lumos

deux chapitres en un mois ? mais elle est tombée sur la tête ! mesdames bonsoir à vous, bienvenue, c'est un bonheur d'être de retour ce soir. j'avais posé une question au début du précédent chapitre pour savoir si vous préféreriez un long chapitre ou un chapitre plus court que d'habitude (et qui arriverait donc plus vite), et je remercie Sybilis pour son avis et son adorable review ! tout compte fait, j'ai décidé d'opter pour des chapitres plus courts qui devraient normalement être postés un peu plus rapidement. celui-ci est quand même assez long (30 min de lecture environ) et j'ai encore une fois adoré l'écrire. on avance dans l'intrigue, beaucoup de secrets du côté de Malefoy et une Hermione à qui il tarde de les découvrir. j'espère qu'il vous plaira et je vous attends avec grande impatience dans la rubrique reviews !


0 6

l'amertume d'un secret

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La neige continuait de tomber sur son crâne. Elle avait l'impression que son cerveau avait gelé, plâtré de cette poudre blanche qui inhibait toutes ses capacités intellectuelles. Et pourtant elle était debout, là, frappée par la raison en plein milieu d'une ruelle enneigée. Certains curieux passants se retournaient sur leur passage, dévisageant le couple d'un froncement de nez dédaigneux, ou parfois, d'un regard attendri. Comme presque à chaque fois, une sorte de bulle enflait autour d'eux, en prenant le soin d'effacer dans son sillage toutes les futilités et la vanité du monde. Hermione ne bougeait plus, absorbée par le sang qui battait à ses tempes et les frissons d'excitation pure dévalant son échine comme une pluie d'étincelles. Entre ses doigts givrés, elle empoignait toujours l'avant-bras du Serpentard, dont les mèches brunes continuaient de virevolter devant son visage. Lentement, elle enfonça ses ongles dans la fourrure noire de son manteau.

- Malefoy, je sais, répéta-t-elle avec des étoiles dans les yeux.

- Granger, interpella son interlocuteur en tentant de la ramener à lui, par Merlin est-ce que tu vas me dire ce qu'il se passe, oui ou non ? Tu m'inquiètes.

Elle cligna des paupières, un mince sourire ourlant ses lèvres desséchées par le froid.

- Qu'est-ce qu'on est stupide ! s'exclama-t-elle alors.

Obnubilée par des pensées insolubles, elle s'affaissa puis s'accroupit au sol, comme si le poids de telles idées commençait à peser trop lourd pour elle et son corps. Elle emporta Malefoy dans cette chute, toujours accrochée à son bras qu'elle ne lâchait plus. Ils se retrouvèrent ainsi agenouillés l'un en face de l'autre, autour de la neige qui s'échouaient sur leurs épaules et la nuit qui assombrissaient peu à peu les contours de leurs visages.

- Je ne tirerais pas cette conclusion aussi vite mais je t'en prie, éclaire-moi, murmura Malefoy qui se grattait le coin du sourcil.

- Le Polynectar aurait pu nous servir à retrouver nos corps respectifs.

Un long silence accueillit ses paroles et le sifflement du vent se chargea de faire la conversation, mugissant sans relâche dans l'hiver glacial. Le regard de Malefoy s'était adouci et il lui avait même semblé y déceler, pendant un court instant, un soupçon d'admiration à son égard. Bien sûr, elle se contenta d'ignorer ce signe, précieux, de peur de le brusquer ou même d'attiser les foudres insatiables de son arrogance et les moqueries habituelles auxquelles elle avait toujours eu droit. Ce n'était ni l'endroit ni le moment.

- Même pour un court moment, poursuivit-elle sur un ton exalté. Pour l'instant c'est notre seule solution en attendant de trouver le remède exact à cette malédiction.

D'un geste vif de la main, elle plaqua une mèche blonde derrière son oreille, empêchant le reste de sa chevelure d'ensevelir son visage. Malefoy souriait, d'un faible sourire à peine perceptible, et chargé d'une compassion dont elle ne saisissait pas le sens commun. De nulle part, il extirpa un bonnet de laine couleur lilas qu'il déplia à la hâte, puis se pencha sur elle pour l'enfoncer au sommet de son crâne. Hermione cligna des yeux, médusée. Elle ignorait si le couvre-chef avait subi un sort de réchauffement mais une tiède chaleur se répandit bientôt sur sa tête, puis l'ensemble de son corps. Malefoy tapota le haut de son bonnet, avant de se redresser et reprendre le chemin entamé, ses poings enfournés dans les poches de son manteau. « Et c'est tout ? » pensa Hermione qui n'avait bougé de sa place, interloquée.

- Malefoy attends-moi ! s'écria-t-elle en glissant sur la neige.

Elle courut à sa rencontre pendant qu'il flânait devant les vitrines illuminées d'une confiserie, traînant sa sacoche derrière elle.

- Alors, s'enquit-elle en le contournant comme un animal affamé. Tu en penses quoi ?

- Est-ce que tu as réellement besoin de mon avis, Granger ?

Il lorgna une boîte de chocolats à la liqueur, indifférent, et se remit en route.

- Non, c'est vrai, admit-elle. Mais je t'avais dit que je trouverais ! se vanta-t-elle tout à coup. Avec ou sans ton aide, je peux parfaitement me tirer d'affaires, tu vois ?

Malefoy la toisa avec un cet air hautain dont elle avait horreur, pouffant dans sa barbe. Elle pinça les lèvres, irritée, haussant le menton pour se donner une contenance.

- Tu peux rire, répliqua la Gryffondor, tu feras moins le malin quand j'aurai mis la main sur l'antidote toute seule. Ce jour-là, il te faudra bien admettre lequel de nous surpasse l'autre. Et rira bien qui rira le dernier.

- Quand les hippogriffes n'auront plus de griffes, sûrement ! renchérit le faux Serdaigle pour toute réponse.

La plaisanterie fit son chemin à travers la mémoire d'Hermione. Avec une vive pointe d'amertume, elle se remémora avoir eu l'honneur de cette même et étrange réplique, la nuit de leur première escapade à la bibliothèque. Elle n'en laissa rien paraître, mais la capacité du Serpentard de parler de choses qui, auparavant, avaient été source d'embarras et constituaient pour le moins des sujets sensibles, l'intriguait sincèrement. Elle l'observa du coin de l'œil, pensive. Combien d'autres caprices comme ceux-ci avait-il délaissé ? Mais surtout, avec combien d'autres encore les avaient-ils remplacés ? À ce jour, elle pouvait dire qu'elle avait eu un cru aperçu de ses nouvelles convictions et le fait de se sentir supérieur à elle, au point de décider ses fréquentations ou de la surveiller constamment, n'avaient pas fini de l'éreinter. Elle attrapa le pli retroussé de son bonnet, et en caressa longuement la laine. Peut-être qu'au fond sommeillait-il un brin de douceur, ainsi que les prémices d'une tendresse à laquelle il avait du mal à s'identifier ? C'était son seul espoir.

Le tintement d'une cloche annonça leur entrée au sein de la boutique miteuse, criard. L'apothicaire le plus proche avait été aménagé entre deux gigantesques pâtisseries pimpantes, et le bois écaillé et reluisant de sa porte parvenait à peine à braver l'opacité de la neige. Hermione remonta vivement son écharpe contre son nez, une odeur infecte d'animal moisi la prenant à la gorge. Le magasin étouffait sous sa petitesse, affublé d'une unique fenêtre, de taille semblable à une bouche d'aération et d'une propreté douteuse. Seul un chandelier délabré à deux doigts de rendre l'âme éclairait l'endroit : une salle sectionnée en plusieurs rayons, dont le fond restait dissimulé derrière la pénombre. Malefoy s'immobilisa devant la porte de la boutique, les mains dans les poches, indifférent à la puanteur des parages, au désordre, au froid et au manque de lumière.

- Lumos.

Après avoir vigoureusement plaqué la laine de son écharpe tout contre son visage, Hermione s'aventura à l'intérieur des rayons qu'elle éclaira du bout de sa baguette. Les étagères du magasin croulaient sous le poids des diverses fioles et innombrables flacons, serrés les uns contre les autres dans un rendu incroyablement chaotique. Elle ôta de sa sacoche le morceau de parchemin que le directeur lui avait transmis et dont l'écriture paraissait plus bâclée que jamais. Un vif pincement au cœur la saisit, répandant au passage une douleur aiguë le long de sa poitrine. Certes, le Polynectar leur servirait au moins et majoritairement à mieux supporter la situation dans laquelle ils se trouvaient aujourd'hui. Était-elle toutefois à l'abri d'une potentielle prolongation de la maladie ? Elle ne s'imaginait pas boire l'affreuse potion toute sa vie...

Motivée par un élan de désespoir, Hermione sillonna chaque rayon de la boutique à la recherche des ingrédients listés sur le bout de papier jauni. Elle mit plusieurs minutes à dénicher chaque élément convenu, terrifiée à l'idée d'emporter avec elle la totalité des bocaux entassés sur les étagères à l'équilibre précaire. Après un certain temps, elle apparut à nouveau devant l'entrée, les bras chargés de fioles en tout genre qu'elle déposa délicatement sur le comptoir. Les flacons s'entrechoquèrent dans un tintement répétitif, interpellant le propriétaire qui surgit tout d'un coup de l'ombre. Il semblait sortir d'une arrière-boutique minuscule au plafond caverneux et sa bedaine le devança à la caisse. Immédiatement, Malefoy s'arracha de la fenêtre et se posta aux côtés d'Hermione. Elle avait encore un peu de mal à s'habituer à ses allures de Serdaigle populaire et cela lui rappela même qu'ils n'avaient pas toute la nuit pour agir. Les effets du Polynectar se dissiperaient bientôt, et il leur fallait faire vite.

- Pssst, murmura-t-elle tout bas, Malefoy.

Pendant que le propriétaire passait en revue chaque article dans un violent bringuebalement, Malefoy se pencha sur son épaule pour mieux l'entendre, et elle parvint presque à sentir le souffle de sa respiration frapper son cou. Il lui fallut une bonne poignée de secondes avant que ses sens ne se réveillent pour se poster en position d'alerte, et son souffle se coupa sur le coup.

- Je... On doit faire vite, débita-elle le plus vite qu'elle pût.

Une vague de frissons la secoua, dressant chacun des poils de sa nuque, mais elle préféra n'y prêter aucune attention. Il ne manquerait plus que Malefoy lui fasse de l'effet et elle était bonne pour Sainte-Mangouste.

- À ce propos, ajouta-t-elle dans un chuchotement inaudible, il nous faudrait nous procurer du Polynectar déjà préparé. On ne pourra pas continuer bien longtemps de voler impunément la Réserve spéciale de Rogue, ou alors on se ferait renvoyer sans détour...

Malefoy buvait soigneusement ses paroles, hochant le menton de temps à autre, l'air d'approuver cette idée.

- Il faudrait d'abord qu'on nous repère pour nous faire renvoyer, nota-t-il tout de même en se penchant davantage. Il me semble que l'on commence à s'y connaître en matière de déguisement (il lui adressa un clin d'œil fracassant).

Hermione déglutit avec force. D'un geste vif, elle arracha son bonnet lilas qui n'avait cessé de faire bouillir son crâne et le plaqua contre son cœur, ses joues se teintant d'un voile cramoisi. L'illusion perturbante de ce casanova à deux Mornilles à laquelle elle avait affaire l'embarrassa pour de bon, et elle secoua vivement la tête dans l'espoir de se remettre les idées en place. Est-ce qu'elle était réellement en train de tomber pour une pâle imitation d'un de ses admirateurs ? Elle était beaucoup plus robuste que ça !

- Écoute, dit-elle après un moment de recueillement, je préfère quand même m'assurer qu'il n'y ait pas de quoi nous inquiéter. Qu'est-ce ça pourrait nous coûter de demander ? Rien. De toute manière, si on n'arrive pas à en trouver je me verrais obligée de préparer la potion moi-même, le vol n'est plus une option.

- Fair enough.

Le caissier glissait une facture sur le comptoir, reniflant d'un air terrifiant. Elle sentit que Malefoy tâtait ses poches et ce simple mouvement suffit pour diffuser dans les airs un capiteux parfum, qu'elle parvint à distinguer même autour des relents putrides. La jeune femme prit une longue inspiration, alors qu'il plantait dans ses yeux un regard entendu.

- Je m'en charge, susurra-t-il si près de ses oreilles que ses lèvres lui effleurèrent le lobe.

Hermione recula d'un pas, au comble du malaise. Une pellicule de sueur se forma sur son front, coulant lentement le long de sa tempe. Cet abruti avait tout l'air de s'amuser. Elle enfonça de nouveau son bonnet et dissimula ses joues écarlates, tapotant son visage de ses longs doigts comme si cela allait l'aider à baisser la température de son corps.

- Vous auriez du Polynectar déjà prêt ? demandait Malefoy, un coude sur le comptoir.

- C'est sur autorisation et sur commande, grommela le vieil homme sur un ton bourru. Vous avez ça ?

Un lourd silence tomba. Hermione s'immobilisa, ses sourcils disparaissant derrière sa frange blonde. Une autorisation ? Mais de qui donc allaient-ils pouvoir réclamer une telle chose ? Avec de gestes mécaniques, elle abaissa ses deux bras et vrilla le propriétaire du regard. Il arborait une mine ravie, comme si rien ne l'enchantait plus que de coincer des étudiants sur le point de commettre une ribambelle de bêtises. Elle ne le remarqua qu'à cet instant, mais il n'avait rien de quelqu'un de gentil, et elle mettait sa main à couper qu'il cachait dans son arrière-boutique bien plus que d'innocentes potions magiques.

- Intéressant, lança enfin Malefoy, nullement impressionné.

Mordillant sa lèvre inférieure, le cerveau tournant à toute allure, Hermione passa en revue le nom de tous les professeurs susceptibles de leur accorder une permission dans sa tête. Bien sûr, aucun d'eux n'était prêt à autoriser le moindre élève à changer d'apparence, aussi parfaite l'excuse puisse-t-elle être. Elle tira sur le manteau de Malefoy, puis lui fit signe de la suivre. Mais il ne daigna faire preuve de coopération, et se contenta plutôt de se pencher à nouveau sur elle, signe qu'il était tout de même à l'écoute.

- Leave it! chuchota-t-elle précipitamment, je sens les ennuis arriver au galop ! Il ne vaut mieux pas attiser sa curiosité, cet homme nous dénoncerait sans aucune pitié, ne te laisse pas amadouer !

- Laisse-moi faire, Granger.

- Malefoy, ne fais rien de stupide je t'en supplie, implora-t-elle sans lâcher le pan de son manteau, un seul faux-pas et on risque d'avoir de très gros problèmes...

Malefoy tapa du poing sur le comptoir et se retourna avec une telle vivacité qu'elle dut couper court à la discussion. Pendant qu'elle pinçait les lèvres, frustrée, il la fixa droit dans les yeux et elle y décela sans l'ombre d'un doute la pointe d'une menace silencieuse. Il ne souriait plus.

- Laisse-moi faire, articula-t-il en serrant les dents. Je suis sûr qu'on peut s'arranger, dit-il ensuite à l'adresse de l'apothicaire.

Celui-ci plissa ses petits yeux méchants et un sourire mauvais naquit sur ses lèvres crasseuses. Malefoy esquissa un signe de tête aimable et pendant un instant, elle se demanda quelle autre manigance encore allait-il tirer de son chapeau de malfrat. Mais la panique surpassa toute autre émotion et au lieu de s'accroupir sagement à ses pieds tel un petit chien, Hermione s'enfonça à nouveau dans les ténèbres du magasin. S'ils étaient sur le point d'être virés puis traqués après leur sortie, elle avait meilleur temps de regrouper tous les ingrédients du Polynectar avant qu'il ne soit trop tard. La Gryffondor brandit la lumière de sa baguette et se mit à arpenter chaque rayon, trébuchant par moments sur quelques caisses qui traînaient au sol et déchiffrant dans le noir l'écriture écrabouillée des étiquettes à potions. Au moment où elle attrapait un bocal de chrysopes, une exclamation admirative fusa près de la caisse. Il lui fallut une bonne poignée de secondes avant de s'apercevoir avec surprise qu'il s'agissait de la voix du propriétaire de la boutique. Hermione tenait en l'air son bocal de chrysopes, le cœur en feu. Le sang continuait de battre à ses tempes, l'assourdissant presque, mais elle parvint à distinguer les bribes d'une nouvelle conversation et quelques murmures inaudibles.

- C'est un honneur de vous recevoir, disait le boutiquier.

Elle fronça les sourcils. Malefoy n'avait en cet instant rien d'un aristocrate reconnu et la notoriété dont jouissait son nom avait tout sauf le pouvoir de sortir n'importe quel Serdaigle prétentieux d'une galère. Aurait-il prétendu être un ami de la famille Malefoy ? Un associé ? Hermione s'autorisa enfin à cligner des paupières et elle cala le bocal sous son aisselle. Il s'arrangeait toujours pour trouver une énième et abracadabrante supercherie, c'en était déboussolant. Quelque part, elle avait l'impression de reconnaître Harry, et cette pensée lui fendit le cœur.

Surchargée de flacons et bocaux qu'elle avait du mal à contenir dans ses bras, Hermione déboula des étroits rayons et finit par réapparaître devant la caisse après quelques longues minutes de recherche. Bien sûr, elle avait une connaissance parfaite des ingrédients nécessaires à la préparation de la potion mais elle s'était assurée au moins une dizaine de fois qu'elle n'avait rien oublié. Les joues rougies par l'effort, le visage ruisselant, elle s'avança devant le comptoir où Malefoy clôturait une discussion qui avait dû être plus que passionnante, à en juger les petits yeux porcins et la grimace réjouie de l'épais vendeur.

- Demain sans faute, enchérit-il avec une poignée de main féroce.

Il tira ensuite sur la manche de son manteau, l'air de celui qui se prépare à sortir, mais une sensation étrange s'empara d'elle et elle ne put s'empêcher de trouver ce geste louche. Loin de se douter de telles suspicions, Malefoy s'empara d'un paquet grossièrement emballé et inclina légèrement la tête.

- Au plaisir.

Hermione posa brutalement ses articles sur le comptoir. Les bouteilles se cognèrent les unes contre les autres dans un clinquement tintamarresque, sous l'œil agacé du propriétaire dont les narines frémirent.

- Une seconde, j'aimerais prendre ça aussi !

Pour peu que le colis contienne autre chose que les précédents ingrédients qu'elle avait regroupés, elle doutait fort que Malefoy ait pu se procurer aussi facilement du Polynectar. Sans parler de la mine maussade qu'il tirait, signe que quelque chose ne lui avait pas plus ou le tracassait. Aussi insistait-elle à honorer son plan comme elle l'avait prévu... que Malefoy balaya à son grand désarroi d'une simple parole.

- Allons-y, ordonna-t-il sans préambule.

- Quoi ? s'insurgea Hermione dans un souffle. Malefoy (il fit les gros yeux et elle se rendit compte qu'elle avait parlé trop fort), j'ai besoin de ces trucs dès aujourd'hui, dit-elle un peu plus bas, la potion prend un mois à mijoter, ça t'est sorti de la tête ou quoi ?

Heureusement, le boutiquier semblait n'avoir rien entendu mais il comprit en quoi la querelle consistait et se racla répétitivement la gorge.

- Nous ajouterons ces articles à votre commande, couina-t-il sur un ton doucereux.

- Que...quoi ?

- C'est parfait, conclut Malefoy en l'attrapant par le bras. Merci pour votre amabilité.

L'apothicaire les lorgna d'un regard vicieux qu'il ne dissimula pas, tournant ses pouces en silence. Il se contenta d'un nouveau rictus nauséabond et d'un hochement de tête entendu.

- Je n'ai pas payé mes courses ! glapit tout d'un coup Hermione en se frappant le front.

- Je l'ai déjà fait ! s'impatienta Malefoy.

- D'ailleurs ! s'écria-t-elle en plongeant une main au fond de son sac.

Elle en ressortit le morceau de parchemin de Dumbledore et le glissa sous le nez du boutiquier. Celui-ci grimaça devant le papier, avant de le lui ôter des mains. Drago semblait au bord de l'implosion, et elle voyait à ses tempes et sa mâchoire contractées qu'il réprimait à grand peine son envie de lui jeter un sort en plein cœur.

- Auriez-vous une idée de la nature de cette potion ? questionna-t-elle rapidement, ignorant les avertissements silencieux de Malefoy. Ou peu importe ce que c'est, un contre-maléfice, un antidote...

Le bougre loucha sur le parchemin pendant une longue minute, puis le lui rendit presque en le jetant. Hermione l'attrapa alors qu'il tournoyait en l'air en direction du sol.

- Alors ? interrogea-t-elle promptement.

- Cette potion n'existe pas, petite, grogna-t-il en caressant sa bedaine avantageuse.

- Vous êtes sûr ? Ces ingrédients n'apparaissent sur aucune liste ?

- Certain.

- Puis-je consulter un catalogue ? insista-t-elle en jetant un œil vers l'arrière-boutique. Vous en avez ici ?

Malefoy interrompit le carnage et se posta entre eux, pendant que le vendeur grommelait des jurons dans sa barbe.

- Ça suffit Granger, grinça-t-il entre ses dents, ferme-la et allons-nous en. Excusez-la, glissa-t-il ensuite au boutiquier sur un ton désolé, elle n'a pas encore mangé et il lui arrive de faire des caprices...

Hermione le vit incliner l'un de ses nombreux mentons, visiblement satisfait d'avoir assisté à cette scène. Il la reluqua d'un œil mauvais, comme si le fait de l'avoir vu se faire remettre à sa place l'avait muré dans une complaisance morbide. Elle soutint ce regard pervers aussi longtemps que possible, tentant de retenir une flopée de commentaires tous aussi crus les uns que les autres en les tassant au fond de sa gorge. Le sexisme ambulant à laquelle elle avait affaire n'avait pas fini de lui monter à la tête, et elle savait qu'elle n'allait pas pouvoir le supporter indéfiniment.

- Très bien, dit-elle d'une voix suraiguë. Très bien, parfait.

Elle flanqua le morceau de parchemin dans la poche de sa robe, hochant la tête dans sa consternation.

- Merci, répéta Malefoy qui s'empressa de la guider au dehors.

Il ouvrit grand la porte et lui désigna la sortie de la main, une fausse réplique de gentleman plaquée sur le visage. Hermione serra les poings et enfonça ses ongles au creux de sa paume. Elle le fixa d'un air douloureux, se retenant à grand peine de lui hurler à la figure. Malefoy sembla abandonner pour une seconde son masque de rogue équipier, et afficha un sourire qu'elle qualifia de sincère.

- Ladies first.

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- Comment l'as-tu convaincu de nous vendre du Polynectar ?

Hermione fourra le paquet emballé dans sa sacoche, qui s'alourdit tout d'un coup. Son épaule s'affaissa sous le poids des fioles et bocaux de verre, mais elle continua de marcher dans la neige avec toute la bonne volonté dont elle était capable. Elle talonnait Malefoy, gravissant le sentier en pente du village à grandes enjambées, sans parvenir à garder le rythme. Contre toute attente, il ne répondit pas à sa question et s'immobilisa, pivotant sur ses talons. Il la fixa un moment, le temps de remarquer qu'elle haletait et que son bonnet de laine lui glissait sur les yeux. Quelques mèches qui dépassaient s'agitaient dans le vent, brouillant son visage rougi par le froid et ses lèvres entrouvertes. Malefoy contempla ce portrait sans un mot, mais l'esprit tourmenté par des pensées contradictoires. Il dévala la distance qui les séparaient, lui arracha la sacoche des mains et grimpa à nouveau la pente, dans un silence complet.

- Qu'est-ce que tu fais ? s'exclama-t-elle en remontant son bonnet sur son front. Rends-moi ça !

Elle glissa sur la neige et escalada elle aussi la pente, trébuchant quelques fois sur les pavés givrés.

- Ça te dérange aussi que je porte le sac à ta place ? demanda Malefoy d'une voix agacée. T'es bizarre, Granger.

Il ne s'était pas retourné mais avait ralenti la cadence de sa marche et elle le rejoint plus vite que prévu. Le chemin était à nouveau plat et l'enseigne des Trois Balais se profilait à l'horizon, illuminée de guirlandes chatoyantes et couverte de neige. Hermione lui jeta un regard oblique.

- Qu'est-ce qu'il y a encore ? aboya-t-il.

- Je peux tenir ce sac toute seule, tu sais, informa-t-elle d'une toute petite voix.

Elle avait parlé si bas et le vent soufflait avant tant d'ardeur qu'elle s'étonna de le voir réagir.

- Je suis peut-être la pire ordure que tu connaisses, mais je ne suis pas ce genre d'ordure.

Hermione ouvrit la bouche mais ne répondit rien. Elle était bien placée pour affirmer que justement, il était et avait été ce genre d'ordure, si ce n'est pire.

- C'est pour cela que tu as payé nos courses ? dit-elle après un instant de réflexion. Parce que tu veux me montrer que tu n'es pas ce que tu as toujours prétendu être ? Il est un peu trop tard pour rattraper la terrible image que tu t'es forgée.

- Je ne veux rien te montrer du tout Granger, contra Malefoy sur un ton catégorique et apparemment irrité. J'ai payé ce bazar parce que le hasard a fait que nous sommes tous les deux dans une galère et je porte ce sac pour éviter que tu ne renverses tout ce que j'ai acheté, précisément.

Mais elle ne porta aucune attention à cette flopée de mensonges et esquissa un sourire derrière son écharpe. Tout pour sauver son égo... Elle poussa la porte des Trois Balais qui s'ouvrit dans un joyeux tintement de cloches. La chaleur de l'endroit l'assaillit de toutes parts, pendant qu'elle se demandait si elle n'était pas inconsciemment en train d'encourager son pire ennemi à devenir quelqu'un de respectable. Le tumulte des conversations remplaça le bruit incessant de ses pensées et s'il n'y avait presque pas un chat dehors, le bar lui, était bondé. Malefoy se faufila au milieu de la foule, son sac calé sur son épaule. Elle lui emboîta le pas, se débarrassant de son écharpe rugueuse et marmonnant quelques excuses sur son passage.

- Pardon... Excusez-moi...

Un concours contorsionniste plus tard, ils atteignirent la table la plus reculée de toutes et Hermione s'y installa avec un long soupir de soulagement. Elle retira également son bonnet de laine, dévoilant une chevelure ébouriffée de tous les côtés. Pendant qu'elle attrapait le menu et s' y plongeait avec avidité, Malefoy la détailla du regard en silence. Cette fille lui donnait l'impression de refléter l'innocence en personne, et sa capacité à incarner la pureté dans toutes les apparences dont elle se vêtait ne manqua pas de le déboussoler. Il la contempla, désemparé, jusqu'au moment où elle leva les yeux vers lui.

- Qu'est-ce qu'il y a ? lança-t-elle en haussant les sourcils.

Pris en flagrant délit mais incapable d'en payer les frais, il se contenta de ricaner.

- Lana aurait été absolument furieuse d'apprendre qu'elle est apparue décoiffée en public.

Hermione fit la moue et passa des mains maladroites sur son crâne, tentant vainement d'aplatir les épis qui se dressaient au-dessus de sa tête. Ses joues semblaient plus rouges que jamais et ses oreilles ne tardèrent pas à suivre le mouvement. Il s'autorisa un sourire distrait, avant de se pencher à son tour sur la carte du restaurant où il resta concentré pendant un long moment.

- Tu ne m'as pas dit comment tu étais parvenue à convaincre ce vieux schnoque de nous vendre du Polynectar, rappela-t-elle soudain dans un chuchotement.

Même si elle avait parlé à haute voix, les conversations allaient de si bon train que personne n'aurait pu l'entendre. Elle resta pourtant couchée sur la table, les yeux rivés sur lui, en attendant sa réponse qui ne vint pas.

- Tu as choisis ? demanda-t-il comme si elle n'avait jamais parlé.

Il héla une serveuse qui accourut avec un carnet et une plume magique. La plume se dressa sur le papier, frétillant d'impatience. Malefoy ferma la carte dans un clappement sec et passa sa commande avant de se tourner vers elle, ignorant ses regards noirs avec succès. Hermione finit par l'imiter et attendit que la barmaid s'éclipse avec leur commande avant de pouvoir poursuivre la discussion.

- Pourquoi est-ce que tu ne réponds pas à ma question ? murmura-t-elle en fronçant ses sourcils. Qu'est-ce que tu as trafiqué encore ?

Après un court silence, elle reprit :

- Tu l'as menacé, c'est ça ?

Mais à bien y réfléchir, le vendeur n'avait rien eu de l'attitude de quelqu'un en danger de mort et il lui avait même paru imbu de lui-même. La stratégie avait été différente cette fois-ci et elle mourrait d'envie de la découvrir.

- Pas de réponse est aussi une réponse, Granger, finit par répondre le Serpentard avec un sourire docte.

- J'ai bien le droit de savoir ce que tu as fait ! insista-t-elle avec une pointe d'hystérie dans la voix.

Deux chopes de Bièraubeurre atterrirent sur leur table et le bruit sourd du verre contre la table de bois la fit sursauter.

- Alors ? s'impatienta-t-elle tout bas lorsque la serveuse prit congé.

- Crois-moi, tu n'as pas envie de le savoir, assura Malefoy sur un ton grave, alors n'insiste pas.

Un peu éberluée, Hermione secoua vivement la tête et s'adossa à son banc. Il avait prononcé cette réplique avec tant de sincérité qu'elle comprit que la conversation s'arrêtait là et elle se demanda sérieusement si ce monstre était capable du pire et de l'inimaginable. Elle avait beau le considérer comme le mal en personne, le fait qu'une âme aussi jeune et adolescente que la sienne puisse inspirer tant de crainte lui faisait mauvais effet. La réponse aurait dû l'effrayer mais elle avait l'impression d'être immunisée contre cette peur et à la place, elle parvint à ressentir une once de pitié et un fond de tristesse pour cet être qui ne connaîtra sans doute jamais la paix du cœur.

- Je vois.

Elle tira le fameux morceau de parchemin de sa poche et le fixa intensément.

- Je suis certaine qu'il savait quelque chose, dit-elle après un moment. Il n'a tout simplement pas voulu me l'avouer, pour x ou y raison.

Malefoy soupira.

- Cette potion n'existe pas Granger, la liste est beaucoup trop courte pour constituer un mélange suffisant. Cet homme n'en sait pas plus que nous.

- C'est fâcheux, conclut Hermione d'un air supérieur. J'ignorais que l'on autorisait n'importe quelle fripouille à devenir apothicaire. S'il est incompétent, il peut très bien laisser la place à quelqu'un d'autre, c'est aussi simple que cela.

La barmaid revenait avec deux assiettes fumantes et elle consentit enfin à se taire, laissant son estomac se charger de ruminer à sa place. Étrangement, ce ne fut qu'à ce moment précis qu'elle trouva la situation particulièrement rocambolesque. Elle se laissa tomber dans le gouffre infini de ses pensées, contemplant Malefoy et elle-même attablés devant un somptueux dîner aux chandelles, autour d'une autre vingtaine de couples et groupes d'amis. Elle avait l'impression de prendre part à un rendez-vous galant des plus ridicules, sans évoquer le pseudo Serdaigle installé en face d'elle et qui n'arrangeait rien au tableau. Ses joues à peine remises de la chaleur ambiante se parèrent à nouveau d'un pourpre embarrassé.

- Pourquoi tu me regardes comme ça, Granger ? fanfaronna Malefoy avec un sourire très amusé.

Il la reluquait derrière sa chope de Bièraubeurre qu'il tenait contre ses lèvres. Hermione baissa la tête sur son assiette et chipa sa fourchette qu'elle planta d'un geste brusque au fond de son plat. Évidemment, il ne ratait jamais une miette de quoi que ce soit.

- Je ne te regarde pas espèce d'idiot, baragouina-t-elle.

Elle piqueta son dîner de plusieurs coups de fourchettes et balada son regard partout sauf en direction de ce fichu serpent aux yeux rieurs. À cet instant, il tomba sur l'une des tables qui les entouraient et Hermione fut prise d'une violente quinte de toux. Malefoy l'observa s'étouffer à gorge déployée avec cet air ennuyé qui lui allait si bien, avant de glisser sa boisson vers elle. Elle attrapa sa chope et en but la moitié, toussant aux larmes.

- Qu'est-ce qu'il fait ici ? bafouilla-t-elle en reprenant difficilement ses esprits.

Quelques personnes s'étaient retournées, dont les occupants de la table que la présence avait manqué de peu d'étouffer Hermione. Blaise Zabini, escorté par Pansy Parkinson elle-même, avait pivoté sa tête en leur direction. Il avait revêtu un gros sweat à capuche en-dessous duquel il avait enfoncé un bonnet cramoisi ainsi qu'une veste d'un vert bouteille à l'effigie d'une équipe de Quidditch qu'elle ne connaissait pas. Pansy était emmitouflée dans un épais enchevêtrement de fourrures brunes qui lui donnait un air chic, et elle tenait entre ses doigts manucurés un très petit verre d'une boisson inconnue.

- Qui ça ? demanda Malefoy.

Il se retourna à son tour et les quatre élèves se dévisagèrent pendant une très longue poignée de secondes (Pansy jaugea Hermione d'un œil passablement dégoûté), avant que chacun ne se concentre de nouveau sur sa propre table. Hermione fit revenir ses cheveux contre son visage, comme si cela allait la dissimuler aux yeux de Zabini. Un bref instant de réflexion plus tard, elle se rappela qu'elle avait le physique d'une Serpentard aguerrie et que s'il ne lui avait ni adressé la parole ni saluée jusqu'à maintenant, il n'était donc pas prêt d'en faire autant à l'avenir. Malefoy, lui, paraissait aussi blasé qu'à l'ordinaire et la présente situation ne semblait lui inspirer aucun sentiment.

- Granger, tu vas empêcher autrui de venir se désaltérer dans un bar maintenant ? pontifia-t-il, lassé. Tu n'as pas l'impression d'abuser ?

Hermione ne répondit rien, concentrée dans ses pensées. Du coin de son œil, elle espionnait la table des deux Serpentard, sirotant sa Bièraubeurre dans le même temps. Blaise avait repris ce qui lui avait l'air d'être une conversation intense, ponctuée de gestes frénétiques de la main. Pansy buvait ses paroles et le contenu de son verre avec passion, hochant la tête et balançant une très brève réplique par moments, comme si elle approuvait ou désapprouvait ce qu'il racontait.

- Ou est-ce que sa présence te rend-elle nerveuse ? poursuivit la voix lointaine de Malefoy.

Hermione reposa sa chope dans un bruit mat. Elle se tourna ensuite vers lui et le gratifia d'un regard noir. Il le lui rendit bien, et tous deux se fixèrent en chien de faïence pendant un instant. Elle était fatiguée de prétendre que cette situation était normale et pour la première fois, elle refusa de se faire écraser plus longtemps par l'orgueil et l'effronterie de cet homme.

- C'est quoi ton problème Malefoy ? assena-t-elle en plissant les yeux derrière sa frange. Je commence un peu à en avoir ras-le-bol de ces questions indiscrètes, je ne sais pas pour qui tu te prends mais il va falloir très vite cesser avec ce comportement.

- Sommes-nous sur le point d'aborder un sujet sur lequel nous avons débattu une centaine de fois déjà ? riposta Malefoy qui s'était remis à picorer dans son assiette. Parce que si c'est le cas, je crois que je vais devoir investir dans un dictaphone.

- Je te retourne la remarque ! Quand est-ce que tu vas me lâcher avec cette histoire débile ? Je fais ce qui me chante de ma vie et ce n'est certainement pas toi qui va m'en empêcher. Pourquoi tu t'obstines ?

Malefoy laissa échapper un ricanement hautain et s'essuya le coin des lèvres avec sa serviette. Elle attendit patiemment qu'il finisse d'avaler sa bouchée, ses narines frémissant malgré le reste de son visage qui paraissait calme.

- Si tu savais ne serait-ce que le quart de ce que je sais, dit-il enfin, tu me remercierais à genoux Granger.

- Pardon ? s'offusqua la concernée en mimant la sourde oreille. Est-ce que tu ne viendrais pas de te prendre encore une fois pour le bon samaritain de service ? Non mais tu as raison, il ne manquerait plus que je m'agenouille devant toi, monsieur le roi du monde. Rien ni personne ne peut être pire que toi de toute manière, rajouta-t-elle pour appuyer ces propos, alors je ne vois pas du tout de quoi tu es en train de te féliciter.

Malefoy avait écouté sa tirade sans broncher, grappillant quelque chose dans son assiette par moments comme s'il s'ennuyait. Il caressa bientôt le tour de son poignet d'un air distrait, et laissa échapper un soupir excédé. Hermione le regardait fixement, les poings serrés autour de ses couverts, sa poitrine s'élevant au rythme de sa respiration inégale. Il tourna sa tête vers la fenêtre, où une multitude de flocons s'échouaient en se confondant aux précédentes, coulant lentement sur les rebords de la vitre. Il continuait de frotter le bout de son avant-bras, l'air de réfléchir. À quoi pensait-il ? Elle s'était attendue à l'habituel monologue de vengeance auquel elle avait jusque-là toujours eu droit, mais il n'en fit rien et Hermione décoléra peu à peu. Il cachait un trop grand nombre de choses, et bien qu'elle ait elle-même toujours été une petite cachotière, elle ne supportait pas subir l'effet de ce trait de caractère...

- Écoute, murmura finalement Malefoy en se frottant le front, j'essaie simplement de t'empêcher de faire l'erreur de ta vie, voilà tout. Tu ne sais pas dans quoi tu t'embarques.

La Gryffondor ne dissimula pas son étonnement. Voilà que le grand et fort Drago Malefoy distribuait des conseils de vie !

- What a time to be alive ! s'exclama-t-elle sarcastiquement. Je ne pensais pas vivre assez longtemps pour assister à un tel évènement. Ça ne t'amuse plus de me faire vivre le calvaire ? Ou peut-être que tu es une fois de plus en train de me faire marcher et tu espères faire passer ta méchanceté pour de la bienveillance ? C'est raté, change de disque, c'est mieux pour toi.

Mais Malefoy ne goûta pas la plaisanterie et s'il avait bien saisi le sarcasme dont elle avait fait preuve, il se contenta d'hausser les épaules et s'accouda au bord de son banc.

- Je t'aurais prévenue, dit-il en portant sa chope à ses lèvres.

Hermione le dévisagea sans vraiment le regarder. Qu'est-ce qui lui prenait tout à coup ? Et comment allait-elle pouvoir le croire, après qu'il ait clamé haut et fort son désir de vengeance ? C'était ridicule. Elle jeta un coup d'œil vers la table de Zabini et ce qu'elle y vit lui retourna l'estomac. Blaise avait arrêté de parler ; son visage basané s'affaissait presque malgré lui et Pansy avait recouvert ses mains sur les siennes, qu'elle caressait de son pouce en silence. La scène semblait tout droit extraite d'un film à l'eau de rose et elle ne put s'empêcher de ressentir un vif pincement au cœur. Malefoy assistait lui aussi à ce revers de situation et au contraire de ce qu'elle aurait imaginé, il ne paraissait pas non plus s'en réjouir. Sa chope toujours entre ses mains, il s'était contenté d'un regard en biais ennuyé et d'un haussement de sourcil. Hermione baissa les yeux sur son assiette. Parkinson et Zabini étaient-ils un couple ? N'y avait-elle jamais fait attention auparavant ? Est-ce qu'elle était en train d'avoir le béguin pour Blaise ? Quelle idiote ! Elle secoua la tête et ses pensées, tentant de revenir à la raison. Au fond, peut-être tout cela n'était que le fruit d'un entêtement envers Malefoy et ses interdictions : plus il lui faisait part de ses avertissements et moins elle les prenait au sérieux. C'était une possibilité... Réalisant quelque chose, elle leva la tête et tortilla le bout de sa fourchette entre ses doigts.

- Malefoy...

Ce dernier ne prit pas la peine de répondre, et elle le connaissait assez pour savoir que c'était sa façon à lui de signaler qu'il était à l'écoute. Elle tapota le bois de la table avec l'ongle de son index, nerveuse.

- Parfois je trouve que tu te bats pour la mauvaise cause...

Derrière les mèches revêches qui voilaient son regard, il parvint à manifester son intérêt en roulant des yeux.

- Oui dis-moi tout Grangy, ricana-t-il en se grattant la tempe, qu'est-ce qu'il se passe à l'intérieur de cette prodigieuse tête cette fois-ci ?

- Disons que..., commença-t-elle prudemment, tu as l'air très absorbé par la curiosité que je porte à l'égard de ton ami Zabini, au point de tout essayer pour empêcher que celle-ci ne mène à autre chose qui pourrait s'apparenter à de l'amitié ou pire... de l'affection ?

- Fort bien.

Hermione se mordit la lèvre et leva enfin les yeux de son assiette.

- Ne t'est-il jamais venu à l'idée que dans le même temps tu étais en train de tisser des liens avec moi ?

Malefoy ne la regardait plus. Pour la deuxième fois en sa présence, il venait de fuir son regard, et elle avait parfaitement conscience qu'elle crachait une vérité qu'ils s'étaient jusque-là obstinés à se cacher, lui comme elle.

- Ce n'est que le début, continua-t-elle tandis qu'il s'abandonnait à la contemplation de sa fenêtre, pourtant il est évident qu'on ne pourrait jamais continuer à se détester comme deux abrutis pendant que nos vies demeurent en jeu. Et aussi longtemps que cette situation durera, tu resteras incapable d'en contrecarrer les effets secondaires.

Elle entendait presque son cœur se débattre dans sa poitrine à mesure que la réalité prenait forme entre ses lèvres, et ses tripes se contractèrent vivement sous la pression. Son interlocuteur semblait absent, absorbé par le silence.

- Alors je t'en prie, achevait-elle dans un frémissement, tu peux tenter de contrôler chacune de mes relations comme bon te semblera. Mais en attendant, cela ne t'amènera nulle part d'autre qu'au plus proche de ma vie et sois prêt à sacrifier ta haine envers moi en dépit de tous nouveaux sentiments.

Malefoy daigna enfin lui faire face, et elle remarqua que ses yeux avaient repris cette teinture désinvolte qu'elle connaissait par cœur. Son visage fin, placide, n'exprimait plus rien de saillant à cet instant qu'une extraordinaire insignifiance. Avant qu'il ne puisse lui balancer un seau de sèches excuses, elle hocha la tête de droite à gauche.

- Ne viens pas me dire que j'ai tort, nia-t-elle devant sa nonchalance, parce que si c'était le cas, tu ne serais pas assis en face de moi ici et maintenant à dîner tranquillement dans un bar en ma compagnie.

Sa dernière réplique referma cette conversation pénible qu'elle avait menée presque seule et pour toute réponse, Malefoy consulta sa montre puis avala la dernière gorgée de Bièraubeurre qu'il lui restait.

- On ferait mieux d'y aller, dit-il dans le plus grand des calmes.

Il leva la main à l'attention d'une serveuse qui s'empressa de faire claquer ses talons jusqu'à leur table. Hermione plongea la main dans sa robe pendant que l'addition atterrissait sous leur nez. Avant qu'elle ne puisse faire un seul geste de plus, Malefoy avait plaqué une poignée de Gallions d'or sur la table, que la barmaid saisit avant de s'éloigner dans la foule qui s'était faite moins dense.

- J'ai perdu le pari, rappela Hermione, mécontente, c'est moi qui étais censée payer cette addition !

Elle fouilla frénétiquement ses poches, bien décidée à au moins lui rendre la monnaie. Avoir une quelconque dette envers le Prince des Serpentard était sans doute la dernière chose au monde qu'elle souhaitait. Mais aucun porte-monnaie ne se montra et elle tâta tous ses vêtements de mains fébriles.

- Je crois que j'ai oublié mon argent chez l'apothicaire ! souffla-t-elle d'un ton paniqué. Donne-moi la sacoche !

Malefoy ne réagit pas. Puis, de nulle part, il fit apparaître une petite bourse en cuir qu'il agita entre ses doigts agiles, la balançant de droite à gauche par son cordon.

- C'est de ça que tu parles ? susurra-t-il avec un sourire prétentieux.

- Rends-moi ça ! aboya-t-elle en bondissant par-dessus la table.

Mais il leva son bras très haut, sachant parfaitement qu'elle était beaucoup trop petite pour l'atteindre, et continua de secouer le gousset dans un joyeux tintement. Après une minute de « Arrête ça Malefoy ! » et de lutte acharnée et inutile, il se décida enfin à mettre fin au conflit et envoya valser la bourse sur son banc. Hermione, qui était fatiguée de sautiller partout en vain, se rua sur son porte-monnaie et en vérifia le contenu.

- Je t'avais pourtant bien dit que je n'étais pas cegenre d'ordures.

Elle écrasa sa bourse entre ses mains et leva les yeux vers lui. Bien sûr qu'il n'était pas du genre à voler mais, on ne savait jamais...

- Je regardais simplement si rien n'était tombé, se défendit-elle en se sentant rosir. Tiens tes Gallions, dit-elle ensuite en les lui tendant.

- C'est ça Granger. Range-ça, je ne suis pas arrivé au point de laisser une femme dépenser quoi que ce soit en ma présence, aussi Moldue soit-elle.

Il ramassa sa sacoche et enfila son manteau pendant qu'Hermione le lorgnait d'un air désappointé. Elle ne savait pas si elle devait lui arracher les cheveux ou lui hurler à la figure, mais ce qui était sûr, c'était qu'il l'énervait au plus haut point.

- Vous et votre fichu égo ! vociféra-t-elle en fourrant son gousset tout au fond de sa poche. C'était bien la peine de faire un pari si tu n'es même pas prêt d'en respecter les conditions !

Elle se leva également et enfonça son bonnet sur ses cheveux. Beaucoup de monde avait quitté les lieux mais le bar restait plein et même Zabini n'avait pas encore quitté sa table. Elle tenta de l'ignorer de tout son soûl et devança Malefoy qui se frayait un chemin entre les chaises.

- Quel égo ? demandait-il. Et puis qu'est-ce qui te fais dire que c'est mon argent que j'utilise ?

Il haussa ses sourcils d'un air mystérieux. La lourde porte des Trois Balais se referma derrière eux et Hermione se retourna vers lui en faisant virevolter sa chevelure dorée. Il souriait d'un air insolent, et les carillons continuaient de tinter férocement au-dessus de sa tête.

- Pardon ? pouffa-t-elle avec un rire nerveux. C'est une blague, c'est ça ? Voler l'apparence de cet élève ne te suffit pas, il faut aussi que tu lui voles son argent ? Et tu oses prétendre que tu n'es pas ce genre d'ordures ? Non mais vraiment !

Un froid mordant s'imprégna de ses vêtements, et elle se mit à claquer des dents. Elle ne savait plus si c'était dû au vent glacial ou à la colère mais elle vit bientôt Malefoy éclater de rire, avant de se mettre en marche en hochant la tête d'un air badin.

- Tu es tellement naïve Hermione... murmura-t-il comme pour lui-même.

Elle le regarda s'éloigner, un peu déboussolée. Après de longues minutes de réflexion, elle le talonna et le rejoint bientôt dans la nuit noire. Les quelques lampadaires s'élevaient au-dessus d'eux, projetant une lumière blafarde sur leur visages. Sans cesser de marcher, elle leva la tête vers Malefoy, qui lui rendit alors son regard du coin de l'œil. Les deux élèves s'épièrent ainsi des secondes durant, sans ressentir la moindre gêne ou le plus petit embarras. Et ce ne fut qu'à cet instant qu'Hermione réalisa à quel point elle avait raison : que ce soit à propos de leur haine qui disparaissait au fil des jours, mais aussi et surtout, au fait que la présence de Malefoy commence à lui devenir plus que familière. Elle aperçut l'ombre du château se profiler au loin puis inspira longuement, un sourire étrange naissant au coin de ses lèvres.

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De retour à Poudlard, Hermione et Drago avaient fini par retrouver leur apparence qu'elle aimait à qualifier de « temporaire ». Une courte touffe blonde avait de nouveau poussé au-dessus de son crâne et l'engin placé entre ses jambes ne cessait de lui faire rappeler qu'elle avait besoin de trouver un antidote à cette catastrophe, et vite. En rentrant, chacun avait pris le chemin de sa propre chambre et ils s'étaient séparés sans un mot. Hermione s'infiltra au sein de son antre qu'elle trouva baignée dans une obscurité pénétrante. Il lui fallut un certain moment avant de distinguer sa fenêtre, d'où un fin filet d'une lumière éclatante s'échappait. Elle ignorait l'heure qu'il était mais elle devinait que la nuit était déjà bien entamée. La lune projetait un voile laiteux sur son lit à baldaquin et une partie de son tapis, où elle posa finalement les pieds. Avec un soupir de soulagement, elle se laissa tomber sur ses coussins et ses draps encore frais. Un silence apaisant régnait autour de la pièce, loin de toute agitation parasite. Hermione ferma les yeux. Chaque évènement de cette journée lui revint en mémoire, comme un film en accéléré. Elle y était parvenue. Après tant d'efforts et tant d'épreuves harassantes, elle allait enfin pouvoir reprendre un train de vie normal, ou presque. Le lendemain serait un tout nouveau jour, et il lui restait encore assez de Polynectar pour certifier sa reprise en tant que miss-je-sais-tout. Elle avait hâte de retrouver Harry et Ron, tout aussi bien que Ginny qui lui manquait atrocement. Sans compter ses devoirs et la tonne d'autres responsabilités qui l'attendaient.

Hermione rouvrit les yeux. Il fallait à tout prix qu'elle aille rendre visite à Drago, histoire de s'assurer qu'il disposait d'une quantité suffisante de Polynectar et qu'il ne ferait aucune bêtise pendant la journée. Une seule erreur de sa part et ils étaient bons pour la potence. Elle se redressa sur ses deux pieds et en moins de temps qu'il ne fallait pour le dire, elle toquait à la porte de Malefoy qui ne daigna répondre à l'appel. Hermione entra tout de même, hésitante, mais prête à faire face à un nouvel excès de colère si tel se produisait.

- Malefoy, tu dors ? héla-t-elle doucement.

Quelques bougies avaient été allumées et la chambre était plongée dans une sorte d'atmosphère chaleureuse qu'elle se surprit à apprécier.

- Tu ne peux décidément pas te passer de moi.

Malefoy soupira. Il était assis sur le bord de son bureau, à la lumière de ses fenêtres, et rabaissait la manche droite de son pyjama.

- Qu'est-ce que tu faisais ? demanda Hermione qui traversa la pièce comme si elle y avait été invitée.

- Rien qui ne te regarde, Granger. Que me vaut l'honneur ?

Il descendit de sa table et atterrit souplement sur ses pieds. Il avait relevé ses cheveux dans un chignon ébouriffé qu'Hermione se promit de faire au matin du lendemain tant il paraissait élégant. Pendant un instant, elle se demanda comment il avait faculté de telles choses, avant de se rappeler le nombre de filles, incalculable d'après les rumeurs, qui entraient et sortaient sans cesse de sa chambre. À force, il avait dû apprendre quelques tours de passe-passe.

- Est-ce que tu as assez de Polynectar pour demain ? D'ailleurs...

Elle ferma étroitement ses paupières et porta la main à son crâne, où elle se força à arracher quelques cheveux. Malefoy la regarda faire sans broncher, attendant patiemment qu'elle finisse. Au creux de sa paume se trouvaient à présent quelques fines mèches blondes, qu'elle déposa délicatement sur son bureau et recouvrit d'un épais livre, afin d'éviter qu'elles ne s'envolent.

- Si tu pouvais faire un peu plus attention la prochaine fois, dit-il avec un regard désenchanté, je n'ai pas très envie de me retrouver avec une calvitie par ta faute, Granger.

- Oh ne t'en fais pas pour ça, assura Hermione qui n'avait pas du tout l'air attentif.

Elle débouchait un flacon qu'elle avait trouvé et en sentait le contenu, jetant un œil à l'intérieur comme si elle en vérifiait le fond.

- Je ne sais pas qu'est-ce qui te fait croire que tu as le droit d'entrer aussi délibérément chez moi et de commencer à fouiller, mais tu as dû sacrément tomber sur la tête.

Il s'avança vers elle et lui chipa la gourde des mains avant de la reposer dans un bruit sourd sur la table. Elle papillonna des yeux, ses doigts encore figés dans la même position. Sans lui laisser le temps de réagir, il fourra justement une éprouvette entre ses mains vides, dans laquelle reposait une poignée de mèches brunes.

- Sors de ma chambre Granger, et va te coucher.

Il tenait sa baguette magique à bout de bras, et semblait prêt à employer les grands moyens. Hermione serra la fiole dans son poing.

- Ça n'a pas l'air de te déranger quand tu entres à tout loisir chez moi pendant que j'essaie de m'habiller ! rappela-t-elle, l'index levé. Tu vois ce que ça fait de vouloir abuser de l'intimité d'autrui ?

- Sauf que moi, je ne débarque pas chez les gens en plein milieu de la nuit, objecta Malefoy en lui désignant la sortie. Pourquoi es-tu ici de toute manière ? Merci pour les cheveux, bonne nuit.

- Je venais vérifier que tu avais assez de Polynectar pour demain, dit-elle en pinçant les lèvres, je n'ai pas envie que tu m'attires quelques ennuis que ce soit. Et si tu oubliais de boire suffisamment de potion, hein ? Et si tu ne mettais pas assez de cheveux ?

Malefoy se frotta le front, agacé.

- Ce ne serait pas l'hôpital qui se fout de la charité, comme vous le dites si bien ? rétorqua-t-il sur un ton amer qu'il ne dissimula pas. Écoute Granger, concentre-toi sur tes propres affaires, je crois qu'il est déjà assez difficile pour ta petite personne de se tenir à carreaux alors si tu viens en plus de ça prétendre que tu en sais mieux que moi, on n'est pas prêt d'y arriver.

Elle savait qu'il faisait référence à ses nombreuses gaffes et pour une fois, il n'avait pas si tort que ça. Pourtant, cela ne constituait pas une raison pour elle de l'admettre aussi ouvertement et elle se contenta d'agir avec mauvaise foi, comme elle l'avait toujours fait en sa présence.

- Je ne vois pas de quoi tu parles, piaffa-t-elle avec nonchalance. En tout cas ! On verra qui s'en sortira le mieux.

- Je me sens presque drôle de dire ça mais pour une fois Granger, ce n'est pas une compétition. Concentre-toi, répéta-t-il sérieusement.

Hermione abandonna ses manières et planta un regard profond dans ses iris de chocolat. Il haussa les sourcils, l'air d'attendre son approbation. Elle finit par hocher la tête d'un air décidé, inspirant une violente bouffée d'oxygène et scrutant la pièce une dernière fois pour vérifier qu'elle n'avait plus rien à y faire. Malefoy pointa à nouveau sa baguette sur la sortie devant lui, comme s'il craignait qu'elle ait oublié le chemin du retour.

- Eh bien, fit Hermione platement, bonne nuit.

Sans un regard en arrière, elle quitta la chambre de Malefoy tandis que celui-ci la suivait du regard, impénétrable. Elle regagna ses propres appartements avec un sentiment de vide dans l'estomac, se mit elle-même en pyjama (en tentant d'ignorer comme elle le pouvait la nudité de son corps) et se prépara enfin à se glisser sous les couvertures. Mais avant même d'y mettre un seul pied, elle jeta un œil à sa table de chevet où trônait toujours le parchemin et la pomme que Malefoy avait déposé il y avait deux jours de cela. Cette nuit-là, elle se souvenait avoir croqué dedans avant de tomber raide endormie et le fruit était resté là sans supervision. Hermione saisit la pomme et la porta à son visage, les yeux plissés. La marque de ses propres dents était encore et bel et bien visible, mais la chair ne portait aucun trace d'oxydation au-delà de ce détail et le blanc du fruit étincelait même au clair de lune.

- Cette pomme est pourtant là depuis deux jours, murmura-t-elle pour elle-même.

Elle avait tout de même été exposée au soleil – la table de nuit étant postée juste face de la fenêtre – et le temps était également un facteur aggravant. Les elfes de maison avaient-ils lancé un sort de préservation pour éviter les gâchis ? Cela ne leur ressemblait pas et elle aurait été étonnée d'apprendre qu'ils s'adonnaient à cette pratique. Hermione continua d'examiner le fruit sous toutes les coutures, tentant d'y déceler la moindre autre égratignure. Mais la pomme la fixait en retour, aussi fraîche et pimpante que si elle venait d'être cueillie.


ne serait-ce pas l'heure de poster une petite review ? à très vite !

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