lumos
me revoilà ! enfin un nouveau chapitre, n'est-ce-pas ? petit bla-bla rapide, ce chapitre est issu d'un défi que je me suis lancée il y a de cela 2 semaines : écrire au moins 1000 mots par jour. j'ai donc réussi à boucler celui-ci en si peu de temps que j'en suis moi-même étonnée ! et comme d'habitude, c'est toujours un réel plaisir. j'ai toutefois besoin de votre avis ; dans la continuité de ce défi, je m'engage à poursuivre l'écriture de mes 1000 mots quotidiens et cela revient donc à poster un chapitre toutes les deux semaines. celui-ci fait environ 16 000 mots, que j'ai divisé en deux comme d'habitude. serait-il préférable d'écrire des chapitres moins longs (8000 mots donc), ce qui reviendrait donc à un chapitre par semaine, ou alors garder ce rythme-là d'un chapitre tous les quinze jours ? dites-moi tout.
encore une fois, j'espère que vous prendrez le temps de laisser un petit vote ou un commentaire, ça me ferait vraiment très plaisir étant donné le travail que je fournis... merci à vous de faire vivre cette fanfiction et bonne lecture (ça m'a pris une bonne heure pour tout relire, vous être calé pour un moment là !)
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le revers de la médaille
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le défaut dans la matrice
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Malefoy avança une main ferme vers ce visage pâle qu'il lui tardait de retrouver. Ses yeux de glace, tout comme ses infimes mèches blondes qui lui retombaient sur le front et ses lèvres retroussées en une moue revêche lui faisaient un peu plus défaut à mesure qu'il les regardait. Il happa Hermione en prenant bien soin d'enfoncer son pouce et son index aussi profondément que ses joues le lui permettaient, puis esquissa un mince sourire injurieux.
- Pathétique.
Pendant une poignée de secondes encore, ils se fixèrent dans le blanc des yeux comme si chacun parvenait à déceler dans l'autre la pointe venimeuse d'une répulsion commune. Dans un silence macabre, Hermione se dégagea de son emprise d'un revers convulsif de la main. Elle grimpa la dizaine de marches qui la séparaient de ses appartements et s'enferma dans sa chambre, sans un traître regard vers la petite silhouette demeurée en bas de l'escalier. Le claquement de sa propre porte résonna péniblement dans ses tympans tandis qu'elle contemplait d'un œil absent les quatre murs de la pièce. Elle ne se rappelait même plus de la dernière fois qu'elle y avait mis les pieds mais elle priait Merlin de ne raviver aucun de ses souvenirs, au risque de la faire éclater en sanglots. Les précédents propos de Malefoy lui étaient restés en travers de la gorge et elle estimait avoir déjà assez de mal comme cela à combattre le sentiment confus de honte et de désespoir qui lui barrait la poitrine.
Hermione traîna ses longues jambes courbaturées vers son lit où elle se laissa tomber sans ménagement. Au-dessus d'elle, les moulures épointées du plafond semblaient la toiser méchamment, elle, ses haillons, ses cheveux blonds en bataille et ses brogues en cuir. Elle avait attendu de retrouver ses draps et son matelas pendant si longtemps et avec tant d'ardeur qu'à présent il lui semblait que la fatigue avait quitté son corps. Un corps qu'elle n'avait même plus la force de répugner et auquel elle avait conscience de s'habituer avec les heures qui s'engrenaient. Elle se redressa. Son reflet se dessina sur la surface sombre et gelée de la fenêtre, précis, tranchant, mâle.
Et la vérité était telle : Malefoy était un bel homme. Il avait été gâté par la nature et vouloir contredire ce point en devenait aberrant. Les contours sculptés de ses épaules, la sveltesse de son torse jusqu'à l'éclat doré de ses cheveux ou la profondeur de son regard, ce sorcier était si harmonieusement ciselé qu'il était difficile d'y croire. Malefoy était un bel homme, et il avait hérité de l'âme la plus noire qu'Hermione ait jamais connue. Et c'était avec cette facilité déconcertante qu'il devenait alors à ses yeux rien de moins que l'incarnation de la laideur et le porte-parole du vice en personne.
Lentement, elle s'arracha à la contemplation de ce cauchemar, indifférente à la série de frissons qui dévala son échine. Elle allait désormais faire de son mieux pour éviter le monstre qu'elle avait eu le malheur de réveiller. Se dirigeant vers le buffet où ses draps de bains étaient entassés, elle ne put ignorer le vase antique qui avait été décalé de sa place depuis la dernière fois qu'elle l'avait vu. À l'intérieur de sa tête, des étagères pleines de douloureux souvenirs se déversèrent dans le ravin de son esprit.
Je ne trouve pas spécialement choquant de t'avoir à moitié à poil devant moi, à condition que je le sois aussi…
Hermione attrapa le coin de son meuble, noyée par la mélodie de son rire arrogant et les taquineries insupportables qu'il s'amusait à lancer dans cette même chambre, un jour plus tôt. Elle le revoyait jouer son numéro idiot, ses yeux fixés sur elle tandis qu'il déboutonnait sa stupide chemise. Il n'était au final pas étonnant qu'une telle rumeur se propage dans le cachot des vipères, celle d'un coureur de jupons dont la nouvelle cible avait un penchant pour les bouquins et un goût prononcé pour les études. Elle mettait sa main à couper que sa tête était mise à prix ; c'était à qui séduirait la miss-je-sais-tout en premier et le gagnant remporterait la simple et bête reconnaissance de tous.
Mais elle se devait de l'admettre : si Malefoy avait été ce genre de garçon, il avait délaissé bon nombre de choses derrière lui. Elle ne le voyait plus agir pour le seul et absurde respect de ses camarades de Serpentard, et au final, ce qu'elle détestait le plus, c'était qu'il devenait au fil du temps une bête trop intelligente et perspicace à souhait. La haine qu'elle avait jusque-là éprouvée pour lui laissait place à une jalousie évidente et une frustration déplacée. Et pourtant, tout cela ne rendait les choses que pire encore car aujourd'hui elle ne trouvait plus aucune excuse à son étrange comportement, et sa prétendue vengeance envers Blaise ne tenait pas la route. Il y avait plus. Bien plus.
Malefoy lui avait ruiné sa vie, et en si peu de temps. Mais il lui était inconcevable de lui donner raison et si elle devait mourir un jour, ce ne serait certainement pas par la baguette, les mains ou la cruauté de cet homme. Avant que ses dernières forces ne la quittent, Hermione se dépêcha d'attraper sa serviette et referma son tiroir dans un claquement sonore.
- Je t'aurais un jour, Malefoy, pensa-t-elle tout haut.
- Mes oreilles sifflent.
En fermant la porte de sa chambre, elle ne s'était pas aperçue que celle d'en face s'ouvrait et que Malefoy quittait également ses appartements. Elle prit quelques secondes pour le jauger du regard mais ne répondit rien et se hâta de prendre le chemin pour la salle de bain.
- Reviens ici, Granger.
Il pouvait bien attendre, elle n'allait plus coopérer du tout. Chtac ! Hermione trébucha soudain sur ses propres pieds et parvint tout juste à éviter la chute de sa vie. Sans réfléchir davantage, elle dégaina sa baguette et répondit au maléfice par un second sortilège du même goût. Une série d'enchantements anima bientôt le couloir mais l'artifice de couleurs s'estompa à peine eu-t-il commencé.
- Ça suffit.
Malefoy contra le dernier sort d'un geste ennuyé de la main. Hermione ne lui en voulut pas ; aucun d'eux ne prenait plaisir à ces duels et elle le savait. Jusque-là, cela ne les avait menés nulle part d'autre que droit dans le mur et si elle voulait être honnête avec elle-même, elle n'en pouvait en vérité plus du tout.
- Où est-ce-que tu vas comme ça ?
- Ça ne te regarde pas Malefoy, répliqua-t-elle en glissant sa baguette derrière sa ceinture.
Elle se remit en marche.
- Où tu iras j'irai, je pensais avoir été clair sur ce point.
Hermione se retourna telle une furie et ouvrit la bouche, prête à lui déballer son plus virulent stock d'injures. Mais il fallait croire que ce monstre avait toujours un coup d'avance et elle se retrouva très vite pendue par les pieds, la tête à l'envers. Sa serviette lui tomba des mains avant de s'écraser au sol dans un bruit mou.
- J'ai entendu dire qu'un soi-disant héros de votre littérature Moldue avait pour habitude de se pendre par les pieds, comme cela. C'était même tout un dispositif qu'il avait mis en place.
Il avança vers elle et s'accroupit pour mieux la dévisager. Un grand sourire qu'elle rêvait d'écorcher animait son faciès de scélérat.
- Un certain Sherlock Homes, poursuivit-il dans un souffle. Détective anglais de bon renom.
Prise au dépourvu, Hermione n'eut pas le temps de retenir un froncement de sourcils. Cet abruti avait trop bonne connaissance de ses ennemis pour quelqu'un qui tenait à sa pitoyable réputation de sorcier au sang pur. La colère laissa bientôt place à la surprise et Malefoy dut le remarquer car son sourire s'élargit de plus belle.
- Il faisait cela fréquemment, pour faire descendre tout son sang (du bout de son doigt, il désigna le trajet de celui-ci) jusqu'à son cerveau (il lui tapota le front). Et c'est ainsi qu'il était censé se garantir une concentration maximale pour mieux réfléchir.
Hermione ne rechigna pas. Sa veste de costume se retourna lentement et elle sentit son visage chauffer. La vision de ce nouveau monde à l'envers acheva de l'étourdir mais elle tenta de garder la tête froide et se demanda plutôt comment se faisait-il qu'il paraisse aussi bien informé sur le sujet qu'elle ne l'était elle-même.
- Ma chère Gryffondor, l'heure est venue pour toi de vérifier ou réfuter cette théorie. Je réitère donc ma question : où est-ce que tu comptais aller comme ça ?
- Comment as-tu entendu parler de Sherlock Homes, demanda-t-elle comme si elle n'avait rien entendu.
- Dernier avertissement.
- Je partais prendre une douche, sombre idiot ! cracha-t-elle enfin. T'en connais d'autres trucs à faire dans une salle de bain ?
- Un bon nombre oui, susurra Malefoy qui se radoucit alors.
Il caressa pensivement le tissu de sa serviette et elle en profita pour le lorgner avec une grimace écœurée. En levant un sourcil, il la fixa à son tour et elle se sentit rosir de honte. Heureusement pour elle, son visage avait déjà revêtit une belle couleur cramoisie et ses joues étirées commençaient même à lui faire mal.
- Dégueulasse.
- Tiens donc.
- Tu m'étonnes que vous passiez votre temps à relater vos différents exploits avec les filles. Votre vie ne se résume qu'à ça.
Malefoy balança sa tête en arrière, franchement amusé. Il avait dû sentir où elle voulait en venir et elle n'allait pas refuser cette conversation.
- Oh non Granger… ricana-t-il avec un soupçon de compassion au fond de la voix, la boutade de Nott t'a vraiment piquée hein ? Ça va aller.
Il lui pinça une joue et Hermione vit sa propre baguette glisser de sa ceinture avant de lui passer devant les yeux. L'objet tomba en clinquant, alors qu'elle réfléchissait.
- D'après mon souvenir, contra-t-elle en fronçant les sourcils, ladite « boutade » ne t'a pas plu à toi non plus.
Elle avait fait mouche. Malefoy fit une chose dont elle se jura de n'en avoir encore jamais eu l'honneur : il venait de fuir son regard. Se forçant à stopper le flot de questions qui menaçait de diffluer sur son cerveau, elle vit à peine le mince sourire qu'il lui offrit en guise de réponse.
- J'ai mes raisons, finit-il par lâcher. Liberacorpus.
Hermione s'écrasa sur la terre ferme dans un grand bruit sourd mais la douleur à laquelle elle s'était attendue ne vint pas. Elle le soupçonna d'avoir lancé un sort d'amortissement et cela lui procura un sentiment déconcertant de gratitude. Décidément, cet homme avait la capacité de jongler avec ses émotions comme s'il avait des années de cirque derrière lui.
- Ça te prouvera au moins que je n'ai rien à voir avec la propagation de ce genre de rumeurs, ni même leur relayeur que je désapprouve.
Elle ramassa sa baguette et ses draps de bain avec lenteur, sans parvenir à le quitter des yeux. Malefoy cachait quelque chose de beaucoup plus profond qu'une simple vengeance et elle en avait à présent la certitude. Sans surprise, sa curiosité voulut qu'elle en découvre davantage, chose qu'elle se promit de faire à la première occasion.
- N'essaie pas de te dédouaner, dit-elle sans grande conviction.
- Hermione…, soupira Malefoy.
La mention de son prénom attira tout de suite son attention et fit même palpiter son cœur. Il s'apprêtait à dire quelque chose de sérieux.
- Il faut que tu comprennes que tout n'est pas toujours tout blanc, ni tout noir. Je n'ai aucun intérêt à prétendre mon innocence, j'y perds même un peu de ma fierté. Mais la vérité est là et je pense que tu t'en doutes : l'arrogance des Serpentard réside de sa nature dans leur volonté de piquer l'égo de l'autre, et par tous les moyens possibles.
- Je ne te le fais pas dire…
Un silence gêné prit place, durant lequel Hermione se résout finalement à détourner son regard de lui. Malefoy faisait rouler sa baguette magique entre ses doigts agiles, mais il y mit bientôt fin pour passer une main hésitante sur sa nuque.
- Ne va pas croire que j'ai volé à ton secours Granger, précisa-t-il en tentant d'adopter un ton désinvolte. Si je me suis permis de te placer sous Impérium et pris l'initiative de remettre Nott à sa place, c'était parce que je savais que tu allais perdre tous tes moyens devant lui.
Il marcha devant elle avec un clin d'œil, ses cheveux bruns plus ébouriffés que jamais.
- Et tu sais que j'ai raison.
Oui, et elle savait aussi qu'il ne disait pas toute la vérité. Mais ça, elle n'allait pas se gêner pour le lui faire remarquer ; comme lui le disait si bien, fouiner était sa spécialité et elle découvrirait tous ses petits secrets bien assez tôt. Hermione tourna les talons, le menton relevé.
- C'est toi qui le dis.
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- Ouvre-moi Granger.
- Non !
- Très bien.
Bam ! La porte de la salle de bain où elle était parvenue à s'enfermer s'ouvrit à la volée. Hermione contempla la poignée de fer qui se cogna contre le mur carrelé et serra sa serviette contre elle avec des yeux enragés. Cet idiot était décidément incapable de lui accorder ne serait-ce qu'une seconde de répit.
- Mais c'est quoi ton problème Malefoy ? s'énerva-t-elle soudain.
Ledit Malefoy était adossé à l'encadrement de la porte, les bras et les jambes croisés. Bien sûr, un léger sourire amusé ne manquait pas à l'appel et peu s'en fallait qu'il se délecte de sa colère.
- Sors d'ici tout de suite ou je t'ensorcelle, menaça Hermione sans se démonter.
Pour prouver ses dires, elle extirpa sa baguette de sous sa ceinture, prête à lancer la première attaque.
- Drôle d'endroit pour fourrer sa baguette, fit-il remarquer après une courte pause, tu ne trouves pas ?
Silence agacé.
- Qu'est-ce qu'il y a d'autre sous cette ceinture, Granger ?
Très lentement, à la manière d'un seau d'eau glacée, le malaise se déversa sur son corps en la couvrant de la tête aux pieds. Hermione laissa le rouge empourprer ses joues et il lui sembla que la terre s'enfonçait sous ses talons. Le sang lui était si tôt monté au visage que ses oreilles la brûlaient presque. Un effort prodigieux de recueillement et une inspiration plus tard, elle opta pour la carte de l'indifférence et gonfla le torse.
- Et qu'est-ce que ça peut bien me faire ? dit-elle sur un ton qu'elle voulait détaché. J'ai des petits cousins dans ma famille dont je me suis longtemps occupée, si tu veux tout savoir, y compris leur faire la douche et les habiller. Ça ne devrait pas être aussi compliqué de le refaire, alors ne t'inquiète pas pour moi.
- Des petits cousins… radota alors son interlocuteur avec un léger pouffement de rire. T'es marrante toi, est-ce que la leur est aussi…
- Ferme-la Malefoy, coupa Hermione qui redoutait d'entendre la fin de sa phrase, et dégage le plancher.
Ses joues rosirent à nouveau et elle ignora le ricanement dédaigneux qui lui répondit. Avec un rapide haussement de sourcil, son ennemi attrapa la poignée de la porte, se préparant à sortir.
- Je te laisse donc prendre ce bain, et j'en profiterais pour faire de même.
Puis, après un dernier regard entendu, il l'enferma de nouveau. La pauvre Gryffondor resta plantée là, troublée par la rapidité de cet échange et l'absence de tout autre commentaire de sa part. Elle avait manqué quelque chose, elle en était sûre. Avec des gestes tremblants, elle palpa la légère bosse sur son pantalon, cadeau du destin de pair avec le physique de Serpentard qu'elle était forcée d'endosser. Cet engin devait sacrément lui manquer. Lui et ses conquêtes d'un soir… Hermione se figea sur place. Ses yeux s'agrandirent, et elle entendit presque son cerveau tilter sous le choc.
Blam ! Quelques débris de bois volèrent en tous sens.
- REVIENS LÀ MALEFOY !
- Merlin aie pitié de mon âme…
Drago levait ses deux paumes jointes vers le ciel, sursautant à peine lorsqu'il entendit Hermione défoncer la porte à coups de pied. Tel un fauve tout juste sorti de sa cage, elle bondit sur lui et la dernière chose qu'il vit fut la pointe d'une baguette magique au milieu d'une violente tornade blonde.
- Tu n'y as pas touché, n'est-ce pas Malefoy ?
- La méthode de ce bon vieux Sherlock fait des merveilles, constata le Serpentard pour toute réponse. Tu es cela dit sacrément longue à la détente… Tu as déjà pensé à te faire soigner ?
- Tu n'as pas osé y toucher ? menaça Hermione qui le tenait en joug par terre. Tu n'oserais pas…
Pendant un instant, on n'entendit plus que sa respiration sifflante et le fou rire que ce dernier se faisait violence pour retenir. La situation aurait bien pu paraître dramatique pour peu que l'un d'entre eux ne soit pas en train de grincer ses dents d'amusement.
- Est-ce que tu as conscience qu'il est un tantinet trop tard pour poser ce genre de questions ? Sérieux Granger, si j'avais voulu jouer avec le minou crois-moi je l'aurais fait… Je suis resté des heures éveillé à l'infirmerie ce matin pendant que tu dormais.
Hermione étouffa une exclamation de terreur et ses pupilles se dilatèrent dans leur orbite. Désespérée, elle attrapa son col, ne sachant plus quoi faire d'autre.
- Espèce de sale petit pervers, je vais te tuer.
- Lâche-moi ! s'esclaffa l'otage entre deux éclats de rire.
Mais elle continua de serrer les pans de sa chemise, incapable de mettre son plan funeste à exécution. Malefoy était-il impudent au point de commettre un acte aussi interdit ? Malheureusement pour elle, il lui était impossible de le savoir et elle s'était révélée jusque-là pire qu'incompétente en matière de jugement. Allait-elle de nouveau tomber dans le piège de ce monstre qui lui donner l'air de ne la prendre au sérieux pour une Mornille ?
- Allô la terre, Grangy, tu m'étrangles.
Le cœur de la jeune femme martelait douloureusement sa poitrine, comme s'il doublait de volume à chacun de ses battements. Elle froissa le vêtement de son prisonnier entre ses doigts, ses paupières papillonnant doucement derrière les larmes qui noyaient son regard gris. S'il avait osé croquer dans le fruit défendu alors les rumeurs n'avaient pas fait de pulluler à son sujet. Et pour elle, cela n'était rien de moins que le début de sa fin.
- Eh Hermione, souffla subitement Malefoy en se redressant sur ses coudes.
Elle retomba sur ses genoux, vide, obnubilée par la pensée d'un avenir ruiné par l'effondrement de sa réputation. Il se leva promptement en la saisissant par les épaules ; et si elle avait consenti à lui faire face, peut-être son regard inquiet l'aurait-il rassurée le temps d'une seconde. Mais elle ne bougea pas.
- Hermione du calme, répéta-t-il en la secouant légèrement. C'était une blague. Je n'ai jamais rien touché ni regardé. Je te le promets.
Bercée par ce mince réconfort lequel elle forçait son cerveau à ne pas rejeter et presque morte de honte, elle leva vers lui des yeux embués. Voilà qu'elle se donnait en spectacle… elle, la célèbre miss-je-sais-tout, vieille fille et sainte-nitouche de service. Elle avait beau tenter de paraître tout autre, faire comme si rien ne l'atteignait, mais elle se voilait la face. Chassez le naturel, il revient au galop.
- Ça ne fait rien, lâcha-t-elle sans réfléchir.
Elle se remit sur pied et effaça les larmes qui coulaient de son nez d'un coup de manche.
- De toute façon il fallait bien que ça arrive un jour.
- Ne dis pas de conneries Granger, insista Malefoy, contrarié, je suis sérieux. Écoute, j'ai conscience que ces circonstances atténuantes compliquent la donne et qu'à tes yeux je ne reste qu'un dépravé sans nom ; j'osais pourtant espérer que tu me connaisses assez pour savoir que je sais tracer mes limites. Et les voici, mes limites.
Hermione renifla discrètement, embarrassée. Il avait l'air sincère, et ce serait faire preuve de mauvaise foi que d'ignorer l'effort probablement surhumain qui l'avait poussé à se confesser.
- Il semblerait je me sois trompé sur ton compte, continua-t-il. Je ne te cache pas ma déception.
Il épousseta un pan de sa chemise, son visage partagé entre l'amertume et l'indifférence. À son grand désarroi, sa dernière réplique eut le don de raidir Hermione de la tête aux pieds. Il ne fallait pas non plus trop lui en demander.
- N'abuse rien je t'en prie, protesta-t-elle en avançant d'un pas, les poings serrés. Pardonne mes préjugés seulement vois-tu, jusque-là je n'ai pas beaucoup eu l'occasion de faire connaissance avec autre chose qu'un homme arrogant et manipulateur. Tu peux bien faire semblant comme tu le voudras Malefoy, mais c'est ce que tu es et tu n'as pas le droit de m'en vouloir.
Le Serpentard garda son menton relevé et un coin de ses lèvres se retroussa. Il lui était étrange de tirer cette conclusion mais Hermione eut l'impression qu'il était presque ravi de sa réponse.
- C'est vrai, tu as raison.
- Peut-être que si tu abandonnais cette carapace que tu n'as de cesse de traîner derrière toi, tu arriverais à me faire changer d'avis à ton égard.
Ils étaient à présent postés l'un en face de l'autre et Malefoy prit le temps de fixer chacun de ses deux yeux. Curieusement, elle était parvenue à le faire dérider et elle retrouvait devant elle le jeune homme taquin auquel elle avait au demeurant commencé à s'habituer. Même si pour l'instant, celui-ci avait une forêt brune au-dessus du crâne et une tête de moins qu'elle.
- Et qui te dis que j'essaie de te plaire Granger ?
- Je suis persuadée que tu n'es pas aussi méchant que tu n'essaies de le fais croire, glissa-t-elle comme pour se rassurer elle-même. Tu fais semblant. Je dirais même qu'être aussi détestable demande un sacré paquet d'efforts de ta part, autrement tu…
Elle laissa la fin de sa phrase en suspension, effrayée de devoir mettre un mot sur la cruauté démesurée de cet homme et qui n'avait clairement pas de nom. Sa respiration se suspendit elle aussi, en attente d'une suite. Mais rien ne lui vint à l'esprit et elle demeura silencieuse devant le regard inquisiteur de son acolyte et les mèches rebelles qui s'entortillaient sur son front. Il haussa alors ses sourcils et un sourire mutin vint s'ajouter au portrait.
- Et si on allait le prendre ce bain ?
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Des jets de source dégorgeaient des multiples robinets, semblables à des chutes d'eau infinies. Une fosse recueillait ces interminables écoulements, toute vêtue de pierre et infatigable tandis qu'une vapeur conséquente s'en échappait, gorgeant la salle d'immenses nuages translucides. La pièce était parsemée de lumières colorées, reflets d'impressionnants vitraux à l'image de diverses créatures des eaux.
- Fraîcheur des pins.
Le portrait qu'Hermione s'appliquait à détailler du regard pivota tout à coup sur lui-même, dévoilant la Salle de bain des Préfets où ils s'étaient rendus. Inutile de préciser la source de cette idée ingénieuse ; elle avait toujours été trop occupée pour profiter de ce bien commun et s'était contentée de goûter à ce privilège le premier jour de sa nomination en tant que préfète, comme n'importe qui d'autre. Ou plutôt, d'après Malefoy, au contraire de n'importe quelle personne sensée.
- Tout le monde n'a pas le temps de se prélasser sous la douche durant des heures ! s'était-elle justifiée avec véhémence. Ce n'est pas parce que tu te comportes ici comme au Club Med que c'est aussi le cas des autres étudiants. On est en septième année, je te le rappelle.
- Au Club quoi ? avait demandé Malefoy d'un air incrédule.
- Laisse tomber !
Mais à présent ils y étaient, et plus question de reculer. La salle était quasi identique à celle que le tableau avait dépeinte, hormis quelques baignoires à pattes de lion installées dans un coin, qui firent de l'œil à Hermione. Sur ordre de cette dernière, il avait été convenu que Malefoy ne soit autorisé à prendre une douche qu'en sa présence et elle était donc venue superviser cet exercice de pied ferme. Il était hors de question qu'elle tende le bâton pour se faire battre : tant qu'elle était en vie, ce serpent n'était pas prêt d'avoir un aperçu en VIP de sa bulle privée, pas après les soupçons de Nott. Elle ne pouvait lui gratifier ce plaisir.
- Dis-moi, fit remarquer le Mangemort en sortant sa baguette, tu ne trouves pas injuste de vouloir conserver à tout prix ton intimité tout en violant la mienne ? Sans même songer une seule seconde à me concerter antérieurement. Pas très Granger tout ça.
Il pointa son bout de bois sur les innombrables robinets qui se mirent aussitôt en marche, crachant des flots de liquides tout aussi parfumés les uns que les autres.
- Moi aussi j'ai une question pour toi Malefoy, rétorqua Hermione en faisant volte-face. Ça t'amuse de te faire passer pour un idiot ? Non parce que j'ai l'impression que tu le fais exprès et que tu me prends pour une imbécile par-dessus le marché. Je sais parfaitement bien que tu n'accordes aucune importance à ce que ton… physique, ou quoi que ce soit d'autre en particulier soit mis à la vue de tous. Au-delà du fait que tu es un homme et que les hommes ne risquent pas grand-chose en manquant de pudeur. La réalité veut que cela ne s'applique pas aux filles et je crois que tu le sais. Alors si tu essaies de me faire culpabiliser à ce sujet, c'est raté.
Ravi de l'avoir piquée au vif, Malefoy semblait savourer ces paroles comme du nectar. Il adorait engager ces petits débats inutiles avec elle.
- C'est tout juste si tu ne t'en félicites pas d'ailleurs, ajouta-t-elle, agacée. Monsieur adore épater la galerie avec ses soi-disant atouts de demi-dieu. Galerie pour le moins composée de pimbêches écervelées, sans surprise.
- Hé ! s'étonna-t-il entre deux exclamations de rire, je rêve où est-ce que je sens réellement un fond de jalousie dans ce discours ?
Hermione voulut plaquer une mèche de cheveux derrière ses oreilles avant de s'apercevoir qu'elle n'avait plus qu'une courte touffe blonde sur le crâne. Elle s'embrasa malgré elle, ne sachant plus où se mettre.
- Tu rêves Malefoy. Je pointais simplement du doigt ton arrogance hors norme et tes choix irréfléchis en matière de fille.
- Mademoiselle saurait-elle donc me conseiller ? taquina-t-il après avoir interrompu le flot continuel des robinets ouverts. Vos services pourraient m'intéresser.
La pièce redevint quasiment silencieuse et ce n'est qu'à ce moment-là qu'elle se rendit compte avoir peut-être poussé le sujet de conversation un peu trop loin. Elle s'imagina se taper la tête contre un mur des dizaines de fois sans s'arrêter, mais cela ne suffit pas à la tempérer. Devant elle, une épaisse mousse embaumée s'échappait d'un énième et brillant tuyau, se déversant paresseusement au-dessus de la fosse d'eau.
- Je vais me gêner ! dit-elle alors, décidant de jouer le jeu jusqu'au bout. Un jour peut-être si tu consens enfin à te comporter comme un correct et honnête homme, je serais en passe de t'accorder cette charité.
- Vraiment trop bonne, ironisa Malefoy. Dans un monde parallèle si tu veux, oui.
Il était à présent devenu difficile de se distinguer au milieu des luxuriantes volutes de vapeur et Hermione avait l'impression de respirer en plein milieu d'une gousse de vanille. Le moment tant redouté était arrivé ; tout semblait fin prêt. Les deux compères s'inspectèrent du coin de l'œil et la jeune femme se demanda même si elle n'était pas la seule à ressentir au creux de son estomac un mélange d'appréhension et de fébrilité.
- À la guerre comme à la guerre, conclut-elle donc en brandissant sa baguette magique.
- À la guerre comme à la guerre, répéta Malefoy qui l'imita.
Chacune de leur baguette vibra allégrement, l'une dirigée contre l'autre. De minces filets de fumée jaillirent alors de leur extrémité, d'un blanc nacré qui lui évoqua la pâleur du lait. La nuée se divisa en infinies lanières embrumées qui serpentèrent autour de leurs corps, languissantes. Hermione se retrouva cernée d'un voile nébuleux, ses longs tentacules ne cessant de s'enrouler sinueusement autour d'elle et dissimulant la vue de son corps qui ne tarderait pas à être dénudé. Encerclé par ce même nuage paresseux, seule la petite tête et les clavicules de Malefoy étaient visibles et elle ne put retenir un long soupir de soulagement. Elle allait être tranquille, Merlin soit loué.
- T'es une vraie parano Granger.
Son regard allant de lui à elle, il compara de ses deux yeux navrés le cadavre enfumé qui lui servait de corps et sa silhouette à elle dont seules les parties intimes avaient été étouffées sous le brouillard.
- Tu ne pensais tout de même pas que j'allais te laisser reluquer ne serait-ce qu'un poil de ma peau ? s'indigna-t-elle avec un semblant de pitié au fond de la voix. Tu peux toujours courir, j'ai programmé le sortilège pour une durée minimale de six heures.
Malefoy explosa de rire et elle dut se faire violence pour ne pas décrocher à son tour un sourire évident. Blague à part, elle préférait camoufler son corps au possible et éviter de lui donner trop de détails qui, on ne sait jamais, pourraient bien alimenter d'autre rumeurs pires encore.
- Il y a bien des fois où tu me fais rire, Granger, vraiment.
- Va te faire foutre, grogna-t-elle en retour.
- Je suis certain que tu aurais été plus tolérante envers Blaise si c'était avec lui qu'il aurait fallu coopérer.
Hermione laissa tomber la chaussure qu'elle était en train d'enlever et celle-ci valdingua sur le sol dans un bruit sourd. Sa salive lui resta en travers de la gorge, l'étouffant presque au passage. Elle s'était lentement retournée vers lui, incertaine si elle devait s'énerver ou au contraire se faire toute petite à cause de la sensibilité du sujet. Malefoy ne paraissait pas du tout contrarié et il arborait même un sourire narquois. Prudence oblige, elle préférait faire comme si de rien était et se contenta d'un de ses plus fervents regards noirs. Mais elle aurait dû s'en douter : un Serpentard ne frappe jamais une seule fois. Il continue jusqu'à ce que sa victime se retrouve à terre.
- Je peux t'arranger un coup si c'est la sienne qui t'intéresse.
Il avait désigné son bassin d'un signe de tête entendu, plus déterminé que jamais à piquer la Gryffondor là où cela faisait le plus mal. Heureusement pour elle, elle commençait à le connaître et plus longtemps elle ignorerait, mieux ce sera. Ses pièges se ressemblaient tous, destinés à la faire sombrer dans une fureur qu'il s'arrangeait à chaque fois pour la retourner contre elle. Elle s'était donc remise à se déshabiller de gestes lents, ses provocations lui rentrant par une oreille et sortant de l'autre.
- Ou peut-être celle de Weasmoche ? J'ai cru comprendre qu'il en pinçait pour toi.
Elle jeta son t-shirt dans le panier à linge, crispée.
- Non… fit-il après un moment. C'est le saint Potter que tu convoites.
Hermione se redressa, nue derrière le halo de brume qui la suivait partout. Sans réfléchir, elle poussa Malefoy qui croula dans la fosse dans une grande éclaboussure. Une horde de petits nuages mousseux voletèrent en tous sens, propageant davantage leur parfum entêtant autour d'eux. Après un moment, sa tête refit surface, à peine visible derrière les mèches humides qui collaient sur son visage. Il ramena sa touffe en arrière et elle put apercevoir le regard vengeur et la moue renfrognée de son ennemi. Sans y prêter plus d'attention, elle fit demi-tour et se dirigea vers une baignoire qu'elle se mit à remplir, très satisfaite d'elle-même. Le flux incessant du robinet emplit toute la salle et on n'entendit bientôt plus que le dégorgement de celui-ci. L'esprit ailleurs, Hermione jeta un œil à ses pieds, juste avant qu'une vague ne vienne érafler le carrelage en lui aspergeant les talons au passage. Elle leva le menton avec lenteur, fronçant les sourcils. Les évènements qui suivirent se déroulèrent si rapidement qu'elle ne comprit rien à ce qu'elle était en train de vivre. Le flot du robinet s'interrompit subitement et elle s'était retournée pour hurler à cet idiot de Malefoy qu'elle n'était pas d'humeur à jouer. Mais elle eut tout juste le temps de voir sa silhouette encore toute habillée et ruisselante la saisir par les épaules avant qu'elle ne se retrouve projetée à son tour dans la fosse.
En tombant, elle s'était accrochée au pan de vêtement le plus proche et entraîna Malefoy avec elle dans sa chute. Deux masses s'écroulèrent dans l'eau dans un clappement effroyable, éclaboussant les alentours sans aucune retenue. Sous l'eau, chacun se débattit comme il put. Hermione émergea la dernière, s'agrippant aux bords de la fosse en clignant des yeux.
- Granger.
- Quoi Malefoy ? bafouilla-t-elle férocement en crachant une flopée de mousse.
- Mes vêtements me collent.
Toussaillant à n'en plus respirer, la Gryffondor se tut enfin et le dévisagea comme jamais elle ne l'avait fait. Ses cheveux étaient complètement plaqués en arrière et de fines gouttes perlaient de ses cils. Il avait la bouche pâteuse et le nez qui coule, tel une enfant sortant du bain.
- Quoi ? beugla-t-elle à nouveau.
- Mes vêtements me collent et je sens chaque partie de mon corps.
Son regard se perdit dans le vide et Hermione finit par percuter.
- SORS DE L'EAU IMMÉDIATEMENT ! brailla-t-elle en s'extirpant elle-même du bassin.
Elle le hissa de tout son poids hors de la surface et le traînailla sans pitié par son col sur le sol glissant.
- Tu m'étrangles ! protesta Malefoy qui riait à n'en plus finir.
- FERME-LA !
À l'aveuglette, elle pointa sa baguette sur lui et le débarrassa de sa chemise avec tout ce qui pouvait lui donner une image de ses formes. Comment n'y avait-elle pas pensé plus tôt ! Cet imbécile avait probablement eu tout le temps de s'imaginer la précision de ses courbes, sans même parler de ses parties les plus secrètes. Elle était fichue.
- Je te tuerai un jour Drago Malefoy, déclara-t-elle d'une voix hachée lorsqu'elle eut fini.
Elle s'adossa à un pilier de marbre, essoufflée par tant d'efforts, le gratifiant de son regard le plus sinistre. Étalé par terre et se remettant à peine de ses émotions, Malefoy se redressa en se débarbouillant le visage.
- Je me languis de cette nouvelle.
- Je ne plaisante pas avec toi, s'obstina-t-elle sur un ton vexé.
- Regarde-toi Granger, tu es ridicule.
Il la jaugea avec pitié et elle se sentit liquéfier sur place de honte. Bien sûr qu'il avait raison, ses précautions se noyaient dans leur inutilité. Jusqu'à ce qu'ils mettent la main sur un antidote, elle serait forcée de continuer cette mascarade ; et pour être tout à fait franche avec elle-même, elle risquait fort de ne pas faire long feu. Si elle pensait pouvoir répéter l'opération tous les jours sans se fatiguer, elle se faisait de drôles d'idées. Mais il était d'un autre côté impensable qu'elle se puisse se contenter de croiser les bras et prétendre qu'elle ne voyait aucun problème à ce qu'il touche à sa bulle d'intimité. Et si elle ne pourrait pas le faire éternellement, il fallait bien qu'elle se protège de lui avant d'être obligée d'abandonner cette idée.
Hermione et Drago avait fini par sorti sains et saufs de leur bain dont l'eau avait commencé à refroidir et où toute la mousse avait disparue. La Gryffondor avait fâcheusement insisté pour savonner son propre corps toute seule, ignorant les commentaires sarcastiques de son otage soulignant l'absurdité de ses actes. Peu lui importait, il lui était impossible de retirer de sa tête l'insupportable idée que Malefoy puisse bafouiller sa pudeur et toucher ce qu'il avait à portée de main. Elle pourrait en vomir tant cela la répugnait et la terrifiait. Tout enveloppés dans leur peignoir aux couleurs de leur maison respectives, ils rassemblèrent leurs affaires silencieusement et se préparèrent à quitter les lieux.
- Oh.
Hermione désigna un plateau d'argent disposé à l'entrée, sur un énorme bloc de marbre faisant office de table. Des petits tabourets de pierre l'encerclaient et elle supposa que les elfes avaient dû flairer leur présence, et comme à leur habitude, été tenté de les traiter comme des rois. Une imposante soucoupe regorgeant de fruits en tout genre était placée au centre du plateau autour de deux coupes à demi remplies d'hydromel. Malefoy laissa échapper un long sifflement admiratif, accrochant sa serviette à son avant-bras et s'approchant de la table servie.
- Elles se sont surpassées ces vermines.
- Comment oses-tu ? s'indigna Hermione en lui assénant un coup sur l'épaule. Ces elfes se démènent pour t'offrir un service royal que tu ne mérites pas une seconde et tu viens les traiter impunément de « vermine » ? Ma parole, tu es décidément beaucoup trop ingrat.
Malefoy s'empara de son verre et fourra un raisin dans sa bouche.
- Comment ça « que je ne mérite pas » ? reprit-il. Contrairement à toi Granger, j'ai été toute ma vie servi par des elfes de maison et je ne pense pas devoir le mériter. C'est juste comme ça (il haussa ses épaules en signe d'impuissance).
- Pourri gâté, maugréa-t-elle en lui tournant le dos.
- Pardon ? fit-il aimablement.
- Rien, rien.
Elle fronça le nez et se servit à son tour, maudissant l'arbre généalogique des Malefoy dans sa barbe et le sale fils à papa qu'il avait toujours été. Alors qu'elle s'apprêtait à goûter à sa première goutte d'hydromel, ledit fils à papa l'en empêcha et saisit son poignet qu'il abaissa.
- Santé ?
Avant qu'elle ait eu le temps de protester, il trinqua et porta sa propre coupe à ses lèvres. Elle l'imita avec des gestes précautionneux, tout à coup murée dans un mutisme timide. Loin d'elle l'idée de lui révéler qu'en vérité elle ne buvait qu'occasionnellement, voire jamais.
- Seven years of bad sex if you don't look me in the eyes, Hermione.
Hermione faillit avaler sa gorgée de travers et le fixa derrière le verre de sa coupe. Son regard, mordoré et imperturbable, acheva de la pétrifier.
- Ah euh… fit-elle simplement, oui.
Ils demeurèrent ainsi à se toiser durant ce qu'il sembla à Hermione être une éternité, jusqu'à ce qu'il lui adresse un redoutable sourire en coin et qu'elle se sente obligée de briser le contact. Ses joues rosissant malgré elle, elle se détourna de lui et enfonça une poignée de raisins dans sa gorge. Lui et ses traditions débiles d'alcoolique… Pendant un instant, plus personne ne parla et Hermione continuait de siroter son hydromel qui lui brûlait l'œsophage, dissimulant ses grimaces écœurées comme elle le pouvait. Elle tendit bientôt son bras vers une figue fendue en deux, qui lui avait tout l'air d'être juteuse et sucrée. Ce serait son dernier fruit et puis ils s'en iraient dans leur chambre. Elle morcela la figue avec précaution, un jus rougeâtre dégoulinant de son cœur fondant et coulant avec lenteur sur les contours de sa paume. Sans plus attendre, elle croqua dans un morceau et se retourna vers Malefoy pour lui annoncer qu'ils pouvaient à présent prendre congé.
Tout se passa alors très vite. Malefoy écarquilla les yeux de ce qui lui apparut comme de la panique. Il reposa son verre qui s'ébrécha alors sur le marbre et saisit une Hermione dépassée par les évènements. Ses lèvres se posèrent sur les siennes dans la plus grande sauvagerie, et elle sentit avec horreur sa langue s'introduire au fond de sa bouche. Une vague d'épouvante s'empara d'elle lorsqu'elle réalisa que Malefoy l'écrasait presque et avant qu'elle ne puisse l'en empêcher, son cœur croula tout au fond de sa poitrine sous l'angoisse. Elle ne sut si cela avait été un effet de son imagination mais il lui sembla que sa gorge était en feu et sa respiration se coupa subitement. Ses yeux injectés s'entrouvrirent de douleur et ce qu'elle vit la pétrifia.
Hermione contempla sans comprendre le visage de Drago Malefoy qui lui faisait face et ses deux yeux d'un bleu azur qui la dévisageaient sans retenue. Elle y lut une confusion profonde, miroir des sentiments qui étaient en train de lui déchirer les entrailles. Ses lèvres toujours étroitement collées aux siennes, elle planta des ongles féroces dans la chair de Malefoy dont la masculinité confirma ses doutes les plus foudroyants. Elle laissa tomber sa coupe qui se pulvérisa par terre dans un fracas retentissant. À cet instant, le contact se brisa et Malefoy avait réussi à lui dérober son morceau de figue. La jeune femme porta la main à son cœur et se cramponna aux bords de la table, ses jambes se dérobant sous son poids. Elle avait l'impression que son être se scindait en deux et sa vue se brouilla sous le choc, inhibant pendant un très long moment ses capacités de réflexion.
Lorsqu'elle rouvrit les yeux, son regard se perdit dans les débris de verre qui jonchaient le sol et qu'elle ne distinguait que très vaguement. Elle leva devant son visage deux mains blanches piquetés de poils blonds qu'elle tourna et retourna sans fin.
- Non… murmura-t-elle pour même. Non !
Elle chercha Malefoy du regard mais ne vit que le portrait entrebâillé de la Salle de bain des Préfets et quelques gouttes de sang qui maculaient le trajet du retour. De gestes tremblants, Hermione écarta les pans de son peignoir et fourragea ses doigts à l'intérieur. Sur ses hanches, les traces encore fraîches et douloureuses de quatre ongles entaillaient sa chair. Elle n'avait pas rêvé : Malefoy et elle avait bel et bien, et à nouveau échangé de corps, le temps d'une demi-seconde.
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2
le dessous des cartes
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Hermione arpentait le couloir des appartements des préfets, le cœur battant à tout rompre. Elle avait longtemps hésité à croquer dans le reste de sa figue, dans l'espoir fou que cela lui rende son corps de miss-je-sais-tout. Après tout peut-être que Malefoy était l'enflure derrière cette malédiction et il l'avait tout bêtement empêché d'avaler le fruit de peur qu'elle ne se rende compte de la supercherie. Mais le scénario était beaucoup trop absurde pour ne serait-ce que frôler la réalité et elle n'allait pas s'en cacher. Pour l'heure, il avait paru aussi retourné qu'elle lorsque cela s'était passé. Bouleversée, elle avait fini par abandonner l'idée saugrenue qu'un antidote puisse se cacher dans une figue apportée par les elfes eux-mêmes et s'était contentée de faire demi-tour. Une partie de son esprit avait suggéré que leur « baiser » ait tout autant pu être la cause de ce retour à la normale, mais pouvait-elle réellement qualifier ce qu'elle avait vécu comme étant un innocent baiser ? Elle n'en savait rien. Elle rasait à présent les murs, guidée par les quelques traces de sang que Malefoy avait laissé derrière lui. Bientôt, elle fut arrivée devant la chambre de celui-ci dont la porte était restée entrouverte.
- Malefoy ? héla-t-elle en franchissant lentement l'entrée.
Le concerné ne répondit pas et elle l'aperçut assis en tailleur sur son lit où il paraissait en plein milieu de quelque chose, lui tournant le dos. Elle n'avait encore aucune idée de ce qu'elle allait lui dire mais elle s'approcha tout de même, hésitante. Serrant une serviette tout contre elle, elle mit un pas devant l'autre et se pencha sur lui avec précaution. Il portait encore son peignoir et saisissait sa cheville contre lui, sa baguette à la main ; son talon ruisselait de sang. Hermione étouffa une exclamation de surprise et se précipita sur lui.
- Attends, je vais t'aider ! bégaya-t-elle.
Dans la précipitation, elle balaya quelque chose de son pied qui surgit alors de dessous le lit. Il s'agissait d'une étrange seringue, toute petite, et dont le piston était tout à fait enfoncé. Elle examina l'objet du regard, parfaitement immobile, son cerveau tentant de décoder la signification de sa présence ici et maintenant.
- Malefoy… répéta-t-elle d'une petite voix.
- J'ai des allergies Granger, finit-il par lâcher sans même la regarder. Si c'est ce que tu te demandais, tu as ta réponse.
Il recommença à soigner sa blessure qui avait commencé à se refermer sous les filaments lumineux de sa baguette. Hermione plaqua ses paumes devant son visage dans une expression de choc, chaque pièce manquante du puzzle s'assemblant dans son esprit. Malefoy était intolérant aux figues… C'était pour cela qu'il l'avait si soudainement embrassée ! Il avait essayé d'avaler le morceau de fruit à sa place, lui évitant ainsi une réaction allergique qui lui aurait sans doute coûté la vie. Elle se remémora la sensation de brûlure et l'asphyxie qui lui avait prises la gorge et elle caressa instinctivement son cou, déstabilisée.
- Malefoy je suis vraiment désolée, je ne savais pas…
- Pourquoi tu t'excuses ? demanda-t-il nonchalamment. Ce n'est pas moi qui ai risqué d'étouffer, c'est toi.
Il n'avait pas tort. Il aurait même fallu le remercier plutôt que lui présenter ces plates excuses. Mais alors pourquoi avait-il dû se piquer lui-même cette injection, au point d'avoir dû courir et se blesser en chemin ? C'était bien la preuve qu'ils avaient regagné leur corps pendant l'accident. Elle n'avait pas rêvé, elle en était sûre…
- Mais pourquoi…
- Granger je t'en prie, coupa abruptement Malefoy avec un geste sec de la main. C'est fini les questions, le sujet est clos.
Hermione mordilla sa lèvre inférieure, bouillonnante de nervosité. Elle avait l'impression que sa vilaine curiosité venait d'être mise en cage et en secouait les barreaux d'impatience. De toute évidence, il n'était pas disposé à parler de ce qui s'était passé et c'était tant pis pour lui. Elle allait le découvrir toute seule, comme d'habitude. Sans un mot, elle battit en retraite, passant devant son bureau dont un tiroir était resté grand ouvert. Probablement l'endroit où il gardait ses seringues. Malefoy l'avait suivie des yeux, silencieux, avant de se concentrer à nouveau sur son talon. Mais il la vit bientôt revenir, les bras chargés de vêtements et ce qu'il devina être une trousse de secours. Cette Granger, décidément…
- Ça veut jouer à l'infirmière maintenant ? ricana-t-il tandis qu'elle prenait place par terre. C'est trop tard Grangy, j'ai déjà tout réglé.
Il montra la plante de son pied dont l'entaille avait été grossièrement cousue. Hermione lui jeta sa tenue et ouvrit sa petite valise rouge et blanche comme si elle n'avait rien entendu. Malefoy esquissa une grimace lorsqu'elle saisit sa cheville et amorça un geste de recul.
- Pas touche ! insista-t-elle en lui flanquant une tape sur le pied. Rien ne vaut les bons soins d'une compresse. Et puis regarde, tu n'as fait que refermer la plaie, il faut la désinfecter et panser le tout.
- Je peux me débrouiller, grinça son patient qui parut mal à l'aise.
- Arrête de gigoter ! dit-elle avec un nouveau coup. Et puis c'est mon pied d'abord, alors reste tranquille et laisse-moi faire.
Sur ces mots, elle s'empara d'une poignée de patchs moldus qu'elle balança entre ses jambes puis entreprit de déchirer l'un d'eux avec ses dents. Effaré,
Malefoy attrapa son genou.
- Tu comptes m'opérer là ? Pourquoi tu as besoin de tout ça ?
- Tiens-toi tranquille, répéta posément l'apprentie infirmière.
Il garda une expression semi dégoûtée-indifférente alors qu'elle tamponnait sa peau d'un coton imbibé d'alcool mais ne prononça plus un mot. Hermione vit plus qu'elle ne sentit sa concentration s'envoler, à peine le processus fut-il entamé. La tête ailleurs, elle laissa son esprit divaguer, repassant la même scène en boucle jusqu'à lui donner la nausée ; celle d'un regard azur qu'elle connaissait par cœur et de fines mèches blondes, humides, frôlant son propre nez et celui de Malefoy. Rien que ça. Une boule se forma grossièrement en travers de sa gorge et elle retint à temps un flot incontrôlé de pleurs.
- Doucement Granger.
Le ton de reproche alerta son attention et elle émergea soudain de sa rêverie. Elle se rendit compte qu'elle était en train de frotter son talon avec une telle ardeur que celui-ci s'était presque embrasé.
- Pardon ! fit-elle d'une voix précipitée. J'étais ailleurs.
- Je vois bien, soupira Drago en ramenant sa cheville vers lui. Écoute merci, mais je crois que je vais finir ça moi-même.
Hermione le regarda faire, impuissante. Elle ouvrit la bouche lorsqu'il retira le bandage de ses mains mais aucun son n'en sortit. Une larme coula tout à coup de son nez et elle s'empressa de détourner le regard, honteuse. Quelle idiote elle faisait… Elle se leva, essuyant d'un geste vif ses yeux humides. Le simple fait que Malefoy agisse comme si rien de tout ce qui s'était passé ne s'était passé la mettait dans tous ses états, et elle ignorait si elle se sentait capable ou non de garder le silence pendant très longtemps. Éperdue, elle fit les cent pas dans la chambre en se massant les tempes et pesant le pour et le contre. Cela valait-il vraiment le coup d'en discuter avec Drago qui donnait l'air de ne pas avoir traversé la même chose qu'elle ? Allait-elle perdre en crédibilité face à lui ? Il s'était comporté comme un tyran avec elle jusque-là, qu'est-ce qui lui garantissait donc qu'il était prêt à coopérer ? Rien n'était moins sûr avec lui. Sans compter le fait que considérer cette théorie signifiait également pour eux de répéter l'opération, et elle ne pensait pas survivre à un nouveau baiser de Malefoy, fut-il justifié ou non. Elle l'observa du coin de l'œil, fixant d'un regard vide ses gestes lents et sa crinière brune encore humide.
Sans réfléchir, Hermione regagna la table de chevet près de son lit, prête à lui déballer son sac. Mais son esprit se vida tout à un coup, alors que la manche de Malefoy dévoilait un avant-bras qui aurait dû être vierge. À la place, un tatouage noirâtre qu'elle ne connaissait que trop bien s'étalait sur toute la surface de sa chair et elle sentit son cœur s'écraser de terreur.
- Malefoy, murmura-t-elle en s'avançant prudemment, une main sur la poitrine. C'est quoi ça ?
- Quoi ?
Il leva la tête et tomba nez à nez avec Hermione, dont les yeux étaient à la veille de sortir de leurs orbites. Son visage pâlit le temps d'une seconde puis, comme s'il n'avait pas le temps de paniquer, l'indifférence brossa à nouveau son portrait.
- Un tatouage, répliqua-t-il en haussant les épaules.
- Quelle sorte de tatouage ? s'écria-t-elle en retour, mais tout en étant parfaitement au courant de la réponse.
- Celui d'un castor, pour te faire hommage ! voulut plaisanter Malefoy de son habituel ton sarcastique.
Hermione se sentit défaillir. Elle empoigna le col de son peignoir, tremblant de tous ses membres.
- Tu vas m'expliquer maintenant ce que fait cette chose sur mon bras, ou alors je t'étripe sur-le-champ.
- La Marque des Ténèbres est une démarcation de l'âme, Granger, et pas seulement du corps.
Il avait prononcé cette phrase entre ses dents, sans la quitter des yeux, et un léger tic vint agiter son nez. Le moins que l'on puisse dire, c'était que cela ne l'enchantait pas plus qu'elle-même. Avant qu'elle ne puisse s'y préparer, Hermione fut projetée en arrière par la pointe d'une baguette magique et elle s'écrasa sur le mur le plus proche. Elle se redressa sans prendre le temps de souffrir de sa chute, happant son bout de bois qu'elle brandit devant elle.
- À quoi tu joues, Malefoy ? questionna-t-elle d'une voix saccadée. Qu'est-ce que tu me veux, hein ? Alors c'est ça ton nouveau plan, me faire passer pour une Mangemort et ruiner ma vie au-delà de ma réputation ? C'est à ça que tu joues ? Est-ce que tu as ne serait-ce qu'une idée du danger que tu fais peser au-dessus de ma tête ?
Son interlocuteur demeura muet, presque ennuyé de la situation.
- Tu sais quoi ? continua Hermione qui plissait les paupières. Parfois tu me donnes vraiment l'impression que c'est toi qui a nous amené dans ce bordel sans fin. Cet air toujours blasé, dédaigneux, stoïque, je mettrai ma main à couper qu'il n'est rien de moins que le fruit de ta culpabilité dans cette histoire.
Malefoy s'approcha dangereusement, sa baguette tout autant tendue devant lui. Son poignet effectua un moulinet sec vers le haut, en parfaite harmonie avec la danse de ses lèvres. La Gryffondor n'entendit pas la formule du sort mais se retrouva plaquée au même mur sur lequel elle s'était écrasée un peu plus tôt, tandis que des lézardes se mirent à longer la surface touchée. Son corps s'éleva progressivement dans les airs, son dos rasant la pierre au gré des mouvements de sa baguette. Son cœur se compressa douloureusement dans sa poitrine, et sans les voir, elle arrivait à sentir la puissance de deux mains qui enserraient son cou à chaque fois un peu plus fort.
- Peut-être que de cette façon tu consentiras enfin à m'écouter, fit alors Malefoy qui s'avançait vers elle.
Elle ne parvenait à distinguer que les contours flous de son visage mais cela suffit pour lui retourner l'estomac. Sa baguette lui tomba des mains et elle se mit à griffer son cou, le désespoir et la douleur lui coupant le souffle.
- Ce sera la dernière fois que je me justifie auprès de toi, Granger, dit-il d'un ton sans pitié. Je ne suis responsable en rien de ce qui t'arrive ni même du fait que tu sois en train d'étouffer parce que crois-moi que tu l'as bien cherché. Je n'y suis pour rien non plus s'il se trouve que tu as une queue entre les jambes et que la Marque des Ténèbres ait trouvé le moyen de se déplacer de mon bras au tien.
Hermione laissa échapper des grognements de supplication, ses pieds nus se balançant dans le vide dans une cabriole effrénée.
- Il se trouverait en revanche que j'ai réussi à dissimuler ce tatouage depuis un certain moment, et si tu as réalisé son existence seulement maintenant c'est bien la preuve que je n'ai besoin ni de toi ni de tes leçons de morale.
Alors que sa vue se troublait derrière ses yeux retournés et que les paroles de Malefoy ne devenaient plus qu'un brouillage sourd, trois coups tapèrent à la porte de la chambre. Malefoy tourna vivement la tête, ses sourcils se fronçant instantanément. La jeune femme voulut crier à l'aide à quelle que soit la personne qui se trouvait derrière ces murs mais aucun son ne sortit de sa bouche et à la place, une coulée de salive perla au coin de ses lèvres. Elle vivait son dernier jour, elle le savait. Malefoy continuait de fixer la porte de ses yeux de glace, l'air de réfléchir à toute vitesse. Au tout dernier moment, il agita sa baguette d'un geste sec de la main et le corps inerte d'Hermione tomba lourdement au sol. Son visage s'affaissa sur ses épaules, inexpressif. Elle s'était évanouie.
Malefoy eut tout juste le temps de lui jeter un rapide sortilège de Désillusion avant que la porte ne s'ouvre à la volée. La tête d'Ernie passa à travers son encadrement, soucieuse.
- Qu'est-ce qui se trame là-dedans ? Malefoy est-ce que tu pourrais faire moins de bruit je suis…
Comme s'il venait de percuter, il contempla Drago sans comprendre et celui-ci mit un certain temps à se rappeler qu'il avait à présent l'apparence de son homologue féminin.
- Hermione ? demanda enfin Macmillan après un long silence contrit. Qu'est-ce que tu fais ici ?
- Oh ! Je déplaçais les meubles, lâcha Drago sur un ton qu'il espérait nonchalant.
Il désigna le gros buffet qui se trouvait en face de lui, son cœur tambourinant dans sa poitrine. Si ce faible d'esprit réfléchissait trop, il allait rencontrer de gros ennuis.
- Dans la chambre de Malefoy ? répondit Ernie avec un haussement de sourcils surpris.
Merde.
- Oui… hésita-t-il avec une grimace.
- Et dans son peignoir ?
Drago baissa les yeux sur son peignoir vert et argent et retint un juron. Ils n'avaient pas fait attention à ce détail, mais il était trop tard pour reculer. Il esquissa un sourire timide, de ceux dont Hermione avait l'habitude, et se dirigea vers la porte les bras tendus.
- Oui, répéta-t-il dans un souffle amusé, poussant Ernie au dehors. En fait je suis en pleine préparation d'une vengeance. C'est entre lui et moi, tu vois ?
Ernie trébucha sur ses propres pieds, soudainement très intéressé par un plan vendetta opposant les deux plus grands ennemis de Poudlard. Il avait même l'air illuminé par cette nouvelle.
- C'est vrai, ça ? On compte sur toi Hermione ! Fais-lui payer jusqu'à la dernière Mornille !
- Sans faute, marmonna Malefoy entre ses dents.
- Mets-lui un coup de ma part.
- C'est ça.
Il le bouscula à l'extérieur et attrapa la poignée de la porte qu'il ferma à clé après un dernier sourire forcé. Sans prendre le temps de vérifier si le préfet s'était éclipsé, il se précipita près du buffet et leva le sortilège de Désillusion de gestes frémissants. Le silence était tel qu'il n'avait plus à ses oreilles que le sifflement de sa propre respiration affolée et peut-être, les battements de son cœur qui se faisaient plus courts et plus douloureux. Il se pencha sur le corps immobile d'Hermione à la recherche du moindre pouls qui pourrait le rassurer ; après une minute de calme mortel, un cognement lui parvint enfin.
- Je suis désolée Hermione, chuchota-t-il en attrapant son visage.
Ses paupières closes étaient constellées d'infimes veines bleuâtres, diffuses, qu'il observa en se maudissant de tous les noms. Comme un incapable, il ne s'était pas rendu compte que le sortilège n'avait cessé de s'intensifier tandis qu'il regardait ailleurs, et voilà qu'il se retrouvait seul à seul avec ses regrets.
- Excuse-moi, répéta-t-il en se tapotant le front du plat de la main, tu aurais du mal à le croire mais je t'assure que ce n'est pas du tout ce à quoi tu penses. Je te l'accorde je suis allé beaucoup trop loin cette fois-ci…
Il attrapa sa main qui pendait dans le vide et la serra de toutes ses forces, un soupir dépité s'échappant de ses poumons. Sa baguette glissa sur le parquet en clinquant, roulant loin de lui. Sur son bras, le sombre tatouage serpentait langoureusement entre ses veines, teinté d'un rouge ténébreux qu'il haïssait.
- Elle ne me le pardonnera jamais… murmura-t-il pour lui-même.
Un silence monstrueux lui répondit et il continua de caresser le creux de sa paume, comme si cela pouvait la faire revenir. Après de longues minutes de réflexion, Malefoy se décida enfin et s'accroupit devant le corps inanimé de son double auquel il jeta un sortilège d'apesanteur. Il la hissa sur ses épaulesnues avant de la déposer sur le matelas, procédant avec toute la délicatesse dont il était capable. La valise de secours était encore étalée par terre, autour de tous les pansements et flacons qu'elle contenait auparavant et qui avaient été éparpillés sous le lit. Il entreprit de les ramasser et les jeta à nouveau au fond de la trousse qu'il referma et plaça sur son chevet.
Hermione respirait lentement. Son cou portait encore les traces d'un sort qui avait failli lui ôter la vie, des lézardes rougeâtres semblables à une branche ramifiée qui n'était pas sans rappeler celles de la foudre. Il n'allait pas lui laisser la chance de s'alarmer, cela était évident. Malefoy tira sa baguette et effaça cette infâme cicatrice qu'il espérait ne plus jamais revoir. Elle s'estompa peu à peu derrière la blancheur de sa chair, à la manière d'un éclair disparaissant lentement dans la nuit noire.
- Je suis désolée Hermione, dit-il à nouveau.
Il pointa son bout de bois sur son front, pâle, parsemé de mèches dorées.
- Oubliettes.
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Hermione ouvrit les yeux. Son premier réflexe, en se réveillant, fut de porter une main à son cou, qu'elle se mit à masser de doigts frémissants. Elle en ignorait la cause, mais il lui sembla qu'elle avait manqué d'oxygène, probablement dans son sommeil, et elle aspira l'air à grandes bouffées. Une perle de sueur coula son front tandis qu'elle se redressait sur un lit qui n'était pas le sien. Elle était toujours dans la chambre de Malefoy – absent – et la dernière chose dont elle se rappelait avant de s'être assoupie s'avérait être le talon sanguinolent de ce dernier qu'elle avait proposé de soigner. Elle se souvenait qu'il avait fini par refuser son aide, elle avait même songé à lui faire part de ses conjectures concernant ce qui s'était passé à la Salle de bain des Préfets et puis… elle avait oublié le reste. À quel moment donc s'était-elle laissée aller à la fatigue ?
- Ah, tu es réveillée.
La silhouette de son homologue se dessina à l'encadrement de la porte et il entra en fermant celle-ci derrière lui. Il était vêtu de la nouvelle tenue qu'elle avait apportée plus tôt et elle eut l'impression qu'il avait même tenté de se coiffer. Sa crinière brune, crépitante, luxuriante, retombait en folles boucles sur ses épaules. Bien sûr, elle mourrait d'envie de reprendre ce débat infini d'atteinte à son intimité mais elle ne pouvait plus s'en cacher : cela devenait ridicule à souhait et elle n'allait jamais pouvoir le surveiller toute la sainte journée. Il ne restait plus qu'à espérer qu'il tienne à sa parole et si ce n'était pas le cas, elle se ferait un plaisir de lui effacer tous ses précieux souvenirs.
- Malefoy… marmotta-t-elle alors en frottant son crâne étrangement endolori. Pourquoi tu ne m'as pas réveillée ? Et puis pourquoi ai-je dormi en plein milieu de la journée ?
Elle était encore dans son peignoir rouge et or et ses cheveux à elle avait à peine eu le temps de sécher sur l'oreiller où sa tête avait laissé une crevasse. Malefoy lui lança des vêtements propres, qu'elle attrapa à la volée.
- Tu n'as pas dormi longtemps, informa-t-il en mettant un peu d'ordre dans sa chambre. Je t'avais laissée ici le temps d'aller chercher mon linge à la buanderie et je pense que tu as bu le reste de mon eau qui traînait sur mon chevet.
Il désigna un verre vide et un flacon de potion, semblable à ceux de Rogue, déposés à l'endroit indiqué, puis fit la grimace. Hermione se gratta la tempe, tentant d'assembler les pièces du puzzle dans sa tête.
- Il y avait un fond de somnifère à l'intérieur. Pas assez pourtant pour t'assommer jusqu'au lendemain, à ce que j'en déduis.
Elle le vit esquisser un sourire narquois avant qu'il ne retourne à ses affaires. C'était bizarre comme situation, mais avait-elle eu le loisir de vivre quelque chose de normal depuis ? Tout juste. Elle ne voyait pas pour quelle raison il lui mentirait ; ils ne s'étaient pas disputés, d'après ses souvenirs. Elle posa ses deux pieds par terre.
- Tu aurais pu m'en empêcher, grommela-t-elle. Je n'avais pas envie de dormir. Et pourquoi tu prends des somnifères d'abord ?
- Crois-moi, j'ai ralenti la diffusion de la potion dans ton sang autant que possible, renchérit-il. Autrement, tu aurais sûrement roupillé jusqu'à la nuit tombée.
Au dehors, la neige avait cessé de tomber et il faisait déjà très sombre. Le soleil prenant congé plus tôt pendant l'hiver, le soir ne tarderait pas à arriver et elle avait déjà hâte d'être au lendemain. Cette journée n'en finissait pas.
- Pourquoi tu prends des somnifères du coup ? questionna à nouveau Hermione comme si elle n'avait rien entendu.
Elle saisit ses vêtements qu'elle analysa du regard. Chemise immaculée, un pantalon à pince aussi noir que l'âme de son propriétaire et un pull en laine de la même couleur dont les manches manquaient. Typique Malefoy.
- Je ne suis pas sûr que cela te regarde, répondit enfin ce dernier.
- Si j'étais toi, je n'en prendrais pas, dit-elle en haussant les épaules.
- Et pourquoi pas, miss-je-sais-tout ?
- Je ne sais pas. Ça m'a donné des cauchemars, je crois.
Elle lissait les draps du lit du plat de sa main en fronçant les sourcils, l'air d'essayer de se rappeler de quelque chose. Malefoy lui tourna le dos, croisa ses bras avec lenteur et se posta à la fenêtre. Elle vit son reflet inexpressif se dessiner sur la vitre, et alors qu'elle s'attendait à ce qu'il se moque d'elle, tout comme à son habitude, il parut étrangement soucieux et se contenta de tirer sur la manche de son pull en disant :
- Voyez-vous cela.
Hermione avait en tête quelques souvenirs confus qu'elle ne parvenait pas à coordonner entre eux et quelques bribes de conversation inaudibles. Comme à son réveil, elle se remit à caresser son cou d'un geste machinal et inspira longuement. Elle continua de réfléchir à son rêve jusqu'à ce qu'une douleur aigue ne finisse par lui transpercer le crâne.
- Il ne vaut mieux pas que j'essaie de m'en rappeler, conclut-elle en plissant ses paupières de douleur.
- Les cauchemars n'existent pas pour que l'on s'en souvienne, ajouta Malefoy d'un air docte. Je te laisse t'habiller.
Après un dernier sourire entendu, il quitta la pièce et referma la porte sans un mot de plus. Le soudain silence la frappa de plein fouet. Hermione resta assise pendant un moment, serrant dans son poing son pull, papillonnant des yeux devant le vide qui s'offrait à elle.
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Hermione passa sa tête par l'entrebâillement de la porte, comme un animal curieux. Le couloir s'étendait devant elle, désert. La voie était libre. Elle mit un pied dehors et prit le temps de fermer la porte derrière elle dans le calme le plus minutieux. Sur la pointe de ses chaussures, elle détala dans l'allée, dépassant l'entrée de leur Salle Commune presque en courant. Si ses oreilles ne lui faisaient pas défaut, il lui avait semblé que Malefoy y était et probablement, en train de l'attendre. Avec un peu de chance, elle réussirait à le semer et passer la soirée sans qu'il ne lui traîne entre les pattes. Dans la sacoche qu'elle lui avait piquée, elle y avait fourré le papier de Dumbledore et elle se ruait à présent dans sa propre chambre afin d'y dénicher quelques bouquins qu'elle ajouterait à ses bagages. Elle entra en trombe mais dans un silence de mort qu'elle parvenait encore à maîtriser. Son lit avait été fait et tout paraissait un peu plus propre que d'habitude. Le petit mot de Malefoy et la pomme qu'il avait laissée il y avait de cela quelques jours déjà étaient encore sur son chevet qu'elle n'avait pas touché depuis. Ses appartements lui manquaient terriblement et avec une pointe de nostalgie, elle se demanda si elle aurait bientôt l'occasion de retrouver une vie normale à se chamailler avec Drago pour des broutilles.
Sans perdre plus de temps, elle attrapa ses affaires et les balança au fond de son sac avant de prendre à nouveau la fuite. Elle dévala les escaliers, sa sacoche se ballotant sur son épaule. Elle sauta les deux dernières marches, ignorant les tambourinements de son cœur et son souffle qui se faisait court. Jusque-là elle s'était bien débrouillée. Elle se mit à courir.
- Pourquoi tu cours, Granger ? héla une voix qu'elle ne connaissait que trop bien.
Encore ce monstre, bien sûr. Hermione s'immobilisa, essoufflée, les yeux au ciel.
- La paix ! s'exclama-t-elle en levant ses bras devant elle.
- Où allais-tu ? demanda Malefoy qui s'approchait. Ouh… sympa la sacoche Grangy. Elle te va bien.
Tandis qu'elle resserrait contre elle la sangle de son sac dans une expression dégoûtée, il la jaugea de la tête au pied avec un sourire en coin.
- Suis-je bête… corrigea-t-il en se tapotant la tempe. Elle me va bien.
Hermione pinça les lèvres, se demandant si elle devait rire ou pleurer. Dans les deux cas, ses nerfs seraient les seuls en faute. Elle était réellement à bout.
- Hilarant Malefoy, dit-elle d'un ton agacé. Qu'est-ce que tu me veux cette fois ?
- Je m'ennuyais, expliqua le concerné avec un haussement d'épaule. Et puis, petite piqûre de rappel : il est fort dangereux pour nous d'entreprendre quoi que ce soit sans prévenir l'autre, je pensais te l'avoir répété suffisamment de fois mais il faut croire que ça n'a pas l'air de rentrer dans ton crâne.
- Ça suffit deux minutes ! s'énerva-t-elle tout d'un coup en tapant du pied. Au cas où tu l'oublierais, je n'ai pas quatre ans et je sais me débrouiller toute seule. Je n'ai pas besoin de toi !
- C'est pour cette raison que tu as faillis foutre nos vies en l'air plus d'une fois, répliqua sarcastiquement Malefoy en faisant référence à ses nombreuses gaffes. Tu penses que ça m'amuse peut-être, de te suivre partout ? Concentre-toi Granger, tu es juste en train de nous faire perdre notre temps, comme d'habitude.
Hermione entrouvrit la bouche et fronça les sourcils, indignée.
- Non t'as raison, fit-elle sur un ton tout aussi ironique, c'est moi qui suis de si détestable compagnie que je préfère t'en épargner les frais. Si tu arrêtais simplement de te comporter comme une vipère, peut-être bien que j'allais daigner apprécier ta présence. Sans parler du fait que tu as commencé à m'espionner bien avant que tout cela n'arrive, ajouta-t-elle en se remettant en marche.
Malefoy se massa le front, las. Elle avait un point.
- Le contexte était différent, se justifia-t-il en perdant patience. Et puis j'avais mes raisons, crois-moi.
- Tu m'en diras tant.
Elle continua de parcourir les marches du dernier escalier qui les séparaient du château, balançant sa tête à droite et à gauche en cas d'éventuels élèves rôdeurs. D'un geste vif, elle soupira et remonta la bandoulière de sa sacoche sur son épaule.
- De toute manière, dit-elle pour marquer la fin de la discussion, je me rends à la bibliothèque pour étudier le morceau de parchemin que Dumbledore m'a confié. À part pour cracher sur le directeur de l'école et discréditer son aide, je ne vois pas tellement à quoi d'autre tu pourrais m'être utile.
- Je suis fatiguée d'avoir cette conversation avec toi, insista Malefoy qui la suivait déjà. Laisse-moi t'accompagner Hermione, je n'ai rien de mieux à faire dans tous les cas.
Hermione pivota sur ses talons. Elle ne savait pas si elle avait rêvé mais elle aurait juré avoir décelé un brin de sincérité dans ces paroles. Le regard de Drago n'exprimait rien d'autre que de la bonne foi et elle en fut ébranlée pendant une longue poignée de secondes. Elle avait toujours su qu'il n'était pas si mauvais dans le fond ; plus les jours passaient et mieux elle arrivait à percer cette carapace en apparence indomptable. Comme il le disait si bien, Malefoy avait ses raisons. Et s'il y avait quelque chose dont elle était sûre, c'était qu'il agissait sous l'influence de quelque chose de plus fort que lui ; elle n'avait plus de doutes là-dessus. Restait à trouver quoi et pourquoi. Pour la première fois depuis longtemps, Hermione lui adressa un sourire faible, mais franc. À sa grande surprise, Malefoy le lui rendit et dévala les dernières marches pour la rejoindre. Sans un mot, ils se mirent en route, côte à côte, et quelques minutes s'écoulèrent avant qu'ils ne s'interrompent à nouveau.
- J'en peux plus ! fit une voix à l'autre bout du couloir. Le Quidditch en hiver c'est quelque chose.
Hermione ouvrit des yeux ronds. Elle agrippa Drago et sa bandoulière contre elle avant de leur faire faire demi-tour sans aucun préambule. Son complice trébucha sur ses propres pas mais elle continua de l'attirer à un angle de mur et plaqua son dos contre celui-ci, la respiration sifflante.
- C'est Ron ! chuchota-t-elle férocement.
- Non sans blague ! rétorqua Malefoy sur le même ton.
Ils se fixèrent d'un regard vide, tous deux concentrés sur la conversation qui se poursuivait au loin.
- Un peu, avoua la voix enjouée de Harry. Il n'y a plus qu'à espérer que ces froussard de serpents craignent assez le froid pour se passer de leur entraînements et on est bon pour la Coupe cette année.
Hermione garda ses yeux rivés sur Malefoy qui affichait une mine désabusée et haussait ses sourcils. Elle mordit discrètement sa lèvre ; mauvais endroit, mauvais moment, comme d'habitude.
- S'ils nous voient ensemble, on est mort, dit-elle dans un souffle.
- Je ne te le fais pas dire.
Le temps d'une demi-seconde, Hermione retrouva cette étrange impression de pouvoir lire au-delà même de ses pensées les plus impénétrables, et vice-versa. Toutes ces heures passées ensemble avaient fait d'eux une seule âme, aux idées et à l'obsession communes : tromper autrui. Et ce n'était que lors de ces moments-là qu'ils daignaient mettre leur haine de côté, au bénéfice de leur propre survie. Malefoy planta un dernier regard entendu au fond de ses yeux gris, comme s'il y faisait germer la première graine de leur amitié. Puis il se retourna et disparut. Hermione tapota le haut de son crâne sans se poser de questions, frissonnant au contact du Sortilège de Désillusion qui se déversa sur elle comme un seau d'eau glacée. Elle s'avança sur la pointe des pieds et talonna Malefoy qui allait à la rencontre de ses faux meilleurs amis.
- Sans faute, disait Ron, et j'en profiterai pour mettre une raclée à cet abruti de Malefoy. Il ne perd rien pour attendre.
Elle se donna une tape silencieuse sur le front. Au loin, elle les voyait arriver vêtus de leurs tenues de Quidditch, leurs balais sur l'épaule. Et ce ne fut qu'à cet instant qu'elle réalisa à quel point ces garçons lui manquaient. Des frères de cœur qu'elle n'échangerait pour rien au monde.
- Tiens Mione, c'est toi ! s'écria soudain Harry. On te cherchait justement !
Malefoy venait d'arriver et il sembla les saluer d'un sourire joyeux. Il avait dû y mettre du cœur car cela rassura les deux Gryffondor, et le Survivant ne paraissait se souvenir d'aucun incident au sujet de sa visite à l'infirmerie.
- Tu as l'air en pleine forme, constata-t-il. Ça fait plaisir à voir.
- Pourquoi ne le serai-je pas ? fit Drago avec un léger rictus.
- Oh tu as tout plein de raisons, assura Harry en l'étudiant par-dessus ses lunettes. Où vas-tu à cette heure-ci ?
Hermione pria Merlin pour qu'il ne dévoile pas leurs réelles intentions mais elle se donna un nouveau coup sur la tête en entendant sa nouvelle réponse.
- À la bibliothèque, réviser quelques parchemins.
- Parfait ! rugit Ron qui se frotta les mains. Tu vas m'aider pour le devoir de Rogue, je n'ai pas écrit un traître mot de sa fichue dissert'. Tu m'attends ici ? D'ailleurs où sont tes affaires ?
Malefoy plaqua sa paume sur son front, les yeux fermés dans une mimique impeccable de maladresse.
- Ah non mince ! s'exclama-t-il. Je les ai laissées là-bas mais je viens de me rappeler que le professeur McGonagall m'a demandée à son bureau pour les nouvelles instructions des vacances de Noël et je ne suis toujours pas allée la voir. Désolée…
Dissimulée derrière son angle de mur, la jeune femme ne put retenir un long soupir de soulagement. C'était moins une.
- Ils vous exploitent, commenta Harry d'un ton rageur. J'ai comme l'impression que tu n'as pas une minute pour toi depuis que tu es préfète. Je suis franchement soulagé de ne pas avoir été sélectionné pour ce poste !
- Oh, de toute façon tu aurais été beaucoup trop occupé à cracher sur les Serpentard pour pouvoir te concentrer sur tes responsabilités.
Hermione étouffa une exclamation scandalisée ; évidemment qu'il allait trouver le moyen de glisser un commentaire désobligeant, cette ordure ! Elle pointa sa baguette sur lui et envoya une légère décharge électrique, l'air de lui rappeler qu'elle était là et qu'elle entendait tout.
- Comment ça ? demanda Ron, indigné.
Elle vit Malefoy frissonner au contact du sortilège et se racler la gorge.
- Simplement que vous perdez beaucoup de votre temps à les haïr au lieu de les ignorer et vous concentrer sur vous-mêmes.
Pas faux, pour le coup. Elle aurait été capable de caler cette réplique ; ça lui faisait un point. Heureusement, Ron et Harry paraissaient aussi de cet avis car ils n'insistèrent pas et elle les entendit lâcher un soupir lassé.
- C'est ça Mione, marmonna le rouquin dans sa barbe. Écoute on va te laisser pour ce soir, mais n'oublie pas de venir nous voir demain à la Salle Commune.
- Oui, confirma Harry avec un hochement de tête. Si tu me laisses en plan Hermione tu vas le regretter. N'oublie pas, répéta-t-il.
Il fixa Malefoy intensément, comme s'il essayait de lui faire comprendre un message codé. Hermione savait de quoi il s'agissait – une discussion au sujet de Dumbledore et des Horcruxes qu'ils avaient planifié quelques jours plus tôt – et elle conjura le ciel pour que son ami en reste là. Le Serpentard était-il capable d'entrer dans son cercle privé pour y recueillir des informations ? Après tout, il avait totalement conscience qu'Hermione, de son côté, avait déjà songé à infiltré le nid de serpents dans l'espoir d'y détecter la moindre faille, le plus petit secret pouvant être utile à l'Ordre. Elle ne connaissait pas ses intentions à lui, mais elle le voyait très bien poser une flopée de questions indiscrètes. Il fallait croire toutefois qu'elle avait encore à apprendre au sujet de cet homme, car rien ne se passa comme elle l'avait imaginé.
- Bien sûr, c'est promis, répondit-il finalement. À demain alors !
- À plus Mione, prends soin de toi.
Et puis ils se séparèrent. Hermione resta planquée derrière son mur, le souffle haletant. Malefoy reprenait sa route vers la bibliothèque tandis que ses deux meilleurs amis passaient devant elle, traînant des pieds.
- Elle me fait de la peine, chuchotait Harry, elle travaille si dur.
- Oui, approuva Ron qui guettait derrière son épaule avec un sourire. Elle mériterait qu'on lui fasse une surprise, un jour. Ça lui ferait du bien.
La Gryffondor les regarda s'éloigner, les larmes lui montant à la gorge. Elle se frotta vigoureusement les yeux, espérant que cela la dissuade d'éclater en sanglots. Avant que cela n'arrive, elle courut à la recherche de Malefoy qui marchait aussi lentement que possible au loin. Ce n'était pas le bon moment pour se laisser aller à la nostalgie. Si elle voulait avoir une chance de revoir ses amis, elle allait devoir s'occuper de ce problème sans fin : une obscure malédiction qui avait les yeux et le visage de Drago Malefoy.
- Attends-moi ! murmura-t-elle furieusement en réapparaissant peu à peu derrière son Sortilège de Désillusion.
Malefoy s'immobilisa.
- Merci, dit-elle en arrivant.
Comme elle s'y attendait, son mot de remerciement lui passa par-dessus la tête et elle ne reçut aucune réponse. Un jour peut-être. Tous deux se remirent en marche, avant qu'Hermione ne se rende compte qu'ils fonçaient encore droit dans le mur.
- Attends, il me semble qu'on ait un problème quand même.
- À cette heure-ci nous confrontons un bon nombre de problèmes, fit-il d'un ton sarcastique, mais je t'écoute.
- Où est-ce qu'on va ? paniqua-t-elle en serrant la bandoulière de son sac. Je ne peux pas prendre le risque d'aller à bibliothèque, si on me voit là-bas Ron va m'en vouloir pendant une éternité.
- Peu me chaut !
- Fais un effort Malefoy, je t'en prie, implora Hermione en trépignant d'inquiétude.
Puis…
- Allons à Pré-au-lard, débita-t-elle tout d'un coup.
Malefoy se tourna et la contempla comme si elle avait proféré la plus grande idiotie. Ils se scrutèrent pendant un long moment, le temps qu'il prépare sa prochaine et méprisante réplique.
- Si tu essaies de me faire fuir Granger c'est peine perdue, finit-il par objecter en continuant de la reluquer sous ses sourcils froncés. Tu peux bien retourner ta veste autant que tu le veux, je t'accompagne où que tu y ailles.
- Ce n'est pas le sujet, râla-t-elle, j'essaie simplement de nous causer le moins d'ennuis possible. Nous prendrons du Polynectar et nous allons à Pré-au-lard.
Elle avait annoncé cela d'un ton décidé et Malefoy la lorgna de haut en bas de son habituel et satané sourire en coin.
- Ouh… ça met en place des plans de dernière minute, comme ça ? Alright, alright. Qu'est-ce qu'elle a en tête la miss-je-sais-tout ?
Rosissant sans le vouloir, Hermione pinça les lèvres et désigna sa sacoche en la tapotant.
- Je compte acheter les ingrédients de la potion de Dumbledore chez l'apothicaire du coin, expliqua-t-elle dans un souffle, il me semble que j'y trouverai pas mal de choses. Mais cette histoire d'apparence me rend malade, je préfèrerai qu'on s'y rende sous la peau d'autres personnes pour éviter tout malentendu et pouvoir passer la soirée tranquillement…
Elle se mordit la lèvre, consciente qu'elle avait passé la dernière semaine à enfreindre une bonne trentaine de lignes du règlement de l'école. Avait-elle le choix ? Probablement que non. Rien n'était plus prudent à cette heure-ci.
- Ça me va, abdiqua Malefoy plus rapidement qu'elle ne l'aurait cru. Le dernier arrivé devant l'horloge paie l'addition aux Trois Balais.
Le sourire d'Hermione s'effaça et elle hocha la tête, ses yeux se plissant de confusion. N'était-pas ce même serpent à sonnette qui prétendait vouloir la suivre comme son ombre ?
- Que… quoi ?
Mais Malefoy s'éloignait déjà et il ne se retourna que pour lui adresser un clin d'œil réjoui. Elle demeura plantée en plein milieu du couloir, observant la masse de cheveux en bataille et la paire de converses qui disparaissaient au loin, avant de laisser un sourire fleurir sur ses lèvres. Quel imbécile.
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Hermione fourra le flacon de Polynectar dans sa poche, prête à fuir les lieux. Elle referma la porte de la Réserve spéciale de Rogue sans le moindre bruit, fronçant le nez dans sa concentration. Alors qu'elle amorçait un pas vers la délivrance, Rogue et ses cheveux luisants eux-mêmes débarquèrent de nulle part et elle dut se faire violence pour ne pas s'évanouir sur le coup. Sa robe noire virevoltait derrière lui et son nez paraissait plus crochu que jamais.
- Il me semblait bien avoir entendu de l'agitation par ici, siffla-t-il en l'écartant du passage. Vous revoilà dans mes pattes. Que me vaut l'honneur Monsieur Malefoy ?
Elle recula d'un pas, son cœur menaçant d'exploser à tout moment. Cette fois-ci, elle était vraiment fichue. Il la scruta de son regard perçant, plissant ses paupières d'un air méchant. Hermione déglutit difficilement, ne sachant que répondre. Sa poitrine continuait de se comprimer et une sueur glacée lui trancha la colonne vertébrale.
- Je… balbutia-t-elle. Je vous attendais.
Rogue la fixait toujours, ses yeux noirs devenus presque invisibles derrière les deux petites fentes que formaient ses paupières. Dans un flash soudain, la Gryffondor se remémora le flacon de potion dans la chambre de Drago et qu'elle aurait juré en avoir vu de semblables dans la Réserve.
- J'ai besoin de somnifères, tenta-t-elle dans un murmure. Je n'arrive toujours pas à dormir.
- Vous m'en direz tant, persifla bassement le professeur de potions en lui tournant le dos. Restez ici.
Après un rictus méprisant, il ouvrit la porte de la Réserve et s'enfonça parmi des étagères surchargées qui donnaient l'étrange impression de ne tenir que par magie (ce qui était sûrement le cas). Hermione se concentra sur sa propre respiration qu'elle entendait siffler, tentant de se convaincre qu'elle était à présent tirée d'affaires. Elle avait été suffisamment chanceuse d'avoir pu, à la dernière minute, improvisé une excuse de toute pièce ; le pire était passé.
- Tenez, susurra-t-il en lui tendant une fiole et condamnant l'entrée de la Réserve.
- Merci.
Elle l'attrapa d'une main tremblante et l'enfourna dans sa sacoche dont elle attrapa fermement la sangle. Ses jointures pointues se mirent à blanchir sous la pression de son poing, qu'elle serrait de toutes ses forces. D'un geste discret, miroir de sa nervosité, elle tâta la poche dans laquelle elle avait dissimulée le Polynectar et croisa à ce moment le regard de Rogue. Comme une évidence, ses pupilles vrillèrent le renflement de son vêtement le temps d'une traître seconde et pourtant assez pour se douter qu'elle cachait quelque chose à l'intérieur. Hermione ne réagit pas. Elle ignora son rythme cardiaque qui s'accélérait considérablement et la seconde perle de sueur qui coula le long de son dos. Rogue la couva à nouveau d'un regard mauvais, qu'elle soutint le plus longtemps possible et du mieux qu'elle put.
- Faites-en bon usage, dit-il mystérieusement. Et faites-moi le plaisir de passer dans la Salle Commune de votre maison vérifier que tout se passe bien.
Puis, dans une tornade de pans ténébreux et un bruissement de cape, il pivota sur ses talons et s'éloigna. Hermione recula de quelques pas et ne s'autorisa un bol d'oxygène que lorsqu'elle le vit tourner à un angle de mur. Rien ni personne sur cette terre ne pouvait être plus chanceux qu'elle ne venait tout juste de l'être et ses jambes flageolaient à cette seule pensée. L'intensité de ce moment avait été telle qu'elle se sentait sur le point de fondre en larmes. Malefoy bénéficiait vraiment d'un favoritisme hallucinant ; son arrogance et toute la cruauté de son comportement lui paraissaient à présent beaucoup moins étonnantes, maintenant qu'elle venait d'expérimenter la douceur de ce privilège. Sans parler de cette protection dont Rogue avait parlé plus tôt dans la journée… Cela l'incitait-il à fermer les yeux sur chaque faux-pas de son protégé, au point même de laisser passer un vol de Polynectar ? L'enjeu était beaucoup trop gros.
Hermione arpenta les couloirs en réfléchissant, marchant tout droit vers les cachots des Serpentard, terrifiée à l'idée que le professeur de potions ne la croise à nouveau dans le château et ne lui fasse payer sa désobéissance. Elle devinait que les faveurs avaient leur limite.
- Sang-Pur, récita-t-elle devant le portrait.
Celui-ci s'écarta sur son passage et elle mit un pied dans le repère maudit des serpents, son sac serré contre ses côtes. Un frisson la parcourut de la tête aux pieds tandis qu'elle se frayait un chemin dans la pénombre, en silence. La Salle Commune était à peine éclairée et quelques étudiants étaient affalés dans leurs vieux fauteuils émeraude. Hermione s'approcha, le cœur battant. C'était la première fois qu'elle venait sans Malefoy et même si cette idée lui inspirait des sentiments confus, elle devait s'avouer qu'elle ne se sentait pas à l'aise sans lui. Deux jeunes filles dont l'une paraissait du même âge qu'elle semblaient l'épier du coin de l'œil, s'échangeant quelques commentaires par moments. C'était sa chance. Elle alla à leur rencontre, dans une démarche typiquement malefoyienne.
- Bougez de là, cracha-t-elle avec la voix la plus méchante qu'elle avait en réserve.
Sans surprise, la terreur qu'inspirait le Prince des Serpentard avait parcouru corps et esprits ; elle avait eu le temps d'incarner le personnage et présenter au monde son portrait officiel de tyran. Personne n'était assez bête pour contredire quoi qu'il fasse ou dise. Les deux étudiantes se redressèrent dans leur fauteuil, profitant de ce moment rêvé pour exhiber leurs courbes langoureuses et la courtesse de leurs jupes.
- On y allait, de toute manière, susurra l'une d'elles.
Elle claqua sa langue contre son palais, haussant lentement ses sourcils d'un air séduisant. Elle était de cette beauté provocante, insolente, que Malefoy n'avait de cesse d'attirer à lui comme un aimant. La Gryffondor agrippait sa baguette si fort qu'elle s'étonna de ne pas la voir se briser en deux.
- Au cas où… je serais dans ma chambre toute la soirée, glissa-t-elle à l'oreille d'Hermione qui manqua de recracher sur la moquette la totalité de son déjeuner.
Mais tout compte fait ce n'était pas si mal, et elle pouvait affirmer que son plan s'exécutait à la perfection ; elle avait tenu parole auprès de Rogue et voilà qu'elle avait même trouvé la proie idéale, sur le point de devenir sa prochaine victime. Que demander de plus ?
- Je m'en réjouis d'avance, jubila-t-elle entre ses dents.
Un dernier regard amoureux, un parfum entêtant de fille et une promiscuité abjecte. Le monde autour d'eux semblait s'être figé dans le temps. Hermione ourla ses lèvres d'un sourire en coin, la pointe de sa baguette enroulée autour d'un fin cheveu qui ne tarderait pas à s'arracher de son bulbe protecteur. Le tic de l'horloge retomba, lourd et la Serpentard se déhanchait bientôt au loin, sa longue crinière blonde ondoyant le long de son dos.
ѧ
Ses doigts se laissèrent glisser le long de la rampe. Hermione dévala les dernières marches qui la séparaient de la cour. Au-dessus d'elle, perchée au haut du château, l'immense horloge de Poudlard agitait ses pendules dans un carillonnement allègre. La douce mélodie se mit à vibrer contre les murs, rampant paresseusement sur la pierre et partout autour de l'édifice. Le son des cloches l'accompagna jusqu'en bas où elle finit par s'immobiliser, au beau milieu de l'atrium étrangement désert. L'obscurité avait enveloppé le ciel d'une pellicule bleue sombre et les torches flambaient sur leurs socles rouillés, illuminant la nuit d'une multitude de points lumineux. Hermione se frotta les mains, frissonnante de froid. Quelques flocons avaient commencé à tomber sur le paysage et la neige s'entassa bientôt sur le haut de chevelure dorée. La sacoche de Malefoy pendait sur son épaule, se balançant au gré de la brise. Elle avait gagné le pari. Un mince sourire de victoire s'esquissa sur son nouveau visage, fin, ensorcelant, enivrant.
- Étrange choix, mais prévisible.
La voix d'un homme, d'un timbre rugueux qu'elle ne connaissait pas, venait de dompter le sifflement du vent le temps d'une seconde. Hermione tourna sur elle-même, consternée. Quelqu'un venait d'émerger de derrière un pilier de pierre et elle découvrit avec horreur qu'il était nul d'autre que le fameux Serdaigle qui avait pris pour habitude de la reluquer pendant les repas ou à la bibliothèque. Elle ouvrit la bouche en hochant la tête, prête à lui dégobiller un paquet d'excuses avant de lui fausser compagnie et disparaître de sa vue.
- Granger, c'est moi.
Hermione fronça les sourcils, puis referma sa bouche. Mais bien sûr : c'était Malefoy.
- C'est toi ! s'écria-t-elle d'un ton presque ravi.
- Qu'est-ce qui te rends si heureuse ? ricana-t-il en s'approchant, les mains dans les poches de son manteau.
- Oh… fit-elle en plaquant une mèche de cheveux derrière son oreille, j'avais peur de devoir supporter la compagnie de ce garçon pendant un long moment. Je ne l'apprécie pas beaucoup…
- Pourquoi tu paniques ? Aux dernières nouvelles, tu n'as plus du tout l'apparence de la petite miss Granger, nota-t-il avec un signe de tête entendu.
Et il n'avait pas tort. Elle n'était désormais rien de moins qu'une petite peste blonde aux manières enjôleuses. Les lèvres de la jeune femme formèrent un petit « o » tandis qu'elle laissait échapper une longue exclamation ébahie.
- C'est vrai ! admit-elle d'un ton ahuri. Ça m'était complètement sorti de la tête.
- On y va ? proposa Malefoy qui se mettait déjà en route.
Hermione s'empressa de lui emboîter le pas, ses pieds n'en pouvant plus de stagner dans le froid. Elle sautilla près lui, une sensation inexplicable de joie bouillonnant dans son estomac comme un feu flambant dans une cheminée. Était-ce le plaisir de se retrouver dans le corps d'une femme ? Était-ce, pire, la compagnie de Malefoy dont elle ne se passait plus ? Les mots étaient un peu forts. Elle avait beau l'éviter toutefois, son absence créait un grand vide autour d'elle et elle n'avait l'impression de vivre que pour se disputer à propos de choses et d'autres avec lui. Pourtant elle ne s'en inquiétait plus, et peut-être avait-elle tort de penser ainsi, mais elle avait fini par mettre cela sur le dos de l'habitude. Ils n'étaient qu'au début de leur aventure et émotive comme elle était, ça avait tout bêtement fini par lui monter à la tête.
- Tu aurais pu choisir quelqu'un d'autre, bougonna-t-elle alors qu'ils s'avançaient en silence dans la nuit.
La neige recouvrait le pays d'un éternel voile immaculé et les innombrables lanternes et guirlandes perchées aux toits des maisons avaient enchanté le tout de mille et une couleurs. Hermione admira le village, émerveillée. Peut-être se sentait-elle tout simplement excitée à l'idée de la saison des fêtes et Noël qui approchaient ?
- J'étais sûr que cela te ferait plaisir, répondit Malefoy, taquin. Vous iriez bien ensemble.
- Arrête un peu, grogna-t-elle en tournant vivement le cou. Il est peut-être très beau mais c'est un coureur de jupons, rien de plus.
- Pourtant tu as l'air d'aimer le concept, fit-il remarquer.
Il la jaugea de haut en bas, avec un sourire en coin. Hermione sentit ses joues rosir d'embarras. Elle aurait dû se douter que cette option, innocente à ses yeux, lui attirerait des remarques désobligeantes.
- Contrairement à toi, je me suis contentée de m'arrêter à la première venue et il n'y aucune raison cachée derrière ce choix, assura-t-elle d'une voix aigrie, tu peux me croire.
- Avoue Granger, tu voulais savoir que ça faisait d'être une pimbêche au physique avantageux.
Malefoy éclata de rire tandis qu'elle faisait la moue, vexée. En tout cas, si elle pouvait se vanter de supporter sa compagnie un peu mieux qu'avant, il n'en était rien quant au sentiment de rancœur qu'elle avait toujours éprouvé pour lui : elle le détestait toujours, avec la même ardeur qu'au départ. Il ne cessait plus avec ses paroles blessantes, et ce n'était pas pour lui plaire.
- Oh, voilà qu'elle va nous faire la tête ! gouailla le Serpentard. Ça va aller, tu t'en remettras.
Hermione, qui avait déjà pris le soin de ne pas marcher trop proche de lui, s'écarta davantage d'un bon mètre. Il la lorgna d'un air amusé, brisant cette distance en un pas.
- Tu n'as pas besoin que je le dise pour te rappeler que tu n'as rien à envier à ce genre de filles, reprit-il plus sérieusement.
La Gryffondor leva vers lui des yeux pleins d'espoir. Dans son manteau de fourrure noire, il paraissait enjoliver le physique déjà agréable du Serdaigle et elle en fut étourdie un moment.
- Tu le penses vraiment ? s'enquit-elle en resserrant la sangle de son sac contre elle.
- Qu'y aurait-il à envier à des demoiselles comme tu le dis si bien, « écervelées », dont l'unique but au lycée est de plaire au sexe opposé ? Tu n'es peut-être pas belle comme ces filles-là mais au moins tu connais tes priorités et tu te respectes.
Hermione entrouvrit ses lèvres, ne sachant de quelle manière prendre cette réponse. Elle n'était pas belle mais elle était intelligente ? C'était cela qu'il insinuait ? Malefoy guettait sa réaction du coin de l'œil, goguenard. Elle se détourna de lui, préférant opter pour le silence comme seule réplique. À quoi s'attendait-elle ? Il n'allait quand même pas se mettre à lui mentir au nez et prétendre qu'il la trouvait à son goût, il ne fallait pas délirer non plus. Tout compte fait tout ce dont elle pouvait se réjouir à cette heure-ci, c'était qu'elle n'aurait pas à courtiser avec le Serdaigle et la présence de Malefoy aurait au moins servi à cela.
Hermione passa sa langue sur ses lèvres gelées. Elle fourragea ses doigts dans son écharpe rugueuse qui lui griffait le cou, pensive. Du bout de son index, elle se mit à retracer les courbes de sa sacoche, la couture de ses poches, le matériau ciré. Une légère brise continuait de souffler dans la nuit, caressant son visage rougi par le froid et humidifiant le coin de ses paupières maquillées. Ses doigts gelés repassaient en boucle le même chemin, du cuir de son sac aux fils de sa bandoulière, sans cesse. Une mèche de cheveux lui voila le regard, virevoltant au gré du vent. Puis, Hermione s'immobilisa.
- Malefoy.
Elle agrippa son bras et l'attira vers elle, le fixant d'un air sérieux. Le jeune homme la scruta en retour avant de la questionner du regard, de fins flocons parsemant ses sourcils. Hermione parvenait presque à entendre le battement surexcité de son propre cœur, qui cognait avec force.
- Je sais.
une pitite review ?
n o x
