieurs spécialistes étaient venus s'occuper de lui. Le pauvre était complètement amorphe, ayant à peine conscience de ce qui se passait autour de lui. Il n'avait même pas prononcé un mot. Aucun de ses amis n'a pu avoir de ses nouvelles, les soins ayant duré plusieurs heures.

-On y va ? proposa Amélie.

-Allons-y, répondit Nathan. Allons voir Mme Monet, elle aura peut-être des nouvelles.

Ils se dirigèrent tous vers l'infirmerie sans oublier de prendre leurs potions de Chute-plume. L'ambiance était morose, chacun faisant son propre scénario dans sa tête. Le temps maussade n'aidait pas vraiment non-plus. Il n'avait pas arrêté de pleuvoir pendant la journée.

Arrivés à destination, Éric vit la Directrice attendant devant la porte de l'infirmerie. Son visage était creusé par l'inquiétude, mais même ainsi, elle restait sublime, l'un des avantages d'être vélane.

-Tu as des nouvelles de Will ? demanda Nathan. Mme Monet essaya d'éviter le visage de son filleul.

-Je ne peux pas te dire grand-chose Nathan. Les informations sur son état de santé sont pour sa famille et sa famille seule.

Au fond de de lui Éric aurait voulu protester mais il savait que ce serait inutile :

-Vous pouvez au moins nous dire si c'est grave ? S'il va guérir ?

La Directrice prit une grande inspiration, cherchant les mots justes :

-Je ne vais pas vous mentir... C'est très grave. Les prochains jours seront surement décisifs. Chacun se regarda, le visage inquiet. Qu'est-ce que ça voulait dire ?

-On peut lui rendre visite ? se questionna Nathan. Juste cinq minutes.

-D'accord..., concéda-t-elle voyant bien que c'est important pour eux. Juste cinq minutes. Mais je vous préviens. Il est dans un état végétatif.

-C'est à dire ?

-Il ne vous reconnaîtra probablement pas. Il ne pourra également pas parler. Ce serait un miracle qu'il réussisse.

A la fin de la phrase, Éric ne put s'empêcher de faire une espèce de couinement de surprise. Il était soudain effrayé de ce qu'il allait voir. Mme Monet ouvrit la porte et le jeune sorcier ne comprit pas vraiment ce qu'il vit. Il voyait William assit de dos avec des habits étranges, ils avaient l'air en soie mais des petites paillettes blanches semblaient briller dessus. Sur sa tête était posé une sorte de casque en cristal arc-en-ciel translucide d'où s'écoulait un liquide. Ce liquide affluait sans cesse dans le creux du cristal de sorte à toujours se trouver à proximité de la tête de Will. Plusieurs tubulures étaient aussi posées à côté de lui, lui injectant divers produits. Un immense miroir se trouvait en face du malade lui faisant voir son reflet.

-Ce miroir... fit Nathan. C'est le miroir de ruoma ?

-Nous essayons de lui prodiguer tout ce qui peut lui faire du bien psychiquement, expliqua la Directrice.

Le groupe de trois s'élève s'assit en face de Will. Celui-ci ne les avait même pas remarqués. Il continuait de regarder le miroir, les yeux vitreux, le visage totalement neutre et le corps complètement amorphe. Il semblait être là sans être là, tenant malgré tout fermement son collier qu'il gardait toujours sur lui.

-Will ? demanda Nathan. C'est nous. Amélie, Éric et Nathan. Alors mon pote, comment ça va ?

L'intéressé se tourna très lentement vers eux, son expression ne semblait avoir changé d'un iota, puis, se retourna vers le miroir quelques secondes plus tard. Éric eut du mal à garder sa contenance tant il trouvait ça horrible. Voir Will comme ça, lui qui adorait faire quelques remarques cyniques ou était si vif d'esprit, le voir comme ça n'était tout simplement pas concevable.

Amélie ne fit pas preuve de la même robustesse puisqu'elle pleura à chaude larmes dans les bras de son frère :

-C'est horrible...

-Partons, proposa Mme Monet. Laissons-le.

Éric accepta avant de lui aussi fondre en larmes. Il n'aurait pas supporté rester comme ça une seconde de plus. En sortant de l'infirmerie, une question trotta l'esprit du fils Hasbourg :

-Et les parents de William ? Ils vont être prévenus ?

-Son père et son petit frère viennent dans une semaine, les informa la marraine de Nathan. Je sais que c'est dur mais essayez de penser à autre chose. Si c'est nécessaire je vous donnerais quelques jours sans cours si ça peut vous aider.

Lorsque la Directrice les quitta, les trois jeunes sorciers se retrouvèrent seuls, essayant de savoir ce qu'ils allaient faire maintenant.

-Je ne sais pas vous, enchaîna tristement Nathan. Mais moi je vais aller voir les camarades de classes, les prévenir de comment il va.

-Je te suis, fit Amélie. Tu vas faire quoi, Éric ?

-Je vais rejoindre Alice à la tour de Botanique, informa celui-ci. Je pense avoir bien besoin de me détendre moi aussi.

Aussi se dirigea-t-il vers sa destination. La tour de botanique était une vraie merveille. Une tour de vingt cinq mètres munis d'une vingtaine d'étages avec au total plusieurs centaines d'espèces de plantes différentes. Ces espèces avaient de l'eau diffusée via des Dragons de serre. Ce n'était pas un dragon mais plutôt de tout petits lézard avec une poche d'eau translucide sur leur menton. Leurs écailles avaient la spécificité de transformer l'Oxygène en eau. Ce qui permettrait grâce à divers sortilèges spécifiques, de toujours fournir de l'eau aux diverses plantes.

Chaque étage était une nouvelle découverte car dédié un biome spécifique : Marécageux, Rocailleux, Plaine ensoleillée, Neigeux, Aride etc. Les toiles-caméléons, tenture magique permettant de reproduire un biome à l'identique, rendait chaque étage différenciable. Le préféré d'Éric était le biome neigeux. Il n'avait jamais été voir la neige de toute sa vie et admirer toute cette vie dans cet environnement avait quelque chose d'unique et de rare pour le jeune homme.

Lorsqu'il monta en haut de la tour, il chercha quelques minutes pour trouver Alice, elle était là, debout sur le rebord d'un des promontoires et le visage vers l'horizon, il y avait différents papiers et une couverture au sol, signe qu'elle était restée toute la nuit ici. Visiblement, elle n'avait pas réussi à dormir vu les cernes qui couvraient son visage. Elle avait toujours ses lunettes et ses cheveux blonds virevoltaient à cause du vent.

Soudain, lorsqu'il vit le visage emplit de larmes de son amie, il comprit ce que s'apprêtait à faire :

-Alice ! Alice... Qu'est-ce que tu fais ?

La blonde tourna son visage vers lui, le visage complètement blanc :

-Ca fait une heure que je suis là, sanglota-t-elle. Et je n'ai toujours pas eu le courage de sauter... Son instinct ne l'avait donc pas trompé, elle s'apprêtait à sauter. Mais...

-Pourquoi ? demanda Éric.

-J'ai réfléchi toute la nuit. Au début je pensais que Kara avait tort... Mais en fait elle a raison.

-Qu'est-ce que tu veux dire par là ?

-Que je suis inutile. Je ne sais même pourquoi je suis là. Je veux dire, regardes bien Éric : Je n'ai rien fait pendant votre enquête, jamais je n'ai pris de risque pour vous. Jamais je n'aie fait d'actions bénéfiques. Et quand on s'est fait kidnapper avec William... Lui a donné sa vie pour nous et Nathan m'a aidée à m'enfuir. Et moi ? Moi rien ! Je n'ai fait que pleurer en m'apitoyant mon sort ! Si Will est dans cet état, c'est de ma faute...

Elle semblait être à la fois perdue et à bout de nerf. Il allait falloir choisir ses mots avec justesse.

-Ecoute, commença tout doucement Éric. Pense à ton père... A ta mère, à ton petit frère. Qu'est-ce qu'ils deviendraient sans toi ?

-Je ne leur poserais plus de problème ! cria -t-elle tout en regardant en bas. Je ne poserais plus de problème à personne...

-On a onze ans ! Tu auras le temps de te remettre de tout ça. On t'aidera, on sera tous là avec toi.

-Ah oui ? Qui s'est soucié de moi lorsque j'allais mal, lorsque l'on déchirait mes affaires la nuit, lorsqu'on me collait les cheveux avec de la glue, lorsqu'on mettait des punaises dans mon lit. Hein ? Qui ? Vous étiez tous bien trop occupés à enquêter et à trouver le coupable !

A ce moment Éric ne sut que répondre. Elle avait raison. Aucun d'eux, Éric le premier avait essayé de savoir comment elle allait ou ce qu'elle faisait. Ce n'est qu'après qu'Amélie l'ait découverte dans la salle de bains couverte de cloques que le groupe d'amis avait agi.

-Tu as raison, concéda Éric. Mais on peut changer. Tout peut changer, je t'en fais la promesse Alice, plus jamais tu ne seras seule comme tu l'as été.

-Je fais des cauchemars..., s'indigna Alice. Chaque nuit je ne dors plus. Je mange à peine... Je n'ai plus envie de vivre tout ça Éric. Il y a des lettres sur le sol. Donne-les à leur destinataire. Il y en a une pour toi.

Le corps d'Alice plongea vers le sol et tomba, Éric essaya de l'atteindre mais trop tard, il eut à peine le temps de crier son nom.

Pense ! s'emporta-t-il. Pense ! Qu'est-ce que ferait William ?

Soudain ce fut le déclic. La potion de Chute-plume ! Il prit rapidement la potion de son sac, la but, et sauta dans le vide avec sa baguette dans les mains.

La première chose qui le surprit fut le froid. Ensuite ce fut la peur du vide qui s'éloigna bien vite tant sa vision fut floue. Il entendait ses vêtements crisser sous la friction du vent. N'ayant pas d'autre plans, il pointa sa baguette sur Alice qui chutait et incanta le sort :

-Wingardium Leviosa !

Sur le coup, sa baguette trembla tant la vitesse de son ami était grande. Puis, petit à petit son amie ralentit. Éric allait la rattraper mais il sentait que son sort ne tiendrait pas longtemps, il essaya donc de se positionner en piqué pour gagner de la vitesse. En quelques secondes, il réussit à la rattraper, juste avant que son sort ne lâche.

La collision entre les deux personnes fut violente. Éric n'avait pas de sort de lévitation activé sur lui. Il avait eu donc sa pleine vitesse lors de l'impact. Il ressentit une énorme douleur à l'épaule mais ce n'était pas vraiment important. Il avait Alice dans ses bras. Il ne restait plus qu'à espérer que la potion soit efficace pour deux. La fille Villier essaya de se débattre mais Éric raffermit sa prise. Il était bien déterminé à la sauver. Malheureusement, il remarqua qu'il prenait énormément de vitesse, effrayé par les résultats de l'impact final qui arrivait bien trop vite à son goût. Il ferma les yeux, puis, plus rien.

Lorsqu'il ouvrit les yeux, il s'aperçut qu'il était à l'infirmerie. Il mit quelques secondes pour retrouver ses esprits. Il regarda à droite et à gauche priant pour voir Alice. Son vœu fut exaucé puisqu'il vit celle-ci dans le lit en face du sien. Mr. Villier à son chevet :

-Comment tu vas ? demanda l'enseignant.

-Alice..., répondit Éric. Comment va-t-elle ?

Le professeur d'alchimie remit quelques cheveux en place à sa fille, dormant profondément :

-Elle va bien. Elle est juste choquée et désorientée. Elle s'est réveillée avant toi.

-Vous savez ce que..., commença le fils Hasbourg.

-Oui. On a lu les lettres qu'elle a déposé. Merci de l'avoir sauvée...

-Vous a -t-elle dit quoi que ce soit sur un hypothétique recommencement ?

-Beaucoup de gens sont venus la voir. Au début elle semblait un peu désorientée mais petit à petit, je pense qu'elle s'est aperçue de ce qu'elle perdrait si elle recommençait. Tout ça est devenu plus concret pour elle. Mais honnêtement, je ne sais pas... Tout dépendra d'elle à partir de maintenant. Notre rôle sera seulement de la soutenir du mieux qu'on peut.

A cette phrase, Éric évita le regard de son enseignant :

-On ne l'a pas soutenu comme il faudrait. Elle nous a accusés de ne pas avoir été là pour elle et elle avait raison... Quelque part, c'est de notre faute tout ça.

-On fait tous des erreurs, essaya de le rassurer le père d'Alice. Surtout en ce qui concerne les amis. C'est toujours compliqué, crois-moi. Je sais de quoi je parle. Rendors-toi il fait nuit de toute façon.

C'est-ce que fit Éric mais celui-ci eut du mal à dormir, il n'arrêtait pas de penser à la condition de William et d'Alice...

Quelques jours après cet évènement, Amélie et Éric restèrent la plupart du temps ensemble. Mais aucun n'était vraiment motivé à faire quoi que ce soit. Sans Alice ou William, ça n'avait plus vraiment de sens. Nathan, lui, passait tout son temps libre à rester avec William dont la situation n'avait toujours pas évolué. Pour tout le monde, il était compliqué pour tout le monde de tourner la page après de tels évènements.

Un après-midi, Éric, sa sœur et Nathan étaient dans les vignes de l'Académie. Chacun ramassait les plants de Morpho-vignes goût cola plantés par Amélie au fur et à mesure de l'année. La tâche était contraignante puisqu'il devait en porter plusieurs kilos à plein le dos, en plus il faisait une chaleur de tous les diables. Ils auraient pu utiliser la magie mais l'académie interdisait son utilisation pour la conception de morpho-vin. Du coup, ils étaient obligés de se trimballer plusieurs kilos de raisin goût cola sur le dos pour le déposer dans la réserve. Mais quelque part, c'était tant mieux. Ça leur évitait de trop penser.

Une fois terminé, chacun mettait sa récolte dans une énorme bassine. Ensuite devait écraser les raisins avec ses pieds pour produire du jus. Éric trouvait ça tout bonnement dégueulasse mais apparemment c'est comme ça que ça se fait. Aucun des membres de la famille Hasbourg n'était très motivé pour accomplir cette tâche.

-Je vois, fit Nathan. Ce sera à moi de me coltiner ça ? Aller, poussez-vous.

Le garçon monta dans la bassine pleine de raisin et commença à écraser le raisin pour produire du jus, provoquant un bruit qui n'inspirait rien de bon à Éric.

-Je suis bien content que ce soit toi qui fasses ça, commenta celui-ci. Je ne me sentais pas de faire un truc comme ça.

-On va dire que je me sacrifie pour la cause, ironisa Nathan n'ayant pas l'air d'apprécier la sensation. J'espère que ce sera vite fini.

Malheureusement pour lui, ce processus dura une bonne heure. Le pauvre avait les jambes pleines de jus de raisin goût cola qu'il essaya d'essuyer comme il put. Pendant ce temps, Amélie et Éric rangeait ce jus dans différents tonneaux servant à la fermentation.

-Bon, fit Éric une fois fini. Ça prendra combien de temps avant qu'on puisse le boire ?

-Si je n'ai pas trop foiré mon coup, répondit Amélie. Environ un mois.

Le groupe décida de rentrer lorsque le soleil commençait à se coucher. Apparemment, d'autres personnes continuaient de travailler dans les champs de vignes. Ce n'est pas très étonnant puisque le club de morpho-viticulture est le seul à ne pas avoir de plage horaire pour se coucher.

Sur le chemin ils entendirent deux élèves plus âgés discuter :

-Hé t'as vu ça, dit l'un. Il paraît qu'il y avait Mr. Minsley qui courrait à fond les ballons à travers les rocheuses. Et visiblement, Mr. Grayson le poursuivait.

Éric et Nathan se regardèrent, arrivant certainement aux mêmes conclusions :

-Mr. Grayson a dû interroger Zacharias, devina Éric.

-Et il lui a donné son complice, compléta Nathan. A savoir, Mr. Minsley, ça m'était complètement sorti de la tête.

-T'as ton balai ? Je ne raterais ça pour rien au monde.

-Bien sûr. Viens, on y va. Désolé Amélie, on te laisse.

La jeune fille resta pantoise pendant que son frère et son ami couraient vers le balai de Nathan qui ne se trouvait pas bien loin. En une minute à peine ils volaient déjà pour admirer le duel.

Éric, qui n'était pas à l'aise en balai, devait bien avouer que Nathan était un excellent pilote. Malgré la vitesse vertigineuse de son balai, il réussissait à esquiver oiseaux et arbres sans aucune difficultés. Plus d'une fois le cœur du garçon allait lâcher mais une fois qu'il s'aperçut que son ami maitrisait, il laissa faire.

Ils eurent du mal à retrouver la trace des deux professeurs, ils durent faire plusieurs aller-retours pour enfin distinguer les deux points, l'un poursuivant l'autre. Nathan baissa l'altitude de son balai pour mieux voir la poursuite. Visiblement, Mr. Minsley avait l'air complètement esquinté : ses vêtements étaient en lambeaux, ses lunettes n'avaient plus qu'un seul verre et son visage était couvert de crasse. Il transpirait tout ce qu'il pouvait tant il avait couru et essaya de récupérer son énergie sur le rebord d'un rocher.

Mr. Grayson marchait tranquillement à la poursuite de l'enseignant en Métamorphoses, semblant beaucoup s'amuser. Derrière lui se trouvait des arbres déracinés et plusieurs cratères, montrant bien qu'un duel a eu lieu.

-Allons Professeur Minsley, s'amusa le professeur de défenses. Pensez-vous vraiment pouvoir m'échapper ?

Mr. Grayson fit un mouvement de baguette et soudain, Mr. Minsley lévitait en l'air. Ce n'était pas un sort de Wingardium Leviosa, la victime semblait être incapable de bouger le moindre petit doigt. Le professeur de Métamorphoses lévita jusqu'à un précipice :

-Je vous en prie Mr. Grayson ! supplia-t-il. Vous ne comprenez pas ! Je n'avais pas le choix, il m'aurait tué si je n'avais rien fait.

-Et donnez-moi un seul argument pour que je ne vous laisse pas tomber dans le vide ? demanda son adversaire.

-Je peux vous donner des informations ! Des choses que Zacharias ne vous aurait pas dit !

-Mh. Mauvaise réponse.

Mr. Grayson lâcha l'homme en lévitation qui cria, devant la surprise des deux élèves spectateurs. Au moment où Mr. Minsley allait tomber dans le précipice, celui-ci tint étrangement sur ses deux pieds, dans le vide. Devant le regard horrifié de son comparse professeur, Mr. Grayson claqua des doigts et soudain, la surface sous les pieds du professeur qui était auparavant du vide devint de la roche solide. Avec la vieillesse cumulée et la peur de sa mort imminente, Mr. Minsley s'évanouit.

Aucun des deux élèves ne s'en rendait compte mais ce que venait de réaliser l'enseignant de Défenses contre les forces du mal n'était à la portée que d'une poignée de sorciers dans le monde.