lumos
mesdames bonjour ou bonsoir à vous ! je ne vous cache pas que parfois j'ai bien l'impression de parler dans le vent parce que personne ne répond, mais je garde espoir ! un jour peut-être, quelqu'un osera poster une review. un nouveau chapitre, un de plus, et on avance gentiment dans l'histoire. la présence d'autres personnages, des petits indices par-ci par-là pour les plus perspicaces d'entre vous et pour les autres ne vous inquiétez pas, tous ces petits secrets ne tarderont pas à être dévoilés au grand public. je vous laisse en tout cas profiter de ce chapitre et je prie fort pour vous retrouver dans la rubrique reviews.
0 7
un nouveau départ
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Il y avait une éternité maintenant qu'Hermione n'avait pas ressenti une telle euphorie. Elle déambulait dans les couloirs du château presque en galopant, un dossier calé sous l'aisselle, son sac en toile se ballotant derrière elle au rythme de ses pas. Elle trotta jusqu'au parc où une neige épaisse avait recouvert la cime des arbres et où une légère brise soufflait. Elle se laissa un instant de répit, inspirant l'air glacé à grandes bouffées tandis que ses joues rosissaient à vue d'œil. Un mince sourire ourlait ses lèvres pleines depuis le moment où elle avait ouvert ses yeux le matin même, et rien ni personne ne semblait pouvoir lui retirer ce plaisir. La joie d'avoir retrouvé son corps, et la perspective d'une vie à nouveau paisible et dénuée de complications sans issues irradiait son visage d'une lumière incandescente. Même la gorgée de Polynectar qui l'attendait au fond de son sac ne parvint pas à amoindrir cet espoir, et elle se remit bientôt à trotter jusqu'à la salle où se déroulerait son prochain cours – le deuxième en cette matinée –. Elle n'avait pas croisé son acolyte de misère depuis qu'ils s'étaient souhaités bonne nuit la veille (ou plus exactement, elle avait pris l'admirable initiative de lui souhaiter de beaux rêves et il n'avait daigné répondre, comme à son habitude), mais elle ne s'en inquiétait pas le moins du monde. Elle savait qu'elle le retrouverait dans quelques minutes, en classe, et elle aurait probablement tout le temps de parler avec lui.
Hermione arriva devant la salle de cours où déjà quelques élèves de sa maison étaient agglutinés. Elle remarqua les robes vertes et argent de ses condisciples de Serpentard, également adossés aux deux encadrements de la porte, mais aucun signe de Malefoy pour l'heure. Elle rejoint le petit groupe que formait ses camarades mais ne leur adressa aucune parole et serra contre sa poitrine un gros livre qu'elle lisait en chemin entre les cours. Du coin de l'œil, elle parvint à sentir le regard pesant de certains Serpentard et son cœur se mit à marteler l'intérieur de ses côtes avec énergie. Un sentiment pénible de malaise ne tarda pas à lui barrer la gorge et elle se tourna vers le mur dans l'espoir d'échapper à cette attention déplacée.
- Vous êtes déjà là, vous ?
Plus que jamais, Hermione coupa sa respiration et entendit presque son cœur tomber à ses pieds. La voix de Théodore Nott venait de s'ajouter à la cohue générale, et une série de claquements de mains s'ensuivirent bientôt de cette brusque arrivée, comme si tout le monde chez les Serpentard s'appliquait à le saluer convenablement.
- À l'heure cette fois-ci Nott, commenta l'un d'eux.
- J'ai dû laisser la demoiselle se rhabiller toute seule, répondit-il dans un chuchotement parfaitement audible. Comme si je n'avais que ça à faire de l'attendre.
Hermione déglutit pendant qu'une envolée de rire se détachait du désordre. Elle fixa une brèche dans le mur, tentant d'y déverser tout le dégoût qu'elle ressentait à cet instant. Elle n'avait possiblement jamais rencontré quelqu'un de plus misogyne et phallocrate que ce garçon, et rien ne pouvait l'écœurer davantage que d'assister à ce genre d'infecte conversation. Un raclement de gorge lui fit lever les yeux et elle ne tarda pas à remarquer que Nott avait sa tête tournée vers elle, un sourire lubrique accroché à ses lèvres. Ses cheveux bruns coupés au bol formaient une ligne parfaitement droite en haut de son front, et ses yeux sombres avaient l'étincelle dangereuse d'un homme dont il fallait se méfier à tout prix. Elle avait l'impression qu'il dégageait l'odeur même de l'obsession sexuelle et de la perversité, sa grande taille ne faisant qu'accentuer cette idée qu'elle s'était faite de lui d'un élève malsain à éviter autant que possible. Dégoûtée, elle baissa le regard et soupira contre le mur. Comme si ce geste avait éveillé ses pulsions de dépravé, Nott se décolla de la porte et se mit à avancer dans sa direction en roulant des épaules.
Hermione se concentra sur son souffle, ignorant les cognements de son cœur dans son cou. Elle tortilla le coin de son livre entre ses doigts, son regard rivé au sien, brûlant d'une sinistre lueur bestiale. Au moment où elle songeait à sortir sa baguette, Nott s'immobilisa et jeta un œil à quelqu'un ou quelque chose dans son dos.
- Hermione !
Sauvée par le gong. La Gryffondor pivota précipitamment sur ses talons et se retourna à temps pour accueillir Harry, accompagné de Ron qui lui fit un signe enthousiaste de la main.
- Harry, Ron ! s'exclama-t-elle.
Elle lâcha sa baguette magique qu'elle serrait sous sa robe. Nott frottait son pouce contre sa lèvre inférieure, et se contenta d'un nouveau sourire putride qu'elle considéra comme un avertissement. Elle savait qu'elle ne pouvait lui échapper très longtemps, mais l'arrivée de ses meilleurs amis sembla lui ôter un poids de la poitrine, et elle espéra secrètement qu'elle bénéficierait d'une présence semblable à l'avenir.
- Merlin, merci, murmura-t-elle dans un souffle.
- Rogue n'est pas encore arrivé ? demanda le rouquin en dévisageant les Serpentard avec dégoût.
- Il ne devrait pas tarder à mon avis.
Hermione piqua un furtif baiser sur la joue d'Harry, avant de s'accrocher au bras de Ron, qu'elle ne lâcha plus. Il l'observa longuement d'un air amusé, sans prendre la peine de poser plus de questions. Elle s'appliquait à détailler le groupe des vipères avec des yeux noirs, serrant plus que jamais son biceps contre elle. Après quelques secondes, il se pencha sur elle en fronçant le nez.
- Tout va bien Hermione ? questionna-t-il sans cesser de la scruter curieusement.
Sa meilleure amie avait commencé à agiter sa cheville et mordillait sa lèvre inférieure dans une mimique nerveuse qu'il lui connaissait bien. Lentement, il suivit son regard et se mit également à fixer les Serpentard. Elle semblait sonder Nott avec une expression proche de la répulsion et les sautillements convulsifs de ses jambes ne décoléraient pas. Pour l'avoir côtoyée pendant plus de six années, il savait qu'elle était en train de réfléchir et à cet instant, ses pensées étaient parvenues à avoir raison d'elle.
- Mione ? répéta-t-il en la secouant du bout des doigts.
- Mmh ?
Hermione se détacha difficilement de sa rêverie, au moment où Harry donna l'impression qu'il était prêt à s'en mêler. Il avait remonté la bandoulière de son sac sur son épaule, et le bout de sa baguette dépassait de son poing, qu'il serrait de toutes ses forces. Théodore et lui s'épiaient chacun de leur côté et une tension palpable naquit autour du brouhaha, crépitant en silence.
- Tout va très bien, finit-elle par assurer en constatant que les choses risquaient de tourner au vinaigre. Harry, c'est rien, je te le promets. Je me disais simplement que je ferais peut-être mieux de prévenir le professeur McGonagall que certains élèves s'amusent à se courtiser dans la buanderie entre deux cours.
Elle attrapa Harry par le pan de sa robe et leurs trois regards se posèrent sur la chaussette immaculée qui pendait à la sangle du sac de Nott. Celui-ci les jaugea avec un écœurement passionné, avant de finir par lui-même baisser les yeux sur sa sacoche. Son visage blêmit et il arracha le vêtement sous le sourire narquois de Harry et le haussement de sourcils goguenard de Ron. Il écrasa la chaussette sous la semelle de son pied avant de relever la tête vers Hermione qui papillonna des paupières, grimaçant comme si son cœur avait été fourré au fond de cette chaussette. Pourtant, elle n'en laissa rien paraître et soutint le contact visuel établi, l'air de le défier de tenter quoi que ce soit devant la classe réunie. Certains d'entre eux avaient assisté à la scène, d'un côté les Gryffondor qui pouffaient ouvertement de rire et de l'autre, les verts et argent indifférents ou fébriles face au trio d'or qu'ils répugnaient.
Personne n'osa étaler plus longtemps cette humiliation, et de toute manière, Rogue venait d'arriver en trombe dans les cachots. Sa longue robe noirâtre virevoltait derrière lui tandis qu'il écartait tous les élèves d'un geste sec de la main. Pendant un court instant, il reluqua Harry, Ron et Hermione qui occupaient un coin de l'endroit et Nott, le visage renfrogné, adossé à un angle de mur. La chaussette, à présent tâchée de neige boueuse, était étendue à ses pieds et il la fixa également de petits yeux perçants.
- Dépêchez-vous, ordonna-t-il d'une voix aigre.
Il désigna la porte qu'il venait de défoncer d'un coup de baguette magique, et celle-ci se balança sur ses gonds durant une bonne poignée de secondes. Harry avait retrouvé une mine maussade à l'arrivée du professeur de potions qu'il abhorrait de toute son âme, et fut le premier à pénétrer dans la salle de cours. Ron lui emboita le pas après un dernier regard entendu à l'attention de sa meilleure amie, qui se résout à se détacher de lui. Le reste de la classe se mit à entrer par petits groupes dans un silence retentissant, et Hermione eut la malchance de se retrouver devant l'encadrement de la porte en même temps que Nott. Pourtant, au sourire obscène et au coup d'œil scabreux qu'il lui adressa en douce, elle se rendit compte avec amertume qu'il ne s'agissait pas d'une coïncidence, mais plutôt l'œuvre de ce pervers insatiable.
Hermione s'immobilisa, incapable d'effectuer un pas de plus. Elle avala sa salive qui avait commencé à se coincer à l'orée de sa gorge et serra sa baguette dans sa poche. Nott s'avança et profita de cet instant de faiblesse pour effleurer sa hanche de doigts feutrés. Pétrifiée dans son silence, elle le regarda s'éloigner sans parvenir à dégainer sa baguette. Le clin d'œil qu'elle reçut ensuite, malsain, insalubre, acheva de la terroriser. Son corps semblait inepte à répondre ou réagir à la situation qu'elle venait de vivre, et elle resta plantée au beau milieu de la porte, la gorge sèche, l'esprit vide.
- Est-ce que vous allez vous décider à bouger Granger ? lança soudain la voix du professeur Rogue en la faisant sursauter. Nous n'avons pas toute la journée, figurez-vous !
Hermione se réveilla de sa torpeur. Elle mit un pied devant l'autre dans une démarche automate et se dirigea vers la table du fond où elle se laissa tomber sans ménagement. Harry et Ron s'étaient installés un peu loin et elle préféra les éviter pour l'instant, pour une raison qui lui échappait.
- Je constate que le directeur n'a pas su vous infliger une correction à la hauteur de votre comportement, fit remarquer Rogue qui fixait d'un œil impérieux l'insigne de préfète-en-chef brillant sur la poche de sa chemise.
- Excusez-moi monsieur, répondit-elle machinalement.
Ron se retourna avec vivacité. Conscient que l'éventail de choix était limité, il se contenta d'un regard piquant en direction du professeur, qui fermait la porte dans un claquement sonore. Celui-ci le lui rendit bien, et s'avança vers son bureau pour commencer le cours. Hermione se força à sourire à ses deux amis qui finirent par reporter leur attention sur le discours cassant de Rogue, avant de prendre sa tête entre ses mains. Ce n'était bien sûr pas la première fois qu'elle subissait ce genre d'agressions sexuelles, mais le fait que ce soit Nott qui ait osé s'en prendre à elle la murait dans une angoisse alarmante. Il lui fallut une bonne dizaine de minutes avant qu'elle ne puisse se concentrer à nouveau et elle dédia son entière attention au cours qui se poursuivait sans elle. Son corps continuait de vibrer d'une fureur incontrôlée mais elle fit de son mieux pour la tasser au fond de ses entrailles pour l'instant. Elle savait que le Serpentard lui réservait des surprises pires encore que celle-ci et elle ignorait si elle y était véritablement préparée. Du coin de l'œil, elle inspecta hâtivement la table des Serpentard, et remarqua avec soulagement que Nott avait renoncé à la surveiller. Il allait payer un jour prochain, elle s'en faisait la promesse.
Hermione attrapa sa plume et se prépara à écrire, mais ses doigts ne répondirent pas à l'appel et à la place, une grosse goutte d'encre s'écrasa sur son parchemin. Elle leva à nouveau les yeux vers le groupe des Serpentard, et ce ne fut qu'à ce moment qu'elle nota l'absence évidente de deux d'entre eux : Blaise Zabini et sans surprise, Drago Malefoy... Lentement, ses doigts se crispèrent sur la pointe de sa plume et celle-ci frémit sous la pression de son poing. Ce n'était pas une coïncidence si les deux anciens meilleurs amis avaient déserté le début du cours de potions et elle mettait à sa main à couper qu'ils étaient ensemble là et maintenant, peut-être même à se quereller à son sujet.
- Page deux cent soixante-sept, brailla Rogue plus virulemment que jamais. Granger, je vous prie vivement de vous réveiller si vous ne voulez pas faire perdre cinquante points à votre maison.
Hermione rosit de honte et s'empressa de plonger à ses pieds, extirpant son manuel de son sac en secouant celui-ci dans la précipitation. Ron se retourna et lui adressa un sourire compatissant, qu'elle lui rendit en roulant des yeux. À cet instant, la porte des cachots trembla et trois coups tonnèrent à l'entrée. Tous deux se retournèrent, suivis par quelques autres élèves qui observèrent la porte d'un air badaud.
- Entrez, héla Rogue.
Hermione parvenait à entendre les percussions sourdes de son pouls contre la chair de son cou. Malefoy apparut à l'encadrement de la porte, vêtu d'une élégante robe ténébreuse et d'une lourde cape d'un vert sombre et parsemée de flocons de neige. Ses cheveux blonds retombaient nonchalamment sur le haut de son front et elle se surprit à apprécier le contraste entre la perfection de son accoutrement et le désordre régnant au-dessus de son crâne.
- Asseyez-vous, commanda le professeur de potions comme si de rien était. Il semblerait que miss Granger ait l'air beaucoup trop heureux dans son coin. Tenez, allez donc vous installer à côté d'elle.
Hermione se jeta maladroitement sur ses affaires – qu'elle avait étalées aux quatre coins de la table – et en balança la moitié par terre. Alors que Malefoy approchait vers elle tout en levant les yeux au ciel quand il croisa son regard, un deuxième individu fit irruption dans la salle. Sans grand étonnement, elle suivit Zabini des yeux pendant qu'il traversait la classe, et eut l'impression de fondre sur place lorsqu'il lui sourit discrètement. Rougissant des pieds à la tête, elle plaqua une mèche rebelle derrière son oreille et baissa le menton sur sa propre table. Qu'est-ce qui la rendait si nerveuse ? Blaise et Pansy se bécotaient sûrement entre deux cours et elle était là à s'affoler pour de telles sottises. Quelle imbécile.
- C'est injuste, commenta Ron en constatant le manque d'impartialité du professeur.
Malheureusement pour lui, il avait parlé assez fort pour que Rogue ne s'en aperçoive et il posa deux mains sur sa table, le jugeant d'un air mauvais.
- Cinq points en moins pour Gryffondor, annonça-t-il avec délice. Taisez-vous donc monsieur Weasley, et dites-moi plutôt à quoi sert une potion de Restitution.
Hermione pivota vers Malefoy qui s'installait avec toute la lenteur du monde et dissimula le côté de son visage avec sa feuille. Ron soufflait, puis se lança dans une explication totalement incohérente qu'elle ne prit pas même pas la peine d'écouter.
- Où étais-tu ? chuchota-t-elle férocement à l'adresse de son voisin.
Ce dernier s'était débarrassé de sa cape et disposait son dernier morceau de parchemin devant lui. Il se tourna vers elle en haussant les sourcils, languide.
- Et de quoi je me mêle, Granger ?
Hermione donna l'impression d'avoir reçu un coup en plein visage. Elle le jaugea de haut en bas, sa bouche entrouverte dans une moue indignée. Voilà qu'elle n'avait même plus le droit de poser de questions !
- Je vois cela, dit-elle avec douleur.
- Silence Granger, tonna Rogue sur un ton impatient, ou c'est dehors !
Agacée par son acolyte sourd à toute coopération et les commentaires pour le moins incessants du professeur de potions, elle abaissa sa feuille et se mit à écrire les instructions du prochain exercice. Le grattement courroucé de sa plume contre le parchemin fut bientôt la seule chose audible à leur table, et elle se renfrogna dans une consternation muette. Malefoy lui jetait des coups d'œil incrédules par moments, comme s'il savait qu'elle ne tarderait pas à lui faire part d'une seconde réplique. En effet, tout comme il s'y attendait, elle se tourna vivement vers lui après quelques minutes de silence résigné.
- Ne crois pas que tu es tiré d'affaires de sitôt, Malefoy, murmura-t-elle du coin des lèvres. Ce n'est pas parce que tu t'es conforté dans l'alternative du Polynectar que nos destins ne sont plus étroitement liés. Si tu penses que tu vas te contenter de croiser les bras pendant que je me démène pour trouver une solution, tu te mets le doigt dans l'œil.
Malefoy copia quelques lignes inscrites au tableau et esquissa un sourire en coin, narquois, avant de daigner lui répondre.
- N'était-ce pas toi qui te vantais de pouvoir te débrouiller toute seule, rappela-t-il dans un chuchotement amusé. Apparemment, c'est à qui trouverait le remède le premier, et tu as lancé la compétition de ton propre chef. N'essaie pas de me faire porter le chapeau.
Il leva la tête en sa direction en faisant craquer ses phalanges et se délecta de ses oreilles qui rougissaient à vue d'œil. Ses cheveux ébouriffés étaient relevés au-dessus de sa tête et d'innombrables boucles mordorées lui tombaient sur le front dans un chaos charmant. Le temps d'un bref instant, il se perdit dans la contemplation de son visage d'ange qu'il ne se lassait plus d'observer, et qui lui évoquait encore une fois les traits fins et aristocrates de sa mère. Elle avait en plus de cette élégance, une douceur apaisante qu'il ne retrouvait pas chez sa génitrice et cela l'intriguait pour une raison inconnue.
- Ce n'est pas une excuse pour me refiler tout le boulot ! pesta-t-elle à voix basse. Il faut toujours que tu prennes mes propos au pied de la lettre, c'est tout de même rageant !
Rogue approchait de leur table, sans doute pour vérifier si sa cible préférée s'affairait à prendre des notes, et elle lui jeta un dernier regard furibond.
- Tu m'aideras à trouver cet antidote que tu le veuilles ou non, débita-t-elle d'un seul coup.
Puis elle se remit à gratter frénétiquement sa plume contre son parchemin, que Rogue inspecta par-dessus son épaule avec une insupportable minutie.
- Si vous vous limitiez uniquement à ce qui est écrit sur le tableau et cessiez de vouloir impressionner le monde avec une tonne de futiles informations trouvées dans des livres, votre participation à ce cours se porterait beaucoup mieux.
Hermione ne releva même pas et se contenta d'écrire avec plus d'agressivité que jamais, les lèvres pincées. De son côté, Malefoy fixait son directeur de maison avec ce qui s'apparentait à une rancœur maîtrisée, et ne se gêna pas pour le reluquer sans pitié. Une légère tension émana de ce contact visuel, avant que Rogue ne se décide enfin à battre en retraite, faisant tournoyer sa robe en même temps que sa chevelure grasse. Il s'attarda à la table du pauvre Neville qui donnait l'impression de vouloir s'arracher les cheveux et se mit bientôt à le réprimander avec toute la hargne dont il était capable. Hermione profita de ce moment pour dégainer sa gourde de Polynectar et en avala une bonne gorgée, le nez froncé. Elle réinstalla le flacon tout au fond de son sac en passant sa manche sur son menton, grimaçant de dégoût. Captivé par cet élan, son voisin de table l'observait attentivement et elle tapa son poing sur la table, d'où dépassait sa plume.
- Qu'est-ce qu'il y a encore ? râla-t-elle dans un murmure.
Malefoy lui adressa un sourire renversant et elle papillonna des paupières, mordant l'intérieur de ses joues pour s'empêcher de lui crier d'arrêter.
- Mais rien du tout, renchérit le serpent qui se penchait sur sa feuille.
Elle amorça un mouvement de recul lorsqu'elle sentit que la distance établie entre eux n'était plus, et que son parfum lui montait dangereusement au nez. Il détailla chaque ligne de ses notes, comme s'il lisait à toute vitesse, et elle n'eut d'autre choix que de demeurer immobile en attendant qu'il ait terminé. Coincée dans une position inconfortable qui l'obligeait à faire travailler ses abdominaux, elle finit par se rasseoir convenablement, espérant que cela le dissuade de copier plus longtemps sur elle.
- Qu'est-ce que tu fais ? demanda-t-elle avec une toute petite voix. Il n'y a rien d'extraordinaire, tout est au tableau.
Mais Malefoy continuait de lire les gribouillis et les quelques commentaires qu'elle avait ajouté à son parchemin, les sourcils froncés. Après ce qu'il lui sembla être une éternité, il leva la tête vers elle et elle tomba nez à nez avec ses yeux pâles, ses éternelles mèches blondes et son sourire narquois qu'elle trouvait insupportablement ensorcelant. Avant même qu'elle ne puisse s'en empêcher, Hermione se mit à rougir et ses pommettes se teintèrent d'un rose vif, qui n'avait rien à voir avec le froid régnant dans les cachots.
- J'ignorais que la potion de Restitution possédait autant de propriétés réparatrices, dit-il finalement.
Il avait employé un ton impressionné mais haussa les épaules, et elle ne sut vraiment s'il était sincère ou une fois plus, incroyablement sarcastique. Elle opta pour la franchise, n'étant pas d'humeur à plaisanter.
- Oh euh... hésita-t-elle en faisant tournoyer sa plume entre ses doigts habiles, j'ai trouvé tout ça dans un livre que j'ai emprunté. Tu peux consulter un autre exemplaire à la bibliothèque si ça t'intéresse.
Elle tapota l'objet du bout de sa plume et fit la moue, ne sachant quoi dire de plus. Malefoy finit par détacher ses yeux de son parchemin, et les planta tout au fond de ses pupilles de chocolat, qui parurent fondre sous la chaleur de son regard. Hermione ne sentait plus ses oreilles. Gênée comme jamais elle ne l'avait été en sa présence, elle plaça une mèche derrière son oreille.
- Je vois, déclara-t-il en se remettant à son tour à recopier le cours au tableau. Hermione, fit-il après un silence, je n'ai pas répondu tout à l'heure mais je t'aiderai à trouver une solution, assurément. Tu n'as pas à travailler seule sur cette affaire.
La Gryffondor suspendit sa plume au-dessus de sa feuille, puis fixa celle-ci droit dans les yeux. Son cœur rata un battement et elle fronça les sourcils, stupéfaite. Il lui fallut un certain moment avant d'ingurgiter ce qui venait d'être dit et elle se laissa tout le temps de se demander si elle n'avait pas plutôt rêvé. Secouant la tête pour se remettre les idées en place, elle leva la tête et se mit à regarder Rogue d'un air distrait. La classe bouillonnait d'une agitation taciturne qu'il était courant de retrouver dans les cours de potions. Chacun était intimement plongé dans son travail, mais des bribes de conversations et des bavardages fusaient par moments comme une étincelle rebelle, très vite annihilée par un commentaire âpre de la part du professeur. Et le schéma se répétait sans fin, encore et encore. Hermione se tourna vers Malefoy, participant à cette fine machination comme elle l'avait fait depuis le début du cours. Il l'observa en retour, et elle ne décela aucune trace de sarcasme sur son faciès ; pas même la plus petite ironie ou la moindre pointe de malice. L'un de ses sourcils se haussa et disparut derrière ses mèches d'or, lentement.
- Oui ? demanda-t-il.
Sa voix suave, corsée, se déversa dans les oreilles d'Hermione comme une coulée de lave. Elle inspira avec force, les poumons brûlants.
- Rien, je... merci, balbutia-t-elle finalement en brisant le contact.
Elle se perdit à nouveau entre les lignes du cours qu'elle lisait sans en saisir un traître mot. Malefoy était prêt à lui venir en aide. Bien sûr, elle ne pouvait certainement pas l'en féliciter ; il n'y avait rien d'admirable à mettre la main à la pâte lorsque celle-ci était préparée dans la même cuisine. Pourtant, étant donné le caractère abusif de Malefoy et cette capacité qu'il avait toujours eu à se prendre pour le roi du monde, n'était-il pas justifiable de ressentir une once de gratitude à son égard ? Elle était peut-être en train de totalement se tromper à son sujet et trébuchait sur l'un de ses nombreux pièges, mais elle ne put s'y résoudre, et Hermione se retrouva une fois de plus à lui accorder un semblant de confiance qu'elle ne tarderait sans doute pas à regretter.
Fatiguée de réfléchir à propos de cet énergumène mystérieux, elle reporta toute son attention sur son travail. Une vingtaine de minutes s'écoula dans le plus grand calme et elle laissa son esprit divaguer entre les diverses propriétés magiques de la potion de Restitution. Puis, tout à coup, tandis que Rogue énumérait un énième discours sur l'importance de l'usage d'un demi-verre de jus de pissenlits (et non pas un comme l'avait si sottement suggéré monsieur Weasley), Hermione attrapa le bras de Malefoy et le secoua.
- Malefoy ! chuchota-t-elle férocement en se penchant pour éviter de se montrer aux radars rétiniens infaillibles de Rogue. Pourquoi n'a-t-on jamais pensé à lui demander de l'aide à lui ?
Blasé comme à son habitude, Drago suivit du regard ce qu'elle montrait du doigt : le professeur Rogue lui-même, son nez crochu et ses cheveux gras.
- Tu rigoles, là ? répliqua-t-il avec un ricanement nerveux. Rogue ?
Mais Hermione continuait de lui sourire avec enthousiasme et une excitation qu'elle seule était capable de ressentir brillait au fond de ses pupilles.
- Uhum, approuva-t-elle en hochant vigoureusement la tête. N'est-ce pas la personne la mieux qualifiée pour ce genre de questions ?
Malefoy lâcha sa plume et se débarbouilla le visage avec lassitude, un long soupir s'échappant d'entre ses lèvres.
- Granger, se lamenta-t-il dans un baragouinage étouffé, Granger, tu m'énerves...
Il garda sa tête entre ses mains et ne bougea plus. Hermione s'approcha de plus belle, insensible au surmenage de son voisin de table.
- Il connaît des tas de choses à propos des potions ! renchérit-elle en tentant de capter son regard dissimulé derrière ses grandes mains. Il fait peut-être un très mauvais professeur et manque cruellement de justice quant à la répartition des chances dans son cours, mais tout de même... cela reste un excellent sorcier dans son domaine.
Après un silence consterné qui dura une bonne minute, Malefoy haussa le menton en inspirant longuement et elle esquissa un nouveau sourire réjoui. Il se contenta de la fixer du coin de l'œil, lassé, un brin dégoûté, mais quand même compatissant face à son engouement ébahi. Elle cala son poing sur sa joue et cligna des paupières, l'air d'une enfant.
- Alors ? s'impatienta Hermione.
Puis, au moment où Malefoy ouvrait la bouche pour répondre, sa réplique se noya dans un tonnerre assourdissant et elle ne sut jamais ce qu'il était sur le point de lui dire.
- GRANGER, N'ALLEZ-VOUS DONC JAMAIS APPRENDRE À VOUS TAIRE ?
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- Je n'ai pas envie de m'étaler ici mais pour faire court, je pense que le professeur Dumbledore ne peut qu'approuver la nouvelle théorie du diadème de Serdaigle.
Hermione poussa une exclamation enjouée, le poing levé (« yes ! »). Ron se renfrogna de bonheur et attaqua le contenu de son assiette avec plus d'envie que jamais.
- J'en étais sûre ! asséna-t-elle d'un ton rugissant. On est bon !
Devant elle, son plat de raviolis aux épinards à l'odeur alléchante l'attendait, surplombé par un énorme grimoire qu'elle dévorait sans relâche depuis une bonne vingtaine de minutes. Ce n'est qu'à l'entente de cette nouvelle qu'elle s'autorisa enfin à commencer à déjeuner et la Gryffondor se mit à picorer sa platée avec une frénésie passionnée. Il lui semblait qu'elle n'avait recueilli jusqu'à maintenant qu'une envolée de mauvaises et terribles nouvelles (avec la participation évidente d'un certain blondinet aux manières déplacées), et elle n'avait d'autre choix que de saluer avec enthousiasme l'avancée de leurs efforts en matière de résistance contre Voldemort. La matinée avait été plus qu'éprouvante avec d'un côté les cours de Rogue, dans lequel elle n'a cessé d'être réprimandée pour des choses aussi insignifiantes que la frange touffue qui cachait une partie de ses yeux, et d'un autre, le manque de coopération formel de la part Malefoy – qui avait catégoriquement refusé de la laisser consulter le maître des potions –.
- Il va t'envoyer balader comme une bonne vieille chaussette et ça va te faire tout drôle, avait-il appuyé avec nonchalance.
- Pas si c'est toi qui le lui demande, avait alors rétorqué Hermione.
Ce à quoi elle reçut, en guise de réponse, un regard noir et un « Il en est hors de question » des plus vénéneux qui eut le mérite de lui clouer le clapet aussi efficacement que n'importe quel sort de mutisme. La lionne avait ainsi passé le reste de l'heure à ruminer dans ses propres entrailles une exacerbation qui lui donnait le tournis, et celle-ci lui causa même d'ignorer Malefoy jusqu'à la fin du cours. Elle s'était enfuie sans un traître mot pour lui et avait rejoint la Grande Salle à grands pas rageurs, déterminée à arrêter de perdre plus de temps avec ce Serpentard à deux Mornilles. Elle s'était promis à la place de rendre visite à Dumbledore dans la journée et dans le cas où elle ressortirait bredouille, elle prévoyait de faire face elle-même au professeur Rogue. On ne pouvait affirmer que la perspective de se retrouver devant le chaperon du Prince des Serpentard puisse l'enchanter d'une quelconque manière, mais la liste d'issues s'amenuisant avec le temps, elle ne disposait plus vraiment de l'embarras du choix. Il fallait agir, et vite.
- Il reste tout de même à le retrouver ce diadème, rappela Harry en se frottant le front. Et c'est loin d'être gagné pour l'instant.
Il paraissait démoralisé, comme à chaque fois que le sujet Voldemort venait à être évoqué. Hermione arrivait à lire dans le comportement de son ami la peur de l'échec, le spectre de ses doutes qui l'assaillaient sans relâche, mais aussi et surtout, l'âme encore juvénile d'un adolescent à qui on avait confié la tâche de sauver le monde. Harry n'affichait que très rarement le fond de ses sentiments, pourtant en le voyant traverser chaque matin la Grande Salle de son pas lent, elle imaginait très bien l'immense nuage orageux par-dessus ses cheveux en bataille, déversant sur ses épaules une pluie d'appréhension, accablante. Et il continuait de vivre, inlassablement, comme si la guerre ne rongeait pas une partie de leur quotidien. Comme si bientôt, ils ne risquaient pas de tous y perdre la vie.
- On va y arriver Harry, murmura Hermione en posant une main sur la sienne. Je te le promets. N'oublie pas que nous sommes là. Et tu n'as pas à faire ce travail tout seul, je t'aiderai et Ron t'aidera aussi.
Elle fronça les sourcils. Son propre discours lui rappelait celui de Malefoy, à quelques heures près, dans les cachots de Rogue. Les seuls instants d'une douceur inconnue à laquelle il se laissait aller, fugitive, frêle, aussi éphémère que les premiers pétales d'une rose, pâle, fugace comme les stupides espoirs qu'elle se faisait de lui. Elle secoua la tête. Ce n'était pas le moment pour se plonger au cœur d'un terrain aussi sensible que le comportement de Drago Malefoy, elle perdait déjà assez de temps avec lui.
- Et si on changeait de sujet, proposa Ron en fourrant une poignée de chocolats dans la main de Harry. On reporte tout ça à notre rendez-vous de ce soir, inutile de plomber le déjeuner avec des sottises.
Il glissa une assiette vers lui et le Survivant leva un œil désintéressé.
- Sens-moi ce cake vieux, dit-il en y piquant lui-même son nez tâché d'une multitude de points bruns. Parfumé à l'orange. En tout cas, ce n'est pas Tu-sais-qui qui peut se vanter de pouvoir humer ses plats à tout loisir, ce serpent estropié.
Pour la première fois, Harry décrocha un sourire amusé et lui jeta un grain de riz.
- Qu'est-ce que t'es con.
Mais Ron avait définitivement réussi à alléger l'ambiance et sa boutade eut le don d'égayer le trio avec une subtilité que lui seul maîtrisait. Le reste du déjeuner fila à vive allure et arriva plus vite que prévue l'heure de se séparer. Hermione salua les garçons à la sortie de la Grande Salle, avant de prendre la route pour son cours d'Arithmancie auquel ils ne participaient pas.
Plongée dans ses pensées les plus insolubles, la jeune femme laissait ses jambes la guider machinalement dans le château. Elle n'aurait su décrire exactement le contenu de son esprit à cet instant, mais elle eut l'impression que son cerveau lui échappa de la tête tandis qu'elle percutait quelqu'un de plein fouet.
- Pardon, excuse-moi !
De toute évidence, elle avait failli écraser un élève – ou l'inverse aurait tout aussi bien se produire étant donné la taille de l'intrus – et elle mit un certain temps avant de reconnaître les cheveux plats et ternes de Colin Crivey. Elle n'avait jamais vraiment remarqué à quel point il avait grandi jusqu'à ce jour mais à présent qu'elle l'avait devant lui, cela lui paraissait évident.
- Désolée Colin ! bafouilla-t-elle à nouveau tout en lui époussetant vaguement les épaules. Voyons, tu n'es pas amoché, tu...
Comme sous le commandement d'un ordre impérieux, Crivey se détacha de son emprise et la saisit par les épaules.
- Colin ?
Hermione leva la tête, sombrant tout d'un coup dans un vide vertigineux qui n'avait sa place nulle part d'autre qu'au fond de ses pupilles grises. Le choc ne manqua pas d'accélérer son rythme cardiaque, et un souvenir perturbant s'imposa soudain à son esprit. Elle se revoyait abritée derrière le porche du parc en compagnie de Malefoy, notifiant le manque terrifiant de dynamisme dont faisait preuve son camarade de Gryffondor. Comme s'il était parvenu à entendre les rouages de ses pensées, Colin enfonça ses doigts au creux de ses clavicules avec plus de force que jamais.
- Colin, paniqua Hermione en tentant de retrouver un semblant de vie dans son regard. Colin, qu'est-ce qui t'arrive ? Qui t'a ensorcelé ?
Elle le secoua, ignorant le temps d'un instant la douleur qui lui transperçait les épaules. Mais il crispa de nouveau ses mains au niveau de son cou, les yeux vitreux, et elle laissa échapper un cri de douleur.
- Lâche-moi, tu me fais mal !
- Lâche-la, Crivey.
Un deuxième individu fit irruption dans le couloir vide et c'est ce moment que Colin choisit pour enfin consentir à se calmer. Ses doigts se relâchèrent un par un et il recula d'un pas, automate, maîtrisé, à l'image du plus docile casse-noisette. Comme s'il émergeait d'un rêve, il regarda Zabini arriver et celui-ci le contempla avec une hargne sans précédent. Encore à peine remise de son angoisse, Hermione porta ses mains à son cou et inspira avec force.
- Qu'est-ce que tu fiches ici, petit ? cracha Blaise qui s'approchait de telle manière à le faire battre en retraite. Ça t'amuse d'agresser les demoiselles dans les couloirs ?
Crivey ouvrit la bouche mais aucun son n'en sortit, et le Serpentard baissa sa tête en sa direction, le vrillant par-dessus ses sourcils noirs.
- Tu voudrais savoir ce qu'il arrive aux pourritures de ton genre ? fit-il sans cesser de coller son front au sien. Dégage de là Crivey, avant que je t'étripe devant toute l'école. Et n'essaie même pas de toucher à ne serait-ce qu'un cheveu de cette fille ou tu finiras dans un cachot à Noël.
- Non, attends ! protesta Hermione en se postant entre eux deux.
Mais le Gryffondor s'était déjà replié à la moitié de son discours et à présent il courait au loin, probablement mort de honte et en retard pour son prochain cours. Elle marqua une seconde d'hésitation, d'un côté bien décidée à percer le mystère de l'adolescent qu'elle avait vu grandir mais terrifiée à l'idée d'en payer les frais, pièce par pièce. Elle frotta sa poitrine, à l'endroit où Crivey avait enfoncé ses ongles. Une main s'ajouta au portrait et elle tressaillit à ce contact inattendu.
- Tu n'es pas blessée ? demanda Blaise qui rétracta son geste.
Ses longs doigts se refermèrent lentement à l'intérieur de son poing, pendant qu'elle se tournait vers lui.
- Je suis désolé de ne pas être arrivé plus tôt, poursuivit-il, j'aurais pu t'épargner la douleur.
Il scruta ses clavicules d'un regard ardent, sombre, auquel Hermione fut loin d'être indifférente. Une vive couleur pourpre tâcha ses pommettes et elle se força à inciter le reste de son corps au calme.
- Non ça ne fait rien ! assura-t-elle en agitant ses mains d'un air gêné. Je pense plutôt qu'il soit en train de traverser une période difficile, ce n'est pas vraiment quelqu'un de foncièrement méchant.
Elle se perdit dans la contemplation du couloir pendant un certain temps, le cerveau encombré d'hypothèses épineuses. Après une minute de réflexion, elle se tourna vers lui et prit le temps d'apprécier son teint basané ainsi que les cils étonnement longs saillant de ses yeux de braise. À quoi jouait-elle ? Zabini était probablement avec Parkinson et en plus, c'était un Serpentard.
- Merci quand même, se résigna-t-elle à ajouter avec un sourire forcé.
Cette étrange tendance à flirter avec l'ennemi commençait à bien envenimer son quotidien et elle avait tout intérêt à y mettre fin au plus vite.
- Je t'assure que j'aurai pu me défendre même sans ton aide. Et puis il ne m'aurait fait aucun mal, j'en suis persuadée.
Zabini esquissa un sourire grisant qui lui procura une sensation semblable à une chute depuis la tour d'Astronomie. Ses lèvres pleines n'avaient de cesse de lui rappeler qu'elle était irrémédiablement attirée par ce garçon dont elle ne connaissait rien. Elle n'y arrivait pas. Elle ne comprenait pas.
- Tu es incroyable, Hermione.
- De quoi tu parles ? s'enquit-elle en papillonnant des paupières.
- De ta capacité à voir le bien partout même où il n'en y a pas.
Peut-être était-elle simplement tombée sous l'emprise de l'attention qu'il lui accordait ? C'était possible.
- Tu dis ça parce que tu ne le connais pas, dit-elle en serrant la sangle de son sac entre ses doigts frissonnants. Colin est un excellent élève, et il est très gentil. Quelqu'un doit le harceler ou lui faire du mal, et il essaie de s'en sortir comme il le peut.
Blaise se mit à marcher, après un regard en coin significatif.
- Ce n'est pas de Crivey que je parlais.
Hermione resta plantée au milieu du couloir, le temps de réfléchir à ce qu'il venait de lui répondre. Elle fronça ses sourcils tannés et ses yeux se levèrent à mesure qu'elle pensait. Parlait-il de Malefoy ? Elle s'élança jusqu'à lui et s'immobilisa à ses côtés, le regard curieux.
- Par tout hasard, dit-elle sur un ton hésitant, ferais-tu référence à un camarade de ta promotion ?
- Tu m'as l'air un peu trop à l'aise avec les Serpentard, ces temps-ci, fit-il remarquer après avoir délibérément ignoré sa question. Ça ne te dérange pas de m'adresser la parole ?
Comme si elle venait d'être piquée par une épingle, Hermione sursauta et se mura dans un silence perplexe. Elle marqua même une pause dans sa marche et Blaise l'imita bientôt. Culotté venant de sa part !
- Je te retourne la question ! s'insurgea-t-elle en parvenant à sentir ses joues chauffer. Ce n'est pas moi qui ai commencé à fraterniser avec toi out of the blue ! Qui essaies-tu d'amadouer au juste ?
- Depuis le début, tu n'as montré aucun signe d'opposition alors j'ai continué, expliqua-t-il en haussant les épaules.
Bien sûr, et elle était la seule à blâmer pour cela. Du premier clin d'œil à la présente conversation qu'ils étaient en train d'avoir, elle n'y avait mis aucun frein et il était bien probable qu'ils foncent droit dans un précipice d'ennuis.
- Si c'est une tentative pour m'intimider ou me faire peur, c'est raté. Je ne vais tout de même pas m'agenouiller à vos pieds et vous éviter à chaque coin de mur. Vous êtes des Serpentard, par la garde royale de Sa Majesté.
Elle releva le menton et se remit à marcher, redressant son sac sur son épaule douloureuse. Zabini lui emboîta le pas et la jaugea d'un regard de braise.
- I like that.
Hermione rougit de plus belle et trébucha sur ses propres lacets. Elle tenta de conserver une démarche d'aplomb mais ce commentaire à peine chuchoté avait définitivement titillé son cœur.
- Pour répondre à ta question, oui je parlais de Malefoy tout à l'heure.
Le nom de son pire ennemi sembla la calmer pour de bon et pendant un court instant, elle en oublia toute frivolité.
- J'ai remarqué que tu passais beaucoup de temps avec lui.
Il parlait avec une sorte d'amertume qu'elle ne lui avait jamais remarquée, et le son de sa voix sombra dans une gravité presque séduisante. Elle pencha la tête, observant discrètement les contours de ses cheveux frisés, taillés à la perfection, et le bout de son nez arrondi. Si quelqu'un avait osé lui apprendre qu'un jour Zabini jalouserait Malefoy à cause d'elle, elle aurait été capable d'accompagner la personne concernée à Sainte-Mangouste, et lui payer les soins nécessaires de sa poche.
- C'est beaucoup plus compliqué que ça en a l'air, précisa-t-elle avec un fond d'excuse. Et puis... j'ignorais que vous aviez des différends entre proches Serpentard. C'est étonnant.
Elle avait conscience d'effleurer un sujet auquel elle n'avait sûrement aucun droit de connaissance pourtant elle ne pouvait s'en empêcher et elle mourrait tout simplement d'envie d'en connaître davantage.
- Nous n'en avons pas, éluda tranquillement Blaise.
Loupé. Elle avait sans aucun doute paru intrusive, idiote comme elle était.
- Ce ne sont que simples constatations, continua-t-il dans un souffle. J'ose tout de même espérer que tu auras le bon sens de t'éloigner à temps de cet homme.
- Qu'est-ce que tu veux dire par là ? demanda-t-elle.
- Simplement qu'il n'est pas ce qu'il prétend être. Fais attention à qui tu fréquentes.
Hermione le lorgna de la tête aux pieds, surprise que le conseil vienne de lui qui n'avait pour le moins aucune raison d'être en train de marcher en même temps qu'elle et de lui adresser la parole d'aussi près.
- Assurément, dit-elle avec un haussement de sourcils.
Saisissant le sous-entendu, Zabini décrocha un sourire en coin mais ne dit rien d'autre à ce sujet. De quoi la mettait-il en garde ? Elle avait appris à se fier des mauvais jeux et de la cruauté de Malefoy mieux que personne, mais était-ce suffisant ? En tout cas, il ne lui apprenait rien du tout et elle ne s'en formalisa pas le moins du monde.
- Le Bal de Noël approche, informa soudainement Blaise qui l'avait dépassée.
Il marchait à reculons, ses yeux vrillés au sien.
- T'as pensé au choix de ton cavalier ?
Sans attendre de réponse, il lui adressa l'un de ses plus fiévreux clins d'œil et tourna les talons, disparaissant au loin. Ébranlée, Hermione entrouvrit ses lèvres roses. Elle s'autorisa un grand sourire ébahi, et ne réalisa qu'elle était en train de manquer le début de son cours que lorsque le silence du château la frappa de plein fouet. Elle dévala les dernières marches qui la séparaient de la salle de cours et frappa à la porte de celle-ci à peine fut-elle arrivée. Le professeur ne tarda pas à la laisser entrer et elle bredouilla quelques rapides excuses qu'il balaya d'un signe de la main désabusé.
- Installez-vous, installez-vous, babilla-t-il derrière ses fines lunettes carrées. Nous nous apprêtions justement à commencer.
Hermione se précipita sur son pupitre, et se hâta de déballer ses affaires. Ce ne fut qu'après avoir terminé d'écrire le titre de la leçon du jour du bout de sa plume qu'elle daigna leva la tête. Malefoy était affalé à sa propre table, à sa droite, et mâchonnait distraitement un cure-dent. Elle rosit de surprise en le voyant, mais soutint son regard de glace.
- On n'est pas à l'heure miss-je-sais-tout ? chuchota-t-il en cessant de se balancer sur sa chaise. Si j'étais toi, je serais terrifié à l'idée de rater ne serait-ce qu'une miette d'une matière à gros coefficient.
La Gryffondor nota les premiers points du cours et écarta une boucle brune de son visage. Elle se tourna vers lui avec un sourire prétentieux, sa plume fièrement dressée dans son poing.
- Et de quoi j'me mêle, Malefoy ?
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Hermione marqua un court instant d'hésitation. Le poing levé sur la porte du bureau de Dumbledore, elle s'accorda une minute supplémentaire de réflexion, pesant le pour et le contre au vu de cette nouvelle initiative. Le directeur avait bel et bien laissé entendre qu'il était au courant de son funeste destin et celui de Malefoy. Pour autant, cela n'avait pas eu l'air d'être assez tragique à ses yeux puisqu'aucun moyen n'avait été déployé pour tenter de contrecarrer le problème. Mis à part, bien évidemment, ce fameux morceau de parchemin qu'elle avait enfoui dans la poche de son sac et la raison pour laquelle, précisément, elle se trouvait dans les quartiers de Dumbledore. Elle et Malefoy s'ignoraient de gaieté de cœur et elle était bien décidée à montrer à cet abruti qu'elle avait raison : si le directeur refusait de lui venir en aide, elle se replierait sur Rogue, et personne n'allait lui en empêcher. Elle toqua trois coups sonores et abaissa lentement son poing qu'elle garda serré contre ses hanches. Après une minute de silence, elle crut entendre une série de pas lourds – ou était-ce plutôt les cognements engourdis de son cœur ? – et une voix lui parvint enfin de l'intérieur.
- Entrez !
Les doigts palpitants, Hermione actionna la poignée de la porte et pénétra à petites enjambées au sein de l'antre. Le professeur Dumbledore s'affairait à remplir un parchemin et posa sa plume lorsqu'il la vit entrer. Ses yeux bleus, humides, s'attardèrent une fraction de seconde sur son visage et il lui sembla qu'une expression de surprise avait animé ses traits. Mais ce fut de si courte durée qu'elle ne fut plus tout à fait sûre de ce qu'elle venait de voir.
- Mademoiselle Granger, quel plaisir, s'exclama-t-il d'une vive voix. Que me vaut le réjouissant honneur ?
- Bonjour professeur, salua Hermione en penchant légèrement la tête.
Elle referma la porte derrière elle et s'approcha du bureau où il travaillait. Il lui fallut un moment avant de remarquer que son idole paraissait plus vieille que jamais et ses rides se creusaient dans un épuisement apparent. Son bras, qu'elle voyait pour la première fois à découvert, semblait se raidir et noircir à vue d'œil. Ses doigts avaient à présent la teinture d'un violet sombre, dur, et maladif de la mort qui vous guette, qui lui fit de la peine.
- Désolée de vous déranger, dit-elle alors précipitamment. C'est sans doute le mauvais moment pour une visite...
- Je vous en prie, coupa Dumbledore avec patience. À quoi servirait un directeur qui n'est pas à l'écoute de ses élèves ? Dites-moi tout.
Hermione déglutit et jeta un dernier coup d'œil à sa main meurtrie qu'il ne dissimulait même plus. Elle regrettait d'être venue l'importuner avec de tels non-sens mais le retour en arrière n'était plus possible. Elle tira alors le bout de parchemin qu'il lui avait lui-même légué et le lui tendit. Dumbledore le contempla avec un regard amusé, comme s'il s'y attendait (et cela était sans doute le cas). La Gryffondor garda son bras fermement tendu devant elle, sa poitrine s'élevant au rythme de sa respiration inégale, haletante. Après ce qu'il lui parut comme une éternité, Dumbledore s'empara de l'objet puis y posa ses yeux rieurs. Hermione aurait voulu lui expliquer la situation mais aucun son ne parvint à traverser la barrière de sa gorge et de toute manière, il était inutile de vouloir lui répéter quelque chose qu'il savait déjà. Un très long silence, étourdissant, salua le moment. Son cœur cognait avec passion dans sa cage thoracique, prêt à accueillir un nouvel espoir dans sa quête de retour à la normale. Enfin, le maître de Poudlard se décida à partager le fond de ses pensées.
- Que souhaitez-vous savoir miss Granger ?
- Ce que signifient ces écritures, répondit-elle à brûle-pourpoint.
Dumbledore retourna le morceau de papier entre ses doigts ridés.
- Parfaitement, mais... quelles écritures exactement ?
- La liste... je...
Mais Hermione s'interrompit en apercevant le parchemin qu'il continuait de tourner et inspecter dans tous les sens. Et celui-ci était devenu complètement vierge. Elle se précipita sur lui, sans réfléchir.
- Il y avait quelque chose d'écrit juste là ! protesta-t-elle en désignant la feuille d'un doigt tremblant. J'en suis sûre !
Elle se prit la tête entre les mains, se sentant défaillir.
- Non, non, non... souffla-t-elle sans parvenir à ralentir la panique qui s'emparait de son corps.
- Allons donc, calmez-vous miss Granger, tenta Dumbledore. Je suis certain que vous saurez me dire ce qu'il y avait d'écrit puisque les mots semblent s'être volatilisés.
Le cœur fendu en deux, Hermione ne goûta pas la plaisanterie et s'empêcha à temps de l'affubler d'un regard noir. Pour la seconde fois en sa présence, elle fut submergée d'un sentiment de déception et même à cet instant, d'une colère démentielle. Que lui paraissait-il d'amusant dans cette situation ? Le faisait-il exprès, encore une fois ?
- Il s'agissait d'une liste d'ingrédients, articula-t-elle après une vaine tentative de contenance. Cela ressemblait à une potion, je la connais par cœur si vous voulez.
Elle analysa le bureau d'un rapide coup d'œil à la recherche d'une plume et d'encre, qu'elle était sûre d'avoir vu à son entrée.
- Je vais vous l'écrire.
À mesure qu'elle parlait, ses yeux se perdirent dans le désordre du bureau qui ne contenait visiblement ni plume ni encre, et Hermione sentit bientôt la brûlure d'une longue sueur glacée longer sa colonne vertébrale.
- Ça ne fait rien, je peux la réciter.
Elle ouvrit la bouche, mais rien ne lui vint à l'esprit et elle eut l'impression que le bureau rapetissait autour d'elle. Un vide intersidéral gonfla son crâne et aucune liste d'aucun morceau de parchemin ne parvint à se matérialiser à cet effet. Ses mains tremblaient de fureur, insensible aux secondes, minutes qui poursuivaient leur inévitable engrenage. Dumbledore la fixait sans pour autant la regarder et elle ne détecta ni compassion, ni arrogance, ni rien du tout de semblable dans son regard. Il paraissait indifférent et avait presque l'air de s'ennuyer.
- Je... laissez-moi un instant, implora-t-elle en se concentrant de toutes ses forces.
Mais trois coups tapèrent à la porte et le directeur se leva de son fauteuil. Il passa devant elle avec un sourire désolé et lui tendit le papier complètement vide.
- Passez me consulter plus tard si vous le souhaitez, proposa-t-il tout de même tandis que ses cheveux d'argent voletaient derrière lui. Je reçois quelqu'un d'important, vous comprenez.
Il ouvrit la porte d'un mouvement sec de baguette magique et Hermione crut se liquéfier sur place en apercevant le ministre de la magie en personne sur le palier de celle-ci. S'il était capable de dégainer ses supercheries comme un magicien aurait tiré ses cartes de son chapeau, elle doutait fort qu'il ait pu orchestrer la venue d'une haute personnalité pour la simple volonté de la faire fuir. Vaincue, elle se résigna à prendre congé et fourra le morceau de papier dans la poche de sa sacoche de cuir. Rufus Scrimgeour s'invitait déjà à l'intérieur de la pièce, escorté par quelques autres membres du ministère qu'elle salua de la manière la plus brève possible. Elle étouffait et tout ce qu'elle souhaitait à cet instant était de déguerpir au plus vite.
- Merci professeur, se résout-elle finalement à lancer sur un ton amer.
Dumbledore lui adressa en échange des salutations convenues et elle quitta la salle du directeur en se retenant à peine d'en claquer la porte. Tremblante de tous ses membres, elle s'accorda une pause et laissa le temps à sa rage de s'assourdir. Hermione ne sut combien de temps elle resta ainsi plantée à ne rien faire, pétrifiée dans son dépit. Elle ne parvenait pas à totalement haïr le directeur de Poudlard, mais une incompréhension totale et douloureuse avait élu domicile au sein de son cœur. Que cela pourrait-il lui coûter de lui venir en aide, rien qu'une fois ? Elle ne comprenait plus rien, et à cet instant, elle fut tentée de se recroqueviller sur place et déverser toutes les larmes de son corps sur le palier de cette porte. Mais elle demeura immobile durant Merlin savait combien de secondes, jusqu'au moment où des éclats de voix finirent par lui parvenir depuis le bureau de Dumbledore et sa curiosité prit le dessus.
- Non bien sûr, ce n'est pas tant votre travail en tant que directeur de l'établissement que nous remettons ici en question, mais j'espère de vous une transparence irréprochable au vu de la situation.
Rufus Scrimgeour parlait de sa voix monotone au grain rugueux, implacable et féroce comme le vieux lion qu'il était.
- Cela va sans dire, rétorquait Dumbledore avec calme. Le ministère peut compter sur Poudlard à ce sujet, mais il ne s'agit pas de vendre mes élèves et j'aimerais que vous gardiez ce détail à l'esprit. Ce ne sont que des enfants et j'estime que la brigade de recherche ait assez de travail en ce moment pour se préoccuper d'adolescents.
Il y eut une sorte de ricanement farouche, et Hermione colla davantage son oreille contre le bois de la porte.
- Allons Dumbledore, je doute que ces critères puissent entrer en jeu. Le temps presse et nous nous devons de repérer les fidèles de Vous-Savez-Qui au plus vite. J'insiste vivement quant à la coopération de cette école vis-à-vis de la chasse aux Mangemort. Ai-je votre parole, oui ou non ?
À l'entente du terme fatidique, la Gryffondor sentit son cœur se serrer et son esprit fila instantanément vers Drago. Était-il recherché ?
- Poudlard a déjà communiqué ses engagements à propos de tout cela, Rufus. Je ne vois d'ailleurs pas la grande utilité du déplacement en personne des membres de la brigade.
Des murmures inaudibles saluèrent ce commentaire. Le ministre de la magie sembla faire les cents pas car elle entendit sa voix voyager à travers la salle.
- J'ai mes raisons de croire que l'école abrite des Mangemort, lâcha-t-il en ignorant les frémissements indignés qui suivirent de cet aveu, ou en tout cas, des enfants de Mangemort réputés.
Hermione déglutit. Il n'avait pas tort, et c'était sans doute le pire dans cette situation.
- Vous comprendrez, mon cher Albus, que le ministère ne peut ainsi se permettre de laisser une quelconque entité protéger ou continuer d'admettre des futurs meurtriers. Nous devons agir en amont.
Elle en avait assez entendu. Hermione décolla son oreille de la porte et serra les poings. Peut-être qu'elle développait de trop rudes pensées vis-à-vis de Dumbledore. Il avait déjà assez de choses à régler et elle avait désormais la preuve évidente qu'il agissait toujours en faveur de ses élèves. Dumbledore ne se voilait pas la face : il avait parfaitement conscience des enjeux et cela ne l'empêchait pas de faire preuve de tolérance envers les potentiels sorciers Mangemort qui continuaient de vivre sous son toit. Était-ce de l'espoir ? De l'inconscience, de la folie furieuse ? Elle n'en savait rien, mais ce dont elle était sûre, c'était qu'il avait l'air de savoir ce qu'il était en train de faire.
Elle se dirigea vers l'escalier tournant et y posa les pieds. Malefoy et elle ne s'était plus adressé la parole depuis sa pique au début du cours de ce midi, et elle n'avait eu droit qu'à une indifférence piquante de sa part. Il avait quitté la salle d'Arithmancie comme elle l'avait fait après l'heure dans les cachots du professeur Rogue, sans un mot ni un regard. Elle ignorait si elle devait s'en inquiéter mais elle ne pouvait prétendre plus longtemps que la situation l'arrangeait. Le fait était que, à présent qu'elle avait assisté à la conversation entre Dumbledore et le ministre de la magie, la guerre qui les attendait tous à la sortie des classes sonnait un peu plus réelle qu'avant. Elle ne s'imaginait même plus devoir combattre Malefoy sur le terrain. Pas après ce qu'ils avaient partagé jusqu'à maintenant, pas après la certitude qu'une certaine douceur se cachait tout au fond de son cœur de givre. Et pas après les six longues années qu'ils avaient passé à se voir mutuellement grandir. C'était trop dur. Hermione se retrouva dans le couloir sombre qui la menait à ses appartements, sans même s'en rendre compte.
Elle ressortit le morceau de parchemin, cadeau de la part de Dumbledore, et le retourna dans tous les sens. Sans surprise, les écritures étaient apparues à nouveau, identiques aux précédentes, et elle poussa un soupir exténué. Tout cela avait un sens, et elle ne le réalisait peut-être pas encore. Elle leva la tête et contempla le parc par l'un des nombreux vitraux du château. Dans sa tête, un millier de doutes et d'inquiétudes quant à la malédiction qui la hantait elle et son ennemi. Et puis, la brutale réalité qui les frappait tous les deux de front et avec force, menaçant de réduire en éclat leur avenir. Elle se visualisa un court moment assistant à l'emprisonnement de certains de ses camarades de Serpentard, et son cœur se comprima à l'idée que Blaise Zabini puisse en faire partie. Puis encore un peu plus, lorsqu'elle s'imagina ne plus jamais revoir les yeux gris et le fidèle sourire en coin de Drago Malefoy. À quoi servirait un directeur qui n'est pas à l'écoute de ses élèves ?
une petite review ? à bientôt !
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