lumos


attention assez long chapitre (10,000 mots et quelques) qui sera d'ailleurs (je pense...) comme tous les autres, mais divisé en deux partie pour plus d'aisance ; considérez-les comme deux chapitres séparés. bonne lecture et merci à ceux qui laisseront des reviews !

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rien ne sert de courir, il faut partir à point.

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haine empoisonnée

Hermione se réveilla avec dans les oreilles un claquement sec, dans les yeux une incompréhension profonde, dans le cœur un tambour à folle allure et dans les narines une très forte odeur de menthe. Dans un geste instinctif, elle porta sa main à sa joue brûlante, sans vraiment savoir pourquoi. Elle était sur ses deux pieds, mais se souvint s'être assoupie sur une chaise. Devant elle, le bras encore levé d'une silhouette masculine s'abaissait de manière progressive, découvrant à sa suite le visage horriblement serein de Drago Malefoy. Hermione écarquilla ses yeux ; elle ne comprenait rien. Son regard embrassa la mâchoire carrée aux contours parfaits de son ennemi, remonta vers ses cheveux d'or se détachant dans la pénombre pour finalement se planter férocement dans ses yeux gris étincelants.

- Salut, avait-il dit.

- Que se passe-t-il ?, lâcha-t-elle en guise de réponse et d'une voix rouée par le sommeil.

Drago, qui était resté jusque-là inexpressif, esquissa un sourire en coin qu'on lui connaissait bien, mais ne répondit rien.

- Que s'est-il passé ?, répéta Hermione en délaissant sa joue.

Elle revint vers sa table, la découvrit vide, tâta avec fièvre sa chaise, son sac, qu'elle ouvrit pour y vérifier le contenu ; rien ne manquait.

- C'est toi qui as rangé mes affaires ?, dit-elle avec aigreur.

- Non, mentit l'autre.

Hermione l'observa longuement, son regard allant de son cartable à lui. C'était louche et elle ne gardait que des souvenirs brumeux de la soirée : elle avait travaillé avec Harry et Ron qui l'avait quittée à une heure tardive pour rejoindre les dortoirs, tant pis elle continuerait seule, mais c'était tout ce dont elle se rappelait. Peut-être disait-il vrai ? Ses mains pâles et fébriles dégainèrent un instrument de bois : elle brandit sa baguette.

- Tu m'as frappée, menaça-t-elle tandis qu'il ne bronchait pas. Pourquoi ? Que fais-tu ici ?

Elle voulut jeter un coup d'œil à sa jupe pour s'assurer qu'il ne l'avait pas touchée, cependant Malefoy le remarqua car il élargit son sourire.

- Granger, de manière générale je ne fais cela qu'avec des personnes en état d'éveil, mais s'il m'était arrivé de faire exception à ce principe, je pense (il accentua sur le mot en levant l'index) que mes lèvres sur les tiennes auraient suffi à te réveiller.

Hermione s'embrasa malgré elle mais exprima ensuite son dégoût naissant par une grimace. Il lui avait adressé un clin d'œil.

- Et la claque, c'était pour te réveiller bien naturellement.

Rire moqueur.

- Toujours aussi fidèle à ton humour de mauvais goût, à ce que je vois, fit-elle remarquer avec un sourire qui n'en était pas un. Allez crache le morceau, que fais-tu donc dans la bibliothèque à cette heure-ci ? Tu ne te doutais quand même pas de ma présence ici ?

Elle balada son regard alentour et lança d'un ton peu convaincant, parce qu'elle n'avait rien à dire :

- Tu as encore ramené tes copains Mangemort, c'est cela ?

Malefoy soupira ; deux allusions à son statut de serviteur en une soirée, ce n'était pas cher payé. Après tout, c'était Granger, la meilleure amie d'Harry Potter : l'ennemi numéro un, et il ne fallait sans doute pas s'attendre à un tout autre raisonnement de sa part. C'est dommage, il la pensait un peu plus ouverte.

- Figure-toi que j'ai une très bonne excuse, contrairement à toi, puisque je fais ma ronde nocturne.

Ses lèvres s'ourlèrent en un sourire narquois. Hermione recula de quelques pas. Elle avait oublié cela...

- Devoirs de préfets obligent, expliqua-t-il en inclinant dignement sa tête et tapotant son insigne. Dans un tel contexte malheureusement, je me vois dans l'obligation de connaître tes motivations à toi, Granger. Que fais-tu ici à cette heure si tardive ?

La jeune femme se résigna à baisser sa baguette, elle n'était plus du tout en position de force ; l'air supérieur et autoritaire de Malefoy ne la rassurait guère. Par mesure de précaution, elle installa son sac sur son épaule et cala sa baguette sous son bras, prête à déguerpir à la moindre attaque. C'est d'ailleurs ce qu'elle préparait.

- Je me suis... assoupie, balbutia-t-elle en amorçant un mouvement de recul, en travaillant...

Malefoy effectua quant à lui, un pas en avant. Une sueur froide coula le long du dos d'Hermione : il avait l'air d'être au courant de ses intentions. Lisait-il dans les pensées ?

- Aurais-je dans ce cas dérangé mademoiselle en pleine culture d'esprit ?, se moqua-t-il en découvrant une lignée de dents blanches. Tu sais, Granger, tu es déjà assez intelligente comme cela, nul besoin de vouloir te durcir davantage le cerveau.

La concernée ne répondit pas. Était-ce un compliment qu'il venait de lui faire ? Malefoy avait changé, elle ne le reconnaissait pas. Il semblait plus... grand, plus mature. On était bien loin de l'ancien Drago, lâche à la manière de son père et trop arrogant pour tenir une discussion polie et dénuée d'insultes. Il présentait même une physionomie modifiée, une carrure imposante qu'on ne lui associait généralement pas, soutenue par un visage à la beauté glacée et aux traits froids.

- Sans doute, dit-elle alors en serrant la bandoulière de son sac, mais cela ne te concerne certainement pas.

Elle s'apprêtait à quitter les lieux. Par chance, il ne la retiendrait pas.

- Bonne nuit, se résout-elle à lui souhaiter avec toutefois une pointe de mépris.

L'allure précipitée de ses pas, en rythme avec celle de son cœur, lui permirent de prendre une distance d'à peine quelques centimètres : Hermione Granger n'a pas de chance, elle n'en a jamais.

- Attends un peu.

Une poigne lui enserra le bras et la força à se retourner, ce qu'elle fit en se dégageant violemment.

- Ne me touche pas, cracha-t-elle avec des yeux plus que noirs.

Malefoy la gratifia quant à elle d'un regard hautain, profondément gris.

- Je veux bien te laisser partir, chuchota-t-il en effleurant les contours de la table à proximité. Mais avant, il faudra m'accorder une toute petite faveur...

Il avait prit un air enfantin, et une moue faussement boudeuse. Hermione voulut sortir sa baguette, mais trop tard : un Expelliarmus bien placé de la part de son adversaire et un claquement de sa langue exprimant une désapprobation l'en empêcha tout net. Il lui sembla qu'on venait de lui retirer une partie de son corps ; elle n'était plus bonne à rien sans ce pitoyable instrument de bois.

- Je n'ai pas le temps de jouer avec toi Malefoy !, cria-t-elle en déposant son sac à terre. Rends-moi cette baguette ou je me plains au directeur !

- Oh ! oh ! chantonna joyeusement Drago en reculant dans l'ombre, mais c'est que l'on commence déjà à déployer les grands moyens... Reste tranquille, tu n'as pas besoin de cela. Pour l'instant...

Pour prouver ses dires, il glissa les deux baguettes dans la poche arrière de son pantalon. Mais Hermione ne l'écoutait guère : son regard aigu transperçait chaque mètre carré de la bibliothèque en quête d'une échappatoire, même infime. Et rien ; il n'y avait rien. Drago avançait dangereusement en sa direction, elle s'éloigna avant de s'arrêter brusquement, bloquée par une table et ses sièges. Elle n'eut ni le temps, ni l'audace de la contourner : le visage de Malefoy, sa moitié se détachant au clair de lune, n'était qu'à quelques centimètres du sien, pâle comme un linge. Elle souhaita occuper ses mains trop nerveuses et enfonça ses ongles dans le haut d'une chaise.

- Viens jouer avec moi..., murmura le Serpentard de manière sensuelle tout en laissant sa phrase en suspension.

Il tendit ses doigts fins vers la chevelure touffue de Granger, eut le temps de n'en caresser que quelques mèches car Hermione le repoussa avec violence.

- Ne me touche pas !, répéta-t-elle en animant sa voix d'une férocité palpable.

Malefoy en profita pour lui attraper la main, qu'il obligea à se poser sur son buste.

- Joue avec moi Hermione... Juste pour ce soir.

Un battement sourd se manifesta dans l'estomac de cette dernière, son cœur se mit à cogner avec fureur et pendant un instant sous le coup de la surprise, elle détendit tous ses membres. Elle soutint le regard de braise que Drago lui adressait, où elle croyait y percevoir tout au fond, des cristaux de glace. Et elle le haïssait. Hermione le méprisait par-delà les limites les plus reculées. Alors elle le lui dit. Elle le lui répéta plusieurs fois, mais n'en tira aucune satisfaction.

- Moi aussi Granger, s'était-il contenté de répondre.

Hermione s'était mise à gigoter, tentait de se défaire de lui, de se dégager de son emprise.

- Sais-tu résister, miss, à l'appellation de ton prénom ?, demanda-t-il le plus calmement du monde.

Il la tenait enfermée dans ses étaux de givre, les lignes de son portrait tout à fait reposées. Elle secouait alors sa tête en signe de dénégation, souffrant de l'enfoncement du bas de son dos dans celui d'une chaise.

- Tu n'es pas mon ami Malefoy, disait-elle avec affront. Tu n'es pas en droit de m'appeler de cette façon.

- Pourtant je le fais..., rétorqua-t-il sur un ton de provocation qui fit frémir la jeune fille. Allez, chut, Hermione, ça va aller...

Malefoy se permit de passer ses doigts froids sur les joues de Granger, à sa merci, et se réjouit de la voir essayer de protester. Hermione plaqua ses mains sur son torse et le précipita en arrière mais il ne perdit pas une once d'équilibre et revint à la charge.

- Maintenant, dis-moi, sais-tu résister à un contact humain ? Comme le mien...

Il l'attira vers lui alors qu'elle trébuchait sur la moquette et faufila ses mains en-dessous de son chemisier. Sa peau était trop froide, trop douce et trop inhabituelle, pour qu'Hermione ne puisse en frissonner. Peut-être y avait également là-dedans, l'expression de son dégoût, elle n'en savait rien. Un contenu brumeux dans son cerveau, flou et compact, neutralisait l'accès à ses pensées les plus cohérentes.

- Malefoy je te déteste, dit-elle à nouveau en se trémoussant dans ses bras.

En guise de réponse, il lui pinça gentiment les hanches et, sans s'aventurer plus loin, retira ses mains qu'il remonta au niveau du visage de son homologue féminin. Elle accrocha désespérément ses ongles à sa veste et la lui froissa sous l'effet de la colère. Ses sourcils étaient froncés, ses yeux beaucoup trop sombres, contrastant avec la blancheur de ses traits. Elle plongea dans le regard d'acier de Malefoy toute la haine possible et l'entière répulsion qu'elle éprouvait à son égard. Elle le détestait.

- Hermione, à présent, poursuivait-il, insensible à sa rancune, sais-tu résister à un contact buccal ?

Drago lui releva le menton, approcha ses lèvres qu'on distinguait à peine dans la pénombre. Il sentait la menthe forte. Hermione en fut étourdie un moment, puis comme leurs bouches se frôlaient presque, elle serra davantage le tissu de ses vêtements entre ses doigts, avant de tirer soudain une baguette magique de sa poche ; la chance lui avait sourit puisqu'elle se révélait être la sienne. Malefoy l'avait à peine effleuré de ses lèvres mais cela suffit à l'écœurer pour le restant de ses jours.

- Arrière Mangemort, siffla-t-elle en le forçant à reculer.

Elle lui troua le torse de la pointe de sa baguette, haineuse. Malefoy ne manifesta aucun signe de faiblesse, mais obéit avec un semblant d'air vaincu. Cela ne fut toute fois que de courte durée : les deux ennemis levèrent leur arme dans le même temps.

- Stupéfix !

- Expelliarmus !

Hermione perdit ses moyens et le sort qu'elle voulut lancer s'évapora dans l'air ; faite comme un rat elle était. Malefoy saisit au vol la baguette qui plana jusqu'à lui, comme aimantée.

- Granger, je t'avais assuré que tu n'en avais pas besoin, rappela-t-il sur le ton sévère du père à sa fille.

La Griffondor se contenta d'un sourire instantané et forcé. Au fond, elle paniquait grandement, ses sens étaient tous en alerte et un battement de cœur trop accéléré lui donnait vertige. Elle demeura en position d'attaque pour ne pas perdre la face, ses pupilles se débattant inutilement dans leurs orbites en quête d'un objet de secours.

- Content de toi, hein ?, questionna-t-elle avec un rire nerveux.

Les coins de sa bouche étaient agités de tics qu'elle supportait avec difficulté.

- Assied-toi je t'en prie, proposa Drago en désignant une place. Tu me fais pitié.

- Non, je ne le ferai pas ! Tu n'as aucun droit sur moi ! Rends-moi cette baguette et tout ira bien, dans l'autre cas je te dénoncerai à Dumbledore et tu pourras bien faire tes valises car personne ne voudra d'un traître tel que toi dans cette école ! C'est le dernier avertissement !

Elle montrait la porte en signe de sa fuite prochaine, dans le cas où la situation s'aggraverait.

- Ce que tu peux être bavarde Granger, reprocha Malefoy qui arborait un visage sadique. Pour le bien de tous, nous allons te coudre les lèvres. Enfin, si cela ne te dérange pas trop ?

Il éclata d'un rire singulier, maléfique et beaucoup trop froid pour être sincère. Hermione pensa aux descriptions de Voldemort qu'Harry lui faisait et frissonna de tous ses membres. Malefoy la tira alors de ses pensées en brandissant les deux baguettes, les yeux étincelants de diabolisme ; elle se recroquevilla sur elle-même, se protégea la tête de ses bras, sachant parfaitement que ses tentatives d'éviter le sort étaient vaines.

- Silencio !

Le maléfice l'atteignit sur le côté, ce qui ne l'empêcha pas pour autant d'être efficace : la voix d'Hermione s'était coincée dans sa gorge sous la forme d'une bulle d'air impossible à faire éclater. Elle ne pouvait parler ; et cela, du moment que Drago ne lève pas le charme, qui a été renforcé par le nombre de baguettes utilisées.

- Voilà qui est bien mieux, constata Malefoy avec satisfaction. Prend place.

Il vint la chercher elle-même mais à peine lui effleura-t-il le bras qu'elle s'en dégagea, le regard hostile et menaçant. Qu'il essaie seulement de la toucher ! Elle allait lui faire subir l'enfer !

- Pauvre chou ! s'exclama-t-il avec une moue boudeuse. Tu es blessée dans ton estime ? Malheureuse de n'avoir pas la situation en main ? Il va falloir t'y adapter, ma jolie.

Quitte à en venir aux mains, avait songé Hermione. Elle le bouscula de toutes ses forces à l'aide de ses deux paumes, le repoussant sèchement et levant son index pour exprimer sa protestation et son indignation profonde à l'entente de termes « affectifs ».

- Susceptible, Granger ?, continuait Malefoy que les violences de la lionne n'atteignaient guère. Pardon ? Je ne t'entends pas !

Il tendait son oreille, moqueur, et s'esclaffait de ce même rire glaçant. Hermione fulminait de l'intérieur. Que faire ? Incapable de mener l'attaque, ni même de crier, elle était condamnée à passer ici la nuit la plus horrible qu'il lui ait jamais été donnée de vivre. Ce n'était pas l'idée exacte qu'elle se faisait d'une veillée à la bibliothèque, entièrement consacrée au repos et à la lecture. La voilà, piégée entre les griffes de la réincarnation du Seigneur des Ténèbres, sans défense et nue comme au premier jour.

- Oh, je vois, dit-il après avoir contemplé son regard éteint. C'est la mention de « ma jolie » qui te fait tiquer ?

Hermione leva vers lui un visage critique. Elle paraissait vieillie de plusieurs années, ses joues de même que ses orbites semblaient creusées, tandis que les cernes bleuâtres et les yeux noirs qui constituaient son regard la rendaient morte. Mais Malefoy ne s'en souciait guère, il tournait autour d'elle en chantonnant à ses oreilles quelques expressions telles que ma belle, ma mignonne... Elle le chassa comme on se débarrasse d'un moucheron, trop fatiguée pour pouvoir engager un combat à mains nues.

- Est-ce là tout ?, demanda Malefoy déçu par son manque de coopération. Je te croyais plus vive !

Pour toute réponse, la jeune femme lui écrasa les pieds en le gratifiant d'un regard incandescent. Qu'il aille au diable, lui et ses manières de pervers ! Mais encore une fois, Drago se révéla insensible à la douleur.

- Ne t'emporte pas trop, Granger, poursuivit-il plutôt, tu es bien plus faible que tu n'essaies de le faire croire. Tu n'es rien sans tes deux autres acolytes.

La légèreté de l'ambiance retomba lourde comme une pierre. Hermione lui tourna le dos, releva fièrement la tête, le cœur en lambeaux et des larmes au coin des yeux, qu'elle se forçait à retenir. Ce n'était pas la première fois qu'elle subissait ce genre de remarques désobligeantes à ce sujet, si bien qu'elle commençait elle-même à croire qu'elle ne valait absolument rien à côtés de ses amis, et en particulier d'Harry. Harry aurait, lui, arrangé la situation d'une de ses innombrables supercheries. Et n'était-elle pas ce soir-là seule, sans défense, sans baguette, entre les crochets venimeux de ce serpent maléfique ? Malefoy savait frapper là où cela faisait mal ; et il en avait parfaitement conscience. Il lui prit doucement les épaules tandis qu'il lui faisait face, approchant son sourire des oreilles d'Hermione, qui ne daigna bouger le petit doigt. Plus longtemps elle l'ignorerait, plus vite il en finira avec elle.

- Tu es faible, répéta-t-il d'un terrible accent. Tu n'es rien. Rends-toi ; avoue-le, que c'est moi le meilleur. Tu n'atteins même pas ma cheville.

Ses paroles coulaient en Hermione comme un poison brûlant dont l'intensité ne s'abrégeait pas. Elle savait qu'elle ne devait pas faire attention à ses provocations mais un brasier continuait de faire chaleur dans son cœur meurtri. Drago se retira, recula et la contempla de haut en bas, d'un regard bestial.

- Regarde-toi Granger, comme tu es pitoyable ! Regarde comme tu peux facilement tomber dans mes filets ! Tu es aussi sensible à mon charme que toutes les autres filles, la preuve est juste devant ton nez... Au fond, tu n'es pas cette miss-je-sais-tout un peu différente du reste de la population féminine. Tu es la même, la traita-t-il sans pitié.

Pour la première fois, Hermione le regarda bien en face, en serrant les poings. Elle n'aimait pas cela. Elle n'aimait pas que l'on compare la miss-je-sais-tout en personne à un tas de pimbêches sans cervelles. Drago soutint son air de défi, très amusé. Elle n'aimait pas cela et elle allait le lui faire comprendre puisqu'elle ne possédait plus de langue. Hermione s'avança au plus près ; Malefoy haussa des sourcils provocateurs.

- J'ai touché la corde sensible ?, demanda-t-il inutilement.

Pour toute réponse, la fille lui saisit les deux épaules et les ramena à elle, enfonça son genou dans son ventre dur, ses parties intimes, partout où elle le pouvait, écrasa ses pieds, de son coude enchaînait coup sur coup ; la colère l'aveuglait et elle ne souhaitait plus rien au monde sauf de blesser ce petit arrogant de Malefoy dont les grognements de douleur ne l'atteignait même pas. Mais tout cela semblait facile, trop facile : Malefoy était censé se défendre et il n'en faisait rien. Hermione chassa cette pensée par un énième coup. En guise de touche finale, elle s'empara de son sac plein à craquer et, de ses bras déjà fatigués, l'abattit sans pitié sur le côté du visage de son ennemi.

Elle fit marche arrière, le cœur tambourinant à une course folle, regrettant déjà ses actes et ravalant avec difficulté sa salive. Drago avait fini par s'effondrer à terre, son dos bien à plat sur la moquette, sa silhouette formant une masse informe dans l'obscurité et épargnant à Hermione la vue des conséquences de son emportement. Elle l'entendait tousser, gargariser, mais à aucun moment il ne gémit. C'est comme s'il ne souffrait point. En le voyant se redresser, elle fut secouée d'un grand frisson et retint à grand peine sa respiration, prête à déguerpir. Une vive lumière lui fit plisser les yeux ; Drago avait allumé sa baguette.

Il se releva sans apparente difficulté sous les yeux et le nez frémissant de la Griffondor qui l'aurait cru totalement invincible si elle n'avait pas remarqué les petites tâches rougeâtres s'écoulant de ses narines, s'étalant sur ses mains, sur sa chemise souillée, autrefois impeccable. Hermione porta sa paume à sa bouche tremblante. Qu'avait-elle fait ? Était-elle réellement à l'origine de cette barbarie ? Malefoy avait beau être horrible, monstrueux, et lui-même impitoyable, il avait beau mériter sa violence, elle avait un cœur, et c'est pourquoi elle ne parvint à déculpabiliser. Si le sortilège de mutisme ne faisait pas encore effet, elle se serait probablement excusée auprès de lui, et elle remercia Merlin de protéger le peu de fierté qu'il lui restait. Il était de toute manière trop tard pour reculer : le mal était fait.

Drago était à présent parfaitement debout, toujours aussi hautain et sûr de lui. Hermione remarqua avec horreur l'obscure couleur qui ne lui avait jamais parue aussi sombre que ce jour-là, scintiller durement au fond de ses pupilles gelées. Il lui offrit le côté gauche de son visage et cracha un liquide rouge sang par terre avant de se tourner vers elle, lui adressant un de ses plus beaux, et glaçants, sourires en coin.

Hermione sut qu'elle avait signé son arrêt de mort. Elle partit. Elle commença à détaler parmi les rayons, les yeux exorbités de terreur, son sac trop lourd serré contre sa poitrine, dans lequel ses cahiers se ballotaient entre eux. Elle trébucha dans le vide et son cartable lui échappa des mains pour s'échouer à un bon mètre plus loin ; Malefoy avait usé du sortilège de Bloque-Jambe.

- Reviens ici Granger ! Tu ne pensais tout de même pas t'en tirer aussi facilement ?

Le ton menaçant de Drago s'approcha d'elle, étalée sur le sol comme une vulgaire crêpe, les genoux douloureux et tremblants de frayeur. Hermione se redressa malgré tout sur le dos, reculant à quatre pattes et secouant la tête en sa direction.

« Je suis désolée ! » voulut-elle lui crier.

Mais Malefoy l'attrapa par le bras et la força à se relever.

« Je regrette ! » pensa-t-elle si fort en espérant le voir s'adoucir.

Il ne bronchait pas, toujours aussi impitoyable et lui souriant avec sadisme. Cédant à la colère, Hermione s'en para de la tête aux pieds et, rassemblant tout son courage, lui flanqua une claque avant de lui cracher au visage. Malefoy grimaça malgré lui et desserra sa poigne le temps d'essuyer sa joue d'un coup de manche enragé : ce fut pour Hermione le moment de passer à l'action. La respiration sifflante, elle reprit possession de sa baguette puis se tint à une distance raisonnable, prête au combat. Pour sûr, elle regrettait avec amertume tout ce qui se tramait cette nuit mais le duel était la seule façon de départager.

- À quoi tu joues Granger ?, questionna Malefoy en l'éclairant de sa baguette.

« Hé bien vas-y, songeait-elle toute seule, qu'attends-tu pour mener l'attaque ? ». Drago n'obtint comme seule réponse de sa part qu'un haussement de sourcil et un rapide sourire mutin ; elle le menaçait de son instrument de bois, ce qu'il considéra comme une invitation au combat. Il leva à son tour sa baguette mais Hermione ne l'attendit pas pour lancer le premier sort ; une brève confrontation s'ensuivit, ponctuée par les cris d'acharnement des adversaires tandis que tables et chaises crevaient sous les jets de lumière qui n'atteignaient jamais leur cible initiale.

Le conflit fut de bien courte durée : Hermione entendit un grincement lamentable dans son dos, bien différencié des craquements de bois antérieurs qui lui arrachaient les tympans. Quelqu'un essayait de s'introduire dans la bibliothèque, et par le cliquetis incessant d'un trousseau de clés, elle devina le concierge Rusard. Son sang ne fit qu'un tour et le duel touchait à sa fin définitive. Malefoy ne se fit pas prier : il cala la fille sous son aile, non sans brutalité, et rebroussa chemin, vers ce qu'Hermione supposa comme la Réserve. Dans la foulée il attrapa le cartable de son ennemie qu'il porta à son dos sans cesser de courir.

- Qui va là ?, hélait Rusard. Inutile de vous cacher, vous êtes cuits !

- Rentre là-dedans, ordonna Drago dont la respiration hachée lui donnait mal à la gorge.

Il lui plaqua son sac contre sa poitrine.

- Vite !

Il voulut bousculer Hermione dans la Réserve mais celle-ci protesta, désignant avec horreur les dégâts de leur bataille enfantine, dont le jeu, il fallait l'avouer, n'en valait guère la chandelle.

- J'ai dit rentre, Granger !, répéta Drago dans un chuchotement furieux.

La Griffondor s'enfonça malgré elle dans les ténèbres de la pièce voisine, le regard hostile, l'air de lui faire comprendre qu'il allait regretter toute sa vie d'avoir osé enclencher toute cette histoire sans fin. Drago n'en avait cure en cet instant. Il s'aventura dans les quelques gravats témoins de leur passage et à coup de Reparo en fit disparaître les trois quarts. Cela ne suffisait point mais les pas lourds de plus en plus proches de Rusard et les miaulements enragés de sa redoutable chatte Miss Teigne le dissuadèrent de poursuivre sur cette voie. Il s'engouffra à son tour dans la Réserve où Hermione ne perdait pas de temps : elle consultait des livres.

- Merlin suis-je en Enfer ?, se lamenta Malefoy avec effarement tout en verrouillant la porte.

La jeune femme lui adressa un coup d'œil courroucé et lui intima de se taire.

- Granger, articula-t-il alors de sa voix glaciale, tu ranges ça tout de suite ou je m'en charge moi-même. J'estime que ce n'est pas le moment de se cultiver l'esprit et je crois avoir largement raison. Dépêche-toi.

Comme elle ne pouvait parler, Hermione s'avança à sa hauteur et offrit à Drago une seconde claque qui lui cloua le clapet un instant. Aux grands maux les grands remèdes après tout... Mais le bruit sembla guider Rusard sur la bonne voie. Hermione tira un ouvrage resplendissant, à la couverture d'un vert sombre (ou était-ce dû au peu de lumière dans la pièce ?) intitulé : Le Besoin de Lire.

- Je m'occuperai de ton insolence en temps voulu, disait Malefoy qui paraissait à peine remis du coup qu'il venait de recevoir.

Hermione ne l'écoutait même pas ; elle jeta au livre un Sortilège de Désillusion à retardement, l'ouvrit à la première page et le posa à terre, dans un coin. Le temps était compté et le concierge approchait.

- C'est trop tard, miss, railla-t-il en la voyant exécuter toutes ses manœuvres. Tu peux bien fourrer ton plan à deux balles dans ton crâne puisqu'il est si grand ; nous sommes malheureusement et actuellement dans la merde.

Hermione ignora, lui fit poser les pieds sur les pages maculées de l'ouvrage et imita un au revoir grossier avec sa main, un sourire supérieur aux lèvres. L'image de Malefoy se figea sur son air interrogatif, sous l'œil satisfait de la Griffondor, puis se brisa en mille paillettes éphémères. La poignée tourna soudain avec frénésie ; de cette violence s'ensuivit une série de coups tambourinés puis Rusard sembla dégainer son trousseau cliquetant. Sans s'attarder une minute de plus, Hermione fit rencontrer ses semelles contre les feuilles parcheminées de l'ouvrage qui commençaient déjà à s'estomper, puis se sentit disparaître au moment où la porte s'ouvrait à la volée.

« Malheureuse de n'avoir pas la situation en main ? » qu'il disait. Ne l'avait-elle pas désormais ?

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échappés belle

Pénétré à l'intérieur du livre, on atterrissait d'emblée dans une pièce circulaire aux murs de velours et aux couleurs chatoyantes, laquelle était éclairée par de gigantesques torches flamboyantes et meublée d'une quinzaine de portes aux numéros respectifs. Le plafond était bâti dans une coupole parfaite, réalisée en une mosaïque multicolore qui formait en lettres penchées le mot : Sommaire. Malefoy était adossé au mur, le regard inexpressif, un sac bourré de livres qui ne lui appartenait pas à ses pieds, et les bras croisés ; il observait Hermione qui venait d'apparaître de nulle part dans un pop ! caractéristique.

« Parfait » se réjouit-elle en son for intérieur.

Son plan avait marché : ils étaient parvenus à s'incruster dans les pages du livre et Rusard n'avait aucune chance de les y découvrir puisque même dans la Réserve l'ouvrage s'était fondu dans le décor. Hermione dévisagea son ennemi de son air hautain. Il n'avait pas son mot à dire à présent ; elle était intelligente, elle était la miss-je-sais-tout, lui n'était plus rien qu'une poussière insignifiante, il ne savait rien. La cerise sur le gâteau : la Griffondor pointa sa baguette sur lui et le soumis à un sortilège très complexe qui consistait à pouvoir parler dans l'esprit de l'autre. Bien évidemment, elle le réussit du premier coup. À la vue de la menace, Malefoy avait décroisé ses bras et s'était redressé en position d'attaque.

- Qu'était-ce ?, lança-t-il froidement à son intention.

- Rien, rétorqua Hermione, allègre. Simple sortilège de Partage de Pensée.

Elle ne remuait pas les lèvres mais sa voix se répercuta bien dans le crâne fragile de Malefoy qui leva les yeux au ciel après s'être soulagé de l'absence de danger. Il connaissait cet enchantement pour avoir longtemps observé le Seigneur des Ténèbres l'exercer sur ses Mangemort, par pure envie d'impressionner et de terroriser. Il se garda de l'avouer à Granger ; peut-être un jour le lui apprendra-t-il.

- Hé bien ?, continuait-elle, insurgée, je te trouve bien muet Malefoy. Toi qui prenait tant plaisir à me torturer tout à l'heure !

Elle s'approcha de lui avec une grimace de dégoût et de haine jaillissante.

- Tu vois bien, je suis la plus intelligente, c'est toi qui n'es rien d'autre qu'un petit crâneur ; tu ne vaux pas les quatre fers d'un chien.

Elle l'imita en haussant ses sourcils d'un air de défi, puis comme les souvenirs de la soirée refaisaient surface, elle pouffa de rire, moqueuse à son tour.

- Se tasser dans la Réserve, voilà une bien bonne cachette, Malefoy ! Tu n'es même pas fichu de nous sauver de l'expulsion définitive ; oh mais si cela était arrivé, crois-moi je t'aurais tout simplement enterré.

Malefoy sourit. La différence frappante, entre lui et Granger, c'est qu'il n'était jamais atteint par les insultes d'autrui, et encore moins de la miss-je-sais-tout, et selon lui cela valait tout l'or du monde. Hermione repoussa sa crinière brune d'une main arrogante puis ausculta les lieux.

- Ne restons pas bêtement ici, il y a plus intéressant que le Sommaire du livre.

Elle désigna la porte qui portait en ses écailles rougeâtres un chiffre 7 plaqué or.

- Un chapitre par exemple.

Drago suivit ses pas, dans un silence glacial. Il actionna la poignée et entrouvrit la porte mais Hermione la referma du plat de la main dans un claquement sec.

- Mettons les points sur les i, Malefoy. J'ai remarqué que tu avais effacé une partie de notre passage tout à l'heure et je t'en suis à demi-reconnaissante, pour ne pas dire entièrement et préserver notre haine qui nous est si précieuse.

Elle inclina sa tête vers lui en signe d'hommage, malgré le sourire faux qui ornait ses lèvres.

- Maintenant c'est à mon tour de nous sauver la mise et nous y voici. À présent que nous sommes quittes, tu n'as plus aucune justification pour t'acharner sur ma personne et sache qu'un seul autre de tes coups tordus et je t'envoie faire le deuil de ta scolarité.

Malefoy écouta avec patience comme de coutume, puis fronça les sourcils en levant les yeux au plafond, l'air de réfléchir.

- Tu permets Granger ? J'ai une toute petite question pour toi.

La concernée releva le menton.

- Qu'est-ce donc ?

- Je suis peut-être un peu curieux, mais je me demandais par quel moyen comptais-tu quitter ta super cachette ? Mon intuition ne détecte aucune sortie, ajouta-t-il en pointant son index sur chacune des portes, très amusé, et je peux t'assurer que les occasions pour qu'elle se trompe sont minimes.

Il vit Hermione blêmir sous ses yeux, se dégonflant comme un pneu de son orgueil. Drago saisit à nouveau la poignée, un sourire moqueur au bout des lèvres.

- C'est bien ce qu'il me semblait.

Et sans l'attendre, il pénétra dans le septième chapitre en prenant bien soin de lui écraser les pieds. La Griffondor ne demeura guère longtemps dans son état de choc et tenta de se ressaisir : elle était Hermione Granger, n'est-ce pas ? elle était la plus intelligente élève de Poudlard ? alors elle trouverait à coup sûr une solution. Lorsqu'elle passa le pas de la porte du chapitre, elle eut l'impression de s'aventurer dans un dessin animé de haute qualité : les paysages fabuleux et les quelques personnages plantés ici et là, vacant à leurs diverses occupations, étaient tout juste à la limite du réel et de la peinture. D'un signe de tête impérieux, Hermione intima à Malefoy de la suivre et fonça droit vers le premier homme venu : un vieux druide à la barbe grise et au bâton d'argent. Au-dessus de sa tête, une banderole s'agitait dans le vent, indiquant en lettres médiévales qu'il se nommait Gorgot. La jeune fille posa un index curieux sur sa robe, histoire de s'assurer qu'il était bien palpable.

- Comptes-tu réclamer la sortie à ce pauvre fou ?, demanda Malefoy qui observait le personnage avec mépris.

- Oui, telle est mon intention, lui apprit-elle sans relever son comportement déplacé. Après tout, il vit dans ce livre, il devrait certainement la connaître.

Malefoy renifla et désigna d'un coup de menton le vieux, sourd à leur confrontation.

- Go ahead then.

- Non, répliqua Hermione, très concentrée sur les environs. C'est toi qui va le faire à ma place.

Il haussa ses sourcils.

- Mais c'est qu'elle ose me transmettre la sale tâche, la petite ! lança-t-il en riant. Dois-je te rappeler que nous sommes encore ici par ta faute ?

- Oooh ! jubila soudain Hermione en se tournant vers lui, mais dois-je te rappeler à mon tour le sort dont tu m'as si injustement frappée ?

Malefoy se souvint avec mauvaise humeur qu'ils communiquaient par le biais de leurs esprits et que par conséquent la voix d'Hermione n'était audible que par lui-même. Il voulut lui adresser un sourire forcé mais ne parvint qu'à une grimace.

- Cela va de soi.

- Ou peut-être serait-il plus judicieux de me rendre l'usage de la parole ?, ajouta-t-elle en s'approchant de lui les yeux plissés.

- Non, dit-il en inspirant profondément. Il ne vaut mieux pas. Pour l'instant. Alors dis-moi, que dois-je faire pour la miss Parfaite ?

Hermione croisa ses bras et redevint aussi sérieuse que devant une dissertation de la plus haute importance.

- Par malheur je ne connais pas, ou pour être précise pas encore, le mode d'emploi pour engager une conversation avec un personnage de livre : de ce type.

Elle désignait un Gorgot impassible de son pouce.

- Nous allons donc tenter différentes approches que je vais t'énoncer et que tu mettras alors en pratique.

- Fabuleux, fit remarquer son acolyte d'une ironie mordante. Comment perdre sa nuit à exécuter les ordres de Granger...

- Ce n'est pas moi qui l'ait voulu, c'est toi, en m'attaquant il y a de cela quelques heures. Tu ne peux t'en prendre qu'à toi-même Malefoy.

Ils se fixèrent un long moment en chien de faïence, chacun arborant un regard de défi.

- Très bien, accepta Drago qui enfonça ses poings dans ses poches. Je t'écoute.

- Merveilleux, triompha Hermione, on va pouvoir se mettre au travail. Pour le premier essai, tu vas tout bêtement formuler clairement et respectueusement notre quête à ce brave homme, autrement dit : que nous sommes extérieurs au livre et que nous nous demandons où peut-on trouver la sortie. Tu peux y aller.

Elle lui offrit la possibilité de se lancer en reculant d'un pas et en lui souriant pour la première fois, avec sincérité. Le fait de devoir expérimenter en compagnie de Granger n'enchantait guère Malefoy mais il s'avança tout de même vers Gorgot qui le transperça de son regard bienveillant, comme s'il ne pouvait l'apercevoir.

- Mes sincères salutations très cher ami, commença-t-il alors avec une voix si cérémonieuse qu'elle en paraissait comique.

Il improvisa un léger rire entre ses dents qui ne servait pas à grand-chose.

- Je nous présente : Malefoy, et miss Parfaite, juste-là (Hermione lui écrasa le pied). Nous étions entrés par malchance dans votre livre et nous sommes en quête de la sortie, alors si cela ne vous dérange pas, pourriez-vous nous l'indiquer, vous qui semblez connaisseur ?

Gorgot demeura immobile quelques secondes, le temps d'ingurgiter le discours pompeux de Malefoy, puis ses lèvres ridées s'entrouvrirent avec lenteur, laissant passer d'une voix chevrotante ces paroles :

- D'une aide bénéficiera, le nécessiteux qui l'a quémandera.

- Charmant, commenta Drago avec une grimace de dégoût. Tu sais quoi ?, poursuivit-il après un silence à l'égard d'Hermione, ce vieux ne nous servira à rien.

Hermione décroisa ses bras en soupirant.

- C'est parce que tu en fais trop ! Excuse-moi d'insister, ironisa-t-elle, mais tu vas devoir recommencer, et cette fois avec du soft !

Malefoy paru ne rien avoir écouté, pourtant lorsqu'il reprit la parole, il s'était rhabillé de son sérieux :

- Bonsoir, excusez-nous de vous déranger ; nous sommes entrés par hasard et nous voudrions ressortir, par quel moyen le peut-on ?

Et Gorgot de répondre :

- D'une aide bénéficiera, le nécessiteux qui l'a quémandera.

- C'était beaucoup trop simple !, objecta Hermione qui se frappa le front du plat de la main.

- Il faut savoir ce que tu veux Granger, répondit Malefoy sans un sourire.

Zut alors ! Comment allaient-ils donc s'en sortir ? L'air de réfléchir, la Griffondor se gratta les cheveux sans s'apercevoir qu'ils devinrent à cet effet encore plus ébouriffés qu'ils ne l'étaient déjà.

- Recommence et place un s'il-te-plaît dans tes paroles, dit-elle presque aussitôt en se rappelant la notion de « mot magique ».

Drago s'exécuta mais la réponse de Gorgot ne s'en formalisa pas pour un sou. Il observa avec pitié Granger tenter de trouver d'autres techniques, indifférent à son angoisse.

- Bon sang, j'aurai dû me renseigner avant de venir ! se lamenta-t-elle pour la troisième fois depuis leur dernier essai.

- Je ne te le fais pas dire.

- Oh toi, boucle-la un peu ! bondit-elle en sortant les griffes, si tu n'étais pas aussi borné et hautain, tu m'aurais aidé, mine de rien je commence à perdre patience ; après tout, nous y sommes tous les deux, dans cette impasse !

- Mais ce n'est pas moi l'intello, Granger, c'est toi.

Elle fusilla de son regard de lionne, auquel Malefoy se révéla insensible, et montra Gorgot de ses bras ballants.

- Eh bien vas-y, recommence, ordonna-t-elle tandis qu'elle tentait de calmer ses nerfs à vifs. Pour cette fois, essaie de bien énoncer le nom de Gorgot dans ta demande, cela produira-t-il peut-être un déclic.

Elle se tint une hanche et se mit à souffler d'exaspération lorsque Drago eut fini de parler et que Gorgot les assommaient de son inlassable refrain. Hermione ne s'avoua pourtant pas vaincue, par simple refus de donner raison et satisfaction à Malefoy. Ce dernier le pressentit et déforma à nouveau ses lèvres de son éternel sourire moqueur.

- Allons donc, Granger qui abandonne ? Tiens je vois déjà arriver le Seigneur des Ténèbres avec un vrai nez et un troupeau d'hippogriffes dépouillés de leurs serres ; c'est la fin du monde !

Hermione réprima un éclat ; jamais elle ne s'avouera pouvoir rire des plaisanteries de Malefoy, pourtant il lui semblait avoir entendu le genre de blagues dont Ron avait coutume de la fatiguer nuit et jour. Cela restait Malefoy, un Serpentard, un Mangemort de surcroît, l'ennemi d'Harry et le sien, puis nouvellement, le garçon qui détruisait ses nuits.

- Je crois pouvoir supposer que les hippogriffes ne constituent pas un trop mauvais souvenir pour ta grande personne ? De même que Voldemort, cela va de soi !

Malefoy se refroidit plus qu'il ne l'était déjà par habitude. « Touché », songea Hermione, fière de sa réplique. Quand Drago lui répondit, ce fut néanmoins avec un sourire glaçant :

- On se croit invincible et on prononce le nom du Seigneur des Ténèbres... Comme Potter, pas vrai ?

Il évoquait Harry avec une telle haine que lorsque cela arrivait, son nez se fronçait, ses sourcils se rejoignaient et son visage n'exprimait plus que répugnance et semblait-il à Hermione, jalousie. Elle garda la tête haute et le menton relevé tandis qu'il lui tournait les talons, les poings dans les poches. Mais elle se dégonfla bien vite lorsqu'avec une pointe de regrets elle l'aperçût au loin, flâner sur une place de marché ; elle se trouvait bien égoïste mais la seule pensée de « c'est Malefoy » constituait selon elle une preuve suffisante pour justifier ses paroles. Hermione reprit le chemin du Sommaire, où elle perpétra divers sortilèges révélateurs tous inutiles les uns que les autres, sans que Malefoy ne vienne la troubler outre mesure. Il se montra pourtant après une vingtaine de minute, un sac en papier kraft bien réel dans une main.

- Où t'es-tu procuré cela ?, l'attaqua tout de suite Hermione qui venait de réaliser un énième et vain maléfice.

Drago ferma la porte avec soin et attendit quelques minutes avant de daigner répondre à sa question ; la jeune femme crut devoir supporter sa colère encore longtemps mais il lui parla comme si rien de toute leur altercation n'avait jamais existé.

- Je me suis servi, dit-il enfin en gardant son ton supérieur. Au marché.

- Tu t'es servi ?, répéta Hermione qui n'en croyait pas ses oreilles. Tu as volé, tu veux dire ! Non mais vraiment, Malefoy, comment peux-tu tomber aussi bas ?

Le concerné sortit une pomme qui n'avait rien de fictive du sac et, sous le regard inquisiteur de son homologue, y planta ses crocs tel un loup affamé.

- Les vendeurs ne parlent pas, apprit-il en mâchonnant son morceau et haussant une épaule, alors...

Hermione le détailla de la tête au pied, méprisante.

- C'est un livre Granger, insista Malefoy d'un ton évident. Cela n'affectera rien ni personne. De toute manière, j'ai posé un Gallion sur la caisse.

- Qu'en sais-tu ?, le reprit-elle avec véhémence, mais soulagée qu'il ait payé ses courses. Peut-être ton acte changera-t-il l'histoire du livre !

- J'en serai fort honoré, se contenta de rétorquer le blond. Imagine un peu : un magnifique Serpentard aux cheveux d'or vole des pommes au marché et la princesse qui le surprit, cachée dans les buissons, ne put l'en punir tant il était beau ; elle l'épousa sur-le-champ et ils ne vécurent pas heureux car le jeune homme la quitta...

Tandis qu'il parlait et riait, il mimait une envolée en direction du plafond.

- Pas mal, non ?

Il lui avait envoyé un clin d'œil et croquait encore un morceau de sa pomme ; Hermione le jaugea de son air agacé.

- Bon aux latrines, plutôt ! Tu ferais un fort médiocre écrivain.

- Cela m'est égal, je ne veux pas le devenir ! Et puis, je n'ai pas besoin de ton avis.

Malefoy plongea la main dans le paquet cartonné et en ressortit une pomme verte qu'il visa en sa direction. Hermione la rattrapa de justesse entre ses deux paumes.

- Je n'ai pas besoin non plus de ta générosité, Malefoy.

Elle disait cela tout en sentant son ventre crier famine et la fatigue lui brouiller le regard.

- Profite-en, précisa-t-il avec un penchement de tête, c'est la dernière...

La dernière... Hermione leva le fruit à sa hauteur et le retourna entre ses doigts experts, l'esprit ailleurs. Comment allaient-ils sortir de ce piège ? Où trouver une issue ? Elle approcha la pomme à ses deux pupilles chocolat jusqu'à en loucher ; le début d'un livre se situait à son sommaire... mais où donc se trouvait sa fin ? C'était cela... au dernier chapitre ! Hermione balança l'aliment sur le dos de Malefoy qui se cabra sous la surprise et rétorqua par un envoi de trois pommes de sa part sur Granger ; elle en reçût dans le ventre, dans la nuque et sur le front, malgré ses multiples tentatives d'y échapper.

- Hé !, s'écria-t-elle alors qu'elle frottait sa peau rougie par les coups, tu m'as fait croire que c'était la dernière !

Drago se redressa, en parfait tireur d'élite, époussetant ses épaules.

- Si j'avais prétexté le contraire, tu aurais eu encore moins envie de la manger, expliqua-t-il simplement. Et ne t'avises plus jamais de me provoquer parce que je te ferai toujours subir le triple.

Hermione balaya la menace pourtant on ne peut plus sérieuse d'un roulement d'yeux.

- Quel autre genre de satisfaction tires-tu du fait de me voir manger ou de ne pas manger ?, rétorqua-t-elle tout en calant sa baguette entre sa ceinture et sa jupe.

- Pas grand-chose, avoua-t-il, mais je dois admettre que tu me fais pitié avec ton corps de squelette.

La fille l'affubla d'un regard noir, plantée devant la porte numérotée « 15 » ; le dernier chapitre.

- Suis-moi on s'en va, commanda-t-elle sur un ton cassant. J'ai trouvé la sortie.

- Ma foi je m'étonne de ne pas t'avoir entendu me hurler ta victoire !, plaisanta-t-il sans remarquer que Hermione rosissait. Peut-être parce que je t'y ai aidé sans m'en rendre compte ? Allez, avoue-le.

- Ferme-la.

Malefoy se pencha sur elle, baladant ses lèvres près de son oreille et laissant ses quelques mèches touffues effleurer son visage. Hermione se prépara à dégainer sa baguette, le cœur en feu.

- Mais c'est qu'on forme une bonne équipe toi et moi, tu ne trouves pas ?

Elle se dégagea de lui en lui enfonçant un coude hargneux dans le ventre.

- Pour rien au monde, lâcha-t-elle entre ses dents. Le bien et le mal ne se côtoient jamais, Malefoy.

Le Serpentard se retint de lui faire remarquer que c'était précisément ce qu'ils étaient depuis le début de la soirée : ensemble. Toujours aussi détestables entre eux, mais unis tout de même pour la survie de leur propre peau. Il opta pour un sourire en coin et relégua le sac qu'il portait à son propriétaire. Hermione n'eut pas la force de le remercier et se contenta d'entrer dans le dernier chapitre, son cartable et la fatigue sur les épaules.

La marche fut d'assez longue durée et Malefoy fut de fort mauvaise compagnie : Hermione eut de la peine à le faire avancer car lorsqu'il s'intéressait à une chose, il ne faisait plus que cela ; un peu comme il se comportait avec elle au final. Et cette fois-ci, ce fut un moineau.

- Et voilà ! s'écriait-elle en se frappant les cuisses d'exaspération. Après le chat de gouttière, voici l'oiseau ! Mais dépêche-toi, enfin !

Malefoy, accroupi au pied d'un arbre, se releva en ayant l'index enroulé des griffes d'un docile moineau qu'il caressait.

- Ferme-la Granger, apprêta-t-il d'une voix autoritaire, et concentre-toi sur le fait d'avancer plutôt que sur moi car le paysage peut t'offrir de ces surprises.

Hermione se retourna sur le chemin, irritée, puis comme il disait ses paroles, son corps entier heurta de plein fouet une paroi invisible, dans un tel vacarme que quelques volatiles s'agitèrent dans leurs branches. Ses membres raidis de toutes parts, elle se laissa entraîner en arrière, prête à se réceptionner sur le sol. Malefoy, riant aux larmes, étendit ses bras où elle exécuta un atterrissage langoureux, attrapant la fille sous ses aisselles.

- Ça va aller Granger, parvint-il à articuler entre deux explosions de rire, ce n'était qu'un méchant mur de verre.

Il caressa son front douloureux et elle se dégagea de lui avec fermeté, honteuse de sa propre maladresse et ne désirant pas voir le malaise s'installer entre eux de nouveau. Elle remonta dans un geste vigoureux la bandoulière de son sac et examina la barrière invisible avec Malefoy ; elle ondulait telle une vague dans sa mer d'huile. Au contact de leurs deux mains réunies, une ouverture béante, ténébreuse, apparut entre ses flots et Hermione se retira avec soulagement.

- Il me semble que l'aventure se termine ici.

Malefoy fixa le trou d'un œil suspicieux puis finit par y mettre un pied. C'était bien la sortie.

- Malefoy, interrompit Granger d'un air tout à coup sévère.

Drago se retourna, le regard interrogatif, les sourcils levés.

- N'oublie pas ce que je t'ai dit tout à l'heure : ton acharnement sur moi prend fin dès notre retour à Poudlard.

Elle reçut pour toute réponse un pouffement de la part du Serpentard ainsi qu'un de ses célèbres sourires en coin ; elle sut alors que c'était perdu d'avance et qu'elle aura à le supporter encore très longtemps. Bientôt, Malefoy disparut dans le néant de l'inconnu et elle s'apprêtait à le suivre lorsque l'apparition d'une vingtaine de capitales d'imprimerie se manifestèrent sous ses pieds, gravées hâtivement dans la terre.

« ENTRE LES LIGNES, LE TEMPS EST QUATRE FOIS PLUS LONG... »

Hermione releva le menton, alarmée ; cela signifiait que l'équivalent de l'heure qu'ils venaient de passer dans cet endroit n'était que d'un misérable quart d'heure à Poudlard ! Rusard devait encore être présent dans la bibliothèque et leur plan tombait à l'eau ! Elle passa sa tête à l'intérieur du trou et cria le nom de son ennemi dans une tentative désespérée de le faire revenir.

- Malefoy, tu ne dois pas partir tout de suite ! Reviens !

Le noir et le silence, imperturbables, lui répondirent. Hermione se résigna à s'y engouffrer, l'esprit dérangé et une forte envie de pleurer au fond de la gorge. L'instant d'après, elle atterrissait sur le sol de la Réserve avec la même impression de déséquilibre que si elle venait de rater une marche d'escalier. Elle trébucha jusqu'à Malefoy qui se tenait tapi dans l'ombre, à peine visible derrière la porte entrouverte sinon que ses deux yeux flamboyants.

- Ne sors surtout pas Malefoy ! Rusard est encore là !

Drago jeta un coup d'œil au hublot à la hauteur de son visage, qui donnait sur le reste de la bibliothèque et éclairait ses traits paisibles d'une lueur blafarde.

- Oui, je vois cela.

Il se tourna vers Hermione, sa voix réduite à un murmure rauque qui lui fit dresser ses poils sur sa nuque. Elle déposa Le Besoin de Lire sur son étagère pour échapper à lui et son regard glaçant, ses mains devenant de plus en plus moites. Elle se permit même de rétrécir son sac trop lourd et le fourra dans sa poche.

- Qu'est-ce qu'il se passe, Granger ?

Hermione lui expliqua la situation en quelques mots, puis redevint silencieuse, tête baissée, pendant qu'il observait à nouveau à travers la minuscule vitre Rusard, au loin, penché en-dessous d'une table. Puis sans un mot, il vint glisser sa main au creux de celle d'Hermione, avec un tressaillement, lui tapota l'épaule de sa baguette et renouvelant le même geste sur lui-même.

- Que fais-tu ?, demanda-t-elle en tentant un timide refus d'intimité entre eux.

Elle ne voulait pas le brusquer alors qu'il faisait preuve d'un minimum de douceur dans son comportement mais la sensation de sa paume contre la sienne lui parut d'une extrême et insupportable absurdité. Un froid intense se déversa en elle, signal du Sortilège de Désillusion dont Malefoy venait de la recouvrir. Ils disparurent en même temps.

- Granger, expliqua-t-il dans un soupir, je suis désolé de t'apprendre que je n'ai aucune envie de retourner dans ce bouquin et il me tarde de retrouver mon cher lit. Nous allons donc improviser une fuite.

Hermione réfléchissait.

- C'est beaucoup trop risqué, Rusard est juste derrière. Notre plan a échoué ; tout cela n'a servi à rien.

Le désespoir lui nouait la gorge mais il n'en sut rien car elle n'utilisait pas ses cordes vocales pour parler. Elle lâcha la main de Malefoy.

- Rendons-nous.

Drago reprit possession avec fermeté de son poignet invisible et le serra plus fort que jamais.

- Ferme-la Granger. C'est ton plan qui a échoué, pas le notre, et c'est désormais à moi de jouer.

- Soit, admit Hermione, un peu agacée de le voir reprendre les devants. Mais en quoi consiste ton improvisation ?

- La bonne vieille improvisation du lâche par excellence, rétorqua-t-il sur un ton amusé, tu sors et tu cours.

La jeune femme soupira, ne sachant pas si elle devait ou non lui faire confiance. D'une façon ou d'une autre, il lui fallait faire un choix risqué à de probables conséquences funestes, cela n'allait sans doute pas la tuer d'accorder une foi temporaire en la prétendue ingéniosité de son ennemi. Malefoy attendait, face à son poste d'observation, qu'elle manifeste son accord, ce qu'elle fit une minute plus tard avec mécontentement et contre son gré.

- Bon, très bien.

- Merveilleux, allons-y dès maintenant.

Il l'attira vers lui et ensemble ils sortirent de la Réserve, les oreilles tendues au moindre craquement de tables, au plus petit grincement de chaises. Ils rencontrèrent bientôt le concierge, à quatre pattes sous une table, son trousseau de clés cliquetant entre les dents. Il le retirait à ce propos de sa mâchoire déglinguée et marcha à reculons vers une boule de poile décharnée dotée d'un étrange et perçant regard.

- Ils ne sont pas là mais ils ne nous échapperont pas, ma jolie. Et si c'est Peeves, alors je me plaindrais chez Albus, même si ce sera la huitième fois ce mois-ci.

Sa chatte, miss Teigne, se frotta à sa robe de nuit dans un faible miaulement, approuvant ses paroles. Ses deux yeux jaunes se tournèrent soudain vers les deux fugitifs, plantés en plein milieu de la bibliothèque, et Hermione eut la soudaine et désagréable impression de la voir alertée par leur présence. Elle les observait.

- Nous sommes fichus, déclara-t-elle la mort dans l'âme.

Malefoy exerça une brève pression sur son poignet et sans vraiment le voir, elle le sentit se pencher au plus près de son oreille, d'une telle façon que ses lèvres frôlaient son lobe.

- Laisse faire le maître.

Son chuchotement troubla Hermione au plus profond d'elle-même et elle le devina sortir sa baguette et exécuter un sortilège car elle vit tout à coup le farouche animal bondir d'un bon mètre au-dessus du sol, dans un miaulement terrifiant. Rusard tressauta dans son coin et se releva à grand peine du sol.

- Ne bougez plus, hurla-t-il alors d'une voix démente propre à lui-même, je vous tiens !

Hermione et Drago s'étaient séparés. Ils détalaient chacun de leur côté, entre les rayons et dans un tourbillon de couleurs aveuglantes, le bruit de leur course étouffé contre la moquette et leur souffle saccadé bloqué en travers de la gorge pour s'empêcher de provoquer le moindre bruit. Le concierge marchait aussi vite que le lui permettaient ses vieux mollets, sa chatte furieuse sur ses talons, criant à tout va que Peeves ne pouvait ce soir lui échapper.

Les fuyards se retrouvèrent tous deux devant les portes battantes et se poussèrent des coudes pour y accéder ; ils bondirent en avant lorsqu'elles s'entrouvrirent et y bloquèrent l'accès sur-le-champ. Hermione courrait toujours, le Sortilège de Désillusion perdant peu à peu de son effet sur elle comme sur son homologue. Pourtant à un moment, elle dut s'arrêter dans un violent crissement de chaussures car Malefoy venait de lui empoigner le bras.

- Mais où vas-tu enfin ?

Hermione accusa le choc avec lenteur. Les torches flamboyèrent et elle discerna le corps tout entier de son ennemi, si proche du sien, son souffle rauque et chaud frappant son cou. Elle le couva d'un regard de profonde incompréhension et tenta de se défaire de lui, secouant son bras pour en reprendre le contrôle.

- Lâche-moi Malefoy, je dois partir !

- Il n'en est pas question !, protesta celui-ci.

Des coups commencèrent à faire trembler les portes battantes de la bibliothèque et tous deux tressautèrent face à ce vacarme. Malefoy recommença à agiter l'avant-bras de Granger entre ses doigts féroces, les yeux écarquillés.

- Écoute-moi une dernière fois, Granger, je te promets que tu n'auras plus à me faire confiance ce soir après ce coup-ci.

Hermione ne répondit pas, sa gorge était sèche et son point de côté lancinant.

- Prétendons faire nos rondes nocturnes lorsque le vieux fou arrivera, et laisse-moi me charger du reste.

Une clé tourna une fois, puis deux.

- Vite ! pressa-t-il en la bousculant en avant.

Hermione obéit. Elle plaça ses mains derrière son dos et aspira un grand bol d'air frais pour se donner une contenance tandis que Drago s'en alla patrouiller à l'autre bout du couloir. Puis...

- Accio !

Les portes s'ouvrirent au moment où sa baguette lui volait des mains en se réceptionnant sur celles de Malefoy. Il venait de la lui confisquer. Trahison ; perfidie. Hermione voulut en hurler de rage de lui avoir fait confiance. Elle serra ses poings en sa direction, le visage déformé par la colère et la haine ; le Sortilège de Partage de Pensée faisait encore effet.

- C'est officiel Malefoy, cracha-t-elle, je te déteste.

Rusard accourut, une main plaquée sur son bonnet de nui qui menaçait de s'envoler dans les airs, puis accusa les deux préfets-en-chef de son doigt osseux et de sa bouche tremblotante.

- C'est vous ! Élèves hors des dortoirs !

Il s'approcha davantage, agrippant le bras d'Hermione à l'instant où celle-ci fut frappée dans le dos d'un maléfice. C'était Malefoy. C'était Malefoy qui venait de lever le Sortilège de Silence ; il lui avait volé sa baguette pour cela, il n'était pas un traître. Hermione en ouvrit la bouche de stupeur et ressentit une délivrance au niveau de la gorge.

- Bon Dieu !, s'exclama-t-elle dans un soupir de soulagement.

- Oh ne faîtes pas cette tête-là, mademoiselle, glissa le concierge sur un ton sournois, vous venez de gagner un aller simple pour mon bureau. Une chaise dégradée et votre présence même à deux heures du matin, croyez-moi la sanction sera lourde !

La Griffondor jeta un regard en biais à Malefoy ; une chaise ? il a pu tout réparer sauf une misérable chaise ? Drago leva des sourcils provocateurs, l'air de lui demander son problème.

- Ou bien devrais-je plutôt dire un aller double, corrigea Rusard avec un sourire tordu vers le Serpentard. Monsieur Malefoy, cette fois vous êtes à moi.

Drago ne broncha pas ; il savait ce qu'il faisait. Rusard attira Hermione vers lui, par la force de ses maigres poings. Il la malmena sans pitié, jusqu'à lui faire mal.

- Arrêtez, lâchez-moi, je suis préfète-en-chef, je n'ai rien fait !

Dans la confusion de ses mouvements, elle lança un regard douloureux et interrogateur à son ennemi. Malefoy lut sur ses lèvres la question « Qu'est-ce que tu attends ? », il la sentait souffrir et cela provoqua le déclic. Il se joignit à eux d'une démarche royale et se munit de son plus beau masque terrifiant. Hermione jouissait de voir ses deux yeux gris glaçant et son air sérieux tourné vers une personne autre qu'elle-même.

- Monsieur, lâchez cette jeune fille et écoutez-moi, proposa-t-il tout en ne laissant pourtant nullement le choix au concierge.

- Ne me donnez pas d'ordre, c'est moi qui décide de vous et non pas le contraire !

Malefoy haussa ses sourcils. Argus détestait toute la famille de cet arrogant ; Lucius le lui rendait cordialement et n'hésiterait pas à user de son pouvoir pour lui faire passer un mauvais quart d'heure. Il finit par desserrer sa poigne et Hermione se défit de lui, en se massant l'avant-bras et se plaçant aux côtés de son ennemi, nerveuse.

- Cela ne vous empêchera pas de venir passer votre nuit dans mon bureau, assura-t-il d'un sadisme palpable, soyez-en sûrs. Maintenant, dîtes-moi, avez-vous au moins une excuse toute faite à m'énoncer ?

Les deux préfets se consultèrent d'un furtif regard.

- Nous étions en pleine ronde nocturne, expliqua Hermione de la voix la plus assurée qu'elle pût. Nous ne nous trouvions pas dans la bibliothèque ; nous avons simplement accouru lorsque nous avons senti de l'agitation dans cette partie du château.

- Vous mentez. Si vous étiez réellement en patrouille comme vous le prétendez avec tant de ferveur, vous ne serez pas en ce moment-même dans ces couloirs car vous n'y étiez pas lorsque je suis arrivé !

Son ton était triomphant. Hermione perdait peu à peu espoir.

- Mais je viens de vous dire que...

- Permettez-moi d'intervenir, monsieur, coupa Malefoy, mais le principe de la ronde des préfets-en-chef est tout juste de se déplacer dans le château. Et vous n'avez aucune preuve contre nous par-dessus le marché.

Il appuya son raisonnement d'un sourire vainqueur et agita sa baguette dans un geste quasi imperceptible. La jeune femme le regarda faire tout en étant muette, et elle se rappela tout à coup qu'elle ne possédait plus son instrument de bois ; elle allait devoir régler ce problème.

- Mensonges, persifla Rusard qui ne voulait croire à leurs bagatelles.

À ce moment précis, la silhouette pâle et transparente de Peeves, l'esprit frappeur, émergea du plafond dans un caquètement insupportable. Le concierge, stupéfié, bondit de sa place en enfonçant son bonnet de nuit jusqu'aux yeux.

- PEEVES ! rugit-il en attrapant sa chatte dans ses bras. Je le savais !

Hermione essuya les postillons qu'elle venait de recevoir en pleine figure et adressa un regard soulagé à Malefoy. Peu à peu, elle se colla contre lui et osa promener ses doigts sur la poche arrière de son pantalon ; elle désirait plus que tout reprendre sa baguette sans laquelle elle s'estimait minable.

- Tiens tiens tiens, jacassa Peeves dans une pirouette, r'gardez qui voilà ! La fouine et le minou : l'couple d'l'année.

Il jeta un coup d'œil entendu à Hermione qui le défia d'un pauvre sourire forcé. La baguette était là, sous ses doigts.

- Granger, à quoi tu joues ?, chuchota Malefoy du coin des lèvres. Écarte-toi.

- Chut, l'intima-t-elle en reprenant possession de son arme.

Pendant ce temps-là, Argus les oubliait complètement.

- Peeves cette fois je te tiens ! Tu as dégradé le matériel de la bibliothèque et tu peux être averti : j'en informerai le Baron Sanglant et Dumbledore !

- Taratata !, s'exclama le fantôme, j'n'y suis pour rien moi...

- Mensonges ! répéta Rusard. Casser les chaises est devenu ta marque de fabrique dans cette école !

Un contact visuel complice s'établit entre Peeves et Malefoy. Mais il fut si court que personne n'en sut rien. Malefoy était impassible et ne résista pas à Granger qui reprenait sa baguette. Après tout, il ne pouvait pas l'en priver pour une éternité.

- Miss je-sais-tout en pince pour la petite fouine, pas vrai ?, reprit l'esprit avec un geste grossier de la main.

Hermione s'écarta soudain de son ennemi et rosit de colère.

- Je me plaindrai à Dumbledore, Peeves. Sauf votre respect monsieur, dit-elle ensuite en s'adressant au concierge, vous pouvez retourner dormir tranquille, nous nous chargerons demain de la correction cet incident, qui ne relève plus, disons, de votre... compétence...

Argus saisit le sous-entendu à ses origines Cracmolles et en blêmit de honte ; il continua de caresser sa chatte d'un geste machinal et leur tourna le dos.

- Bonne nuit, lâcha-t-il sur un ton plat.

Il claudiqua vers son bureau en se voulant tout à fait naturel et claqua la porte derrière lui ; Peeves disparut dans une roulade et un rire étrange, laissant les deux ennemis s'observer dans le blanc des yeux. Une foule de questions qu'elle aurait voulu poser à son homologue se bousculait dans l'esprit presque endormi d'Hermione ; pourtant, elle garda ses lèvres closes. Elle était fatiguée, il était tard, elle avait cours le lendemain et tout un tas de raisons la poussa à s'écarter le plus vite possible de Malefoy.

- Où vas-tu ?, demanda ce dernier qui parlait pour la première fois depuis qu'ils étaient seuls. Les appartements se trouvent par là.

Hermione se dirigeait en effet dans la direction opposée à celle qui la conduirait à sa chambre de préfète-en-chef car elle ne souhaitait pour rien au monde faire le trajet en sa compagnie, lui aussi étant contraint à se rendre au même endroit.

- Je... je vais faire un tour aux cuisines, mentit-elle sans oser le regarder en face. J'ai un peu faim.

Fixer ses deux pupilles de fer ne l'aurait aidé en rien à le duper. Elle l'entendit lâcher un soupir et se mettre en marche. Chacun se mit à s'éloigner de l'autre, jusqu'au moment où Malefoy s'immobilisa.

- Hé, Granger.

Hermione se retourna à demi ; il souriait, certes d'un air machiavélique, et avait fourré un poing dans sa poche.

- Moi aussi, je te déteste.

Elle ne sut vraiment pour quelle raison elle le fit, mais Hermione sourit à son tour, le regard tourné vers le sol. Et ils se séparèrent à nouveau.

Lorsqu'elle fut certaine que Malefoy ait largement eu le temps de se rendre dans ses appartements, Hermione quitta les toilettes des filles dans lesquelles elle s'était réfugiée et traîna des pieds jusqu'aux siens. Sa chambre était sombre et silencieuse comme elle l'avait laissée, pourtant elle n'alluma aucune lumière ; les rayons de la lune lui suffisaient. Elle déposa son sac au pied de son lit. Sur le chevet, juste à côté, une pomme et un parchemin qui n'avaient pas leur place à cet endroit la fit sourciller ; quelqu'un s'était introduit dans sa chambre pour venir les y laisser. La Griffondor se saisit des deux objets, et lut le mot :

Je sais que tu ne t'es pas rendue aux cuisines.

p-s : la pomme n'est pas empoisonnée.

Il n'y avait aucun nom, aucune signature, néanmoins Hermione sût de qui cela venait, et elle sourit béatement ; avant de se rappeler que Malefoy ne méritait pas un seul de ses sourires. Pas encore.


J'espère que ce premier chapitre vous aura plu !

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