[UpDate du 19/02/2022 : j'ai repéré par hasard des coquilles dans le textes, mon document a dû mal être téléchargé. J'ai donc fait les corrections directement sur . Aussi, je recherche un.e bêta pour me corriger, parce que je fais encore pas mal de faute et n'arrive pas forcément à les repérer à force d'écrire et me relire. Si vous êtes partant.e, n'hésitez pas à me contacter ^^]


Bonjour, j'espère que vous allez bien :) Depuis plusieurs mois je n'ai plus vraiment le temps d'écrire, alors j'ai décidé de prendre les choses autrement : j'écris quand j'ai le temps, si je l'ai pas, pas grave. Sans culpabiliser ou être dans la course, je réorganise mon fonctionnement de travail. De toute façon, du travail avec le mémoire et les autres dossiers + le stage, j'en ai au large ahah.
Lâchez un petite review, c'est toujours intéressant de lire ce que vous en avez pensé ! La suite, doucement mais sûrement héhé.


Chapitre 5

Bleue pétrole –

Sa mère est retournée à la case départ : femme-chiffon, usée et trouée.

Elle dort… pourvu qu'elle continue à rester le cerveau mazouté.

Lui, il est prostré, et pourvu que le temps se mazoute comme ces mers lointaines.

Puis, ça a frappé contre la porte coulissante du containeur.

Alors tout s'écroule en lui, les larmes débordent et il se presse pour ouvrir à sa sœur. Enfin ! Enfin elle est revenue les sauver de leur enfer.

Pourtant, cette femme qui capte son regarde n'est pas sa sœur. Elle a bien cette longue tresse coulant sur l'épaule, mais ce sont de grands yeux rubis qui ont emprisonnés les siens. Une peau bleue pétrole, un sourire charmant et discret sur des lèvres fines, murmurant d'une douceur limpide :

— Puis-je ?

Son corps reste gelé.

Elle incline légèrement sa tête et son regard candide balaie la pièce par dessus l'épaule de Luke.

— C'est bien ici que tu vis, Luke Naberri ? Je pense que tu le sais, mais nous avions rendez-vous.

Les larmes roulent sur ses joues. De grosses larmes dans ses yeux grands ouverts.

— Respire, Luke.

Cette fois-ci son sourire s'étire un peu plus et elle s'avance d'un pas aussi délicat que ferme.

Ses narines tressaillent, l'air rentre à nouveau, mais il ne bouge pas pour autant.

— Luke, tu dois me laisser passer. C'est important.

Il murmure quelque chose d'inintelligible, comme un souffle.

— Luke, tu sais que nous avions rendez-vous, n'est-pas ?

Il se force à répéter, plus fort :

— Non.
— Oh. J'étais pourtant sûre d'avoir convenue d'un rendez-vous… mais ce n'est pas grave, puis que je suis là, que tu es là et… il me semble, que ta mère est là, n'est ce pas ?
— Non.

Elle soupire, se recule, profondément affligée, et lance un regard chargé d'ordres muets sur sa droite.

Ceux jusqu'à présent cachés se révèlent et ni une ni deux, forcent le passage. Il ne fallut pourtant pas d'une grande force physique pour balayer le jeune Luke, sidéré.

Les êtres continuent leur chemin dans le conteneur et déplacent les meubles qui ne leur résistent pas. Plaquer sans ménagement contre les parois de taule, il y a soudain plus de place dans son chez-lui.

La femme bleue pétrole s'avance sur ce chemin créé rien que pour elle :

— Je suis désolée, Luke. Il y a des choses qu'on ne peut pas éviter. Même nous.
— Je. Si. Faites pas ça.

Quand est-ce que tout s'arrête ?

— Luke ?

Son cœur se tord soudainement et les larmes redoublent d'ardeur. Se sont des torrents qui se déversent à présent. La voix grêle de sa mère souffle le chaos de son esprit.

« Non » qu'il se répète.

— Non, qu'il souffle encore.
— Luke ?!
— Maman !

Il s'élance contre eux, ceux entre elle et lui et se fait balayer par des bras de chair et de fer.

— NAN ! J'vous en prie, j'vous en supplie vous pouvez pas faire ça !

Elle s'est accroupie doucement près lui, lui qu'on a rétamé au sol, lui dont une botte écrase désormais la tête.

— Chute, chute… Luke voyons. Tu le savais. C'était inévitable.

À sa hauteur, des doigts d'un bleu marin ramassent une grosse perle de pluie sur sa joue tandis que sa mère est tirée hors du lit, se débattant mollement avec ses gestes désordonnés.

— Maman ! Maman ! Pas ça… qu'il continue de sangloter.
— J'ai quelqu'un à te présenter, Luke, si cela peut t'aider.

D'un geste de la main, elle invite cet inconnu. Un inconnu qu'il reconnaît, même dans sa vision noyée. Il est grand, un œil unique au travers duquel s'affrontent trop d'émotions fuyantes. Un gloupsy qui se serait fait comme roulé dessus. Un gloupsi dont les mains finissent en bandage tachés de rouille.

— J'suis tellement désolé… que le gloupsi lâche, découvrant ses chicots bousillés et ceux qui manquent dans la rangé. Apparemment, ça ne repoussent pas. Sa mâchoire ne se referme pas et ses lèvres boursouflées ont la tremblote.

— Allons, allons… fait-elle en balayant l'air gracieusement de sa main. Ne nous attardons pas dans des excuses. Nous avons à discuter, jeune Luke Naberri.

Elle baille nonchalamment entre deux sourires.

— Oh excuse-moi, c'est que j'ai mis du temps à trouver ton nom. Mais, fort heureusement pour moi, une fois qu'on obtient un nom, le numéro du conteneur attribué est vite trouvé. N'est-ce pas, Joshua Marval ?

Jo' ne répond pas, il marmonne entre morve et larmes, secoué de grands hoquets, tremblant comme une feuille morte, prête à tomber de sa branche à tout moment.

— On fait quoi d'elle ?
— Doucement avec Madame Naberri, voyons.
— Attendez ! On peut encore trouver un truc ! Lâcher ma mèr- Arg !

Un coup de botte dans les côtes, ça vous fait vite fermer votre gueule, constate douloureusement Luke en crachant.

— Vous aviez dit « doucement », non ? bave-t-il en cherchant son souffle.
— « Avec Madame Naberri », que j'ai exprimé. Je n'ai rien dit à propos de toi, Luke Naberri.
— Et moi j'ai dit qu'on pouvait trouver encore un truc.

Elle exhale un soupire trop lasse avant de se retourner vers de lui.

— Tu as du cran, jeune Luke Naberri. Je t'en prie, nous t'écoutons.

La botte s'écarte mais il reste sur le sol, ne faisant pas confiance en ses jambes flageolantes.

— Ma sœur rentre bientôt, c'est elle qui a la thune. Je peux vous payer.
— « Bientôt », cela est très vague.
— Très vite.
— Ce n'est pas beaucoup mieux, grimace-t-elle.
— Laissez-moi juste quelques jours de plus… j'vous en prie.

Nouveau soupire, elle se relève et passe lascivement dans la pièce. Elle découvre du regard la pièce telle une enfant, s'arrête pour observer un bibelot, le paravent aux motifs vieillot-fleuris qui a été bazardé, avant de se retourner vivement :

— Trois jours. Je vous laisse trois jours me payer.

Luke relâche un souffle et abat son front contre le sol.

— Mais… Mais pour être sûr que tu paies ce que tu me dois, je prends tout de même sous ma garde Madame Naberri. Disons que cela servira de garantie.
— Nan ! J'vous en sup-
— Arrêtons avec les supplications, veux-tu ? Tu en as déjà trop énoncé et cela ne sert à rien avec moi. Les lois du marché sont limpides et inflexibles. Je suis inflexible. Tu le sais Luke Naberri. Maintenant…

Nouveau geste de la tête. Aussitôt les hommes de main empoignent sa mère qui ne braille plus. Ils l'emportent trop vite, la traînant par les bras, elle qui n'est même plus capable de tenir debout.

— Regarde-là, Luke Naberri.

Bien-sûr qu'il n'a pas décroché sa mère des yeux, qu'est-ce qu'elle croit ? Elle penche légèrement ses épaules vers lui et répète :

— Regarde-là bien.

Et ses yeux qui se noient ! L'eau remonte dans sa vision, la coque du bateau est trop endommagée, il coule.

— Dis « au-revoir » à maman, Luke Naberri.

Sa mère, soleil de sa vie, s'en va sous son regard comme une étoile-filante.

— Luke ?

Non, ils ne lui prendront pas sa mère. Il hurle, animal. L'énergie du désespoir se déchaîne et fait tout exploser. Il se redresse, les yeux fous. Il va la sauver, il va rattraper son soleil. Une chose inconnue rugit dans sa poitrine. Il sait qu'il peut...

Une fois encore ses genoux s'écrasent contre l'acier et sa face percute une nouvelle fois ce putain de sol.

— Non, tu ne peux rien, Luke Naberri. Et maintenant, il est l'heure, trop tard.

Il gigote et hurle toujours, inspire, souffle, bave aux lèvres. Rien n'y fait, l'étau ne se dessert pas. L'unique main qui lui fait bouffer le sol semble faite de marbre. Un souffle s'approche de son oreille et susurre :

— Nous compterons jusqu'à trois. Et à trois, je partirai. Prêts ? Un.

Le visage rivé au sol, plongé dans sa morve et ses larmes qui se mélangent à la poussière, tout à le goût de rouille. Sûrement parce que son nez est explosé. Il fait si sombre, tout est si flou.

— Deux.

Non ! Non le temps passe trop vite, qu'on l'arrête et puis que tout s'arrête. Quand est-ce que tout prend fin ? Rien n'est possible, ceci est une parenthèse de cauchemars dans sa nuit sans veilleuse.

— Trois.

« CHLAC »

.oOoOoOo.

Sur le sol, il y a un petit bout de papier :

« Le niveau que personne ne connaît, mais tout le monde sait. »

Il doit se réveiller. Il doit… Que doit-il faire ? Détaché de son corps, il fixe le lit trois places, et puis la porte. Ils sont partis et ont emporté avec eux sa mère. Doit-il attendre ? Encore, ici, entre ces murs qu'il ne supporte plus ?

Il prend son petit communicateur. Pas un message.

Il regarde au plafond. Trois jours. Il a trois jours. Et quelque par, étrangement, il se dit qu'il a le temps. Le temps de quoi ?

Son corps tremble, il peine à marcher jusqu'au lit sur lequel il s'affaisse. Et les draps portent encore l'odeur de sa mère… Des draps qu'il se sent le devoir de chiffonner, de serrer dans ses poings. D'y enfouir son visage pour hurler. Oui, ça fait du bien. S'écorcher la voix, pleurer sur sa ruine. Il relève sa tête déplace son regard dans la pièce qui ne ressemble plus à sa demeure. Mais qui doit refléter le désordre de son esprit. Rien ne va, comme un ordinateur qui aurait planté, il n'arrive pas à procéder ce qui est déjà un souvenir. Là, dans cette pièce. Une parenthèse de quelques minutes qu'il ne comprend pas. Qu'il a vécu sans être là. Il lui semblerai que même le silence qui a pris place a changé.

Peut-être parce qu'il ne souffle de sa mère manque à l'appel.

— Bordel mais Luke tu peux pas rester là sans rien faire !

Il se redresse et commence à tourner en rond dans cet espace en chantier :

— Réfléchit bordel, réfléchit Luke… Tu peux pas laisser ta mère comme ça. Bouge toi le cul et trouve une solution !

Il chope son petit com' : toujours aucun message.

— Leia est pas là et répond pas. Tu vas pas tourner en rond et attendre… attendre tu sais même pas quoi !? Rah !

Il arracherait bien ses cheveux, mais il n'en a pas assez et ne fait que planter ses ongles dans sa peau.

— Odile. Le vieux Odile. Il peut t'aider… Allez bouge !

Aussitôt il se plonge dans le désordre à la recherche des ses chaussures. Se pressant vers la porte, il attend quelques secondes avant de l'ouvrir.

— Ah et, rappelles-toi Luke : se parler tout seul dehors, c'est pas conseillé.

Il crève de chaud à courir comme un dératé dans les cages d'escaliers, dans les couloirs et les ruelles. Son cœur va peut-être bien exploser à ce rythme, c'est d'ailleurs étrange qu'il n'est pas péter plus tôt, avec tout ce qu'il s'est passé.

— BOSS ! qu'il hurle dans tout le hangar. MONSIEUR ODILE !
— Woh gamin qu'est c'que t'viens m'emmerder ?

S'essuyant inutilement ses gros doigts boudinés dans un chiffons crade, il avance sa gueule chargée de crocs en roulant des épaules.

— Ma mère, y a des gens qui sont venus ! Je… J'ai besoin d'aide.

Le grand reptile fronce de ses arcades écailleuses et s'avance vers un établit dégueulant d'outils.

— Ils sont combien ?
— Je sais pas-
— Combien, j'ai dit !
— Quatre !

Ou peut-être trois, ou peut-être dix, il ne sait plus, peine à reprendre son souffle.

— Ils ressemblaient à quoi ?
— C'est… C'était la fille des coupeurs de doigts.

La poigne du vieux Odile se fige sur un marteau rouge écaillé avant de se délier vivement.

— Dégage de là.

Mais Luke reste, atterré. Il a répété, sans se retourner :

— J'ai dit « dégage de là ».
— Mais-
— Non, tu comprends pas. J'veux pas d'emmerdes avec eux. Tu comprends ? Maintenant, bouge de là.
— Et ma mère ?
— J'peux rien pour elle. Le merdier dans lequel tu l'as foutu, à toi de le régler. Seul.

Enfin, il se retourne, jaugeant le jeune Luke de la tête au pied.

— Elle t'as donné combien de jours ?
— Trois.

Il renifle et racle ce qui doit être un gros glaire.

— J'peux fermer la boutique ces trois prochains jours. Installes-toi dans le coin et puis bosse. Répare tes engins, c'que tu veux. Ça te changeras les idées. En attendant qu'ils… 'fin, en attendant de pouvoir rentrer chez toi.

Alors c'est tout ce qu'i faire ? Attendre ? Attendre avec le luxe de pouvoir s'occuper les mains pour ne pas avoir trop à penser.

— Qu'ils fassent quoi ?
— Gamin, elle t'as donné trois jours. Tu peux les respecter ?
— Je… Je sais pas…
— Alors reste là. C'est tout ce que j'ai à dire, c'est tout c'que j'peux faire pour toi.

Il est passé à côté de lui, et lui n'a pas bougé. Il a fermé le grand store grinçant du garage avant de disparaître à nouveau parmi les montagnes de ferraille.

Alors c'est tout ? Vraiment tout ?

Il sent les torrents gronder dernière ses yeux, les barrages prêts à céder une nouvelle fois. Il renifle un coup et s'essuie d'un revers de manche son nez. Pince ses lèvres et bats des cils avant de fixer les rangées de néons hauts, très hauts suspendus au plafond.

Alors c'est tout ? Vraiment tout ?

Fixant le marteau toujours sur l'établit, il se voit le prendre et fracasser le monde. Le monde et lui avec. Pourtant, il n'y a que ses épaules qui s'abaissent légèrement. La charge est trop lourde. Alors il s'en va entre les montagnes s'y perdre et puis se perdre loin de lui-même. Lassé d'être laissé, il a trop appelé pour espérer encore que le ciel ne lui vienne en aide. Et c'est sûrement parce qu'il n'est qu'une coquille vide que seuls les spectres lui répondent. Au final, ne ditons pas qu'on ne s'entend qu'avec ceux qui nous ressemblent ?

« Bip »