lumos
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loin du froid de décembre.
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mensonges à la pelle
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Hermione n'était définitivement pas de ces filles qui avaient la côte auprès des garçons, celles qui se déhanchaient dans les couloirs telles des divas, qui offraient à tout va une vue sur leur décolleté plongeant et s'intéressaient de bien plus près à la marque de leurs sous-vêtements qu'à leurs parchemins à demi remplis. Hermione était une fille si banale qu'elle en paraissait transparente ; personne n'osait approcher ses cheveux dressés sur son crâne à la manière d'un feuillage désordonné, ni ses cernes à concourir avec ceux de Lupin, ni même son regard vitreux, et encore moins ces mains qu'elle crispait avec tant de force sur son manuel de Sortilèges. Elle restait aux yeux de tous la miss-je-sais-tout studieuse et envahissante qui finirait vieille fille, dans un appartement peuplé d'un grand nombre de chats orange.
Pourtant elle ne cauchemardait pas, il y avait bien ce matin-là quatre paires d'yeux rivés en sa direction. Celui du fameux Serdaigle ne l'étonnait bien évidemment plus autant, mais se rendre compte d'être également la cible visuelle de Théodore Nott, Blaise Zabini et Drago Malefoy tout à la fois relevait de la pure folie. Hermione se retourna afin de s'assurer qu'ils ne fixaient pas plutôt quelque chose dans son dos mais le mur nu lui fit face. C'était donc bien elle que ces quatre jeunes hommes harcelaient du regard. Elle eut même droit aux petits yeux porcins de Pansy, exorbités sur elle ; cependant elle leur donnait une toute autre raison car ils lui envoyaient autant de haine et de jalousie que possible. Elle posa son livre bien à plat sur la table du petit-déjeuner et se mit à saler son plat avec un air un peu éberlué, si bien qu'elle ne comptait plus combien son repas allait être infect. Peut-être Malefoy avait-il tout raconté de leur escapade nocturne à ses amis, ce qui expliquerait leur comportement à tous (excepté le Serdaigle, ses motivations à lui étaient bien visibles...) ? Hermione doutait fort, mais c'était la seule explication plausible.
- Ça va Hermione ?
La Griffondor posa la salière, les yeux dans le vide.
- Oui, Ron, ça va très bien, répondit-elle avec une mollesse dans la voix.
- Non, ce n'est pas Ron c'est oncle Harry à l'appareil, informa celui-ci d'un ton compatissant.
Cette indication la réveilla de sa torpeur et lui fit rendre compte à quelle hauteur dans les nuages elle se trouvait.
- Oui... Harry, corrigea-t-elle avec faible sourire. Pardon, je suis très fatiguée en ce moment.
- Je m'en doute, plaignit Harry qui se servit un bol de délicieux porridge. Avec les rondes de préfets tard dans la nuit, tes devoirs et tout le baratin... il y a de quoi être au fond du gouffre.
« Tu n'imagines pas le pire... » voulut-elle lui répondre, sa pensée dirigée vers Malefoy et ses harcèlements. Mais elle se contenta d'un nouveau sourire et attrapa sa cuillère pour commencer à manger. Comme si la scène de la veille au dîner se reproduisait, Hermione recracha ses œufs brouillés au milieu de son assiette, la bouche tordue par le dégoût, en songeant à quel fou rire Drago Malefoy et ses copains auraient eu affaire s'ils avaient assisté à la scène (ce qui était sans nul doute le cas, mais elle n'eut pas le courage de lever sa tête vers la table des Serpentard pour le vérifier). De toute manière, Ron se chargea de prendre le relais en la voyant essuyer la bave qui coulait de son menton.
- Mione, tu as un sérieux problème avec la nourriture !, s'esclaffa-t-il de bon cœur.
Piquée au vif, son amie se dépêcha de reprendre contenance ; voilà qu'elle se mettait à penser trop souvent aux Serpentard jusqu'à en inonder son petit-déjeuner de sel !
- Ça nous fait un point commun Ron !, rétorqua-t-elle sur un air provocant.
L'assiette débordante de mets, trois verres de jus de citrouille devant lui et la bouche prête à déverser son contenu que personne n'avait envie d'entrevoir, Ron haussa ses épaules en signe d'innocence.
- C'est vrai qu'on formerait une belle paire toi et moi, laissa-t-il échapper lorsqu'il eut avalé sa bouchée de hareng.
Harry émit un bruit étrange entre le bêlement et le hoquet, comme s'il venait de stopper à temps son explosion de rire. Il se remit à manger pour masquer son trouble tandis qu'Hermione leur lançait à tour de rôle un regard perçant.
- Pardon ?
- Rien ! s'empressa de répondre le rouquin qui balbutiait à présent. Je disais juste, enfin tu vois... par rapport à hier soir... je me disais simplement que ce serait pas mal de tu vois... qu'on soit... euh... un peu plus...
Sa voix suivait une diminution progressive jusqu'à s'évanouir complètement dans sa gorge ; il déglutit, son visage plus rouge que jamais. Il était vrai que depuis son arrivée dans le Grande Salle ce matin, qui se fit dans une complète euphorie, son regard ne quittait jamais la belle Griffondor, et dès qu'il croisait le sien, ses lèvres esquissaient un grand sourire inexplicable. Pourtant, ce moment de la journée, il ne le réservait de coutume qu'à une totale ignorance, des grognements et des bâillements de fatigue, sans oublier une évidente abondance nourriture. Hermione trouvait tout cela bien mignon mais elle fit mine de ne rien avoir compris et garda son air sévère.
- Tu sais Ron, ce n'était qu'un petit baiser sur la joue, apprit-elle d'un ton calme. Il n'y a pas de quoi dramatiser...
Elle n'eut pas besoin de voir les oreilles de son ami pour savoir qu'elles devinrent écarlates. Se sentant exclu, Harry toussota et, plongeant son visage dans son bol de céréales, il se mit à cogner sa cuillère contre le fond dans une bruyante symphonie de clinquements. Hermione, que le goût infect du sel sur la langue et dans sa gorge commençait à l'irriter, se servit un unique verre de jus de citrouille qui allait constituer son maigre déjeuner. Ron s'était renfrogné face à son assiette, l'envie de manger lui ayant été ôtée et son appétit coupé court. Une terrible culpabilité vint nouer l'estomac de sa meilleure amie et elle se mordit la lèvre inférieure, plaçant une mèche rebelle derrière son oreille. Suivant son instinct, elle vint poser sa main sur celle tremblante du rouquin, un sourire d'excuse aux lèvres. Harry toussa une seconde fois puis se tourna volontairement vers Seamus dans le but d'indiquer qu'il ne les écouterait pas.
- Pardon Ron, je n'ai pas mesuré le poids de mes mots ; je ne voulais pas t'offenser. Et puis entre nous... ajouta-t-elle à voix basse, je n'avais pas envie que tout le monde soit au courant pour hier...
Elle lui lança un regard entendu, auquel il répondit par un petit sourire. Pourtant, il ne se remit pas à manger, signe qu'il lui en voulait toujours et elle respectait son choix car elle avoua s'être comportée de manière gauche. À force de fréquenter Malefoy, elle allait peut-être devenir aussi odieuse que lui. Hermione retira sa main qu'elle ramena vers elle pour se débarbouiller le visage ; elle souffrait d'une réelle fatigue et les événements de ce matin ne l'aidaient en rien à récupérer un semblant d'énergie. Chaque fois qu'elle fermait les yeux, l'image au clair de lune d'un terrifiant Malefoy s'imposait dans son esprit. Elle rentrouvrit ses paupières, ses yeux attrapant ceux de Drago au passage ; c'était comme s'il la contemplait déjà avant même qu'elle ne lève le regard vers lui. Parmi les quatre élèves qui la fixaient auparavant, il était le seul qui n'avait pas encore lâché prise.
Dès lors, une confrontation visuelle s'établit entre elle et cet être méprisant qui lui avait consumé ses forces la nuit dernière. Elle dévora du regard, et avec un mépris sans précédent, ses cheveux d'or qui retombaient sur son front impeccable, ses prunelles grises étincelantes, ses doigts fins enroulés autour de sa tasse de café fumant et ce sourire glaçant qui était devenu sien. Il se révéla peu réceptif aux fréquents regards noirs dont elle le couvait et impassible à sa haine ; elle décida alors, puisqu'il ne comptait pas abandonner de si tôt, de se lever d'elle-même de la table du petit-déjeuner.
- Je vais y aller, annonça-t-elle d'un ton sec à ses amis. Rendez-vous devant la classe.
- À plus tard Hermione, salua Harry qui terminait de papoter avec Seamus.
Elle se força à leur sourire malgré son moral au plus bas et enjamba le banc, toutes ses affaires en main. Elle avançait tête baissée au travers de la Grande Salle et se faisait violence afin de ne pas succomber à la tentation de se tourner vers un certain Serpentard aux cheveux blonds ; elle voulait vérifier qu'il ne la suivait pas. Mais le regarder, même en ayant de nobles raisons, devenait beaucoup trop risqué car cela ne faisait qu'attirer son attention et c'était ce qu'elle souhaitait éviter plus que tout. Hermione arrêta sa marche lorsqu'elle fut hors de la Grade Salle et risqua un coup d'œil vers la table des Serpentard : Drago n'était plus là. Tant mieux. Elle se retourna, avant d'étouffer une exclamation de peur.
- Malefoy ! souffla-t-elle.
À quelques centimètres à peine de son nez, le fameux Serpentard la dominait de toute sa hauteur, les bras croisés derrière son dos, un sourire narquois accroché aux lèvres. Merlin, pourquoi fallait-il qu'elle n'ait aucune chance contre ses constantes apparitions ?
- Granger, salua-t-il avec un brin d'amusement. À ce que j'en déduis, tu m'évites.
Lorsqu'il parla, l'odeur du délicieux café qu'il venait de savourer vint se faufiler entre les narines d'Hermione. Le cœur battant par la surprise, elle prit une profonde respiration qui la fit frissonner.
- Pas du tout, mentit-elle, je ne t'évite pas. Tu devrais arrêter de te croire à ce point important à mes yeux.
Elle voulut le contourner en faisant un pas de côté, mais il l'imita, bloquant ainsi l'accès au couloir d'en face.
- Je ferais comme si je ne t'avais jamais surprise en train de guetter ma présence, tout à l'heure.
La Griffondor poussa un soupir ennuyé et regarda ailleurs ; il était décidément aussi insupportable qu'un chewing-gum sous une semelle. Le mieux restait encore de l'ignorer jusqu'à ce qu'il cède. Un bruit de briquet brisa soudain le silence et Hermione se sentit obligée de se retourner vers lui. Il avait calé entre ses dents impeccables une espèce de cigarette qui crachait des volutes odorantes de fumée verte et elle reconnut là-dedans la cause de son haleine, la veille à la bibliothèque, alors qu'il s'apprêtait à l'embrasser.
- Je ne pense pas que tu aies le droit de fumer ici, Malefoy, toussota-t-elle en chassant de ses mains un nuage mentholé.
Malefoy se mit à ricaner.
- D'abord, je ne fume pas, ensuite même si c'était le cas, tu penses bien que moi et les interdits ne faisons pas bon ménage.
- Tu es préfet-en-chef et tu es censé donner l'exemple, alors oui les interdits et toi ne devraient faire qu'un ! reprocha-t-elle sur un ton autoritaire. Et je crois ne pas me tromper en attestant que cette chose soit une cigarette ! Alors Malefoy t'es bien gentil mais tu ranges ça tout de suite !
Autant parler à un mur. Drago rangea son paquet et son briquet dans la poche arrière de son pantalon et fronça ses sourcils, comme s'il réfléchissait, son tabac toujours entre ses lèvres.
- Attends une seconde Granger, suis-je en plein cauchemar ou viens-tu seulement de prononcer les mots « Malefoy » et « gentil » dans une seule et même phrase ?
Il attrapa sa cigarette pour éclater d'un grand rire, avant de la désigner avec.
- C'est qu'elle peut être drôle parfois, la miss Parfaite.
Une colère brûlante se mit à remuer les entrailles d'Hermione. Merlin comme le détestait...
- Je ne vois pas en quoi mes propos t'inspirent-ils une telle hilarité, répliqua-t-elle de la voix la plus sèche qu'elle pût. Maintenant je te conseille de lâcher cette cigarette dans la minute qui suit ou alors cent cinquante points seront retirés à Serpentard. Et je parlerai à Dumbledore, ajouta-t-elle sur un regard provocant.
Malefoy opta pour un sourire tout aussi belliqueux. Hermione n'avait pas besoin d'examiner son comportement pour deviner qu'il ne s'avouera jamais vaincu. Alors avec lenteur, elle tira sa baguette de sa poche et la pointa sur lui, se rendant par la suite compte que le bout de bois qui se trouvait dans sa main n'était pas le sien ; non elle ne rêvait pas, c'était bien la baguette de Drago Malefoy.
- Qu'est-ce que..., commença-t-elle d'un air incrédule.
- Pas très perspicace, pour une miss-je-sais-tout, se moqua Malefoy en lui arrachant l'instrument des mains. Granger, voilà ce que l'on appelle l'étourderie.
Les sourcils d'Hermione se froncèrent.
- Je ne comprends pas. Que s'est-il passé ? Pourquoi...
- C'est simple, expliqua-t-il autour de son nuage verdâtre. Tu as hier confondu ta baguette avec la mienne lorsque tu as voulu la reprendre, je te le rappelle, lors de notre altercation avec Rusard. Me voici donc de bon matin venu reprendre ma propriété ! Seulement je ne m'attendais pas à ce que tu me fasses toute une leçon pour une vulgaire cigarette parfumée, ajouta-t-il avec un soupir ennuyé
Il leva les yeux au ciel. Hermione fut soulagée qu'au moins il ne la suive pas sans aucun motif.
- Cela n'explique pas le fait que tu ne t'en rendes compte que maintenant, nota-t-elle alors, suspicieuse. Toi qui tient tant à ta baguette magique.
- Je te retourne la remarque, Granger.
Cette dernière garda le silence pendant quelques secondes ; c'est vrai, pourquoi elle-même n'y avait-elle jamais fait attention ? Elle se conforta à l'idée qu'elle n'avait pas utilisé sa baguette depuis la veille, ainsi donc n'en avait-elle rien su, et ses doutes s'envolèrent. Elle y songerait plus tard ; pour l'instant, seule préoccupation : la reprendre.
- Tu ne me donnes pas ma baguette ?, questionna-t-elle en tendant sa main.
Malefoy rit, comme lui seul pouvait rire, de cette mélodie envoûtante qu'il savait si bien orchestrer, et dans ces moments qui pourtant ne pouvaient être plus sérieux. Hermione en avait plus qu'assez de lui, de ses manies, de sa quasi-perfection, de toute cette arrogance et cette insolence qui étaient pour elle un poison.
- Qui a parlé de te rendre ta baguette ?, demanda-t-il en haussant la main avec laquelle il tenait sa cigarette. Non, chérie, ce serait bien trop facile, alors tu vas te contenter de venir la chercher toi-même...
Il recula d'un pas avant de disparaître sous le regard stupéfait de la jeune femme, et en lui laissant comme unique indice un sourire en coin. Seules quelques volutes de fumée mentholée traînaient encore dans l'air, témoins de sa présence désormais envolée. Hermione n'en croyait pas ses yeux. Comment cela était-il seulement possible ? Avait-il transplané ?
- On ne peut transplaner dans l'enceinte de Poudlard, ne pût-elle s'empêcher de rappeler tout haut.
Alors quoi ? Bien sûr ! Le Sortilège de Désillusion, son préféré ! La Griffondor pariait qu'il était encore près d'elle, à guetter sa réaction en se tordant d'un rire silencieux. Elle jeta un coup d'œil à droite, puis à gauche, sans succès, avant de sentir la panique lui tordre le ventre. Merlin comment faisait-elle pour se retrouver si fréquemment dans de telles situations de pétrin où elle ne pouvait même pas utiliser de magie !
- Malefoy ? risqua Hermione en s'avançant avec prudence dans le couloir. Malefoy montre-toi.
Elle aurait tout aussi bien pu le localiser grâce à son parfum entêtant, mais voilà, l'allée en était déjà infestée d'un bout à l'autre. Elle continua d'avancer à petit pas, à une allure beaucoup trop lente et crispée pour paraître naturelle. Et pourtant, montrer qu'elle avait peur était la dernière chose qu'elle souhaitait faire voir à Malefoy. Elle savait qu'il l'observait dans un coin. Arrivée au terme du couloir qui devenait de plus en plus sombre, Hermione cessa de respirer. Il n'était pas là. Où était-il ? Qu'attendait-il ? La réponse à ses diverses questions lui apparut lorsqu'elle fut précipitée en arrière par deux mains qui lui plaquèrent la bouche. Son dos collé contre un torse qu'elle identifia comme celui de Malefoy, tous deux s'écrasèrent sur le mur le plus proche. Dans la violence des mouvements, Hermione réprima un cri de douleur lorsqu'elle sentit sa colonne vertébrale subir un grand coup.
- Nous revoilà enfin ensemble, chuchota Drago dans son oreille.
La jeune femme voulut hurler sa détresse mais les mains froides de son ennemi l'empêchèrent de prononcer ne serait-ce qu'un seul mot.
- Je t'ai manqué ?
Il passa un bras d'acier autour de son cou et le serra petit à petit, si bien qu'Hermione commençait à perdre son souffle. Le parfum de son ennemi s'infiltrait à grandes bouffées dans ses poumons fragiles, et son cœur, son pauvre cœur qui avait déjà eu à subir tant d'épreuves, tambourinait à une telle force que tout son corps en tremblait.
- Tu es une proie si accessible, Granger, susurra Drago en promenant ses lèvres sur les courbes de sa nuque.
Il diminua la pression qu'il exerçait sur sa gorge au moment où il la sentit se raidir de la tête aux pieds, mais au plus grand malheur de la préfète, il ne retira pas son bras.
- Fais attention Hermione...
Celle-ci retint une dernière fois son souffle, les yeux fermés pour résister à toute émotion qui espérait envahir la totalité de son esprit. Elle aurait dû savoir qu'on ne jouait jamais avec un Malefoy.
- Je ne serai jamais loin de toi...
À ces mots, la lourde tension retomba d'un seul coup, en même temps qu'Hermione, prise d'un spasme d'effroi, se réceptionnait sur ses genoux. Malefoy laissa tomber sa baguette magique à ses pieds et elle se rua dessus, se sentant revivre. Contre toute attente et malgré la peur et le malaise qui lui tournaient la tête, elle se redressa face à lui et leva son instrument à la hauteur de ces yeux gris qui la transperçaient avec beaucoup d'indifférence.
- Je me vengerai Malefoy, dit-elle d'une voix tremblante de colère. Je te jure que je me vengerai.
Drago demeura impassible un long moment, et la menace ne lui montant visiblement pas au cerveau, il sourit.
- En attendant Granger, je te souhaite de passer un excellent cours de Sortilèges.
Après avoir ri de la face décomposée de son ennemie à laquelle il eut droit, il se dirigea vers les cachots, et contrairement à elle, nullement embarrassé de devoir arriver en retard.
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Hermione frappa trois coups sur la porte de la classe, un peu plus fort qu'elle ne le voulût, avant de se retrouver chancelante sous les yeux de merlans frits de tous les élèves réunis. Ils contemplèrent sans scrupule la Griffondor essoufflée, dont les cheveux emmêlés et la bandoulière glissant sur son épaule prêtaient à rire. De toute évidence, elle avait courut.
- Miss Granger ! s'exclama le professeur Flitwick de sa voix flûtée et où l'on perçait le soulagement. Où diable étiez-vous passé ?
La concernée reprit son souffle, un point de côté lancinant lui déchirant les côtes. Elle allait devoir mentir à cause de Malefoy, une fois de plus, comme elle le faisait avec ses amis.
- J'ai eu quelques... désagréments, hésita-t-elle en espérant que cela soit suffisant. Excusez mon retard, professeur, cela ne se reproduira plus.
Du moins, elle l'espérait.
- Bon... très bien, céda le minuscule gobelin qui dominait la classe depuis sa pile de livres. Asseyez-vous, je ne retirerai pas de points à votre maison parce que vous êtes bonne élève mais la prochaine fois vous sera fatale.
- Bien sûr professeur, s'empressa d'acquiescer Hermione.
Elle traversa la salle en évitant chaque regard indiscret qui la détaillait de haut en bas et se laissa tomber aux côtés de Ron et Harry, pendant que le cours se poursuivait.
- Où es ton Retourneur de Temps ? accosta Ron qui fixait son cou.
- Pardon ?
- Tu as encore ton Retourneur de Temps ? répéta Harry à sa place.
- Non ! s'énerva Hermione, fatiguée. Je suis simplement arrivée en retard, est-ce que quelqu'un peut comprendre ça ?
Les deux garçons se consultèrent d'un simple coup d'œil tandis qu'elle s'épongeait le front. Elle commença à sortir ses affaires et les plaquer sur la table, lorsqu'Harry lui glissa :
- Il y avait un temps où tu aurais été la première étonnée de te voir arriver en retard.
Hermione ne voulut pas le regarder en face, de peur de lui laisser entrevoir toute la haine qu'elle portait encore dans ses yeux à l'égard de Malefoy. C'était de sa faute si ses amis commençaient à la soupçonner. Tout était toujours de sa faute.
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- Je ne te crois pas, persistait Harry à la table du déjeuner.
Hermione souffla fort pour traduire son exaspération. Ron et Harry, en sortant de leur derniers cours avant midi, avaient remis sur table le sujet de son arrivée tardive dans la classe du professeur Flitwick et continuaient à nier son innocence ; elle, commençait à perdre patience à force de vouloir prouver un simple retard de sa part. Ce n'était que le début des harcèlements de Malefoy et elle en subissait déjà les conséquences. Elle allait finir par se penser maudite...
- Allons Hermione ne me fais pas croire l'impossible, reprit-il tandis que Ron se mettait à manger. Je reprends tes mots « Rendez vous devant la classe » ; tu avais donc prévu de nous rejoindre à l'heure mais tu as été retenue ! Par quoi, ça je ne le sais pas !
- J'étais à la bibliothèque ! se défendit la Griffondor qui sentait les soupçons prendre beaucoup trop d'ampleur.
- Parvati y était et ne t'as pas vu, expliqua Harry sous l'air angoissé de son amie.
- Au parc, essaya-t-elle à nouveau. J'étais au parc !
- Nous sommes passés devant et tu n'étais pas, prouva Ron entre deux bouchées de viande.
- De plus, que ferais-tu au parc à cette heure-là ? rajouta Harry. Il n'y a pas de doute, tu nous caches quelque chose.
Et voilà, on y était déjà ; les ennuis commençaient. Hermione perdait en crédibilité au fur et à mesure que les minutes s'écoulaient et la panique s'insinua en elle comme un liquide brûlant. Il lui fallait remonter la pente, et en vitesse, si elle ne voulait pas se faire prendre la main dans le sac.
- Oui Harry, articula-t-elle alors en cédant à la colère, peut-être bien que je vous cache quelque chose et c'est pour la bonne cause alors maintenant s'il-te-plaît, cesse de me harceler !
Ron stoppa l'élan de sa fourchette qui s'apprêtait à rejoindre les ténèbres de sa bouche et la reposa dans son assiette.
- Hein ?
- Hé bien quoi ! s'exclama-t-elle en les défiant du regard. Chacun a droit a ses petits secrets, non ?
Harry se tartina un petit pain tout en la fixant.
- Cela concerne Tu-Sais-Qui ?
- Non ! siffla Hermione.
- Un petit copain caché ? tenta Ron dont le visage s'assombrit.
- Non plus !
- Malefoy ?
La Griffondor fit virevolter sa crinière de lionne pour se tourner vers Harry, un air révolté peignant son doux visage. Pourquoi fallait-il toujours que ce soit lui ? Pourquoi fallait-il toujours que Malefoy vienne s'immiscer dans sa vie toute entière pour la lui pourrir ? Oui Harry, aurait-elle voulu lui apprendre, c'est lui, c'est Malefoy. Mais il fallait se taire, pour leur bien. Pour le bien de tous. Elle ne supporterait pas de les voir s'acharner à la protéger du grand méchant loup, comme elle ne supporterait pas non plus qu'ils récoltent toute une flopée de retenues pour chaque coup qu'ils auraient porté sur lui. Hermione se devait de mener ce combat, et seule, contre cet idiot de Serpentard. Après tout... n'était-ce pas pour la bonne cause ? Alors il fallait mentir, encore.
- Non, non et non !
Elle avait crié et, au troisième « non », plaqua son livre sur la table dans un fracas assourdissant. Les couverts sursautèrent ensemble et quelques morceaux de carottes volèrent en tout sens. Harry sourit sans cesser de beurrer son petit pain. Ron se recroquevilla sur son banc.
- Les garçons, soyez un minimum compréhensifs avec moi, bon sang ! Est-ce que je vous harcèle, moi, pour soutirer de vous vos plus honteux secrets ?
Personne ne lui répondit. Un silence ponctua la conversation, qu'Hermione savoura pour reprendre des forces et de la contenance ; elle en aurait besoin pour la suite de la conversation, car elle le savait, l'échange était loin d'être terminé. La jeune fille baissa la tête sur sa jupe, froissant ses plis de ses mains nerveuses, les paupières presque closes. Allez Hermione, encore une dernière fois et tout serait réglé...
Elle releva à peine le menton avec en tête l'image d'un Malefoy au sourire satisfait.
- J'étais aux cuisines.
Hermione mentit tout en gardant les yeux fixés sur le sol.
- Tu étais aux...
- Oui Ron, coupa-t-elle.
Elle planta un regard douloureux dans les prunelles émeraude de Harry et mentir ainsi à son ami se révéla bien plus difficile qu'elle ne l'imaginait. La culpabilité lui tordait le ventre et asséchait sa gorge, mais que faire ? Il était trop tard pour reculer.
- Je suis descendue porter des bonnets en laine aux elfes de maison.
Harry se dégonfla tandis que Ron tapait du poing sur la table.
- Je le savais ! Par le caleçon de Merlin Hermione, tu ne te rends pas compte que tes tentatives de leur offrir la liberté sont vaines ? Ils n'en veulent pas, de tes bonnets en forme de vessie !
Touchée sur un sujet qui lui tenait à cœur, Hermione s'empara de sa colère qui se faisait étouffante en elle.
- C'est à cause de personnes comme toi, Ronald, que ces pauvres créatures n'ont aucune liberté, aucun vrai salaire et de bonnes conditions de vie tels qu'ils le méritent. Et à propos de cette comparaison avec les vessies, ajouta-t-elle avec un regard noir, sache que c'est de si bas niveau que je ne trouve pas les bons mots pour te répondre.
Elle se garda bien de laisser un sourire de victoire fleurir sur ses lèvres et préféra commencer à remplir son assiette. Elle avait réussi. Elle venait des les berner et ils l'avaient cru ! Hermione osa lever ses yeux sur Malefoy, assis plus loin aux côtés de ses camarades, qui avaient les siens dans le vide. Il ne le savait pas, mais en ce moment-même, elle venait de leur sauver la vie à tous les deux.
- D'accord pardon Hermione, s'excusa soudain Ron après avoir reçu de son voisin de table un violent coup de coude. C'était déplacé de ma part.
La concernée piqua sa fourchette dans son plat, avec un soupir.
- J'accepte tes excuses Ron.
Harry s'avança sur son banc.
- Je veux bien te croire Mione, dit-il en fronçant ses sourcils dans une expression de pitié, mais depuis quand est-ce que la condition des elfes de maison passe-t-elle avant tes cours ?
- Je n'ai pas envie de me répéter Harry, s'agaça-t-elle, j'ai cru bien faire en voulant leur donner ce matin ce que je leur apportais, mais je réalise que ce n'était pas une bonne idée, voilà tout. Et garde bien à l'esprit que les elfes restent pour moi une grande priorité ; ils sont aussi important que mes devoirs.
Son meilleur ami sembla convaincu et se tut une bonne minute avant que Ron ne décide de clore le sujet, initiative à laquelle elle fut très reconnaissante. Elle n'aurait pas supporté une seconde de plus de devoir mentir à nouveau sur le compte de ces pauvres elfes de maison, à qui elle n'avait d'ailleurs plus rendu visite depuis bien longtemps.
- Harry, où en est-on dans la chasse aux Horcruxes ?
Le Survivant émit un soupir de fatigue.
- Si tu veux mon avis, rétorqua-t-il franchement, je pense qu'avec Dumbledore nous tournons en rond...
- Que veux-tu dire par là ? questionna Hermione, s'intéressant à la conversation qui les concernait tous les trois.
- Ce que je veux dire est que les souvenirs de Voldemort (il chuchota le nom) que nous étudions sont certes intéressants et bourrés d'indices mais on se retrouve bloqué à un point mort avec de simples hypothèses comme résultat des recherches.
Il lâcha ses couverts et plongea sa tête dans ses mains. Hermione le trouva alors aussi fatigué qu'elle-même et ne remarqua qu'à cet instant les énormes cernes qui soulignaient son regard vert. Il ne devait pas beaucoup dormir... Ron se chargea de transmettre son empathie par une tape sur l'épaule.
- Ça va aller, vieux, encouragea-t-il avec bonne humeur. On va vous aider Hermione et moi.
Cette dernière confirma ses propos par un grand sourire et Harry se sentir reprendre un peu de force ; il ne pouvait décidément pas se passer de ses amis.
- Merci vous deux. Je ne sais pas ce que je deviendrai sans vous. À ce propos Hermione, le diadème de Serdaigle... ?
- Oh tu sais, Harry, avoua-t-elle en haussant une épaule, je n'ai pas découvert son existence seule. Comme tu le sais, et sans vouloir être offensante bien sûr, Luna parle souvent dans le vide ! et c'est comme cela qu'elle s'est retrouvée la semaine dernière à mentionner cet objet, puis me raconter son histoire. Au début, évidemment, j'écoutais d'une oreille distraite, par habitude, mais Cho s'est invitée à la conversation et a confirmé ses babillages...
À l'énonciation du nom de son ancienne petite amie, Harry toussa, le regard noir.
- ...soit dit en passant, continuait Hermione sans prendre compte de son trouble, que le diadème avait appartenu à la fondatrice de sa maison, Rowena Serdaigle, qui elle-même l'héritait de sa mère. Mais depuis plusieurs siècles, le diadème a été perdu et en ce moment personne ne sait quoi que ce soit à son sujet mis à part son évidence disparition. Je suis allée vérifier tout ça à la bibliothèque et je peux te confirmer la véracité de cette information, Harry.
- Merci Hermione, tu es brillante.
La Griffondor rosit sous le compliment et tortilla sa jupe.
- N'oublie pas, j'ai été aidée, je te l'ai dit.
- Je le sais, assura Harry , mais tu es la seule fille que je connaisse capable de sacrifier une bonne partie de son temps au profit de ses devoirs, afin de se renseigner à la bibliothèque, et donc en faisant passer les intérêts de son entourage avant les siens. Alors merci.
Hermione lui offrit un sourire éblouissant dont la lignée de dents blanches étincelait, assurée par les bons soins de ses parents. Colin Crivey se manifesta à ce moment précis, l'air hagard, le regard hésitant et vitreux.
- Harry Potter, je dois te donner ceci, dit-il en lui tendant un morceau de parchemin roulé sur lui-même.
Harry le congédia après l'avoir remercié (Colin reprit sa route d'un air hébété) et se tourna vers ses deux amis.
- Le prochain rendez-vous avec Dumbledore se déroulera ce soir ! s'exclama-t-il en parcourant la missive des yeux. Quand on parle du loup... Il me tarde de lui apprendre la nouvelle du diadème de Serdaigle !
Ron et son amie n'eurent guère le temps de partager son enthousiasme car une voix sèche, sonnant comme un violent claquement de fouet, intervint tout à coup dans la discussion en les en empêchant.
- Monsieur Potter, je vous en prie, un brin de discrétion de votre part serait le bienvenu...
- Professeur McGonagall ! s'écria Hermione dont les yeux se mirent à pétiller.
Ceux de l'adjointe directrice, en revanche, exprimèrent une brève étincelle de malice à l'égard de Potter, qui disparut au goût de celui-ci bien trop rapidement pour laisser place au sérieux, se noyant dans les profondeurs de la sévérité du regard. Hermione se leva et la salua d'un coup de tête, incapable de tenir en place.
- Miss Granger, pria la directrice, veuillez me faire le plaisir de placarder ces affiches dans votre salle commune et devant l'entrée de la Grande Salle dans les plus brefs délais. Distribuez-les donc aux autres préfets également et qu'ils se chargent de les accrocher un peu partout dans le château.
Elle lui tendit un épais paquet de documents qu'Hermione se dépêcha d'accueillir dans ses bras. Elle en profita pour jeter un œil au premier parchemin de la pile et ce qu'elle y lut lui retourna l'estomac :
DÉTRAQUEURS EN FUITE
PROTÉGEZ-VOUS !
Ouverture d'un club destiné à l'apprentissage du Sortilège du Patronus ;
Inscription à partir du 19 décembre.
Hermione se rassit, soudain impuissante et démunie, déposant les documents administratifs sur la table et laissant ainsi la possibilité à ses deux amis de s'y intéresser de plus près. Ils se ruèrent dessus, intriguée par l'attitude imprévue de la Griffondor. Ron grimaça et le regard de Harry s'assombrit.
- Professeur... hésita Hermione, une main sur le cœur.
Mais la vieille femme, qui ne parut jamais aussi fatiguée aux yeux de son élève, se contenta d'une simple recommandation :
- Il va falloir être vigilant, mes enfants. Dumbledore fera un discours ce soir.
Elle considéra le trio un long moment par-dessus ses lunettes, le temps d'exprimer tout l'espoir qu'elle reposait en eux, avant de s'éloigner à nouveau, se rhabillant de son masque imperturbable de professeur à l'autorité reconnue. Les trois amis n'eurent pas besoin de parler pour partager leurs opinions sur le sujet ; ils s'observèrent chacun d'un air sombre, leur détermination quant à éliminer le Lord plus que jamais raffermie. Hermione, que la nouvelle avait écœuré, repoussa son assiette et sans vraiment s'en rendre compte, leva la tête vers la table des Serpentard. Malefoy avait recommencé à la détailler de loin, se contentant de cette vision en guise déjeuner, et lorsqu'il croisa ses grand yeux chocolat, ourla ses lèvres d'un sourire en coin ; Pansy était accrochée à son bras, telle une sangsue, pour lui minauder sans doute combien elle l'aimait. Hermione fixa le duo avec mépris, près duquel Blaise Zabini s'appliquait à boire le liquide ambré de son verre, accoudé au dos de sa chaise. Lui aussi finit par faire face à Hermione, qui sentit son cœur s'arrêter sur le moment ; un instant inexpressif, le charmant jeune homme lui offrit un de ses plus beaux et discret clin d'œil. Le cœur de la Griffondor reprit sa course affolée et sa propriétaire mit fin aux contacts visuels qu'elle avait établi entre elle et les Serpentard. Mais quelle mauvaise idée... Les joues enflammées, elle ramena tout d'un coup son plat vers elle et engloutit le maximum de purée.
- On ne te dérange pas trop Hermione ? questionna soudain la voix de Ron qui lui parut lointaine.
- Mquoipf ? parvint à répondre la concernée en avalant la totalité de purée qu'elle avait enfournée dans sa bouche.
La bouillie blanchâtre de nourriture lui descendit au travers de la gorge en manquant de l'étouffer et ses rougeurs redoublèrent d'intensité.
- Toi et le Serdaigle vous vous reluquez depuis tout à l'heure !
- Qui ça ? aboya Hermione.
Se tordant le cou pour apercevoir au-delà des têtes, elle fouilla la table des bleus du regard et celui-ci tomba sur le fameux garçon qui avait des vues sur elle ; il était placé de sorte à être derrière Zabini et regarder l'un ou l'autre pouvait revenir au même.
- Oh non ! s'exclama-t-elle. Ce n'est pas ce que vous croyez, je vous assure !
- Ne fais pas l'innocente Hermione, railla Ron dont les oreilles chauffaient à vue d'œil (mauvais présage...)
Un sentiment de colère vint entacher l'humeur de la jeune femme et elle frappa ses deux paumes contre la table, si bien que les couverts sursautèrent de nouveau.
- Que tout soit bien clair entre nous Ronald Weasley ! cria-t-elle tandis que certains élèves se retournaient, témoins de la dispute. Je ne te dois strictement rien et il en est de même pour toi ! Puis-je savoir de quel droit t'insinues-tu ainsi dans ma vie privée ? Je m'intéresse aux garçons comme je le veux et ce n'est nullement tes affaires ; alors si tu pouvais bien aller t'occuper de tes propres oignons, ce serait fort sympathique de ta part !
Ron ne se tut pas comme elle l'avait espéré, au contraire, ses yeux lancèrent des éclairs et il haussa également d'un ton ; Harry assista à la scène, impuissant mais surtout lassé.
- Tu me donnes raison Hermione, tu étais bel et bien de le draguer ! Et tu veux que je te dise ? Arrête ! Arrête de faire naître entre nous de faux espoir, cesse donc tous ces sourires, ces baisers que tu m'adresses s'ils ne sont que le fruit d'un ennui dans ta vie sentimentale !
Hermione donna l'impression d'avoir reçu une claque en pleine figure. Sa fierté prit un grand coup et elle déglutit pour cacher sa gêne. Tous deux se levèrent sous les huées des autres élèves, la fureur les aveuglant et détruisant leur amitié à petit feu. Harry amorça un mouvement mais Ron le refit s'asseoir d'un geste sec de la main.
- T'occupes pas de ça Harry.
Ce dernier les observait tour à tour, un froncement soucieux de sourcils venant troubler les traits de son visage ; il en avait réellement assez de leurs constantes chamailleries.
- Au revoir Harry, salua Hermione en rangeant ses affaires.
Elle allait partir.
- À plus, lança à son tour Ron au Survivant lorsque son ancienne amie eut enjambé le banc et commencé à quitter la Grande Salle.
Les groupes poursuivaient leurs sifflements après eux, certains criant leur nom en espérant les faire revenir. Mais les deux Griffondor passèrent le pas de l'immense pièce, non sans s'être fusillés du regard, puis chacun emprunta un chemin différent. Hermione arpenta les couloirs de plus en plus vite, le cœur en miettes, les larmes défilant sur ses joues et venant s'échouer le long de son cou, lui brouillant la vue et bloquant sa respiration. Elle se laissa tomber sur un banc de pierre, face au parc, et serra contre elle son cartable trop lourd, lourd comme les regrets qu'elle éprouvait à cet instant, lourd comme la solitude qui lui enserrait la poitrine, lourd comme la tristesse, comme les sanglots, la faiblesse, lourd comme ses sentiments contre lesquels elle luttait chaque seconde. Elle eut l'espace d'un instant l'envie de sécher tous les cours, de se remettre aux bon soins de son lit et de ses couvertures qui seuls comprenaient son désespoir. Mais elle resta recroquevillée contre elle-même, vide de vie et d'énergie comme elle ne l'avait jamais été.
- Hermione ?
Hermione redressa le menton, le vent extérieur venant fouetter ses cheveux d'une vive secousse. Discernant au loin une silhouette à la peau chocolatée, elle savait sa vision pervertie par les larmes qui ne cessaient de se former au bord de ses paupières. Il lui fallait se lever, s'en aller, éviter cette personne trop curieuse avec laquelle elle n'avait pas la force de discuter, ni même de confier ses propres tourments ; c'était la meilleure des choses à faire. Elle marcha sans savoir où elle allait, traînant des pieds avant de finir par cogner ce qu'elle considérait comme Dean Thomas. Puis, alors que son corps lâchait prise et que son sac s'effondrait sous le choc, elle se laissa glisser dans ces bras à la peau si douce qui lui enserrèrent la taille... Elle aussi pressa ses petits poignets contre le torse déjà humide de larmes de son camarade, n'ayant même plus la force de contester, mais seulement de s'abandonner à la compassion, même si celle-ci ne venait pas du plus proche de ses amis...
- Je le déteste, sanglota-t-elle. Je déteste Ron mais je l'aime.
Elle enfonça ses ongles dans le t-shirt du jeune homme. Était-elle réellement amoureuse de son ami ? Ou cela n'avait-il jamais dépassé la limite de la fraternité... ? « Dean » prit la parole, lui épargnant les conclusions hâtives et non réfléchies qu'elle s'apprêtait à tirer à propos de ses sentiments.
- Allons, Hermione calme-toi, c'est fini, rassura-t-il en caressant ses cheveux. Regarde, ce n'est qu'un mauvais souvenir à présent, tout est loin derrière toi. Tu n'as plus rien à craindre... tu es en sécurité auprès de moi.
Hermione ravala le torrent de larmes qui se préparait à délivrer sa gorge nouée. Cette voix ne ressemblait pas à celle de son ami Griffondor, mais plutôt à celle de...
- Zabini.
Ce nom lui échappa de la bouche et elle se détacha brusquement de l'étreinte tiède de Blaise.
- Tu... commença-t-elle prudemment. Pourquoi...
Sa gorge la brûla plus que jamais. Elle s'empara de son cartable avec une grande inspiration.
- Qu'attends-tu pour te moquer de moi ? cracha-t-elle après un silence et en retrouvant son hostilité envers toute sorte de Serpentard. Vas-y ! Je t'en prie ! Maintenant que tu as assisté aux pleurnichements d'une de tes pires ennemis, va donc diffuser la nouvelle à toute l'école !
Le sourire que Zabini esquissa empestait la tendresse et l'empathie.
- Je ne suis pas venue te rabaisser Hermione, simplement te consoler...
Horrifiée par ce qu'elle entendait et qui semblait plus que véridique, Hermione recula de plusieurs pas. Elle secoua lentement la tête, puis finit par se retourner complètement et prit ses jambes à son cou, son sac se ballotant dans son dos. Elle courut, courut comme si sa vie en dépendait, comme si elle évitait un cauchemar, une hallucination, une malédiction, comme si elle n'avait plus rien de la véritable vie d'Hermione Granger.
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corps et âmes confondus
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Tel un feuillage d'automne surgit de nulle part, une touffe de cheveux roux fit apparition dans le champ de vision d'Hermione et dans la précipitation de se cacher, la Griffondor fit tituber sa chaise qui se balança longuement sur ses pieds, lui assurant le brouhaha qu'elle souhaitait éviter.
- Mince alors !
Il était trop tard pour se dérober : Ron traversait le dernier rayon qui les séparait et venait à sa rencontre, l'air renfrogné, les poings dans les poches. Elle enfonça un peu plus sa tête parmi ses parchemins, en sécurité derrière sa pile de livres qui dissimulait une bonne partie de son visage et malheureusement pas autant de ses cheveux... Elle tenta tant bien que mal de continuer à rédiger sa dissertation avec un air tout à fait naturel mais la bibliothèque étant déserte à une telle heure, Hermione eut beaucoup de mal à faire semblant de ne pas avoir remarqué son arrivée.
- Salut.
La fille se figea sur sa chaise bancale, la plume suspendue au-dessus de son devoir. Elle avait redouté cette voix toute l'après-midi et ne pensait pas l'entendre de si tôt. Il fallait croire qu'Harry avait traduit une plus grande exaspération face à leurs disputes, seule raison qui aurait poussé son meilleur ami à venir se réconcilier avec elle. À présent Hermione ne pouvait refouler plus longtemps cette conversation qui s'annonçait primordiale, c'est pourquoi elle déposa délicatement sa plume sur la table et se redressa avec toute la bonne volonté du monde. Heureusement, ce fut Ron qui prit la parole en premier et elle se contenta de l'écouter parler avec un regard hésitant.
- Écoute...
Il inspira un coup, comme si ce qui allait suivre lui demandait un effort considérable, et tortilla ses poignets.
- Il n'a jamais été dans mes intentions de m'immiscer de cette façon dans ta vie sentimentale, tu en as conscience, pas vrai Hermione ? Parfois, tu sais, je ne contrôle plus mes sentiments et à ce moment la colère devient plus forte que moi.
Jalousie était le bon mot, songea-t-elle.
- Je tenais à m'excuser pour... pour tout ce que j'ai bien pu te faire.
Hermione ferma les yeux, sachant pertinemment qu'elle avait affaire à un discours appris par cœur et sans doute répété à l'avance.
- C'est vrai, continua-t-il plus confiant face à son silence, je n'aurais pas dû...
- Ron, coupa Hermione.
À l'entente de son prénom, le rouquin sursauta dans son discours et se recroquevilla contre lui-même. Il venait de libérer la lionne de sa cage. Pour la première fois, il osa croiser les prunelles chocolat qu'il avait évitées dès le début et qui le fixaient en retour, comme si ne serait-ce que le fait d'envisager de les toiser allait le foudroyer sur place. Néanmoins, son amie venait de faire preuve de calme dans son attitude, ce qui le rassura à l'idée de l'absence totale de foudres hermionesques s'abattant sur son crâne.
- Ce ne sont pas les excuses toutes faites que Harry t'as probablement soufflées qui risquent d'arranger notre relation au mieux, répondit-t-elle toujours aussi posément. Garde-les donc pour toi.
Ron parut offensé. Il ouvrit la bouche pour se défendre mais son amie le devança d'un geste sec de la main.
- Je ne te fais pas de reproches, Ron, précisa-t-elle en se levant de sa chaise.
Elle se planta devant lui et entrelaça ses propres doigts entre eux, un sourire fleurissant sur ses lèvres. Malgré son cœur aux battements déséquilibrés et malgré toutes les larmes versées des heures après le déjeuner, Hermione avait réfléchi, comme elle le faisait si bien ; et elle se sentait disposée à franchir le pas en ce qui concernait leur sentiments. Car après tout, ils ne pouvaient plus continuer se quereller éternellement et Harry le leur avait bien fait comprendre.
- Tout le monde fait des erreurs, y compris moi-même, poursuivit-elle. Je suis prête à te pardonner à une seule condition, Ron.
Ce dernier retint son souffle, ses yeux bleus regagnant de leurs étincelles. Peut-être aurait-il droit à un autre baiser volé et une déclaration sentimentale de sa part... ? Il ne restait qu'à espérer.
- Il va falloir choisir : amour... ou amitié.
Ron pâlit. Cette question était sans doute la dernière qu'il souhaitait entendre de toute sa vie et voilà qu'elle la lui imposait comme condition de leur entente durable ! Il ne manqua pas de traduire son horreur par une grimace naissante.
- Hermione, je ne suis pas sûr que...
- Tu as peut-être raison au final, trancha-t-elle sans même l'écouter.
Elle cessa de le percer de son regard, celui-ci se perdant dans le vide de ses pensées.
- À propos de mes intentions, je voulais dire. Parfois, j'ai l'impression de ne pas savoir ce que je veux réellement. Oh, et puis je ne sais pas, c'est comme si je me perdais dans tous ces sentiments contradictoires, Ron.
Son meilleur ami se gratta la nuque, gêné, ne sachant que tirer comme conclusions. Se pourrait-il qu'elle soit en train de lui avouer indirectement son amour... ?
- Oui, tu as définitivement raison, reprit-elle en s'accoudant au rebord d'une fenêtre. Peut-être que je ne ressens rien de plus à ton égard que de l'amitié fusionnelle... Peut-être que j'ai agi sans réfléchir hier. Je ne sais d'ailleurs toujours pas ce qui m'a pris.
Le cœur de Ron se ralentit dans sa course. Elle ne l'aimait pas... Merlin elle ne l'aimait pas ! Il l'avait toujours su, tout au fond de son cœur, mais Harry l'avait rassuré, et lui-même avait repoussé aussi loin qu'il le pouvait cette voix sournoise, cette voix qui lui glissait inlassablement la vérité chaque fois qu'Hermione lui souriait. Qu'il était stupide de croire qu'elle s'intéresserait à lui ! Il lui fallait quelqu'un de son niveau, quelqu'un d'intelligent, de droit, quelqu'un à sa hauteur... Pas un crétin tel que lui.
- Alors je te demande pardon, Ron, annonça-t-elle en lui refaisant face, à mon tour. Excuse-moi si je t'ai mené sur de fausses pistes, j'ai conscience qu'il sera dur pour toi d'en sortir, mais... je t'aime comme on aime un meilleur ami, ou un frère, et je ne veux pas te perdre, pas en ces temps si sombres.
Elle lui prit la main, haussant une épaule.
- Alors... amis ?
Ron ne réagit pas ; il semblait sous le choc, et incapable de prononcer ne serait-ce qu'une seule syllabe. Il s'était imaginé ce moment fatal une centaine de fois dans sa tête mais cela ne changeait rien au fait que son cœur était en miettes. Aux côtés de sa raison qui ne cessait de le ramener sur terre, s'était tenu l'espoir, infime, qui à cette seconde venait de s'écrouler parmi les autres gravats de ses sentiments. Sans plus attendre, Hermione l'attira vers elle et le rassura d'une étreinte amicale, heureuse d'avoir enfin mis les choses au clair avec une des personnes qui comptaient le plus à ses yeux mais blessée à son tour qu'ils aient dû en arriver là. Quelle idiote elle faisait de porter attention à ses remarques parfois désobligeantes ! Il lui fallait seulement passer outre, leur amitié était bien plus importante que leurs chamailleries ! Alors qu'elle savourait une ancienne sensation de douceur retrouvée, Ron parût se ressaisir car il posa deux mains tremblantes sur ses hanches.
- Amis... répéta-t-il dans un souffle.
Après quelques secondes, Hermione mit fin à leur accolade et recula, contemplant l'ampleur des dégâts causés par ses propres paroles. Ron était toujours livide, et gardait ses yeux dans le vague, mais il hocha la tête en sa direction pour signifier qu'il avait compris la condition de leur amitié. Il passa sa main une ultime fois dans ses cheveux et lui tourna le dos pour partir, laissant son amie seule derrière lui, en même temps que tout l'amour qu'il avait jusque-là éprouvé à son égard et une partie de son cœur...
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Hermione se laissait guider vers sa chambre de préfète par ses jambes autonomes, l'esprit vide de toute émotion. La mise au point avec Ron et la vue de ses conséquences lui avait ôté toute joie de vivre et une bonne part de la maigre énergie qui lui restait ; seul persistait le soulagement d'avoir enfin écarté cette histoire de ses problèmes quotidiens. Un autre de ses soucis vint se matérialiser devant son nez et la jeune femme ne fut même pas surprise de croiser Malefoy dans les couloirs, encore moins de le voir s'approcher.
- Dégage d'ici, Malefoy, annonça Hermione d'un ton sans appel. Je ne suis pas d'humeur.
Mais Drago calqua ses pas, indifférent à ses avertissements.
- Tu as un plat de vengeance glacée à me présenter, me semble-t-il.
- Je vois que mes menaces te restent dans la tête, répliqua-t-elle dans un faux étonnement.
Comme une habitude qui s'installe peu à peu, Hermione sortit sa baguette au quart de tour et lança un premier sortilège que Malefoy n'eut aucun mal à dévier. Ses mouvements étaient à peine perceptibles et gracieux, au contraire de son ennemie qui se faisait violente et maladroite ; il n'était décidément pas un sorcier ordinaire. Tous deux se scrutèrent un long moment, la haine formant de sombres tâches au cœur de leurs pupilles respectives. Puis, comme si cela venait de signer leur accord, chacun ouvrit le duel dans un même et seul mouvement, et avec une vitesse inouïe enchaînaient sortilège sur sortilège, leurs mains et leurs bras ne devenant plus que des tâches de couleur imperceptibles. Après un long moment de combat acharné, Hermione défit son Protego d'un air ennuyé, fatiguée de devoir faire face à un adversaire qui semblait à sa taille, mais pas assez fort pour l'anéantir complètement.
- Tu n'es rien de plus qu'une ordure Malefoy, dit-elle enfin avec tout le mépris dont elle était capable.
Elle effectua un sortilège de dernière minute, puis un autre, les deux disparaissant au geste de main de Malefoy. Ce dernier lui sourit et elle frétilla de colère en guise de réponse.
- Ne crois pas que cette histoire soit finie entre nous, Mangemort, menaça-t-elle en le pointant de sa baguette et crachant le dernier mot. J'aurai ma revanche, et cela, quoi qu'il m'en coûte.
Elle tourna les talons.
- Je m'en réjouis d'avance ! lança Malefoy alors qu'elle s'éloignait.
Il la suivit des yeux un moment, avant qu'elle ne se retourne soudain dans un voltigement de crinière. Espérant jouer sur le coup de la surprise, elle leva sa baguette d'un mouvement sec et l'énième sortilège dont elle espéra blesser Malefoy se heurta au bouclier invisible de celui-ci dans une explosion de couleurs et de crépitements. Sans un mot mais avec un regard plus que noir, elle capitula et reprit sa route, les lèvres pincées. Drago hocha la tête de droite à gauche, et murmura comme pour-lui même :
- Si prévisible...
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- 'Soir, maugréa Hermione en entrant dans la Salle Commune des préfets.
Affalé profondément sur son fauteuil, Ernie Macmillan s'autorisa à lever son nez des pages d'un gros ouvrage pour lui jeter un étrange regard en biais, avant de lui rendre son salut et s'emmitoufler à nouveau dans sa couverture. Bien trop occupée à maudire un certain Serpentard aux yeux de métal, Hermione ne remarqua pas cette nouvelle façon de l'observer et se contenta d'entrer dans la pièce qu'elle avait beaucoup trop longtemps ignorée en faveur de ses devoirs. C'était une vaste salle, assez grande pour héberger tous les préfets, meublée de diverses fournitures incluant sofas de couleurs rouge, bleu, jaune et vert, étagères, tables et chaises. La Griffondor déposa son sac à ses pieds avant de sauter littéralement dans son gros fauteuil rouge et or ; elle rebondit sur les coussins puis ferma les yeux, savourant ce crépitement du feu qui lui chatouillait les oreilles, la sensation du doux tissu contre ses pieds, et le calme avenant. Entre ce moment-là et celui où le portrait de Salle Commune claqua une nouvelle fois s'écoulèrent trois misérables minutes. Hermione entrouvrit un œil et aperçût pour son plus grand désespoir une magnifique et courte chevelure blonde faire son apparition. N'était-ce pas cette éclatante touffe d'or qu'elle avait tant rêvé d'arracher ?
- Bon Dieu ! s'exclama-t-elle en s'agrippant à ses accoudoirs.
Drago Malefoy s'avança de sa démarche royale et déposa sa cape sur le bord d'un canapé errant, un sourire amusé aux lèvres.
- Malefoy, vire de là ! désespéra presque Hermione que cette rengaine répétée à longueur de journée épuisait.
Sourd à leur dispute naissante, Ernie lécha avec lenteur son doigt et tourna une page.
- Ma chère Granger, se moqua Malefoy en s'affalant à son tour, je sais que c'est dur pour toi mais il va falloir te faire à l'idée que je suis préfet-en-chef, ainsi j'ai autant le droit que toi de passer du temps ici.
Hermione le contempla par-dessus les cheveux emmêlés qui lui tombaient sur le front.
- Être préfet-en-chef ne t'accorde pas le droit de me coller comme un vulgaire chewing-gum ! Je te préviens Malefoy, je suis à bout alors ne me cherche pas !
Il leva les mains en signe d'innocence et allongea ses jambes sur son divan dans la position la plus confortable possible.
- Si tu y réfléchis à deux fois, tu remarqueras que tu m'as agressé sans aucune raison valable alors que j'entrais tranquillement dans la Salle Commune.
Piquée au vif, Hermione pinça les lèvres et posa ses pieds à terre. Elle n'allait certainement pas rester dans cet endroit s'il était pourri par une présence nuisible telle que la sienne !
- Je te déteste, Malefoy ! Je te déteste !
Elle ramassa ses chaussures et claqua la porte de la Salle Commune en sortant. Elle regagna sa chambre, plus énervée encore que n'importe quel troll face à un géant, et s'enferma à l'intérieur d'un coup de pied violent. À peine entrée elle se rua sur le premier livre venu, dont elle n'était pas sûre d'en saisir le sens tant sa haine jaillissait dans tous les sens, s'assit sur son fauteuil miteux et entama la lecture des deux premiers mots, avant que la porte ne s'ouvre à la volée. Le pied de Malefoy apparut... puis disparut au moment où Hermione lançait un sortilège hargneux avec sa baguette. Un coup de vent attira le Serpentard à l'extérieur et ce dernier s'écrasa contre le mur d'en face. Il y eut un bruit de chute, un silence, puis la porte fermée trembla de nouveau.
- Mais c'est pas bientôt fini, oui ? cria Hermione en fermant son livre d'un claquement sec. Malefoy, fiche le camp tout de suite de ma chambre !
Pour toute réponse, Drago continua d'entrer et fourra ses mains dans ses poches, le nez en l'air pour examiner les lieux.
- Je te le répète une dernière fois, prévint-elle en levant l'index, ou alors tu sors bien gentiment et tu ne reviens jamais, ou c'est mon poing dans ta sale face de fils à papa et l'expulsion forcée qui le fera !
- Ce serait un honneur de sentir ne serait-ce qu'une parcelle de ta peau sur mon visage, accepta Malefoy en haussant les épaules. Avoue que je te fais craquer Granger, ajouta-t-il en se tournant vers elle, tu en viens même à simuler une claque pour oser me toucher.
Hermione inspira et expira longuement. Elle se massa le front. C'était une dure journée.
- J'aimerai que tu sortes d'ici, dit-elle alors d'un calme saisissant. Je voudrais me déshabiller. Seule.
Drago esquissa un nouveau sourire, de nature inconnue pour Hermione. Ni sincère, ni narquois, ni même moqueur. Un sourire... fier, et insensé comme toujours.
- Bien pudique la lionne, fit-il remarquer en la désignant d'un coup de tête.
- Et toi pas assez, répliqua la concernée du tac au tac. Pour la dernière fois, sors de ma chambre.
Pour toute réponse, Malefoy tira la chaise du dessous de son bureau et s'y installa avec une certaine lenteur. Hermione ne put s'empêcher d'éclater d'un rire froid.
- Alors c'est ça ? Tu me penses réellement capable de baisser les bras face à ton manque de décence? Parfois tu me fais rire, Malefoy, vraiment.
- Pas exactement, admit-il avec un sourire en coin. Mais il se trouve que Merlin m'a pourvu d'une mission, et elle est de te faire chier autant que possible, alors je compte bien remplir cette tâche avant de mourir tragiquement sous la puissance de tes adorables regards noirs.
Hermione ne put voiler son irritation plus longtemps, et ses narines frémirent de colère.
- Tu n'es vraiment qu'une pauvre petite espèce de dépravé !
Joignant le geste à la parole, elle roula grossièrement son pyjama entre ses mains et le visa sur sa figure de serpent, telle une furie.
- Mon intimité ne te concerne en rien, tu m'entends ? En rien !
Elle continua de lui balancer toutes sortes d'objets, dans l'impossibilité de s'arrêter et espérant que cela le dissuade de rester. Pourtant, l'effet ne fut pas celui qu'elle attendait puisque Drago riait et se protégeait simplement la tête des bras : il avait l'air de bien s'amuser.
- Arrête un peu de faire la prude Grangy ! dit-il en esquivant un crayon à papier. Je ne trouve pas spécialement choquant de t'avoir à moitié à poil devant moi, à condition que je le sois aussi...
Dans un bruit mat, Hermione reposa sur sa commode l'énorme vase qu'elle s'apprêtait à fracasser, incertaine d'avoir correctement entendu.
- Je te demande pardon ?
- Ma foi, tu veux que je répète ? s'étonna-t-il sincèrement.
- Non, ferme-la Malefoy, coupa-t-elle en fermant les yeux.
Elle lâcha le vase, blessée quelque part dans son estime. Elle ne pensait pas inspirer de tels propos au Serpentard, ni d'ailleurs à n'importe qui ; elle aimait d'une certaine façon demeurer la fille intouchée et intouchable que tout le monde respectait, et il venait de salir cette image avec une facilité et une simplicité écœurante. Réalisant qu'une discussion à propos de pudeur autour d'un bon feu et en compagnie de son ennemi préféré ne figurait pas encore dans sa liste des habitudes du soir, elle pointa une fois de plus la porte et se jura que ce sera la dernière fois.
- Au risque de me répéter, sors de ma chambre Malefoy. Si tu n'opères pas dans la seconde, c'est au directeur que je plaindrai.
Avant même d'avoir mis fin à ses menaces, elle sut que c'était perdu d'avance et le sourire en coin que Malefoy tira vint confirmer ses impressions ; il avait tenu parole en lui apprenant qu'il ne la lâcherait pas d'une semelle.
- Miss je-balance-tout est de retour, se lamenta-t-il dans un soupir. Écoute, puisque faire le premier pas t'effraies à ce point...
Il laissa sa phrase en suspension et un clin d'œil entendu de sa part se permit de compléter ses propos inexplicables. Malefoy porta la main au premier bouton de sa chemise, qu'il défit, puis au deuxième, troisième, quatrième... Hermione ne comptait plus ; elle ouvrit des yeux effarés, destinés à rester scotchés sur la scène qui se dramatisait au fil des secondes. Sa raison lui criant de baisser ses paupières d'un côté, et la curiosité malsaine prenant naissance au creux de ses pensées de l'autre, le mélange et la confrontation des deux seules parties vivantes de son corps lui fracassait le crâne en mille morceaux.
- ARRÊTE ÇA MALEFOY !
Hermione lui avait hurlé ces mots à la figure, les larmes aux yeux. Elle profita de la confusion régnant dans son esprit pour sortir sa baguette et expulser son ennemi de l'autre côté de la chambre, où il atterrît dans un grincement sur le lit et ses coussins moelleux. Au lieu de s'énerver comme toute personne sensée se devait d'être, Drago se mit à rire de cette mélodie affreuse et contagieuse qu'était devenue sa voix, seul chant qu'Hermione était capable d'abhorrer au-delà des limites. Elle lui tourna le dos, à lui et à son sourire à tomber à la renverse. Son cœur cognait vite et fort, symbole de la haine qui grandissait, grossissait, pullulait en elle comme une bête monstrueuse. Elle le détestait.
- Rhabille-toi ! lança-t-elle finalement en le fusillant du regard. Avant que ma baguette ne laisse échapper un sortilège de mort par mégarde !
Sans attendre de voir s'il avait obéi, elle chaussa ses converses et attacha sa lourde cape autour de son cou. Comme Drago ne réagissait toujours pas, elle usa à nouveau de la magie pour l'envoyer valser à l'entrée de sa chambre. Malefoy cogna la porte d'entrée et tomba à genoux, sa chemise demeurée entrouverte. Il se mit à la reboutonner avec un sourire espiègle, laissant tout le soin à Hermione de discerner le peu de muscles qui restait encore visible et de les maudire de tout son soûl. Elle le bouscula hors de la pièce à peine le dernier bouton fermé et en verrouilla elle-même l'accès, avant de se tourner vers lui.
- Tu peux être fier de toi Malefoy : tu viens de me chasser de ma propre chambre grâce à ton caractère borné.
- Je le suis, avoua-t-il en relevant le menton. C'était mon but de t'embêter.
La jeune femme frissonna de colère.
- Hé bien c'est réussi ! s'exclama-t-elle avec un faux sourire. Maintenant que ta mission est terminée, permets-moi de reprendre ma vie sans que tu viennes t'y immiscer, merci ! Et je te conseillerai de ne pas me suivre, précisa-t-elle en levant un index menaçant, ou ça va mal barder pour toi.
- Quelle susceptible tu fais, Granger ! lâcha Drago en guise de réponse.
Hermione ne répliqua rien et avala de son pas aigre les quelques mètres qui séparait sa chambre des escaliers. Voilà comment se passerait les choses : tant que Malefoy n'aura pas cessé de la suivre dans ses moindres faits et gestes, ce sera elle qui l'évitera ; et si la méthode se révèle inefficace, tant pis, elle avertirait Dumbledore une bonne fois pour toute.
- Hé, scanda Malefoy avant qu'elle ne disparaisse en bas des marches, où est-ce que tu t'en vas comme ça ?
Une dernière fois, Hermione se retourna vers la vision de ces cheveux d'or impeccables et de cette carrure d'homme parfaite, qu'elle abomina au passage, avant de planter ses prunelles chocolatées dans le métal fondu de son adversaire. La confrontation dura une poignée de secondes, le temps nécessaire pour qu'elle lève devant lui ses deux majeurs et dévale rapidement les escaliers. Elle s'enfonça dans l'ombre, laissant voltiger sa cape derrière elle, pour fuir ce rire tant méprisé qui se répercutait en écho sur les murs de Poudlard. Pour fuir Drago Malefoy.
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Voilà bien une heure entière qu'Hermione passait et repassait sur les sentiers battus de la Forêt Interdite, espérant semer quiconque la suive à son insu (en particulier un certain Prince des Serpentard) et marchant au milieu de l'herbe qu'avait glacée la venue de l'hiver. Le parc de Poudlard était loin derrière elle, tout comme l'était la cabane inanimée de Hagrid et la surface lisse du lac noir. Hermione écarta quelques denses feuillages pour se frayer un chemin hors des voies toutes tracées et s'immergea dans l'obscurité de la verdure ; au moins de cette façon, personne n'aura l'idée de s'aventurer par là pour la traquer. Ignorant sa conscience qui lui criait de mettre côté cette méfiance qui tournait en paranoïa et le silence angoissant qui prenait place, elle poursuivit son ascension profonde au centre des énormes massifs. Épuisée, elle finit par s'adosser à un tronc et huma à pleines narines le parfum froid de terre humide et de feuilles qui semblait n'exister que pour mettre du baume au cœur et lui rappeler qu'elle se trouvait loin de la colère, de la tristesse, de la pression, et plus que tout : loin de Malefoy. Revenir sur ces lieux lui fit remémorer le bon vieux temps qu'elle partageait avec Ron et Harry, toutes ces aventures un peu oubliées mais définitivement ancrées à l'intérieur de son cœur à elle comme celui de la forêt.
La jeune femme se remit en marche ; s'il y avait bien quelqu'un qui la suivait en cachette, elle ne devait certainement pas camper sur ses positions. Elle continua de s'enfoncer dans les bois, refusant toujours d'admettre son incapacité à s'orienter. Elle n'était tout de même pas perdue ? Non, jamais. Et puis, quand bien même elle le serait, elle ne s'appelait pas Hermione Granger pour rien. Un craquement de branche sinistre coupa court à ses réflexions pour déchirer le silence, suivit du jacassement d'un corbeau effrayé. À son tour, Hermione ne put retenir un long cri aigu. Le son de sa propre voix réveilla en elle l'angoisse qu'elle avait en vain tenté d'enfouir dans un coin profond de son esprit et une vague de frisson la parcouru lorsqu'elle réalisa qu'aucune brindille n'avait craqué sous sa semelle. Il y avait quelqu'un, ou quelque chose. Hermione dégaina sa baguette dans le silence poignant qui était retombé comme une pierre puis marcha à reculons, chaque pas la confrontant à des ronces féroces et son cœur capable de lâcher à tout moment.
- Qui va là ? hurla-t-elle pour combler le vide intersidéral de la forêt.
Le tremblement de sa voix lui mit les larmes aux yeux. Puis, au péril de sa vie, Hermione tourna le dos aux buissons pour prendre ses jambes à son cou. Elle courut vite. Les arbres alentours, dressés en hauteur telles de gigantesques ombres lui tournaient la tête, et les griffes acérées de quelques branches lacéraient sa peau de profondes entailles. Elle courut vite, mais pas assez. La jeune femme se figea avec peine dans sa course en rencontrant en chemin une silhouette noire qui venait de se matérialiser devant son nez. Sa respiration ne lui revenant que par fragments, une bouffée d'horreur s'infiltra dans ses poumons en parvenant à remplacer son oxygène. Ni une ni deux, Hermione fit demi-tour... avant d'être frappée par un sortilège qui la fit trébucher dans le vide. Ses genoux flanchèrent mais n'eurent guère le temps de toucher le sol terreux. Deux bras puissant lui encerclèrent la taille puis une main quitta ses hanches pour venir se plaquer sur sa bouche, anticipant le hurlement qui ne franchit jamais la barrière du réel.
- Granger, c'est moi !
Des lèvres glacées lui frôlèrent les oreilles et un nom s'imposa comme une évidence dans son esprit : Malefoy. Encore et toujours Malefoy. À l'entente de cette voix jugée insupportable, Hermione fut envahie d'un sentiment fulgurant de haine ; elle ne cessa de se débattre pour sa liberté jusqu'à ce que Drago ne la conduise à la faible lumière d'une clairière et la pousse hors de lui. La Griffondor eut alors la possibilité de discerner ses deux yeux gris étincelants, ses cheveux d'or et l'élégant manteau noir dont il s'était paré, tout comme elle parvint à déceler en lui un certain agacement. Elle se massa le bras en continuant de l'observer du coin de son œil perçant.
- Par Merlin, mais qu'est-ce qui t'arrive, Granger ? lâcha-t-il après un silence monstrueux.
Hermione accusa le choc avec lenteur. Il osait ?
- Ce qu'il m'arrive, Malefoy ? Tu me demandes ce qu'il m'arrive ? répéta-t-elle sans y croire, les paupières plissées dans une douloureuse incompréhension. C'est une blague ? poursuivit-elle avec un rire nerveux. Non mais parce que j'ai un peu de mal à te prendre au sérieux, là.
Le vent lui apporta une réponse silencieuse. La bile lui remontant à la gorge, Hermione avala les pas qui les séparaient, le temps de bousculer son ennemi en arrière, avant que la distance respectable ne soit à nouveau rétablie. Malefoy trébucha sans la quitter des yeux.
- Alors c'est ça ? Veux-tu vraiment tout savoir ? Je ne vais tout de même pas me gêner à te raconter mon histoire puisque tu la connais déjà, si ce n'est pas ta participation non sollicitée !
Hermione tournait à présent en rond, la respiration encore saccadée.
- Est-ce que tu te rends compte que mon problème n'est autre que toi ? hurla-t-elle d'un ton désespéré. Toi et tes manies, tes insultes, ta sale face de fils à papa, ton arrogance, ta noirceur, tout !
Le Serpentard ne bougea pas.
- Merlin, qu'est-ce qu'il t'arrive à toi, Malefoy ! Qu'est-ce qu'il te prend à toi de me suivre et de me pourrir la vie, de me malmener comme tu le ferais avec une vulgaire poupée ? Les piques insultantes dans les couloirs et l'humiliation en public, c'était encore bien trop gentil pour moi, n'est-ce pas ? Il fallait quelque chose de plus fort ! Parle bon sang, ne reste pas là me fixer !
Elle revint à la charge et secoua ses épaules, l'entraînant une fois de plus en arrière, escomptant lui faire avouer ne serait-ce qu'une seule des réponses à ces questions.
- Dis-moi donc, serais-je l'objet d'un pacte ou d'un défi pour que tu t'acharnes autant sur moi ? Rien d'autre ne peut expliquer ton comportement, mis à part ton évidente méchanceté gratuite !
Elle se tut, le temps de reprendre une inspiration. Malefoy ne cessait de la dévisager, toujours en silence, la moitié de son visage dissimulée dans l'ombre.
- Hé bien tu sais quoi ? reprit-elle avec un rire froid. Tu n'en vaux même pas la peine, je sais même pas pourquoi je me tue à faire parler une pourriture de telle espèce ! J'ai assez d'arguments pour convaincre le directeur de t'expulser ; oh, et qui sait, tu es peut-être ici en mission pour Voldemort.
Drago lui attrapa soudain le bras et l'attira vers lui, se penchant sur elle de sorte à ce que leurs visages ne soient distancés d'à peine quelques millimètres l'un de l'autre. Hermione, qu'une telle proximité lui inspirait des bouffées d'angoisse, bloqua sa respiration au fond de sa gorge. L'acier en fusion des prunelles de son interlocuteur, figées dans son propre regard, la tétanisait sur place.
- Apparemment si, j'en vaux la peine, murmura-t-il d'une voix suave, puisque tu fuis l'école dans le seul but de m'échapper...
Son sourire glaçant s'élargit et ses deux yeux pupilles vrillèrent un instant en direction des lèvres d'Hermione. Le cœur de celle-ci émit un bondissement furieux dans sa poitrine ; mais qui pour se prenait-il ?
- Ne-me-touche-pas, grinça-t-elle entre ses dents.
Elle attendit de planter toute la noirceur de sa haine en son regard et reprit possession de son bras avec une sauvagerie extrême. Malefoy n'en parut pas offensé le moins du monde et se redressa de toute sa hauteur.
- Alors... comptes-tu me révéler ta présence ici à cette heure ?
- Certainement pas !
Malefoy enfonça ses poings dans ses poches et haussa les épaules, tournoyant avec lassitude autour d'un peuple de souches solitaires, les yeux levés vers le ciel.
- Tant pis. De toute manière, je le sais déjà.
Hermione frémit de froid et de frustration.
- Je suis simplement sortie prendre l'air, lança-t-elle sur un ton amer, alors ta fierté, tu peux bien te la fourrer où je le pense !
Un pouffement moqueur lui fut servi en guise de réponse.
- Admettons ! céda Drago avec un sourire. Admettons que tu sois en effet sortie prendre l'air... Qui dit vouloir s'aérer, dit esprit dérangé, Grangy. Alors dis-moi, qu'est-ce qui te tracasse ces derniers temps ?
Il avait arrêté de marcher et se plaça dans le dos d'Hermione, son menton venant rencontrer les plis de sa capuche. La Gryffondor ne bougea pas, ne protesta même pas lorsqu'elle sentit que ses cheveux avaient été mis à découvert.
- Est-ce à cause de moi ? chuchota-t-il dans son cou.
La tension augmenta d'un cran, un de plus, qui la fit devenir insupportable. Discuter avec son ennemi juré des raisons de son absence de joie de vivre relevait de tant de folie qu'elle préféra envisager la fuite. Elle attendit quelques secondes, interminables, avant de retrouver sa mobilité.
- Adieu Malefoy.
Hermione se retira en laissant toute la pression retomber de ses épaules et se mit en marche après avoir rabattu sa capuche. Les sentiers sinueux qui lui firent face ne lui disaient rien, aucun arbre, aucun buisson ne lui parut familier, et le vent, glacial, amena avec lui une main tout aussi froide qui lui enserra le bras.
- Je mentirai si je te disais que tu arriverais à trouver le chemin seule, dit Malefoy en la forçant à se retourner. Alors tu es bien gentille Granger, mais tu restes là.
Hermione vira cette main tant méprisée, toujours avec une brutalité qu'elle ne se reconnaissait pas. Dans tout ça, ce qu'elle haïssait le plus, c'était d'avoir conscience qu'il avait indubitablement raison. Ça, elle ne le supportait pas.
- Ne te permet pas de m'approcher encore une fois Malefoy.
Sur ces dires, elle recula sans le quitter des yeux, jusqu'à ce que sa colonne vertébrale heurte l'écorce sèche d'un tronc d'arbre maudit. Elle y enfonça ses ongles, à tel point qu'elle sentit ces derniers se tordre ; elle était mal, très mal. Malefoy brisa la maigre distance maintenue pendant une poignée de secondes et lui sourit de toutes ses dents. Hermione déglutit. Elle fourra sa main dans les pans de sa cape et serra sa baguette à n'en plus sentir ses doigts, les tentatives d'attaques ou de fuite tournant en boucle dans son cerveau engourdi et promettant de ne jamais se concrétiser. Drago tendit l'index vers sa joue et en effleura les traits, indifférent à la raideur de sa proie qui se crispa à son contact.
- Tu me fascines Hermione.
Hermione ne répondit rien ; son cœur parlait pour elle, tambourinant, saccageant, détruisant ses côtes une par une en menaçant de lui ôter sa vie. Elle crut lire dans les deux prunelles d'azur qui la fixaient un intérêt évident à son égard, mais tout aussi injustifiable que n'importe quelle attitude propre à Malefoy.
- Tu n'es pas comme les autres filles, reprit-il en choisissant ses mots, qui deviennent vite lassantes et hors d'usage. Avec toi, jouer est beaucoup plus amusant...
Cette fois-ci, Hermione ne put contenir sa rage plus longtemps. Drago parlait d'elle comme d'un vulgaire objet, au même titre que toute la population féminine de Poudlard. Toutes ces jeunes femmes, il les collectionnait à la manière de médailles, d'une valeur chaque fois un peu plus importante que la précédente, et il s'en prenait maintenant à elle comme trophée ultime de ce jeu. C'était cela même : il jouait.
- Tu n'es qu'un salaud ! lança Hermione d'une voix gorgée de larmes.
La maigre dignité qu'il lui restait lui imposa de cracher à ses pieds, ce qu'elle fit avec une hargne sans précédent. Malefoy étira un sourire cruel et planta un regard provocateur dans celui larmoyant de son ennemie.
- La réalité devient trop dure à avaler, Granger ? Moi qui te pensais coriace, me voilà déçu.
Le cerveau d'Hermione décida de se déconnecter du monde réel un court instant, la situation se révélant beaucoup trop brutale pour être surmontée aussi facilement que toutes les autres. Malefoy profita de son état second pour faire glisser ses doigts le long de ses courbes, sans cesser de parler :
- Sais-tu ce qu'est de posséder un jouet, Hermione ?
Les feuilles craquèrent, et le vent fouetta leurs cheveux en mêlant leurs parfums inconciliables.
- C'est s'en servir quand on le veut et en prendre soin seulement quand on le veut, c'est le torturer lorsqu'on le veut, le protéger si l'on veut... Mais avant tout, avoir un jouet...
Hermione serra ses poings, le regard perdu dans la noirceur des alentours.
- ...c'est le jeter quand on veut.
Le goût salé du désespoir et de la souffrance se déversa entre les lèvres gelées d'Hermione. Les larmes sillonnèrent ses joues, creusèrent son cou et déchirèrent sa poitrine dans un silence et un calme de marbre. La hargne griffa sa gorge et réduisit son cœur en lambeaux, avant de s'infiltrer dans ses veines encore vierges de tout poison. Sais-tu ce qu'est de posséder un jouet, Hermione ? Deux lèvres étrangères, glacées, retracèrent lentement les sentiers tortueux de son propre chagrin en effaçant chaque preuve d'une douce pression. C'est s'en servir quand on le veut... Drago attrapa ses hanches en fusionnant leurs deux corps, avant d'envelopper autour de lui la seule fille qui importait réellement à ses yeux, la seule qui ait été capable de jouer le jeu à la perfection et qu'il parvenait à haïr plus que n'importe quel Seigneur des Ténèbres. Hermione laissa son visage épouser les contours de son torse tiède et les baigner de ses larmes amères, les poings crispés dans une éternelle preuve de sa douleur. ...en prendre soin seulement quand on le veut... Malefoy reprit possession de ses lèvres rosies au moment même où celles-ci arrivaient à la commissure de ses voisines. Il se mit à la place à caresser chaque boucle qui dépassait de la capuche d'Hermione comme s'il s'était agi d'or pur.
- Allons, Hermione calme-toi, c'est fini... Regarde, ce n'est qu'un mauvais souvenir à présent, tout est loin derrière toi... Tu n'as plus rien à craindre... tu es en sécurité auprès de moi.
Malefoy avait marqué une pause entre chaque phrase qu'il fredonnait. Et à chaque fois, le cœur d'Hermione se mettait à battre un peu plus fort ; la puissance de chaque mot lui évoquait un coup de poignard dans le dos, à chaque fois plus fort et plus brutal que les précédents. C'était les paroles, reportées avec exactitude, que Zabini avait prononcé quelques heures plus tôt. La jeune femme trouva la force de se décoller de lui, ses yeux écarquillés laissant échapper une ultime gouttelette salée, qui disparut au contact de la brise glaciale. Le vent émit une faible plainte et la cape d'Hermione ondula dans la lumière nocturne, telle une bannière, dans un mouvement ralenti. ...c'est le torturer lorsqu'on le veut... Le froid. Puis le bruit d'un briquet qu'on actionne ; des effluves intenses de parfum floral et un nuage de fumée verdâtre. L'expression de Malefoy, indéchiffrable, cette cigarette au coin de la bouche et ces iris givrantes d'acier.
- Je veux rentrer, fut les seuls mots qui parvinrent à se glisser hors des cordes vocales d'Hermione.
Un nuage de buée accompagna ses paroles suppliantes. La neige, si fine ce soir-là, déposa sur leurs cheveux un manteau de flocons immaculés. Malefoy glissa ses poings dans ses poches, aucun sentiment ne venant troubler ses traits reposés. La Griffondor recula dans l'ombre, son regard vrillé au sien.
- Je dois...
Elle déglutit. Très lentement, elle lui présenta son dos afin de déguerpir le plus loin possible de cet endroit maudit, mais des doigts glacés vinrent lui enserrer le poignet avant qu'elle ne puisse prendre son envol. Hermione se retourna face à lui, face à la fumée parfumée qui s'évadait de sa bouche entrouverte, à sa cigarette calée entre ses lèvres, et ses deux mains qui s'emparaient avec douceur des siennes. Une autre larme d'impuissance dévala la joue de la jeune femme, son regard noyé dans la profondeur océanique de ses pupilles de métal.
- Reste avec moi Hermione.
Hermione ne put s'empêcher de penser que sa vie était arrivée à son terme ; s'il en arrivait à souhaiter sa présence à ses côtés, le tout en l'appelant par son prénom, elle ne lui restait plus qu'à rentrer six pieds sous terre. Sa demande s'évanouit bientôt dans le silence, une ultime fois avant qu'une masse informe ne vienne assombrir la clairière. Un froid mordant se répandit en eux dans une soudaine bourrasque de vent.
Drago attrapa Hermione par derrière, son torse venant se plaquer dans un douce étreinte au dos de sa protégée, dont il entoura la taille. Un avènement sans précédent de Détraqueurs leur offrit spectacle comme jamais il n'en fût connu à ce jour ; l'ensemble de leurs capes déchiquetées fouettait l'air au-dessus d'eux, tels un immense nuage menaçant, dont le râle terrifiant constituait l'orage déchaîné. Hermione hoqueta entre les bras de Drago, sans prévoir la pression renforcée sur ces hanches qui la rassura inexplicablement. ...le protéger si l'on veut... Ces étaux chauds contre son corps tremblotant, ce menton sur son épaule, cet élan de protection incompréhensible, étaient-ils bien réels ? Le cerveau engourdi d'Hermione refusa de fonctionner une seule seconde de plus.
Ils se retrouvèrent baignés dans le noir le plus complet, avec pour seul vision le néant, et pour seule mélodie les protestations des créatures putréfiées.
- Hermione... Si je te demande de mourir ici avec moi, au creux de mes bras, dis-moi, le ferais-tu ?
La voix de Drago paraissait si lointaine, et pourtant si proche. Mourir était un bien grand mot, vivre était un bien long supplice. Alors, si elle devait rendre l'âme dans cette clairière maudite, face aux Détraqueurs affamés..., si elle devait mourir ce soir-là, dans la nuit, le froid et la haine, en trêve avec l'homme qu'elle détestait le plus au monde..., pourquoi pas ? Les lèvres d'Hermione remuèrent dans un dernier tremblement et elle s'entendit répondre :
- Avec plaisir.
Drago avait resserré son étreinte une dernière fois. Hermione perçût ce souffle chaud qui frappa sa nuque une dernière fois. Elle se sentit seule, loin de ses bras tièdes qui avaient disparus dans la neige, dans le froid et le silence, pour la dernière fois. Une explosion de couleurs brisa l'atmosphère et le néant complet l'accueilli à bras ouverts. ...Mais avant tout, avoir un jouet, c'est le jeter quand on veut.
pas trop lassés, ça va aller ? allez, rendez-vous au prochain chapitre, laissez-moi vos avis quels qu'ils soient !
