lumos
oui, j'ai encore disparu... mais l'important c'est de revenir, n'est-ce pas ?, alors me voilà ! je vous présente mes plus plates excuses... j'ai été prise par le travail et mes études mais j'ai finalement réussi à trouver le temps pour boucler ce chapitre qui était déjà bien entamé mais que je n'avais plus la force de finir. en tout cas ! il est là et je ne vais pas blablablater plus longtemps ! je voudrais remercier toutes les personnes qui sont venues me lire entre temps, je ne le répèterai jamais assez mais vous êtes ma motivation et sans vous j'aurais sans doute abandonné cette fanfiction il y a des années déjà, faute de lecteurs et de retours. je vous laisse vous replonger dans l'univers et j'attends vos théories et vos avis avec impatience, rendez-vous dans les commentaires, bonne lecture à vous !
0 8
rouge argenté, vert cramoisi
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- J'ai bien cru que je ne te reverrais plus avant les vacances de Pâques.
Hermione poussa un long soupir et se laissa choir sur l'un des épais fauteuils de la Salle Commune des Gryffondor. La pièce était chaude, sémillante d'un entrain grandissant, et propice à l'arrivée des congés d'hiver qui se faisaient attendre. Elle scanna le foyer d'un regard envieux, affalée autour de ses gros coussins cramoisis. Quelques groupes d'élèves s'amassaient dans les quatre recoins de la salle, certains plongés en plein cœur de leurs parchemins tandis que d'autres, téméraires, s'adonnaient à une série d'activités plus ou moins bruyantes. Ce spectacle rappela à Hermione qu'elle n'avait pas rendu visite à ses camarades de maison depuis un très long moment déjà et elle s'enfonça un peu plus profondément dans son fauteuil, décidée à profiter au maximum de cette occasion.
- Oh oui, consentit-elle enfin à répondre, It's been a minute.
Ginny déposa deux verres de jus de citrouilles et sema une pluie de bonbons et chocolats en tout genre sur la table qui les assistaient. Hermione se pencha sur ceux-ci, soucieuse de choisir les meilleurs.
- Qu'est-ce qui te prend autant de temps Mione ? poursuivit Ginny en piochant dans le tas de friandises. Tu m'avais pourtant promis que tu trouverais un moment pour nous. Je suis même certaine que c'est la dernière fois que je te vois avant plusieurs mois, au point où nous en sommes.
Avec la grâce d'un phacochère, elle s'avachit sur son propre canapé, avant de laisser tomber un morceau impressionnant de nougat au fond de sa gorge.
- Être préfète-en-chef me réserve des responsabilités écrasantes, si tu veux tout savoir, se justifia Hermione avec un second soupir. Je me demande même si je ne commence pas à regretter d'avoir accepté cette fonction. Et je ne te parle même pas de la session d'examens qui arrive, c'est vraiment à se taper la tête contre les murs !
Loin d'elle l'idée de lui révéler la malédiction qui la liait à Drago Malefoy Ginny était peut-être sa sœur de cœur et la seule meilleure amie qu'elle n'ait jamais eue, il lui était pour l'heure inconcevable de discuter de quoi que ce soit qui concerne les Serpentard au risque que cela fuite aux oreilles de Ron, et inévitablement, de Harry. Elle ne pouvait pas se permettre un tel faux-pas et certainement pas maintenant, ou alors Malefoy se chargerait volontiers et avec grand plaisir de lui en faire payer les frais.
- Tu m'étonnes, pouffa Ginny lorsqu'elle eut enfin terminé de mâcher son rocher de nougat. Percy restera dans les mémoires, je ne connais que lui qui ait accepté de se faire martyriser pendant tout ce temps sans broncher. Enfin en tout cas, seulement quand il n'était pas à la maison… (Elle se gratta longuement la tempe, comme si elle tentait de se remémorer quelque chose). Je me rappelle qu'il avait fait une crise de nerf sensationnelle quand Ron avait osé envoyer quelques gnomes à sa fenêtre, un jour. Il était en train de s'entraîner pour son discours de je ne sais plus trop quoi et ça l'a mis dans une rage folle. Fred et Georges en ont pleuré de rire pendant des jours et Ron avait été traumatisé par ses postillons.
Hermione laissa échapper un rire amusé. S'il y avait un individu à Poudlard qui aurait pu concourir contre elle en matière de dévouement scolaire et peut-être même d'ailleurs la battre à plate couture, c'était bien le troisième frère Weasley. Est-ce qu'elle en était fière ? Peu sûr. À l'en croire ce qu'il était devenu, il y avait probablement du souci à se faire. Elle se mit à siroter son jus de citrouille du bout des lèvres, ses yeux mordorés se perdant dans la contemplation de la cheminée qui crépitait.
- À ce propos… reprit Ginny dans un souffle.
Elle se redressa en appuyant ses coudes sur ses genoux, l'air soucieux. Lové dans le coin de son fauteuil, son gobelet à la main, le ton songeur de la rousse l'interpella et Hermione tourna le cou vers elle.
- À ce qu'il paraît, tu as… refusé les avances de Ron… Enfin, tu l'aurais recalé serait plus exact, sans mauvaise foi.
Catastrophe. La jeune femme retint à temps une grimace gênée et déglutit sa gorgée de jus de citrouille avec difficulté. Elle attrapa son accoudoir pour se donner une contenance et tapota répétitivement sa poitrine avant qu'elle ne finisse par s'étouffer pour de bon. Merlin, cette histoire lui était vraiment passée par-dessus la tête, et elle ne s'était même pas souciée de tenir conseil à Ginny avant de prendre sa décision. Quelle gourde alors !
- Excuse-moi Ginny ! s'affola-t-elle en reposant son verre sur la table basse. Écoute, je te promets tout ce que j'ai que j'étais sur le point de t'en parler ! Seulement je n'ai pas eu une seule minute pour moi depuis et avec tout ce qui se passe en ce moment… Pardonne-moi, je t'en prie…
Elle se tint le front entre les mains, rouge d'un embarras sans nom.
- Oh non, mais quelle andouille…
Sa meilleure amie agrippa son avant-bras et entoura ses doigts d'une poigne apaisante. Son regard flamboyait d'une douce et pure compassion à laquelle elle avait l'impression de ne pas avoir droit, et la pression affectueuse de sa paume contre la sienne fit s'envoler les premières griffes de sa culpabilité.
- Ma parole Hermione, pourquoi tu t'excuses ? Ce n'est pas grave, je t'assure… Je comprends que tu n'aies pas pu ou voulu m'en parler, c'est même tout à fait compréhensible. Ce sont tes choix et ta vie, par Merlin ! Qui suis-je pour te faire la morale ? (Elle marqua une pause, le coin de sa lèvre se rehaussant imperceptiblement, alors qu'Hermione ouvrait la bouche pour objecter son point de vue). La petite sœur de Ron, oui, ça je te l'accorde volontiers. Et cela ne me donne pas pour autant le droit de t'imposer une relation avec lui, Mione, retire-moi ça de ta tête. En tant qu'amie, mon rôle se limite à respecter chacune de tes décisions et t'encourager lorsque tu en ressens le besoin, c'est tout. L'inverse serait complètement absurde, tu penses bien…
Hermione leva des yeux embués vers son visage encadré de longues mèches orangées. Ginny avait grandi si vite et si brillamment, comme une rose des bois autour des ronces. Elle était devenue une adolescente mature, réfléchie, et il était difficile de croire que son aîné avait tendance à ne lui ressembler que sur une minorité de points, pour ne pas dire aucun.
- Oh Gin'…
Le brouhaha alentour parvint à couvrir un faible reniflement qui lui échappa. Elle s'accorda le temps de se ressaisir et Ginny ne manifesta aucun signe de hâte elle continua de serrer sa main avec une tiède ardeur, patiente.
- J'aurai voulu accepter ses sentiments, tu sais, avoua Hermione après un long silence. Mais ç'aurait été malhonnête de ma part de vouloir faire semblant et je n'avais pas envie de succomber par simple pitié envers lui. Ce n'était pas juste.
Les sourcils de la rouquine se rejoignirent dans un tic incontrôlé, mais elle continua d'écouter. Hermione insuffla une bouffée de courage au fond de sa poitrine et poursuivit, le cœur battant.
- Je pensais que je l'aimais. Oui… il y avait bien des jours où j'avais cru que j'étais tombée amoureuse de Ron. J'appréciais sa présence, je réprouvais son absence, et je me surprenais à l'observer en douce à chaque fois qu'une occasion se présentait. Puis, j'ai commencé à mépriser les filles qui osaient s'approcher de lui et le comportement qu'il adoptait en réponse. La jalousie a fait son chemin, l'amertume aussi. C'était devenu mon quotidien, et parfois cela m'épuisait. Et la vérité, c'est que j'ai continué à fermement croire en notre idylle jusqu'au jour où cette relation ait enfin et sérieusement menacé de se concrétiser. Ce jour-là alors, j'ai eu peur.
Ginny lâcha sa main, doucement, et s'adossa à son canapé sans cesser de la fixer. Elle n'avait pas l'air en colère, ni même émue, mais plutôt concentrée.
- J'avais réalisé que ce n'était pas ce que je voulais. Et je me sentais bête d'avoir fait planer le doute pendant si longtemps. Je sais qu'on en avait parlé des centaines de fois ensemble, et tu as pris le temps et l'énergie de me conseiller quand ça n'allait plus. Pourtant il m'a fallu d'être postée au pied du mur pour me rendre compte de la confusion dans laquelle je baignais. J'avais passé beaucoup trop de temps avec Ron, et l'aimer comme un amant ou comme un frère ne faisait plus de concrète différence au stade où j'en étais arrivée. J'avais peur de devoir sacrifier l'un pour l'autre. L'amitié pour l'amour. Les vieux souvenirs pour les nouvelles aventures.
Son regard se jeta à nouveau au milieu des braises ardentes de la cheminée, où elle lâcha les flammes empoisonnées de son passé.
- Mais je me suis décidée, et je n'ai plus rien engagé de plus à compter de ce jour. C'était étrange comme sensation. J'avais eu l'impression de perdre quelqu'un ou… quelque chose. Je me suis sentie vidée… vidée d'un sentiment sur lequel je n'arrivais pas à mettre un mot et qui n'avait eu de cesse de me consumer durant ces dernières années. Et pour la première fois Ginny, ça m'a fait du bien.
Elle se mura dans un silence contemplatif. Autour d'elle, le bourdonnement indistinct des conversations continuait d'alourdir ses tympans, oppressant, lourd. Hermione demeura renfermée ainsi durant un si long moment qu'elle finit par oublier tout souvenir de la précédente conversation et elle hocha la tête pour se remettre les idées en place. Elle se tourna ensuite vers son amie qui attendait posément son retour à la réalité, assise en tailleur au milieu de son canapé, méditative. Hermione attrapa le reste de son jus de citrouille un peu en tremblant et observa les relents du liquide se mouvoir sur les parois de verre.
- Je ne pourrais pas te dire aujourd'hui si je regrette cette décision ou non, confessa-t-elle sur un ton qui laissait entendre la clôture de cet aparté, mais ce qui est sûr, c'est que j'ai écouté mon cœur et je sais pertinemment que c'est exactement ce que tu m'aurais conseillé de faire…
Ginny balança sa tête en arrière en inspirant profondément. Elle abandonna son verre vide au milieu des sucreries et frotta ses deux paumes contre elles.
- Probablement oui, avoua-t-elle sans lever les yeux de celles-ci. Tout compte fait, je suis soulagée que cela se soit passé ainsi.
Hermione laissa échapper un soupir qui la libéra de toute son appréhension. Elle n'était pas fâchée !
- Je commence à me dire qu'au fond mon frère ne te correspond pas tellement, au-delà de l'amitié que vous partagez. C'est d'ailleurs ce qu'il n'a pas arrêté de me répéter l'autre soir : « Je ne la mérite pas Ginny ! Il lui faut quelqu'un à sa hauteur ! ».
Le cœur de la Gryffondor se fendit en mille petits morceaux tranchants. Elle n'aurait jamais songé que son meilleur ami tirerait des conclusions aussi radicales que celles-ci et découvrir l'envers du décor lui serrait la gorge. Elle l'avait peut-être recalé, mais cela n'avait rien à voir avec lui c'était plutôt elle qui ne savait pas ce qu'elle voulait.
- Ron a vraiment dit ça ? demanda-t-elle d'une voix tremblante.
- Oui, affirma-t-elle en s'époussetant les genoux. Écoute Hermione… juste… laisse tomber, tu veux ?
Elle semblait dépassée et comme elle, peu désireuse d'étaler plus longtemps ce sujet de conversation pénible.
- Je suis sûre et certaine qu'il s'en remettra, appuya-t-elle après une courte pause, ne t'en fais pas pour lui et je t'en prie vis ta vie comme bon te semblera. Il sera forcé de faire de même lorsqu'il remarquera que tu es passée à autre chose. C'est la vie, c'est comme ça et crois-moi : ce n'est pas grave.
Comme pour la rassurer, elle souligna la fin de cette discussion d'un sourire conciliant. Hermione resta muette le temps d'un instant, taciturne, absorbée dans un silence tendu qui lui remuait les entrailles. Elle avait envie de vomir, et elle se dégoûtait d'avoir été aussi peu sensible aux sentiments de Ron. Ils avaient bien évidemment recommencé à se reparler petit à petit mais savoir qu'il endurait la situation dans un tel état d'esprit la répugnait. Elle tenta de se consoler en se rappelant qu'il avait toujours été quelqu'un de peu sûr de lui et ce coup dur lui permettrait peut-être de rebondir avec plus de confiance à l'avenir. En tout cas, c'est ce qu'elle espérait et elle ne pouvait lui souhaiter que le meilleur après cette mésaventure déchirante.
- Tu arrives à tenir avec Malefoy ?
Le coude d'Hermione glissa de son accoudoir.
- Je… Hein ?
- Malefoy, répéta Ginny qui s'autorisait une dernière tournée de jolis chocolats à la liqueur. Cela n'a vraiment pas l'air d'aller entre vous, d'après ce que j'ai ouï dire. Enfin, pire que d'habitude quoi.
Elle faisait probablement référence à l'épisode de l'infirmerie qui avait, pour sûr, fait le tour de l'école. Elle consentit à relâcher ses épaules crispées et se frotta la tempe d'un doigt frissonnant. Le nom de son pire ennemi suffisait à animer en elle un sentiment de révolte prononcé et une foudroyante nausée qu'il pouvait se vanter de provoquer par le simple souvenir de sa personne. Elle rendit à Ginny son regard exaspéré et secoua la tête.
- Malefoy reste Malefoy quoi qu'il arrive, j'ai tout simplement décidé d'arrêter de me laisser faire et ça fait des étincelles, comme chacun pourrait s 'y attendre.
La rouquine enfourna un chocolat dans sa bouche et ce dernier réapparut sur la surface de sa joue sous l'aspect d'une bosse informe. Son nez se plissa en une moue embêtée, piqueté de ses innombrables tâches de rousseur.
- Je ne crois pas qu'il soit raisonnable de changer de tactique avec lui, si tu veux mon avis… critiqua-t-elle en continuant de réfléchir. Le bon vieux coup de l'ignorance marchait très bien jusqu'ici, j'ai bien peur qu'il ne s'acharne encore plus sur toi si tu continues sur cette lancée, Mione…
- Alors quoi ! s'indigna celle-ci avec un pouffement hautain. Est-ce que tu es en train de me demander de me plier à ses quatre volontés ? Quand les poules auront des dents, Ginny, j'ai assez enduré comme cela.
Elle se renfrogna dans son orgueil, vexée que sa meilleure amie n'approuve pas ses nouvelles méthodes de guerre. Et puis quoi encore, elle n'allait pas se mettre à lui baiser les pieds non plus il ne lui manquait plus que ça.
- Ce n'est pas ce que j'ai dit, soupira-t-elle sur un ton d'excuse. Crois-moi j'admire ton audace et ton courage, et je te fais confiance. C'est à lui que je ne fais pas confiance et je n'ai pas envie qu'il use de cet alibi pour te faire encore plus de mal. Cela ne fera que justifier son comportement envers toi et s'il se débrouille bien, il pourrait même retourner la situation à son avantage et te faire passer pour la vilaine devant les professeurs ou Dumbledore lui-même.
Hermione saisissait l'enjeu, mais elle n'était pas plus prête de se laisser faire par Malefoy que d'abandonner ses études, c'est pourquoi elle se contenta de souffler discrètement, les paroles de Ginny entrant par une oreille et sortant immédiatement de l'autre. En outre, la rousse ignorait tout du pari de survie qui les unissait et à cet effet, elle n'avait pas d'autre choix que de n'en faire qu'à sa tête pour l'instant. Après tout, elle savait pourquoi elle le fréquentait et aux dernières nouvelles, elle ne craignait rien qu'il ne puisse pas craindre à son tour. La Gryffondor se tourna vers Ginny qui semblait fatiguée à l'idée que sa meilleure amie puisse faire l'objet d'une vengeance surprise.
- En tout cas, rien de ce que je n'ai pas déjà expérimenté avec cette enflure, dit-elle avec amertume. J'ai pris l'habitude, Gin', ne t'en fais pas. Il ne s'est jamais gêné pour ternir ma réputation auprès des autres et ce n'est pas aujourd'hui que je m'en formaliserai.
- On s'inquiète pour toi, expliqua son amie d'une voix éplorée. Harry s'inquiète pour toi. Il en parle presque tous les jours. Ron aussi…
Hermione tendit la main vers sa joue qu'elle pinça avec douceur, avant d'y passer son pouce dans une dernière caresse affectueuse.
- Tout va bien aller, Ginny, je te le promets. Oublie tout ça, à présent.
Elle lui sourit tendrement, et fut soulagée de voir que Ginny lui rendit cette attention après s'être défaite de son regard insurgé. Comme pour mettre un terme définitif au sujet pénible et sempiternel que représentait le Prince des Serpentard, Ron et Harry déboulèrent à l'entrée de la Salle Commune et elle se redressa sur son canapé. Époussetant ses cuisses d'un vigoureux coup de main, elle ne tarda pas à baisser les yeux sur ses genoux qu'elle couvrit d'un coussin miteux. Elle y enfonça ses coudes du mieux qu'elle put et entreprit de se tordre les doigts, honteuse de devoir recroiser le garçon à qui elle savait désormais qu'elle avait brisé le cœur à jamais.
- Arrête ça Hermione, souffla Ginny entre ses dents puis lui pinçant discrètement le bas du dos. Mais regardez qui voilà !
Elle se leva d'un bond de sa place et après un dernier regard d'avertissement à l'égard d'Hermione, accueillit les nouveaux venus à bras ouverts. Ron se logea prestement dans le creux de son cou et comme un vieux réflexe dont il n'arrivait pas à se défaire, comme une addiction délicieuse et interdite, ses yeux se posèrent sur le fruit défendu. Hermione rosit avant même d'avoir eu le temps de réfléchir, mais elle se força bientôt à passer outre cette affreuse montée de culpabilité la pincée de gêne qu'elle écrasa dans le fin fond de sa tête.
- Salut les garçons ! lança-t-elle en attrapant le bras de Harry qui se frayait un chemin jusqu'à elles.
Elle l'entraîna vers son canapé où elle ne cessa de tirer sur la manche de son pullover jusqu'à ce qu'il daigne s'installer à ses côtés, ce qu'il fit avec grand bruit et un soupir de satisfaction.
- Tu as l'air fatiguée Hermione, fit remarquer Ron assis près de Ginny qui s'était lovée contre lui. Tout va bien ?
- En tout cas, moi, je suis out ! intervint Harry en se débarbouillant le visage. J'ignore quel sortilège te fait tenir debout, Mione. À ta place j'aurais déjà cassé un bras à Malefoy et glissé un somnifère dans le jus de citrouille de McGonagall.
- Harry ! s'indigna la lionne en lui assénant un coup sur l'épaule. Tu n'as donc pas honte ?
Ron s'esclaffa de bon cœur et les vestiges de son malaise achevèrent de se dissoudre dans la liqueur amicale et fringante de l'atmosphère. Avec un vif coup d'œil faussement sévère en sa direction, elle fit la moue sans parvenir à empêcher les coins de ses lèvres de se relever.
- Tu défends Malefoy maintenant ? releva Harry avec un haussement de sourcils mutin.
- Bien sûr que non, idiot, marmonna-t-elle les bras croisés, tu sais très bien à quoi je faisais allusion. Et pour répondre à ta question Ron, je vais bien, vous n'avez vraiment pas à vous inquiéter.
- Tu irais peut-être un peu mieux sans cette vipère qui te tourne sans cesse autour, contra-t-il d'un air lugubre. Il faut que tu nous le dises s'il te fait encore du mal Hermione, tu le sais n'est-ce pas ?
Qu'avaient-ils donc tous à la bassiner avec cette histoire aujourd'hui ? Est-ce qu'elle donnait finalement l'air d'être désespérée à ce point ? La jeune femme soutint le regard déterminé de son meilleur ami, surmonté de ses deux fins sourcils orangés qu'il plissait avec ardeur. Elle parvenait à y lire sa témérité dont jamais il ne se séparait, mais aussi les gravats solitaires de son amour qui lui pesaient lourd sur le cœur. Pourtant, et malgré toute l'affection qu'elle portait pour ses proches, Hermione étouffait sous le poids écrasant de cette constante inquiétude et la surprotection dont elle faisait l'objet. Non pas qu'elle puisse affirmer qu'elle était en sécurité auprès de Malefoy – c'était même tout le contraire –, il n'en restait pas moins qu'elle avait l'impression d'être un brin sous-estimée.
- Merci Ron, glissa-t-elle avec un soupir, les paupières baissées, mais je devrais pouvoir me débrouiller toute seule je ne suis plus une petite fille et je n'ai pas besoin de gardes du corps.
- Et on n'en doute pas une seconde, s'empressa de rassurer Harry qui avait senti la pointe de son agacement. On dit simplement que si tu sens que ça pèse sur toi, surtout avec toutes les responsabilités que tu as sur le dos, tu as le droit de demander de l'aide. Il n'y a aucun honte à cela, Mione. Et puis je suis sûr que tu aurais agi de la même manière pour nous si les rôles étaient inversés. Pas vrai ?
Il lui balança un coude dans la côte avec un sourire qui attendait une réponse.
- Peut-être bien, oui… admit finalement Hermione en retroussant ses lèvres. Mais tout de même…
- Tu vois !
Elle abattit son poing sur sa hanche, le nez plissé derrière son dédain. Il se contenta de pouffer bruyamment, pendant que Ginny assistait à ce spectacle, une joue écrasée sur le dos de sa main et les yeux rieurs. Ses longs cheveux fauves étaient éparpillés sur les genoux de Ron, qui s'appliquaient à enrouler distraitement la même mèche autour de son index.
- Si j'entends encore une fois parler de ce serpent à sornettes je crois que je vais vomir, gémit Hermione en s'étirant longuement. Alors, vous avez du nouveau à propos des Horcruxes ? Dumbledore ?
Harry installa ses jambes une par une sur la table basse après avoir dévalisé le reste des sucreries qui s'y trouvaient. Il en jeta une poignée à Ron, celui-ci chipant le tout à la volée d'une main adroite. La salle désemplissait à vue d'œil, signe que l'heure tournait et que viendrait bientôt le moment pour elle de rejoindre ses propres appartements. Elle venait d'abandonner la première moitié de son temps libre à discuter d'amourettes et de Malefoy et le moins que l'on puisse dire, c'est qu'elle le regrettait déjà. Il y avait beaucoup plus grave : la guerre qui approchait à pas de loup, sinueuse, envahissante.
- Les recherches avancent, annonça Harry dans un murmure presque inaudible, …avec une extrême lenteur. Rien de concluant depuis.
Les épaules d'Hermione s'affaissèrent.
- Rien ? répéta-t-elle avec effroi.
- À vrai dire si, la seule chose notable est l'état de Dumbledore qui ne va qu'en s'aggravant.
Un lourd silence accueillit cette déclaration déchirante. Harry n'avait même plus l'air de se soucier de ce qui passait autour de lui. Il avait lâché cela avec tant de nonchalance qu'elle en fut frappée un instant. En vérité, le Survivant donnait tout simplement l'impression de s'être détaché de la réalité, absent, isolé derrière les barricades invisibles qui épargnerait la santé de son esprit. À mesure que le danger approchait, nul ne pouvait ignorer le lourd tribut à concéder en échange du retour de la paix dans le monde sorcier, et l'avenir arborait déjà cet arrière-goût insipide des séparations et de la défaite. Mais Hermione répugnait de constater que les seuls à en payer le prix fort restaient Harry, un jeune homme que le destin avait injustement enchaîné à sa propre perte depuis sa naissance, et sans surprise, le professeur Dumbledore, sur qui tout le monde reposait machinalement ses derniers espoirs de victoire contre Voldemort. S'il advenait d'une manière ou d'une autre que le plus grand sorcier de tous les temps ne soit soudainement plus, tout s'effondrerait alors devant leurs yeux réunis, et il n'était pas garanti que le château de carte que l'Ordre arborait en guise de défense puisse se dresser à nouveau.
- On ne peut plus rester les bras croisés, murmura-t-elle d'une voix blanche, il faut qu'on agisse…
- Il n'y a rien à faire Hermione.
Harry avait le regard figé sur les flammes de la cheminée qui se mouvaient paresseusement et elle le dévisagea un très long moment, comme s'il venait tout simplement de balancer les vestiges de son courage dans l'âtre. Il ne lui était jamais venu à l'idée que son meilleur ami puisse abandonner le combat avec autant de facilité et après les premiers obstacles qui se haussaient sur leur chemin mais elle n'avait pas le droit de lui en vouloir ni même pourrait-elle avoir la prétention de se mesurer aux souffrances qu'il endurait tous les jours en silence. Si telle était la vision d'Harry pour leur futur, il ne lui restait plus qu'à respecter ce choix et espérer en secret que la roue tourne dans les mois à venir pour les sauver de cette impasse.
- Je sais que Malefoy trafique quelque chose dans son coin, annonça-t-il bientôt sans aucune transition.
- Que… quoi ? balbutia Hermione en papillonnant des yeux.
Harry continuait d'observer les buches se consumer dans la chaleur ardente de la cheminée, un emballage de chocolat dans ses mains qu'il triturait avec rancœur. Sa poitrine se serra pour une raison qui la dépassait et elle détourna la tête en la secouant.
- Qu'est-ce que tu racontes, lâcha-t-elle nerveusement, il ne trafique rien du tout.
Ron s'immobilisa une fraction de secondes après sa prise de parole, les yeux baissés sur la mèche de Ginny qu'il se remit finalement à entortiller. Ginny elle-même ne dit rien mais donna l'air d'être en pleine réflexion c'est alors qu'elle eut la désagréable et l'irréfutable impression d'avoir commis une erreur : insinuer l'innocence du Serpentard et de ce qui restait leur ennemi à tous. Elle les toisa chacun à tour de rôle, son rythme cardiaque s'accélérant considérablement face à ce calme cauchemardesque qui venait de s'installer.
- Enfin quoi, on ne va pas recommencer avec ces histoires ! se justifia la sorcière en perçant la bulle de stress qui enflait dans sa poitrine.
- Je ne sais pas ce qu'il mijote mais je ne vais pas tarder à le découvrir, continua Harry comme s'il n'avait rien entendu.
- Harry c'est des bêtises tout ça, s'impatienta-t-elle en remontant son genou sur le canapé pour se tourner vers lui. On ne peut se permettre de perdre notre temps pour un imbécile qui ne nous apportera rien d'autre que mistoufle et misère.
- Tu le défends réellement en fait, rétorqua-t-il finalement en tournant le menton vers elle.
Hermione fut frappée d'horreur un instant et la tension grimpa à un tel cran qu'elle en eut presque le vertige. Ses joues chauffèrent de gêne, de colère et d'incompréhension pour ce sentiment de crainte qui avait logé dans un creux de son cœur à l'égard de cet idiot de Malefoy, qui ne méritait rien de moins que haine et dépit.
- Tu ne sais pas de quoi tu parles Harry, frémit-t-elle, le souffle court. J'essaie simplement de t'éviter de t'attirer des ennuis spectaculaires et il me semble bien que j'en sais un peu quelque chose puisque je fréquente ce garçon depuis plusieurs mois maintenant. Tu parles de Dumbledore qui risque de ne plus pouvoir assurer nos arrières mais tu as l'air de t'en ficher royalement.
Ginny se redressa de sa position allongée.
- Calme-toi Hermione.
- Non laisse-la parler, intervint Harry avec calme.
- Je n'ai rien d'autre à ajouter, lâcha-t-elle sèchement, si tu veux jouer les chaperons derrière Malefoy au risque de mettre en péril tous nos préparatifs au combat contre Voldemort, je t'en prie, vas-y. Mais le jour où tes recherches se révèleront infructueuses, il te faudra bien reconnaître que j'avais raison et tu avais tort. Et j'espère que ce jour-là, il ne sera pas trop tard.
Harry la considéra d'un regard lourd d'accusations qu'elle eut beaucoup de mal à soutenir. Elle ne savait pas elle-même à quoi elle était en train de jouer mais elle aurait toujours l'excuse de se convaincre qu'elle agissait pour le mieux et en son propre intérêt : éviter que ses meilleurs amis ne découvrent le pacte qui la liait à son ennemi de toujours. Peut-être qu'elle se leurrait. Et peut-être que Malefoy avait enfin réussi à la manipuler. Mais elle ne voulait pas y songer pour l'instant. Elle continuerait à se voiler la face jusqu'à la fin comme à son habitude.
- Difficile à croire quand on se rend compte que chacun de mes précédents soupçons se sont révélés fondés, contra Harry avec une once de supériorité. Je ne risque rien si ce n'est de découvrir la vie de Malefoy et par extension celle de Voldemort, puisque, je te ferais remarquer, celui-ci réside actuellement dans leur manoir. Qu'est-ce tu dis de ça ?
Hermione perdait en crédibilité. Mais la marche était enclenchée et pas question de faire revenir en arrière la locomotive qui tournait à plein régime. Elle avait défendu Malefoy une fois, il fallait qu'elle y tienne jusqu'au bout, ou alors ses arguments ne tiendraient plus la route initiale.
- Traquer Voldemort est une chose, chuchota-t-elle en se penchant sur lui, traquer Malefoy et sa famille en est une autre. Je te demande simplement de ne pas perdre l'objectif de vue, voilà tout. Et je ne te parlerais même pas de la désapprobation de Dumbledore s'il arrivait que tu lui en touches un mot. Je te le répète, tu t'embarques vraiment dans un pétrin sans issue.
Ron mima une expression confuse.
- Je crois que Dumbledore sait très bien qui sont les Malefoy, il ne désapprouverait rien du tout. Tu te fais des idées.
- Détrompe-toi Ron, objecta-t-elle soucieusement.
Elle planta son regard dans le sien mais sa prochaine réplique ne lui était pas vraiment destinée et elle visa plutôt son voisin dans ses quelques paroles :
- Sa fonction de directeur de Poudlard lui interdit de penser du mal de ses élèves, même des pires. Tu serais étonné de découvrir le fond de sa pensée sur le sujet…
Elle se lança alors dans le bref récit de son entrevue chez Dumbledore, ainsi que la conversation qu'elle avait surpris entre lui et Scrimgeour un peu plus tôt dans la journée. Harry paraissait avoir laissé sa rancune de côté le temps de cette conversation et à la place, porta une attention toute particulière à ce qu'elle s'appliquait à démontrer.
- J'en étais sûr, martela-t-il en même temps que la table basse. Ron, je te l'avais dit.
Ron approuva, les genoux pressés l'un contre l'autre, les traits de son visage encore concentrés dans la précédente tirade d'Hermione. Sortant peu à peu de sa transe, il acquiesça une nouvelle fois avant de se laisser tomber sur le dos de son fauteuil.
- Scrimgeour sait à quoi s'en tenir, c'est le moins qu'on puisse dire.
Ginny se rongeait les ongles.
- Quand est-ce que tu comptais nous en parler ? lui reprocha Harry qui semblait frappé d'un regain d'énergie.
- Cela passé cet après-midi à peine Harry ! Je n'allais quand même pas t'envoyer un hibou !
- Tu ne fais que confirmer ma théorie, Hermione, conclut-il sur un ton réjoui et sans trop prêter attention à sa réponse. Il y a bel et bien des Mangemort à l'école et crois-moi je suis bien décidé à leur tirer les vers du nez. Voilà ce que j'appelle traquer Voldemort.
Ron esquissa un mouvement en avant, ravi de constater l'effet de cette toute nouvelle piste sur le moral et la motivation d'Harry. Hermione quant à elle, soupira bruyamment.
- Vous n'avez donc rien écouté ?
- Fort bien même. C'est plutôt toi qui ne t'es pas écoutée.
- On sait très bien ce qu'il en est, commenta Ron, tout cela n'est que supercherie. Dumbledore refuse simplement de laisser le ministère se mêler des affaires de Poudlard, exactement comme à l'époque de Fudge, Ombrage et compagnie. Même tactique.
Harry avança sa main vers la sienne et Ron tapa dessus avec complicité.
- On y est.
- C'est une analyse très superficielle de la situation, insista-t-elle sans se démonter. Vous voulez jouer aux grand héros, mais Dumbledore lui n'oublie jamais que nous restons des adolescents. Et il continue d'agir en conséquence, c'est son rôle de directeur. À cet âge-là, nous sommes extrêmement influençables et notre appartenance à un clan peut être remise en question en un claquement de doigts. Il a espoir en ses élèves et je ne peux que lui donner raison.
- Je rejoins Hermione sur ce point, intervint soudain Ginny, sortant de son mutisme. Dumbledore espère faire basculer les quelques fils de Mangemort dans notre camp.
Les deux jeunes femmes se croisèrent du regard et Hermione lui transmis sa plus haute reconnaissance.
- Tu vois bien, je ne suis pas folle !
- C'est fini tout ça, ragea Harry qui donnait l'air de ne rien vouloir entendre. On a grandi, et tu en as parfaitement conscience. Ne fais pas semblant.
Atterrée, Hermione hocha la tête d'ennui et s'avoua intérieurement vaincue. Les temps avaient beau être rudes, elle soutenait chacune des décisions que pouvait prendre Dumbledore et restait convaincue de leur légitimité. Il savait ce qu'il faisait, et n'abandonnerait jamais sa fonction de parrain des élèves en faveur d'un mobile politique. Il n'y avait plus qu'à espérer qu'en dépit de tout ça, Harry ne s'approche pas de trop près, au risque de découvrir peut-être pire secret que les plans de bataille du mage noir, et il lui faudrait désormais s'engager à être d'une prudence extrême vis-à-vis de sa relation avec Malefoy. Elle ne regrettait pas néanmoins d'avoir relaté cet épisode crucial : Harry restait son meilleur ami, tout comme l'étaient Ron et Ginny, et le combat contre Voldemort, une priorité pour tous.
- Fais ce que tu veux Harry, soupira-t-elle presque à contrecœur, mais n'abuse pas de cette position et fais attention à ne pas te brûler les ailes.
- Tu me connais, rassura-t-il avec une légère tape sur l'épaule. Discret comme un homme invisible.
- Oui, c'est bien ce qui m'inquiète…
Avec un clin d'œil entendu, il se redressa et avala les bonbons survivants de leur réunion d'une traite. Il enjamba les chaussures et autres pantoufles qui traînaillaient au sol et se dirigea vers l'escalier de leur dortoir, talonné par Ron qui s'épousseta distraitement les cuisses avec un dernier sourire amical pour Hermione et une rapide accolade pour sa cadette.
- Bonne nuit les filles, ne tardez pas trop.
Les deux garçons disparurent alors aussi paisiblement qu'ils étaient apparus, et la Salle Commune hurla un silence à leur départ. Elle ne remarqua qu'à cet instant qu'elle était déserte et Ginny se replaça à ses côtés tel un chat paresseux, comme pour se fondre dans le décor douillet de la pièce.
- Fatigantes ces discussions récapitulatives, bailla-t-elle tout contre son épaule. Vivement le bal de Noël, tu ne trouves pas ?
Hermione laissa tomber sa tête contre le sommet de sa chevelure rousse et un calme délicat enveloppa les deux sœurs.
- Vivement le bal de Noël.
Le feu crépita exquisément au fond de sa cheminée, elle resserra son pull autour d'elle. « Le Bal de Noël approche… T'as pensé au choix de ton cavalier ? »
- À ce propos Ginny, tu sais…
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Hermione avançait vers sa chambre, ignorant comme elle le pouvait la porte voisine aux couleurs olive. Elle n'avait plus vu Malefoy depuis un bon moment déjà et se surpris à angoisser à ce sujet. Où était-il ? Que faisait-il ? Avait-il fait attention à prendre son Polynectar en quantité suffisante et aux heures convenues ? Devait-elle passer lui rendre visite ? Était-elle encore en train de penser à cet idiot ? Elle s'infligea un bon coup de grimoire sur le crâne, décidée à se reprendre en main.
- Oh, ça suffit Hermione ! songea-t-elle tout haut dans le corridor. Tu n'oserais tout de même pas oublier la tonne de devoirs qui t'attend ?
D'une poigne ferme, elle attrapa le pommeau de sa porte et s'enferma sans plus attendre. Il y avait déjà quelques jours qu'elle avait délaissé, en plus de ses amis, ses révisions, et ce ne serait pas mentir que de constater la gravité de la situation. Hermione étala toutes ses parchemins sur la table, ses plumes et ses manuels, avant de s'y plonger sans préambule. La nuit continuait de s'abattre sur un ciel aux nuages obscurs, engloutissant le reste de la pièce d'un voile inquiétant. Les ténèbres avaient épargné l'imposant bureau de ce triste sort, éclairé de grosses et multiples bougies flottantes. À une heure du matin cependant, Hermione estima qu'il n'était pas sage d'étendre cette session de travail. Elle avait déjà beaucoup avancé et elle n'allait pas retomber dans ce cercle vicieux d'insomnies et autres fatigues nocturnes qui lui tendaient les bras. Aussi laissa-t-elle son bureau tel qu'il était, débarbouillant son visage esquinté, où les cernes avaient déjà dévoré la pâleur de sa peau.
Hermione traîna des pieds jusqu'à la sortie, presque assommée par le savoir qu'elle avait ingurgité cette nuit. Dans sa marche claudicante vers la salle de bain, elle traversa à nouveau le corridor qu'elle partageait avec le Serpentard sans avoir cette fois-ci la force ni l'envie d'ignorer celui-ci. Elle frappa à sa porte avant de pouvoir commencer à réfléchir sur la question et attendit. Ses yeux vitreux louchaient sur le bois écaillé de son encadrement, et les spirales peinturées qui l'ornaient où elle avait l'impression de tomber. Après une très longue poignée de minutes, elle se rappela qu'elle attendait toujours et toqua une seconde fois, pour faire comprendre qu'elle rentrait. Il y eut un silence mortifiant lorsque la porte eut finit de grincer et Hermione entra dans la chambre vide de Malefoy.
Le lit intact et la fraîcheur de ses draps semblaient indiquer qu'il n'avait, pour le moins, jamais regagné ses appartements après les cours, et cette information ne manqua pas de serrer son cœur. Où était Malefoy ? Cela lui arrivait-il souvent de déserter sa chambre de la sorte ? Hermione rebroussa chemin, tout à coup très réveillée. Elle continua de marcher vers la salle de bain, anxieuse, brouillée par cette absence prolongée. Au lieu de la détendre, sa douche lui brûla l'épiderme, arrosa ses théories les plus saugrenues et la vapeur qui en résulta asphyxia le peu de confiance qu'elle gardait pour lui.
Il ne faisait presque aucun doute que Malefoy trafiquait des bêtises dans son coin et le fait d'en ignorer la nature l'étranglait proprement. Avait-elle perdu la tête pour l'avoir délibérément lâché dans la nature où il avait, précisément, la faculté et le pouvoir de manipuler son apparence à tout loisir ? Elle avait perdu la tête ! Hermione s'enveloppa de son peignoir à la hâte, déterminée à partir à la recherche de cet énergumène sans foi ni loi. Peut-être même qu'il était en mission pour Voldemort, peut-être que Harry avait raison sur toute la ligne et qu'il était bel et bien un Mangemort en action. Il portait la marque, à coup sûr, et elle n'y avait vu que du feu, tout comme le directeur. À cette pensée, la Gryffondor laissa échapper une chaussette sale et s'immobilisa au milieu de la flaque d'eau qui s'élargissait à ses pieds. N'avait-elle pas le pouvoir de prouver cette hypothèse ? Ne lui suffisait-il donc pas de laisser son physique de Serpentard prendre le dessus, de relever sa manche et découvrir l'incandescente réalité ?
Une brume épaisse précéda sa sortie et elle traversa le nuage de buée avec le sentiment d'avoir conquis le monde. Elle allait tout savoir cette nuit. Fini les cachoteries, à elle la vérité. Hermione marchait droit devant elle, la tête baissée dans ses élucubrations. Ses semelles encore humides chuintaient contre le marbre, déversant à chacun de ses pas une traînée liquide où elle finit par glisser pour de bon. Avant d'avoir pu invoquer le ciel, Hermione se rattrapa à la rampe d'escalier la plus proche et s'agrippa à celle-ci de toutes ses dernières forces. Une folle course agita son cœur, surpris par la rapidité de l'accident qui aurait pu tout aussi bien lui être fatal.
- C'était moins une, dit-elle tout haut.
- Inutile de serrer aussi fort Granger, je ne vais pas m'enfuir.
La rampe avait parlé. Mais que ferait même une rampe d'escalier au beau milieu du couloir ? Hermione leva enfin les yeux et manqua de mordre une nouvelle fois la poussière.
- Décidément, commenta Malefoy qui lui attrapa l'autre bras en plein envol.
- Malefoy ! couina Hermione sans savoir quoi dire de plus.
Maladroite comme à la naissance, la jeune femme vit presque sa vie défiler lorsque son crâne manqua de peu le coin du mur et elle n'eut d'autre choix que de se cramponner à ce bon à rien tout de même utile.
- Tu as encore toute ta tête, c'est bon signe.
Tremblante de toutes parts, elle retrouva un équilibre précaire tandis que ses joues brûlaient. Malefoy portait la même lourde cape que le matin même et celle-ci croulait sous les flocons qui alourdissaient le tissu. Sa fine crinière d'or semblait avoir été décoiffée par les bourrasques de vent, et le froid avait figé quelques mèches en l'air. Elle ne remarqua qu'à ce moment-là le paquet rectangulaire qu'il avait calé sous son aisselle, et se mit à contempler sans mot dire son visage de marbre au nez rougi.
- Alors, tu me lâches ? finit-il par demander devant son silence.
Hermione baissa la tête et s'embrasa de plus belle lorsqu'elle constata qu'en effet, elle était toujours fermement appuyée sur ses deux mains glacées qui la soutenaient.
- Désolée ! Excuse-moi…
Elle recula de plusieurs pas, écarlate de la tête aux pieds. Malefoy laissa un faible sourire fleurir sur ses lèvres, attendri par cette lionne maladroite aux cheveux mouillés. Il suivit du regard une goutte d'eau qui perlait de son lobe d'oreille à sa clavicule, s'échouant au carrefour de sa poitrine où il ne voyait rien de plus que les limites ensorcelantes de cet univers charnel.
- Tu euh… tu étais dehors ? bafouilla-t-elle en resserrant son peignoir tout contre elle.
Il délaissa ses pensées contradictoires et accrocha à nouveau son regard au sien, avec un soupir fatigué.
- Non tu vois bien, j'ai passé la soirée devant la cheminée.
Hermione fit la moue. Il passa devant elle et le martèlement de ses bottes de cuir l'accompagna jusqu'à sa chambre. Tout naturellement, elle lui emboita le pas et frissonna au ronflement de l'âtre qu'il venait d'allumer d'un coup de baguette magique. La pièce s'illumina et elle se posta près du feu, encore humide de sa douche brûlante. Bon, elle avait au moins pu le surprendre en pleine virée nocturne mais elle n'en savait pas plus sur ses activités de soi-disant Mangemort réputé. Et puis d'abord…
- Il est presque trois heures du matin, fit-elle remarquer avec un bref froncement de sourcils, comment se fait-il que tu aies pu sortir tout ce temps et jusque tard ? Nos privilèges de préfet ne nous accordent pas de tels écarts.
Tout comme si elle s'y attendait, aucune réponse ne lui parvint et son acolyte s'affaira à se dépouiller de son appareillage. Elle se faisait vraiment de faux espoirs et elle ne savait même pas pourquoi elle s'acharnait toujours à tenter de lui faire sortir les mots de la bouche. Il n'allait pas lui avouer quoi que ce soit, c'était évident. Pendant un instant, on n'entendit plus que les tintements métalliques de sa sacoche qu'il vidait et le crépitement incessant du feu.
- Et… qu'est-ce que tu as acheté ? piailla-t-elle en lorgnant le colis mystère.
Comme s'il allait déballer les petites courses de Voldemort devant son nez !
- T'es vraiment une fouineuse Granger, s'impatienta Malefoy qui se débarrassait à présent de sa cape. Je n'ai rien acheté.
- Mais alors qu'est-ce que tu as apporté ? insista-t-elle en faisant fi des signaux d'alerte tonitruants à l'intérieur de son cerveau.
Plusieurs secondes s'écoulèrent à nouveau tandis qu'Hermione trépignait de hâte. Elle ne se laissa pas démonter par le regard affreusement noir qu'elle finit par recevoir en retour, et esquissa une grimace qui ressemblait à un sourire. Malefoy soupira bruyamment, résigné, dépité, comme à chaque fois qu'elle ouvrait la bouche. Elle allait véritablement finir par le rendre fou à lier.
- Je suis parti récupérer notre commande de Polynectar, tête de gland.
- Oh… laissa-t-elle échapper longuement.
La lumière chaude découpait son corps dont il ne pouvait distinguer que la silhouette, mais qu'il s'appliquait à détailler subtilement. Elle semblait avoir rougi, probablement de honte, et l'obscurité garda secret la majesté de ses traits gracieux et poétiques.
- Ça m'était complètement passé par-dessus de la tête, souffla-t-elle enfin, presque soulagée.
- Et je remercie tous les jours Merlin que notre avenir ne repose pas sur ta mémoire de triton.
- Ça va, ronchonna-t-elle en plissant le nez, te gêne surtout pas.
Adorable. Il en vomirait presque.
- Je ne me gêne pas. Tu es incapable et ceci n'est que pure vérité.
Il leva ses deux mains et haussa les épaules, goguenard. Hermione pinça les lèvres et le regarda tenter d'aplatir ses cheveux qu'elle n'arrivait plus à haïr. Cette enflure… À quoi bon se porter volontaire pour cette vilaine tâche alors qu'il avait donné l'air de vouloir s'en occuper personnellement ? Elle hocha la tête dans son amertume, toujours aussi renfrognée. Elle mettait sa main à couper que ce gâteux l'empêchait tout net de la mettre à nouveau en relation avec l'apothicaire, au risque qu'elle découvre ce qui avait incité celui-ci à passer l'éponge sur l'autorisation normalement requise. Après tout, « elle n'avait pas envie de le savoir », voilà ses propres paroles. Cela, justement, lui faisait rappeler à quel point elle avait envie de savoir. Pour l'heure, il lui incombait de continuer à jouer la comédie, prudemment et silencieusement, sous peine d'éveiller les soupçons de ce monstre sans pitié.
- C'est ça, répliqua-t-elle finalement sur le même ton, il me semble d'ailleurs que ce n'est que grâce à toi et toi seul que nous avons à présent la liste complète des ingrédients pour le Polynectar…
Malefoy était penché sur son bureau où il déballait le carton en question et elle s'approcha pour en découvrir le contenu en même temps que lui. Tandis qu'elle tendait la main vers les divers flacons qu'elle avait amassés la veille à la va-vite, elle le vit dégager deux grosses fioles aux bouchons de liège et à la couverture de cuir, qui semblait cousue main. C'était le Polynectar déjà préparé que lui seul avait eu l'initiative de commander. Hermione déglutit. Il lui aurait fallu tenir sa langue ne serait-ce qu'une poignée de secondes de plus pour éviter cette bourde et elle ne l'avait pas fait : il allait être intenable. Justement, il décrocha un affreux sourire en coin face à son mutisme.
- Tu devrais me remercier à genoux, Granger.
.Avec son index et son majeur, il souleva l'une des fioles au goulot et garda l'objet suspendu entre eux deux, comme s'il attendait qu'elle s'en empare. Elle leva alors la main, sans quitter ses yeux de glace où elle se perdait déjà, alors que la grosse boule de verre atterrissait au creux de sa paume. Cette fâcheuse manie qu'il avait désormais de l'inciter à s'agenouiller devant lui, pour le remercier de sa bonté sans limites. Elle n'avait fichtre idée de l'effet que cela lui procurait, mais ce sentiment délicieusement inconnu n'avait rien de la colère et la frustration qu'elle avait pour habitude de laisser serpenter dans ses veines.
- À genoux, hein, s'entendit-elle répondre dans un murmure. Encore.
Drago laissa son regard rieur s'embraser tandis qu'il glissait à nouveau sur ses clavicules et le renflement de son peignoir qui s'ensuivait, au niveau de sa poitrine.
- C'est ça…
Qu'est-ce qui lui prenait de répondre des choses pareilles ? Depuis quand se taquinaient-ils à ce point ? Hermione inspira brièvement et attrapa plus fermement la fiole de Polynectar qu'elle fourra dans sa poche. Malefoy ne broncha pas et il parut s'extraire d'une rêverie dont elle n'avait pas envie de connaitre les détails. Son sourire carnassier ne fana pas cependant, et elle força à son tour une expression aimable.
- Je m'en passerais volontiers, finit-elle par susurrer narquoisement. Merci quand même.
- Mais je t'en prie, Granger, répondit-il d'un air mystérieux.
Elle eut également droit à un clin d'œil furtif mais efficace à souhait, qui titilla son bas-ventre en dépit de son propre consentement. Avant qu'elle ne puisse commettre une nouvelle bêtise, Hermione s'empara du paquet qui lui revenait désormais et regagna sa chambre avec cette fois-ci tous les éléments nécessaires à une éventuelle préparation de Polynectar, et sans un regard en arrière. Elle s'habilla aussitôt arrivée, comme si elle craignait que Malefoy puisse avoir laissé la trace de son regard sur ce peignoir au tissu frêle et pour le moins révélateur. Elle ignorait la nature de cette tension, inhabituelle, que le Serpentard arrivait à faire naître à partir de tout et n'importe quoi, et elle repensa au seul et étrange baiser qu'ils avaient pu échanger jusque-là. Il n'y avait rien eu de vrai dans ce geste, et bon sang, pourquoi fallait-il qu'elle prenne à nouveau en compte cet évènement qui n'avait été rien de plus qu'un triste et malheureux accident à ses yeux ? Elle le répugnait peut-être et elle se faisait des idées, confuse comme elle était. Il devait bien se payer de sa tête.
« J'ai ouï dire que tu te tapais la Sang-de-Bourde de Granger ».
La phrase fit longuement écho au milieu de toutes ses pensées insolites. Elle avait presque oublié cet incident… Hermione s'immobilisa au milieu de ses occupations et contempla sans réellement le voir le col de son peignoir. Suis-je bel et bien l'objet d'un pari sexuel entre ses satanés Serpentard, songea-t-elle avec horreur, et si c'était le cas, pourquoi ? Malefoy avait clairement démenti cette effroyable rumeur, mais pouvait-elle lui faire confiance ? Au vu de son récent comportement, il y avait de quoi se méfier.
- Tu t'es endormie debout ?
Hermione sursauta et une cascade de frissons longea son corps. Drago venait d'apparaître à l'encadrement de sa porte sur lequel il était adossé, les mains dans les poches. Quand on parle du loup !
- Comment es-tu rentré ? l'attaqua-t-elle en sortant de sa torpeur.
Et pour quelle raison ? Ils venaient de se quitter !
- Mais je ne suis pas encore rentré, contra-t-il en désignant ses pieds effectivement hors de la pièce.
- Tu es tout de même devant ma chambre et à ma porte.
- Elle était ouverte.
- Ce n'est pas une raison.
- C'est une invitation.
La Gryffondor frémit. Évidemment, toujours le dernier mot. Malefoy finit par se convier de lui-même et entra avec une rapide inspiration satisfaite. En le voyant arriver droit sur elle, Hermione mordit l'intérieur de ses joues et se crispa derechef sur place. Elle eut l'impression de s'enraciner aux dalles de marbre et l'épouvante fleurit en elle comme un feuillage abondant. Dans une dernière tentative de se raccrocher à la réalité, elle attrapa le bord de son bureau et se prépara à fermer les yeux au moment où Malefoy engloutissait les derniers centimètres qui les séparaient. Un silence enveloppa les deux protagonistes, ferme comme le roc. Son cœur se compressa autour du tronc que sa poitrine était devenue, et rien ne se passa. Persuadée que ses pieds ne pouvaient l'emmener nulle part, elle se contenta d'entrouvrir un œil affolé.
Il déposait sur sa table de chevet ce qui ressemblait à un échantillon de ses propres cheveux, sûrement des provisions pour sa potion du lendemain, et semblait n'avoir aucune autre intention de nuire. Hermione serra les poings. Il ne bougeait presque plus et elle continuait de respirer bruyamment tandis que lui paraissait concentré sur le bois du meuble. Ce n'est qu'alors qu'il daigna se tourner vers elle.
- C'est quoi ton problème, Granger ?
Se sentant ridicule jusqu'à la dernière racine de sa crinière, la Gryffondor se détendit avec lenteur en rosissant de honte. Avec un peu de chance, il n'y verrait rien au milieu de la pénombre.
- On ne sait jamais avec toi, se justifia-t-elle dans un marmonnement presque indistinct.
Malefoy dévisageait la sauvageonne en face de lui comme s'il la découvrait. Ses joues brûlaient et ses sourcils froncés dessinaient une charmante courbe sur son front. Granger était vraiment quelque chose.
- J'ignorais que je te terrifiais à ce point, nota-t-il sur un ton amusé.
- Je n'ai pas peur de toi, contrecarra-t-elle férocement. Je me méfie, c'est différent.
- Petite froussarde.
Hermione tiqua. Pourquoi sentait-elle la pointe d'une connotation affective cachée derrière ce stupide commentaire ? Elle n'était pas folle, c'était bel et bien là. Sans cesser de le fixer et tentant de déceler une braise rebelle sous les stalactites de glace qui entravaient son regard, elle lui tendit sa propre enveloppe déjà prête.
- Prend tes cheveux et fiche le camp d'ici.
- Comme on peut plus rigoler, lâcha le blondinet, faussement déçu. Une seule mèche suffit, ajouta-t-il en désignant le flacon qu'il avait apporté. Il ne me restera plus beaucoup de cheveux sur le crâne si tu continues à me les voler inutilement.
- Je sais, Malefoy, pour qui tu me prends ?
- Une petite froussarde, répéta-t-il avec un sourire sarcastique.
- Dégage de ma chambre.
La tension était absolument insoutenable et elle aurait presque voulu en vomir de panique. Il lui était de plus en plus périlleux de faire semblant et toutes ses piques flamboyantes ne contribuaient qu'à la rendre encore plus nerveuse, anxieuse, curieuse, face à ces constants revers de situation. Que lui voulait-il ? À quoi jouait-il ? Qu'avait-il derrière la tête ? Pourquoi prétendait-il n'avoir jamais remarqué qu'ils avaient échangé de corps quand il l'avait embrassée ?
- Attends, Malefoy.
Le train était lancé. Malefoy se retourna et l'observa avec étonnement, elle qui donnait l'air d'avoir laissé ses pensées prendre le dessus, enveloppé de ce halo d'innocence qui ne la quittait jamais. Comme il l'avait appris, c'était ainsi qu'elle abordait les sujets sensibles, hésitante parce qu'il s'appliquait à le lui faire payer, et se tordant les doigts parce qu'elle en souffrait.
- Je peux te poser une question ?
Drago leva les yeux au ciel, impénétrable. Il ne répondit rien, comme à son habitude, et seul un souffle s'échappa de son nez pour exprimer sa lassitude.
- Pourquoi tu ne veux pas parler de ce qui s'est passé dans la Salle de Bain des Préfets ?
Soudain, ce fut comme si une bourrasque de vent avait envahi la pièce. Un froid polaire s'installa entre eux, tandis qu'une horde de nuages grisâtres dérobaient le regard du Mangemort. Un orage s'y formait, au tonnerre muet. Hermione regrettait déjà d'avoir posé cette question interdite à laquelle elle avait parfaitement conscience qu'elle demeurerait sans réponse. Elle mordit sa lèvre inférieure, ne sachant où se mettre.
- Je ne vois pas de quoi tu parles, Granger.
- Je… Comment ça ?
Elle ne s'était tout de même pas imaginé toute la scène !
- Tu étais devant moi, je…
- Je ne vois pas de quoi tu parles, répéta-t-il, faussement placide. Je ne m'en rappelle pas.
Hermione laissa échapper une exclamation de dédain, l'angoisse cédant à la stupéfaction. Il se fichait d'elle, vraiment !
- Comment pourrais-tu prétendre ne pas te souvenir de quelque chose que je n'ai même pas encore évoqué ? Tu étais là devant moi, et tu as vu tout comme moi ce qui s'est passé ! Pourquoi tu continues de te voiler la face ? Et surtout en quoi suis-je responsable ?
- Écoute Granger, ne commence pas à me taper sur le système. Je n'ai pas envie de répondre à tes questions saugrenues. Je n'ai rien vu du tout et je n'ai rien entendu. Tu te fais des idées.
Il s'impatientait, et le déluge se déversait dans ses yeux gris en dépit de son visage en apparence calme. Jouait-il la comédie parce qu'il avait honte ? Il n'avait aucune autre raison de nier la chose en bloc, mis à part le dégoût que lui inspiraient ce demi-baiser et surtout, la femme à qui il l'avait adressé. Sa pire ennemie, la Sang-de-Bourbe, l'acolyte de Potter, la miss-je-sais-tout de service. Hermione le voyait très bien éviter le sujet pour la simple et bonne raison de s'exempter d'une autre expérience similaire, et cela lui rappelait sa crise de colère injustifiée lorsque Nott avait insinué un rapprochement entre eux. Tout pour son égo, encore une fois.
- Quand vas-tu donc cesser de te défiler ? tonna la lionne en tapant du pied. Ça t'amuse cette situation ? Tu as envie de t'enfoncer dans ce bourbier jusqu'à la fin de l'année ?
Malefoy soupira une nouvelle fois.
- Tu m'ennuies.
- Comme tu voudras, capitula-t-elle en serrant la mâchoire. J'ai au moins la certitude à présent que tu me mens.
- Grand bien te fasse.
- Et je finirai bien par découvrir la raison de toutes tes cachoteries, tu verras !
- Que le sort te soit favorable.
Submergée par la rage, Hermione se retourna et attrapa le premier objet qui lui passa par la main. Sa crinière virevolta tandis qu'elle lançait une pomme à l'autre bout de la pièce où il se trouvait, et il lui fallut un instant avant de se rendre compte de l'énorme bêtise qu'elle venait tout juste de commettre. Sans grande surprise, Malefoy attrapa le fruit défendu dans son envol avant que celui-ci ne lui percute le crâne. Elle entrouvrit les lèvres, essoufflée par son audace et son manque de sang-froid. Ses cheveux commençaient tout juste à sécher et ses yeux écarquillés, sa position immobile, lui donnaient un air un peu fou. Le Serpentard retournait désormais l'aliment entre ses doigts, le front plissé. Lorsqu'il leva la tête, leurs yeux se croisèrent en chemin, teintés d'une étincelle nouvelle.
- Ce n'est tout de même pas ce que je crois, Granger ?
Il savait. Il avait reconnu la pomme qu'il s'était lui-même chargé de lui faire parvenir, le premier jour de leurs chamailleries. Leur complicité s'élevait d'un cran, un de plus. Et elle n'avait le droit de laisser nature se charger de leur sort. Ou devrait-elle ?
- Ne va pas t'imaginer n'importe quoi, s'empressa alors de notifier Hermione en agitant les mains, j'ai simplement remarqué qu'elle ne pourrissait pas malgré le fait qu'elle soit entamée, alors je l'ai gardée.
Malefoy examina le fruit longuement, s'attardant sur les traces des incisives d'Hermione, dont les deux dents de devant avait été abîmées, puis rétrécies par sa faute à lui, en quatrième année. Ou grâce à lui ? La pectine lubrifiait encore cette chair blanche qui lui rappelait la pâleur de sa peau et l'exquise lumière qui s'en dégageait. Le jus parvenait presque à en couler, comme le sang d'une victime qui n'avait jamais rien demandé. Drago leva le regard vers cette fille féroce aux yeux de chocolat qu'il se promit, quoi qu'il puisse lui en coûter, de ne jamais oublier.
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